PER BR 140 .R42 v. 27-28
Revue de l'Orient chr etien
REVUE
DE
L'ORIENT CHRÉTIEN
DIRIGEE
Par R. GRAFFIN
XROISIEilNtE SERIE
Tome VIII XXVIII)
28« volume. — 1931-1932
LES 3I0NG0LS ET LA PAPAUTE
CHAPITRE II
{suite).
III. André de Longjumeau.
Il a déjà été question assez longuement d'André de Long-
jumeau à propos de son voyage de 1215-1217; mais le moment
est venu de retracer, dans la mesure du possible, la vie de ce
grand missionnaire d'Orient. Même pour son voyage de 1245-
1217, des travaux parus au cours des sept années que les
circonstances ont fait écouler entre la publication des deux
premières parties de ce chapitre et celle de la troisième,
m'obligeront à revenir sur certains détails importants de
mon exposé.
André de Longjumeau doit certainement son nom à la
petite ville de Longjumeau, aujourd'hui chef-lieu de canton
dans l'arrondissement de Corbeil (Seine-et-Oise) (1). Nous
ignorons la date exacte de sa naissance, aux alentours de 1200.
(1) Vincent de Beau vais {Spec. hisl.. mss. BX, Lat. 4898 et 4900, xxxir, 90,
l'appelle •< Andréas de Lonçiumcl ■■ (= « Loncjiunel »); les Granden chroniques
ci'd. P. Paris, iv, 292 et 302) « Andrien de Longjumei ■> et (iv, 427) « André de
Longjumel » ; Guillaume de Nangis [liée, des Hisl. de France, xx, 358, 367)
•' Andréas de Loncjumel », altéré dans une version française (p. 359) en « An-
drus de Longemel »; « Loncinmel - des Chronica de saint Antonin (3° partie,
Lyon, 1587, 159) est naturellement altéré de « Lonciumel ■■ = ■< Loncjumel » ; les
éditeurs des Hisl. des Crois., Occid., n, 569, adoptent en note «■ Andréas de
Longiumello » ; Riant, Exuviae sacrae, u, 312, écrit •■ Andréas de Longoge-
mello ». La forme ■< Longumeau », donnée en 1900 par Rockhill {Rubruck,
xxvii) et en 1901 par Beazley {The daion of modem geography, n, 643), outre
qu'elle ne répond à aucune orthographe ancienne ou moderne, a l'inconvénient
de fausser la prononciation du nom.
;illl
4 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
Comme il entra dans Tordre de saint Dominique (1), il est
probable, vu son lieu d'origine, qu'il ait pris l'habit au couvent
qui a valu son nom à la rue Saint-Jacques (2). M. Rastoul,
qui a écrit la meilleure notice que nous ayons encore sur
André ne Longjumeau (3), ajoute qu' « il s'adonna à l'étude
des langues orientales pour la conversion des infidèles », et
paraît admettre que ce fut à son couvent de Paris; ïouron
avait dit au contraire, en 1743, qu'André de Longjumeau était
passé de bonne heure en Terre Sainte, « sans doute avec ceux
que le Bienheureux Jourdain de Saxe fit partir de Paris l'an
1228 », ce qui « lui donna l'occasion d'apprendre les langues
orientales >»; la nouvelle Année Douiinicaine (Lyon, 1898,
août, 2" partie, p. 519) reprend avec de légères modifications le
texte de Touron; le P. Chapotin (p. 123) est tout à fait aftirmatif.
Mais ce sont pures hypothèses; nous ne connaissons rien du
frère André avant sa participation probable à un événement
considérable du règne de saint Louis, la translation de la
Couronne d'épines.
On sait comment, en 1238, l'empereur Baudoin II de
Constantinople, qui se trouvait alors à Paris, proposa à saint
Louis de lui céder la Couronne d'épines. Saint Louis envoya
alors À Constantinople, outre un chevalier, deux dominicains;
l'un, appelé Jacques, connaissait bien la Couronne d'épines pour
avoir été auparavant prieur des Dominicains de Constant! -
(1) Rockhill, qui dit bien (Ruhruck, p. xxvii) que c'est uu Dominicain, le con-
sidère ensuite par inadvertance comme un Franciscain (p. xli); et c'est uni-
quement comme Franciscain (•• Minorit ■■) qu'il est question de lui dans Malein,
Joann de Piano Karpini, Vil'<jelm de Rubruk, Saint-Pétersbourg, 1911, g'' in-8,
,p. 213.
(2) M. D. Ciiapotin {Ilisf. des Dominicains de la province de France, Rouen,
1898, in-4, p. 6) dit que, d'après la <• tradition .., André de Longjumeau fut un
des premiers membres de la colonie dominicaine de Saint-Jacques en 1218;
c'est une supposition toute gratuite quant à la date et on ne trouve rien do
semblable au xvu'= et au xvni° siècle dans l'ancienne Année Dominicaine du
P. Souèges (sous le 11 août, p. 958), chez Quétif et Echard (i, 1-10-141), ou chez
Touron (Hisl. des hommes illustres, i, 157). La lettre de Jean Sarrasin du
23 juin 1249 appelle André de Longjumeau « frère Andrieu de l'ordre de
Saint Jaque »; mais, chez ce Français de la Cour, •■ l'ordre de Saint-Jacques >>
•est simplement synonyme de <• Dominicain •■.
(3) Dicl. d'hist. et de géo'jr. ecclés., publié sous la direction de M^'' Baudrillart,
II, col. 16:7-1081.
:M2]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTE. O
nople (1): l'autre, nommé André, a toujours été identifié, et
vraisemblablement à bon droit, à André de Longjumeau (2).
D'après Touron, André de Longjumeau, alors à Paris, y était
revenu d'Orient en compagnie du frère Jacques; il l'y avait
ramené, dit la nouvelle Année Dominicaine; suppositions
pures, puisque nous ignorons même si André de Lougjumeau
s'était rendu en Orient avant la mission de 1238-1239.
En arrivant à Constantinople, les deux Dominicains et le
chevalier apprennent que la Couronne sert de gage à un prêt
fait aux régents de l'empire par des ^'énitiens. En compagnie
de Byzantins et de Vénitiens, ils la portent alors à Venise, où
le frère André reste préposé à sa garde, pendant que le frère
Jacques et les B3'zantins vont à Paris prendre les instructions
royales et se munir des fonds nécessaires à dégager la
relique. Ceci fait, les envo3'és se remettent en route avec la
Couronne d'épines, que saint Louis vient recevoir à Ville-
(1) C'est bien « Jacobus ■• qu'on a dans le texts fondamental sur la translation
de la Couronne d'épines, l'Hisloria susceptionis Corone spinee de Gautier de
Cornut, archevêque de Sens (cf. Riant, Exuviae sacrae, i. 51); M. Rastou'
l'appelle « Guillaume >■, ce qui ne peut être qu'une inadvertance. M. Altaner
{Die Dominikanertnissionen, II) dit que le frère Jacques étràt prieur du cou-
vent de Constantinople en 1238. Les ternies mêmes de Gautier de Cornut
(" quorum aller, sciliccl Jacobus, prior fralrum eiusdem ordinis fuerat in urbe
prcflicta, ubi Coronam ipsam f'requenler viderai, & ea quae circa iUam eranl
optiine cognoscebal «) impliqu(>nt au contraire qu'en 1238 le frère Jacques ait
été en France et que son priorat de Constantinople se place à une date anté-
rieure qui reste indéterminée.
(2) L'Hisloria de Gautier de Cornut l'appelle simplement « Andréas ■■ (Exu-
viae sacrae, r, 51, 53), et il en est de même aussi bien dans les textes qui
s'apparentent à elle {ibid., n, 39, 40, 216-247) que dans une lettre de décembre
1238 des seigneurs de Constantinople {ibid., u, 122). Cet André est considéré,
sans aucune réserve ni remarque, comme étant André de Longjumeau aussi
bien par le P. Souèges que par Quétif et Echard et par le P. Touron. En tout
cas. il s'agit d'un Dominicain, évidemment français, appelé André; André de
Longjumeau remplit ces conditions, mais d'autres Dominicains inconnus, ayant
André pour prénom, le pourraient également. Toutefois le fait (|u'André de
Longjumeau fut certainement envoyé en mission en Orient par Innocent IV en
1245, qu'ensuite il se trouvait en compagnie de saint Louis à Chypre en 1248
et qu'enfin saint Louis, en mourant à Tunis, prononçait encore son nom, indi"
(|uent une association avec l'Orient et une confiance de la part du roi qui, à
l'origine, sont vraisemblablement liées à l'heureuse mission de 1238-1239; elles
justifient par suite, au moins à titre de probabilité, l'identification du frère
André de 1238-1239 et d'André de Longjumeau.
[143]
6 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
iieuve-FArchevêque, au delà de Sens, le 10 ou le 11 août
1239; elle arriva à Paris le 18 ou le 19 août (1).
Si on tient compte de la situation de prieur que le frère
Jacques avait déjà occupée et de sa connaissance de Constan-
tinople, il apparaît a priori probable qu'il ait joué dans cette
mission un rôle plus important que le frère André; et c'est
bien ce qu'indique le récit de Gautier de Cornut. Je ne pense
donc pas qu'il faille attacher autrement d'importance à l'ordre
suivi dans la lettre de décembre 1238 des seigneurs de Cons-
tantinople, et qui est « frater Andréas », « frater Jacobus »
et « dominus Nicplaus de Sorello » (2).
Six ans après la translation de la Couronne d'épines, André
de Longjuineau repartait pour l'Orient, envoyé en mission cette
fois non par le roi de F'rance, mais par le pape Innocent IV.
C'est le voyage de 1245-1217 qui a été étudié ci-dessus, pp. 29-
66 (3). Mais, en même temps que paraissait mon travail,
M^'- E. Tisserant publiait dans cette Bévue (t. XXIV [1921],
pp. 336-353) un important article sur La légation en Orient
dît Franciscain Dominique d'Aragon (72'/5-y247). A la fin de
la première partie de cet article, achevée en avril 1924,
M^'" Tisserant, s'appuyant sur les conclusions du P. Golubovich,
rattachait à une mission franciscaine les six documents
émanant de princes arabes de Syrie conservés dans les lettres
curiales de la quatrième année (rinnocent IV et la lettre du
(1) Sur ces dates, cf. la discussion de M. de Mélj', dans Exuviae sacrae, m
[1904], 270-274.
(2) Le P. Chapotin (pp. 308-309) dit au contraii-e qu'André do Longjumeau
prit le frère Jacques comme second; mais ce n'est pas à raison d'un document,
fùl-il la lettre de décembre 1238; il enchérit seulement sur Touron, à raison de
la notoriété qu'André de Longjumeau acquit par la suite, au lieu que le frère
•Jacques est demeuré autant dire inconnu.
(3) J'ai indiqué ci-dessus (pp. [44-45]) les raisons pour lesquelles je ne pouvais
accepter l'idée de M. Rastoul qu'André de Longjumeau serait le destinataii'C de
la bulle Patri luminum du 22 mars 1244 et serait par suite reparti pour l'Orient
dès cette année-là; M. Altaner (p. [53]) est arrivé indépendamment à la même
conclusion que moi. Le P. Van Den Wyngaert (Sinica Franchcana, i, 207) a
suivi au contraire l'opinion de M. Rastoul.
[144]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTE. /
sultan d'Egypte insérée parmi les lettres curiales de la troisième
année; toutes auraient été rapportées par le Franriscain
Dominique d'Aragon, dont on pouvait ainsi reconstituer à peu
près l'itinéraire. M*^'' Tisserant eut alors connaissance du livre
de M. Altaner. qui faisait intervenir, pour les lettres des
princes de Syrie, des Dominicains et en particulier Andr»' de
Longjumeau; tout en admettant la force de certains des argu-
ments, il gardait à peu près son opinion première, mais à
titre d'hypothèse, et concluait : « Gardons-nous d'affirmer
plus que nous ne savons; il est possible que les lettres des
princes arabes aient été rapportées par Dominique; il se peut
aussi qu'il ait rapporté seulement le groupe de 1246, Damas,
Kérak, Le Caire; par contre, il paraît impossilde qu'Anilré cl)
Longjumeau ait rapporté tout ensemble les sept documents
arabes et les cinq lettres des prélats orientaux. »
En fait, M^"" Tisserant s'est trompé en partie sur la théorie
de M. Altaner; celui-ci fait bien intervenir le Dominicain
André de Longjumeau pour les cinq lettres des prélats orien-
taux, mais il attribue à des missions diverses les lettres éma-
nant des princes de Syrie et du sultan du Caire (p. [79]), et se
borne à affirmer que les lettres des princes de Baalbek et de
Homs concernent des Dominicains, et non des Franciscains
comme le P. Golubovich l'avait cru. Par ailleurs, il n'y a
aucune raison de joindre la lettre du sultan d'Egypte du
•25 mai 1246, enregistrée parmi les lettres curiales de la
troisième année, aux six lettres des princes de Syrie qui
figurent ensemble parmi les lettres curiales de la quatrième
année (1). Mais, à part cette lettre du sultan d'Egypte, j'ai
(1) Cette lettre du sultan d'Egypte est du -20 mai 1246, et le sultan était alors
au Caire et non à Damas, où il ne se rendit qu'en février-mars 1247 (i.-f. Hlo-
chet. Histoire d'Éijyple de Makrizi, p. 501); ce que Me- Tisserant en a déduit
pour un séjour de missionnaires à Damas en mai 1246 est donc à supprimer.
Par ailleurs, attribuant au sultan d'Egypte, à la suite du P. Golubovicli, une
lettre de la série des six documents insérés dans les lettres curiales de la qua-
trième année, il a été amené, pour donner au missionnaire le temps d'aller de
Karak au Caire, à supposer une erreur de date dans la traduction latine de
cette lettre arabe dont l'original est perdu; mais cette lettre, à mon avis, a été
écrite non par le sultan d'Egypte, mais par Fakhru-'d-Dïn Yusuf, et dans la
région de Karak (cl', supra, p. [30]), et la date nous en a éti- conservée exacte-
ment.
[145
8 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
proposé de rapporter à la mission d'André de Longjumeau les
cinq lettres des prélats orientaux et les six documents éma-
nant des princes arabes de Syrie qui se suivent parmi les lettres
curiales de la quatrième année. Il importe donc de voir si mes
solutions peuvent résister aux objections de M^' Tisserant.
Je dois immédiatement dire que M^' Tisserant ne maintient
ses objections qu'en partie. A la suite de la publication des
deux premières sections du présent chapitre, il a bien voulu
m'écrire, le 31 août 1926, qu'il renonçait à son hypothèse sur
Dominique d'Aragon, et admettait désormais que c'était le
Dominicain André de Longjumeau qui avait rapporté aussi
bien les cinq lettres des prélats orientaux que les documents
émanant des princes arabes de Baalbek et de Homs: mais
il lui paraissait difficile, pour des raisons d'itinéraire et de
saison, de donner la même origine aux « lettres de Damas,
Kérak, etc. ».
Voici les remarques que me soumet M^'" Tisserant dans sa
lettre du 31 août 192G (1) : « Ce qui me gêne toujours, c'est
la géographie : vous supposez que la mission est passée de
Kérak en Haute-Mésopotamie, à travers le désert évidemment,
puisqu'il s'agit d'échapper à la surveillance des émirs arabes,
qui ne veulent pas favoriser un passage vers les Mongols.
Mais j'ai voyagé avec les PP. Jaussen et Savignac dans cette
région au Nord-Est de Kérak, — où l'on passe maintenant
en automobile pour faire Jérusalem-Bagdad, — mais pour y
aller, nous avons dû choisir le printemps, afin de trouver de
temps en temps de l'eau de pluie conservée dans quelques
trous. Les troupeaux n'y passent qu a cette saison-là, et nous
sommes restés onze jours sans nous laver, ayant dans nos
outres une maigre ration pour l'usage indispensable. Mais
André s'y serait trouvé au plus fort de la sécheresse, en fin
avril! Je vous avoue que cela me parait tout à fait invraisem-
blable, tandis qu'il n'aurait pas eu de difficulté, semble-t-iL
(1) Ms' Tisserant m"a exposé ses objections dans une lettre privée; j"cn fais
état à raison de leur importance même, mais il va sans dire que M'' Tisserant
serait peut-être arrivé sur quelques points à des conclusions un peu différentes
s'il avait entendu publier une note spéciale sur la question; ses objections ne
l'engagent pas.
[146]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 9
à se rendre sur l'Euphrate, comme Dominique, qui est allé
à Hrom-Kla en 1245-1246, et de là il aurait pu atteindre les
Mongols.
« Le groupement des pièces dans le registre ne me paraît
pas d'ailleurs une raison absolue de croire à leur arrivée simul-
tanée. N'oublions pas que le registre ne contient en prim-ipe
que les lettres envoyées par la Curie. En fait, je ne crois pas
qu'il y ait beaucoup d'exceptions; ces lettres peuvent n'avoir
été groupées que parce qu'elles auront été traduites en même
temps. Mathieu de Paris montre qu'il y avait des traducteurs
en curie. Le pape aura ordonné de les enregistrer aux fins de
conservation, soit quand on lui aura présenté les traductions,
soit même après qu'il aura eu fini d'en faire usage pour son
profit personnel, ou après avoir donné ses ordres pour les
réponses... »
Pour la clarté de ma discussion, j'examinerai d'abord le
second paragraphe de cette lettre. M"'' Tisserant, comme je l'ai
dit plus haut, voudrait dissocier les documents provenant des
princes arabes, et, tout en attribuant à la mission d'André de
Longjumeau les cinq lettres des chrétiens orientaux et les
quatre documents des princes arabes de Baalbek et de lloms.
laisser à d'autres les « lettres de Damas, Kérak, etc. ». Par cet
« etc. », M^ Tisserant entend évidemment la lettre des 6-
13 août 1246 que le P. Golubovich attribuait au sultan d'Egypte;
mais j'ai déjà rappelé que cette lettre n'émane pas de lui, mais
d'un de ses lieutenants, et a dû être écrite dans la région de
Karak, comme celle de même date due au prince de Karak
lui-même; il est donc naturel que les deux documents aient
été remis aux mêmes gens. Quant à la lettre de « Damas », on
a vu qu'elle provenait en réalité du Caire. Il est hors de ques-
tion qu'André de Longjumeau l'ait rapportée, mais précisément
elle se trouve non pas dans la série consécutive des six docu-
ments émanant des princes arabes de Syrie et des cinq lettres
des chrétiens orientaux enregistrés parmi les lettres curiales
de la quatrième année, mais à part et conformément à sa date,
c'est-à-dire parmi les lettres curiales de la troisième année.
Quelles que soient les possibilités théoriques justement exposées
parM^' Tisserant, puisque nous trouvons, les uns à la suite des
[147]
10 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
autres, six documents provenant des princes arabes de Syrie
et cinq documents provenant des chrétiens orientaux, tous de
1245 et 1246, mais tous enregistrés seulement parmi des lettres
curiales du milieu de 1217, et que d'autre part M*"" ïisserant
admet maintenant avec moi que quatre des documents des
princes arabes et les cinq lettres des chrétiens orientaux ont été
rapportés par André de Longjumeau, revenu à Rome au
milieu de 1247, il apparaîtra extrêmement probable que les
deux derniers des onze documents, les deux lettres écrites entre
le 0 et le 15 août 1246 dans la région de Karak, proviennent
également de la même mission.
Reste la question d'itinéraire. M'^'"' Tisserant estime qu'André
de Longjumeau aurait eu plus facile de se rendre par exemple
à Hrom-Kla sur l'Euphrate, comme le fit Dominique d'Aragon
en 1245-1246, pour de là gagner à l'Est la région occupée par
les Mongols. Mais nous avons lieu de penser que le passage
chez les Mongols — chez qui Dominique d'Aragon ne se rendit
pas — n'était pas si aisé puisque la mission d'Ascelin, partie
de Lyon dès mars ou au plus tard juillet 1245, n'arriva au
camp mongol de la Transcaueasie orientale qu'en mai 1247,
après être allée faire le détour de Tillis. Reste l'oljjection de la
traversée du désert de Syrie en plein été, en allant de la Mer
Morte au Nord-Est vers la haute xMésopotamie. Les objections
de M*-'' Tisserant à un tel voyage, basées sur une expérience
personnelle de la région, ont une force qui me paraît pro-
bante, mais il n'est pas nécessaire (cf. supra, p. 40) que le voyage
d'André de Longjumeau se soit ainsi effectué à travers le désert.
La mission tenta d'abord le passage par Baalbek, où elle essuya
un refus; envoyée de là à Homs, elle ne réussit pas davantage.
Si les deux lettres de Karak proviennent de la même mission,
comme j'en suis convaincu, nous devons admettre qu'André
de Longjumeau se rendit alors jusqu'au Sud de la Mer Morte.
Mais il a très bien pu voir que, par suite de la saison, la tra-
versée du désert y était impossible et remonter vers le nord
pour une nouvelle tentative. Le fait certain est que, ici ou là,
il finit par passer, puisque nous le retrouvons ensuite à Mos-
soul et à Tauriz.
Je n'aurais pas à revenir plus longuement sur ce voyage de
[143]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. II
r215-r217 si je n'avais commis, dans les calculs d'itinéraires,
un fâcheux lapsus dont je me suis aperçu bien vite, mais mal-
heureusement après que mon travail avait paru.
Nous savons par Mathieu de Paris qu'André de Longjumeau
comptait dix jours de route d'Acre à Antioche; deux jours
d'Antioche à Alep; seize jours d'Alep à Ninive (= Mossoul) ;
dix-sept jours de Mossoul à Tauriz; soit au total 45 jours;
comme je l'ai indiqué (p. [09]), c'est là la route qu'André de
Longjumeau suivit à son voyage de retour, donc en sens inverse.
Par ailleurs, Vincent de Beauvais, dans ses emprunts à la rela-
tion de Simon de Saint-Quentin, nous a conservé l'indication
qu'en 1247 la mission d'Ascelin comptait 59 jours de route
entre le camp mongol de « Sitiens » et Acre; comme la mission
d'Ascelin passa au retour par Tauriz et que c'est là sûrement
son itinéraire de retour, les 14 jours de différence représentent
en gros la distance entre Tauriz et Sitiens; c'est ce que j'ai dit
correctement p. [132]. Mais à la p. [104], quand j'indiquais les
raisons qui doivent nous faire identifier « Sitiens » au Sisian du
voyage du roi d'Arménie Hethum 1''' en 1251-1255, j'ai dit par
inadvertance qu'il restait 24 jours de différence (au lieu de 14)
pour la distance entre Tauriz et « Sitiens » et les ai mis en paral-
lèle avec les 26 jours que Hethum P"^ mit pour aller de Tauriz à
Sisian. Comme l'identité de « Sitiens » et de Sisian ne me
paraît pas douteuse, il faut trouver quelque explication à cette
divergence entre 14 et 26. Une première hypothèse serait
d'admettre que la mission d'Ascelin a compté dix ou douze
étapes en moins entre Tauriz et Acre que ne l'avait fait André
de Longjumeau; une autre consisterait à supposer que chez
Vincent de Beauvais « LIX » est fautif pour « LXIX ». Mais ce
n'est ni à l'une ni à l'autre de ces solutions que j'incline actuel-
lement. Bien que « Sitiens » ou « Sisian » ne soit pas identifié
expressément, il n'est pas douteux que ce camp de Baiju se
soit trouvé dans la partie orientale de la Transcaucasie et au
Nord de l'Araxe. Où qu'on le situe dans cette région, la dis-
tance entre Tauriz et Sitiens ne peut être supérieure à celle
entre Alep et Mossoul ou entre Mossoul et Tauriz. Je croirais
donc volontiers que c'est dans l'itinéraire arménien qu'une
erreur s'est glissée et que les « vingt-six » jours indiqués
[149]
12 REVUE DE l'ORIEXT CHRÉTIEX.
entre ïauriz et Sisian par le récit du voyage de Hethiim P^
sont à corriger en « seize » jours (1).
André de Longjumeau était revenu de cette mission au
printemps ou au plus tard au commencement de Tété de
1247 (2). Mais il ne resta pas longtemps dans l'entourage
d'Innocent IV à Lyon, ni même en France. Saint Louis avait
(1) On pourrait aussi se de^nauder si le roi d'Arménie, avec sa caravane.
n'a pas voj'agé plus lentement que les missionnaires. Ce l'ut le -cas en Mongolie
où il mit deux fois plus de temps pour aller de la Volga à Karakorum (jue
Guillaume de Rubrouck n'en mit, au même moment, pour faire le même trajet
en sens inverse.
(2) D'après Mathieu de Paris (Chronica Majora, iv, 607-608), saint Louis aurait
reçu, vers le carême de 1247, donc en février-mars, un message du ■■ roi
des Tartares », lui enjoignant de se soumettre. Ce texte ne se laisse pas expli-
quer facilement. Abel Rémusat, qui a attiré l'attention sur lui ( Mémoires sur
tes relaliuns politiques, 42-43), se demandait s'il ne s'agissait pas d'une lettre. de
Baiju. Mais Baiju ne fut approché que par la mission d'Ascelin, qui arriva à
.son camp le 24 mai 1247, pour y rester jusqu'au 25 juillet et ne rentrer en
Europe que dans l'été de 1248. Par ailleurs Plan Carpin serait, lui aussi, hors
de cause à pareille date; il était encore à Cologne le 4 octobre 1247. Enfin André
de Longjumeau, même si on veut le l'aire revenir dès le carême de 1247, n'a
pas dû dépasser Tauriz, n'a pas vu Baiju, et ne semble aucunement avoir rap-
porté des lettres des Mongols soit pour le pape, soit pour le roi. Mathieu de
Paris, malgré les détails qu'il donne sur l'attitude ([u'eut alors saint Louis,
n'était d'ailleurs pas sur de son fait (« circa quadragesiinam », « uidicebalur »).
Le plus simple est peut-être de supposer une erreur d'un an chez Mathieu de-
Paris et d'admettre que 'c'est au début de 1248, vers le carême (pii va cette
année-là du 10 mars au 19 avril, que saint Louis s'occupa d'une lettre du ■< roi des
Tartares ■> ; il s'agirait alors de la lettre de Gi'iyiik du 11 novembre 1246. On a
Yu (pp. [11, 12, 16, 18]) que cette lettre était un ordre de soumission non seule-
ment pour le pape, mais pour les rois. Or Plan Carpin a été envoj'é à saint
Louis par Innocent IV au début de 1248; il était à Sens au mois de mars (cf.
supra, p. 11); peut-être est-ce à cette occasion que, mis directement par lui au
fait (le la lettre de Giiyi'ik et des prétentions des Mongols, saint Louis en délibéra
ensuite avec ses conseillers. En tout cas, le résumé que Mathieu de Paris donne-
de la lettre du « roi des Tartares » cadre très bien avec le contenu de la lettre
de Gi'iyiik. Rohricht (Reg. Regni HierosoL, p. 315) n'a su que faire du paragra-
lihe de Mathieu de Paris. Sur la mission de Plan Carpin à Paris au début de
1218, cf. Elle Berger, Saint Louis et Innoccni IV, dans Reg. d'Innocent II',
C.XXVI-CXXVII (ou éd. à part in-8, 172-173); Umihski, Mebezpieczeûstwo, 133-
139; A. Batton, Wilhelm von Rubruk, Mïuister, 1921, in-8, p. 19; aussi Sinica-
Franciscana, I, 5, n. 10. 11 n'y a pas de raison de supposer avec Rockhill [Rubruck,.
xxvi) que Benoît de Pologne soit venu à Paris également.
[150]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 13
pris la croix en 1244; la croisade était prêchée en France
depuis 1245; enfin, le roi s'embarquait à Aigues-Mortes, le
25 août 1248, mettait à la voile le 28 août et débarquait à
Limassol de Chypre le 17 septembre. Lui et le roi Henri P'"
de Lusignan s'établirent à Nicosie; il ne devait en repartir,
pour l'Egypte, que le 13 mai 1249. C'est pendant ce séjour
du roi de France en Chypre que nous entendons à nouveau
parler d'André de Longjumeau. Nous sommes surtout ren-
seignés sur les événements auxquels il fut alors mêlé par
Joinville, la lettre d'Odon de Chàteauroux au pape du 31 mars
124Î), la lettre de Jean Sarrasin à Nicolas Arrode du
23 juin 1249, Vincent de Beauvais, Mathieu de Paris, Guil-
laume de Nangis et les Grandes chroniques de France.
Le saint roi était depuis trois mois à Nicosie quand, le
14 décembre 1248, des envoyés des Mongols, vrais ou sup-
posés, débarquèrent à Cérines, sur la côte septentrionale de
l'île, et entrèrent à Nicosie le 19 décembre; le dimanche 20,
ils furent reçus par saint Louis, à qui ils remirent une lettre
de leur maître; le même jour, le roi les interrogea longue-
ment, entouré de son conseil, du légat Odon de Chàteauroux
€t de quelques prélats (1). Beaucoup d'érudits ont considéré
l'ambassade comme une imposture, en partie sous l'intluence
de ce que Mongka déclara en 1251 à Guillaume de Rubrouck;
Abel Rémusat, tout en admettant que l'ambassade fut réelle,
pensait que la lettre remise par les envoyés était de leur
fabrication. Nous devons donc y regardei' d'un peu près.
Il y avait deux envoyés des Mongols, et leurs noms sont
donnés dans la traduction qui fut faite immédiatement de 4a
(1) Ces détails ne sont donnés que par la lettre d'Odou de Chàteauroux au
pape, datée du 31 mars R'I'» (sur cette date, cf. supra, p. [130]; la date est déjà
indi(|uée correctement dans Le >iain de Tillemont, \'ie de saint Louis, III, 225,
dans Zarncke, Der Priester Johannes, 78, et dans Rohricht, Regésla Regni Hiero-
solijmitani, p. 308); on ne connaît cette lettre que par un seul manuscrit, qui a
appartenu à Baluze, BN., Lat. 37C8, ff. 76 v°-81 r°; je cite la lettre d'après
l'édition de d'Achery, Spicilegium, 2° éd., III [1723], 624-628, mais l'ai colla-
tionnée sur le manuscrit. Les autres sources disent seulement que les envoyés
mongols arrivèrent vers Noèl. Abel Rémusat (Mémoires sur les relations, 46) a
<-ont'ondu le débarquement à Cérines et l'entrée à Nicosie quand il dit qu'Odon
de Chàteauroux fixe le débarquement au 19 décembre. Howorth (ni, 77) a suivi
Rémusat.
[151]
1-1 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
lettre qu'ils apportaient. Dans notre manuscrit unique de la
lettre d'Odon de Châteauroux, oii cette traduction a été incor-
porée, le premier d'entre eux est qualifié de nuntius jkleUs
nosier vir venerabilis, et appelé « Sabeldin Monfac David »;
l'autre est appelé « Marchus » ; tous deux se dirent chrétiens
et originaires d'un village situé à deux jours de « Moyssac
sive Mussula (= Mossoul) » (1). Nos autres sources remontent
toutes soit à la lettre d'Odon de Châteauroux, soit à la traduc-
tion de la lettre que saint Louis avait transmise à la reine
Blanche (2). On a ainsi « Sabeldim. Mousfat David » chez
(1) C'est par suite de virgules introduites à tort entre les trois éléments du
nom du premier envoyé que certains auteurs (par exemple Kiiliricht. Kleine
Studien zur Gesch. (1er Kreuzzuge, p. 26; Gesch. d. A'oniijreichs Jérusalem, 817 :
Altaner, 132) ont parlé de quatre envoyés mongols; Zarncke (Der Priesler Johan-
nes, 79) avait du moins hésité; le P. Batton (Wilhem von Rubruk, 12) est for-
mel en faveur de deux envoyés seulement. Bien qu'ils aient eu naturellement
des compagnons, la désignation de deux envoyés en titre est conforme à ce
que nous avons vu pour Aï-bag et Stirgis qui furent envoyés à Rome par Baiju
avec Ascelin (cf. supra, p. 131). Le <• ftloyssac sive Mussula » se retrouve cliez
Vincent de Beauvais, xxxii, 93, et devait donc bien figurer dans le procès-verbal
de cet entretien qui fut rédigé sur le moment. [Il est à nouveau question de
quatre envoyés mongols dans Giovanni Soranzo, Il Papalo, VEuropa cristiana
e l Tarlari, Milan, 1930, in-8, p. 129. Ce gros ouvrage a paru pendant l'impres-
sion du présent chapitre; je ne puis l'utiliser que dans quelques additions
mises entre crochets.]
(2) 11 n'est pas facile, sans procéder à des recherches minutieuses sur les
sources de chaque ouvrage, de déterminer s'ils doivent le texte de la lettre du
" roi des Tartares ■• directement ou indirectement à la lettre d'Odon de Châ-
teauroux ou à la copie envoyée à la, reine Blanche. Comme, en reproduisant
cette lettre et celle du connétable Sembat, Vincent de Beauvais (xxxn, 91) men-
tionne expressément l'envoi qui en fut fait à Innocent IV par Odon de Châ-
teauroux, il est bien probable que c'est chez Odon qu'il les a recueillies; les
deux textes, tous deux en latin, sont d'ailleurs à peu près identiques. Et c'est
bien vraisemblablement chez Vincent de Beauvais que Guillaume de Kangis a
puisé. La version française des Grandes chroniques remonterait également au
texte latin de Vincent de Beauvais. Par contre, le texte français, très différent
comme rédaction, qui a été conservé par Blathieu de Paris représenterait la
version envoyée à la reine Blanche; Vincent de Beauvais parle de cet envoi à
deux reprises (xxxn. 90 et 94); d'après lui comme, après lui, d'après les
Grandes chroniques, la version envoyée à la reine Blanche était en latin et
non en français; la traduction française que nous connaissons par Mathieu de
Paris aurait en ce cas été exécutée en France. Vincent de Beauvais (xxxn, 91)
nous apprend en outre que saint Louis avait envoyé, sons son contreseing, la
lettre du • roi des Tartares » à la reine Blanche en la joignant à la copie de
la lettre écrite par André de Longjumeau au début de son ambassade. Ceci
nous met, comme on le verra, au milieu de mars 1249, et il est par suite vrai-
[152]
LES MONGOLS. ET LA PAPAUTÉ. 15
Vincent de Beauvais (xxxii, 01) (It; « Sabeldim Mouffath
David » chez Guillaume de Nangis {Rec. des Hisi., xx, 360) (2) ;
« Saphadin Mephat Davi » dans les Additamenta des
Chronica Majora de Mathieu de Paris (éd. Luard, vi, 164) (3);
« Salbotum Monfat David » (var. « Salbotam Monfath David »)
dans les Ann. S. Rudberti Salisburçj. [MGH, SS, w, 790) ;
« David, Marc et Olphac » dans les Grandes chroniques
de France (iv, iO."») (4), parfois « Marc et Alphac » (5).
Le premier élément est presque sûrement Saîfu-'d-Din, et
le nom complet me parait être Saîfu-'d-Din Muzaffar Daiid,
« le Sabre de la Foi, le Victorieux, David »; il s'agit d'un
clirétien nestorien de langue arabe, originaire de la région
de Mossoul (6). Son coreligionnaire et compatriote « Mar-
somblable que l'envoi de saint Louis à la reine Blanche soit parti en même
temps que la lettre (FOdon de Chàteauroux au pape, qui est du 31 mars 1249;
c'est d'ailleurs la conclusion à laquelle avait déjà abouti Le Nain de Tillemont,
I "u; de saint Louis, lu, 2'28.
(1) Ed. de Nuremberg de 1483 : « Sabeldini Monsfat Dauid »; mss. Lat. 4898:
■• Sabeldini Mosfat Dauid »; mss. Lat. 4900 : « Sabeldim Mousfat Dauid ■•.
" Sabeldini •> est évidemment fautif pour « Sabeldim », et le -m est sorti d'une
abréviation qui pouvait se restituer en -m ou -n. >< Mosfat >• est vraisembla-
lilement pour « Mosfat ■■ (= Monsfat), et Monsfat fautif pour Mousfat. 1! en est
lie même pour ■■ Sabeldim Mouffat David » de la Chronique de Zantniet (Mar-
i(''ne, Vcl. script, arnpl. cuil., v, 86-87), pour ■• Sabejdim .Monffat David •■ de
Rinaldi (s. a. 1248. n" 31), et avant lui pour le « Sabeldi Môstrat Dauid » de
saint Antonin (p. l^>9).
(2) « Sabeldin Moufat David - et ■< Sabedin Moriffat David » dans la version
{vàui-aisQ {ibicL, xx, 3tjl): ■■ Moriffat • parait altéré de « Monsfat ».
(3) Mathieu de Paris utilisait une copie de la traduction française; la reine
Blanche avait vraisemblablement joint cette copie à la lettre qu'elle écrivit au roi
d'.Vugleterre en 1249 pour lui annoncer la prise de Damiette et dont Mathieu de
Paris donne le texte en latin. C'est peut-être par suite de cette circonstance que
.Mathieu de Paris a cru que les envoyés des Mongols s'étaient présentés devant
saint Louis à Damiette (v, 87); mais en ce cas, comme cette erreur se retrouve
chez Thomas de Cantimpré [Bonum univ. de apibus, Douai, 1627, 525), celui-ci
la devrait, directement ou indirectement, à Mathieu de Paris, et la chronologie
ne le rend pas très vraisemblable; il est également possible que la confusion
provienne de la lettre de Jean Sarrasin mal comprise.
(4) C'est « Jlousfat ■• qui, déplacé, a donné le pseudo-nom « Olphac ».
(5) Cf. Abel Rémusat, Mém. sur les relations, 165; ici le nom de « David - a
tout à fait disparu.
(0) Pour « Saïfu-'d- Dîn •> rendu par - Sabeddin ■■ ou ■■ Saphadin ■■, cf. la
forme « Safadin •• adoptée par les Ci-oisés pour ce même nom quand ils parlent
du frère de Saladiu. In chrétien « Sabadin » accompagna Bar-Çauma en
Europe en 1287-1288 (cf. Chabot, Hisi. de Mar Jabaiaha III, à l'index, p. 274).
[1531
16 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
chus » OU « Marcus » est naturellement un Markus, Marc(l).
Le nom du « roi des Tartares » qui avait envoyé David
et Marc est orthographié de manières assez différentes dans
les manuscrits des mêmes auteurs. La lettre d'Odon de
Châteauroux donne successivement «^ Erchalchai », « Archel-
can », « Elchalchai » « Elchelchai » et « Elchelcai » (2). Les
manuscrits de Vincent de Beauvais vont de « Ercalthay » à
« Elcheltay », mais les orthographes à -r- comme seconde
lettre sont prédominantes (3). Guillaume de Nangis écrit
<( Ercalthay ». Paulin Paris, dans les Grandes c/ironiques, a
indiqué partout « Eschartay », sans citer de variantes.
Mathieu de Paris a « Achatay ». On trouve « Elcheltay » dans
la lettre de Jean Sarrasin. Je ne doute pas qu'il faille lire
« Elcheltay » partout, et, comme on Ta reconnu depuis long-
temps, nous avons là une transcription du nom d'Âljigidai ou
Eljigidai (1), c'est-à-dire du même personnage dont nous
Un autre •< Sabaclin >■ apparaît dans un docuineiit (le 1358 [L'Armeno \'ciictu,
Venise, 1893, in-8, p. 158). Jusqu'en 1758, on trouve la mention d'un « scribe
Sabarlin » (« Sabadin Catip »), dans / Uhfi commcmoriali, ii, 288 (BN., 1" K
-2o). On pourrait multiplier ces exemples. Le nom île Safï-ud-Dïn, auq.itl on
pourrait aussi songer comme original de « Sabeldin » etc., est beaucoup moins
usuel que SaTl'u-'d-Dïn. [M. Soranzo, Il Papalo, pp. 128 et 599, dit que David
était probablement un •■ hébreu de Syrie » ; tout prouve au contraire que c'était
un ciirétien.]
(1) Le « Martinum ■■ dos Ann. S. IluJb. Salis/j. (cf. Batton, ]\'ifJielm von
Piubmk, 12) n'est qu'une altération graphique.
(2) Telles sont les leçons du manuscrit. D'Achery a imprimé, au lieu de la
seconde et de la troisième l'orme, •■ Archelchai ■• et ■• Erchalchai ». Pour la
quatrième forme, d'Achery a imprimé à tort « Erchelciiai ». Enfin il donne
•ensuite un ■• Elchelchai » là où le mss. a « Elchelcai ».
(3) La chronique de Zanttliet, qui dépend ici de Vincent de Beauvais, a suc-
cessivement Ercheltay et Elcheltay (.AIartèn(> et Durand, Velcr. script, ampl.
culL, V, 86-87).
(4) Il 3' a eu cepandant des exceptions, même à une époque récente. Au
.wm" siècle, Assemani voyait dans Ercalthay le ministre Qadaq (cf. infra, p. 201).
M. Uminski (p. 117) a rappelé que le même Ercalthay est identifié à Aryun-
aya par Kidb, à Sartaq par De Giibernatis, à un « khan persai Erchaltai ■■
.par ;M. Schlager {Mongolenfalirien, 44), et que M. L. Bréhier {L'Église cl
rOrienl...,^ Les croisades'^, 22i) a cru que l'ambassade de David apportait à
saint Louis •■ des lettres du Grand khan Gouyouk •-. Ridiricht [Ktcine Sludien
zur Gesc/iichle der Kremzûge, Berlin, 1890, in-4. p. IG), tout en sachant bien
que l'ambassade était envoyée par Aljigidili, a cru que la lettre qu'elle apportait
■était due à Giiyfik. Je ne puis m'expliquer cette erreur, comme celle de
.Al. Bréhier, que par une interprétation inexiicto du préamljule de la lettre. Léon
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 17
avons rencontré le nom chez Vincent de Beauvais sous la
forme Angutha à propos de la mission d'Ascelin (cf. supra,
p. [117]) et qui était arrivé au camp de Baiju dans la Tran's-
caucasie orientale le 17 juillet 1247. Son ambassade, puisqu'elle
débarqua à Cérines, venait probablement par le j^'olfe d'Alexan-
drette et non par Antioche.
Saint Louis avait débarqué à Limassol le 17 septembre 1248
et l'ambassade prenait terre à, Cérines le 11 décembre. Ainsi,
en moins de trois mois, non seulement la nouvelle de l'ar-
rivée de saint Louis serait parvenue sur le continent et aurait
franchi les 50 jours de route que les itinéraires d'André de
Longjumeau et d'Ascelin nous amènent à compter entre la
côte et le camp mongol de Transcaucasie, mais Àljigidiu aurait
eu le temps de décider une ambassade et de la faire partir,
et cette ambassade, outre la route jusqu'à la côte, aurait tra-
versé le bras de mer qui sépare Chypre de la terre ferme. Il
ne semble pas que les Mongols, au moins à cette époque,
aient utilisé les pigeons voyageurs que les Croisés ont connus
avec surprise chez les Musulmans de Syrie. On pourrait
évidemment abréger éventuellement la distance en suppo-
sant que le camp d'Aljigidiii était moins éloigné de la côte
que celui où la mission d'Ascelin avait trouvé Baiju, et c'est un
point sur lequel je reviendrai plus loin. Mais il est une autre
constatation à laquelle on n'a guère prêté attention, et qui nous
oriente dans une tout autre direction : la lettre d'Aljigidai
Cahun {Inlroduclion à l'histoire de l' A fi ie, 'SOI -39-2), toujours superficiel et roina^
nesque, a cru, lui aussi, que l'ambassade venait du grand khan Giiyuk, et fait
reproche à saint Louis de n'avoir pas su profiter de 1' « alliance ferme ■- que lui
offrait « l'empereur de Chine » (!); il confond d'ailleurs l'ambassade d'André
de Longjumeau (qu'il ne nomme pas) et la mission de Guillaume de Rubrouck
(cette étonnante méprise se retrouve chez Komroff, Conlemporaries of Marco ^
Polo, xviii, et chez F. de Mély, De Périgueux au Fleuve Jaune, Paris, 1927,'
in-4, p. 33). Kiilb, qui identifiait Ercalthay à Aryun-ava, avait par contre reconnu
Âljigidai dans le Angutha de Simon de Saint-Quentin (cf. supra, p. UG).
M. Fr. Risch, à qui nous devons une bonne traduction de Plan Carpin (Johann
de Piano Carpini, Leipzig, 1930, in-8), prend une position inverse en voyant
Aryun-aya dans Angutha, qu'il corrige en « Auguca • (p. 32), et naturellement
Âljigidai dans Ercathay; je ne crois pas qu'il ait raison; Aryun-aya, sous Giiyiik,
avait l'administration civile de la Perse centrale et orientale; mais les régions
avancées du Nord-Ouest de la Perse, de la Syrie et de l'Asie mineure étaient
[1551
OUIENT CHIÎÉTIEN. 2
18 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
est datée expressément « in finibus muharram » (1), c'est-à-dire
dans la dernière décade de ce mois, et cette décade correspond,
à un jour près, aux 15-24 mai 1248 : à ce moment, non seule-
ment saint Louis n'était pas arrivé en Chypre, mais il s'en
fallait de plus de trois mois qu'il partît d'Aigues-Mortes,
et il se trouvait encore à Paris qu'il ne quitta que le 12 juin.
Force est donc d'admettre — , si l'ambassade et la lettre
sont authentiques, — ou bien qu'Âljigidai, ayant appris les
projets de croisade de saint Louis, avait envoyé d'avance son
ambassade, ou bien qu'il avait été trompé par un rapport an-
nonçant l'arrivée du roi à un moment où celui-ci ne s'était
pas encore mis en route. Vincent de Beauvais (xxxii, 90)
semble d'abord appuyer la première solution, quand il fait
dire à David et à Marc qu'Aljigidai avait entendu dire que le
roi de France « devait aborder en Chypre » (audieret enrni
de ipso qiiod œpplicare deberet in Cypro). Et, si les Grandes
chroniques (iv, 293) font déclarer aux envoyés que leur
maître « avoit oï dire qu'il estoit en Chypre », nous y recon-
naîtrions volontiers une des nombreuses inexactitudes de cet
ouvrage (2). Mais on verra (ju'un passage de la lettre d'Âlji-
confiées àÂljigidai; ci", d'ailleurs le texte de Bar-Ilebraeus traduit par M. Risch
lui-même à la p. '-Ml.
(1) Le mot « muharram - est donné correctement dans la lettre d'Odon de
Cliàteauroux; Vincent de Beauvais (xxxii, 91) l'altère en " mercharram » (d'où
Mercharran dans Zantliiet), les Ann. S. Rudberli Saliburg.'{M G H, SS, ix, 790)
en '• mecharon >■, et il est devenu « maranalha « chez Mathieu de Paris, qui a
cru y reconnaître, comme une note de lui l'indique, le « maranalha » de
saint Paul, / Corinthiens, xvi, 22. Guillaume de Nangis a « in Fruemercharram •■
(= in fine IMucharram), devenu dans la version française « Feurier Charrain >•
ou « Feuric Charam ", que les éditeurs de 1840 (Rec. des Hist., xx, 360, 361),
suivant sans le dire une explication de l'Histoire de saint Louis de Capperonnier
(Paris, 1761, in-folio, p. 200, et glossaire, p. xxix), ont rétabli en » Ferver-rnah-
chorrem •■, « l'heureux mois de Fervardin »! Kiilb (i, 157) a fait de ■< Mercha- '
ran .. un nom de paj'S. L'équivalence à •■ fin mai 1218 •> a été donnée incidem-
ment par Zarncke, Dcr Priester Johannes, 80, et fautivement à fin juilkt 1248
par le P. Batton (U'ihelni von Ruhruk, p. 12), mais le seul qui ait discuté la
date et ait vu les difficultés qui en résultaient est le vieux Tillemont, Vie de
saint Louis, m, 225. On ne s'y est pas arrêté, et même Rohricht [Reg. Regni
Hierosolymitani, p. 306) indique la lettre d'AlJigidai sous 1248, mais sans préci-
sion de mois. [■< Fruemercharram •■ vient encore d'être donné, sans autre
remarque, par JI. Soranzo, Il papalo, 129.]
(2) Dans la lettre du connétable Sembat du 7 février 1248, les Grandes chro-
11561
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 19
gidai s'explique plus naturellement à première lecture si on
admet qu'en l'écrivant, il croyait le roi de France déjà débarqué.
Enfin, d'après Odon de Chàteauroux que Vincent de Beauvais
suit ici pas à pas, on demanda aux envoyés comment leur
maître avait appris l'arrivée du roi de France. Et les envoyés
auraient répondu que c'était par des lettres du sultan de IMossoul
au grand khan; dans ces lettres, le sultan de Mossoul infor-
mait l'empereur mongol que le sultan de Babylone, c'est-à-dire
du Caire, lui avait écrit, à lui sultan de Mossoul, pour lui
annoncer le débarquement du roi de France, et avait ajouté
mensongèrement qu'il avait capturé et emmené en Egypte
60 nefs du roi de France, ce mensonge ayant pour but de
détourner le sultan de Mossoul de toute alliance avec les
Francs contre l'Egypte.
J'avoue que cette dernière version, qui fait remonter à deux
intermédiaires de plus, et par suite à une date encore plus
ancienne, la fausse nouvelle du débarquement du roi de France,
ne m'inspire pas grande confiance. Les envoyés des Mongols
ont raconté bien des histoires sans fondement, on s'en apercevra
par la suite. En fin de compte, j'incline presque à considéi'er
comme plus vraisemblable qu'AIjigidai ait envo3é d'avance
son ambassade.
Ceci indiquerait, de la part d'AlJigidiii, une assez bonne
connaissance de ce qui se passait dans le monde chrétien. Il
ne pouvait la devoir aux envoyés de Baiju, Aï-bag et Sargis,
puisque ceux-ci se trouvaient encore à Rome le 22 no-
vembre 1248 (cf. supra, p. [135]). Mais, dès l'arrivée d'Ascelin
et de ses compagnons, Vegyp ou conseiller principal de Baiju,
niques (ïv, 298) prêtent à Sembat ral'firmation qu'il se trouvait présent à la
Cour du « roi de Ttiarse », autrement dit, dans la région de Karakorum, quand
l'envoyé du pape, c'est-à-dire Jean du Plan Carpin, demanda au souverain s'il
était chrétien et pourquoi il se livrait à tant do carnages. Or Sembat n'a quitté
l'Arménie qu'en 1-247, et le séjour de .Jean du Plan Carpin à Karakorum est de
l'été de l'246. Mais le vrai texte de Sembat, tel qu'on l'a en latin dans la lettre
d'Odon de Chàteauroux et chez Vincent de Beauvais, montre que Sembat avait
seulement entendu parler de la réception de Plan Carpin par Giiyuk, assez
exactement d'ailleurs, alors que lui, Sembat, se rendant d'Arménie à Karako-
rum. n'était encore arrivé qu'à Samarkand (cf. supra, 130-131). Par une coïncl-
• dence bizarre, la même erreur se trouve à propos du voyage de Sembat ch«z
Bar Hebraeus (cf. Risch, Johann de Piano Carpini, 326). ,
[157]
20 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
^ainsi que les officiers et les interprètes, « s'enquéraient habi-
lement et très soigneusement auprès des Frères si les Francs
passeraient encore en Syrie » (cf. supra, p. [111]) (1). Il est
très admissible que, par de telles enquêtes, Àljigidai ait connu
à l'avance le projet d'embarquement de saint Louis^ soit pour
Chypre, soit pour la Syrie, et ait envoyé d'avance son ambas-
sade; celle-ci serait venue à Chypre même quand elle aurait
appris que le roi s'y était arrêté.
Quand les envoyés du chef mongol se présentèrent à Nicosie
pour remettre la lettre dont ils étaient porteurs, il y avait
parmi les assistants, dit Vincent de Beauvais (xxxii, 90), « frère
André deLonciumel de Tordre des Frères prêcheurs, qui avait
connu le principal des envoyés, appelé David, pour l'avoir vu
dans l'armée des Tartares » (2). Ce renseignement n'élait pas
donné par Odon de Châteauroux, mais il est confirmé dans
son essence par la lettre de Jean Sarrasin du 23 juin 1249 :
« Li roiz envoia à ces mesaiges frère Andrieu de l'ordre de
Saint Jaque. Et li mesaiges, qui pas ne savoient que l'en i
deust envoler, le connurent aussi bien et frère Andrieu elx,
comme nous ferionz li unz l'autre » (3). Nous savons aujourd'hui
assez de choses sur le voyage d'André de Longjumeau en
1245-1247 pour dire où les deux hommes s'étaient vus. C'est
(1) En 1924, je n'avais pas su identifier ce mot cgyp. Une lettre du Père P. Pee-
ters, du 27 février 1927, m'a apporté la solution évidente; c'est le mot arabe
s ^a>.L^ hû'jib, « chambellan », qui s'emploie aussi en persan comme synonyme
de pàrddhdûr (VuUers, i, 610; et sur ce dernier mot, cf. aussi Ibn Battfitah,
éd. Defrémery, iv, 297). La même soliition a été depuis lors proposée indépen-
damment par M. Risch {Johann de Piano Carpini, p. 32). Le mot hQjib a passé
de bonne heure en turc de Kàsyar; on le trouve, écrit en lettres ouigoures
ajïb, dans le Quladyii biiig de 1069, où ulur ajïb, « grand ajïb », signifie « minis-
tre », et qasajïb {hass hâjib), «■ secrétaire privé »; cf. le dictionnaire de Radlov,
I, 524. [Au dernier moment, je m'aperçois que l'explication de cgyp par /jajib
avait été donnée, dès 1825, par Yazykov dans le l" volume, seul paru, de son
Sobranie pute'<eslviï k Tataram, p. 295.]
(2) L' « armée >» (exercitus) est devenue !''< hostel » dans l'édition des Grandes
chroniques (iv, 293). Comme les Grandes chroniques doivent dépendre ici de
Vincent de Beauvais, il faut, à mon avis, lire 1' <■ host », et ne pas coniprendri;
" hostel » au sens de ordu, « cour », curia, qu'il a parfois chez Hethoum l'his-
torien (cf. Hisl. des Crois., Armén., ii, 164, 163, 167).
(3) D'après ce texte, André de Longjumeau aurait connu les deux messagers,
et pas seulement David.
[158]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 21
au point extrême de son voyage, à 45 étapes d'Acre, qu'André
de Long-jumeau s'était trouvé en présence d'un très fort déta-
ciiement de l'armée mongole, et j'ai montré plus haut qu'il
fallait situer cette rencontre à Tauriz (cf. supra, [55, 58, 59]).
Bien qu'André de Longjumeau ait été envoyé en mission en
1215 vers le « roi des Tartares », il est certain que non seule-
ment il n'alla pas jusqu'à Karakorum, mais même qu'il ne
poussa pas jusqu'au campement d'été de Baiju au nord de
TAraxe. Le mieux parait être de supposer que le Dominicain
et son compagnon trouvèrent dans la région de Tauriz l'avant-
garde de l'armée de Baiju et entrèrent là en relations avec les
chefs de cette avant-garde, leur remettant éventuellement les
lettres d'Innocent IV pour le « roi des Tartares » ; les instruc-
tions pontificales ne les obligeaient pas à plus, nous en sommes
assurés aussi bien par l'exemple de Jean du Plan Carpin
que par celui d'Ascelin (1). Si par ailleurs André de Longju-
meau fut à cette occasion en relations suffisantes avec David
et peut-être avec Marc pour reconnaître l'un d'eux ou peut-
être tous les deux quand il les retrouva à Chypre, ce n'est
pas, contrairement à ce qu'on a cru parfois, que David ou
Marc fussent des chefs militaires : ces nestoriens de Mossoul
remplissaient sûrement, auprès des Mongols qui occupaient le
Nord-Ouest de la Perse, le rôle de secrétaires ou d'interprètes,
et c'est pourquoi André de Longjumeau, lors de son contact
avec un détachement avancé de l'armée mongole dans le
second semestre de 1216, s'était trouvé tout naturellement
(1) Si André de Longjumeau avait été sur la fin de 1246 jusqu'à Baiju lui-
même, il est invraisemblable que la mission d'Ascelin n'en ait rien appris
pendant son séjour auprès de ce chef mongol l'année suivante. Il semble même
que Baiju ne connaissait pas avant la mission d'Ascelin les lettres adressées au
.. roi des Tartares » par Innocent IV; or André de Longjumeau devait avoir les
mêmes lettres que Plan Carpin et qu'Ascelin, c'est-à-dire la lettre Dei patris
immensa du 5 mars 1245 et la lettre Cum non solum du 5 ou 13 mars de la même
année; des raisons inconnues semblent donc avoir fait rester ces lettres aux
mains d'un chef de détachement qui n'était pas Baiju. A ceci, on peut objecter
que, d'après les renseignements ici très sûrs que nous devons à Jlathieu de
Paris, André de Longjumeau parle d'une armée de 300.000 cavaliers (cf. supra,
pp. [5o-o6]). .Mais c'est qu'il vise là toute l'armée mongole qui occupait le Nord-
Ouest de la Perse, par opposition avec « l'armée du grand roi [qui est] à cinq
mois de route [de là] -, c'est-à-dire qui se trouvait dans la Haute Mongolie.
[159]
22 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
en rapports assez étroits au moins avec l'un d'entre eux.
La lettre d'Odon de Châteauroux à Innocent IV spécifie
-que la lettre remise par David et Marc était écrite « en langue
persane », mais « en caractères arabes », et le même témoi-
gnage se retrouve chez Vincent de Beauvais (xxxii, 90). Odon
ajoute que le roi la fit traduire mot par mot {de verbo ad
verbum), et Vincent de Beauvais, qui dit la même chose,
spécifie en outre à deux reprises que la traduction fut faite
en latin. Il n'y a aucun doute à garder sur ces témoignages
très précis. Quand donc Mathieu de Paris reproduit une version
'française qu'il dit faite de l'original « chaldéen », il faut ad-
mettre que, par « chaldéen », il entend le persan comme l'a
déjà indiqué M. Altaner (p. 133), et en outre, très probable-
ment, que cette version a été exécutée en France d'après la
traduction latine. Quant au traducteur qui, à Nicosie même,
traduisit la lettre persane en latin, ni Odon de Châteauroux
ni Vincent de Beauvais ne le nomment, mais, à la phrase
précédente, Vincent de Beauvais a mentionné André de Long-
jumeau, et l'a eu vraisemblablement dans l'esprit comme le
traducteur des lettres. C'est en tout cas à notre Dominicain
que Guillaume de Nangis {Rec. des Hist., xx, 358, 359) et les
Grandes chroniques de France (iv, 293) attribuent expres-
sément la traduction. Nous savons par Mathieu de Paris que
le frère André savait « linguam Arabicam et Caldeam » (cf.
supra, pp. 57 et 58), c'est-à-dire, pour Mathieu de Paris, l'arabe
et le persan. Par ailleurs, la lettre de Jean Sarrasin raconte
comment, lorsque les envoyés mongols furent présentés au
roi, André de Longjumeau « enroumancoit le Francoiz »,
autrement dit servit d'interprète. Il est seulement difficile de
dire si ces conversations eurent lieu en persan, qui était la
langue de la lettre, ou en arabe, que des Nestoriens de Mos-
soul devaient parler plus naturellement ; André de Longjumeau
possédait l'une et l'autre langue.
Voici la traduction latine delà lettre d'Aljigidâi (1).
(1) Toutes les éditions données de cette lettre soit par les éditeurs de Vincent
de Beauvais, soit par ceux de ZantlUet, soit par ceux de la lettre d'Odon de
Châteauroux, et aussi par Rinaldi, sont inexactes à des degrés divers, tantôt
pa,r mauvaise lecture des manuscrits, tantôt par suite de ponctuations qui
160]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 23
Per potentiam Dei excelsi, missi a rege terre chan (I) verba
Elchelthay (2). Régi (3) magno prouinciarum multarum, propu-
gnatori strenuo (4) orbis, gladio christianitatis, victorie (5) reli-
gionis baptismalis (6), [corone gentis ecclesiastice,] (7) defensori
dénaturent le sens du texte. Je suis de préférence le texte inséré dans la
lettre d'Odon de Chàteauroux. mais notre unique manuscrit de cette lettre a
certaines fautes que le texte de Vincent de Beauvais, qui est emprunté à
Odon, permet de corriger. J'ai mis entre parenthèses les formules de phraséo-
logie orientale qui suivent la première mention du roi de France et, à chaque
fois, celle de l'empereur mongol; ce sont des incises du type dos ■■ Que son
nom soit exalté » qui suivent chez les Musulmans la mention du nom d'Allah.
Dans l'indication des variantes, 0 = Odon de Chàteauroux, VB = Vincent de
Beauvais, éd. de Nuremberg, 1483, 1. xxxu, ch. 91; A = Vincent de Beauvais,
BN, Lat. 4898; B = Vincent de Beauvais, Bx\, Lat. 4900.
(1) 0 gan, pour can; VB chaam; A c/i«';B cham; je considère les formes eu
-m comme une mauvaise restitution de -a', qu'on peut lire -an ou am.
(2) Pour cette forme, cf. supra, p [154].
(3) Daunou et Naudet (Uec. des Hisl., xx, 358), ne comprenant rien à ce
début, ont corrigé régi en reye, et rapporté toutes les épithètes qui suivent au
grand khan! Cette fausse leçon rege se trouve d'ailleurs aussi dans Atm. S.
Rudberti, 790, mais sûrement comme une faute de texte puisque les épithètes
suivantes sont bien au datif.
(4) 0 : slrenuo propugnalori. J'ai adopté l'ordre de VB par analogie a\ec
régi magno, etc., et aussi parce que je suppose que, dans cette traduction mot
à mot, on a suivi plutôt l'ordre des mots de la phrase persane.
(5) Tout en gardant une coupure indéfendable pour les divers éléments de
cette énumération, d'Ohsson {Hist. des Mongols, u, 238) a imprimé viclori; c'est
la forme à laquelle on songe naturellement, mais victorie, qui est donné par
toutes les sources, peut se défendre et est confirmé par victoire de la traduc-
tion française que ^Mathieu de Paris nous a conservée.
(6) VB aposlolice. Guillaume de Nangis, les Grandes Chronvjues et la Chroni-
que de Saint-Denis suivent Vincent de Beauvais; mais la traduction française
conservée par Mathieu de Paris (mal ponctuée dans tout ce début par l'éditeur)
a « religiun baptismal ", ce qui confirme la leçon de 0; et baptismalis se
retrouve dans le texte latin de la lettre des Ann. S" Rudberti Salisburg. (MGII,
SS, IX, 790-791). Le mot traduit par « baptismalis ■■ était peut-èti-e le mysté-
rieux si/tim (.hYam) ou sïlam {kïlam) de la lettre de Gûyiik {supra, p. 18), sur
lequel cf. toutefois Kotwicz dans Rocznyk (Jrjenlal., ly, llO-Ul, 315, et Poppe,
dans Izv. Ak. Nauk, 1928, 59.
(7) Les mots entre crochets n'ont pas de correspondants dans 0, VB, ni dans
Guillaume de Nangis et les traductions françaises apparentées, ^lais on a (mal
ponctué) •• (nirune, de genz ecclesiastres » dans l'ancienne traduction française
conservée par Mathieu de Paris, et corone gentis sacerdolis dans Ann. S. Rud-
berti, 790. Je pense que ces mots ont chance d'avoir été omis dans la copie de
la traduction envoyée à Innocent IV par Odon de Chàteauroux, mais qu'ils se
trouvaient dans celle envoyée par saint Louis à la reine Blanche et d'où la tra-
duction française donnée par Mathieu de Paris doit dériver; c'est également à
la version envoyée par saint Louis que remonterait le texte latin des Ann. S.
Rudberti. Si la version des Ann. S. Rudberti n'est pas retraduite du français,
■ [161j
24 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
legis euangelice, filio régi Francie (1) (augeat Deus dominium
suum, et conseruet ei regnum suiim annis plurimis et impleat
voluntates suas in lege et in mundo, nunc et in futurum, par
veritatem (2) diuine conductricis (3) hominum et omnium pro-
phetarum et apostolorum, amen) centum milia salutum et bene-
dictionum. Ex hoc rogo quod recipiat salutationes istas (4), vt
sint grate (5) apud ipsum. Faciat autem Deus vt videam (G)
hune regem magnificum qui applicuit. Creator autem excelsus
causet occursum nostrum (7) in caritate et facere faciat (8) vt
congregemur in vnum. Posthanc autem salutationem nouerit quod
in hac epistola non est intentio nostra nisi vtilitas cliristianitatis,
et corroboratio manus regum christianorura, Domino concedente.
Et peto a Deo vt det victoriam exercitibus regum christianitatis,
et triumphet eos de aduersariis suis contemnentibus crucem. Ex
parte autem régis sublimis (sublimet eum Deus), videlicet de
presentia Kyocay (9) (augeat Deus magnificentiam suam), veni-
on pouri'a songer à une leçon primitive corone genlis sacerdolalis an heu du
corone f/cnlis ecclesiastice que j'ai rétabh en calquant le texte de Mathieu de
Paris.
(1) VB, A, B [Icgis evangelice] filio, régi Francorum. Pour 0, la l'" éd. du
Spicilegi'um de d'Achery (vit [UiGtl], p. "^16) a filio Régi Franciae, mais la
seconde, suivie par Mosheiui {Hist. Tari, ceci., App., p. 47), a filio Régis Fran-
ciae: Rinaldi {s. a. P248, n. MJ) donne [legis evangeiicae] filio. Régi Franciarum.
Le mss. de 0 a une abréviation par suspension qu'on peut lire aussi bien régi
que régis, et c'est évidemment régi qui est correct. L'épithète de « fds - appli-
quée à saint Louis par Aljigidai se retrouve d'ailleurs plus loin. J'ai préféré
Francie de 0 à Francorum de VB; il me paraît en effet probable que l'original
}M'rsan ait porté Redefrans, " roi de France >«, qui a passé alors dans un gi-and
nombre de sources musulmanes.
(i) Au lien de veriialem de 0 et VB, les traductions françaises de Guillaume
de Nangis et des Grandes chroniques supposent virlulem; mais veritatem est
confirmé par vérité de la version française de Mathieu de Paris.
(3) Par la vérité de la dame ki cunduit (version française chez Jlathieu de
Paris) ; les autres versions françaises ont modifié le texte. .Je ne sais ce que les
auteurs de la lettre entendaient exactement par cette « conductrice divine ■>;
peut-être était-ce la déesse tJtugan, sur laquelle cf. T'oung Pao, 1929, 218-219.
D'Ohsson (n, 238) a inséré arbitrairement potentiae après divinae.
(4) Telle est bien la leçon de 0 et de VB; d'Achery a lu à tort illas.
(5) VB grandes; A et B grande. Les traductions françaises confirment grate.
(6) VB videant, mais A et B uideam.
(7) VB, A, B faciat occursum vestrum, sûrement fautif.
(X) 0 facile faciat; VB, A, B facere faciat ; Rinaldi fieri faciat.
(9) 0 Kiocai. II s'agit de Guyiik (ou Kiiyïdvj, et les leçons de nos mss. sont mau-
vaises. Le nom a disparu des traductions françaises, sauf de celle conservée par
Mathieu de Paris, qui a « Conyot Chaam », évidemment à rétablir en « Couyoc
chaan » ou « Couyoc chan >>. Le nom était donc donné correctement dans
la traduction envoyée par saint Louis a la reine Blanche. On pourrait sup-
[162J
LKS MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 25
mus cum potestate et mandate vt omnes christiani sint liberi a
seruitute et tributo et angaria et pedagiis et consimilibus et sint
in honore et reverentia et nullus tangat possessiones eorum,
et ecclesie destructe reedificentur. et pulsentur tabule, et non
audeat aliquis prohibere vt orent corde quieto et libenti pro
regno nostro (1). Ista autem hora venimus adhuc (2) pro vtilitate
christianorum et custodia, dante Deo excelso (3). Misimus autem
hoc (4) per nuntium (5) fidelem nostrum virum venerabilem
Sabeldin Mousfat Dauid et per Marcum vt annuncient illos (6)
bonos rumores et que sunt circa nos dicant ore ad os. Filius autem
recipiat verba eorum et credat eis. Et in literis suis (7) rex
terre (augeatur magnificentia sua) ita precipit (8) quod in lege
Dei non sit difFerentia inter latinum et (9) grecum et armenicum
[et] (10) nestorinum (11) et iacobinum, et omnes qui adorant
crucem. Omnes enim sunt vnum (12) apud nos. Et sic petimus
vt rex magnificus non dividat inter ipsos, sed sit ejus pietas et
clementia (13) super omnes Christianos. Duret eius pietas et
poser que « Kvocay ■• ou « Kiocai » est altéré de * Ivouioceaii > * Konioccan >
*Koiocean> Kiocai; mais il faut alors admettre que l'altération se trouvait déjà
dans la copie de la lettre d'Odon de Chàieauroux que Vincent de Beauvais a
connue; on a « Kyoquem ■• dans la lettre de Jean Sarrasin.
(1) VB vestro, évidemment l'autit'.
(2) Dans 0, d'Acherj- a imprimé ad hoc, mais l'abréviation du mss. peut se
résoudre en ad hue comme chez VB.
(3) 0 Deo dante excelso.
(4) VB, A, B hiic.
(5) VB, A, B omettent nunlhtm, garanti par les traductions l'ran<;aises.
(6) VB, A, B omettent illos.
il) J'ai hésité sur la ponctuation. Les ponctuations de 0 sont ici fantaisistes:
VB rattache et in lileris suis à la phrase précédente, et toutes les traductions
françaises font de même. Mais les traductions françaises, trompées par l'incise
((ue je mets entre parenthèses, n'ont pas compris que le rex lerrae est Giiyûk
(en outre, sauf la traduction française conservée par Mathieu de Paris, toutes
ont substitué le « roi du ciel » au « roi de la terre -). 0 est également brouillé
pour la suite de cette phrase. Il me semble peu vraisemblable que les traduc-
teurs aient donné deux compléments à credat, dont l'un serait au datif, l'autre
à l'ablatif avec in; de plus, s'il s'agissait de la lettre d'Âljigidili apportée par
David et Marc, on attendrait meis et non suis. Je crois donc que in literis suis
désigne ici un message de GiiyïUv. D'Ohsson (ii, 239) avait déjà adopté la même
solution. Daunou et Naudet (Rec. d. IlisL, xx, 360) ont imprimé « ... et credat
eis, et literis suis. Rex terrae augeatur magnificentia suà; ita »!
(8) 0 ita precipue, sûrement fautif.
(9) VB, A, B omettent ce premier et.
(10) J'ai ajouté ce et qui n'est donné dans aucun mss.
(11) A nestorium, qui est fautif.
(12) A et B miseri ('!), qui est fautif.
(13) VB, A, B omettent et clementia.
[103]
26 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
clementia. Datum in finibus muharram (1). Et erit bonum, con-
cedente Deo (2) excelso.
Ce document est remarquable à plus d'un titre, surtout si
on le compare à la lettre remise à Ascelin par Baiju {supra,
pp. [128J et suiv.); cette fois-ci, aucune arrogance, et, par
ailleurs, pas une allusion aux questions politiques proprement
dites, mais seulement des marques de sympathie active en
faveur des chrétiens, Rémusat en a été mal impressionné
{Mém. sur tes relat., 50-52) : « Tout en défendant l'ambas-
sade elle-même, et en soutenant qu'elle était effectivement
envoyée par un général Mongol, il est difficile de ne pas
abandonner la lettre, qui porte, au moins dans la traduction
que nous en avons, un caractère bien prononcé de fausseté et
de supposition... On peut croire que David et ses compagnons
étoient en effet envoyés par Ilchi-khataï, pour concerter avec
les Francs des mesures contre les musulmans; mais on ne leur
avoit remis aucune pièce écrite, ou bien on s'étoit contenté de
ieur donner un de ces ordres fastueux que les lieutenants du
grand khan dévoient faire passer à tous les princes avec qui
ils étoient en relation. Une pareille pièce ne promettoit pas un
grand succès à la négociation : les envoyés en forgèrent une
autre, où ils glissèrent toutes les assurances qui pouvoient
séduire les chrétiens et les prévenir en faveur des Tartares...
Si les choses s'étoient passées de cette manière, nous ne
verrions là qu'un premier exemple de la marche suivie depuis
dans toutes les négociations avec les princes Mongols. Les
lettres dont les ambassadeurs étoient chargés ne leur paraissant
pas propres à leur assurer la bienveillance de ceux à qui ils
étoient adressés, ils les falsifioient, les étendoient, les inter-
prétoient à leur guise. De là vient que les traductions de ces
lettres ne sont jamais en rapport avec les originaux, et
qu'elles ne contiennent souvent que la substance de ceux-ci,
amplifiée, embellie, ornée de tout ce qui paroissoit capable de
(1) VP, A, B in fine mercharram : Ann. S. Rudbertl, - in lïne Jlecharon »; cf.
supra, p. 15G.
(i) YB, A, B Domino.
[164]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 27
plaire aux princes Européens. » (1) D'Ohsson (ii, 238) a parlé
encore plus dédaigneusement de » cette lettre qui, sous tous
les rapports, aurait dû paraître supposée ». M. Beazley (Daivu
of modem geograpluj, n, 278, 645) n'accorde pas davantage
de créance au « pseudo-envoy -» David et à sa « self-styled
légation ».
Il y a, dans la solution proposée par Rémusat, un premier
élément qu'il convient d'écarter sans plus attendre; c'est l'idée
•d'une traduction qui serait éventuellement très différente de
l'original. La traduction a été faite « mot par mot » du
persan en latin par André de Longjumeau, et il est hors de
question que ce missionnaire, qui savait l'arabe et le persan,
ait introduit ou laissé introduire en une circonstance si grave,
dans la traduction de la lettre d'Aljigidai, des phrases ou
même des mots que l'original persan ne comportait pas. Tout,
d'ailleurs, dans la lettre, est si bien conforme à la phraséo-
logie orientale qu'on pourrait sans grand'peine faire le travail
inverse, et restituer à peu près l'original persan à travers le
calque latin. S'il y a eu supercherie, il faut donc que ce soit
dans la fabrication même de cette lettre persane que la tra-'
duction latine rend exactement.
Si maintenant nous étudions cette traduction elle-même, il
y a un passage qui surprend au premier abord; c'est quand
Àljigidai écrit : « Fasse Dieu que je voie ce roi magnifique
qui a débarqué » {qui applicuit); or la lettre a été écrite, si elle
est authentique, entre le 15 et le 24 mai 1248, avant que
saint Louis partit d'Aigues-Mortes et même de Paris (cf.
supra, p. |156j). A la réflexion, tout peut s'expliquer sans même
faire intervenir la fausse nouvelle du débarquement que le
sultan du Caire aurait fait tenir au sultan de Mossoul nombre
de mois à l'avance; et il n'est même pas besoin de supposer
'une inexactitude de traduction où « qui a débarqué » aurait
pris la place de « qui doit débarquer »; je tiens la traduction
d'André de Longjumeau pour si littérale qu'une telle hypothèse
(1) Tout ce passage — ce n'est pas le seul — a été copié par Hue Le chrisUa-
■nisme ea Chine, i, 21â-C'l7; mais il a oublié de mettre des guillemets et même
-de prononcer, là ou ailleurs, le nom d'Abel Rémusat.
flGôj
2(S REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
me paraîtrait d'ailleurs, a priori, très peu vraisemblable.
Mais si, comme j'incline à le croire et comme Vincent de
Beauvais le fait dire d'abord à David, Âljigidâi avait fait
partir en avance son ambassade sur la nouvelle que saint
Louis devait passer en Orient, il est bien évident que la remise
même de la lettre était subordonnée à l'arrivée préalable du
roi de France; à ce moment-là, il n'y avait plus d'inexacti-
tude à parler du roi « qui a débarqué ».
Le début de la lettre correspond exactement à ce qu'elle
serait dans une rédaction mongole normale : Mongka t{a)ngri-
yin kUciln-dûr | qayan-u su-dur \ Âljigidâi ïtgâ manu, \
Irâdbarans-a, « Dans la force du Ciel éternel, dans la Fortune
du qa^an, Aljigidâi, notre parole. Au roi de France... »
Missi a rege terrae chan est cependant un peu une paraphrase
pour désigner le haut personnage Âljigidâi que le //a-^au,
« roi de la terre », a envoyé agir en son nom et qui ne doit
sa puissance qu'à la « Fortune » du qa-(an ; nous aimerions à
avoir ici les mots mêmes de l'original persan pour en juger (1).
(1) Sur cet exode des lettres et édits mongols, cf. supra, [ll'.>-129^; ftl. Riscli,
qui ne se trouvait pas alors avoir à sa disposition ce chapitre paru en 1924, s'est
absolument mépris sur le début de la lettre de Baiju à Innocent IV. Pour il,
" soumis ». cf. l'ordre de Gengis-khan reproduit par Erdmann, Temudschin, 894
et 631; pour il biilya, « soumis et révolté », cl', il bulja^ dans IMidler, Uigurica,
11, 78^5 (et G. Németh, .4 hongfoglalô magyarsdg kialaknlàsa, Budapest, 1930,
in-12, 97). Pour le su jaii de la p. [121], cf. yal(ï)n suu de von Le Coq, Manichaica.
ni, 41; l'expression a été rendue en arabe par JL'JÎ .. Fortune >•,.•• bonheur «
(cf. JA, 1896, I, 507). Pour une invocation du fou-yin (ou <■ Fortune ») de
l'Empereui' céleste {l'ien honang-ll), qui est en l'espèce Gengis-khan, cf. )'uan
che, 77, 7 b; ceci viendrait ;ï l'appui do l'explication que j'ai proposée pour
yiikU su jali (supra, pp. [122-124]). Peut-être suu (> su) est-il un emprunt ouigour
au chinois jjj'p Isou, (' dz'uo), « Fortune (impériale) », passé ensuite du ouigour
au mongol, et est-ce de cet emprunt qu'il faut tirer le verbe suyurya- (ou
Isuyurya-) et soyur^a- dont, à la suite de M. Rang et M"° von Gabain, je me suis
occupé dans Toung Pao, 1930, 302-303. Le parallèle qui me manquait alors au
point de vue de la transcription ancienne d'une initiale sonore dz'- par Is- et s-
existe dans tsouei (* dzhiâi), « crime », « faute », qui a été emprunté en ouigour
sous les formes Isui et sut. Puisque le génitif missi a rege terre chan, « de [celui
qui a] été envoyé par le qayan roi de la terre », répond ici sûrement à l'équi-
valent persan du mongol qa^an-u su-dur, nous pouvons également, je crois,
préciser par là le début de la lettre de Baiju. J'ai déjà été amené à me demander
(supra, pp. [128-129]) si, au début de cette lettre, là oii on a ipsius cfiaam Iransmis-
sum, lra7ismissum n'aurait pas pris la place d'un autre mol répondant à sit-diir.
Avec le missi de la lettre d'Âljigidai, on est tenté de lire, dans le préambule
ItJo]
LES .MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 29
La lettre d'Aljigidâi est également bien conforme aux
habitudes des édits mongols — , et ceci avait déjà frappé
Rémusat, — quand elle fait état des exemptions de taxes et
de corvées concédées par l'empereur mongol aux chrétiens,
<>. afin qu'ils prient d'un cœur tranquille et volontiers pour
notre royaume ».
Restent, il est vrai, une grandiloquence qui jure avec la
sobriété des édits mongols authentiques et aussi les protesta-
tions excessives de zèle en faveur des chrétiens. Mais nous
n'avons pas affaire ici à une lettre mongole; si cette lettre
est authentique, la chancellerie d'Àljigidâi l'a établie en persan
et. pour plaire au destinataire, l'a enjolivée des fleurs d'une
rhétorique contre laquelle Gengis-khan lui-même avait eu du
mal à réagir; ce n'est pas là un signe de supposition (1).
Quant aux instructions de Giiyiikdene faire aucune distinction
entre les diverses sectes chrétiennes énumérées à la fin de la
lettre, Âljigidai les rappelle pour recommander à saint Louis
de s'y conformer. Mais il n'y a rien là de bien surprenant.
Gùylik était entouré de ministres nestoriens, et, dans sa lettre
à Innocent IV rapportée par Plan Carpin, il reproche à la
chrétienté latine de mépriser les autres sectes (cf. supra,
pp. [20-21 1). Même à laisser actuellement de côté les opinions
religieuses éventuelles d'Àljigidâi, il y avait autour de lui,
dans la région de Mossoul et de Tauriz, des communautés
nesloriennes et jacobites importantes et on voit que c'est à
de la lettre de Baiju, Ipsius chaam missl, lequel missi aura été altéré d'abord
on missum, puis en Iransmissum, quand, au lieu de rapporter ce mot, ainsi
qu'il était juste, au missus dominicus que fut Baiju comme le fut ensuite Aljigi-
daï, on en lit une épithète de verbum. Pour une lettre mongole de l:?ll, dont le
début, un peu défiguré par une double traduction, était sûrement identique à
celui de la lettre d'Àljigidâi, cf. d'Ohsson, ni, 80 (" Le lieutenant du maître du
ciel sur la surface de la terre, Cacan ■•).
(1) Il y a ailleurs des parallèles exacts pour les titres donnés à saint Louis
dans le préambule de la lettre d'Âljigidiii. Qu'on compare plutôt ce préambule
au formulaire de Qalqasandî, qui nous a conservé les titres que les sultans
du; Caire employaient dans leurs correspondances diplomatiques en s'adressant
à des princes chrétiens (voir H. Lammens, Correspondances diplomatiques, dans
Rev. Or. chrél., 1904, 151-187, en particulier, p. 107 pour le roi d'Aragon, et
l'exemple concret d'une lettre à Louis XII datée de, 1510 et que le P. Lammens
cite p. 170). Tout y est, y compris les incises « Dieu le maintienne ... ■>, etc.
[167"
30 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
deux chrétiens de Mossoul qu'il a recours pour son ambassade.
Tout naturellement, ces chrétiens orientaux, soucieux de ne
pas voir molester leurs coreligionaires de Syrie occidentale
et de Palestine par les croisés que saint Louis amenait, ont
fait insérer dans la lettre de leur maître un paragraphe
protecteur.
Enfin, malgré toutes les formules de la politesse orientale,
la lettre d'Âljigidai à saint Louis est une lettre d'égal à égal là
où il ne s'agit que de l'auteur de la lettre et de son destina-
taire, mais de suzerain à vassal partout où Gùyuk est en
cause. Saint Louis est rex magnificus, mais Guyiik, le
qa^^an, est rex terrae, monarque universel. C'est ce qui
ressort aussi peut-être de l'épithète de filius appliquée deux
fois à saint Louis (1). D'Ohsson (ii, 237) a compris qu'Âljigidâi
appelait saint Louis « son fils »; mais le sens pourrait être
tout autre. Le mot « fils » est employé dans la lettre d'une
manière absolue, sans adjectif possessif; or on sait qu'à
l'époque mongole, kôbà'ûn (« fils ») en mongol, o^(ul et o^(lan
(même sens) en turc, enfin le mot persan correspondant
pusâr, « fils «, sont pris très fréquemment au sens de « prince
[de la maison impériale] » (2); si c'est bien dans cette acception
que nous devons entendre le filius, traduisant pusâr, de la
lettre d'Âljigidai, ceci impliquera de la part d'Âljigidrd, envers
saint Louis, un effort de courtoisie et même de déférence,
mais qui laissera tout de même le roi de France, comme de
juste, sous l'autorité souveraine de l'empereur mongol.
Dans la lettre d'Aljigidai, il n'était presque question que de
la faveur montrée par les Mongols aux chrétiens, c'est-à-dire
de religion et pas de politique. Incidemment, on y lisait
bien que le chef mongol souhaitait la victoire des armées
chrétiennes, ce qui ne peut s'entendre qu'à propos de la lutte
des Croisés contre les Musulmans, mais c'était là un ordre de
(ly II semblerait que ce ne fût qu'une fois dans la plupart des éditions,
car, la première fois, elles ponctuent « legis evangelicae filio, régi Francorum >•;
mais c'est là l'aboutissement d'un décalage inadmissible qui se répète à travers
tous les éléments de l'énumération.
(2) Cf. par exemple Hist. secr. des Mongols, % 83 et 129; K. P. Patkanov,
Istoriya Mongolov inoka Magakii, 91-92; Blochet, Hist. des Mongols, ii, 274.
[168]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. ZP
problèmes que David et Marc avaient mission de traiter orale-
ment; Àijigidai priait seulement qu'on accordât créance à
leurs propos.
Cette dernière recommandation n'était pas superflue, tant
les deux envoyés des Mongols tenaient un langage singulier.
Qu'on en juge plutôt. Gi'iyuk avait pour mère une chrétienne,
fille du prêtre .Jean; à l'instigation de sa mère et d'un saint
évêque appelé Malassias, il a reçu le baptême le jour de
l'Epiphanie (soit cette année, soit trois ans plus tôt, selon les-
textes) en même temps que 18 princes et beaucoup de grands
capitaines (1). ÂIjigidâi lui-même, puissant bien qu'il n'appar-
tienne pas à la lignée impériale, est chrétien depuis plusieurs
années. Si Baiju a si mal reçu les envoyés du pape, c'est qu'il
est païen et entouré de conseillers musulmans; mais mainte-
nant, il est subordonné à Aijigidai, qui se trouve « sur les
territoires de la Perse, du côté de l'Orient » {i7i finibus Persi-
dis a parte Orientis). Enfin le sultan de Mossoul est fils d'une
chrétienne, aime les chrétiens, ne suit en rien la loi de
Mahomet et se ferait volontiers baptiser si l'occasion s'y prêtait.
Conclusion : les Francs doivent coopérer avec des gens si
bien disposés. L'été prochain (1249), Âljigidai attaquera le
calife de Bagdad qui a fait tant de mal aux chrétiens: mais il
importe que le sultan du Caire ne puisse pas aller au secours
du calife; c'est au roi de France à l'en empêcher en débarquant
en Egypte. Justement saint Louis avait eu connaissance, en
arrivant à Chypre, de la lettre écrite de Samarkand par le
connétable arménien Sembat le 7 février 1248, et où il étail
abondamment question de populations chrétiennes et de
princes chrétiens. On pensa trouver là une confirmation
partielle des dires de David et de Marc.
En réalité, la mère de Gliyiik n'était pas une fille du-
prêtre Jean, c'est-à-dire une Kerait, mais Tôràgànà, qui ap-
partenait, comme on le verra bientôt, soit à la tribu des Uwas-
Màrkit, qui n'était pas chrétienne, soit à celle des Naïman,.
(1) II y a donc une légère inexactitude dans Grousset, Hist. de l'Extr -Orient,
u, 440, d'après qui les envoyés mongols auraient représenté Giiyiilc comme <■ suc-
le point de se J'aire baptiser ■-.
[169]
32 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
qui l'était peut-être en partie; et le saint évêque « Malassias »
n'a pas coûté un gros effort d'imagination si nous avons là
simplement, comme je le crois, le syriaque mâr-hasia, le
« Vénérable Saint «, épithète usuelle des évoques et que nous
connaissons bien jusque dans les textes chinois (1). Mais
David et Marc n'ont pas été les seuls, ni même les premiers,
à propager ces erreurs. Bar Hebraeus {Chron. syriacum,
trad. Bruns, 521) dit de Gi'iyiik qu'il fut « un vrai chrétien ».
La lettre du connétable Sembat, écrite de Samarkand le
7 février 1248, porte que Gïiyuk et les siens se sont convertis
au christianisme {chaam et omnes sui 7nodo facti sunt
christiani). Au retour de son voyage de 1245-1247, André de
Longjumeau lui-mêtiie avait dit que le souverain mongol
était fils d'une chrétienne (2), et la mission d'Ascelin avait
recueilli une tradition analogue (cf. supra, pp. |43, 46, 47,
56-57]). Dans tous ces récits, Gengis-khan est confondu avec
ses premiers successeurs, et l'évêque « Malassias » s'appa-
rente par bien des traits au Rabban-ata d'André de Longju-
meau et de Simon de Saint-Quentin et à Tévèque ouigour
(1) Cf. A. C. Moule, Chrislians in China, Londres, 1930, iii-8, 157, 150, 22<);
aussi la lettre de Tamerlan à Ciiarles VI (« Juvân mâr-hasia-i SiiU/niiyah » ;
voir T'owKj Pao, 1914, 037, où « Charles V » est un lapsus ou une faute
d'impression). La forme Malassias est bien celle donnée à la fois par la lettre
d'Odon de Chàteauroux, par Vincent de Beauvais et par Guillaume de Nangis;
€t elle est confirmée indirectement par le « Thalassias » des Grandes chroniques
{IV, 300). Assemani {Bibl. orientalis, 111, ii, 106 et 480) a adopté Malassias,
qu'il interprète par Mar-Elias. On trouve par contre Malacliias chez Zarncke
{Der Priesler Johannes, 81) et chez M. Rastoul, IMallachias chez Rockhill
{Rubruck, xxvn). Mais Mallachias n'est donné, à ma connaissance, que par la
traduction française de Guillaume de Nangis, et je n'ai rencontré Malachias que
dans une seule source ancienne, les Ann. S. Rudberli {MGII, SS. ix, 790), qui,
sauf peut-être pour le texte même de la lettre d'Aljigidai, sont tout de même
ici une œuvre de seconde main par rapport à Odon de Chàteauroux et Vincent
<le Beauvais.
(2) J'ai dit plus haut (p. [117]) pourquoi André de Longjumeau n'avait pu,
contrairement à ce que M. Altaner a pensé, recueillir ces renseignements à
^à fin de 124G ou au début de 1247 auprès d'Aljigidai, puisqu'à cette date
Aljigidai se trouvait encore dans la région de Karakorum. Mais c'est à bon
droit, je crois, que M. Altaner a supposé une origine commune aux deux
récits; il suffit en elfet de remplacer le nom d'Aljigidai par celui de David
pour que tout s'explique, puisque Andi'é de Longjumeau avait di'Jà eu affaire
à David dans la région de Tauriz.
[1701
LES MONGOLS ET LA TAPAUTÉ. 33
Mar-Denha de Bar Hebraeus. Du sultan de Mossoul, nous ne
dirons rien, puisque David et Marc eux-mêmes n'ont pas osé
prétendre qu'il avait été baptisé (I). Reste Âljim'idai dont le
cas est plus délicat et d'un intérêt plus immédiat, pui.squ'aussi
bien c'est lui qui a envoyé l'ambassade. M. Rastoul a dit
qu'Âljigidrd était sûrement chrétien. Sans pouvoir donner ici
sur ce personnage une étude d'ensemble dont les matériaux
restent très clairsemés et dispersés, il sera bon de préciser un
ou deux points.
A vrai dire, en y regardant d'un peu près, nous savons
très peu de chose d'Âljigidai. Son nom est un ethnique tiré de
celui de la tribu Àljigin (2), branche des Quii-rât; mais,
pour des raisons très diverses, ces ethniques ont été souvent
donnés comme noms à des personnages de tout autres tribus
que celles auxquelles leurs noms feraient songer. Von Hammer
l'a qualifié de .îalaïr, parce qu'il voyait en lui le .ïalaïr Alcïdai
que Rasidu-'d-Din mentionne dans son tableau des tribus
(Berezin, v, 38-39); mais ce .Jahiïr Alcïdai était présent à
l'élection de Mongka, ce qui ne dut pas être le cas pour Àljigi-
dai; les deux personnages, dont les noms ne sont d'ailleurs
pas identiques, me semblent donc à séparer (3). Le seul point
(1) Le frère de ce prince de Mossoul était allé en visite d'iionimage à Kara-
korum et était revenu avec Âljigidai, qu'il accompagna au camp de Baiju le
17 juillet l24'7{cL supra, p. 117).
(2) J'ai déjà fait allusion (p. [117]) à l'expliCcXtion de ce nom tribal d'Aljigânpar
le mongol iUjigun, « âne » ; c'est celle qui est donnée par Rasïdu-'d-Dîn (cf.
Berezin, Trudy WIIMO, v, 156); l'explication de von Ilammer (Gesch. der
Ilchane,!, 17) par ■■ Longue oreille ■> semble i-ésulter d'une coupure inadmissible
(jui retrouverait le mongol Hkin, « oreille », comme second élément du nom.
(o) Sur l'intervention de ce .ïalaïr Alcidai au moment de l'élection de ^Mongka,
cf. aussi von Hammer, Gesch. d. Ilchane, i, 59-60; d'Ohsson, u, 2 16-247. Il s'est pro-
duit des confusions entre les deux noms, et le Yuanche appelle une fois (107, 3 a)
Xgan-tche-ki-tai, c'est-à-dire Aljigidai, le prince, fils de Qacï'wn, qui est nommé
ailleurs dans le même ouvrage Ngan-tche-tai, Aljidai [* Alcïdaï] [Yuan che, 3, 2 6),
et dont Kasîdu-"il-r>în orthographie toujours le nom en ^ij'-.a^-m Eljidiii: cf.
un autre exemple, moins assuré, dans Blochet, Hist. des Mongols, u, 12'. Mais
VHisloire secrète distingue soigneusement entre Aljigidai et un Alèïdaï qui cor-
respond certainement au Eljidiii de Rasïdu-'d-Dïn (cf. par ex. ^ 275 et 277). Sous
l'année 1251, à pi'opos de l'avènement de Blongka, le Yuan che nomme succes-
sivement un prince Aljidai (Alcïdaï), qui est sûrement le lils de Qaèï'un, et
un personnage Aljïdai (Alcïdaï), qui pourrait être le .îâlaïr; et ensuite, toujours
[171]
ORIENT CIinÉTlEN. 3
n î REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
certain est que Giiyuk, quelque temps après son avènement,
désigna Aljigidai pour le remplacer avec pleins pouvoirs dans
le Rùm(Asie Mineure), la Géorgie, les régions de lAlossoul, de
Diarbékiret d'Alep; et il lui constituait une armée considérable,
assez analogue à celle dont devait disposer plus tard Hiilagu (1).
Aljigidai eut donc alors une situation supérieure à celle de
Baiju. qu'il vint rejoindre, comme nous l'avons vu, le 17 juil-
let 1217 (cf. supra, p. [117]). On peut supposer, quoique rien
ne l'établisse de façon sûre, qu'Àljigidai ne resta pas avec
Baiju dans la vallée de l'Araxe, mais habita plutôt la région
de Tauriz, peut-être même une région de la Perse un peu
plus orientale; mais nous sommes alors mal fixés sur ses
rapports avec le basqaq Aryun. Baiju était orgueilleux et vio-
lent, et il est assez vraisemblable que des conflits auraient
éclaté assez vite entre lui et Aljigidai si Tattention de ce
dernier n'eût été bientôt accaparée par les intrigues qui ac-
compagnèrent la mort de Giiyiik et la désignation de Mongka.
Aljigidai, comme nous le verrons, tenait pour la branche
d'Ogodâi, à laquelle Giiyiik appartenait, et il périt dans l'aven-
ture avec ses deux fils. Rien, dans ce que nous savons de lui.
n'implique qu'il ait été lui-même chrétien.
Faut-il donc conclure de là que David et Marc étaient,
comme on l'a dit parfois, des imposteurs ou, comme l'ont
supposé ceux qui leur ont été moins sévères, qu'ils avaient
vraiment une mission, mais ont outrepassé leur mandat'?
sous la luôme ruinée, il est question du châtiment d'Âljigidai, ce dernier étant
distinct des deux précédents. La même distinction est observée dans VHistoirc
secrète des Mongols. Je crois d'ailleurs que les deux noms sont foncièrement
différents, et alors qu'Àljigidai est un ethnique tiré de la tribu Àljigin (Àljigân)
des Qonyrat, je vois dans Alridaï l'ethnique dérivé du nom des Tatar Alcï.
(1) Cf. Juvvainï, éd. de Mirzà ÎMuhammad, i, 211-212; d'Ohsson, ii, 205; dc-
.luwainï les mêmes renseignements ont passé dans le Chronicon syriacum de
Bar Ileliraeus, éd. Bruns, trad., p. 525, et trad. Risch, Johann de Piano Car-
pin i, 327. Pour une époque antérieure, nous avons peut-être le même person-
nage dans le Eljigidai qui était chiliarque dans les troupes de Jôci, selon VVassâf
(trad. von Ranimer, p. 24), ou dans le Eljigidai appartenant à une branche
des SiikUls et qui était chiliarque des troupes d'Ogcidai (Berezin, dans T)iid;/^
XV, 145). En tout cas, comme on le verra plus loin, c'est sûrement lui qui est
nommé comme le père d'Aryasun au 2 275 de l'Histoire secrète, et c'est lui aussi
qui >' est mentionné pour ses fonctions dans la garde aux § 229 et 278.
[172]
LES MONGOLS KT LA PAPAUTE. ÔiJ
Contre Ja première hypothèse milite le tait qu'André de Long-
jumeau, dont les Mongols ne pouvaient pas connaître la
présence auprès de saint Louis, avait déjà vu David au service;
des Mongols près de deux ans plus tôt. David accompagna.-
d'ailleurs ensuite la mission envoyée par saint Louis, ce,
qu'un imposteur n'eût pas fait. Enfin, même après un échec
qui est imputable en partie à la mort de GiiyiiU, tous les
membres de la mission mongole de 1248-1249 ne disparurent
pas. Quand Guillaume de Rubrouck, sur la fin de juillet 1253,
parvint au camp du prince Sartaq dans la région de la Volga,
il y trouva un des anciens compagnons de David à Chypre, et
qui avait raconté dans l'entourage de Sartaq tout ce qu'il
avait vu. Ce « compagnon de David », qui savait le syriaque,
le turc et l'arabe, était naturellement un chrétien nestorien,
vraisemblablement Marc, le second envoyé de 1218; nul,
dans l'entourage de Sartaq, ne lui savait évidemment mau-
vais gré du rôle qu'il avait joué (1).
Mais je ne crois même pas que les envoyés d'Âljigidai aient
pris sur eux de débiter les fables qu'ils ont contées, et c'est
ici que je voudrais faire intervenir un passage de Simon de
Saint-Quentin que j'ai déjà cité plus haut (p. [111]) : lors de
l'arrivée de la mission d'Ascelin au camp de Baiju, le con-
seiller de celui-ci, ses officiers, ses interprètes « s'enquéraient
(1) Sur le ■• imum de sociis David », où on a vu longtemps un chevalier du
Temple (!) et que Zarncke en 187ti {Ber Priesler Johannes, 88), puis Fr. M.
Schmidt en 1885 [L'eber Rubruk's Reise, 181) et Rockhill en 1900 ont été les premiers
à bien interpréter, cf. Rockhill, Rubruck, 102, 205; Van Den Wyngaert, Sinica
Franciscaiia, \, 2Ul ; T'oung Pao, 1930, 20S; l'erreur est encore répétée dans
Cordier, Hisl. gén. de la Chine, II, 400. La seule réserve à faire quant à l'iden-
tification de ce personnage et de ftlarc est que Rubrouck parle d' « unum de
sociis David ■-, ce qui semble supposer plusieurs socii de David ; or Marc était
seul en nom à côté de David. Je suppose qu'il y a là une légère inexactitude
dans la relation de Rubrouck. SchmidI, qui a bien vu que le « unum de sociis
David » visait un des membres de la mission de 1248 et qui se trouvait à la
cour de Sartaq en 1253, a compris (p. 181, n. 114) un passage subséquent comme,
signifiant que Guillaume de Rubrouck avait fait traduire la lettre de saint Louis
à Acre par un prêtre arménien et « un compagnon de David »; mais c'est une
méprise de Schmidt, et le •< compagnon de David », dans la relation de Guil-
laume de Rubrouck, est chez Sartaq la seconde fois comme la première, de
même d'ailleurs que les prêtres arméniens; ni lui ni eux ne sont les auteurs
de la traduction exécutée à Acre.
[173]
36 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
habilement et 1res soigneusement auprès des Frères si les
Francs passeraient encore en Syrie. Car [les ïartares] avaient
appris de leurs marchands que beaucou}) de Francs, disait-on,
passeraient en Syrie à bref délai. Et dès ce moment et peui-
être antérieurement, ils méditaient entre eux sur les entraves que
leurs tromperies pourraient nouer aux pieds des Francs dès
leur arrivée, soit par un simulacre de conversion à la loi
chrétienne, soit par quelque autre ruse mensongère, afin
d'empêcher les Francs de pénétrer sur leurs territoires, c'est-
à-dire en Turquie ou en Alep, et ils comptaient simuler au
moins pour un temps d'être les amis des Francs qui sont les
hommes qu'ils craignent le plus au monde, comme l'attestent
les Géorgiens et les Arméniens. « Cette impression que
Simon de Saint-Quentin emportait de son séjour au camp de
Bai)u, un an et demi a^ant l'arrivée de David et de Marc à
Chypre, n'éclaire-t-elle pas les événements qui ont suivi?
C'est en pleine conlormité avec ce plan, et dûment chargés
de l'exécuter, que David et Marc ont parlé de la conversion du
grand khan et de tous les siens, et de celle d'Aljigidai. Mais
là encore il ne faudrait pas noircir à l'excès les Mongols et
leurs messagers. 11 est bien probable qu'Aljigidiii méditait
déjà en 1248 cette attaque du califat de Bagdad que Hûlàgïi
devait mener à bien quelques années plus tard. Pour ce faire,
une diversion franque sur l'Egypte empêchait le sultan du
Caire dé venir en aide au calife ; elle avait en outre l'avan-
tage de tenir les Francs assez loin des territoires de l'Asie
Mineure, de la Syrie septentrionale et de la Mésopotamie
qui reconnaissaient l'autorité mongole; évidemment on s'en-
tendrait moins bien pour le partage des dépouilles; mais, là
encore, les Mongols ne doutaient pas que les Francs ne
dussent devenir, à la longue, des vassaux du grand khan.
Et quant aux rumeurs de tant de conversions et de baptêmes,
leur exagération ne doit pas faire oublier que les chrétiens
nestoriens ont joui auprès de Guyiik d'une situation exception-
nelle et s'étaient assuré les principaux postes de ministres. La
tolérance superstitieuse des Mongols agréait bien mieux aux
Nestoriens que le fanatisme musulman, et cette tolérance semble
être allée parfois jusqu'à faire attribuer des noms chrétiens
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 37
aux enfants de familles qui ne Tétaient pas ou l'étaient fort
peu. Les Mongols voulaient les prières des prêtres de tous les
cultes, mais Gijyuk tenait surtout à celles des chrétiens. Le
baptême même se donnait volontiers, et peut-être sans que
celui qui le recevait y attachât toujours une importance bien
grande; Rubrouk pense que Sartaq n'était pas chrétien, mais
on n'est pas sûr qu'il n'ait pas été baptisé. Entin, ces chrétiens
nestoriens faisaient volontiers état, vis-à-vis des Croisés, de la
communauté de religion, mais, à un moment où les choses
s'arrangeaient bien pour eux chez les Mongols, ils en arrivaient
presque à préférer ce régime aux avanies que les Croisés ne
leur avaient pas toujours épargnées. De là les réflexions assez
orgueilleuses insérées à leur instigation dans la lettre de
Giiyiik à Innocent IV; de là aussi les expressions plus modérées,
mais non moins nettes, qui sont attribuées à Giiyiik par la fin
de la lettre d'AIjigidai.
Après en avoir délibéré avec son conseil et avec le légat
Odon de Chàteauroux, saint Louis décida de répondre à la
venue des envoyés d'AIjigidai par une double ambassade; les-
envoyés du roi de France repartiraient en même temps que
David et que Marc, mais certains reviendraient dès qu'ils
auraient remis les messages destinés à Âljigidai, tandis que
les autres continueraient jusqu'à la cour du grand khan.
Saint Louis écrivit à Aljigidai et au grand khan; à l'instiga-
tion des envoyés mongols, il fit exécuter, à titre de cadeaux
pour le grand khan, une tente-chapelle d'écarlate, où on
suspendait des panneaux brodés illustrant la vie du Sauveur (1),
et il remit en outre à ses ambassadeurs des morceaux de la
vraie croix aussi bien pour iiljigidai que pour Gùyuk (2).
(1) C'est JoinviUe (éd. Wailly de 1808, 47-18, 108) qui décrit en plus grand détail
cette chapelle « qui moût cousta •■. Les Grandes chroniques (iv, 301), qui ont
toujours la forme « Tarse » pour « Tartare », spécifient qu'un des panneaux
montrait ■< comment les trois roys de Tarse aourèrent Xoster-Seigneur » ; mais
il resterait à établir que la confusion de « Tartare ■• (= iMongol) avec « Tarse»
(nom du pays ouigour d'où les rois mages seraient partis) existait déjà en 1248,
et je crois plutôt que les Grandes chroniques ont adopté ici une spécification
rétrospective.
(2) Odon de Ch;Ueauroux et Vincent de Beauvais donnent sur tous ces points
des indications identiques.
[175]
38 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Odoii de Châteauroux envoya de son côté des lettres au grand
khaiî, à. la tante maternelle (?) du grand khan (1), à Àljigidai
et aux prélats nestoriens de l'empire mongol, les invitant tous
à reconnaître la suprématie de la communion romaine et à
s'y rallier.
Entre temps, les envoyés des Mongols se préparaient au
départ. Le jour de Noël et le jour de l'Epiphanie, ils avaient
entendu très chrétiennement la messe aux côtés du roi, qui
les avait en outre, la première fois, retenus au diner de la
Cour. Le 25 janvier 1249, saint Louis les recevait en audience
de congé; le surlendemain 27 janvier, l'ambassade mongole
et celle que saint Louis envoyait en retour quittaient ensemble
Nicosie pour gagner le continent et s'enfoncer au cœur de
l'Asie.
La mission envoyée par saint Louis comprenait, selon
Odon de Châteauroux, trois Dominicains, à savoir les frères
André, Jean et Guillaume. Vincent de Beauvais dit que la
mission se composait, outre le frère André, de deux autres
Dominicains, de deux clercs et de deux officiers du roi (2);
le frère André était le chef de tous les autres (capUaneus et
magister). Ces textes doivent faire foi, et il n'y a pas lieu
d'admettre, avec les Grandes chroniques (iv, 301) et Thomas
de Cantimpré, que des Franciscains étaient également au
nombre des envoyés de saint Louis (3). La lettre de Jean
(1) Malerlere sue, lit-on aussi bien ciioz Odon de Cliàteauroux que chez
Vincontde Beauvais; Guillaume de Nangis (p. oû'i)a.matrisuac (var. maire suae),
ot sa traduction française donne <• à sa mère ». Le Nain de Tillemont (111, 228)
dit <■ à sa tante, ou plutôt à sa mère ■■. Rémusat {Mém. sur les relat., 53) a tra-
duit par •• belle-mère », Zarncke {Der Priesler Johannes, 81) et, M. Altaner
(p. 13^) par •< mère ». Il serait assez naturel que le légat écrivît à cette mère
du grand khan (ju'on lui a dite chrétienne, n'était que la mère de Giiyïik, Tora-
gana, adù moui-ir dès la fin de 124G (toutefois cf. les textes sur le baptême de
Gii} iik, dont certains supposent encore cette mère vivante au début de janvier
1248, à tort d'ailleurs), et surtout vu que nos textes, quand ils parlent de cette
mère soi-disant chrétienne, emploient mater et non mater lera. En principe maler-
lera signifie « sœur de la mère •■, « tante maternelle -, et le mot ne parait pas
être employé autrement dans le latin du moyen âge. J'ai traduit en conséquence,
sans conviction.
(2) Tel est le texte des manuscrits et des éditions anciennes. L'édition de
1G24 a ici une lacune regrettable; cf. d'ailleurs supra, p. [83], et Altaner, 133.
(3) Thomas de Cantimpré, Bon. univ. de apibus, Douai, 1627, in-8, p. 525
[1761
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 30
Sarrasin précise plusieurs noms (1); lambassade comprenait,
selon lui, « frère Andrieu de l'ordre de Saint Jaque, et. 1.
souenz frerez (2), et maistrez Jehanz Goderiche (3), et unz
autrez clerz de Poissi, et Hesberz li Sommelierz, et Gileberz(4)
de Senz ». Nous pouvons tenir pour pratiquement certain
que l'ambassade était composée de trois Dominicains, à
savoir André de Longjumeau, Jean et Guillaume; de deux
clercs, qui sont évidemment « maistrez Jehanz (Voderi'^he «
et le clerc de Poissy; enfin de deux officiers du roi {serviei/les
régis comme les appelle Vincent de B&auvftis, « serjans
d'armes » comme traduit Guillaume de Nangis), qui sont non
moins clairement « Hesberz li Sommelierz » et Gilbert de
Sens (5). De « Jehanz Goderiche », de « Hesberz li Somme
(II, 54, ;' 41). Il n'est d'aillours pas sur «iiie Thomas de Cautimpi'é ait vraimont
écrit" duos fratres Praedicatores et duos ;\Iinores » -, la plupart des niss. lOt
■certaines éditions; cf. par exemple Zarncke, Der Priesler Johannes, 87) nnt
seulement ■• duos fratres minores ■•, et il ne me semble pas impossible que
l'addition soit due à queUiu'un (lui, sachant bien que saint Louis avait envoyé
des Dominicains, a voulu corriger Terreur de Thomas de Cantimpré; l'intitulé
du chapitre (« De fralribus Praedicaloribus el Minoribus missls... -) aurait alors
été modifié, lui aussi, après coup.
(l)Jo prends ce passage dans Hisl. des Crois., Occid., 11, 5G9-rj70, et n'ai pas
procédé moi-même à une nouvelle collation des manuscrits. Il n'y a pas à faire
intervenir la prétendue relation de Guibert de Tournai dont le P. Golubovich a
fait état (II, 362-366), et à sa suite M. Umiiîski, p. 123; son existence repose sur
une méprise delvervyn de Lettenhove, el il s'agit de la lettre même de Jean Sar-
rasin.
(2) Il n'y a pas à douter, vu la lettre d"Odon de Chàteauroux et les détails de
Vincent de Beauvais, qu'il y ait ici une erreur: peut-être la lettre originale de
.Jean Sarrasin portait-elle ■• .11. » et non « .1. •■ ; mais peut-être aussi l'inexac-
titude remonte-t-elle à Jean Sarrasin lui-même.
(3) Var. Godriche.
(4) Var. Gylebert, (ierbers, Geribers.
(5) Beazley {Dawn of mod. geogr., II, 320) donne, comme compagnons d'André
de Longjumeau, « Jehan Goderiche, a priest and a member of the sarae order,
two others friars, varions clergy of Poissy, Gerbert de Sens, Herbert ie Som-
melier', two clerks, two sergeants-at-arms, Robert 'the clerk', John of Carcas-
sonne and one William ». C'est mettre bout à bout les indications des divers
chroniqueurs sans voir qu'elles se rapportent aux mêmes personnes. On sait que,
par une erreur de copie des éditeurs, la liste des membres de l'ambassade a
été écourtée dans la réédition de Vincent de Beauvais parue à Douai en I62I
et qui est la plus courante (cf. supra, p. 83); je n'y insisterais pas si le P. Batton
( Wilhelm von Hubruk, 16) n'avait encore donné cette leçon mutilée comme étant
le texte véritable de Vincent de Beauvais.
[177]
10 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
lierz » et de Gilbert de Sens, nous ne savons rien (1). Je
reviendrai tout à Tiieure aux dominicains Jean et Guillaume.
H reste un dernier personnage, le « clerc de Poiss}^ » de
Jean Sarrasin; on l'a identifié avec une extrême vraisemblance
dans les conditions suivantes.
Abel Rémusat a déjà signalé [Méni., p. 52) qu'il était
question de ce clerc dans le Mare historiarum de Jean de
Colonna, où on lit : « Fuerunt autem nuncii domini régis
Francorum ad Tartaros quidam pater Praedicator Andréas
nomine, cum duobusaliis patribussui ordinis: quibus adjuncti
fuerunt duo clerici seculares; quorum unum adhuc viventem
ego vidi aetate jam valde decrepitum, qui erat subcantor in
ecclesia Carnotensi, Robertus nomine. » C'est ce Robert, sous-
chantre à l'église de Chartres, qui serait le « clerc de Poissy »
de Jean Sarrasin ; il n'y a rien d'inadmissible dans son
passage à un diocèse voisin. Longtemps, ce texte gardait
quelque chose d'énigmatique, puisqu'on attribuait le Mare
(1) Rockhill [Ihibruck, XXIX) a dit qu'André de Longjumeau avait pour
compagnons, outre deux religieux, <• foui* layrnen, one oC whom would seeni
to bave been an Englishman ■•. Mais il n'y a que deux laïcs, qui sont les deux
officiers du roi; i>ar ailleurs le nom de « Godericbe » est attesté en France à
cette époque. Les éditeurs de la lettre de Jean Sarrasin [Hisl. des Crois., Occid.,
u, 570) ont signalé l'existence en 1237, parmi les officiers de la maison du roi,
d'un •< Johannes Goudriche », qui reçoit une certaine somme pour la fourni-
ture de litières, de coussins, de chapeaux, de plumes de paon et de cendaux.
Mais il me parait d'autre part exclu que ce " Johannes Goudriche » de 1237
puisse être le >• Jehanz Goderiche » de 1249. Quand Jean Sarrasin dit « maistrez
Jehanz Goderiche, et unz autrez clerz de Poissi », on peut bien ne pas pousser
ses termes à l'extrême pour en tirer que « Jehanz Goderiche » était lui aussi
originaire de Poissy, mais il restera toujours qu'il était clerc, ce avec quoi
l'épithète de « maître " cadre parfaitement; ce ne devait donc pas être lui
l'officier de la maison du roi et le fournisseur de 1237. Les mêmes éditeurs de la
lettre de .Jean Sarrasin ont, à mon avis, raison de ne pas vouloir identifier
notre Gilbert de Sens à un mendiant paralysé de même nom, sexagénaire, qui
fut'guéri en 1274 an tombeau de saint Louis; il n'est en effet pas bien probable
qu'un sertnens de la maison du roi soit tombé à la rriendicité, et le Gilbert de
Sens des Miracles de saint Louis [Bec. des Hisl., xx, 132) était d'ailleurs simple
serrurier de son état. [M Soranzo, Il Papalo, 134, cite, comme l'un des Demi--
nicains de la mission, « fra Giovanni Goudrich di Carcassona »; c'est qu'il
amalgame les données d'Odon de Chàteaurôux et celles de Jean Sarrasin. On
verra que le dominicain Jean mentionné par Odon de Châteauroux est bien
Jean de Carcassonne; mais il est non moins clair, par la façon dont s'exprime
Jean Sarrasin, que ■• maître >■ Jehan Goderiche était un clerc sécuUer.]
[178]
LES MONGOLS HT LA PAPAUTÉ. 41
historiannn à un dominicain de Rome,' archevêque de Mes-
sine en 1255, et qui dut mourir vers 1264; celui-là n'avait
pu connaître le clerc Robert de la mission de 1249-li^51 déjà
dans une extrême vieillesse. Mais on est d'accord aujourd'hui
pour voir dans le Mare Inaioriarimi l'œuvre d'un autre Jean
de Colonna, également d'origine romaine et dominicain, et
qui était très probablement le neveu de Landulphe de Colonna;
ce Landulphe de Colonna, Romain, chanoine de Chartres dès
1290, mais résidant à Rome, vint habiter Chartres, où il fut
économe du diocèse, de 1299 à 1328, pour se retirer à Rome
vers 1329 (1). Jean de Colonna, qui serait son neveu, écrivait
vers 1339-1340; enfin, si ce Jean de Colonna est bien l'auteur
des notes historiques ajoutées sur un feuillet blanc d'un*
Lactance de la Bodléienne, il est né en 1298 (2). On conçoit
qu'ayant éventuellement, dans son adolescence, rejoint à
Chartres son oncle le chanoine Landulphe, Jean de Colonna ait
pu voir à l'église de cette ville, vers 1315, le vieux sous-
chantre Robert, qui devait être alors nonagénaire.
Nous en venons maintenant aux deux Dominicains qui ac-
compagnaient André de Longjumeau, à savoir Jean et Guil-
laume. Jean est sûrement Jean de Carcassonne dont je
parlerai bientôt; le cas de Guillaume est plus embarrassant.
Il serait évidemment facile de dire qu'il s'agit d'un Domini-
cain appelé Guillaume et dont nous ne savons rien (3) ; mais
il y a certains indices que nous ne devons pas négliger.
Joinville (p. 48) parle seulement de deux Frères prêcheurs.
(1) Cf. à ce sujet L. Delisle, dans Bibl. de t'Éc. des Charles, t. XL\'I [1885],.
658-660; Molinier, Les sources de l'hist. de France, n"' 2910 et 2911. Le Réper-
toire'^ (l'Ulysse Chevalier (i, 995) suit encore les anciennes erreurs sur Jean de-
Colonna.
(2) 'Molinier écrit 1294, mais il y a là une inadvertance ; 129 1 est la date des-
preinières notes; Tauteur dit lui-même être né en 1298; cf. Balzani, dans-
Arch.soc. Rom. star, pair., vni [18S5], 232, 234, 241, et L. Delisle, loc. cit., p. 660;
j'ai cité la date de 1294 d'après Jlolinier, supra, p. [92J.
(3) Chapotin, HisL des Domin. de la prov. de France, p. 407, l'appelle " Ciuil-
laume de Carcassonne », mais c'est par confusion avec son compagnon Jean de-
Carcassonne. [M. Soranzo, // Papato, 134, renvoyant à Altaner, 134, prête à ce
dernier l'opinion que Guillaume serait le Franciscain Guillaume de Rubrouck
et il réfute cette liypothèse. L'hypothèse serait en effet extravagante, mais
M. Altaner n'a rien dit de pareil.]
[179]
-12 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
et non de trois; mais il ajoute que ces deux Dominicains
« savoient le sarrazinnois ». Ce n'était sûrement pas le cas,
on le verra, de Jean de Carcassonne; nous sommes ainsi
amenés à supposer que Joinville, en dictant ses souvenirs, ne
se rappelait que ceux qui pouvaient se tirer d'affaire par eux-
mêmes au cours de leur mission. Mais si le frère Guillaume
savait le « sarrazinnois », c'est selon toute vraisemblance que,
comme André de Longjumeaii, il avait déjà voyagé en Orient;
ceci restreint sensiblement le cercle des investigations. Le Guil-
laume de Montferrat qui avait connu saint Dominique à Rome
en 1217 et dont on ne trouve plus de mention après 1237. (cf.
■supin, [61-62|) est hors de question. Un songerait plus volon-
tiers à Guillaume de Tripoli, né à Tripoli de Syrie vers 1220,
moine dominicain du couvent d'Acre, et qui fut désigné en
1271 (1), avec Nicolas de Vicence, pour accompagner les Polo
à Pékin; il aurait pu, dès 1218, être envoyé d'Acre en Chypre
auprès de saint Louis. jMais on sait que les deux Dominicains
de 1271 rebroussèrent vite chemin, et Guillaume de Tripoli
vécut à nouveau dans son couvent; il a laissé sur l'islam un
écrit qui est publié (2). S'il avait déjà fait antérieurement le
voyage de Mongolie avec André de Longjumeau, on se fût
attendu à le voir moins pusillanime et surtout on eût pensé
qu'il serait fait allusion à ce premier voyage soit dans les
récits de Marco Polo, soit dans son propre ouvrage même;
lui aussi me paraît donc à écarter.
Il reste une dernière possibilité, qui n'atteint même pas à
la probabilité, mais que je crois cependant bon de consigner ici
provisoirement. On se rappelle que la lettre de Jean Sarrasin
mentionne, comme ayant fait partie de l'ambassade de saint
Louis, « frère Andrieu de l'ordre de Saint .Jaque, et. I. souenz
frerez ». On a généralement admis, et moi-même ai suivi
plus haut cette interprétation, que le a sien frère » désignait
un frère en religion, un ^< confrère », c'est-à-dire que le terme
(1) M. Altaner (p. 87) indique 1273-1274, vraisemblablement à cause de la note
138 de la p. 66, à laquelle il renvoie p. 88. Mais c'est aller contre ce que le texte
même de Marco Polo semble imposer; cf. Marco Polo, éd. Yule et Cordier,
j, 22-24.
(2) Cf. les intéressantes remarques que M. Altaner lait sur ce traité (pp. 85-87).
[180]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 43
équivalait simplement ici à « Dominicain ». Rockhill (Ru-
hriick, XXIX) est, je crois bien, le seul à avoir compris
qu'André de Longjumeau était accompagné par « son frère »
{his brotlier). Bien que cette version surprenne au premier
abord, elle n'a rien d'impossible dans la lettre du texte, et on
devrait alors admettre que ce frère d'André de Longjumeau
était Dominicain, lui aussi, étant donné ce que nous disent à
ce sujet toutes les sources; par ailleurs, ce serait forcément
là le Guillaume d'Odon de Châteauroux, puisque Jean de
Carcassonne, comme on le verra, ne pouvait être le frère
d'André de Longjumeau; enfin Guillaume, ce frère d'André
de Longjumeau et Dominicain comme lui, devrait avoir fait
partie de missions en Orient puisque c'est lui, et non Jean de
Carcassonne, qui doit être le second des Dominicains sachant
le « sarrazinnois » que mentionne Joinville. En somme, Jean
Sarrasin, tout comme Joinville, aurait laissé de côté Jean de
Carcassonne. Or il se trouve qu'on a trace, à cette époque,
d'un missionnaire d'Orient, Dominicain, qui ne s'appelle pas
à vrai dire Guillaume de Longjumeau, mais Gui de Long-
jumeau (Guido de Longimello); lui et son compagnon {socius)
furent mis à mort par les musulmans quelques années avant
la prise d'Antioclie, c'est-à-dire avant 1268 (1). Le »< Willel-
mus » du manuscrit unique de la lettre d'Odon de Château-
roux ne serait-il pas en définitive le résultat d'une abrévia-
tion première mal interprétée et qui aurait visé Gui de Long-
jumeau (2)?
Enfin, à côté d'André de Longjumeau et de « Guillaume »,
(1) C'est dans des notes que le P. Mandonnot a eu l'amabilité de me confier
que j'ai rencontré la phrase suivante de Bernard Gui {Fralres passi pro flde,
mss. de Rodez, Arch. génér.) : Occisi quoque sunt glad'ds Sarracenorum in
eisdem pariibus Iransmarinis fr. Guido de Longimello, vir dévolus et sanctus, et
socius suus, per aliquol annos ante flebileui Anliocldae captionem et captivilatein.
Le même Gui de Longjumeau est évidemment visé dans ce texte de Martène,
Ampliss. CoUeclio, vi, 338 (emprunté à un mss. anonyme de 1367) : la Anliochia
cum caperelur, passus est Slephanus cpiscopm cumaliis IV fralribus. Anle hanc
capdvitalcm in eisdem pariibus passi sunl frater Guido el socii [sic; corr. socius?]
ejus.
(2) Mon idée, en ce cas, serait qu'entre Guido et Wilhelmus s'est interposée
une forme Guillelmus, ou à la rigueur qu'Odon avait écrit Guido sous la forme
«gaiement possible de Wido.
[1811
41 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Odon de Châteauroux indique un troisième Dominicain ap-
pelé Jean. Il y a déjà plus d'un siècle, Al»el Rémusal {Mêm.,
p. 52) a signalé que Bernard Gui mentionnait ce personnage,
dans sa Vie d'Innocent IV, comme un certain Jean, surnommé
« de Carcassonne », bien qu'il fût Français d'origine (et non
Provençal) (1). On ne paraît pas avoir remarqué qu'un renseigne-
ment suppémentaire était fourni par une autre œuvre de
Bernard Gui, VHistoria fondationis conventum ordinis Prae-
dicatorum ToJosanae et Provinciae provincico-um. Bernard
Gui y raconte, entre autres, la fondation du couvent de
Carcassonne, et, parmi les frères se trouvant au couvent en
1252, nomme « Johannes de Carcassona, sic dictus, erat tamen
Gallicus natione, neposque domini Clarini episcopi Carcas-
sonensis... » (2). Enfin, outre les ouvrages conservés et
publiés de Bernard Gui, il y avait de lui au couvent de
Carcassonne, avant la Révolution, des manuscrits aujourd'hui
disparus, mais dont l'un au moins a été largement utilisé
parSouèges dans l'ancienne Année dominicaine (3). Bernard
(1) •■ Anno Domini Mccxi.viii... [saint Lnuia arrive en Chypre]. Inde verù misit
Uex Ludovicus Fratrcm Andream, \: Fratrom Johanneni cognominatiim de
Carcassona, erat tamen (iallicus natione, Ordinis Fratrum Praedicatorum, ad
Itegem Tartarorum cum magno apparatu & ornamentis Eccle.siasticis preciosis.
ut invitaret eum ad Fidem Christi, quoniam credebatur quod dictus Rex ad
Fidem nostram suum animum inclinabat... » (Muratori. Rer. Ital. SS., m [1723]^
591). Abel Rémusat ajoute en outre une l'élérence à la Vie d'Innucenl IV par
Amalric Auger, mais il a dû faire quelque confusion, ou bien a voulu indiquer
seulement que le texte d'Amalric Auger s'apparentait d'une façon générale à
celui de Bernard Gui, mais le nom de Jean de Carcassonne n'y apparaît pas
(cf. JMuratori, SS, III, ii, 400; ou Eccard, Corpus hisl. Medii Acvl, n [1723].
1773-1774).
(2) E. Martène et F. Durand, l'eler. scriplor... ampL coUcctio, vi [1729], 475:
cf. aussi hec. des hisl., \\i, G96. C'est d'après IMartène que l'indication a passé
dans la Gallia chrisliana, vi, 886.
(3) Sur l'ancienne Année dominicaine, cf. supra, pp. [88-89] Les travaux fon-
damentaux .sur Bernard Gui sont le mémoire de Léopold Delisle dans les No(.
et Ext., xxvn, 2* partie. 169-455, et la notice due à U. A. Thomas dans Hist. lilt.
de la France, xxxv [1921], 139-232. Delisle a déploré la disparition des mss. de
Carcassonne, mais ni lui ni M. Thomas n'ont connu ce que l'ancienne Année
dominicaine leur a emprunté; je puis garantir, pour avoir manié un certain
nombre des volumes, qu'il vaudrait d'extraire de cette précieuse compilation
tout ce qu'elle a conservé des mss. perdus de Bernard Gui. Les indications de-
Mahul, Carlulaire et Arch. de Carcassonne, in-4, en particulier celles du t. VK
p. 464, où il est question d'un manuscrit de B. Gui, me semblent aller à l'en-
[182]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTE. 45
Oui, qui fui nommé prieur du couvent de Carcassonne en
1297, était naturellement en mesure de se renseigner sur
riiistoire de ce couvent. C'est de ces manuscrits de Carcas-
sone que Souèges a tiré les matériaux de la notice suivante,
placée sous le 20 juillet (1) :
A Carcassonne le Vénérable Père Jean surnommé de Carcas-
sonne, du nom de sa famille, car il étoit Champenois de nation.
Le zèle qui l'embrazoit pour la conversion des peuples, le faisoit
singulièrement chérir du roy saint Loiiis, qui l'envoya avec plu-
sieurs autres de ses Frères aux Tartares, pour les inciter de sa
part à embrasser le Foy de Jesus-Christ. S'étant rendus à saint
Jean-d'Acre, autrement Ptolémaïde, ils furent encore cent journées
au-delà, où ils travaillèrent glorieusement pour la dilatation de la
Foy. Ce Pore en étant revenu, rapportoit avec des singuliers
sentimens de dévotion, ce qu'il avoit vu, oiii dire, & souffert en ce
voyage. Il fut quelque temps Conventuel à Carcassonne, avec les
Vénérables Pères Martin Donadieu (duquel nous avons écrit la vie
au troisième de Way,) et Pierre Régis (de qui nous parlerons à
l'onzième d'Août,) ausquels il racontoit ces particularitez, (jue le
Ires-pieux & tres-soigneux Ecrivain Bernard (.uidonis apprit de
leur bouche, lorsqu'ils vivoient aussi ensemble au même Convent,
où il les écrivit, selon qu'on les trouve dans l'un de ses manu-
scrits qui se gardent dans cette bibliothèque, d'où nous les avons
prises. Il y ajoute que ce Père Jean portoit le visage d'un Saint,
par les traits de la grâce qu'on y voyait admirablement reluire. Le
principal sujet qui l'obligea d'aller à Carcassonne, fut que le roy
S. Louis, Fondateur de ce Couvent, voulant y donner des nou-
velles marques de sa pieté envers Die a. cS: de son amour &
estime pour les Religieux, leur envoya un ornement entier d'une
belle étoffe de couleur de saffran, pour faire l'office divin avec plus
de décence (2). Cet ornement contenoit le devant d'autel, la chasuble,
les deux Dalmatiques, »S: les autres choses requises pour le Service
divin. Ce pieux Monarque choisit nôtre Père Jean pour faire ce
présent; à quoy, outre le motif particulier de son mérite & de sa
religion, il pourroit s'être porté par la considération de l'Evêque
de Carcassonne, nommé Clerin, oncle de nôtre Religieux, & très
recommandable comme luy pour sa sainteté, & pour sa science. II
contre de tout ce qu'on sait par ailleurs. .Mon attention a été atth-éc d'abord
sur les textes de l'anciQnne Année dominicaine par une note du recueil manus-
crit du P. Balnie (sur lequel ci', supra, p. 'OD.
Il) 2' vol. de juillet, paru en 1691, i'. lOW; BN, II 4105. En marge : 1-jnO... ex
Mss. Ca)'ras. Bern. Guido.
U) Note marginale : ■• De Examelo cioccu. pulchro & bono, dit Guidoni*. •
^183;
46 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
ctoit grandement afTectionné à Ions les serviteurs de Dieu, & sin-
gulièrement à nos Pères, ausquels même il ottrit au commence-
ment de leur fondation, & avant qu'ils fussent bâiis, le Prieuré de
sainte Marie du Vieux-Bourg; mais ils s'excusèrent de le prendre
à cause de la pauvreté étroitement mendiante qu'ils professoient.
Ce Prélat étant allé par je ne sçay quelle occasion au Puy en
Velay, y deceda, & voulut être enseveli dans nôtre Eglise. Son
digne neveu sortit de Carcassonne, & pourroit être qu'étant
Ciiampenois, & du couvent même de Troyes, il s'y retira, & y
linit sa sainte vie; mais n'en trouvant rien de certain, ce que nous
avons dit suffira pour le représenter comme un de ces chevaux
'' Evangéliques, qui selon le Prophète Zacliarie, au chapitre 6. verset
7. de sa Prophétie, étans animez d'une vigueur & d'une force
extraordinaire, cherchent à courir toute la terre. Qui autem erant
robustissimi exierunt, & quaerebant ire, & discurrere per omnem
terram...
Ce texte, pour important qu'il soit, n'est pas toujours aussi
précis que nous le souhaiterions; nous aimerions en outre à pou-
voir y faire un départ certain entre le fond pris de Bernard Gui
et les additions qui sont le fait de Souèges. Tel quel, voyons
ce qu'il nous apprend.
On remarquera d'abord que B. Gui, nommé prieur du
couvent de Carcassonne en 1297, n'a pas connu personnel-
lement le P. Jean de Carcassonne, et tient les détails con-
cernant la mission chez les Mongols des PP. Martin Donadieu
et Pierre Régis, à qui le P. Jean les avait contés. Du P. Pierre
Régis, je sais seulement qu'il était originaire de Fanum-Jovis,
et fut lecteur du couvent de Carcassonne en 125'2 (1). Malgré
le renvoi de Souèges à une notice qu'il devait donner sous le
11 août, et bien que les volumes d'août de l'ancienne Année
dominicaine soient encore de lui, on n'y trouve rien sur le
P. Régis à la date annoncée, et la nouvelle Année dominicaine.
qui est munie d'un index, n'a rien sur lui sous aucune date;
il me paraît donc probable que Souèges ait omis accidentel-
lement, sous le 11 août, une notice qu'il comptait vraisem-
blablement emprunter, elle aussi, aux manuscrits de Bernard
(1) Le renseignement est lourni par B. Gui, Hisloria fiindalionis.., dans 3Iar-
tène et Durand, Vet. Scr... ampl. coll., VI, col. 475-481 ; cf. aussi BN, Lat. 548G,
256 suiv. Je suppose que « Petrus Régis de Fano-Jovis » était originaire de
Fanjeaux, arrondissement de Castelnaudary (Aude).
[181!
LES MONGOLS ET LA PAPAUTE, 4i
Gui conservés dans le couvent de Carcassonne (1). C'est en
tout cas très expressément à ces mêmes manuscrits que Souèges
doit la biographie de Martin Donadieu qu'il a publiée sous le
;] mai (2); comme il le dit, c'est la seule qui existe, car tous
les historiens de Tordre, pendant quatre siècles, n'avaient
rien su de ce religieux. Si on corrige quelques indications
contradictoires qui paraissent dues, chez le P. Souèges, à
des négligences et des foutes d'impression, il semble que,
deux ans après que des lettres patentes de saint Louis, en
date du milieu de 12 17, eurent fait créer un couvent de Domini-
cains à Carcassonne, Martin Donadieu, originaire de Grasse (3), y
reçut l'habit des mains d'un Dominicain assez connu, le
Catalan Ferrer, premier prieur du nouveau couvent. Entré
dans ce couvent de Carcassonne en 1249, le P. Martin Dona-
dieu y demeura un demi-siècle, jusqu'à sa mort qui survint
le 3 mai 1299, sous le priurat de Bernard Gui; il était la
chronique vivante du couvent depuis sa fondation, et Bernard
Gui doit beaucoup à ses récits ( l).
Dans l'histoire du P. Jean de Carcassonne, un point est bien
acquis. Bernard Gui nous l'a nommé dans YHistoria funda-
tionis comme se trouvant au couvent de Carcassonne en 1252;
(1) Je ne sais pourquoi Souèges voulait placer cette biographie sous le 11 août.
C'est sous cette même date qu'il parle, très brièvement d'ailleurs, d'André do
Longjuineau, à raison de la translation de la Couronne d'épines qui est fêtée
ce jour-là; mais je ne vois aucun lien à établir entre la translation et Pierre
Régis. Le plus probable est «lue les manuscrits de Bernard Gui plaçaient la mort
de Pierre Régis au II août.
(2) UAnnée domlnicainr, mai 1'" partie. Amiens, 1686. in-4, pp. 95-99; BX, Il
4402.
(3) II s'agit de Lagrasse. chef-lieu de canton de l'arrondissement de Carcas-
sonne (Aude).
(4) « II estoit fort soigneux de s'instruire des choses de l'Ordre, sur tout ce
qui regardoit son institution ^^ son progrès, & en estoit si bien informé, qu'il
auroit dit année par année tout ce qui y estoit arrivé, & qui estoit venu à sa
connaissance jusqu'à son temps : & c'est uniquement de luy que le Père Gui-
donis assure avoir appris tout ce qu'il a écrit dans son Manuscrit de la fonda-
tion du couvent de Carcassonne, de son avancement, & des premiers Religieux
qui y fureut assignez. & des Prieurs qui l'avoient gouverné jusqu'alors... -
(Souèges, sous le 3 mai, p. 98). Je suis toutefois surpris que dans VHisloria
fundalionis convenluum... de B. Gui, où on trouve bien les PP. Jean de Carcas-
sonne et Pierre Régis parmi les premiers religieux du couvent de Carcassonne.
le nom de Martin Donadieu semble omis.
[185:
48 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
le P. Souèges a parlé, d'après un manuscrit perdu de B. Gui,
des récits que Jean de Carcassonne faisait de son voyage de
Mongolie aux P.P. Martin Donadieu et Pierre Kegis. Il est donc
certain qu'après le voyage de Mongolie, dont il était de retour
à Césarée en 1251, Jean de Carcassonne habita le couvent de
Carcassonne un temps plus ou moins long. Mais s'il y était
effectivement dès 1252, comme VHistoria fundationis de
B. Gui semble l'impliquer, nous devrons admettre qu'il est
rentré en France immédiatement après la mission de Mongolie
«t sans attendre que saint Louis quittât l'Orient à son tour. Il
se pourrait toutefois, si le P. Jean avait appartenu au couvent
de Carcassonne avant de partir pour la croisade, que, dans son
tableau rétrospectif de 1252, B. Gui le comptât encore, malgré
son absence, comme un des frères de ce couvent où il revint
certainement par la suite. Voyons donc si nos textes nous four-
nissent quelques indices à ce sujet.
Certainement dans son Historia fundationis, et très prolta-
blement dans la notice latine perdue dont le P. Souèges s'est
inspiré, Bernard Gui a dit que le P. Jean était le neveu de Cla-
rin, évêque de Carcassonne. Ce Clarin est bien connu; nommé
évèque de Carcassonne en 1226, il est mort le 25 ou le 26 asril,
ou peut-être le 26 mai, de 1248(1). A la mort del'évêque Clarin,
le couvent dominicain de Carcassonne existait depuis moins
d'un an (2); la notice recueillie par Souèges atteste toutefois
l'intérêt fervent que Clarin montrait à la nouvelle fondation. Si
ia notice dit vrai en supposant que, lorsque saint Louis eut à
faire porter les ornements qu'il offrait au couvent de Cai'cas-
sonne, il choisit le P. Jean à raison de sa parenté avec levêque
Clarin, ceci paraît impliquer que l'évêque ait été encore vivant
à ce moment-là. La venue du P. Jean à Carcassonne se placerait
ainsi entre le milieu de 1217 et avril-mai 1248. Le P. Jean resta
(1) Cf. Galliachrisiiana,W, col. 886.
(2) Les indications de Bouges, Hist.de Carcassonne (1711 , passées dans ilahul,
Carlul. de Carcassonne, v, 41.5, et vi, 451, sur un couvent dominicain qui aurait
été fondé dès 1330 à Carcassonne grâce aux libéralités de l'évêque Clarin, me
paraissent en contradiction avec VHistoria fundationis ûq B. Gui, et je les ai
négligées; s'il fallait leur accorder quelque crédit, mon raisonnement n'en serait
::pas atteint, et il .n'y aurait qu'à le faire remonter éventuellement de quelques
années.
[186]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. -10
cilors quelque temps au couvent, mais bientôt son oncle l'évèque
mourut. Par ailleurs, si saint Louis avait désigné Je P. Jean
pour porter les ornements à Carcassonne, il n'était assurément
pas allé le chercher à cette fin dans le couvent de Troyes; pour
recevoir une telle mission, il faut que, dans des conditions
inconnues, ce Champenois se soit trouvé préalablement à la
Cour. Aussi, au milieu de 1248, quand saint Louis vint s'em-
barquer pour la croisade, le P. Jean dut-il demander et obtenir
d'accompagner le souverain qui le connaissait et l'estimait. Et
c'est ainsi que ce Dominicain, qui presque sûrement n'avait
jamais vu l'Orient jusque-là, aura été adjoint par saint Louis
aux deux autres Dominicains qui étaient, eux, d'anciens mis-
sionnaires d'Orient et parlaient « sarrazinnois ». Puis, soit dés
1251-1252, soit à la rigueur plus tard, le P. Jean revint à son
couvent d'adoption. La notice du P. Souèges, si elle repose bien
encore ici sur le manuscrit de B. Gui, force à admettre toute-
fois que le P. Jean ne finit pas ses jours dans le Midi; mais c'est
jusqu'ici une supposition gratuite que de penser qu'il mourut
à Troyes.
Je me demande même si, par cette reconstitution assez hypo-
thétique de la vie du P. Jean, nous ne pouvons pas rendre
compte de son nom de « Jean de Carcassonne ». Le P. Souèges
nous dit que « Carcassonne » était le « nom de sa famille o,
mais qu'il était Champenois. Il y a cependant une coïncidence
bien étrange à voir un moine champenois dont le nom de
famille est « Carcassonne » et qui vient précisément vivre loin
de son pays, dans le couvent de Carcassonne. Les termes de
B. Gui {« dictus » et « cognominatus ») sont peut-être suscep-
tibles d'une autre interprétation. Le P. Jean, Champenois, donc
Français, Gallicus comme le dit B. Gui, aurait été « dit » ou
i( surnommé » « de Carcassonne » dans l'entourage français de
saint Louis pendant la croisade, parce qu'il s'était, quelque
temps avant la croisade, fixé au couvent de Carcassonne.
Puis ce surnom lui est resté, et a continué de s'attacher à lui,
même après qu'il fut rentré d'Orient; c'est pourquoi B. Gui a
encore pu le recueillir des lèvres de Martin Donadieu ou de
Pierre Régis. Telle est du moins l'explication vers laquelle j'irais
de préférence.
[187]
ORIENT CUllÉTIKN. 4
50 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
L'ambassade de saint Louis, composée de tout le personnel
que nous venons d'énumérer, partit de Nicosie, en compagnie
des envoyés mongols, le 27 janvier 1249 (1). Au bout de peu de
temps, ajoute Vincent de Beauvais, le frère André, chef de
l'ambassade, envoya à saint Louis une lettre dont le roi trans-
mit la copie à la reine Blanche en même temps que la copie
de la lettre d'ÀljigidJii (2).
Tel est du moins le sens que je donne au texte de Vincent de
Beauvais. M. Altanei* (p. 135) a pensé autrement. Pour lui, les
vraisemblances sont en faveur de deux lettres d'Âljigidai, de
dates différentes, et dont saint Louis fit passer les copies en
France à des moments différents. La première serait naturelle-
ment celle apportée par David et par Marc. La seconde serait la
réponse d'Aljigidai, écrite après l'arrivée d'André de Long-
Jumeau auprès de lui et qui serait parvenue à saint Louis en
même temps que la lettre d'André de Longjumeau lui-môme (3).
Je crois que l'hypothèse de M. Altaner doit être abandonnée.
Comme lui-même l'a rappelé, la date à laquelle on eut des
nouvelles de l'ambassade est précisée par la lettre de Jean Sar-
rasin : « Et quand ce vint à la mis quaresme, li roiz oi nou-
velles de C6Z mesaiges... »; et M. Altaner a indiqué non moins
correctement que la mi-carême (= Dimanche Lde/are) de
(1) D'Ohsson [Hisl. des .Uoii</o/s, II, 21:^) donncla fausse date du lU févi-ier 124'.l
d'où •• about tho middle ot' Febriiary, Vi4\) >• de Rockhill [Ruhruck, XXIX),
devenu •< in the middle of Februar.\", 1248-9 » dans Beazley [The daion oftnoil:
!/eog7\ II, 318), et février I24!> dans llalein, lue. cit., 191 et chez M. Jarl Char-
pentier (Vilhelm av Hui/sbroeck, rem genom Asien, Stockholm, 1919, in-8, p. 119).
Le '■ -27 janvier 1248 » de Cordier, Odoric de Pordenone, xvi, et Hisl. gén. de la
Chine, II, 396, reproduit une inadvertance manifeste d'Abel Rcmusat, Mém., 54,.
et 56. Rohricht, en général très sûr, indique une fois le 25 janvier 1249 [Reg.
Reg. Hieros., p. U5), et partout ailleurs le 15 janvier (Kleine Studien, p. 16;
Reg. Reg. Hieros., p. 306; Gesch.d. Kôn. Jérusalem, 877).
(2) Super omnes autcm frater Andréas capitaneus et magisler aregeconstUutus.,
non multopost ad cnndem regem literas misil. Quarum (ranscriplum dictas rcx
malri sue Blanche regine in Franciam vna cum transcriplo lite)-arum Erchetthay
transmisU (XXXII, 94 .
(3) Sans parler d'une nouvelle lettre d'Âljigidai, Abel Rémusat (.l/em., 54) avait
cru aussi qu'André de Longjumeau n'avait écrit à saint Louis qu'après avoir vu
ce général. C'est également l'avis qu'a exprimé récemment le P. Batton (Vilhelm
von Rubruck, 17), mais le texte de Vincent de Beauvais qu'il invoque comme
fondant cette opinion •< avec certitude >., et qui est celui-là même que je viens
de reproduire à la note précédente, n'indique rien de ce genre.
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 51
1249 était le 14 mars. Du 27 janvier au 14 mars, conclutril, il
}' a 46 jours, ce qui est assez pour le voyage de Nicosie au camp
d'Aljigidai et l'envoi de nouvelles de ce camp à Nicosie, à la
condition que le camp d'AljigidJii fût alors beaucoup plus à
l'Ouest que n'était le détachement d'armée mongol où André de
Longjumeau avait vu David vers la fin de 1246 (1).
Mais il n'y a aucune raison de supposer que saint Louis ait
envoyé si vite en France la lettre d'Âljigidâi apportée par David
et iMarc. La lettre d'Odon de Cliâteauroux, qui porte exactement
sur les mêmes événements et contient les mêmes documents,
est du 81 mars 1249; on est amené à supposer a priori que la
lettre d'envoi de saint Louis, pour les mêmes documents, est
sensiblement de même date, et qu'il a donc pu y joindre encore
un document parvenu vers le 14 mars. Quant à la distance où
se trouvait Aljigidai, et même à ne pas tenir compte des sept
mois qui se sont écoulés entre la rédaction de la lettre d'Aljigi-
dâi et sa remise par David, il semble impossible de la réduire
à la proportion des délais que laisse l'intervalle entre le
27 janvier et le 14 mars. Même à faire aller directement les
envoyés de saint Louis par Antioche, il y avait 35 jours d'An-
tioche à Tauriz, soit au total 70 jours dans les deux sens, aux-
quels il faudrait encore ajouter le trajet de Nicosie à Antioche
et d'Antioche à Nicosie; on pourrait supposer l'envoi d'un cour-
rier rapide pour le message de retour, mais même ainsi les
46 jours de M. Altaner sont insuffisants. D'autre part, comme
on l'a vu et le verra encore bientôt, Aljigidai n'avait alors
aucune raison de pousser vers l'Ouest, bien au contraire, et la
situation en Mongolie réclamait toute son attention. Enfin, si on
eût eu une nouvelle lettre d'Âljigidâi arrivée vers le 14 mars et
qui aurait relaté l'arrivée d'André de Longjumeau au camp du
général mongol, il est invraisemblable que nous ne trouvions
(1) M. Altaner parle ici, en réalité, du camp d'Aljigidâi lui-même pour la
première mission d'André de Longjumeau: j"ai indiqué plus haut (p. [170]) pour-
(|uoi c'était impossible. [M. Soranzo, // PapaLo, 134, dit que la mission mit
47 jours â atteindre le camp d'Aljigidâi; il s'agit ici évidemment de l'intervalle
entre le 27 janvier et le 14 mars, et M. Soranzo a pris par erreur la date de
l'arrivée de la lettre d'André de Longjumeau à Nicosie pour Celle où la mission
joignit le général mongol.]
[189]
52 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
rien au sujet de cette lettre et de son contenu ni chez Odon de
Châteauroux quinze jours plus tard, ni chez Vincent de Beau-
vais, ni dans la lettre de Jean Sarrasin.
Quel est l'itinéraire suivi par l'ambassade d'André de Long-
jumeau au début de son long voyage? L'idée courante est qu'elle
débarqua sur la côte asiatique à Antioche, ce qui est conforme
à la géographie et attesté par un texte formel de Joinville (1).
On a vu cependant que la notice du P. Jean de Carcassonne par
B. Gui, telle du moins qu'elle nous a été transmise par le
P. Souèges, veut que l'ambassade ait d'abord gaj:né « Saint-
Jean d'Acre, autrement Ptolémaïde ». Je ne crois pas qu'il
faille s'y arrêter, ni chercher la corroboration d'un crochet de
navigation au sud par Saint-Jean d'Acre dans le fait que Tliéo-
dule, clerc d'Acre, s'était joint ou se joignit à la mission. Le
texte de Rubrouck qui nous parle de ce Théodule d'Acre le fait
partir de Chypre même avec André de Longjumeau (2); et
(1) .' Li messagier le roj- arriveront au porl d'Anthioche; et dès Anthyochc
jusques àlour grantroy... » (éd. de Wailly, p. 168).
(2) Je suis d'accord avec M. Altauer (p. 13J) pour penser que Théodule d'Acre
se joignit à la mission à titre privé, et qu'on ne doit pas voir on lui l'un des
deux « clercs » qui faisaient réellement partie de l'ambassade. [Je ne puis par
suite me rallier à l'hypothèse de M. Soranzo, Il Papato, 131, qui fait de Théo-
dule (en l'appelant Théodore) le second « clerc » de la mission.] On sait que
Théodule resta en Perse, pour n'arriver à Karakorum qu'en 1253. Rockhill tra-
duit {Rubruck, p. 178) de façon un peu ine.xacte quand il écrit : « A certain
clerk had corne there from Acon » ; le texte {fuerat ibi quidam de Acon clericus)
signifie : ■- A certain clerk from Acon had come there »; le clerc était d'Acre,
mais venait de Chypre. Par la suite, d'autres phrases concernant ce Théodule
ont été également mal comprises. Le texte porte : Tune quesivit Mnngu, nomen
episcopi. Dicehalquod vocarelur Odo [var. Oto]. Unde dicebat illi de Damasco et
inagislro WUleimo ^uod [var. qui] fuerat clericus domini legati {Rec. des voyages,
IV, 311; Sinica Franciscana, I, 254) De Backer [Guillaume de Rubrouck, p. 160)
est incohérent. Rockhill a traduit {Rubruck, 179) : « Then Mangu asked the
iiame of the bishop He said that he was called Oto. And he went on to tell
liim of Damascus and of master William, who was clerk of the lord legate. »
Du coup, un << William », clerc du légat, figure à l'index. Des versions analo-
gues se trouvent dans A. RIatrod, Le voyage de frère Guillaume de Rubrouck,
p. 78, dans A. I. Malein {Joann de Piano Carpini, Vil'gelm de Rubruck, 1911,
in-8, p. 124) et tout récemment encore dans Manuel Komroff [Conlemporaries of
Marco Polo, Londres, 1928, in-8, 137). Mais le sens est évidemment : « Mangu
(=:: Mongka) demanda alors [à Théodule] le nom de l'évèque [dont Théodule
avait parlé auparavant]. Et il (= Théodule) dit que (cetévêque"! s'appelait Odon.
Et il disait ensuite à l'homme de Damas et, à maître Guillaume qu'il (= lui-
iiiènie, Théodule) avait été clerc du seigneur légat. •• L' « homme de Damas .
[190]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTP;. 53
quant à la mention d'Acre dans la vie du P. Jean de Carcas-
sonne, elle nous parvient par l'intermédiaire de Donadieu ou de
Régis, de qui Bernard Gui Ta tenue; on imagine sans peine
qu'un des narrateurs ait fait quelque confusion, étant donné
qu'Acre était le grand port où les Latins allaient aborder quand
ils se rendaient en Terre Sainte et qu'il y fut leur dernier point
d'appui.
Il est probable que c'est en arrivant aux confins du territoire
vraiment tenu par les Mongols, dans la région de Mossoul,
qu'André de Longjurneau envoya à saint Louis la lettre que le
roi reçut vers le M mars 1249 (I). A partir de ce moment, une
grande obscurité règne sur les mouvements de l'ambassade
jusqu'à son retour à Césarée, après mars 1251. Joinville
(pp. 168-175) donne à cette occasion des informations nom-
breuses sur les Mongols, en partie traditionnelles, en partie
purement légendaires, et dont on trouve aussi une version
assez déformée, remontant indirectement à quelqu'un des
membres de l'ambassade, dans le Bonum universale de api-
est un chrétien venu de Damas à Karakorura en 1253 et que Rubrouck vient
de mentionner; quant à maître Guillaume, c'est maître Guillaume Boucher,
l'orfèvre de Karakorum. Enfin si Théoduie, qui se "prétend envoyé par l'évêque
Odon, ajoute qu'il a été secrétaire du seigneur légat, il n'y a là rien que de très
conséquent dans son imposture, puisqu'il vient de Chypre où se trouve le
cardinal Odon de Cliàteauroux, et que ce cardinal est légat pontifical auprès de
saint Louis. Le passage est traduit correctement dans J. Charpentier [l'ilhelm
av liuysbroeck, resa, 210) et dans iïerbst [Der Bericht, 89), sauf que M. Ilerbst
a " Kleiiker eines llerrn Legaten ■■, cà corriger en •• Kleriker des llerrn Legaten •■.
(1) '■ Et quant ce vint a la mis quaresme, li roiz oi nouvelles de cez mesaiges,
et que il s'en aioient la banière levée au maistre des Tartarinz, par mi la
terre des mescreanz, et que il avoient ce que il vouloient par la doutance des
mesaiges au mestre des Tartarinz ■• (lettre de Jean Sarrasin). Ceci ne me
parait pas favorable à l'hypothèse de M. Rastoul selon laquelle la lettre d'André
de Longjurneau aurait été écrite d'Anlioche, puisque Antioche était encore aux
mains des Latins. Mais c'est celte lettre qui a dû faire connaître à Nicosie le
passage de l'ambassade par Antioche, retenu par Joinville. On remarquera qu'à
prendre strictement la lettre de Jean Sarrasin, elle-même implique qu'André
de Longjumeau ait écrit la lettre parvenue à Nicosie vers le 14 mars avant
d'avoir joint Àljigidai. Jean Sarrasin mentionne en effet deux fois le « maître
des Tartarins », et il doit s'agir du même peisonnage dans les deux cas. La
seconde fois, c'est bien Aljigidai qui est visé puisque c'est lui qui a envoyé les
messagers. Or, la première fois, il est dit que la mission de Longjumeau allait
la bannière levée vers le même <• maître des Tartarins •■ ; c'est donc bien qu'elle
n'avait pas encore atteint le camp d'AIjigidai.
[191]
54 REVUE DE l'orient CHRÉTIEX:.
/>M8 de Thomas de Cantimpré (p. 525); mais ni l'un ni l'autre
ne renseigne sur l'itinéraire qu'André de Longjumeau a suivi.
Guillaume de Rubrouck, qui a vu André de Longjumeau en
Syrie après le retour de celui-ci et avant que lui-même se mîi
en route pour les mêmes régions, est de beaucoup celui à qui
nous devons les indications les plus précises. Ce ne sont que
des bribes, mais c'est avec elles qu'on a tenté et qu'on doit bien
tenter de reconstituer ce voyage mémorable dont il ne semble
pas que nul de ceux qui l'ont fait ait jamais écrit la relation (1).
D'après Joinville, les ambassadeurs, en allant vers les Mon'-
gols, « dès Anthyoche jusques à lour grant roy trouvèrent bien
un an d'aleure, à chevauchier dix lieues le jour » (Wailly,
p. 168). La vie de Jean de Carcassonne extraite des manuscrits
de Bernard Gui dit au contraire que, « s'élant rendus à
Saint-Jean d'Acre, autrement Ptolémaïde, ils furent encore
cent journées au delà ». Quoi qu'il en soit de ces mesures
approximatives, il est certain que les voyageurs furent en route,
aller et retour, et avec des arrêts que nous ignorons, un peu
plus de deux ans. Mais on n'est pas d'accord sur le terme
extrême où leurs pérégrinations les avaient conduits. A Kara-
korum, ont pensé Rémusat en 1822 (Méin., p. 51) et Zarncke
en 1876 {Der Priester Johannes, 82); de même M. J. Char-
pentin {Wilhelms av Ruijsbroeck, 7^esa, p. 117) ; et M. Altaner
l'a répété encore récemment sans autre remarque (pp. 110, 136).
Mais, entre temps, Rockhill en 1900 {Rub rue k, xxxii) etBeazIey
en 1901 (The dawn of mod. geog., ii, 318) se sont prononcés
non moins formellement pour la vallée de l'Emil, à l'Est de
l'Ala-kol, qui est lui-même à l'Est du lac Balkach. M. Rastoul
s'est abstenu. On doit, donc admettre que les indications de
Guillaume de Rubrouck n'ont pas paru assez précises pour
donner directement la solution, et nous devons tenter de l'assu-
rer en combinant ces informations et ce que les historiens
orientaux nous apprennent sur la fin du règne de Gûyûk et sur
la régence qui s'ensuivit.
(1) Le P. Batton {Wilhelm von Rubruk, 48) et le P. Van Den Wyiigaert (Sinica
Franriscana, i, 224) parlent comme si on avait une relation duc à André de
Longjuuieau lui-même; c'est une inadvertance, née d'une lectui'o trop rapide-
de RoeUhill, Rubruk, 136, n. 3.
[192]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 53
Loiqu'Ogodâi mourut, probablement le U décembre 1241,
et en attendant Télection d'un nouvel empereur par la diète des
princes, le pouvoir fut exercé par sa veuve, la « sixième impé-
ratrice » {lieou houang-heou) des textes chinois, celle que
nous appelons généralement « Turakina » (= Tiirâkina), mais
dont le vrai nom paraît avoir été plutôt Tôrliganâ (1). C'était
une captive de guerre, qui avait été auparavant la femme d'un
Miirkit (2), De là vient peut-être que Rasidu-'d-Din fait d'elle
une Mârkit (3); mais, d'après les textes chinois, c'était une
Naiman (Nai-man-tchen, ethnique féminin de Naiman) (4). Il
faudrait presque sûrement donner raison aux textes chinois si
ïôragâna avait été chrétienne, car on trouve des mentions
assez nombreuses de Naiman chrétiens, non de Markit. Mais,
malgré les bruits qui ont couru et que David a amplifiés à
Chypre, rien ne montre que Toragana ait été baptisée; Plan Car-
pin, qui Ta connue dans l'été de 1246, ne l'a certainement pas
ciu; il faut ajouter d'ailleurs que TOraganâ reçut alors l'envoyé
d'Innocent I\^ avec bienveillance, et elle peut être pour quelque
chose dans la faveur dont les chrétiens jouirent autour de son
(Ij •■ lionlgaiiii » dans lllsl. secr. des Mongols, S 198; T'o-lie-ko-na (= Tora-
gana) dans Yuan che, lUu, 1 a, et 114, 1 a; la « 6' impératrice T'ou-na-Iii-
na » (*Tunagina) de Yuan che, 106, 1 h, résulte d"im dédouljlement fautif de
Toragana. Les orthographes U^o^',»';', vuS'i,,'/, i>xS',aJ' de Juwainï et de
Rasïdu-'d-Dïn sont vraisemblablement a transcrire Toriigena. La discussion
détaillée des formes du MuHzi^aL ansâb entraînerait trop loin. Dans )'uan che,
3, 1 b, la forme T'o-hou-lie-nai provient d'une inversion des deuxième et
troisième caractères, avec une altération supplémentaire de celui qui est
devenu le second. La notice de la famille Sie de Kao-tch'ang par Ngeou-yang
Iliuan écrit T'ie-lie-nie, 'Taranii, où il semble qu'un caractère soit tombé (pour
*T;iragana; à moins qu'on ne suppose *Tarana ■<*Tara'n;l).
(i) Rasïdu-'d-Dln (Berezin, Trudy \'OIRAO. v, 7-1, et Blociiet, Hisl. des Mon-
gols, II. 3) veut qu'il s'agisse d'un Uwtiz Markit (,1»,! Uhaz = Uwaz ; altéré
en uS>J\ l hur dans Bere/.in et en v^.U.,1 Uhat dans l'édition de M. Blochet),
appelé Dayïr Usun, et que nous connaissons bien. Mais les renseignements
de Rasïd sur les Markit sont entachés de pas mal d'erreurs, et lui-même
indique d'ailleurs ici que sa version est douteuse; je donne donc la préférence
à la tradition jikis ancienne conservée dans YHlsloirc secrète des Mongols,
% 198; d'après ce derniei' texte, Toragana était mariée à un chef Odoyït
Markit, Qudu, fils de Toqto'a-baki.
(3) Blochet, Hisl. des Mongols, ii, 3.
(4) Yuan che, i, 3 6 et 4 «; lOtj, 1 «; 114, 1 a.
il93]
50 REVUE DE U'ORIEXT CHRÉTIEN.
fils Giiyuk. En tout cas, et même sans l'argument d'un cliris-
tianisme éventuel de TOrJigana, le plus probable me paraît être
de s'en tenir ici aux indications des textes chinois; Toragana
était en ce cas une Naïman qui avait été donnée en mariage à
Qudu. fils de Toqto'a-baki, des Odoyit-Markit, et qui devint
ensuite, en 1205 au plus tard, plus probablement en 1201,
l'épouse du futur Ogôdiii.
Après quatre ans et demi de régence, Torâgana réussit à faire
élire son fds Guyiik, né en 1206; Jean du Plan Carpin était
présent à l'intronisation du nouveau grand khan, qui eut lieu
à une demi-journée de Karakoruin le 21 août 1246. Les princi-
paux ministres de l'entourage immédiat de Giiyiik, Qadaq et
Oïnqaï, étaient chrétiens ; par ailleurs, bien que Giiytik fût monté
nominalement sur le trône, « l'exercice du pouvoir appartenait
encore à la sixième impératrice » (1), c'est-à-dire à Tôragànii.
D'( )hsson, von Hammer et, après eux, Howorth (2) ont déclaré,
sans aucunes réserves, que Torâgana était morte deux mois
après l'avènement de son fils, ce qui mettrait en octobre 1210.
Mais M. Blochet (/^i/roc/., 170; cf. aussi 171), non moins for-
mellement, assure que « Oughoul-Ghaïmish et Tourakina-
Khatoun, veuve d'Ougédeï, manœuvrèrent assez maladroite-
ment contre les princes qui prirent part à l'élection de Monkké » ;
Tr)ragana aurait donc été encore vivante non seulement à la
mort de Guyiik en 1248, mais lors des diètes de 12.")0 et 1231
qui aboutirent à la désignation et à l'intronisation tle Mongka.
Les textes chinois ne nous sont pas ici d'un grand secours (3).
Ni d'Ohsson, ni von Hammer, ni M. Blochet n'indiquent sur
quels textes ils se sont appuyés respectivement. Pour autant
qu'on en puisse juger, la mort de Torâgana deux mois après
(1) yuan c/ic, 2, 4 a. juuaini (éd. Mirzà Miihammad, i, 200--") s'exprime
e:i termes analogues.
(2) K'Ohssoii, 11, 231-232; von Hammer, Gesch. cl. Ilchane, i, 58; Howorth, i, 105. '
(3j Le Yuan che (114, 1 h) porte que •< la 2° année iche-yuan (1265), [l'impé-
rah-ice Toruganii] mourut; on lui donna le titre posthume de..., » etc. Le mot
• mourut » ne peut être qu'interpolé; 1265 est l'année où Tôragànii, veuve
dOgudai, et Oyul-qaïmïs, veuve de Giiyïik, reçurent des titres posthumes; mais
la seconde certainement, et même la première, étaient alors mortes depuis
longtemps. Peut-être est-ce ce passage du }'uan che qui a fait dire a Gaubii
{Uisl. de Gcn(chisca.n, 107) que Pétis de la Croix se trompait en faisant mourir
Tôragiinri avant Giiyuk.
[ir4i
LES MONCIOLS ET LA PAPAUTÉ. 57
l'intronisation de sou fils est tirée d'un passage de Juwainï
(éd. Mirzà Muhammad, I, -iOG'^''; le fond en a passé dans Bar
Hebraeus, Chroniconsyriacinn, trad. Bruns, 52.J-5-26), qui n'est
pas strict pour les « deux » mois après l'intronisation, mais
implique bien que Toriigana soit en tout cas morte avant son
fils. Par contre, RasIdu-'d-Din (éd. Blochet, II, lo.7'-') dit qu'à
la mort de Giiyiik, Toruganu exerça pour la seconde fois le
gouvernement. 11 semble donc qu'il y ait là deux traditions
contradictoires, et il faudrait une étude minutieuse des textes
persans pour prononcer absolument entre elles. Toutefois, un
fait demeure certain; c'est qu'à la mort de Giiyiik, le pouvoir
fut assuré effectivement non par sa mère Tôragânâ, mais par
sa veuve Ovul qaïmïs ; j'incline donc à penser que Tôragànii, à
quelque moment qu'on doive placer sa mort entre octobre 1216'
et le printemps de 1248, n'a pas survécu à son fils Giiyiik (1).
Giiyiik. qui avait pris le pouvoir dans la région de Karako-
rum, y resta quelque temps en compagnie de ces ministres
chrétiens dont Rasidu-'d-Dîn dénonce à plusieurs reprises
l'hostilité envers les musulmans (éd. Blochet, ii, 219, 254,
273; cf. aussi d'Ohsson, ii, 235). Puis, en 1247, il envoya des
généraux dans diverses directions, et en particulier lança
Âljigidrd dans l'ouest, avec l'intention, semble- t-il, de se
mettre lui-même en campagne par la suite. En attendant,,
sans dévoiler le fond de ses projets, Giiyiik invoquait des
raisons de santé pour quitter la région de Karakorum et se
retirer sur ces territoires de l'Emil qui étaient son apanage
propre. 11 se mit en route à l'automne de 1217 selon les textes
chinois, plus probablement au printemps de 1248 comme le
veulent les écrivains musulmans (2) ; au troisième mois de 1248
F (1) [Après qiio ceci était rédigé, M. Mirzâ Muhammad Khan, à qui j'avais-
demandé son avis, a bien voulu me faire remarquer que la mort de Toriigana
« deux ou trois mois • après l'avènement de Giiyiik était indiquée non seule-
ment par Juwainï, i, 200*-'^, mais aussi par i, 201 '^', et en outre par Rasïdu-
'd-Din lui-même, ii, 238^-3, et enfin, de seconde main évidemment, dans
Khondmir (éd. Bombay, ui, sect. i, p. 33). Le texte contraire de Rasïdu-'d-Dïn,
n, 1356-", qui paraît être la source suivie par M. Blochet, doit donc être
considéré comme erroné.]
(2) Cl'. Yuan cfie, -2, 4 a, et pour les sources musulmanes, d'Ohsson, 11,231
(copié par Ilowortli, I, 165).
[1951
58 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
(27 mars-24 ami), il mourait à Heng-seng-yi-eul (1); son
(1) i'uan che, 2, 4 a. D'après Vllistoria dijnasllarum de Bar Ilebraeus (trad.
l'ococke, p. 322), Giiyiik est mort le 9 de raW^ II de 647 de l'hégire, c'est-à-dire
le 22 juillet 1249, et cette date a passé dans Le Nain de Tillemont, Vie de saint
Louis, III, 221 et 417 (mais les doux fois avec « 22 juin » au lieu de « 22 juillet »);
elle parait bien être trop tardive. Même en la remontant d'un an, ce qui met-
trait au 2 juillet 1248, on serait en désaccord avec les sources chinoises, qui
indiquent 27 mars-24 avril; je soupçonne, sans en être certain, que d'Ohsson
(II, 234), en parlant d' ■• avril 1248 », s'est appuyé, de seconde main, sur' les
textes chinois (probablement sur Abel Réinusat, J/t7»oires, 56); je ne trouve
pas d'indication correspondante dans .îuwainî. Dans l'édition de M. Blochet
(II, 135*'), Kasïdu-'d-Din met cette mort de Giiyiik en 640 de l'hégire, et l'édi-
teur ne fait aucune remarque; mais 640 de l'hégire correspond à I242-I213; à
ce moment, Giiyiik n'était même pas sur le trône. Je regi-ette d'autant plus de
ne pouvoir retrouver l'origine de la date altérée de VHisloria dynastiarum que
ce texte, dans la même phrase, nous a conservé un renseignement que je crois
important. D'après Rasïdu-'d-Dïn (éd. Blochet, II, 135''-^), Giiyiik mourut
•< quand il fut arrivé sur le territoire de Samarqand, en un endi'oit qui est
à une semaine de route de Bes-balïq » ( Ji^^^^^J ^\r~'i J^Sj,*-^ .^jAsr; ,^j:^
«J;^->I 21. i-'/^ia \.t^i i5r • ui^H ^ . ''^ y ^^ )• C'est, un peu développé,
le texte qu'on avait déjà dans Juwainî (I, 215 -"-'-') : " Quand il fut arrivé sur
le territoire de Samarqand, qui est à sept jours de route de Bes-baliq »
(-\i^lj »! i.::ts, .^i iJb Ji.j._> \l Is:-'' j! i^ ù,^. j^3j.,sw j-st.^ -oj^)-
Le Yuan che indique, comme endroit précis de la moi't de Giiyiik, Heng-seng-
yi-eul, pour lequel on a, dans le Ta-fang t'ong-kien, la variante Hou-mei-
sie-yang-ki-eul (cf. Yuan-che lei-pien, 1, 16 a; Mong-wou-eul clieki 5, 5«;
Gaubll, Hist. de Genlchiscan, 106; Cordier, HisL. gén. de la CAmejlIIjSSS); dans
ce nom, il est certain que le second élément est le turc siuigir, •< promon-
toire >', et l'ensemble pourrait être Qum-sangii-, « Promontoire des saWes •■ ; le
site n'est pas identifié. Dans le texte de Juwainï, reproduit par Rasîd, le nom
de Samarqand est indiMendable; je crois qu'il est fautif, et altéré de Qum-sangir.
M. Blochet n'indique pas de variantes pour ^.kSj.^^ Samarqand; mais un des
mss. de .Juwainï écrit A*^-» Msgr. Bar Hebraeus prend généralement chez
.Iuwainî ce qu'il écrit de l'histoire des Mongols, aussi bien dans le Chronlcon
syriacum que dans VHisloria dynasiiarmn. Ici le Chronicon syriacum, au moins
dans l'édition de Bruns (texte, p. 508; trad., p. 526), ne donne pas le nom du
lieu qui était « à sept journées de la ville de Bes-balïq »; mais, dans VHisloria
dynustiarum en arabe, là où il y a une fausse date pour la mort de Giiyiik, on
lit (texte, 492; trad., 322) que Giiyiik mourut " cum... in partes Komcsieciar.
inter quam ^^ Bish Baleg quinque sunt stationes, pervenisset ». [M. Uisch
(Johann von Piano Carpini, 325-330) a donné une traduction nouvelle de ce qui
concerne Guyiik dans le Chron. syr., en le complétant avec VHisl. dynasl.:
mais il s'est trouvé omettre précisément ce dernier passage.] Le mot •■ cinq >■
est^une faute de texte pour •< sept ». Quant à « Komestecia », le texte l'écrit
^s::.^i,'é-, mais il me paraît clair qu'il faut corriger en .xL^ ou y...C.»ww3,
*Qum-sangir,; c'est là le même nom que donnent les sources chinoises, et c'est
[1961
LES MONGOLS ET LA PAPAUTE.
59
lui qui, encore conservé eu grande partie par un manuscrit de Juwainï, a été
alléi'i' dans les autres en •< Sauiarqand • ; cette altération, fort ancienne, semble
s'être trouvée dans le manuscrit de Juwainïdont Rasïdu-'d-Dïn s'est servi. Enfin
le texte de Juwainï et ceux qui en dérivent ne nous indiijuent pas de façon claire
«i Giiyiik, venant de la haute Mongolie, est mort une semaine avant d'avoir
atteint Bes-balïq ou une semaine après avoir dépassé cette ville; je crois qu'un
dei-nier texte nous fournit la solution. La route par Bes-balïq, c'est-à-dire la
loute du Sud, est celle qu'on empruntait en saison froide; elle a été suivie par
le roi d'Arménie Hetlium l'"' quand il revenait de la cour de Mongka qu'il quitta
le 1""' novembre l^ôÀ. Son itinéraire (cf. Bretschneider, Med. lies., I, 168;
Patkanov, Isluriya Mony<Âov, II, 129; Brosset, Deux hist. armén., 178) nous
apprend qu'après oO jours il arriva à Qumaqur (ou Gumagur) ou Qumsqur fou
Gunisgur), et de là gagna « Berbalikh » et « Bes-balikh » ; il s'agit évidemment,
de la route directe qui arrivait un peu à l'Est de Bes-balïq, mais non pas en
passant par le Barkol comme l'ont pensé Patkanov et Brosset, suivis par
JL Beazley {The daivn of modem geography, n, 386). Il me paraît y avoir les
plus grandes chances pour que " Qumsqur » (ou « Gumsgur) soit altéré de
Qum-sangir; Giiviik serait donc mort avant d'arriver à Bes-balïq, dans la
région qui s'étend des monts au Nord et Nord-Est de Bes-balïq jusqu'à l'Altaï-
Mais, s'il en est ainsi, il est impossible que Giiyiik, parti à l'automne de 1247,
n'ait pas encore atteint Bes-balïq en mars-avril 1248, et nous devrons admettre
qu'il ne quitta la haute Mongolie qu'au printemps de 1248 pour mourir en route
un mois plus tard. [Après que ceci était rédigé, je me suis aperçu que M. Blochel,
avait déjà fait une partie du même raisonnement, mais sans faire intervenir la
variante Ilou-mei-sie-yang-ki-eul, ni VHisloria dynastlarum. ni la relation du
voyage de Hethum, dans Rev. de l'Orienl chréL, 1922-1923, 160-171. Toutefois je
ne crois pas à son ^Slw;:3 ^^^x< ; pour moi, la forme altérée « Samarqand >> est
sortie directement de *Qum-sangir, dontl'-m est attestée en chinois, en arabe et
en arménien. Barthoid (£'ncî/d. de l'Islam, i, 700, art. « Bâtû-khân ■■, avait déjà
juxtapose le ■■ Komeslecia - de Bar llebraeus et le ■< Samarqand •■ de .Juwainï,
mais sans choisir entre eux. Il avait vu toutefois que le prétendu •< Samarqand "
devait se trouver au Nord de Bes-Balïq et le cherchait sur 1' « Uzungu » (lire
'. Urungu '■); je crois qu'il faut chercher plus au Nord-Est. Juwainï (111, 53 ■''-'''),
copié par Rasïdu-'d-Dïn (11,299 -), mentionne, entre Karakorum et -< Bes-balïy %
trois noms, Uluy-taq (= Ubiy-tav, ■- Grandes Montagnes >.), Mutqaï (?; la forme
est très douteuse par suite de nombreuses variantes) et un nom désespérément
altéré que M. Bloehet a lu -«^Vl.IjjJ Tobolong, en disant que c'était « évidem-
ment » le Tobolong du xvnr siècle, « dans le Nord-Ouest de l'Ili ». Il suffit de
jeter les yeux sur une carte pour voir que l'Ili, et encore plus le Nord-Ouest de
i'Ili, sont hors de question entre Karakorum et Bes-balïq; en outre MM. Bloehet
et Mirzâ Muhammad khàn lisent ici ditféremment les leçons des mêmes
manuscrits de Juwainï. Étant donné les leçons ^tA~Ojj3 et ,^vJj3 des
mss. de Rasïdu-'d-Dïn, je n'exclus pas la possibilité que, cette fois encore, nous
ayons affaire à une altération de Qum-s:ingir, mais je me garderais de rien
affirmer. M. Risch {Johann von Plana Carpini, 330) [et M. Sorauzo, Il Papalo,
135] identifient encore Bes-Balïq à Urumci, comme M. Bloehet d'ailleurs. 11
n'est donc pas inutile de dénoncer une fois de plus cette vieille erreur et de
rappeler que Bes-balïq était bien au Nord-Est d'Urumci, dans le voisinage et au
]S'ord-Ouest de Gucen (Kou-tch'eng).
L197J
00 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
corps fut, dit-on, ramené dans la haute Mongolie (1). A ce
moment, Batu arrivait des régions de la Volga vers l'Est,
assez incertain des dessins de Guyiik.
La veuve de Giiyiik, Oyul-qaïmïs, une Miirkit (2), tint d'abord
secrète la mort du souverain, et tenta de gagner Batu, les
princes et les généraux à la cause soit de son lils Quca-o^ul,
soit, à la rigueur, de son neveu Siramiin; avec lun comme avec
l'autre, le pouvoir suprême restait dans la lignée d'Ogodâi (3).
(1) D'après le y'iian clic 2, 1 a, où il est dit que Giiyiik fut enterré dans la
même vallée que les autres empereurs de la dynastie de Gengis-khan.
(2) La restitution du nom n'est pas tout à l'ait certaine; pour le premier
élément, les transcriptions vont de Oqul chez les écrivains persans à Wo-wou-
li, soit *0\vul, dans le )'uan chc ; il doit s'agir du mot turc oyu/, ■< fils •> et
« prince », sans que sa prétixation dans ce nom de femme soit expliquée
jusqu'ici. Le second élément est vraisemblablement Qaïmïs, qui répond à
la fois au llai-mi-che des transcriptions chinoises, à une des lectures possibles
des formes en écriture arabe et même au « Camus » de Rubrouck qui i)eut
être altéré de *Caimis = Qaïmïs {Yuan che, 3, 1 a; 106, l'a; 114, I h; Blochet,
li'isl. des Mongols, u, 228-229: Berezin, Trudy, v, 75). Un nom identique a
été porté par une Oïrat qui fut une des épouses de Mongka (cf. Blochet, ii,
267-268; 13erezin, Trudy, v, 80); comme cette seconde Ovul-qaïmïs est la mère
de Sirin, qui est certainement la princesse « Chirina », fille d'une chrétienne,
qu'a connue Guillaume de Rubrouck, nous en devons conclure qu'il y avait
des chrétiens parmi les Oïrat, à moins que la mère de Sirin ne fût devenue
chrétienne seulement après son mariage et sous l'influence de sa belle-mère
chrétienne. La mère de VUkhan Aryun s'appelait aussi Qaïmïs (von Ilammer,
Gcsch. d. lichane, i. ;j2o, 360). Le nom est évidemment purement turc, mais
le sens n'en est pas clair; on peut toutefois dire, je crois, que la forme
« Ogoul Clianmish » (— ^Oyul-qanmïs) adoptée par M. Rastoul est à aban-
donner; elle provient de mauvaises leçons du Chromcon syriaoïm de Bar
Ilebraeus (trad. Bruns, p. 532 et suiv.) et de son Hisloria dynast. (trad. Pococke,
322 et suiv.). Le mot qaïmïs entre encore dans le nom d'une princesse tatar
qui semble s'être appelée Tiïrii-qaïmïs- (cf. Bei-ezin, dans Trudy, v, 68-69).
D'Ohsson (u, 216) a confondu les deux Oyul-qaïmï.s, si bien qu'il représente
l'épouse de Giiyiik comme une Oïrat; bien que von Hammer (Gescfi. d. llçhane,
I, 57) eût donné la version correcte, c'est l'erreur de d'Ohsson qui a passé dans
lloworth, I, 726. Sur la foi de l'adaptation chinoise de d'Oh.sson, T'ou Ri
{Mong-wou-eul che-ki, 5, 5 b) a pensé aussi qu'il s'agissait d'une Oïrat et a
changé à tort en Wo-yi-la-t"o (= Oïrat) le Wo-wou-li qui est prestiue sûrement
Oyul.
(3) Le ]'iian chc (114, 1^6) dit quaprès la mort de Giiyiik, OYul-qaïmïs
" dirigea le gouvernement derrière un rideau pendant six mois, tenant dans
ses bras son fils Siramiin ». C'est inexact. Les termes employés {(ch'ouei-lien
l'ing-lcheny) sont bien ceux qui, en chinois, s'appliquent à une régente, mais
Sinimiin n'était pas le fils d'Oyul-qaïmïs. et il avait largement passé l'âge d'être
porté dans les bras, puisqu'il n'était déjà plus au berceau quand son père était
[198]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 61
Mais elle se heurta à rambition de la Kéraït chrétienne Soyur-
vaqtani-beki, qui sut faire pencher Batu en faveur de Mongka,
Taîné des quatre fils qu'elle avait eus de Tului. Encore du
vivant de Giiyiik, Batu, sans atteindre même à la frontière de
son territoire propre, s'était avancé jusqu'à sept jours en deçà
deQayalÏY(« Endroit rocheux »), en un endroit que d'Ohsson
(il, 246) a appelé les « monts Alactac », d'où dérivent les
« Alak Tak mountains » de Howorth (i, 170) et, assez natu-
rellement, le Ala-tavde Yu\e [Cathai/K i, 289) et les « monts
Alatau » du P. Van Den Wyngaert (Sinica Franciscana,
I. xLiii). Il y a plusieurs Ala-tau (= Ala-taY) dans la région,
mais je crains qu'aucun d'eux, tout au moins quant au nom,
ne doive entrer en ligne de compte, car nul texte, à ma con-
naissance, ne parle ici ni de « monts Alatau », ni de « monts
Alacta<- ». Juwainï, qui est la source de nos informations, a, à
plusieurs reprises, jjiLo^!' Alaqmaq (ou Ala-qnmaq?) (1); et ce
doit être aussi le « lieu A-la-t'o-hou-la-\vou » (* Ala-tovra'u?)
de Yuan che, 3, 1 a (2). Tout en reconnaissant la régence
d'OYul-qaïraïs, Batu convoqua la diète [quriltai, qurVta) à
« Alaqmaq », en 1230 semble-t-il (3). Malgré les efforts de
mort douze ans plus tôt. La régence se prolongea aussi sûrement plus do
six mois, mais la chronologie est ici fort incertaine. Il est vraisemblable que le
Yuan che confond ici .Siramun, neveu d'Oyul-qaïmis et déjà presque adulte,
avec le fils aîné d'Oyul-qamïs, Quca, qui, lui, était encore en bas âge [parvulus
/ilius, dit Rubrouck, éd. Van Den Wyngaert, 242). Oyul-qaïmïs paraît en effet
avoir associé ce tout jeune fils à ses audiences, car un texte de Bernard Gui,
qui doit remonter à un renseignement de Jean de Carcassonne, veut que
l'ambassade d'André de Longjumeau ait été reçue par " la reine et son fils » ;
cf. infra. p. 210.
(1) Ed. Mirzâ Muhanunad khan, i, 217, 218 note, 223; cf. Blochet, Hist. des
Mongols, \i, 135 [= p. 15 '^ du t. III encore inachevé de l'éd. de Mirzâ
Muhammad khan.]. C'est aussi " Alaqmaq » qui se retrouve, emprunté à
.luwainï, dans le Chronicon syriacum de Bar Hebraeus (trad. Bruns, p. 532) et
dans son Hisloria dynastlarum, trad. Pococke, 322. Barthold, dans Encycl. de
l'Islam, I. 7<J0, art. - Bàlu-khân », a adopté « Ala-qamaq ».
(2) Au point de vue graphique, la moins mauvaise solution pour concilier
les deux formes semble être de supposer que l'apparent Alaqmaq de .luwainï
est fautif pour al^iy""^! ^Ala-toyraq (ou ïî Jij'^l *Ala-tôqraq?), le •■ Peuplier
tacheté ». M. Blochet (Int7\ à Vhist. des Mongols, p. 170) a placé le A-la-l'o-hou-
la-\vou du Yuan che . sur les bords de l'Onon - ; c'est qu'il a confondu les
deux fjurïKaï.
(3) C'est ce qu'implique le texte du Yuan che. Le Nain de Tillemont [Vie de
[199]
Cy> REVUE DE l'ORIENT CHRÉTIEN.
Bala, ie représentant crOYul-qaïmïs (1), Mongka fut désigné,
et cette désignation ratifiée dans une seconde assemblée qui
se tint sur les rives de la Kerulen à Kota'ii-aral (2), le 6^^ mois
de 1251 (21 juin- 20 juillet) (3); la régence d'OYul-qaïmïs était
finie. Mais alors les vengeances commencèrent.
snint Louis, m, 418) dit que la diiHe qui élut Mongka (celle d'AIaqmaq) se
tint en 1250, après le 5 avril, et renvoie à ce sujet à Bar llebraeus, HtsI.
DijnasL, p. 326; mais, dans le récit de cette diète (ju'on trouve en effet dans
le passage indiqué, je ne vois rien qui précise que la diète se soit tenue
« après le 5 avril ».
(1) Yuan che, 3, \h; 124, 6a. C'est le même Bala qui a été connu de Plan
Carpin dans l'entourage de Giiyiik en 1246; le Yuan che le qualifie de Ouigour.
,Je suis ici le récit du Yuan che; dans les sources persanes, les personnages
qui interviennent dans ce premier qurïUaï sont différents, tout en tenant
sensiblement le même langage. M. Blochet [Inlrod. à l'Hisl. des Monijuts,
170-171) a accepté le texte du ch. 3 du Yuan che en ce qui concerne Bala, mais^
en y cousant à tort le passage erroné du ch. 114 (passé de là dans la suite du
Tong-kien kang-mou) sur la régence d'OYul-qaïniïs (cf. supra, p. [198]); it
en a tiré que la veuve de Giiyiik « assistait au kouriltaï, cachée, conin:e
une princesse de Moscou, derrière un rideau de soie et tenant son tlls dans
ses bras ». Mais il est bien certain que si, après la mort de Giiyiik, Oyul-iiaïniïs
se rendit avec ses fils Quca et Naqu auprès de Batu dans l'espoir de le gagner,
elle ne resta auprès de lui qu' « un jour ou doux » (cf. .îuwainï, i, 218**;
Bar llebraeus, Chronicon syriacum, 532; Hist. dynasL, 326), vraisemijlablement
encore en 1248, puis retourna dans les domaines propres de Giiyiik. Dans
son Mong-xvou-eul che-ki (6, 2 a), T'ou Ki, au lieu de comprendre « Wei-Mou
Pa-la » de uan } che, 124, 6 à, comme « le Ouigour Bala », en a fait le nom de
deux hommes, Uiyurtaï et Bala; c'est aller sans raison contre la lettre dit
texte. Bala échappa presque par miracle aux exécutions de 1251 sur son
sort ultérieur en pays ouigour, cf. d'Ohsson, ii, 273.
(2) Ce nom de lieu nous est bien connu; on l'écrit aussi, et plus correcte-
ment, Koda'il-aral, r« Ile inculte »; KodJi'a-aral était le long de la Kerulen,.
et c'est là qu'au cours d'un qurUtaï, YHlsbnye secrète des Mongols avait été-
mise par écrit en 1240. L'orthographe « réformée » de K'ien-long a altéré
ce nom en - Kïùtan-Ola », « Montagne froide », qui. par l'intermédiaire du
P. Hj'acinthe, a passé dans d'Ohsson, n, 253, n. 1.
(3) Yuan che, 3, Ib. D'Ohsson (n, 253) a indiqué le 1" juillet 1251 pour
Pavônement de Mongka, sans préciser sa source. C'est en réalité la date de
.juwainï (ui, 29"), connue depuis longtemps parce qu'elle a passé dans Bar
llebraeus, Hisl. dynasl., 326, et Chronicon syriacum, 5.32-533, si bien qu'on la
trouve déjà dans Tillemont, Vie de saint Louis, m, 420 (Barthold, Enc. de
f Islam, I, 700, art. « Bâtû-kân », a adopté le 30 juin 1251 pour équivalent du
*.) rabi'^ n 649; mais cette date de l'hégire, dans les tables de réduction usuelles,
telles celles de Schram, correspond bien en réalité au 1""' juillet 1251 indiqué
par Tillemont et d'Ohsson). RasTdu-'d-Dïn (éd. Blochet, u, 283 ^-'o) donne
pour l'avènement de Mongka l'année du porc (24 janvier 1251-11 février 1252),.
en ajoutant comme précision le mois U-^H-hi'fjah de l'année 648 de l'hégire
[200]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 63
Dans leur mécontentement du tour pris par les délibérations
des deux diètes, les partisans de la descendance d'OgOdai
semblent avoir amorcé un complot, dont le récit se trouve
aussi bien chez Guillaume de Rubrouck que dans le Yuan che et
chez les historiens persans (1); le seul côté surprenant est que
ce récit rappelle d'assez près, jusque dans le nom de l'homme
du peuple qui révéla le complot, un épisode de Thistoire de
Gengis-khan. Parmi ceux qui furent alors exécutés en 1251,
le Yuan che (3, -la) cite Ha-ta, c'est-à-dire Qadaq, l'un des
conseillers chrétiens de Guyiik que Plan Carpin avait connus (2).
Les so'urces musulmanes nous garantissent que deux fils d'Âlji-
gidai, qui avaient trempé dans le complot, furent de ceux
qu'on mit à mort au moyen de pierres qu'on leur enfonça
dans la bouclie (3) ; l'un d'eux, Ar^asun, est certainement le
Harqasun (= Aryasun) fils d'ÂlJigidai (4), que nous connais-
(24 février-24 mars 1251). Mais cette apparente précision me semble indiquer
seulement, et de façon inexacte d'ailleurs, le commencement de l'année du
porc; on sait que les conversions de dates du calendrier sino-mongoi en dates de
l'hégire sont très souvent inexactes chez Hasïdu-'d-Dîn. T'ou Ki, dans son Mong-
tvou-cul che-ki (5, 6 a), a rapporté la première diète convoquée par Batu au qua-
trième mois de 1249 (14 mai-12 juin), et la diète où l'élection de IMongka
devint définitive au printemps de 1250. II s'est appuyé à ce sujet sur la
biographie de Urïyangxataï au ch. 121, 2 6, du Vua7i che, qui raconte la
mort de Gïiyiik et l'élection de Mongka de façon assez vague, et cite à ce
propos le 4° mois de 1249; mais, outre que cette biographie fait jouer à
Urïyangxataï un rôle que ni le reste des sources chinoises ni les sources per-
sanes ne confirment (c'est de cette biographie que l'intervention d'Urïyang-/ataï
a été reprise dans la source de Gaubil, Genlcldscan, 108, d'où elle a passé
dans Cordier, Hist. <jén., u, 2til), l'ensemble du texte montre bien que, pour
cette époque, la biographie s'appuie sur une tradition familiale assez incer-
taine et qui ne doit pas prévaloir sur la chronologie du }'uan che et de Juwainî.
(1) Cf. Juwainî, ni, 39*^ (non publié); Blochet, n, 287; i'uan che, 124, 6 a;
Rockhill, Rubruck, 163-164.
(2) C'est ainsi qu'il faut rétablir le Ha-ta du Yuan che, et non le relier à
d'autres éléments pour en tirer un « Khata Kirin », comme l'a fait M. Blochet
{Inlrad., 174; texte, u, 293-294). Le rôle de Qadaq au moment des qurïllaï où
Mongka fut élu, puis intronisé, et enfin l'exécution de Qadaq sont rappelés
à plusieurs reprises par .]u\\ainï, et de chez lui ces renseignements ont passé
en partie chez Bar Hebraeus ifihron. syviacum, 533-534); cf. aussi d'Ohsson,
II, 269. Assemani {Bibl, orient., III, u, 480) a eu l'idée assez étrange de voir,
dans 1'" Erchalthaï », etc., de la lettre apportée par David à saint Louis, .
• Cadachus », c'est-à-dire Qadaq, au lieu d'Aljigidai.
(3) Cf. d'Olisson, Hist. des Mongols, ii, 259.
(4) Sur le nom, cf. JA, 1925, i, 205. Il me paraît bien que c'est lui qui est
[201]
-64 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sons par YHistoire secrète des Mongols (§ •275, 276) et qui
avait tenu sur Batu des propos désobligeants.
Quant à Âljigidai lui-même, il me paraît qu'il était prudem-
ment resté en Perse (1). Mais la rancune de Batu envers ses
nommé aussi dans Rasîdu-'d-Dîn (Blochet, ii, 281 6) comme pivsent à la diète,
<?t non le Harqasun (Aryasun), fils de Yagii, auquel M. Blochet a renvoyé en
note; en eftet, ce dernier Harqasun, fils de Yagû, n'était pas seulement un
- grand émir », mais lin prince du sang, et d'ailleurs il no devrait i)as être
■cité par Rasîd à part des princes de « gauche ■• qui viennent plus loin et dont
les premiers sont son père et son oncle. Aryasun, fils d'ÀIjigidili, est^nommé
expressément par .Ju\\ainï (111 [non publié], 58-).
(1) J'écarte l'identification d'Âljigidiii au .Jalaïr Alcïdaï que suppose le texte de
von Ilammer (cf. supra, p. [171], et aussi Wolff, Gesch. der Mont/alen, 385) ; c'est le
.Jalaïr que les sources musulmanes mettent en cause pour la diète de l'.i50. T'ou
Ki {Mong-wou-eul che-ki, 6, 2 a) a suivi l'opinion de von Hammer; de même
Cordier, Hist. gén. de la Chine, \\, 260. Dans la liste de Yuan che, 3, 2 a, où RI. Blo-
chet (Inlrod., 174, et ii, 293-29'4) a vu Aljigidiii, il s'agit d'Alèïdaï. que l'Histoire
secrète d' 277) nomme, comme ici, à côté de Jangi, mais à part d'Âljigidiii: cl',
d'ailleurs supra, p. [171]. Le texte du Chronicon syriacum est plus embar-
rassant. Bruns le traduit ainsi (p. .533): « Alischti Nowainum quidem, cui
Guiucli Chanus occidentem gubernandum commiserat, dimiserunt, at ceteros
omnes, qui cuni eo erant, humi prostrarunt. ■• A la p. .507 du texte (trad.,
p, 525), le nom d'Aljigidiii est écrit ËlsïkiltT. sans être suivi de nOijàn; ici, on a
Âlstî nùyiin. Évidemment, Bar Ilebraeus (ou sa source) a cru ([u'il s'agissait
d'Aljigidiii, puisqu'il rappelle le commandement en Occident. Mais j'incline
à penser, aussi longtemps du moins que la source de Bar Ilebraeus n'aura
pas été identifiée plus nettement, que cette source parlait d'Alc'idaï-noyan,
îequel fut exécuté avec ses compagnons d'après le Yuan che, et (|uc Bar Ilebraeus
l'a t'ait relâcher parce qu'il l'a confondu avec Aljigidiii dont il savait l)ien
par juwaini qu'il n'avait été capturé que plus tard, en Perse et pas en Mongolie.
L'historien arménien Kirakos, assez bien informé de ces événements puisqu'il
accompagna le roi Hethum l"' à la cour de Mongka on 1254-1255, dit
expressément qu'Aljigidiii ne se rendit pas en Mongolie après la mort de
'Giiyiik (cf. Patkanov, Isloriya Monglov, ri, 74; Brosset, Deux historiens armé-
niens, p. 172); voici la traduction de Brosset : « [Lors du complot contre Mongka,]
Bathou [= Balu] l'apprit et fit mettre à mort plusieurs personnes de la famille
\ajr impériale] et des plus grands personnages, dont le principal, un seigneur
de haut i-ang, nommé Eltchi-Gaga [Patkanov : Elvi-Gala — Aljigidai] avait
été nommé par Gioug [= Gilyilk] général des troupes thathares en orient
■et en Arménie, en la place de Batchou-Nou'ïn [= Baïju-noyan]. Pendant qu'il
était en route [Patkanov ajoute : vers la Perse], il apprit la mort de Gioug-
Qan et attendit là qui hériterait du pouvoir suprême. II fut accusé près de
Bathou, chef des troupes en orient, parce qu'on ne voulait pas de lui pour
maître, et que c'était un orgueilleux. On disait : « II est de ceux qui ne
reconnaissent pas Mangou-Qan. » Bathou se le fit amener, on le chargea de
fers, et il subit une mort cruelle. » Puisque Kirakos ignore qu'Aljigidiii est
arrivé en Transcaucasie dès juillet 1247, et semble même croire qu'il était
[202]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTE. O
fils, et celle de Mongka qui voyait en lui une créature de
Oiiyiik et d'O^ul-qatmis, l'y allèrent bientôt cher«:her. Dans
l'hiver de 1-251-1-25-2 (17 octobre 1251-11 février 1252), Qadfin
.<=::::Qada'an) fut envoyé pour se saisir de lui et le mettre à
mort (1 ), et la famille d'Aljigidai fut inscrite à nouveau sur les
registres de recensement (2). Les membres de la familleimpérialc
eurent leur tour. Dans l'été de 1252 (10 mai-6 août 1252),
l'impératrice douairière Ovul-qaïmïs et la mère de Sirâmtin,
atxusées de sortilèges, furent mises à mort (3). Sirâmïm (4),
■seulement en route de la Mongolie ver.s la Perse quand il apprit la mort do
• liiyiik, nous on conclurons qu'Âljigidai ne s'est pas avancé jusque vers l'Ar-
ménie et a laissé à Haiju le soin des relations avec ce pays.
(1) Tel est le récit du ]'i(an che, 3, i a; d'après les sources persanes, Âljigidiii
fut arrêté à Badghis dans le Khorasan et remis à Hatu qui le fit tuer (cf.
d'Ohsson, II, 259). Les deux versions sont d'autant plus conciiiables que, d'après
.luwainï (m, 61 ii^), l'arrestation d'Aljigidai fut opérée par le qot\'i Qadayan,
•■•'ost-à-dire par le Qadan des sources chinoises.
(2) Autrement dit, ils furent soumis aux impôts et corvées.
(3) Le tribu et le nom de la mère de Siramiin sont omis dans les tableaux
généalogiques de Rasïdu'-d-Dîn (éd. Blochet, ii, 6*3), mais il les indique dans
son histoire des tribus (Berezin, Trudy, \, 152; vu, 203; cf. au^si Blochet,
II. 13(1; von Erdmann, \'ùUslaendi(je Uebersicht, p. 90; von Hammer, Ilchane,
1, 61). La mère ae Sirarnïm était une Qonyrat, dont le nom est lu QaHaqtas par
Borezin, Qataqas par von Erdmann et von Hammer (altéré en <• Katakusii ■•
dans Howorth, i, 172), Qutaqtas ou Qutaqas par M. Blochet. L'orthographe la
plus probable est l'jLi, à lire vraisemblablement Qatâqâs plutôt que Qutaqas.
Juwainï (t. III [non publié], 58') écrit UljJ. à lire vraisemblablement
■Qadâqâc, et ce nom a passé dans le texte parallèle de Rasïdu-'d-Dïn (Blochet, u,
304'-, et App., p. 12; mais M. Blochet a oublié, dans ces deux passages, sa note
•tlifférente de ii, 136).
(4) Je ne puis pas, vu le sujet du présent travail, ne pas dire un mot de ce
nom de Siramiin. L'orthographe seule, aussi bien en écriture mongole qu'en
écriture arabe, autorise ■'.^iramun ou SiramUn, mais les transcriptions chinoises
supposent Siramiin, et ceci est en accord avec les « Chirenen » [lire « Chire-
men »] et « Sirenum • [lire « Siremun •] de Plan Carpin et avec le « Siremon >-
(le Guillaume de Rubrouck. .^I. Blochet {Ulst. des Mongols, II, 287) a vu dans
Siramiin le mot mongol 'drcimim (ou .'irin, iirima, etc.), qui signifie ancienne-
ment du •< cuivre natif », encore que nos dictionnaires le traduisent aujourd'iiui
par •> bronze • (le mot se rattache non à !nrala''ul- comme le dit M. Blochet.
mais à sirii-, aujourd'hui xiri-, « fondre [en parlant d'un métal] ») ; c'est en elt'et
une hypotiièse qui s'offre à l'esprit assez naturellement. J'ai cependant propose
en 1914 (,/.4, 1914, I, 498) une autre solution, dans les termes suivants : <• Sira-
mun est peut-être, à l'origine, un nom chrétien; ce serait, dans l'Iran du Nord-
Kst où VI fut longtemps inconnue, une forme normale de Slemun, Salomon; de
là, le nom aurait passé chez les Turcs et les Mongols, où, en fait, nous le voyons
^203]
OIUENT CIIUÉTIKN. 5
(Ilj REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
Yfisa, Buri (1) furent exilés. Qoji (= Quca) et Naqu, les fils
de Guyuk, ainsi que [Yajsun-to'a (2), furent prisonniers aux
armées. Le parti chrétien de l'entourage de Gi'iyuk était
abattu, mais sans que Mongka en voulût au christianisme
lui-même. Sa mère était une chrétienne fervente, et le nouvel
empereur accorda toute sa confiance au chrétien Bolyai que
Guillaume de Rubrouck trouva à Karakorum en 1*254 (3).
Il s'en faut malheureusement que cet exposé historique
nous donne une certitude quant au lieu oii l'ambassade d'André
(le Long-jumeau fut conduite. Je voudrais du moins tenter de
dégager certaines indications.
Giiyuk est mort entre le 27 mars et le 24 avril 1248, donc
un mois au moins avant qu'Aljigidai n'écrivît, entre le 15 et
le 24 mai, la lettre que David et Marc apportèrent sept mois plus
tard à saint Louis. Un mois aurait peut-être sufli à un cour-
rier rapide pour transmettre dans la région de Tauriz la nou-
NUitout porté par des chrétiens; mais cette explication n'est qu'une liypothèse. ■'
Ce qui m'avait d'abord orienté vers cette solution, c'est que le nom de Siramun
(ou Siriimun) apparaît dans les inscriptions nestoriennes du Semirec e (Chwolson,
III, '.>?) où il n'jfa pour ainsi dire aucun nom mongol, mais seulement des noms
syriaque?, iraniens et turcs. IMème aujourd'hui, je ne veu.v pas donner la solu-
tion pour certaine, mais je la tiens pour plus probable encore qu'en 1914, car on
trouve Silamiin comme un doublet de Siramun; cf. Juwainî, III, 26 i^ ; Rasîdu-'d-
Dîn, éd. Blochet, II, 280 ■'; II, 302 - et note /". La l'orme « sogdienne » Siramun
aurait passé populairement en ouigour et de là en mongol, mais la forme savante
Silamiin aurait reparu sous l'influence directe du syriaque. Ceci ne serait ja5
sans conséquence pour les affinités chrétiennes de ceux qui ont porté ce nom
do.siriimiin; dans le cas de Siramiin, fils de Cormayan, nous ne nous étonnerons
pas, puisque nous savons que Cormayan, même s'il n'était pas chrétien lui-même,
avait deux i)eaux-frères chrétiens (cf. supra, p. [52]); dans celui de SiramUn,.
pelitrilsd'Ogodiii et neveu de Giiyiik, nous n'oublierons pas tout ce qu'il y eut
(le christianisme autour de Giiyuk lui-même. Et d'ailleurs, sans vouloir discuter
ici la question, j'ajouterai que le nom de Siban (> Siban), qui fut porté, entre
autres, par un fils de Joci, pourrait bien être aussi un nom chrétien.
([) Biiri avait eu antérieurement avec Batu une altercation violente qui est
racontée dans VHisl. secrète, C 275-276; pour une version dilTérente qui fut
recueillie par Rubrouck, cf. Rockhill, Rubruck, 136-137. Il semble bien que
lîiiii n'ait pas été seulement exilé comme le dit le Yuati che, mais que, livré à
Itatu, il ait été mis à mort par celui-ci.
{i} Le texte a seulement " Souen-t'o », qui ne peut guère qu'être fautif pour
[Ye-lsouen-t'o.
(3i Cf. r'ounc/ Pao, 1914, 629; Juwainï, III [non publié], 37 9; Rasïdu-'d-Dïn
(éd. Blochet, II, 2R6); Rockhill, liubruck, à l'index, s. v. Bulgai.
[204]
LKS MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 67
velle d'une mort survenue dans la région de Gucen. Mais
ÂIJigidai ne fut évidemment informé qu'avec un certain
retard; je n'hésite guère à voir là le résultat des mesures
prises par OYul-qaïmïs pour tenir assez longtemps secrète la
mort deGûyiik. Et il est bien probable que David et Marc n'en
savaient pas davantage quand ils vinrent trouver saint Louis
en Chypre. Mais il n'en allait plus de même quand les deux
envoyés mongols et l'ambassade de saint Louis pénétrèrent
à l'intérieur du continent asiatique.
Quand André de Longjuraeau écrivit à saint Louis la lettre
que celui-ci reçut vers le 11 mars 1219, j'estime qu'il se
trouvait en territoire soumis directement aux Mongols, et
assez vraisemblablement dans la région de Mossoul. Tout
avait bien marchi' jusque-là; l'ambassade avançait « bannière
levée » à travers la « terre des mécréants », et ne manquait
de rien grâce aux envoyés des Mongols, c'est-à-dire grâce à David
etàMarc (1). Mais les difficuliés durent commencer lorsque les
envoyés . mongols et l'ambassade de saint Louis atteignirent
au camp d'Âljigidai. Celui-ci, en avril-mai 1249, savaii depuis
longtemps que Guyiik était mort, et était assurément iidormé
des intrigues qui se nouaient pour la désignation de son
successeur. Il ne dut donc pas prendre sur lui de tnire,
même en son seul nom, une réponse au roi de France; peut-être
est-ce la raison pourquoi, contrairement au plan primiiif,
aucun membre de l'ambassade ne s'en retourna dès ce
premier contact. André de Longjumeau et tous ses compa-
gnons, peut-être avec David, furent ainsi amenés à pour-
suivre leur route jusqu'à la cour impériale.
Ils y parvinrent après un an de route, à dix lieues par jour,
selon les souvenirs dictés bien plus tard par le vieux J' 'in ville;
après plus de cent jours, s'il faut croire le récit de .Jean de
Carcassonne recueilli de seconde main par Bernard Gui. Le
fait certain est qu'ils furent reçus par OYuI-qaïmïs, qui
exerçait donc encore la régence, mais Rubrouck (Rockliill,
(1) Cf. supra, p. [191] : «... il avoient ce que il vouloient par la dontance
des mesaiges au mestre des Tartarinz ■•. •• Doutance » ne peut être « doute »
comme à l'ordinaire; je suppose que c'est : 'dolnnce, de <■ doter », ■> donner »
Lacurne de Sainte-Palaye a •■ doutant », expliqué par .. respectable » ; ne serait-
ce pas plutôt « généreux » ?
[ii05]
08 RlùV.UE DE l'orient CIlIîlh'IEN.
163) assure que Mongka était déjà u élu « {eleclus} lors du
séjour d'André de Longjumeau (1). Le séjour d'André de Long-
jumeau à la cour d'OYul-qaïmïs serait donc postérieur à ia
diète d' « Alaqmaq » de 1250, mais antérieur à la prise effective
du pouvoir par Mongka; de ce second point nous sommes
assurés par ailleurs, puisque André de Longjumeau était de
retour à Césarée en avril 1251 ou très peu après, et que l'introni-
sation de Mongka ne se place qu'au L'' juillet de cette année-là.
Ovul-qatmis, comme nous Lavons vu, ne s'était pas rendue
à la diète que Batu avait convoquée à « Alaqmaq » en 1250,
mais ni elle ni les siens ne participèrent non plus à la diète de
Kodii'à-aral en 1251. La question est de savoir si elle se
trouvait alors à Karakorum ou dans la région de l'Emil. Eu
faveur de Karakorum on pourrait faire valoir que, d'après le
Viudi clic, Giiyiik fui enterré dans la même vallée de la Mongolie
orientale que les autres grands klians, et ceci semblerait
indiquer que sa veuve n'était pas, restée dans la Mongolie
occidentale, mais la façon même dont cette phrase appai-aît ici
dans le Yuanche, et l'aveu candide qui termine le chapitre,
montrent qu'au xiv'' siècle on n'avait pas en Chine de rensei-
gnements précis sur la régence même d'OYul-qaïmïs et qu'ici
la mention de la vallée funéraire des empereurs est en quelque
sorte une clause de style. Par contre, la visite d'OyUi-qaïmïs
à « Alaqmaq » (en 1248?), les intrigues, les ambassades et
jusqu'aux mouvements des conspirateurs de 1251 semblent
indiquer que la descendance d'Ogodài, avec OYul-qaïmïs elle-
même, avait continué vers la région de l'Emil et y était restée
après la mort de Guyiik. Or nous avons un texte formel de
Juwainî (i, 217^), selon lequel, après la mort de Gtiyuk, Oyul-
qaïmïs e1 ses enfants habitèrent l'apanage propre de Guyiik
dans la région des rivières Qobaq et Emil (2).
(1) Ceci n'implique aucuneiiient que lainbassade ait assisté à l'élection de
Mongka, comme l'a cru Cordior (HlsL <jcn. de la Chine, II, 397); il y a là une
erreur certaine, qui remonte au P. Touron (Hïsl. des hommes Utuslres, 1, 164).
(2) Il faut lire ,^^.j^ Qobaq au lieu du (Jjlj^jS Qonaq adopté par MirzâiMu^am-
mad khân. Dans le texte parallèle de Bar Uebraeus {Hist. dynast., texte, 492;;
trad..,.322),,il faut également lire Qobaq au lieu de ^lja3 Qotaq ou /jljjâ
Qoyaq. C'est aussi Qobaq qui est altéré en ,1, J Qobau dans Rasïdu-'d-Dïn,
[•20GJ
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 69
Dans ces conditions, il y a lieu, je crois, d'accorder leur
pleine valeur aux trois passages suivants de Guillaume de
Rubrouck, et on se demande même pourquoi ils n'ont pas
paru décisifs à eux seuls.
En racontant son voyage d'aller de 1253, Guillaume de
Rubrouck parle des Naïman et du « roi Jean », qui vivaient
nu delà des Karakliïtaï; et il ajoute (Rockhill, Ruhrurk, 110;
Van Den Wyngaert, 1, 200-207) : « Et ego transivi per pascua
eius... In pascuis eius habitabat Keuchan apud cuius curiam
fuit frater Andréas, et ego etiam transivi per eam in reditu. »
Plus loin, dans le délai! de son itinéraire, le moine franciscain,
qui a dépassé « Cailac » (=QayalÏY), s'exprime ainsi (Rockhill,
162-165; Van Den Wyngaert, i, 210-242) : « Post hoc intravi-
mus planiciem illam in qua erat curia Keuchan, que solebat
esse terra Naiman... Sed tune non vidi illam curiam sed in
reditu... Mortuo ergo Keu, ipse Mangu est electus de voluntate
Baatu, et iam erat eleclus quando frater Andréas fuit ibi...
Parvulus filius Keu qui non potuit esse capax vel conscius
onsilii, illo relictus est vivus, et illi remansit curia patris
cum omnibus spectantibus ad eam, animalibus scilicet et
hominilius. Et per illam transivimus in reiiitu, nec fuerunt
ductores mei eundo vel redeundo ausi declinare ad illam.
Sedebat enim in tristitia domina gentium et non erat qui
ronsolarefur eam. » Enfm, la lettre de Alongka à saint Louis,
dont Rubrouck nous a conservé une traduction latine plus
ou moins fidèle, contient ce passage (Rockhill, 2'49-250; Van
Den Wyngaert, 308) : « Postquaui Keuchan mortuus fuit,
nuncii vestri pervenerunt ad curiam eius. » Dans les deux
éd. Blochet, II, lu -', et en k'U J Qoiuaq, ihid., II, 1 ■'*. Pour d'autres exemples
du nom dans Juwainï, cf. Barthold, Turkislayi down to Ihe Mongol invasion^,
862, 3'J'3 (avec la correction de T'oung Pau, 1930, .52, pour le prétendu « Hobogo •).
On a correctement Qobaq dans Wassâf (trad. llanimer, vJ3). Le nom apparaît à
diverses reprises dans les textes chinois; cL Bretschneider, Med. Res., I, IGl
(deux exemples du Y'uan che, qui supposent une prononciation Qoboq); il y faut
joindre Hou-pa (Qubaq) du Clteng-ivou Is'in-tcheng lou (éd. Wang Kono-wei, 64
b). De même qu'Emii survit comme nom de la rivière Emil, Qobaq est encore
aujourd'hui le nom d'une rivière Qoboq (-> Chobuq » des cartes allemandes) à
l'Est de l'Emil. C'est essentiellement la vallée de ces deux rivières qui constituait
l'apanage propre de Giiyid<.
[2071
70 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
premiers textes, il n'est pas douteux que, parla « curia » de
Gijyiik, Guillaume de Rubrouck entend la « Cour » de ce
prince dans son ancien apanage de TEmil, celle vers laquelle
Gïiyûk se rendait quand il mourut en cours de route (mars-
avril 1218); c'est parce qu'il s'agit de cetle « Cour » impériale
décliue que Rubrouck peut lui appliquer les paroles de
Jérémie. Or, dans le premier passage, Guillaume de Rubrouck
dit expressément que c'est à cette « Cour w-là qu'André de
Longjunieau est allé. Et il n'y a par suite qu'à donner le même
sens à la phrase de la lettre de Mongka sur les envoyés de
saint Louis qui, après la mort de Gïiyiik, arrivent « ad
curiam eius » (1). D'accord avec les inférences que nous
avons tirées des textes persans, c'est bien à la Cour de
l'Emil, et non à Karakorum, que l'ambassade de saint Louis
a dû êire reçue par la régente Oyul-qaïmïs; il me paraît probable
qu'elle y soit parvenue au début de 1250, mais y ait séjour-
né au moins jusqu'au milieu de l'année, et en tout cas
jusqu'après la première diète d' « Alaqmaq » où l'élection de
Mongka fut décidée.
Sur la route que l'ambassade de saint Louis suivit entre la
côte et la rivière d'Emil, nous avons les quelques renseigne-
ments suivants. De toute évidence, pour aller vers Âljigidai,
l'ambassade dut aller d'abord au moins jusqu'à Tauriz (2).
Il n'est aucunement sûr qu'elle ait dû continuer alors plus
au nord; en tout cas, même si elle fit un crochet dans cette
direction au cas où Âljigidai s'y serait trouvé, ce que je ne
(1) La traduction do Rockhill a ici inexactement •< Yoiii- ambassadors reaclied
this court»; peut-être est-ce une faute d'impression pour ■• liis court ■-, puis-
que Rockliili, comme Beazley, croit bien qu'André de Longjumeau est allé dans
la vallée de l'Emil et non à Karakorum.
(2) Je ne vois aucune raison pour supposer, avec Rockhill [Rubruck, XXXll),
Beazley {The dawn of mod. geogr. II, 318) et A. Batton {Wilhelin von Hubruk,
30) que l'ambassade, à partir d'Antioche. soit allée par Césaréc de Cappadoce,
Sivas, Erzeroum et Tidis, avant de gagner Tauriz. Outre que c'était un grand
détour bien inutile, cet itinéraire rendrait moins bien compte de la lettre reçue
par saint Louis dès la mi-carême de 1249, et qui suppose que les envoyés étaient
déjà en pays directement soumis aux Mongols. Il est bien plus naturel qu'André
de Longjumeau ait pris à nouveau la route d'Antioche-.^Iossoul que lui-même
avait suivie déjà lors de son vovage do retour à la lin de 1246 ou tout au début
de 1247.
[208]
I.KS MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 71
crois pas, il est certain qu'elle revint ensuite au Sud-Est et
longea le Sud de la mer Caspienne (1). C'est dans ces régions
que le clerc ïhéodule d'Acre, qui s'était joint dès Chypre à
l'ambassade, la quitta, pour se rendre ensuite lui-même à
Karakorum en 1253. Guillaume de Rubrouck, qui a reconnu
que la Caspienne était une mer fermée (2), dit (Kockhill, 119;
Van Den Wyngaert, i, 211) : « Habet ergo illud mare tria latera
inter montes, aquilonare vero habet ad planitiem. Frater
Andréas ipse circunidedit duo latera élus, méridionale scilicet
et orientale. Ego vero alla duo, aquilonare scilicet in eundo...
occidentale vero in revertendo... ». Rockhill {Rubrurk,
XXXIII) a estimé qu'André de Longjumeau avait suivi la rive
Sud de la Caspienne à l'aller, et la rive Est au retour, car,
à l'aller, les Mongols n'avaient aucune raison de faire passer
les envoyés entre la Caspienne et la mer d'Aral, dans une
région où aucun grand chef mongol ne campait (3). J'en
suis bien d'accord, mais le raisonnement v;mt pour le retour
comme pour l'aller, et je ne crois pas qu'André de Longju-
meau ait jamais passé entre la mer d'Aral et la mer Caspienne.
Les termes de Rubrouck ne doivent pas être pris ici trop à la
lettre, et n'impliquent pas qu'Andréde Longjumeau et lui-même
aient vraiment « bouclé » à eux deux tout le circuit de la mer
Caspienne. Il suffit que,- de l'angle Sud-Est de la mer Cas-
pienne, André de Longjumeau ait remonté vers Urgânj pour
qu'il ait suivi au début la rive orientale dont parle Rubrouck;
et l'itinéraire fut vraisemblablement le même au retour qu'à
l'aller. Entre le passage probable à Lrgânj et la « Cour » de
l'Emil, nous avons du moins, grâce à Rubrouck, un point de
repère sûr, Talas, où André de Longjumeau vit des prisonniers
allemands de Buri (Rockhill, 136). Tout le reste de l'itiné-
raire nous échappe.
(1) D'aprè* M. Rastoul, « l'on sait seulement que les messagers du roi furent
bien reçus par Ilchi-Khatai, qu'ils traversèrent en sa compagnie la Perse... » ;
mais nous ne savons rien de tout cela.
(2) M. Altaner (p. 136) a déjà signalé que iM. Rastoul a prêté ici par erreur à
André do Longjumeau cette constatation géograpliique importante, qui est due
•en réalité à Guillaume de Rubrouck.
(3) M. Allaner (p. 136, n. 30) est delà même opinion que Rockhill.
[209]
rZ REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
Sur l'accueil que l'ambassade de saint Louis trouva auprès
irOYuI-qaïmïs, les avis sont divergents. « The visitors were
received with haughty insolence by the Régent Mother », dit
Beazley (T'/ce Dawn, ii, 319). Abel Rémusat (M''>>?., 54) avait
conclu au contraire que « cette princesse et son fils, ayant vu
les présens du roi, reçurent les frères avec distinction ». La
vérité me paraît être entre ces 'deux opinions extrêmes,
mais plus voisine de Topinion de Rémusat que do celle de
Beazley. Il est tout à fait certain, et il allait de soi, que les
Mongols ne pouvaient voir dans l'ambassade de saint Louis que
l'hommage d'un prince tributaire, et c'est ce qui s'exprimera
dans leur réponse; sous cette réserve, ils étaient tout disposés
à bien accueillir des envoyés dont la venue flattait leur
amour-propre, et André de Longjumeau, qui avait déjà une
vieille expérience de l'Orient et même des Mongols, n'était
pas homme à montrer l'intransigeance d'un Ascelin (1). En
tout cas, les présents de saint Louis furent reçus, et il y
fut répondu par d'autres présents. Nous ne le savons pas par
Joinville, qui, au milieu de beaucoup de détails qui ne sont
pas tous également vraisemblables, mentionne seulement le
don que le « grand roy des Tartarins » fit aux frères d'un
« cheval chargié de farine, qui estoit venu de trois mois
d'aleure loing » (2); mais Bernard (tuI a parlé de « munera
et -exenia », vraisemblablement d'après les récits de Jean
(1) Jean de Carcassonne n'estimait sûrement pas qu'on eût fait mauvais accueil
à.iramba-ssade dont il faisait partie. Nous en avons la preuve dans le passagc^
,de la \'ie d'Innocent /T où Bernard Gui le nomme et où il ajoute (JMuratori, lier,
liai. Ss., III, 591) : •• Sed cùm pervenissent dieti fratres cum multis laboribus
adcaput exercitus Tartarorum, invenerunt esse defunctum [—le roi.] . Verump-
tamen Regina & filius ejus, visis, & aceeptis exeniis Ecclesiasticis, honoraverunt
nuncios & munera & exenia tribuerunt. Sicque remissi l'egressi sunt cum honore,
nullo tamen effectu alio subsecuto, qui principalitcr quaerebatur. >• Aucune
autre source occidentale ne parle ici du « fils • d'Orul-qaïmïs, et il me parait très
probable que Bernard <iui ait recueilli les informations du présent passage à
Carcassonne, auprès de .Martin Donadieu et de Pierre Régis, qui les tenaient eux-
mêmes de Jean de Carcassonne. Amalric Auger copie simplement Bernard Gui.
(2) Ed. Wailly, p. 174. Joinville a toujours cru que les envoyés de saint Louis
avaient été reçus par le grand khan lui-même; il n'a rien su ni de la mort de
Giiyilk ni de la régence d'Oyul-qaïmïs. Il est exact que les Mongols vivaient
de la chasse et du produit de leurs troupeaux, et que les produits agricoles
leur parvenaient surtout comme tribut de la Chine ou du pays ouigour.
C-210]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 73-
de Caroassonne. La letti-e de Mongka à «aint Louis, apportée
par Guillaume de Rubrouck, dit de même : « Postquam
Keuchan mortuus fuit, nuncii vestri pervenerunt ad curiam
eius. Camus [lire * OaimisJ uxor eius misit vobis pannos,
nasic (1) et litteras ».
Dans cette même lettre, Mong-ka s'exprimait très dédai-
gmiusement sur le compte de David et injurieusement sur
celui d'OYul-qaïmis : « Vir quidam nomine David venit ad vos
tamquam nuncius Moallorum sed mendax erat, et misistis
cum illo nuncios vestros ad Keuehan (2)... Camus uxor eius
misit vobis pannos, nasic et liiteras. Serre autem res bellicas
et negotia pacis, magnum seculum quietare et bona facere
videre illa mulier nequam, vilior quam canis, quomodo scire
poluisset » ('^). C'est surtout en songeant à cette lettre de
Mongka à saint Louis qu'on a parlé de r« imposture » de
David. Mais David était l'bomme d'Àljigidai, qui lui-même
était du parti d'Ovul-qatmis; Mongka avait fait mettre à mort
Àljigidai et OYul^qaïmïs en 1251 et 1252; il y en avait là plus
qu'il ne fallait pour que David fût désavoué.
Il n'était pas plus juste de dire qu'OYul-qaïmïs ne pouvait
rien savoir des affaires politiques. Abel Rémusat {Mém., 54-55),.
après avoir mentionné les présents de la régente, ajoute : « La
(1) Sur ces brocarts nasij, cf. en dernier lieu JA, 1927, ii, 269-271, et Toung-
Pao, 1930, 203.
(2) Sans être une preuve formelle, et même si elle n'est que l'écho des infor-
mations fournies à Mongka par Rubrouck, cette phrase donne à penser que
David a bien acconipagué André de Longjuinoau jusqu'auprès d'Oyul qaïmïs.
(3) Je coaipreiuls cette dernière phrase comme suit : •• Mais pour [ce qui est
de] savoir les choses de la guerre et les affaires de la paix, d'assurer le calme
•au granid empire et de faire voir des choses bonnes, comment cette femme
propre à rien, plus vile qu'un chien, eùi-elle pu le savoir? •> La version de
Rockhill (p. 250) est un peu une paraphrase. M. .Malein (p., 163) a compi-is ■• faire
et voir » {tvorW i videt') au lieu de <• faire voir » ; de même M. llerbst (Dcr
Bericht, 149, « zu tun, zu erkennen »); j'ai scrupule à aller contre l'opinion de
M. Malein, qui est latiniste, mais il me semble que nous avons simplement ici
la traduction latine d'un causatif mongol. La comparaison avec un chien n'a
rien d'exceptionnel; cf. supra, p. [112], la colère des Mongols de Baiju quand
Ascelin leur demande de se convertir : " Vous nous invitez à devenir des chré-
tiens, et par là des chiens tout comme vous. » L'insulte de « vUes canes ■• se
retrouve d'ailleurs dans un autre pas.sage de Rubrouck lui-même iSimva Fran-
cisca/ria, i, 388).
[211]
71 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
■reine y joignit des lettres; mais, peu au fait de ce qui passait
dans la partie occidentale de l'empire qu'elle régissait, elle ne
put rien décider relativement à la paix ou à la guerre. » C'est
■reprendre presque en propres termes la phrase de Mongka, mais,
ce faisant, A bel Rémusat a oublié la lettre même de la régente à
laquelle il fait allusion, et dont une partie tout au moins nous
a été conservée par Joinville (1). Les conseillers ne manquaient
pas plus à OYul-qaïmïs qu'ils n'avaient manqué à Torâgana,
et la lettre que Joinville a connue est, dans son essence, telle
que Gtiyuk ou Mongka lui-même l'eussent dictée.
La pièce de « nasic » et la lettre d'Ovul-qaTmis ne furent pas
-confiées à André de Longjumeau (2); comme toujours, la Cour
mongole profila de l'occasion pour adjoindre à l'ambassade de
-saint Louis ses propres envoyés, en partie pour porter les
cadeaux et les réponses, mais surtout pour se renseigner (3).
Envoyés français et envoyés mongols furent peut-être, presque
au terme de leur voyage, détenus quelque temps à Alep ( 1) ;
enfin en avril 1251 au plus tôt, ils rejoignaient le roi de France
à Césarée (5).
(1) Abel Rémusat dit ensuite un mot de cette lettre, et voit bien que, malgré
l'indication du « grand roy des Tartarins » chez Joinville, il ne peut s'agir que
d'OYMl-qaïmïs ou, pense-t-il encore, de Sirilmiin; mais il ne parait pas avoir
compris que c'est là la lettre même d'OYiil-qaïniïs à laquelle il est fait allusion
-dans la lettre de Mongka. Pour la même raison, je puis encore moins accepter
l'idée de iM. Fr. M. Schmidt (Ueber Rubruck's Reise, dansZ. d. Ges. f.Erdkundc,
1885, 162), qui attribue la lettre citée par Joinville à Mongka lui-même : mais
■ce serait alors sa propre lettre que Mongka aurait désavouée devant Guillaume
de Rubrouck !
(2) Abel Rémusat {Mém., p. 54) s'est absolument trompé sur ce point.
(3) Cf. à ce sujet supra, p. [131], où j'ai omis d'indiquer cet exemple-ci.
(4) M. Altaner (p. 136) s'est déjà posé la question; le texte auquel il renvoie
[Hist. des Crois., Occid.,u, 623) m'avait aussi intrigué; s'il s'agit bien de la mis-
sion d'André de Longjumeau, ce texte ne peut porter que tout à fait sur la fin
de 1250.
(5) Cordier {Hisi. gén. de la Chine, n, 39i), probablement à la suite de
Rémusat (Mém., p. .56), fait revenir les envoyés de saint Louis à Acre; c'est
aller contre les termes formels de Joinville. M. Altaner (p. 137) a dit que saint
Louis résida à Césarée du 29 mars au 15 avril 1251, et a renvoyé sur ce point
à Rohricht, Gesch. d. Kônigreichs Jérusalem, 885-887; mais il a mal lu Rohricht,
d'ailleurs peu clair dans le cas présent. En réalité, bien que saint Louis soit
allé entre temps fortifier les places situées entre Acre et Césarée, Césarée resta
assez longtemps son séjour principal, et Rohricht lui-même dit (p. 885) qu'on
[2121
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 75
La lettre crOyuI-qaïmïs que les envoyés mongols remirent à
saint Louis ne nous est connue que par Joinville, qui la repro-
duit ainsi (Wailly, p. 175) : « Bone chose est de pais; quar en
terre de pais manguent cil qui vont à quatre piez, Terbe pesi-
blement. Cil qui vont à dous, labourent la terre (dont li bien
viennent) paisiblement (1). Et ceste chose te mandons-nous
pour toy avisier; car tu ne peus avoir pais si tu ne l'as à nous.
Car prestres Jehans se leva encontre nous (-2), et tex roys et
tex (et moût en nommoient); et touz les avons mis à l'espée. Si
te mandons que tu nous envoies tant de ton or et de ton argent
chascun an, que tu nous retieignes à amis; et si tu ne le fais,
nous destruirons toy et ta gent aussi comme nous avons lait
cens que nous avons devant nommez. »
Il est évident que nous n'avons pas ici une version complète
et littérale. Les formules initiales manquent. Il n'est rien dit
de l'ambassade d'André de Longjumeau ni de celle qu'Ovul-
qaïmïs envoie en retour. Si on met cette traduction en parallèle
avec la version si scrupuleusement fidèle de la lettre d'ÂlJigidai
qu'André de Longjumeau exécuta à Chypre à la fin de 1248,
force est d'admettre que notre Dominicain eut peu de part à
celle-ci. On en entrevoit plusieurs explications possibles. La
lettre d'Ovul-qaïmïs, tout comme en 1254 celle de Mongka à
saint Louis, pouvait être en langue mongole et en écriture oui-
goure, et André de Longjumeau n'était familier qu'avec les
idiomes du proche Orient. Par ailleurs, nous ne savons pas où
et quand Joinville a recueilli le fragment de lettre qu'il nous a
transmis, de mémoire peut-être et après bien des années. Mais
si nous avions plus de documents mongols de ce temps, cer-
a des documents de saint Louis écrits à Césarée de mai 1:;!51 à mai 1252. Dans
■ses Reg. Reg. Hieros., p. 307, Ruhricht place l'arrivée d'André de Longjumeau
à Césarée en mai-juin i25L
(1) Rockhill (Rubruck, XXX) a suivi la leçon - passiblement >- du mss. BX
is. franc, n" 13568, mais le contexte me paraît en faveur du « paisiblement »
de l'autre groupe de mss.
(2) La mention du « Prêtre .Jean » ne se trouvait certainement pas dans la
lettre originale d'Oyul-qaïmïs; mais peut-être ne se trouvait-elle pas non plus
■dans le texte primitif de Joinville, car elle manque au mss. franc. n° 13568 et
a pu être ajoutée d'après les récits qui précèdent; il faut avouer toutefois que,
sans ce membre de phrase, la constraction est boiteuse.
[•213]
7G REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
laines des formules pourraient nous sembler moins surpre-
nantes. L'herbe que mangent paisiblement ceux qui vont à
quatre pieds et la terre que labourent paisiblement ceux qui
vont à deux ne seraient pas déplacées dans la lettre de Mongka
où il est dit de ceux qui ne se soumettront pas aux instructions
du khan que « erunt habenles oculos, non videntes; et cum
voluerint aliquidlenere, erunt sine manibus; et cum voluerint
ambulare, erunt sine peditjus ». Et tout ce qui suit est absolu-
ment dans la note des ordres de soumission que les Mongols
envoyaient partout autour d'eux.
On conçoit que saint Louis n'ait pas été autrement satisfait du
message d'O-j'ul-qaTmis; v et sachiez, dit .loinville, que li rois se
repenti fort quant il y envola ». Toutefois, s'il devenait évident
que David avait beaucoup exagéré et même menti, et s'il fallait
renoncer, du moins provisoiremon't, à une coopération active
des Mongols contre les Musulmans, le zèle apostolique du roi de
France trouvait encore quelque consolation dans les récits du
irère André. Celui-ci avait vu un certain nombre de chrétiens
.!ans les pays placés sous la domination directe ou sous la
suzeraineté des Mong-ols, et il savait en outre la situation pré-
caire de l'épiscopat jacobite et nestorien sur les territoires du
calife de Bagdad; ici comme là, assurait-iL il y avait grand
intérêt, pour le progrès de la foi, <à porter à l'épiscopat un cer-
tain nombre de missioimaires dominicains et franciscains (1).
Saint Louis en écrivit à Innocent IV qui, par la lettre Athlëta
Christi du 20 février 1253, donna à son légat en Orient Odon
de Châteauroux tous pouvoirs pour procéder à ces consécra-
tions. Le plan ne semble pas avoir été vraiment appliqué alors (2),.
(1) Cf. Quetif et Echard, Scriptores, s. a. 125:^; Rinaldi, 12.j3, ii" 49; Brémoiid.
Bull. ord. Praed., i. 226; Sbaralea, Bull., i, 651; Altaner, 58 et 137; et supra.
p. [71]. Les termes qu'emploie Innocent IV à propos des pays « tartares » sont
assez modestes : -- Cum sicut ipse [== saint Louis] accepit a suis nuntiis, quos
misit ad Tartaros, nonnulli ex iis fidem Cliristi susceperunt per baptismum et
quamplures ex ipsis, prout creditur, si proponeretur eis verbum salutis, ad
viam veritatis... redirent... ». A lire ces mots, on rie soupçonnerait pas qu'il y
avait en Mongolie des tribus entières chrétiennes; et leur épiscopat nestorien
n'avait d'ailleurs alors aucune tendance à se laisser supi^lanter par un épiscopat
romain.
(21 Rubrouck (Rockliili. Rubrucl;, 282) a aussi recommando l'envoi d'un évoque-
[214]
LKS MONliOLS ICT LA PAPAUTE. //
mais ridée n'en fut pas abandonnée; l'organisatioa de la
hiérarchie catholique en pays de missions, qui fut assez déve-
loppée au début du xiv" siècle, se trouvait en germe dans cette
lettre du 20 février 1253 rédigée par Innocent IV sur une
requiHe de saint Louis, mais à Finstigation première d'André
•de Longjumeau.
En outre, et s'il ne voulait pas exposer son autorité royale à
•de nouvelles avanies de la part des Mongols, saint Louis souhai-
tait toujours d'aider directement à la conversion de populations
qu'André de Longjuiiieau lui représentait comme assez bien
«disposées pour la foi. A côté des nouvelles qui parvinrent
-ensuite par d'autres sources et qui donnaient à croire que Sar-
taq, fils de Batu, avait été baptisé, les informations d'André de
Longjumeau contribuèrent certainement à faire décider le
voyage de (luillaumo de Rubrouck (1253-125,")). Guillaume de
Hubrouck proclamait, bien haut parfois, d'autres fois plus discrè-
tement, qu'il n'était pas ambassadeur du roi de France, mais
■celui-ci ne lui avait pas moins remis des lettres de recomman-
dation; les Mongols ne furent pas seuls à se méprendre sur une
situation qui n'était pas ambiguë que dans la forme (1). Quoi
qu'il en soit, les détails mêmes que donne Rubrouck sur la mis-
iiion du frère André, et dont rien ne montre qu'il les doive ."i
une relation écrite dont nous n'avons de mention nulle part, ten-
dent à faire admettre, comme on l'a supposé communément,
■que Guillaume de Rubrouck, avant de partir pour Gonstanti-
•nople et la haute Asie, se rencontra avec André de Longju-
meau en Palestine sur la fin de 1251 ou en 1252 (2).
■chez les •• Tartares ». mais uniquement à titre d'ambassadeur aj'ant autoriti-
pour parler aux Mongols et obtenir d'eux des réponses précises.
(1) En réalité, il n'y avait qu'une lettre d"; saint Louis, adressée à Sartaq ;
M. Beazley (The Dawn, II, 320) s'est trompé en parlant de ■■ letters to the
Eraperor of the Tartars, and to tiie Mongol prince Sartach ••.
(2) La venue de David à Chypre et la mission d'André de Longjumeau
ne paraissent pas avoir laissé dans le monde des missionnaires un souvenir
aussi défavorable que celui que Joinville a exprimé. C'est ainsi que le Direclo-
r'ium ad passagium faciendum de 1332, qui n^est pas de •■ Brocardus • (Burchart
dii Mont-Sion), mais qui pourrait être de Guillaume Adam, n'hésite pas à
invoquer ce précédent en faveur d'une action commune possible entre chré-
tiens et Mongols [Hisl. des Croisades, Hist. armén., n, 504) : Ilerum, quando
sanclus Ludovicus transiit uUra mare, statiin in Cypro oecnrrcriml ei nuncii
[215]
78 REVUE DE l'ORIExXT CHRETIEN.
Enfin, les récits d'André de Longjumeau sont très probable-
ment pour une part dans l'envoi d'une mission dominicaine sur
laquelle nous sommes, à vrai dire, assez mal renseignés.
Presque au terme de son voyage de retour, Guillaume de
Rubrouck rencontra le 2 février 1255 à Ani cinq dominicains,
dont quatre étaient originaires de la province de France et un
cinquième avait été pris en Syrie, et qui se rendaient chez les
Mongols avec des lettres d'Innocent IV pour Sartaq, pour
Mongka et pour Biiri (1). Rockhill, le P. Batton (68), M. Alta-
ner (138-139) et le P. Van Den Wyngaert ont mis l'envoi de
cette ambassade en rapport avec la venue à Anagni d'un prêtre
arménien nommé Jean et qui se donnait comme le chapelain
de Sartaq devenu chrétien; ce Jean, qui avait été arrêté dans la
Pouille par ordre de Conrad, ne fut délivré qu'après la mort de
celui-ci (f 21 mai 1251) (2), et put alors venir se présenter à
Innocent IV, qui le traita avec honneur (3). Je doute que ce
rapprochement soit fondé. Nous avons bien une lelti'e d'Inno-
cent IV à Sartaq, datée du 29 août 1254, et où le pape félicite
le prince mongol de sa conversion dont le chapelain Jean a
apporté la nouvelle (1); mais rien ne montre que des Domini-
Tartarorum, non que impedinienti, sed que amoris eranl pocius ofj'erentes, licet
tune (emporift major eos quain nunc ferilas occuparel.
(1) Rockhill, Rubruck, 274; Van Den Wyngaert, Sinica Franciscana, i, 326.
Rubrouck fait de nouveau allusion à eux dans l'Epilogue (.S'ira. Francise, i, 331).
(2) M. Altaner (p. 139) dit « 20 mai 1254 ■• ; je ne trouve d'autorités que pour
le 21 mai.
(3) Le P. Golubovich (ii, 389) a supposé qu'il s'agissait d'un Nestorien; mais
Nicolas de Calvi, dans le texte qui va être indiqué à la note suivante, dit à
deux reprises que ce Jean était un prêtre arménien.
(4) Pour cette lettre du 2J août 1254 (1111 Kal. sept.), cf. Kinaldi, 1251, 2-4;
Berger, Reg^ d'Innocenl IV, n° 8315; Golubovich, ii, 389; Altaner, 139, n. 1.
Abel Rémusat {Méni., 61) a daté par inadvertance la lettre du 29 septembre
1254, et Rockhill [Rubruck, 274) du 4 septembre. Rémusat s'est également
trompé en croyant que i' ■• ambassade » de ce prêtre Jean n'était connue que
par la lettre d'Innocent IV; Nicolas de Calvi, toujours bien informé, consacre
tout le ch. 39 de sa Vie d'Innocent IV au miracle qui aurait amené la conver-
sion de Sartaq ci à l'ambassade qui s'ensuivit (Muratori, .S'-S";, 111, i, 592; Raluze,
Miscellanea, rééd. Mansi, i, 204-205). Le nom de Sartaq est tout à fait sûr;
étymologiquement, Sartaq, comme Sarta'ul ou Sartaqcïn, signifie « Sarte » (cf.
supra, p. [13]) ; je ne sais pourquoi Rohricht, qui donne correcte ment <• Sartach •
en 1893 dans ses Reg. Reg. Hieros., p. 321, a adopté « Serkak • en 1890 dans
ses Klei7ie Sludien, p. 24, et l'a répété en 1898 dans Gesch. d. honigrcichs Jéru-
salem, 889.
[210]
LES .MONGOLS ET LA l'APAUTÉ. 79"-
cains aient été chargés de porter cette lettre, et je le crois
même peu vraisemblable; j'y reviendrai tout à l'heure (1). Sur
les lettres destinées à Mongka et à Buri, nous n'avons aucun
renseignement. On remarquera toutefois qu'elles sont naturel-
lement antérieures à toute information due à Guillaume de
Rubrouck, puisque celui-ci est encore en route quand il ren-
contre les Dominicains porteurs des lettres pontificales. Et c'est
ici qu'André de Longjumeau doit intervenir. Tous les manus-
crits de Rubrouck nomment Biiri comme destinataire d'une des-
lettres d'Innocent IV. Néanmoins, Hockhill (p. 271), rappelant
que Biiri fut mis à mort par Batu dès 1252, s'est demandé si
son nom n'avait pas pris ici indûment la place de celui de
Batu; le P. Van Don Wyngaert (p. 32G) s'est posé la même^
question; M. Altaner (p. 139) a remplacé résolument Biiri
par Batu dans son texte. La correction ne me semble pas
nécessaire. Le nom de Batu (« Baatu ») apparaît bien plus
souvent dans le texte de Rubrouck que celui de Biiri (« Buri »)^
puisque Rubrouck, en dehors du présent passage, ne parle
de Biiri et de sa mort qu'en tant que Biiri était le maître
des Allemands captifs à Talas; la confusion, graphiquement
peu probable, est presque injustifiable en raison. D'autre part,
il est à peu près sûr que Biiri a été mis à mort par Batu
en 12.52 et en tout cas Guillaume de Rubrouck le croyait;
mais c'est Guillaume de Rubrouck qui en apportait la nouvelle
encore ignorée dans le monde chrétien; il n'est donc pas
étonnant qu'avant le retour de Guillaume de Rubrouck,
Innocent 1\' écrive encore à Biiri, bien que celui-ci fût déjà
mort.
Enfin, pourquoi des lettres pontificales sont-elles adressées
(1) Il y a même une phrase foniielle de Nicolas de Calvi, selon laquelle c'est
le prêtre arménien lui-même qui emporta la lettre du pape à son maître {qui
reportans lileras à Domino Papa, regressits est unde venerat ad dominum suum);
et je dois encore ajouter que, vu les habitudes de la chancellerie pontificale, le
texte de la lettre, rappelant assez longuement la venue de ce prêtre Jean et sa
capture par Conrad, s'explique mieux si la lettre a été remise au prêtre Jean
lui-même. Si ce Jean était vraiment de l'entourage de Sartaq, il ne retrouva
plus son maître dans la région du Don et de la Volga,, car, dès juillet 1254,
Sartaq s'était mis en route pour ce voyage à la cour de Mongka dont il ne-
revint pas.
[217]
'SO RKVUE DK l'ORIKNT CHRÉTIEN'.
àBuri, qui ivétait après tout qu'un prince assez, obscur parmi
les Gcngiskhanides? La. relation même de Guillaume de
Rubrouck nous fouraiit la. réponse. André de Longjpmeau avait
parlé d^ esclaves i allemands que Biiri avait installés à Talas,
et Guillaume de Rubrouck s'était déj^ beaucoup informé d'eux
aux camps de Sartaq et de Batu. Quand le moine franciscain
arrive dans' la région de Talas et. s'inquiète à nouveau de ces
esclaves allemands de Bûri, on ne peut rien lui dire des
esclaves, mais on lui raconte la mort de leur maître. Ses
recherches demeurent vaines jusqu'au camp de Mongka; il
apprend alors que Môngka a fait transporter ces : Allemands
bien à l'Est de Talas, jusqu'à Bolat (l*ulad, Bolod). Plus tard,
vers Pâques 125 1, un homme venu de Bolat apporta à Guillaume
de Rubrouck la nouvelle:consolanteque « le » prêtre Allemand
(de Bolat) allait bientôt arriver h la Cour (1). iMais les semaines
passèrent sans que « le « prêtre parût, et le 31 mai 1254, au
cours de la dernière audience que Guillaume de Rubrouck eut
de Mongka, il lui demandait la permission, une fois portée s;t
réponse au roi de France, de revenir dans ses élats pour exei-
cer son ministère auprès des Allemands de Bolat (2). Bien
plus, il dit que C'est « en grande partie à cause d'eux » qu'il a
entrepris son voyage (3). Il me semble presque évident qu'André
deLongjumeaun'avait pas parlé au seul Guillaume de Rubrouck
de ces Allemimds esclaves de Bijri et qui étaient privés des
secours religieux. Voilà pourquoi, en envoyant une mission
dominicaine chez les Mongols en 1251-1255, l'un des buts qui
lui étaient assignés était de s'entendre, pour l'exercice du
ministère sacré chez ces Allemands de Talas, avec leur maître
(1) Cl'. Rockhill, Ilubruch, 1.3G-137, ilh. Je ne sais trop comment expliquer 1<^
<■ sacerdos iUe tlieutonicus ", étant donné: qu'il- n'a jamais été question de lui
auparavant, et que Rubrouck dira ensuite à Mongica que <^es. Allemands de
Bolat' sont sans pasteur. Peut-être laut-il lire sacerdos iUorum Theulonicorum,
et par ailleurs Rubrouck a-t-il conclu, de sa. mon venue que ce prêtre était
décédé, ou encore Rubrouek a-'t-il exagéré l'isoletneat religieux de ces Allemands
poûT justifier auprès de Mongka son- désir derrevenir auprès d'eux.
[:>) Cl'. Rockhill, Rubriick.^ZS.
(3) Illi Theulonicl, pro quibus ULuc pro magua. parle loi [Sinica. Frnnciscana,
-i, 289). La' traduetion.de Rockhill (Iiubruck,225}, ■■ ^vhom I had nearly gone
■ there to see », n'e.«t pas exacte; M. .Alalein et M. Herbst ont bien compris
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 81
Biiri qa'oii croyait toujours vivant et puissant (1). Les vraisem-
blances me paraissent être pour que nous ayons là la mission
de Dominicains français dont les membres avaient été choisis
au cours du « chapitre des larmes » de la province de France (2).
(1) La seule objection que je voie à cette explication est que Guillaume de
Kubrouck parle dans sa relation de ces lettres que les Dominicains avaient
pour Sartaq, Jlongka et Biiri; et il ne lait aucune remarque, bien que lui du
moins sût que Bûri était mort. Mais c'est que la mention de ces lettres vient
de faron tout incidente dans son récit; il n'avait pas à s'appesantir sur elles.
(•2) Sur le ■■ chapitre des larmes », cf. supra, pp. [71-73]; il ne peut s'agir de
la mission d'Ascclin de 1245-1218, pour des raisons multiples; la mission d'André
de Longjumeau de 1245-1247 ne comprenait que deux missionnaires, et le frère
André, qui est très probablement celui de la translation de la Couronne
d'épines, avait déjà été en Orient; sa désignation ne cadre pas avec l'ensemble
du récit de ce « chapitre des larmes ». Reichelt avait pensé à relier le « chapitre
des larmes « aux mesures de la lettre Athlela Chrisli du 20 février 1253; j'ai
dit pourquoi cette hypothèse me paraissait médiocre, et ai préféré mettre on
avant la lettre Cum dllecios du 26 février 1254 (la date est correctement donnée
deux fois dans mon texte p. [72]; le 16 février de la note est une faute d'impres-
sion), recommandant aux prélats de Géorgie des Dominicains qui vont « porter
aux Tartares la parole de Dieu >>. Je tiens toujours pour cette opinion, mais
j'aurais dû surtout invoquer la mission des cin(i Dominicains, dont quatre de
la province de France (le cinquième s'adjoignit à eux en Syrie), que Guillaume
de Rubrouck a rencontrés à Ani. Désignés au cours d'un chapitre provincial de
France vers la lin de 1253, recommandés aux prélats de Géorgie par une lettre
du 26 février 1254, parvenus en Syrie vraisemblablement par le passage de
printemps cette année-là, ils ont, comme tant d'autres, rencontré de grosses
difficultés pour organiser leur voyage à travers le pays soumis aux Mongols,
et ils étaient encore à Ani le 2 février 1255. C'était là une mission considérable,
destinée uniquement à l'apostolat comme le dit Rubrouck, bien qu'elle fut
pourvue de lettres de recommandation du Souverain Pontife pour Sartaq, Biiti
et même le grand khan Mongka; il est certain que le chapitre de France
n'avait pas pris l'initiative de l'entreprise, et tout cadre donc bien ici avec ce
que nous savons du « chapitre des larmes ■• par Géraud de Fraehet. On objec-
tera que si la mission était déjà prête au début de 1254 et a été recommandée
par une lettre pontificale du 26 février 1254, elle n'a pas pu recevoir une lettre
de recommandation pour Sartaq, alors que le prêtre Jean n'a apporté à
Anagni la nouvelle de la ■< conversion • de ce prince que postérieurement au
21 mai 1254. .Mais précisément je ne crois pas que la mission dominicaine que
Rubrouck rencontra ;ï Ani ait rien à voir avec la venue du prêtre arménien
Jean. Celui-ci est arrivé à Anagni postérieurement au 21 mai 1254, et en est
reparti avec une lettre pontificale du 29 août 1254. Mais les bruits relatifs à la
•• conversion » de Sartaq avaient circulé bien antérieurement; dès 1251, on les
connaissait en Palestine, et, en quittant saint Louis au début de 1253, Guillaume
de Rubrouck emportait une lettre du roi de France pour ce prince supposé
chrétien. Il n'était donc pas besoin, on le voit, de la venue du prêtre Jean pour
([u'Innocent IV remit aux dominicains français un message destiné à Sartatj.
[Le Nain de Tillemont, Vie de saint Louis, m, 484, a déjà supposé que les
[219]
OUIENT CIIKÉTIEN. G
8*2 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
auillaiime de Rubrouck, fort de son expérience toute fraîche,
tenta plutôt de décourager une entreprise qui lui paraissait mal
conçue et vouée à l'insuccès, et les Dominicains décidèrent
alors d'aller prendre avant tout conseil de leurs frères du cou-
vent de Tiflis (l). « Ce qu'ils auront fait ensuite, je ne sais »,
ajoute Kubrouck. Nous n'en savons guère plus; il y a cependant
^des chances pour que les missionnaires aient continué leur
route, car c'est assez vraisemblaijlement d'eux qu'Humbert de
Romans, devenu général de l'ordre, disait dans sa lettre
encyclique de 1256 : « Fratres vero, qui proficiscuntur ad Tar-
taros, de via sua michi prospéra nunciaverunt » (cf. supra^
p. 72). Après quoi, la nuit se fait sur une tentative qui dut
avorter comme tant d'autres.
Toutes les anciennes biographies d'André de Longjumeau
disent qu'il resta en Palestine au moins jusqu'en 1253 puisqu'il
fournit cette année-là. des renseignements à Guillaume de
Rubrouck pour son voyage en Mongolie, mais qu'on ignore ce
qu'il advint de lui par la suite. La date de 1253 ne s'impose
elle-même pas, car Guillaume de Rubrouck a quitté la Pales-
tine pour Constantinople dès le début de 1253 (2), et il a pu voir
Dominicains d'Ani sont ceux qui sont visés pai" la lettre d'Innocent IV, en date
du IG février 1204, qui recommande des missionnaires Dominicains au ■< sultan
de Turquie . (= de Koniah) ot aux évèques de Géorgie. Il y a en réalité deux
lettres dilïérentes, l'une du 16 février 1254 adressée au sultan de Turquie
(Berger, n° 7780), l'autre du 26 février 1254 adressée aux évêques de Géorgie
(Berger, n° 7781). J'ai fait état de la seconde seulement, parce que c'est celle où
les Tartares sont nommés; celle envoyée au sultan de Turquie, dont on trouvera
le texte dans Ilinaldi, s. a. 1254, n° 5, concerne des Dominicains qui doivent
rester dans les États de ce sultan.] Un autre texte est peut-être à faire interve-
nir également ici. On a vu (pp. [71-72] et [214]) que la lettre Aihiela Chrisli du
20 février 1253 était la résultante indirecte de raml:)assade d'André de Longju-
meau, mais j'ai cité aussi incidemment la bulle Cum hora undecima du 23 juil-
let 1253. Dans l'interminable liste de peuples qu'énumère le préambule de cette
bulle, on voit figurer « les chrétiens captifs chez les Tartares » ; je ne serais pas
surpris qu'il y eût, là encore, une allusion aux Allemands captifs de Buri
qu'André de Longjumeau avait fait connaître.
(1) Sur ce couvent dominicain de TiOis et les religieux qui y furent envoyés
dés 1240, cf. supra, p. [96J, et Altaner, 67-68.
(2) Depuis Rockhill, on dit généralement que Rubrouck a quitté la Palestine
[22(1]
LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. 83
André de Longjumeau à la fin é& 1251 €>u à un montent quel-
conque de 1252, Par ailleurs, on peut supposer avec quelque
vraisemblance que le Dominicain resta auprès de saint Lotiis
jusqu'au bout et ne se rembarqua qu'avec le roi le 2 1 ou le
25 avril 1254. Mais surtout il est étonnant que nul, aramt
M. Rastoul, n'ait fait état d'un texte essentiel qui nous a été
conservé par les Grandes chroniques de France.
Le Dominicain (leoffroy de B^aulieu, confesseur desainU Louis,
en racontant les derniers moments du roi qui Si'élieig'nait à
Tunis, écrit ce qui suit : « ...dicebat : Pro Deo studeamus, quo-
modo fides catholica possit apud Tunicium praedicari et plan-
tari. 0 quis esset idoneus, ut mitteretur ibi ad praed'icandum !
Et nominabat quemdam fratrem ordinis Praedicatorum, qui
aliôs illic iverat, et régi Tunicii notus erat (1). » Guillaume de
Nangis reproduit à peu près mot pour mot le récit de Geoffroy
de Beaulieu (i). iMais dans les Grandes chroniques (IV, 126-
127), on lit : « Après que le roy ot enseignié ses commande-
iiiens à Philippe son fils, la maladie le commença forment à
grever... Moult se demenoit le roy qui pourroit preschier la foy
crestienne en Tunes, et disoit que Itien le pourroit (aire frère
André de Longjumel, pour ce que il savoit une partie du lan-
gage de Tunes : car aucunes fois avoit iceluy frère André pres-
chié à Tunes par le commandement le roy de Tunes, qui moult
l'aimoit... »
Bien que toute cette partie des Grandes chroniques suive à
la lettre Geoffroy de Beaulieu et Guillaume de Nangis, je ne
vois, comme M. Altaner (p. 110), aucune raison de douter du
renseignement supplémentaire qu'elles ont accueilli ici. Ainsi,
grâce à sa connaissance de la langue arabe, André de Longju-
meau a fait avant 1270 œuvre de missionnaire à Tunis, avec
l'agrément du prince de Tunis Al-Mustansir qui se montrait
favorable aux chrétiens. Notre Dominicain vivait encore en
1270, mais il n'accompagna pas saint Louis à la croisade,
dès 1552; mais l'argumentation de Rockliill repose sur une méprise, comme je
le montre dans un travail En )narf/e de Jean du Plan Carpin et de Guillaume
de Rubrouck qui sera mis sous presse prochainement.
(1) Rec. des Hist., xx, 23.
(2) Rec. des Hist.. xx, 460 et 461.
[m]
S4 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
peut-être à cause de son grand âge, comme Ta supposé M. Ras-
toul. De toute évidence, il avait gardé la confiance du roi, et
puisque celui-ci, à son lit de mort, évoquait le nom de ce reli-
gieux, on peut se demander si André de Longjumeau, qui joua
en Orient un si grand rôle, et si longtemps méconnu, dans le
développement des relations de la papauté et de la royauté
française avec les chrétiens dissidents, les musulmans et les
Mongols, n'a pas été aussi, à notre insu, l'un des inspirateurs
de la croisade tunisienne de saint Louis (1).
(l) M. Rastoul a essayé de jjréciser les dates et les conditions du séjour
d'André de Longjumeau à Tunis; je suis d'accord avec M. Altaner (p. 109) poui'
estimer que, dans l'état actuel de nos connaissances, ce sont là des hypothèses
(|ue rien ne condamne, mais que rien n'appuie.
P. Pelliot.
m2]
LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS »
ÉCRIT, EN 660, PAR SÉVÈRE SÉROKT
ÉVÉQUE DE QENNESRIN
{Fin) (1).
14. Voilà pour la latitude des climats et l'inclinaison des pôles dans
chacun des climats et aussi pour la grandeur et la petitesse des jours et
(les nuits, choses qui arrivent pour une cause (fol. 113 r) comme celle-ci,
je veux dire à cause de l'inclinaison des pôles: nous avons aussi suffisam-
ment parlé à la hâte du mouvement inégal (varié) du soleil, nous
pensons que cela servira aussi de démonstrations pour celui qui voudra
en prendre la peine, pour voir s'il le veut les autres inclinaisons des
villes, des îles et des autres lieux habités ou non.
CHAPITRE QUINZIÈME
COMMENT ON ARRIVA D'aBORD A TROUVER LES CERCU;S
ET LA LATITUDE DES CLIMATS.
1. En sus de ce (qui précède), il faut encore, ô ami de la science, qu'il
le soit montré comment (on a eu) la compréhension de ces cercles et
de la grandeur de leur distance les uns aux autres, et comment d'ici
la variation des climats fut connue d'après leur latitude, ainsi que
des villes; car un homme dira nécessairement : Si cela est connu
clairement par une démonstration véritable, l'esprit de celui qui écoute
ce que nous avons dit plus haut n'hésitera nulle part, tandis que, s'il
n'en est pas ainsi, (tout cela) tombera sous le soupçon du doute et ne
sera pas acceptable; car, dans de telles choses, ce qui est privé de la
démonstration qui est enseignée par les choses n'est pas acceptable.
Ces cercles furent donc trouvés, ô (homme) digne de parole, par V As-
trolabe (2), et cette démonstration avec d'autres analogues (figure) plus
clairement dans le Scholion (3) que nous avons fait sur V Astrolabe.
(1) Voir t. VII (XXVII), 1929-1930, p. 327-410.
(2) ^O3«iiwo;^fio/.
(3) sû^^aaLûo. _ Nous avons édité et traduit ce Scholion d'après un manus-
[85]
86 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
2. Il est évident que lorsque ces deux cercles tropiques furent pris
d'abord — je veux dire celui d'été et celui d'hiver — ils furent pris
lorsque le soleil était au commencement du Capricorne et au commen-
cement du Cancer (fol. 113 v). A ce moment nous prenons l'astrolabe
droit (suspendu) au milieu du jour, c'est-à-dire au milieu entre la sixième
et la septième heure. Lorsque nous dirigeons la dioptre (1) en face du
soleil sur le TETapTrip.6p'.ov (quadrant) (2) c'est-à-dire les 90 qui sont marqués
derrière V Astrolabe, de manière que le rayon solaire tombe directement
dans les deux cercles (trous) de la dioptre : à l'endroit où se trouve
à ce moment l'indicateur des degrés à l'aide de la dioptre, c'est là
que nous dirons que le cercle tropique (TT') (3) se trouve et qu'il est
éloigné d'autant de degrés (HT) de l'horizon sud (H) : Si le soleil est au
commencement du Capricorne (G), nous disons que c'est le (tropique)
d'hiver, s'il est au commencement du Cancer (T) c'est le tropique d'été.
Lorsque nous ajoutons la moitié de leur différence (4) à (la hauteur HC)
du (tropique) d'hiver ou que nous la retranchons de celle (HT) du
tropique d'été, nous disons que là (E) est ce cercle moyen, c'est-à-dire
égal, qui est nommé équateur. Quant au cercle horizon qui a élé trouvé
à l'aide du (tropique) d'hiver qui avait été déterminé auparavant par la
dioptre de V Astrolabe, comme on l'a dit plus haut, nous définirons
que c'est la limite de ce cercle (zone) invisible que l'on nomme antarc-
tique (5). Nous dirons que la distance qui est entre l'horizon et le (tropique)
d'hiver (HC) est la même que la distance (H'T') entre le (tropique)
d'été et la (zone) arctique qui est toujours visible^ parce que la sphère
est égale (symétrique).
3. Lorsque nous avons trouvé 'la mesure (de la distance) du (cercle)
arctique jusqu'à l'antarctique («EA) (6) à l'aide de la dioptre de l'Astrolabe.
comme nous l'avons dit, nous cherchons combien il manque à la quan-
tité obtenue (fol. 114 r) pour compléter 180'^, la moitié du (chiffre) ainsi
obtenu sera la distance de chacun de ces deux cercles (arctique et antarc-
tique) jusqu'au pôle qui est au milieu de chacun d'eux (7); si nous
ajoutons (ce chiffre) à la quantité obtenue précédemment (8), nous
trouvons la mesure de la moitié de sphère supérieure, (ou) 180".
4. Pour éclaircir ceci à l'aide d^un exemple, pour ceux qui arrivent
ci'it de Berlin, copié sur le présent manuscrit, Le t/railé sur l'Aslroiabc plan
de Sévère Sabokl, Paris, 1899.
(1) |;ag.3a., et liûg.a-y
(2) s?'«'<^-'=û^i;ô^- En marge : C'est-à-dire" un de quatre ■■.
(3) Voir la figure 2, page [77].
(4) 1/2 (HC -f HT) = HE ou bien 1/2 (HT — HC) = EC -= ET.
(5) Ici la zone antarctique, ou des étoiles invisibles, varie avec le climat
et n'est plus celle de Cnide (à 36° du pôle) comme plus liaut.
(6) Voir figure 2, page [77].
(7) 1/2 (180 - aEA) ou 1/2 (P'EP - aEA) = AP ou P'a.
(8) APA' -f «EA = 180°.
m]
LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS )), XV. :8'7
(à lire ceci), prenons comme exemple le quatrième climat qui est aussi
le milieu de la terre habitée et qui partage également entre les deux
pôles, nous trouvons, en procédant avec V Astrolabe comme c'est dit plus
haut, que le commencement du Capricorne est à 30" de l'horizon sud,
c'est donc la distance du tropique d'hiver à l'horizon sud. Celui du
Cancer est à 78° de ce même horizon sud, c'est donc encore la distance
du tropique du Cancer à ce même horizon. La différence des deux est
de 48°, en la partageant en deux nous trouvons 24". Si nous ajoutons
(ces 24°) aux 30° du (tropique) d'hiver ou si nous les retranchons des 78"
du (tropique) d'été, nous trouvons 54», et c'est 'donc la position du cercle
équateur sur lequel est fixé le commencement du Bélier et celui de la
Balance ; il est à cette distance de l'horizon sud, et, comme le (tropique)
d'hiver est à 30" de Thorizon sud, comme il a été démontré, et que
l'horizon sud est la limite du cercle (zone) qui est invisible, nous disons
donc que le (tropique) d'hiver est éloigné de 30" de la (zone) qui n"est
pas vue, c'est-à-dire l'antarctique qui est sous la terre, et comme néces-
sairement la sphère est égale (identique) de tous (fol. 114 v) côtés, nous
disons qu'il y aura donc la môme mesure entre le tropique d été et le
(cercle) arctique visible qui est au-dessus de la terre.
5. De plus, comme il y a 108° entre le cercle invisible jusqu'à ce cercle
visible d'après les mesures précédentes — car 30 et 48 et 30 font 108 —
il en manque 72 pour faire les 180 qui sont la moitié de la sphère;
si nous ajoutons sa moitié qui est 36 à chacun des deux cercles extérieurs,
c'est-à-dire depuis l'extrémité du cercle (de la zone boréale) jusqu'au
pôle qui est au milieu de chacun d'eux (de chacune des zones arctique
et antarctique), nous trouvons que la distance du pôle sud jusqu'au
pôle nord est de 180°. Et depuis le pôle, c'est-à-dire le centre de chacun
d'eux (de chacune des deux zones), jusqu'à l'autre extrémité de chacun
d'eux, on a nécessairement 3(3° (largeur des zones arctique et antarc- .
tique). De sorte que si l'on veut mesurer d'un pôle à un pôle ou de
l'horizon à l'horizon — à savoir de l'horizon nord à l'horizon sud —
nous trouvons également 180°. Voilà comment on a trouvé ces cercles.
6. "Voici comment on a trouvé la latitude des climats. Lorsqu'on
retranche la distance de l'équateur à l'horizon sud — distance qu'on
obtient, pour chacun des climats et pour chacune des villes, à l'aide
de la dioptre de Y Astrolabe , comme il a été montré — aux 90° qui sont
comptés jusqu'à l'horizon sud, ce qui reste nous disons que c'est la
latitude du climat ou de la ville que nous cherchons. — Par exemple,
lorsque nous avons trouvé la grandeur de la distance de l'équateur à
l'horizon sud, qui est de 54° dans le 4« climat, et que nous la retranchons
de 90°, il nous reste 35° et nous disons que c'est là (fol. 115 r) la latitude
du quatrième climat.
7. La latitude, constamment, dans tout climat et toute ville, est comptée
du cercle de l'équateur vers le nord; mais la longitude est comptéf
de l'Occident à l'Orient, c'est-à-dire depuis les îles qui sont dans l'Océan,
[87]
88 , REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
que les poètes ont nommées îles des Bienheureux — Bardesane le Syrien
et ceux qui se sont attachés à lui (les nomment) îles de la Béatitude (1).
8, Nous rappelons encore,, ô ami de la science, que ces deux cercles
de l'horizon et du méridien ne sont pas fixés sur la sphère du ciel,
comme les cinq dont on vient de parler (2) ; ils sont conçus par l'esprit,
de manière différente et accidentelle, non seulement selon les différences
des sept climats, comme nous l'avons déjà montré, mais encore selon
les différences des villes qui sont dans un même climat, le méridien
suivant la longitude seulement, mais Vhorizon aussi selon la latitude,
comme il a déjà été montré dans ce qui a été dit. 11 leur arrive d'être
fréquemment changés, parce que le soleil ou les parties de la sphère
ne se lèvent pas en même temps pour toutes les villes d'un même climat,
pour celles de l'Orient et pour celles de l'Occident, comme le canon
îTpo/sipo; (tables manuelles) de Ptolémée et aussi V Astrolabe le montrent.
— C'est comme aussi par l'observation, par exemple des éclipses de
soleil et de lune. Car lorsqu'il y a une éclipse, par exemple pour la
ville de Ctésiphon, et aussi pour Alexandrie, le même jour, on ne la
trouve pas à la même heure, à savoir à l'heure de Ctésiphon et à celle
d'Alexandrie (fol. 115 v). Cette éclipse a été vue à Ctésiphon (3) avant
Alexandrie de une heure | et Jj^. Comme la longitude de Ctésiphon est
de 80° (4) et celle d'Alexandrie de 60° | (5); si nous retranchons 60 J de
80 il reste 19 i ce qui fait une heure | et ^L^ puisque 15" font une heure. De
ce (lue le soleil se lève à Ctésiphon, avant de se lever à Alexandrie, il est
évident qu'il y fera aussi plus tôt le milieu du jour et qu'il s'y couchera
plus tôt. Voici la différence que nous disons exister entre l'horizon et
le méridien de Ctésiplion par rapport à Alexandrie : l'horizon de l'une
ou de l'autre ville aura lieu quand le soleil se lève ou se couche sur elle,
et le méridien, c'est-à-dire (le cercle) de la moitié du jour aura lieu,
quand le soleil sera vu (en chaque endroit) au milieu du ciel.
0. 11 est connu que si une ville est distante de moins de 400 stades
de sa voisine, il n'y a pas de différence dans le lever du soleil et son
,^w*3a^ £ïw3» >al\ |LV1^-. ûâûi ov^» ^wo U^^a^ ^^ vf'»^-
[i) L'équateur et les tropiqurs sont fixes. Les cercles arctique et antarctique
ne le sont que par définition, parce qu'on adoi)te ceux de Cnide pour tout
le quati'ième climat.
(3j KT-iT7tïiwv, vûûûa^ô'û (pai'tout).
(l) Voir Ptolémée, Géogr., vi, 1, 3. — En somme, on compte les heures
à partir du passage du soleil au méridien d'un lieu. L'heure de Ctésiphon
sera donc en avance sur l'heure d'Alexandrie. D'ailleurs une éclipse est vue
simultanément en ces deux lieux, à des heures différentes. La différence des
heiu'es donnera celle des longitudes ou réciproquement.
(5) Ptolémée porte aussi 60° 30', Géogr., iv, 5, 9. Le manuscrit syriaque porte
»^ (60) avec une virgule sous cette lettre qui doit correspondre à 1/2 puisqu'il
faut trouver 19 1/2 et que tel est le chiffre de Ptolémée.
m
LE TRAITÉ SUH LES « CONSTELLATIONS », X\l. 89'
coucher (1) quant à la longitude, car pour qu'il y ait différence, comme
l'observation la montré, il faut 400 stades à peu près, qui font 53 milles
et un tiers, car sept stades et demi font à peu près un mille (2). La lati-
tude ne fait pas de différence pour les midis des villes quelles que
soient les latitudes respectives de ces villes, au nord ou au sud; car le
ciel a la même disposition selon la iiauteur au milieu du jour, pour les
villes qui ont la même longitude, sans que cela y occasionne aucune
différence. — Nous avons dit et montré, à mon avis, comment on a
trouvé les cercles et la latitude des climats et des villes, et encore
ce qui concerne l'horizon et le méridien.
CHAPITRE SEIZIÈME
Sur la latitude des climats et les cercles de la sphère, (fol. IIG r)
ET les levers des DOUZE Zo'jOta (SIGNES DU ZODIAQUE) ET DES GRANDEURS
DES" JOURS ET DES NUITS DANS LES SEPT CLIMATS d'APRÈS LE llp6yEipo;
(table manuelle) DE Ptolémée.
1. Jusqu'ici, ô ami de la science, nous avons donné les cercles et les-
latitudes dont nous venons de parler d'après VAstrohihe et d'après la
sphère d'airain et d'après le reste des autres instruments, sur lesquels
il n'était pas possible de marquer ces petites divisions (minutes) ([ue l'on
nomme ï^r{/,0Qx6z (3) c'est-à-dire soixantième de degré. Dans le canon
np6-/£[po; de Ptolémée, les cercles et les latitudes sont donnés avec les
minutes; il faut savoir qu'on ne s'écartera pas de ce qui est cherché
si l'on veut calculer, avec amour du travail, à l'aide du ITooyc'poç, évidem-
ment à l'aide des règles, c'est-à-dire asOoSoc (4), qui ont été données
plus haut par nous; jitin de donner cela aussi pour l'instruction complète
de ceux qui nous trouveront, voici comme les latitudes des climats, et
aussi les cercles, sont indiquées dans ces -pdy^sipoi (5) :
2. La latitude du premier climat est de 16° 27'. Celle du second,
23° 51' (6). Celle du troisième, 30° 22'. Celle du quatrième, 36" exactement.
Celle du cinquième, 40° 56'. Celle du sixième. 45° 30'. Celle du septième,
48° 32'.
3. Quant aux cercles (7) : celui du nord qui est au-dessus de la terre
36° 9'. Le (tropique) d'été 30°. L'équateur 23° 51'. Puis encore 23° ST.
Le (tropique) d'hiver 30°. Le cercle du sud sous la terre 36° 9'. — Il
(1) Ces deux villes ont donc même horizon.
(2) La présente relation est donnée plus bas.
(3) ^ô^ûiwsfta^
(4) oîoû>:î-io.
(5) Sévère indique ici les minutes dont il n'avait pas tenu compte plus haut.
(6) On trouve plus haut (XIV, I) le nombre rond 24°.
(7) C'est encore une rectification, à l'aide des minutes, aux chiffres ronds-
donnés plus haut (XIV).
[89]
90 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
convient aussi de rappeler, ô ami de la vérité, que suivant la conséquence
de ce que nous avons calculé plus haut en vérité pour chacun des
climats, la latitude de ce quatrième climat, (qui est de) 36° 9', était
placée (fol. 116 v) dans le npo/£ipo; susdit, selon Vï^ixp'j.x (la hauteur)
des pôles de ce climat; car la latitude est égale à l'sÇaptxa des pôles en
tout lieu, car c'est de là que vient la variation de latitude de tout climat
et de toute ville.
4. La grandeur des jours et des nuits est connue d'après les diverses
àvaçopa; (l) (levers) des Zaioia (signes du zodiaque) dans chacun des
climats; car si nous voulons connaître la grandeur ou la petitesse des
jours (2), nous prenons les àvaçopat qui se lèvent en ce jour-là depuis
le matin — c'est-à-dire depuis le degré où se trouve le Soleil — jusqu'au
soir dans le climat qui nous occupe. S'il s'agit de la nuit, nous prenons
celles qui se lèvent depuis le soir — c'est-à-dire depuis le degré qui est
diaméiralement opposé au Soleil — jusqu'au matin et nous divisons par
15 (3) les àvaoopatt trouvées; autant de fois nous pourrons retranclier (4)
(15) autant nous disons qu'il y a d'heures de jour ou de nuit, comme
nous le cherchons, dans ce climat. — 11 est évident qu'il s'agit d'iieures
i-TjjjLsptva: (5) c'est-à-dire égales; nous multiplierons le reste par 00 (pour
réduire en minutes) et le diviserons de la même manière par 15 (6),
nous trouverons ainsi les parties des heures égales.
5. La détermination des levers (7) aura lieu aussi à l'aide de l'Astrolabe,
comme c'a été montré par nous dans son <7)(^ôXiov, (à savoir) que si on
cherche combien sont les liêvacpopat du Zwôiov qui se lève, nous voyons
par l'ipâ/vr) (8) (araignée) de V Astrolabe, de combien de degrés s'avance
le commencement du Capricorne, c'est-à-dire l'indicateur des degrés (9) ;
par exemple tant que le Zoîôiov qui nous intéresse se lève, le nombre
obtenu sera dit celui des àvaçopaî de ce Zoiûiov.
6. Voici les levers (ou ascensions) des signes du zodiaque dans tout
climat, d'après le ITpô/stpo; susdit, afin que cela aussi ne manque pas
à celui qui le veut (fol. 117 r). Ces (levers) sont ainsi :
Dans le premier climat, (rascension) du Bélier et des Paissons
(1) .i»Vûap;.
(2) Voir le paragraphe suivant.
(3) ov» ov»a ^^ûâ).
(4) r^^^â'» |^tlL^J j.jbas „ autant de fois que nous ferons sortir ».
(5) |^»V-^<uaa*/ ., relatives à l'équateui-. »
((3) ov»3 |Lft->ot3 o^ ^uûûzj© t^û3 ^a^ââ^bo ^ ^^i ^ov^o ^^ oot.
(7) On nomme levers ou ascensions (àvaiopaO d'un signe le nombre des degrés
de l'équateur qui montent au-dessus de l'horizon pendant que ce signe tout
entier monte lui-même au-dessus de l'horizon. L'astrolabe donne ce chiffre,
voir le Traité sur l'Astrolabe plan, (Paris 1899), ch. ix, p. 97 de notre traduction.
(8) M^r Voir sa description et sa figui'e dans le traité précédent p. 83-4
de notre traduction (nous avons reconnu depuis qu'il manque un feuillet,
•p. 84, ligne 2, après les mots ■■ sous la terre... »)
[00]
LE TRAITÉ SUR LES «( COXSTELLATIOxNS », XVI. 91
12P 20' (1); du Taureau et du Verseau. 27° 4; des Gémeaux et du Capri-
corne 31" 6'; du Cancer et du Sagittaire 33° 26'; du Lion et du Scorpion
32° 44'; de la Vierge et de la Balance 31° 20' (2).
Dans le deuxième climat, du Bélier et des Poissons 22° 34' (3); du
Taureau et .lu Verseau 25" 38' ; des Gémeaux et du Capricorne 30° 30' ;
du Cancer et du Sagittaire 37° 2' (4), du Lion et du Scorpion 34° 10';
de la Vierge et de la Balance 33° 3'.
Dans le troisième climat, du Bélier et des Poissons 20° 53' ; du Taureau
et du Verseau 24" 12'; des Gémeaux et du Capricorne 29" 25^; du Cancer
€t du Sagittaire 34° 36' (5); du Lion et du Scorpion 35° 36'; de la Vierge
et de la Balance 34° 47'.
Dans le quatrième climat, du Bélier et des Poissons 19° 12' ; du Taureau
et du Verseau 22° 46'; des Gémeaux et du Capricorne 29° 17'; du Cancer
et (lu Sagittaire 35° 15' ; du Lion et du Scorpion 37° 3' (6) ; de la Vierge
et de la Balance 36° 27 (7).
Dans le cinquième climat, du Bélier et des Poissons 17° 32'; du Taureau
-et du Verseau 21° 59' ; des Gémeaux et du Capricorne 28° 39' (8) : du
Cancer et du Sagittaire 35° 53: du Lion et du Scorpion 38° 31' (9); de la
Vierge et de la Balance 38" 6' (10).
Dans le sixième climat, du Bélier et des Poissons 15" 25' ( 1 1) ; du Taureau
et du Verseau 19° 52'; des Gémeaux et du Capricorne 27° 58' : du Cancer
■et du Sagittaire 36° 34' : du Lion et du Scorpion 39° 57' ( 12] ; de la Vierge
et de la Balance 39" 44' ri 3).
Dans le septième climat, du Bélier et des Poissons 14° 20'; du Taureau
et du Verseau 8° (18°) 23'; des Gémeaux et du Capricorne 27" 17'; du
Cancer et du Sagittaire 37° 15'; du Lion et du Scorpion 41° 25' : de la
Vierge et de la Balance 41° 20', etc.
(1) On lit en marge : « le premier nombre désigne les degrés et le second
les minutes ».
(•2) Tous ces chiffres du premier climat se trouvent dans Ptolémée, Almagesle,
II, 7, Irad. Halma, p. 104. Les quelques différences suivantes s'expliquent d'ordi-
naire par une permutation de lettres.
(3) 22° 37' Pt(olémée}.
(4) 34° 2 (Pt).
(5) 34<'36'(Pt).
(6) 37°2' (Pt).
(7) 36°28'(Pt).
(8) 21" 9 (Pt).
(9) 38°2y'(Pt).
(10) 38° 8' (Pt).
.(11) 15° 55' (Pt).
(1-2) 39° 56' (Pli.
.(13) 39° 45' (Pt).
92 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
CHAPITRE DIX-SEPTIEME
DE LA MESURE (FOL. 117 V) DU CIEL ET DE LA TERRE
ET DE l'intervalle QUI LES SÉPARE (1).
1. Nous avons promis plus haut (dans le titre) de parler en peu de mots
des mesures de la terre, habitée et inhabitée, et aussi du ciel, et de
l'intervalle (|ui est entre eux, parce (lue nous y sommes conduits comme
par une conséquence de ce qui vient d'être dit; il faut donc, ô smi du
travail et ami de la science, qu a ce sujet aussi je (te) rappelle en peu
de mots les choses que je connais, parmi celles qui ont été cherchées
et explorées, avec amour du travail, par les anciens par diverses
méthodes, et ainsi nous terminerons (là) notre discours.
2. Ceux qui, avec grand amour du travail, ont cherché la me.sure
du ciel et de la terre, l'ont atteinte autant que possible et l'ont transmise
par écrit, ont mesuré et dit que tout le cercle de la sphère (terrestre) était
de 25 myriades et deux mille stades (2) (252.000), de sorte que chacune
des deux moitiés du cercle, celle du dessus et celle du dessous, est de
126.000 stades. Le diamètre du cercle, c'est-à-dire la ligne qui passe par
le milieu du cercle sphérique est de 8 myriades et 4 mille (84.000 stades),
c'est-à-dire le tiers du cercle (3); l'art de la géométrie montre par la
mesure, et l'expérience enseigne aussi que tout cercle que tu voudras
imaginer dans ta pensée, qu'il soit grand ou petit, a un diamètre (4) —
c'est-à-dire (toute) droite passant par le milieu — qui est le tiers néces-
sairement. Si donc tu prends la sphère du ciel de 3G0''. tu trouves que
son diamètre est de 120°; car c'est là le tiers de 360. — Si tu prenais
un cercle très petit qui aurait par exemple trois parties seulement, ou
un cercle qui n'aurait qu'une partie (fol. 118 r), le diamètre de l'un est
une partie et celui de l'autre est un tiers de sa partie.
3. Que ce soient là les stades de tout le cercle sphérique de la terre,
on l'a cherché et trouvé, comme nous le montrerons brièvement à
(l'homme) attentif de la manière suivante :
Le cercle du ciel qui est de 360*^ (5) — qu'on a trouvé être tel à l'aide
de y Astrolabe et d'autres instruments, comme nous l'avons déjà montré
à l'homme intelligent par ce qui est écrit plus haut — a été pris et partagé
(D M. E. Sacliau a édité le texte syriaque d'une partie de ce chapitre d'après
le ins. de Londres add. 14538, du x" siècle (L). Cf. Inedita Syriaca, Vienne,
1870, p. 132.
(2j Cette évaluation est celle d'Ératosthène. D'après IM. J. -A. Decourdemanche,
Posidonius et les Arabes n'y ont rien ajouté, mais se sont bornés à l'exprimer
avec des unités différentes, Journal. As., mars-avril 1913, p. 428-37.
(3) En prenant tt = 3, comme Manilius, i, 527.
(4) vpîê^l*?-
(5) Sic L. P(aris) porte à tort 365.
L92I
LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XVII. 93
en 60 parties, c'est-à-dire six degrés pour cha([ue partie, puis(iue
60 multiplié (1) par 6 donne 360.
4. Ils en firent autant par analogie pour le cercle de la terre qui est en
face de celui-là et le divisèrent aussi en 60 parties, de sorte que chaque
partie avait 4.200 (stades), car 60 multiplié par 4.200 donne 252.000,
c'est-à-dire 25 myriades et deux mille. — Ensuite lorsqu'ils divisèrent
le ciel depuis le pôle nord jusqu'au pôle sud en cinq cercles c'est-à-dire
zones, comme nous l'avons montré clairement plus haut dans ce que
nous avons dit, ils partagèrent aussi la terre en cinq zones en face de
celles-là, l'une en face de l'une, et quand ils fixèrent la latitude de ces
60 parties, à savoir 6 parties pour la zone du nord, 5 pour celle du
(tropique) d'été, 8 pour celle de l'équateur, à savoir quatre au nord de
cette zone et quatre au sud, 5 parties pour le (tropique) d'hiver, et 6
pour la zone du sud, ensemble 30 parties pour toute la moitié de la
sphère supérieure, ils fixèrent de la même manière la latitude des zones
de la terre qui sont en face de celles du ciel et ils les mesurèrent
(fol. 118 V), c'est-à-dire les fixèrent ainsi : la zone de la terre qui est
sous la zone nord du ciel, c'est-à-dire qui est située en face sous le pôle
nord (zone arctique) est aussi de six parties c'est-à-dire de 25 200 stades;
celle qui est sous la zone d'été a aussi cinq parties, ce qui fait 21.000 stades ;
celle qui est sous l'équateur a aussi huit parties ce qui fait 33.600 stades,
à savoir 16.800 au nord de l'équateur et 16.800 au sud ; celle qui est
sous la zone d'hiver a aussi cinq parties qui font 21.000 stades et celle
qui est sous la zone sud, c'est-à-dire qui est placée en face sous le pôle
sud (zone australe), a aussi six parties qui font 25.200 stades, toute
la moitié du cercle supérieur de la sphère est donc de 126.000 stades.
Il en est de même de la moitié des cercles inférieurs, c'est-à-dire qui
sont sous la terre, soit du ciel soit de la terre, la moitié inférieure
c'est à dire celle des cinq zones inférieures (comprendra) trente parties
et chacune d'elles, comme nous l'avons dit, sera de six degrés.
5. Ce demi cercle inférieur de la terre — c'est-à-dire les cinq zones
inférieures — aura donc 30 parties qui feront 126.000 stades. Le tout
ensemble, pour 60 parties, sera 252.000 stades, comme il a été dit plus
haut. (11 suit) d'ici que, puisque en face de chacune des 60 parties du ciel,
(]ui valent chacune six degrés, comme il a été dit, on trouve sur la terre
4 200 stades, en face de chaque degré du ciel, on trouvera donc
700 stades, parce que 700 multiplié par G donne 4.200.
6. Le stade est de deux cents pas ; le pas est de deux ammin, c'est-à-
dire deux coudées (fol. 119 r). Un amtâ, c'est-à-dire une coudée, est de
deux empans ; l'empan est de douze doigts ; sept stades et demi font un
mille (2). 93 milles 1/3 font 700 stades et comme on a montré que chaque
(1) ,,aaav^) ^..^s^ (^"a.\N) L). Le ms. de Londres (L) a ensuite une lacune
et passe au haut du fol. 173^ de notre manuscrit de Paris (Phases de la lune).
(2) Pour M. Decourdemanche, loc. cit., p. 430, c'est la coudée moyenne qui
[931
94 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
degré vaut 700 stades, et que 700 stades valent 93 milles 1/3, les 360 de;:;'rés-
de tout le pourtour de la sphère feront donc 33 600 milles. Et comme
le diamètre du cercle du ciel, c'est-à-dire- la ligne qui passe par le milieu
du cercle est. comme nous l'avons dit, de 120°, c'est-à-dire un de trois,
cela fait 84.000 stades, comme il a été dit plus haut. Mais la moitié
de 120 qui est 60 degrés prendra la moitié des stades susdits, c'est-à-
dire 42.000 stades, qui font 5.600 milles (rayon de la terre). Ainsi pour
cet intervalle, c'est-à-dire pour la ligne du milieu de la terre au ciel,
il y aura autant de milles, selon ràvaloyta, c'est-à-dire la comparaison,
qui a été donnée (1).
7. Si tu veux d'ici, avec amour du travail, calculer aussi les pas et
les ammé, c'est-à-dire les coudées avec leurs doigts, tu peux les obtenir
en multipliant (2) tes uns par les autres. ~ Voilà encore pour la mesure
du ciel et de la terre et de l'intervalle qui est entre eux.
CHAPITRE DIX- HUITIÈME
Sur la terre habitée et iNii.\niTÉE et sur i.a -izM (disposition) de ceu.x:
QUI habitent sur tout le cercle du dessus ou du dessous (3).
1. Au sujet de la terre habitée ou inhabitée, voici ce que disent les.
anciens :
Puisque toute la surface de la terre a été divisée en cinq zones, comme
la surface du ciel, les deux zones placées à l'opposé sous les pôles,
sous le pôle nord et sous le pôle sud, parce qu'elles sont froides et
pas tempérées à cause de l'eloigne ïient où est le soleil (fol. 119 v), sont
inhabitées, dit-on; les trois autres (jui sont au milieu, je veux dire celle-
qui est sous le (tropic^ue) d'été (4) ou sous le (tropique) d'hiver, ou sous.
i'é(iuateur, parce (lu'elles sont tempérées à cause du passage du soleil
au-dessus d'elles, sont habitables, dit-on. Mais les plus tempérées sont
les deux qui sont sous les tropiques d'été et d'hiver et, à cause de
est de 24 doigts. La coudée longue (0°",.554) a 28 doigts. Le stade (221'"0O) vaut
400 coudées longues, et le mille itinéraire ( 16(j2™) vaut bien sept stades et demi.
(1) C'est-à-dire <■ si on compte 700 stades pour un degré du ciel, le rayon
du ciel sera aussi de 42.000 stades. Sévère, comme Manilius (i, 520-537), ne
donne pas la distance absolue que l'on trouve dans Bar Hébraeus, Cours
d'Astronomie, p. 183 à 200, grâce à l'utilisation des paralla.xes. Ptolémée,
Almagesle, v, 15, dit que la distance de la terre à la lune et au soleil est de
59 et 1210 rayons terrestres. Sévère n'a pas utilisé ici V Almagesle, bien qti'il
ait connu cet ouvrage. Cf. R. 0. C, t., XV (1910) p. 249 et 251.
(2) ^W <aa\io ^*^,;5ao »a.
(3) Le texte syriaque d'une petite partie de ce chapitre a été édité par
M. E. Sachau, cFaprès le ms. du British Muséum add. 14538, fol. 154. Cf. Ine-
d'Ua Syriaca, Vienne, 1870, p. J27.
(4) |£^.^*û ■•*»» b^^L. ûv)/. Le ms. de Londres portait v©»^^ ^.^i..
[94]
LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS «, XVIII. 95
cela, elles sont aussi les plus liabitables. Celle du milieu, c'est-à-dire
celle qui est sous Téquateur est dite xsKau(Ji.irr, (1), c'est-à-dire brûlée, à
cause du voisinage constant du soleil auprès d'elle, c'est-à-dire sou passaii^e
sur elle quand il monte au nord et quand il descend au sud à savoir
vers le (tropique) d'été et vers le (tropique) d'hiver et, à cause de cela,
elle est peu habitable et ea petite partie.
2. D'autres ont encore prononcé plus subtilement (2) d'une autre
manière ; ils ont dit au contraire que les zones de la terre qui sont sous
les tropiques sont les plus chaudes et inhabitables en majeure partie
parce que le soleil demeure quarante jours, sur chacune d'elles au tro-
pi([ue même sans faire de changement, comme on peut le voir par
l'ombre de l'wpoXoYtov (3) (cadran solaire): quant à la zone de la terre
qui est sous le cercle équateur, elle est plus tempérée et plus habitable;,
parce que le soleil passe par le point équinoxial rapidement et en un
clin d'œil.
3. Ils raisonnèrent encore par analogie (4), c'est-à-dire ils expliquèrent
que la longitude de la terre habitable est de dix myriades de stades
à peu près, et sa latitude, la moitié de la longitude, c'est-à-dire cinq
myriades de stades; il est d'ailleurs connu que la moitié de tout le cercle
de la terre, comme il est dit plus haut, (fol. 120 r) est de douze myriades
et six mille (126.000) stades; mais en ce qui concerne les régions exté-
rieures de la sphère, orientales, occidentales, boréales et australes, elles
ne sont aucunement habitables parce qu'elles ne sont pas tempérées ;
les unes, à cause du passage continuel du soleil au-dessus d'elles quand
il se lève et quand il se couche, sont trop chaudes: les autres, à cause
de l'éloignement du soleil, sont trop froides, en raisonnant par analogie
pour les limites des régions susdites à savoir les 120.000 stades du demi
cercle et la région du nord et celle du sud; parce que les zones qui sont
sous les deux pôles sont tout à fait inhabitables; ensuite pour la plus
grande partie des autres zones, ils allèrent jusqu'à leur enlever des stades
inhabitables, bien plus que pour les autres régions, l'orient et l'occident.
4. Ils divisèrent et fixèrent les habitants de la terre habitable en
quatre genres d'habitation : à savoir ceux qui demeurent ensemble,
ceux qui demeurent sur le cercle, ceux qui demeurent en face ou à
l'opposé des pieds (aux antipodes) (5).
Ceux qui demeurent ensemble sont ceux qui demeurent ensemble-
au milieu de la zone. — Ceux qui demeurent sur le cercle sont ceux qui
demeurent dans la même zone mais sur son cercle. — Ceux qui demeurent
à l'opposé sont ceux qui sont dans une autre zone, mais qui habitent
sous la même demi-sphère supérieure, dans le même ordre que l'on a
(Ij usoaolo: mais le ms. de Londres porte correctement i*)l^oU)|ovo.
(2) ^.U=»-"«»= (Paris). ^-Loû^-io L(ondrcs).
(3) U^aii^oVor En marge : •■ l'endroit des heures. >■
(5) U^V >-i^-=ac^.\.
[95]
96 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
dit plus haut c'est-à-dire au milieu, ou ensemble ou sur le cercle, de
manière que. puisqu'il y a trois zones habitables, le même mode d'habi-
tation soit conservé dans les trois. — Ceux qui demeurent aux antipodes
sont ceux qui sont sous l'autre moitié inférieure de la sphère (céleste),
dans les trois mêmes zones habitables et dans le même ordre susdti,
diamétralement, (fol. 120 v) — c'est-à-dire en mesure égale — avec
ceux qui demeurent ici sous la sphère (céleste) supérieure.
5. Ils ont ainsi divisé et fixé, sans définir certes qu'il y a habitation
des hommes en face de ceux d'ici dans le demi-cercle inférieur de la
terre, car personne ne l'a jamais vu ; mais c'est par une conséquence
de ce qu'on voit qu'ils jugèrent qu'il en était ainsi (1); car puisque
le cercle (le pourtour) de la terre est sphérique et que la terre tient
la place du centre dans la sphère du ciel, et que le soleil se lève et se
couche également au-dessus d'elle des deux côtés et qu'il y fait également
des jours et des nuits, l'été et l'hiver et ces deux autres changements
— je veux dire le printemps et l'automne — et qu'il y a mêmes régions
tempérées ou non tempérées pour les trois zones moyennes à cause
de leur plus grand voisinage ou éloignement du soleil, et que dans le
mot « sphérique » aucun homme qui sait scruter avec sagesse, ne verra
un au-dessus et un au-dessous, mais seulement un cercle et un milieu,
lorsqu'il voit la (même) hauteur au-dessus pour tout le cercle de tous
côtés et la (même) profondeur en dessous du milieu, car si un homme
se porte en pensée sur le cercle (la sphère céleste) de tout côté, et veut
par exemple jeter de là — c'est-à-dire de tous ses côtés — une pierre
ou autre chose de pesant, c'est au milieu que descendra et que se réunira
tout ce qui est jeté, il n'est pas possible et il n'y a pas moyen de le faire
au-dessus du milieu, car en dehors du milieu de tous côtés où un homme
pourra regarder c'est l'espace.
6. Ainsi en vertu de cette conséquence qui a été montrée comme
nécessaire, il est convenable que sur tout le cercle de la sphère — je dis
(fol. 121 r) celui qui est tempéré et habitable — des hommes puissent
habiter sur tous ses côtés, puisque en tout lieu et de tous ses côtés,
la terre en toutes ses parties est « en dessous », en comparaison du cercle
du ciel (sphère céleste) qui est au-dessus dans toutes ses parties. Car la
terre est le centre du cercle du ciel, mais tout centre qui est au milieu
du cercle, est nécessairement de toute nécessité en dessous du cercle
de tous les côtés. C'est ainsi qu'il est confessé et dit par tous les sages
qui sont les plus qualifiés pour juger et pour voir ces choses, par ceux
du dehors et ceux du dedans, et surtout si l'on scrute cette pensée
et parole apostolique : Qu'au nom de Jésus, tout (fcnou fléchira, de ceux
(jui sont dans le ciel et sur la terre et de ceux qui sont sous la terre (2).
(1) Sévère montre que, ratioanellement, il devait y avoir des habitants à
ses antipodes..
(•2) Philip., II, 10. L'extrait du ms. de Londres se termine ici.
[90]
LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XVIII, 97
A ce sujet, tel que je suis, voilà tout le témoignage (tiré) de beaucoup
de petites choses, pour l'instruction et le commentaire de ceux qui sont
plus zélés et cela suffit à mon avis pour cette ûtoÔ^ch; (1) (pour ce sujet).
7. Pour nous, ô cher ami, voici que nous avons terminé, comme il
était possible, ce qui était demandé, à savoir si les choses qui sont dites
dans le ciel y sont par nature ou seulement par convention, et encore
tout ce que nous avons consigné plus haut, à savoir quelles sont les
parties du ciel qui se lèvent et qui se couchent les unes en face des
autres, et lesquelles non, et quelles sont les étoiles (constellations) qui
se lèvent plus vite et qui se couchent plus lentement et quelles .sont
celles auxquelles le contraire arrive; encore sur les cercles, c'est-à-dire
les zones du ciel, et sur les climats de la terre et leur mesure, à savoir
{la mesure) du ciel et de la terre et de l'espace qui est entre eux.
S. Pour les puérilités, c'est-à-dire les fables inintelliii'ontes des poètes
et des astrologues (fol. 121 v.) que nous avons montré qu'elles avaient
été formées mensongèrement sur les choses célestes, nous les avons
réprimandés en courant en peu de ^mots selon le but qui était fixé,
en disant à Dieu — qui veut, selon les paroles saintes, que tous les
hommes vivent et viennent à la connaissance de la vérité (2) — avec le
psalmiste et divin David : Tourne mon cœur vers ton témoignage et non
vers les fables, et : Détourne mes yeux pour ne pas voir les choses vaines
'et vivi/ie-moi dans tes voies (3;.
9. A cause de la belle convenance que l'on voit dans les créatures
dans le ciel et sur la terre et dans ce qui les sépare, à cause de ces
mouvements qui ont lieu en cercle en face les uns des autres en même
temps et de la même manière à l'occidont et à l'orient — pour (la terro)
dans sa situation fixe et immobile, pour les autres parce qu'ils sont et
disparaissent et souffrent cela avec une mesure certaine et non en appa-
rence, lorsque tout cet univers, avec le cercle commun du haut, est
amené, se tient et demeure selon la parole créatrice, c'est-à-dire la volonté
qui a ainsi décidé et posé une loi fixe qui ne passe pas. car il a dit et
[les choses) ont été, il a ordonné et elles ont été créées et il les a établies
pour les siècles des siècles; il a donné une loi et elle ne passe pas (4),
nous nous étonnerons encore avec le psalmiste sacerdotal David de la
beauté de la sagesse de Dieu qui apparaît ainsi dans les créatures, nous
dirons : Que tes œuvres sont grandes. Seigneur, tu les a toutes faites avec
sagesse (5). — Nous arrêterons ici le discours.
Fin du discours sur les constellations et les cercles qu'on dit être sur
la sphère du ciel, et sur la latitude des climats et les mesures du ciel
/H v£iaA.os&âoot.
(2) 1 Tiin., II, 4.
(3) Ps. cxviii, oG, 37,
(4) Ps. cxLvni, 5, 6.
(5) Ps. cm, 24,
[97]
ORIENT CHRÉTIEN.
08 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
el de la terre et de l'intervalle qui est entre eux, (discotirs) qui a été fait
par le saint (l'évêque) abbaa Mar Sévère Sébokt. — Il a été écrit en
l'année 971 des Grecs (660) en la troisième (année de V) indiction.
Il a été écrit comme solution de questions et de certaines demandes
provenant d'hommes qui aimaient l'enseignement, comme à l'ami de Dieu
le prêtre et visiteur Basile (1).
F. Nau.
'D Voir le texte de la fin dans l'introduction.
m
TABLE DES CHAPITRES
Pages.
Chapitre I. — Les coQstellations que l'on place dans le ciel sont purement
conventionnelles 19
II. — Suite du même sujet 22
III. — Les signes du zodiaque ne di'signaient à l'origine que des sections
de la sphère céleste et non des animaux 26
IV. — Exemples, tirés d'Aratus, des fables rattachées par les poètes aux
constellations 29
V. — Les événements rattachés par les astrologues aux propriétés des
animaux célestes avaient déjà lieu avant qu'on n'ait placé au ciel des
animaux qui n'y sont d'ailleurs que de purs noms 45
VI. — Nombre des constellations (quarante-six en tout); leurs noms;
étoiles remarquables qui s'y trouvent 48
VIL — Noms des constellations qui se lèvent avec six signes du zodiaque
ou qui se couchent en même temps que les six signes diam<'tralement
opposés 53
VIII. — Sur les constellations qui apparaissent au milieu du ciel (au-dessus
de l'horizon) avec chacun des signes du zodiaque (lorsque le premier
degré d'un signe du zodiaque est au méridien) 5
IX. — Sur les constellations qui ne se couchent pas (ou qui se trouvent
dans la zone arctique de Cnide, jusqu'à 36° du pôle nord, — Sur les
principales étoiles des constellations qui se lèvent et se couchent en
face les unes des autres. — Sur les constellations et les étoiles qui se
lèvent plus tôt et se couchent plus tard, ou inversement 61
X. — Sur les constellations qui sont coupées par les cercles (arctique,
tropiques, équateur, antarctique) et qui les coupent, et sur celles qui
ne sont pas coupées et ne coupent pas
XI. — De la voie lactée. Quelles .sont les constellations qu'elle coupe;
comment ses parties se lèvent-elles ou se couchent-elles avec les signes
du zo liaquo 66.
XI I. — Quels sont les cercles dont la connaissance nous est nécessaire?
— arctique et antarctique (pour Cnide), tropiques, équateur, zodiaque,
méridien, horizon (59
[99]
100 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
r;ii;c-s.
X[1I. — Position relative de ces cercles suivant l'inclinaison des pôles
(sur i'horizon, ou suivant la latitude) : sphère parallèle, droite et
oblique ' ' < ^
XIV. — Nombre des climats. Latitude et durée du jour pour chacun d'eux.
Distance, dans chaque climat, de chacun des cercles précédents à
l'horizon sud *5
XV. — Con)ment on arriva à déterminer les cercles et la latitude des
climats, (Sévère suppose que l'heure et la position du soleil sont
connues) ^■>
XVL — Sur la latitude des climats, les cercles de la sphère, les levers
des douze signes du zodiaque et les grandeurs des jours et des nuits... 89
XVII. — De la mesure du ciel (H de la terre et de la distance qui les
sépare "2
XVIII. — Sur la terre habitée et inhabitée. ^ Sui' les antijiodes (M
Table alphabétique des principales matière? ' 13
Erratum. Lire 660 (au lieu de 661 1 dans le titre, p. 3, 1. 7; p. 5, I. 8; p. 8, 1. 1) et l.'j.
[1(H)J
LÀ PENSÉE GRECQUE
DANS LE MYSTICISME ORIENTAL
[Suite.)
Los ontologistes ne pouvaient noanquer d'exposer le détail de
Cette théorie : Vhi^mme, dît \e}I a cJj ma al-ba h raïn (1), possède
le libre arbitre pour ce qui est ('crit sous la forme d'intégrales
^.< -^i v^ ; il est déterminé pour ce qui est écrit sous les espèces
de dilïerentielles ^Jy=>. cK/^ ' ^^^ éléments qui sont écrits sur
la Table gardienne différentielle, qui est la semence, sont au
nombre de quatre : le corps, l'esprit -^j,, la prédisposition
js'jjcuvt, les actes JUsi; seuls, les trois premiers éléments, le
corps, l'esprit, la prédisposition, sont écrits d'une façon
analytique, dans leurs particularités ^j^^^^, de telle sorte que
l'homme est complètement déterminé par rapport à eux, mais
qu'il ne l'est absolument qu'en ce qui les concerne; un être
humain, quel qu'il soit, ne peut pas plus changer ses diathèses
que sa valeur morale et ses appétits. Les actes de l'homme,
au contraire, y sont inscrits synthétiquement, et non analy-
tiquement, dans leur généralité ^^^^c, si bien que la créature
est libre de composer sa vie comme elle l'entend avec ces
éléments d'action, à la seule condition de les utiliser tous; en
thèse générale, d'une manière absolue, l'homme possède son
libre arbitre pour les éléments écrits dans leur intégrale, en
bloc; il n'est déterminé que par rapport à ceux qui sont écrits
un à un, différentiellement, parce que chacun d'eux vise un
cas particulier, lequel ne saurait s'éluder.
Les trois premiers éléments inscrits sur la Table gardienne
(1) Pages 224, 225, 244.
[40]
102 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
du microcosme, corps matériel, esprit, prédisposition, sont
étroitement déterminés, parce qu'ils ont leurs correspondants
dans le Macrocosme; le quatrième, au contraire, les actes,
n'est pas déterminé, parce qu'il n'a pas de réplique dans le
Macrocosme, dans le monde transcendantal, lequel ne possède
pas la faculté d'action (1).
Et c'est là ce que plusieurs théologiens ont exprimé, d'une
façon d'ailleurs moins claire (2), en disant que l'homme est en
partie libre d'agir suivant sa volonté, en partie forcé d'agir
contre elle; en somme, la formule de l'auteur du Madjma
al-ba/iraïn : « Ton acte est le déterminant de ton bonheur et de
ton malheur » est de beaucoup la plus nette, et elle est une
simple variante de ce qu'a dit Djalal ad-Din Roumi, dans le
Masnawi : « Tes actions sont la graine de l'enfer et du
paradis. »
Ces théories n'ont pas manqué de soulever des contradic-
tions, et l'auteur du Madjma al-hahraïn, qui était très au
courant de la littérature de son sujet, en a reproduit quelques-
unes, en leur ajoutant une réfutation habile (3) : « Si la semence
del'homme, a-t-on dit, estl>ien une Table gardienne particulière
(1) Cette théorie est manifestement empruntée aux thèses du néo-platonisme :
pour Plotin {Ennéade III, livre 4), l'àme est essentiellement libre, parce que
I5 caractère qu'elle revêt, et la manière dont elle agit, dépendent uniquement de
son choix, et parce que les contingences extérieures n'ont pas d'action sur ce
choix; l'àme n'est pas contrainte par un démon particulier, qui serait son
démon, parce qu'elle change de démon en changeant la modalité de sa vie,
et cela autant de fois qu'elle en change. Notre démon, en effet, est la puissance
immédiatement supérieure à celle qui agit principalement en nous, et sur nous;
selon que nous vivons de la vie sensitive, de la vie rationnelle, de la vie intel-
lectuelle, nous avons pour oatjxwv, la raison, l'intelligence, le bien : c'est-à-dire que
le Saî|xa)v est toujours à un stade supérieur d'un degré à celui de l'homme qu'il
inspire; nous sommes donc entièrement libres de choisir notre Saîjiwv, puisque
c'est uniquement de noire libre arbitre qu'il dépend d'exercer une faculté
déterminée, laquelle est sous l'inlluence d'un gatij.w/ déterminé; Plotin, dans
ses Ennéades, ne fait que développer les théories que Platon expose dans ses
Dialogues, ce 8a{[xcov, qui est le régissant de notre àme, n'étant pas, en défini-
tive, différent de l'idéal que l'homme se propose de réaliser durant sa vie,
idéal qui est toujours très au-dessus de ses moyens matériels, moraux, intel-
lectuels; seuls, sont des Amours les démons qui naissent de la passion que
l'àme ressent pour le beau et pour le bien.
(2) Madjma al-bahraïn, page 190.
(3) Page 189.
[41]
LA PENSPÎE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 103
jj)L:k Js^a^-' _ J, sur laquelle se trouve gravé un destin inclue-
table, à quoi peuvent servir les missions des prophètes, des
envoyés divins, des saints, ainsi que les œuvres des philosophes
et des savants, les remèdes des mcdecins? » Shams ad-Din
réplique à cette redoutable objection que, si la semence humaine
est bien une Table gardienne particulière, si toute entité qui se
trouve écrite sur cette Table particulière doit inéluctable-
ment se trouver reproduite sur les surfaces du v Feuillet
déployé » ,^i^» L, qui est l'homme, l'homme n'est pas unique-
ment composé d'images, d'idées ^jx^ provenant de la Table
gardienne particulière du microcosme, qui est la semence
humaine; qu'au contraire, plusieurs de ses idées, de ses
concepts, proviennent de la Table gardienne intégrale ^J
^U ^jisr^, laquelle se trouve dans le monde transcendantal;
de cette Table gardienne intégrale proviennent la raison Jjb,
l'esprit qui est propre à l'homme ^3L.j| ^^ ., la science, les idio-
syncrasies (j^^', tandis que de la Table gardienne différentielle
proviennent le corps, l'esprit d'animalité çjU-=^ ~^ ,, les facultés
des sens. Le bonheur et le malheur, la richesse et la pauvreté,
la santé et la maladie, en général, les contraires et les contrastes
de la vie, sont écrits sur cette Table particulière, d'après les pro-
priétés du temps, c'est-à-dire, comme on l'a vu plus haut, d'après
la détermination des moments qui ont présidé à la conception,
et aux deux autres stades de la formation de l'être; mais le
mouvement ne s'y trouve point écrit, c'est-à-dire que l'homiire
possède le libre arbitre à un moment donné, lequel est inéluc-
table d^ailleurs, de mettre en action, à son choix, les «''lémcnts
contraires qui ont été déterminés pour surgir, l'un ou l'autre,
non l'un et l'autre, à ce moment précis; l'homme, ajoute le
mohtasib d'Abarkouh, possède le libre arbitre pour cet élément
unique de sa destinée, pour tout le reste, il est étroitement
déterminé.
Tous les philosophes, continue l'auteur du Madjma al-
bahrain, s'accordent pour affirmer que l'homme jouit du libre
arbitre en ce qui concerne le mouvement vj>.5^a^, car tous les
êtres animés ont ce privilège, et il fait partie intégrante de leur
[42]
104 REVUE DE l"0RIENT CHRÉTIEN.
nature; ce qui explique comment les êtres humains sont libres
de leurs paroles et de leurs actes, comment ils peuvent, à leur
gré, faire le mal ou le bien, et cela établit, en même temps,
l'utilité de la mission des envoyés divins, ainsi, d'une façon
générale, que celle de tous les efforts faits par les érudits.
Puisqu'il est écrit d'une manière inéluctable dans la semence,
ont dit d'autres philosophes pointilleux (1), qui ne manquaient
pas de logique, puisqu'il y est inscrit par le Kalam primordial
qu'un être sera savant ou ignorant, riche ou pauvre, heureux
ou infortuné, c'est donc que la science, la fortune, le bonheur,,
sont indissolublement attachés à son existence ; il semble donc
que l'homme ne devrait avoir aucun besoin de rechercher la
science, d'étudier les livres, de travailler pour acquérir la
richesse, ou de peiner pour la conserver, d'intriguer pour se
créer une situation enviable, ou pour la garcler, s'il en a hérité;
il paraît, au moins à première vue, que, dans un système aussi
étroitement déterminé, l'individu n'ait qu'à se laisser vivre, et à
attendre la réalisation inéluctable de son destin, que tous ses
efforts seraient vains pour atteindre la science, la fortune, la
félicité, si elles ne lui ont pas été départies.
Mais les choses, dit l'auteur du Madjma al-bahraïn, sont
beaucoup moins simples, et elles se passent, dans la réalité
tangible, d'une manière infiniment plus compliquée; car
l'homme doit chercher la science, s'il veut savoir; travailler,
pour gagner sa fortune; lutter, souvent âprement, pour cons-
truire son bonheur.
Comment expliquer cette contradiction, comment résoudre
cette difficulté, comment faire saisir et comprendre la différence
qui sépare ce qui est inéluctablement écrit sur la Table
gardienne du sort dans le microcosme, et sa réalisation dans la
vie de l'homme, laquelle ne s'y trouve pas écrite? : « Il est
certain, dit l'auteur du Madjma al-bahraïn, que les prédisposi-
tions à la science, à la fortune, au bonheur, en môme temps
qu'à l'action, sont écrites sur la Table gardienne différentielle,
dans la semence de l'homme; mais ces prédispositions, ces
vocations, ne sont écrites que sous forme potentielle, et non
^ (1) Madjma al-bahraïn, pages 190 et 2*25.
[43]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE .MYSTICISME ORIENTAL. 105 •
SOUS forme réelle; elles ne peuvent se révéler, et produire leurs
effets, (ju'à la condition d'un effort accompli par l'homme; ce
qui constitue la différence entre les individus, c'est justement
que quelques-uns font cet effort, tandis que d'autres ne
daignent, ou ne peuvent le faire : certains ont de la facilité,
d'autres en manquent totalement; car, dans la résolution de ce
problème, il convient, au suprême degré, de tenir compte de
l'inclination et des goûts particuliers des caractères, suivant ce
qui a été dit : « Chacun atteint facilement ce qui a été créé pour
lui. »
L'argument ne manque pas d'habileté, mais il ne prouve rien,
et il ne tarde pas à se retourner contre celui qui l'invoque;
certes, il y a des gens, la majorité, qui ne comprendront jamais
un mot de ce qu'ils font, et qui se traîneront toute leur vie sur
les questions qu'ils étudient péniblement, sans jamais y voir
clair, sans pouvoir les dominer, sans être capables d'en aperce-
voir l'essence, ou d'en deviner l'intérêt; d'autres le font sans
effort, par une sorte de divination, laquelle n'empêche, s'ils
veulent devenir de véritables savants, qu'ils doivent se donner
la peine d'apprendre la technique de la science; Hugo et Rodin,
qui furent des poètes, ont écrit sur les cathédrales des pages qui
ne sortiront jamais de la plume d'architectes ou d'archéologues;
mais l'un et l'autre, sans être des techniciens, s'étaient astreints
à étudier le plan des basiliques chrétiennes, leur évolution,
leur histoire, et aussi la grammaire française.
Mais si le savant doit cultiver sa vocation par l'effort, s'il fait
cet effort, n'est-ce pas que cet effort, qui est un acte, une cons-
tante de son idiosyncrasie, a été déterminé par l'Etre unique au
principe des siècles, sans quoi il fût resté, ce qui arrive, un cré-
tin heureusement doué. Les philosophes qui ont avancé cette
explication casuistique semblent avoir éprouvé le besoin impé-
rieu.x de réfuter leur théorie, car ils retournent tout net au
déterminisme, et ferment le cercle, en disant, ce qui est la con-
tradiction même, que l'homme est déterminé pour tout ce qui
regarde et concerne ses prédispositions, tout en ayant son libre
arbitre absolu pour les moyens matériels de faire sa vie et d'en
combiner les éléments ^lj*=^î.
144J
106 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
L'auteur du Bahr al-maani {\), Mohammad ibii Nasir ad-
Din, donne une théorie du libre arbitre assez différente de celle
de Shams ad-Din d'Abarkouh, ce dont on ne saurait s'étonner
outre mesure, étant donnée la personnalité étrange de cet
ontologiste.
Tout ce qui est crée par la toute-puissance divine c^j-J^s est
obligatoire et inéluctable, tandis que tout ce qui est créé par le
bon vouloir o-^s^'* de la Divinité n'a point ce caractère de
nécessité, de contrainte, et demeure soumis au libre arbitre.
Ainsi la puissance de brûler, le dliarma de brûler, eût dit
Sakyamouni, existe dans le feu, et le libre arbitre .1^1, dans
l'homme; le feu ne saurait faire autre chose que brûler; l'homme
peut, à sa volonté, se faire brûler, ou non. L'homme veut aller à
gauche, il va à gauche; s'il ne veut pas aller à gauche, il va à
droite; s'il ne veut aller ni à droite, ni à gauche, il reste en
repos; s'il ne veut pas rester en repos, sans aller à droite ou à
gauche, il se remue; et cependant le mouvement est une entité,
une constante, qui a été créée obligatoire et déterminée; donc
l'homme est libre d'agir à sa guise en ce qui concerne les cons-
tantes.
Cette théorie, cette doctrine, sont aussi enfantines que les
dissertations du Madjma al-baliraïn, et elles pèchent par les
mêmes défauts : si l'homme jouit de la faculté de choisir ses
actes, et de les accomplir en toute liberté, il n'y a plus de des-
tin, de prédestination, de fatum, de Tables gardiennes du sort;
l'idiosyncrasie de la matière non pensante est d'être déterminée ;
l'essence de l'être raisonnable est d'être maître de sa desti-
née; il est absolument libre de faire ce qui lui convient, dans
l'ordre matériel, comme dans l'ordre moral, car, dit Nasir ad-
Din, dans le Bahr al-maani, le fait de jouir de son libre
arbitre ^jLxs-' est pour l'homme une qualité innée, un attribut
essentiel, comme la qualité innée, l'essence du feu, sont de
brûler, celles de l'eau, d'être froide (2).
(1) Mail. supp. persan 966, folio 192 recto.
(2) Ibid., folio 192 verso.
[45]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. lUT
Et cette doctrine est plus large que celle du Bouddhisme, qui
enseigne que les dharmas, les idiosyncrasies qui déterminent
la forme et la modalité de la vie. sont des entités invariables,
tout à fait indépendantes du libre arbitre, avec lequel elles sont
en contradiction absolue; le dharma du voleur est de voler,
celui du meurtrier, de tuer, dans des directions absolument
déterminées, qui rappellent les théories les plus étroites des
ontologistes, des doctrinaires du système des deux Tables gar-
diennes, sur lesquelles la Divinité a écrit un destin inéluctable.
Il n'en reste pas moins vrai que cette doctrine du libre arbi-
tre est essentiellement contraire à la mentalité des ontologistes
musulmans, car Nasir ad-Din ne tarde pas à citer des sentences
qui disent : « Celui qui, par sa nature, est heureux dans ce bas-
monde jouira également du bonheur dans l'au-delà (1) », ou dont
le sens général est que les êtres humains sont absolument
incapables de changer, en quoi que ce soit, la nature des idio-
syncrasies vji^^^iii, avec lesquelles, suivant lesquelles, Dieu les a
créés, qu'Allah traitera ses serviteurs, dans rÉternité future,
suivant la manière dont ils les aura traités dans rEternité
d'avant leur vie terrestre (2), ce qui constitue des assertions
assez navrantes, lesquelles d'ailleurs contredisent formellement
la célèbre sentence attribuée au Prophète : « Ce bas-monde est
le champ dans lequel est jetée la semence qui germera dans
l'autre » (3). C'est là, dit Nasir ad-Din, un très grand mystère,
car ces affirmations sont formellement antinomiques, et elles
ne peuvent s'accorder. Il est exact, et absolument conforme au
dogme islamique, comme à celui du Christianisme, d'affirmer
que les actions de la créature sur cette terre préparent et déter-
minent la vie future, celle qu'elle connaîtra dans le monde méta-
physique; mais ce qui est essentiellement contraire au dogme,
d'ailleurs inutile en théologie, du libre arbitre, que Nasir ad-
Din vient d'exposer, c'est de parler de l'homme heureux
(1) »JUv~.l -V-X.W V-J C^v=^' .-^ sJ:^^^ w\^^ ïjLk :! àS^i, ibid., folio 194
verso.
(2) Ji^î J ç^^^ ^' J- ^^^^ J^ ^^-'' JM J^- ^^^' j'; «--«''
en fait, est l'Éternité qui n'a pas de commencement; abad, celle qui n'a pas de
fin, lesquelles sont discriminées par la vie de l'homme.
(3) ïj^S^] 'ii.y Ljj.31.
[4G1
108 REVUE DE l'orient CHRÉTtEX.
par sa nature, par sa détermination, par la volonté suprême^,
par le Décret divin, lequel, par cela même, est heureux dans
TEternité transcendantale; parallèlement, l'homme qui est mal-
heureux par nature, ici-bas, le sera aussi dans le monde imma-
tériel; mais cette nature, heureuse ou malheureuse, bonne ou-
mauvaise, par définition, ne provient pas de son choix; elle-
lui est imposée par la volonté divine, ce qui contredit absolu-
ment les sentences que l'auteur du Bahr al-maani s'est donné
la peine d'écrire pour affirmer l'existence du libre arbitre chez
l'homme.
Celte déduction, en partant de la sentence attribuée à Moham-
mad, était à peu près fatale; il n'y faut point voir un emprunt
au Bouddhisme, ou plutôt une imitation tronquée du samsara,
où la vie terrestre, déterminé par les vies antérieures, déter-
mine à son tour les existences futures. L'évolution de la pensée
mohammadienne s'est faite tout entière dans l'esprit musul-
man; l;i seule erreur des ontolo£i'istes a été d'y introduire le
concept d'un déterminisme, d'une prédestination, auxquels le
Prophète illettré n'a certainement jamais pensé.
En fait, les ontologistes musulmans en sont arrivés à pro-
fesser cette doctrine que, si le ■f,ba\}.cc^ le monde nouménal, est
absolument déterminé, la destinée de l'homme, du \j.vA^by,za\j.oz,
ne saurait l'être; les étoiles sont fixées d'une façon immuable-
sur la voûte du ciel, le monde gravite dans l'espace suivant
une série de lois inéluctables, qui n'ont jamais varié depuis
l'origine des temps, et qui ne cesseront pas de régir ses mouve-
ments, bien après la date a laquelle la vie sera éteinte sur la terre,
qui est le centre du viaj^.cç, pour laquelle le %b(s\).zq a été créé.
Mais cette vie, tant qu'elle existera, ne pourra jamais se
ramener à une formule, ou a quelques formules, si compliquées
qu'on veuille se les imaginer; il y a dans la vie des hommes,.
surtout dans leur vie intellectuelle et morale, des évolutions et
des retours qui défient toute analyse, qui échappent à toute
prescience.
Ce qui est déterminé dans l'homme, c'est sa partie matérielle,
qui sert de substratum, de véhicule, à sa partie immatérielle,
laquelle ne saurait agir sans le secours de cet instrument,
malgré sa défectuosité; tant que l'homme existera et vivra sur
[47]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 109
cette terre, son type et sa constitution se ramèneront à des for-
mules déterminées, à des types fixes, en petit nombre, que Ton
peut dire invariables, cet organisme matériel étant conduit
par une force immatérielle, qui est l'àme, ou l'esprit, laquelle se
manifeste suivant des tendances que l'on nomme vocation, ou
prédisposition.
Quelles seront ces tendances, quels seront les actes auxquels
elles conduiront, qu'elles provoqueront, c'est ce (jue l'on peut
dire, d'une façon assez précise, très précise même, pour l'ensem-
ble de riiumanité, les hommes qui la composent, sous des
aspects divers, trompeurs, fallacieux, ne pensant guère qu'à
deux choses, jouir et ne rien faire, ce qui se ramène en fait à
une seule préoccupation, une « volonté pour jouir », au lieu et
place de la « volonté pour vivre » de Schopenhauer, laquelle est un
pur enfantillage, une niaiserie, la vie, pour les hommes, n'étant
digne d'être vécue que si elle est accompagnée de beaucoup
de jouissances, toutes plus matérielles les unes que les autres.
Mais si l'intégrale des actions humaines se présente sous les
espèces d'une formule simple, ses différentielles, les éléments
•qui la composent, qui ne sont autres que les modalités de la
conduite des êtres humains pour arriver à réaliser leur pro-
gramme, sont en nombre infini, indéfini, sans que l'on puisse
concevoir leur réduction à une quantité finie; et, comme on
vient de le voir, c'est en ce sens que les ontologistes ont écrit
<iue l'Être suprême ne cesse de tracer la Création sur la Table
gardienne du sort du microcosme. Ces savants eussent pu ajou-
ter que si l'Être unique s'était à lui-même fixé un plan absolu-
ment définitif, des limites invariables, pour cette œuvre, en
•écrivant la Création sur la Table gardienne intégrale, dans une
forme qui exclue toute révision, s'il s'était interdit rigoureuse-
ment de modifier, ou de laisser modifier, le sort des hommes,
il se serait lui-même déterminé d'une manière stricte, en se
défendant, en s'interdisant tout acte de volition durant TÉternité
entière, ce qui serait une singulière diminution de sa toute puis-
sance; Allah, est-il dit dans le Koran, maintient ce qu'il veut,
d'où il suit, manifestement, qu'il peut changer ce qui lui plait.
Telle est la seconde théorie des ontologistes; théorie prodi-
gieuse, si l'on prend garde à l'époque ;i laquelle elle a été
[481
110 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
formulée, à la prescience qu'elle suppose des découvertes
mathématiques et biologiques les plus importantes des derniers
siècles.
D'ailleurs, les ontologistes professaient cette doctrine, et avec
raison, que ce problème angoissant des destinées humaines,
comme celui du châtiment qui attend le pécheur au delà de la
tombe, dépassent, et de beaucoup, les limites concédées à la
raison; qui nie le libre arbitre dans l'homme, dit l'auteur du
Madjma al-bahraïn, qui attribue le bien et le mal à Dieu,
émet une opinion erronée: il en va de même de celui qui sou-
tient d'une façon absolue que les actions humaines dépen<lent
uniquement de la volonté de la créature, en niant complètement
la prédestination; la vérité consiste en un syncrétisme des
deux théories, de la doctrine du déterminisme intégrai, de la
négation systématique de tout libre arbitre, et de celle du libre
arbitre absolu, suivant laquelle les actions de l'homme dépen-
dent uniquement de sa volonté et de sa volition, non de la
prédestination (1); en d'autres termes, le juste milieu entre ces
deux opinions isL^ ♦ Ji;;^.* est la véritable doctrine, de même
que la vérité réside dans un juste milieu entre les puissances
de la science et de l'action, entre l'enfer et le paradis; ce
juste milieu étant le discriminant, le moyen terme ^j^»-», entre
deux extrêmes, entre deux opinions également exagérées.
Les destins du yiat^.oç sont écrits sur la Table gardienne du
sort en lettres immenses; chacun de ces caractères, a dit Ali,
au témoignage de l'auteur du Balir al-maani, est plus haut
que le mont Caucase (2). Depuis le plan du stade du Trône
Jr^ jusqu'à celui du plan du stade de l'Estrade ç^/, sur
laquelle il est placé, dit le Madjma al-balirain (3), en d'autres
(1) O-wi j^-Sj j>.^ ^L* ^oow ^.i-i^t O-J"^*
(2) ^_p J^ ^^ M^\ )à^h^^\'^^\ J, ^j^ JS', folio 177 verso.
(3) Page 186; le Trône est le lieu du Koran, l'Estrade, le lieu du Fourkan:
dans le microcosme, la raison Jss, est la réplique du Trône, l'àme, la réplique
de l'Estrade.
[10]
LA PEXSKE GRECQUE DAXS LE MYSTICISME ORIENTAL. 111
termes, depuis le point terminal dos degrés de la raison Ja=
jusqu'au point ultime des degrés de TAme (universelle), se
trouve le stade béni ^^,ssr* ^U,*, lequel est susceptible de multi-
plicité j^O et des contraires. C'est en ce stade que réside la
science vju^Ca. mohammadienne, et, pour cette raison, on le
nomme le tribunal i.J^ de Moliammad. C'est en ce stade que
se tient l'Écrivain ^j^ du 7.b7\).o:, c'est-à-dire Dieu, ainsi que
l'Écriture, autrement dit les Tables gardiennes; les Tables sont
visibles, mais l'Être unique est invisible; de ce lieu sont partis
les propiiètes, comme Mahomet, pour se révéler sur cette terre.
Les ontologistes, ajoute Shams ad-Din d'Abarkouh, donnent
à Dieu, qui traça le texte des destinées du monde, le nom de
r« Écrivain transcendantal » ilis^! s.^^!»" 11'!; son âme ^àj est le
Kalam qui lui servit à accomplir cette tâche ; sa Face éternelle est
le Livre, le v .1:5', dont il est si souvent parlé dans le Koran c'est-
à-dire les Tables gardiennes du sort, qui conserveront, durant
toute l'Éternité la forme que l'Être unique a pensée pour l'uni-
vers. Le nom de la Divinité est triple, et ses trois aspects se
trouvent réunis dans la formule initiale des sourates du Livre,
puisque Allah est le nom de son essence, ar-Rahman « le Clé-
ment », celui de son âme, autrement dit le nom du Kalam,
qui est l'Existence primordiale, ar-Rahim « le Miséricordieux »,
le nom de la Face divine, c'est-à-dire du Livre qui est ouvert
dans les cieux, de la Table gardée intégrale, dont les livres
des prophètes constituent chacun un des feuillets.
L'auteur du traité d'ontologie, intitulé Marsad al-ibad (1),.
Nadjm ad-Din Daya, dit que le Kalam qui servit â Allah pour
écrire la Création avait un bec ^J^-, qui était l'esprit de
Mohammad ^^^^ -^j^ (2), et un autre l'Intelligence (primor-
diale) Jï- ; le Kalam, l'Existence primordiale, aurait dû pos-
séder trois becs qui correspondissent aux trois aspects entre
(1) Man. siipp. persan 1082, folio 11 recto.
(2) Sic: le Prophète i^a»-!^ a dit : • la première entité que créa Allah fut le^
Kalam; la première entité que créa Allah fut l'Intelligence (primordiale) JJùJl ;.
la première entité que créa Allah fut mon âme -, et, ajoute l'auteur, ces trois
assertions sont l'exactitude même, l'âme du Prophète illettré étant identique â
l'Intelligence primordiale et au Kalam.
[50]
112 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
lesquels les métaphysiciens divisent et répartissent les entités
du monde nouménal, ainsi que les existences du monde phé-
noménal, ces trois becs représentant Allah, le Clément, le
Miséricordieux, ou, suivant un second aspect ontologique,
TEssence, l'Ame, la Face d'Allah, dont la tradition a dit que
toute entité du -/.ôctij.o; périra, sauf la Face de la Divinité; mais
î le Kalara primordial n'avait été créé, comme tous les kalams,
qu'avec deux extrémités, et la puissance d'Allah n'allait point
jusqu'à altérer les constantes géométriques, jusqu'à donner
'trois extrémités à une ligne droite, ou sa volonté négligea de
le faire, aussi l'Être unique se borna-t-il à dédoubler le bec
de l'une des extrémités, ce qui, finalement, donna, les trois
becs de plume dont la Divinité avait besoin pour écrire le Destin.
Cette théorie du Kalam éternel ne laisse point que de présenter
certaines difficultés, car on la trouve exposée, sous des espèces
d'aspects imprécis, jusqu'à un certain point divergents et con-
tradictoires, dans les livres des ontologistes; la thèse primi-
tive était visiblement, d'après la logique de ces théories
étranges, que le bout du Kalam qui n'avait qu'un bec, éi:rivit
les intégrales sur la Table gardienne générale, les deux becs de
' l'autre extrémité écrivant les différentielles, les contraires, sur
la Table gardienne particulière.
Cette théorie était assez conforme à la logique de la doctrine
des métaphysiciens, mais elle leur a semblé trop simple, parce
qu'elle ne satisfaisait point le besoin de complexité qui s'est
développé dans leur esprit, et elle a été fortement altérée, pour
la faire cadrer, assez artificiellement, avec le système des
quatre Tables gardiennes, qui dérive du système primitif des
deux Tables d'Abd ar-Rezzak, et ces déformations, dont la trace
est très visible, ont obscurci sa trame jusqu'à la rendre, par
endroits, incompréhensible. On lit, en effet, dans le Macljtna
al-bahrain (I), une dissertation sur ce sujet, incomplète de
plusieurs termes, d'où il résulte, que dans l'idée de son auteur,
ou, tout au moins, du métaphysicien dont il a copié les termes,
le Kalam qui a servi à écrire le Kornn ne pouvait tracer que
>le Bien absolu, la Lumière idéale, à l'exclusion complète du
- (1) Page 185.
[51]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 113
mal, les différentielles heureuses, à Texclusion de celles qui
«ausent le malheur (1), ou plutôt les intégrales sans périodes;
d'où il suit, semble-t-il, ce que l'auteur a oublié de dire, que
c'est avec le Kalam, du côté où il ne présentait qu'un seul bec,
que le Tout-puissant a écrit le Koran sur la Table de l'Esprit,
et, partant, la création sur le Livre du destin; quant au côté du
Kalam qui a servi à écrire le Livre discriminanl j'-^yi il avait
deux becs, dont l'un traça les lignes du bien, tandis que le second
traçait les lignes du mal; d'une façon générale, ce Kalam,
c'est-à-dire l'extrémité du Kalam, qui avait deux becs, écrivit
les contrastes, la science et l'ignorance, la lumière et l'obs-
curité, le bien et le mal, mais synthétiquement, dans leurs
intégrales, et dans des intégrales à deux périodes, qui peu-
vent prendre deux valeurs opposées pour une même valeur
de la variable indépendante, le Temps. D'où il suit que le Koran
ésotérique est dans le monde transcendantal, qui contient les
intégrales, et que le Fourkan, le Livre discriminant, tout en
étant créé dans la Transcendance, est destiné au monde sen-
sible, que le Koran ésotérique est le prototype potentiel de
tous les Livres discriminants qu'il plaira à Allah de distri-
buer aux hommes, dans la succession des âges, le Penta-
teuque, les Évangiles, le Koran du vir' siècle, qui, en fait,
n'est qu'un « Livre discriminant », un Fourkan, comme cela,
d'ailleurs, ressort suffisamment, et visiblement, xle la lecture
du texte sacré (2).
(1) L'Écrivain éternel, dit cet auteur, a écrit les versets du Koran sur la Table
■de l'Esprit ~ji, et les versets du Livre discriminant ..j^^j-^ sur la Table de
l'Ame ^r^J ; on a vu -un peu plus liant que le Koran r(''side dans le Trône,
qui répond à la raison j.ss. du microcosme, pour cette cause que les raisons
Jjïc sont l'intégrale de l'Esprit de Sainteté, et que le Fourkan réside dans
'Estrade qui soutient le Trône, à Un stade fort inférieur, puisqu'elle correspond
à l'Ame, et puisque les sens , j^^j^ forment la somme de l'âme raisonnable.
(2) Le •• Livre discriminant ■>, comme l'indique nettement le sens étymologique
(le son nom, est celui qui permet aux hommes de discerner^ de discriminer, la
vérité de l'erreur, de se conduire d'une manière qui les conduise à la béatitude
(lu Paradis; il est un ensemble de préceptes religieux et moraux. Le Koran ésoté-
rique, le véritable Koran, dans la Transcendance, contient, dans son. Intégrale,
en même temps que tous ces <■ Livres discriminants » différentiels, Pentateuque,
Évangile, Koran du vn'= siècle, sans compter tous les feuillets qui furent révélés
[521
01{1F.^T CnUKÏIEN. 8
114 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Le Koran (ésotéiique), dit Abd al-Karim al-Djîli, dans son
al-Insan al-kamil (1) est l'Essence même d'Allah, tandis que
le « Livre discriminant », représente ses attributs; il signifie
l'intégrale de la valeur ésotérique J^^^i^ des noms d'Allah, et
de ses attributs, qu'ils expriment dans leur diversité et sous
les aspects de leurs nuances; le Kor^n (2) signifie l'Essence,
dans laquelle sont anéantis les attributs; il est, et elle est
l'entité qui se manifeste dans la iMonéité ^j^^i (3); c'est elle
qu'Allah a fait descendre sur son Envoyé, de telle sorte que
le Prophète fut le théâtre -H^^ dans lequel se manifesta tan-
giblement l'Unité d'Allah dans le monde matériel, de même
que le Koran est le théâtre de la manifestation de l'Unité
d'Allah dans la Transcendance; quant au « Livre discrimi-
nant » (4), il est rUnéité ïj-^a^yi, tandis que le Koran du
vu" siècle, ^-^^^^ ^.'^^K est l'idios^ncrasie représentée par
l'épithète « le Clément » ilJU=s.y (5).
successivement aux prophètes, l'intégrale de la Vérité religieuse, de la doc-
trine divine, de la métaphysique, de l'ontologie, de l'eschatologie, sous une
forme mjstique, ou plutôt ésotérique, sous des espèces amorplies, qui ne peu-
vent être perçues par les hommes, qui, si elles revêtent une apparence tangible
pour Allah, sont imperceptibles pour les sensésotériques, pour la raison humaine,
qui n'en i)eut saisir (jue des transpositions différentielles, des matérialisations
déformantes. Dans la tiiéologie musulmane, le Fourkan, dit le Lisan al-Arab, est
simplement un des noms du Koran; il est ainsi nommé parce qu'il discrimine
yafrikou entre la vérité et le faux, entre ce qui est permis et ce qui est défendu,
ce qui implique le concept d'une spécialisation du sens plus général d'écriture
céleste; tout ce qui discrimine yafrikou entre ce qui est vrai et ce qui est faux,
dit la Lisan al-Arab, est le Fourkan; c'est en ce sens qu'Allah a dit : <> Nous avons
envoyé le Fourkan à Moïso et à Aaron », et « puisque nous avons envoyé le
Livre et le Fourkan y3jSû]^ v jUxJi à Moïse, peut-être vous garderez-vous
dans la voie du salut » ; le Fourkan, dans ce passage, est le Livre dans son
essence même, c'est-à-dire la Bible; cette expression, en fait, constitue une
tautologie, laquelle a l'intention de marquer que le Livre ■> >u5' envoyé à Moïse-
possédait l'idiosyncrasie de discriminer faraka entre le bien et le mal.
(l) Ms. arabe 1357, folio 67 verso.
(^>) Ibid., folio G6 verso.
(3) Les Mystiques, comme je l'ai expliqué autre part, ont divisé l'Unité divine
eu trois aspects, toujours sous l'influence du nombre •< trois » de la Trinité
clirétienne, wahda « unité », ou « unitisme »; wàhidiyya « unéité », ahadiyya
« monéité », ces traductions étant conventionnelles.
(1) Ibid., folio 20 recto.
5) D'où il faut déduire, ce qui est l'évidence même, que le Koran que nous-
possédons n'est ni le Koran, ni le Fourkan, de la Transcendance, mais
[53] .
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 1 13
Cette question ne laisse point d'être l'obscurité même, et le
fait n'a rien ((ui puisse beaucoup étonner; les dogmatiques,
peut-être, n'avaient-ils point d'opinion définie 'sur une difficulté
à laquelle ils n'arrêtaient point leur attention, et que chacun
résolvait à sa façon personnelle, à la mesure de ses idiosyn-
crasies, comme tous ces problèmes d'ontologie mystique, où le
vocabulaire, la matérialité de l'expression, sont déficients pour
traduire la pensée, et la déforment dès qu'on la veut matériali-
ser; car le sentiment ne peut guère se traduire, dans l'extase,
que par les accords de la musique, ou par l'expression des vérités
mathématiques, par les symboles géométriques, ce qu'a mer-
veilleusement compris le divin Platon. C'est un fait curieux
que le mohtasib d'Abarkouh, dans son Madjma al-bahraïn (1),
a écrit ces lignes : « Quand, par l'ordre de la Prescience pri-
mordiale, qui est la créatrice de toute essence c^I>U, qui pos-
sède la toute-puissance sur toute existence métaphysique, trans-
cendantale, vjuiia., cette parole fut adressée à l'essence du
sperme : « Sois le sperme! », le Kalam transcendantal ^^1 J^ se
fendit en deux, son bec de droite devenant l'Esprit r-j,, son
bec de gauche, le corps, c'est-à-dire que son bec qui correspond
aux attributs, à Tidiosyncrasie de l'humanité c^' (3^' ^st la
raison, tandis que son bec qui correspond aux attributs, à
l'idiosyncrasie de l'animalité ^^^j ^t., est la nature matérielle,
animale o^*^ ».
D'où il faut naturellement comprendre, ce qui est logique,
et très satisfaisant pour la raison, qu'Allah se contenta du
Kalam à un seul bec tant qu'il écrivit la Création sur la Table
gardée générale, dans ses intégrales, et que ce fut juste au
moment où sa tâche fut terminée qu'il dédoubla le bec du
Kalam, pour écrire sur la Table gardée particulière, dans la
semence humaine, les complexes différentiels, ou, pour être plus
un aspect inférieur de ces entités métaphysiques; ce qui ne permet point d'ail-
leurs de penser, comme l'a fait M. Casanova, que notre Koran n'est pas le vrai
Koran, et qu'il y a quelque part, dans ce bas-monde, bien caché, le vrai
Koran; dans un autre passage, l'auteur dit (folio 20 recto) que le Koran est
l'Essence, le Fourkan, les attributs, le Livre, l'Existence absolue ^ilLJl ^j^jJ).
(I) Page 207.
[54]
]\Q REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
exact, les séries d'intégrales à double période, qui constituent
les constantes de la Création, Tun des becs écrivant le blanc et
le bien, le second, le noir et le malheur.
Puisque le Kalam ne pouvait écrire qu le Bien absolu et
unique sur le Koran transcendantal, Allah le mania de la main
droite, tandis qu'il traça les lignes du Livre discriminant
^Isy, en prenant le Kalam de la main gauche, en le tenant
entre les deux doigts de cette main que Ton nomme « les misé-
ricordieux )) (1), rÈtre unique étant ambidextre, suivant ce
qui est dit dans le Koran : « chacune de ses mains est une
main droite (2) ».
Les ontologistes donnent plusieurs noms au Kalam qui
servit à Allah pour écrire la Création (3); ils le considèrent
comme étant l'Ame ^j^ de l'Etre unique, et ils le nomment
le Kalam primordial Jj"^i Ja^î (4), pour bien marquer qu'il est
(1) -jU.2w. s.^^^1 a^, d'après ce qui est dit <■ deux doigts des doigts (de la
main) du Miséricordieux ,^>.::s.j,') ak.^' w» .^.ju-^l, ce qui est une partie
de la tradition bien connue w^w^a.^'! ^A.oi y> ^,x^.o' ^j .^^Jl v ^'i
JJ^i \ iS ^Ss.) « le cœur kolb du croyant est entre deux doigts des doigts
du Miséricordieux; il le tourne youkaUibou comme il veut », d'où il suit que
le sens qu en ont tiré les Ésotéristes est au moins, suivant leur habitude, une
exagération.
(2) ,.y-i^ ^•^-'> ^-2, page 181; rien, dans le texte du Madjma al-bahraïn,
n'indique formellement qu'Allah a écrit le Fourkan de la main gauche, mais
le fait dérive naturellement du besoin que le mohtasib d'Abarkouh a éprouvé
de bien spécifier que les deux mains d'Allah sont des mains droites.
(3) L'Écrivain transcendantal Ji^is>. ^ ,00 est Allah, son encrier est le
Noun, son Ame (i-*^, le Kalam, sa Face, le Livre; le Kalam a deux becs, parce
qu'il a produit les contraires (Madjma al-bahraïn, page 182); l'écriture sJi^i'c^
est dans la visibilité, l'Écrivain dans l'invisibilité, ibid., page 186.
(4) Le bonheur et le malheur, la science et l'ignorance, les contrastes, en
général, coexistent dans le sperme, et en sont inséparables; on les nomme
<. état •- et <• stade ■• ->-^.'jj A^'3 J'-^ ^r^^ji ••• O-"— '! i\ ^^i, àikj u ; ils sont des
formes tracées comme des peintures, ou comme des dessins ^Jifi^JL.',
par le Kalam primordial, que l'on nomme le Décret [^i et l'Ordre de Dieu
) Jik *N:s. ; contrecarrer le Destin n'est point chose aisée, car l'homme est étroi-
tement déterminé par rapport à l'Ordre de Dieu; Djourdjani (Guyard, Abd
ar-Razzdk, p. 160 note) identifie formellement kaza et houkni; le Kalan)
primordial, dit l'auteur du Madjma al-bahraïn, page 210, que l'on nomme 1
[50j
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 117
la première entité qui fut crt'ée dans le 7.icr[j,cç. Ces auteurs
estiment avec raison qu'il ne faut pas prendre ce terme de
Kalam dans son sens matériel, mais bien dans son sens méta-
physique, et ils insistent sur ce point, tels Nadjm ad-Din Daya^
dans leMarsad al-ibad, qui en fait le pur Esprit mohammadien
^A^ssr^ .^/''-J ^jj (1), et le mohtasib Shams ad-Din d'Abarkouh,
qui ridentifie avec le Décret divin î-^. Les Mystiques admettent,
d'une manière générale, que ce Kalam ésotérique est une essence
primordiale J^î ^^^^-^ que la Divinité a créée au début de la
période cosmique, et telle est la doctrine qui se trouve exposée
dans le Maksad-i aksa de Aziz ibn Mohammad al-Nasati (2),
lequel enseigne que l'Être éternel le créa en un clin d'œil de soa
ipséité s-^-^j=^, sans aucun intermédiaire, sans qu'aucune autre
intelligence que la sienne en puisse comprendre les attributs et
en pénétrer les idiosyncrasies; aussi les métaphysiciens l'ap-
pellent-ils encore l'Intelligence primordiale J^'^l JïxJ!, l'Esprit
de relativité ^'-^î ^jj (3), la Lumière, le monde d'Allah,
le pur Esprit mohammadien j:_v^-' ^Ij ^^ . (4), et, suivant
le Madjma al-bahraïn (5), Esprit primordial, Essence pri-
mordiale. Intelligence primordiale, Lumière primordiale,
Kalam sublime, Matière primordiale, J,j! »3U, Protoplasme
J,j! "^^ft^, Table gardienne intégrale M ^àJ.^ -.p, d'où il suit
que le Kalam est la même entité que la Table gardienne sur
laquelle le xiat^o; a été écrit. En fait, le Kalam, l'intelligence
Décret, a écrit les concepts, les intelligibles, les idées, sur la Table de l'âme
universelle, qui est le cœur du v.6o[j,o;, et que l'on nomme la Table gardée
intégrale jU Js^is:^ --J.
(1) La première entité qu'Allah a créée a été le Kalam, transcendantal; aii
moment où l'Être unique le regarda avec amour, la vie triouipka en lui ;
l'Esprit, c'est-à-dire le Kalam, du choc de la vie, se scinda en deux becs,
correspondant l'un à la raison, à l'intelligence, l'autre à l'esprit de Mohammad,
folio 11 recto; voir page 111 (50).
(2) Man. supp. persan 120, folio 27 recto.
(3) Non dans le sens de la physique moderne, ce terme signitiant, dans le
langage des Ésotéristes, que le Kalam qui écrivit la Création établit une relation
entre le concept d'Allah et la matérialité du monde.
(4) Marsad al-ibad, folio 11 recto.
(û) Page 20(3.
[m
118 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN'.
Jit, l'Esprit -^j, sont, pour ces philosophes, les trois aspects
de la pi-emière entité qui fut créée (1).
Les Ésotéristes ne s'entendent point sur la question de
savoir dans quelle entité l'Être unique trempa son Kalam pour
écrire la Création; les uns affirment que son encrier fut la
lettre Noun (2), qui entre deux fois, à la finale, à l'assonnance,
dans la formule koun fa-yakoùn « qu'il soit, et il fut » et qui,
dans le microcosme, a pour réplique le sperme. D'autres
disent, au contraire, que l'encrier d'Allah fut l'aspect du monde
intangible que les Musulmans nomment le monde de la Toute-
puissance .jij^j^^\ Jb (3), lequel contient le Décret divin 1^3 ;
que le Livre, le Kitab, est à la fois le monde de la Sou-
veraineté o^jCU! JLs, qui est un aspect du monde de la
Transcendance, et sa réplique dans le domaine sensoriel, le
monde du Royaume oX-Ul JU (4), avec les sept entités, intelli-
gences, âmes, cieux, étoiles, essences, éléments, complexes.
Dans un autre passage de son Madjma al-bahraïn (5),
Shams ad-Din d'Abarkouh, revenant sur cette question, ajoute
que le terme et la dénomination d'encrier d'Allah, que les
métaphysiciens et les ontologistes donnent au monde de la
Toute-puissance, proviennent de ce fait que les essences des
entités se trouvent réunies sous la forme d'intégrales sur ce
x6(T[Aoç, qui est la Table gardienne générale, qu'elles y sont
cachées et dissimulées, sans qu'il soit possible de les différen-
cier. Mais il est évident qu'il ne faut pas voir dans cette théo-
rie, au moins dans celle des dogmatistes anciens, une simple
allégorie, qui aboutirait à une tautologie, à prétendre que l'Être
tout-puissant a écrit le sort avec le Destin, ce qui d'ailleurs ne
serait pas plus étonnant pour la raison, tout ceci étant hors de
la raison, que de voir l'Être unique écrire avec le Kalam sur la
Table gardienne générale, qui est la même entité que le Kalam.
(1) Marsad al-ibad, folio II recto.
(•2) Madjma al-bahraïn, pages 182 et 207.
(3) Ibid., p. 182, 183 et 207.
(4) pL.w!j ,_;^_^CU_j sj:jvl- ^1x5^ ^^3^9- vJL^L.ij CU-i Jj!^»_j2. ^^
<^\Sy^ ^^Isj >î-;jLLj *=s-Mj ^JJ-îila ly^j^i^ Jb^i ibid., page 182.
(5) Page 207. '^ ' *
[57]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 110
Le monde de la Toute-puissance ayant pour réplique le
monde tangible, Tencrier du microcosme, dans lequel Allah a
plongé son Kalam, a lui-même pour correspondant, dans le
microcosme, la semence humaine, dans laquelle se trouvent
écrites, qui contient en potentialité, toutes les manifestations qui
existeront et se développeront dans le monde tangible, sans qu'on
les y puisse discerner, parce qu'elles y sont écrites sous la forme
d'intégrales à périodes doubles. 11 faut ne voir dans cette thèse
qu'une simple variante, un aspect sans importance, de la théo-
rie qui a été exposée, au commencement de cet article, sur la
correspondance de la Table gardienne générale et de la Table
gardienne particulière; d'où il faut induire, sans doute, que les
philosophes entendent que les mots koun fa-yakoùn, par
lesquels Allah créa le monde, et le tira de sa pensée, étaient
potentiellement le -/.iaizo; lui-même, ou, du moins, que cette
formule transmuta la pensée de l'Être unique en cette maté-
rialité immatérielle, en cette tangibilité intangible, <iui devin-
rent le monde transcendantal, dont le monde nouménal est
l'aspect mystérieux, qui se traduit pour rinfirmité de nos sens
par le monde des phénomènes.
Quoi qu'il en soit, la Création ne fut écrite que sur un seul des
feuillets du Livre w>^^, lequel est la fois le monde tangible
,^U! JU, et le monde intangible, la Transcendance
vJILjXUI J U, ou, pour plus de précision, l'une des faces du feuillet
est tournée vers le monde intangible, tandis que l'autre est
tournée dans la direction du monde sensoriel.
C'est ainsi que, dans l'homme, dans le microcosme, le cœur
jouit également de cette propriété mystérieuse de regarder par
l'un de ses aspects dans la Transcendance, de plonger p^r
l'autre dans la tangibilité, de manière à pouvoir transmettre au
monde matériel la connuissance des entités du monde intan-
gible. Mais cette propriété de faire communiquer sans 'inter-
médiaire les deux aspects du monde, l'intangible et le tan-
gible, est, d'une façon absolue, -refusée à toutes les existences, à
tous les êtres qui vivent dans le zôjixoç; c'est un fait certain que
l'homme ne peut communiquer directement avec la Transcen-
dance que dans quelques cas exceptionnels, qui proviennent
[58]
120 -. REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
d'un dérèglement nerveux, dans des conditions obscures, où
il semble que la communication s'établisse dans une direction
inconnue, dans le sens d'une quatrième dimension, que ses
organes ne peuvent apprécier, comme dans les phénomènes
de prémonition et de vue à distance.
La Création, disent les métaphysiciens, ne fut écrite que sur
l'un des feuillets du Livre, dont tous les autres restèrent blancs,
comme si l'Être unique les gardait intacts, pour écrire sur leur
surface de nouvelles créations, quand le temps de Féternité
actuelle sera révolu. La Création est écrite matériellement dans
l'immatérialité sur le Livre transcendantal ; les lettres monades
c>b^i^ (1) et les lettres simples ^l^, qui sont les pères et les
mères, c'est-à-dire les principes, les éléments fondamentaux,
forment en effet, et constituent, le Livre d'Allah; tout ce qui est
vivant et complexe, formé des éléments, ne peut pas ne pas se
trouver sur ce Livre d'Allah, et la Création est divisée en sept
paragraphes, qui se suivent dans l'ordre suivant ; intelli-
gences, âmes, essences, cieux, étoiles, éléments, complexes, ou
corps composés de la coml>inaison des éléments.
On a vu plus haut comment l'auteur du Madjmaal-bahrain
a assimilé les différentes Tables gardiennes de la destinée avec
les trois aspects du Livre transcendantal. La Trahie gardienne très
générale, des intégrales à différentielles totales, sans périodes,
(1) Les monades vO'-^j^ du monde, dit le Madjma al-bahraïn, page 182, sont
les lettres de l'alpliabet, à savoir vingt-neuf lettres; vingt-huit sont les simples
ja5L*4J, neuf sont l'Intelligence, neuf, l'Ame, neuf, le Ciel, plus la matière
^a-Jï, qui est susceptible de recevoir les formes des éléments, soit, en effet,
9 X 3 + 1 = 28, et une lettre complexe qu'on nomme « le Verbe », qui est le
lam-aiif; ces (vingt-neuf) monades sont constamment en action et' produisent
les complexes <.Jij\.Sjfi ; les complexes du Livre divin sont de trois genres : les
animaux, les végétaux, les minéraux, qui correspondent aux trois aspects sous
lesquels se présentent les complexes du livre humain, formés des lettres : nom,
verbe, particule. Les monades et les simples, dit le Madjma al-bahraïn, page 212,
sont le Livre divin ^Lv=L s^^lxi ; tout ce qui fait partie des corps élémen-
taires, des corps primordiaux, qui donnent naissance à tous les autres J-JU.».
et des corps composés, est écrit sur les lignes .Js.^? de ce Livre; aucun corps
composé n'existe qui ne se trouve écrit dîins ce Livre.
[59]
LA PENSÉE GRECQyE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 121
le jjL, le Sinaï de la légende d'Israël, trône très au-dessus du
Livre divin, sous ses trois espèces du Livre caché j>-^ «-_^^, du
Livre dont les lignes sont tracées p'y ■w-'^-^, du Livre dont les-
pages sont couvertes de l'écriture de Dieu ,^îî-w» v^^lxT. que le
Koran cite comme les prototypes et l'origine de la Parole
qu'Allah envoya au Prophète par l'archange Gabriel (1). Elle
est l'Essence même d'Allah, tandis que les trois autres Tables
gardiennes, qui correspondent aux trois aspects du Livre
transcendantal, se trouvent à des stades bien inférieurs, à ceux
des attributs.
La complexité de cette théorie n'a pas été sans introduire
dans sa trame des incohérences, des contraditions même, qu'il
est difficile d'expliquer, ou même d'interpréter, et dont j'ai relevé
plusieurs dans les pages antécédentes. C'est ainsi que l'auteur
du Madjma al-hahrdin (2) a écrit que le Livre caché est l'aspect
du monde transcendantal, que l'on nomme le monde de la Toute-
puissance ^JL^^yf^, c'est-à-dire la Table gardienne générale, qui
possède les attributs de l'Essence, tandis que la Table très géné-
rale est au stade même de l'Essence •^^\ toutes les entités,
toutes les existences, sont cachées en lui, écrites sous la forme
de leur essence, sans posséder d'existence déterminée, sans être
parvenues au concept de la numéralité; il est le lieu du Décret
'-^3, qui est inéluctable, même pour Allah, alors que le monde
de la Souveraineté c^^CU, est le lieu de l' Arrêt j^^, qui modifie
et distribue le Décret en l'organisant; il est le monde de la po-
tentialité, et les ontologistes lui donnent le nom de monde de
l'Ordre j-*^' JL^. Mais, comme on l'a vu plus haut, la Table
gardée générale est également le Livre dont les lignes sont
écrites j Ja--* w^b^, lequel correspond à la Table gardée très
particulière; or, la Table gardienne générale ^^ contient les
idiosyncrasies des entités, ces entités étant écrites dans leur
universalité sur la Table très générale *ii, alors que la Table
très particulière contient les entités, écrites dans leur uni-
versalité absolue, dans l'intention de leur production dans le
(1) Madjma al-baltraïn, page 193.
(2) Page 212.
m
122 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
monde tangible; ce qui signifie que l'universalité des essences
et des attributs des entités destinées au monde matériel ne sont
que les idiosyncrasies dans le monde intangible des entités
totales qui ont été écrites dans leurs intégrales par Allah, et
qu'une partie importante de leurs essences et de leurs attributs,
celle qui ne correspond pas aux idiosyncrasies telles qu'elles
existent dans la tangibilité, demeurera pour l'éternité dans le
monde intangible; c'est-à-dire, je pense, que nous ne pouvons
saisir des vérités mathématiques qu'une apparence, sans com-
prendre leur sens absolu et intégral. Quoi qu'il en soit, cette
division n'a rien de commun avec la discrimination tripartite
des trois aspects du Livre que l'on va lire, dans laquelle le Livre
aux lignes écrites jj^^-**^ w»'^^ est le monde matériel, et spéciale-
ment l'homme, ce qui est absolument antinomique avec son
assimilation, soit avec la Table gardienne intégrale, soit avec
la Table gardienne très particulière; il y a là deux théories
essentiellement divergentes qui ne peuvent se concilier.
Le Livre aux lignes tracées p^-* <^^ est l'aspect du monde
intangible qui est autrement nommé le monde de la Souveraineté
C^j.C,U; il ne possède, sous une forme très inférieure, que le
stade des attributs ^JJ^'^; toutes les entités, toutes les existences,
sont écrites en lui sous la forme de leurs attributs existentiels
^ij^_^ c^^->* des directions dans lesquelles ils seront créés
^^Wj sj:^^--,, sous les espèces de leurs qualités, qui supposent
la différenciation de l'intégralité de l'essence, la réalité de l'exis-
tence et la numéralité ; il est le monde de la Création ^j^ J^^ .
Le Livre aux lignes écrites j_*^' v^US" est le monde tangi-
ble -^jXAJ] JU, qui est au stade de l'apparition de l'existence
et tous les corps des êtres existants sont en lui à l'état actuel
J*â5Î; il est, dans la terminologie des métaphysciens, le « con-
fluent des deux Océans » ^.'.^=srr^^ ^^>^^, c'est-à-dire l'homme '
lequel est le syncrétisme du monde de l'Ordre ^1, du monde
potentiel, et du monde de la Création ^jU., dans lequel la Créa-
tion est écrite en vue de sa vie dans la tangibilité.
Par rapport au Livre aux lignes tracées p'y w»t:^ (1), le
(1) Madjma al-bahraïn, page 193.
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 123
Livre caché ^^y^^ ^'^est caché à la première puissance; par
rapport au Livre aux lignes écrites par Allah j j.i^—'» ^Ix^, il
est caché à la seconde puissance w^-^ -r^F'^ à un autre point
de vue, le Livre caché est au stade le plus élevé du x6a[xcç
métaphysique, dans l'Empyrée, ^^^ au septième ciel; le
Livre aux lignes écrites par Allah jj^^» v_..'oi' est à la partie
inférieure du -/.ijij.c; (•rr:?"**') dans un endroit de la septième
terre, au séjour du Diable et de ses acolytes, alors que le
Livre aux lignes tracées çj^y ^Ix^ existe dans le stade inter-
médiaire -^jy. qui sépare ces deux extrêmes, l'intangibilité et
la tangibilité.
Les noms du Livre, si l'on en croit l'auteur du Bahr al-
maani (1), ne sont point tellement spécialisés que le prétend le
Madjtna al-bahrain;le nom du Koran, dit-il, varie suivant les
mondes, où il est le Koran, le Glorieux, le Noble, le Précieux,
et où il est connu sous les espèces classiques île bien d'autres
qualificatifs, lesquels, en fait, ne sont point différents des épi-
thètes appliquées à Dieu ; en réalité, il possède mille et un noms,
ce qui, d'ailleurs, ne doit point être interprété en ce sens qu'il
n'existe que mille et un mondes, car jamais une autre entité
qu'Allah ne saura jamais combien il en existe.
Mais il est visible que ces deux discriminations correspon-
dent à des points de vue divergents, et surtout, ce qui est beau-
coup plus important, qu'elles ont été faites sous l'empire de
préoccupations très différentes, dans des esprits contradictoires,
et jusqu'à un certain point antinomiques, le Bahr al-maani con-
sidérant la poussière des mondes qui remplit le y.icr[xoç comme
vivant d'une existence indépendante, alors que l'auteur du
Madjma al-bahrain, avec raison, ne prête d'attention qu'aux
aspects sous lesquels ce y.bG\}.oq se présente à la pensée philoso-
phique, sous les espèces d'un complexe unique, d'une combi-
naison d'existences métaphysiques, dont la simultanéité résulte
de cette circonstance qu'ils s'associent suivant des concepts
géométriques essentiellement différents de ceux que connaît le
monde de la tangibilité, avec ses trois dimensions de l'espace
phénoménal.
(l) Man. supp. persan 966, folios 177-178.
[621
121 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Aussi, le mohtasib d'Abarkouh tient-il essentiellement à sa
division tripartite de la Transcendance, en ignorant la multi-
plicité des mondes à laquelle se plaît l'auteur dnBahral-maanL
Entre ces trois aspects du Livre, dit-il (1), il existe des rela-
tions générales et particulières; l'homme, le microcosme, est
un complexe de ces trois Livres, et il est composé de la somme
de leurs entités, qui sont essentiellement différentes; c'est-à-dire
qu'il peut être, soit le Livre caché (2), soit le Livre aux lignes
tracées (3), soit le Livre aux lignes écrites (1), suivant le point
de vue philosophique auquel on le considère. En effet, tout ce
qui, dans l'homme, dépend, relève de son ipséité vjuo^, revêt
la forme djabaroutienne c^^j-:^ <i^jjr^, c'est-à-dire la forme
de l'aspect supérieur du monde de la Transcendance, que les
ontologistes nomment le monde de la Toute-puissance dfa~
baroùt; tout ce qui, en lui, est en rapport avec la spiritualité
^juliU.^ , possède la forme malakoutienne, la forme qui appar-
tient à l'aspect du monde intangible qui est connue sous le
nom de monde de la Souveraineté utalakoiU; quant à ce qui
regarde sa corporéité vJuIjLw^, c'est-à-dire son existence maté-
rielle, il va de soi que ces éléments essentiellement inférieurs
appartiennent au monde de la tangibilité, au monde sensible,
au monde du moulk, du Royaume.
L'homme perçoit les entités ^ji^lj^O du monde transcendantal,
du y.icrixoç de la Toute-puissance, par son ipséité ; les dessins
^^y^^iy tracés dans l'aspect du monde intangible qui est
nommé le monde de la Souveraineté, par sa spiritualité; les
réalités écrites sur les lignes o»!;^-^ du monde sensoriel,
par les sens de sa corporéité.
Les entités du monde de la Toute-puissance, de la Transcen-
dance suprême, sont la prédisposition, la vocation, la prédes-
tination ^l^--i, les capacités ^-^--^^3, la nécessité, et la possi-
bilité, toutes inéluctables, qui ne relèvent en effet que des sens
(1) Page 194.
(3) <-^3
[63]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 12.")
'métaps3chiques ; les eiitités qui se trouvent écrites dans le
monde de la Souveraineté sont celles qui relèvent des sens
métaphysiques ^(i-*-*, les intelligibles •jlS^^*^, les vérités
transcendantales qui se révèlent à l'esprit sans l'intermédiaire
du raisonnement ^J^^^i celles qui Lui sont révélées dans une
révélation active, dans une communication directe entre le
Créateur et le Mystique ^^-i^, par l'intermédiaire des sens
métapsychiques; les choses écrites dans le monde matériel, tan-
gible, sont des éléments inférieurs; ils ne relèvent que des sens
physiques, la forme, la nature, les actions, bonnes ou mau-
vaises.
Au point de vue de rintéçrralité absolue JS, les entités du
monde de la Toute-puissance, capacité, prédestination, idio-
fiyncrasies, grâce, sont les essences ci^LIaL^ des êtres; au point
de vue différentiel et particulier ^_^^, les entités écrites sur le
monde de la Souveraineté, qui relèvent de la perception des
sens métaphysiques, sont l'hypostase, l'avatar des idées, des
concepts, des existences c^Lj"^ ,^-^ J^'^^^; enfin, également au
point de vue différentiel ^}^, les entités écrites sur le monde tan-
i;-ible sont la manifestation, l'apparition des personnalités diffé-
rentielles c^LrLs:-^% avec des formes, sous des aspects fixés et
déterminés par la Volonté divine, sous des espèces invariables.
Dans ce monde tangible, dans le microcosme ^-»-o Jl-^; dit le
Madjma al-bahraïn (1), les hommes qui lisent le Livre caché
sont les Pôles, lesquels sont parvenus, de par leurs mérites, au
sommet de la hiérarchie, les hommes dont la conscience ne
prête plus aucune attention à la valeur des noms, des attri-
buts, à la relativité, à la causalité, pour lesquels la nuit et
le jour sont des identités, pour qui toutes ces contingences
sont des égalités. Ceux qui lisent le Livre aux lignes tra-
ێes (2) sont les saints et les Soufis, les hommes qui se sont
élevés à la compréhension des vérités métaphysiques v^jl-x^ et
(1) Page 194; dans ce passage, j-.-*-^ v>^, [j.cxf;xoxo<7(io:, est pris dans le sens
très inusuel de monde matériel, alors qu'il désigne liabituellement l'homme
considtiré comme étant la réplique du inonde supérieur.
[64]
126 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
transcendantales ^J^.L^^, qui ont brûlé les voiles de lumière et
les voiles de ténèbres qui s'interposent entre la vue de l'homme
et la Divinité, mais qui sont restés derrière les voiles que cons-
titue le concept du temps, de la nouveauté <Lf^->^ , de l'ancien-
neté J.A5. Quant au Livre aux lignes écrites (1), il est la lecture
des savants et des philosophes, lesquels ne peuvent contempler
les entités, les intégrales absolues o-Lj^^, du monde de la
Toute-puissance, ni lire les lignes tracées sur le monde de la
Souveraineté; ils perçoivent les caractères écrits ^.S^» sur
le monde du Royaume, par le témoignage des sens, les lignes
tracées sur le monde de la Souveraineté, par le jeu de l'âme et
de la raison, les entités du monde de la Toute-puissance, par la
lumière d'Allah (2). On retrouve dans cette discrimination la
doctrine fondameiilale, la théorie essentielle du Soufisme, sur
lesquelles je me suis longuement expliqué autre part, de la
division des fidèles dans les trois catégories des excellents,
des bons, des ordiitaires, avec cette aggravation singulière
et méprisante, ipie, seuls, les élus peuvent lire les pages du
Koran ésolérique, aussi bien le moindre Soufi que le plus grand
prophète, alors que le Koran de Mahomet en est une forme
inférieuie, un aspect vulgaire, destiné à tous ceux qui se
contentesit des prescriptions de l'Islam, sans recourir aux suré-
rogations, aux superfétations de l'Ésotérisme (3).
Les Musulmans, tout ITsIam, les Musulmans qui s'en tiennent
àlalitténilité de !;i foi, aussi bien que les Mystiques, considèrent
la Création comme une œuvre terminée; quand l'Être unique
eut écrit le (lerui^•r des complexes c^^lSy, quand il eut tracé
les dernières lignes du Macrocosme, l'encre de son Kalam
(2) C'est-à-dire qu'ils ne perçoivent pas directement les entités de la Toute-
puissance, ou celles de la Souveraineté, immédiatement, mais médiatement,
par l'intermédiaire d'im sens ésotérique ou d'une illumination.
(3) Ce qui est absolument conforme à l'esprit démoniaque de ces sectaires,
pour lesquels n'importe quel Soufi peut être, et est, en fait, supérieur au
Prophète.
[65]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 127
s'était épuisée, et il ne le replongea point dans l'encre ésoté-
rique; non qu'il faille entendre que l'Être unique s'interdit toute
addition à la graphie qu'il avait tracée sur le feuillet du Livre^
puisque, comme on l'a vu plus haut, bien que son encre soit
épuisée, Allah continue et continuera à écrire la Création, sous
la forme de ses différentielles, sur la Table gardée particulière.
Mais la Création actuelle, celle à laquelle appartient le y.Ô(j\j.oç
actuel, dans lequel nous vivons, est un acte qui a été terminé au
principe des temps, et qui évoluera jusqu'à la fin de l'Éternité,
sans que l'on puisse présumer si l'Être unique, un jour, n'écrira
point sur l'un des feuillets blancs du Livre une autre Création,,
d'un seul jet, sur la Table intégrale, en la continuant sur la
Table différentielle, dans une autre Éternité, qui suivra l'Éter-
nité présente, ou qui lui sera concomitante.
Certains dogmatiques, dont l'opinion est rapportée par Aziz
ibn Mohammad al-Xasafi, dans le Maksad-i aksa[\), par Shams
ad-Din Mohammad. dans le Macljma al-bahrain, n'ont pas
admis que l'Être unique ait pris lui-même le soin d'écrire la
Création, et ils professent cette doctrine qu'il ordonna à l'Exis-
tence primordiale, c'est-à-dire au Kalam éternel, d'en tracer
les lignes, de telle sorte que ce serait la première entité du
(1) L'Essence primordiale est le monde divin, dit Aziz ibn Jlohammad al-
Nasafi (man. supp. persan 120, foLio 27 verso), et toutes les créatures du monde
sont cette Essence primordiale : Allah adressa la parole à l'Essence primordiale,
et l'Essence primordiale parla et s'adressa à toutes les existences créées; l'Être
unique ordonna à l'Essence primordiale : « Écris les monades sJl^!.>ù^ du
monde, pour que les monades du monde viennent à l'existence »; il lui dit :
« Qu'il soit, et il lut •■ ; et ces monades furent les intelligences, les âmes, les
cieux, les étoiles, les essences, les éléments; quand l'Essence primordiale eut
écrit les monades du monde, sa tâche fut terminée. Quand l'ordre vint à
l'Essence primordiale, dit le Madjma al-bahraïn, page 182 : « Écris avec l'encre
de cet encrier ^*OaAj \^\^i -Hj* ^'^^^ encrier étant le monde de la Toute-
puissance) », en un clin d'œil, en un instant inappréciable, elle écrivit le Livre
de la création ip^.f' ^ i:sr'^'* ; mais, dans un autre passage de cette encyclo-
pédie, page 207, la doctrine est différente : quand la Prescience éternelle (Dieu)
vit qu'il lui fallait produire le y.ô(T(xo?, elle créa l'Essence primordiale, et, par son
moyen, elle créa les essences spirituelles et matérielles, de la combinaison
desquelles elle composa les corps célestes et les éléments matériels, toutes les
formes, toutes les idées vOj^'^ des entités, tous les intelligibles, se trouvant
contenues dans cette Essence primordiale. ,
[66]
128 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
xoaij.aç, et non la Divinité elle-même, qui serait responsable de
ses destins; mais il ne faut pas attribuer à cette variante une
importance capitale, car les ontologistes entendent évidem-
ment que la première existence de TUnivers ne fut qu'un instru-
ment docile, qui se borna à enregistrer la volonté divine, et
à l'exprimer.
Dans un des chapitres du Madjma al-bahraln (1), dans
lequel Shams ad-Din Ibrahim s'est manifestement imposé la
tâche de rassembler toutes les théories métaphysiques qui
avaient cours en Perse, au début du xiv^ siècle, l'auteur cite une
opinion d'après laquelle il ne faut voir dans, la Table gar-
dienne particulière du microcosme, sur laquelle sont inscrites
les destinées de l'humanité, autre chose qu'une allégorie.
Dans cette théorie du microcosme, l'écrivain ~.^^{ qui traça
dans la semence le sort de l'humanité, en d'autres termes, le
correspondant de l'Être unique, qui a écrit le destin du -/icr;j.5;
sur la Table gardienne intégrale, est l'Ame (j-àj (2); le Kalam,
avec lequel l'Ame a tracé les caractères de cette inscription, est
l'idiosyncrasie du caractère c^^-Js; l'encre dans laquelle l'écri-
vain du microcosme, l'Ame, trempe son Kalam, est la semence,
laquelle se trouve correspondre au Noiin, qui servit d'encrier à
Allah ; quant au Livre du microcosme, qui est le correspondant,
ia réplique du Koran et du Livre discriminant ^J^y>, lesquels
existent dans le Macrocosme, il n'est autre que le corps
humain.
Et l'auteur continue cette allégorie en affirmant que le carac-
• tère, l'idiosyncrasie, qui est l'essence primordiale Jjt ytja. du
microcosme, de l'homme, a pour réplique, dans le Macrocosme
le Kalam éternel, qui a écrit les destinées du •/.isij.oç sous leur
forme intégrale, synthétiquement; le caractère, les idiosyncra-
sies, écrivent analytiquement, dans ses différentielles, sur
la Table gardienne constituée par la semence, tout ce qui s'y
trouve réuni sous la forme synthétique et intégrale; c'est ainsi
que les organes externes et internes du corps humain, lesquels
(1) Page 182.
(2) De même que le Kalam trânscendantal, qui écrivit la Création, est l'Ame
•d'Allah.
[07]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE .MYSTICISME ORIENTAL. 129
sont le siège des facultés et des actes, se trouvent transportés
du monde de la synthèse à celui de l'analyse.
Cette théorie est une diminution sensible de celle qui a été
exposée plus haut, puisque ce n'est plus l'Être unique, mais
bien TAme, qui écrit les destinées du microcosme, et il n'est
pas besoin d'aller chercher bien loin pour reconnaître son ori-
gine, ainsi que les causes immédiates qui l'ont provoquée, et
qui lui ont donné naissance. Puisque Dieu trempe le Kalam
dans un élément essentiel du monde de la Toute-puissance (1),
le Destin ^'K pour écrire les destinées du '/.ôzi^oq, l'xlme peut
bien plonger le sien dans un élément qui fait partie de sa
réplique, dans la semence, pour écrire celles du [xv/.pzy.z7i).zç;
puisque le Kalam primordial trace les intégrales avec l'Inexo-
rable sur la Table gardée générale, il est tout naturel que
l'idiosyncrasie écrive les particularités, les différentielles, sur
la Table gardienne particulière; puisque l'idiosyncrasie de
chaque individu remplit ce rôle, il va de soi qu'elle ne peut
écrire sa destinée autrement que suivant ses tendances, c'est-à-
dire dans la particularité, dans ses différentielles.
Cette doctrine, qui réduit si singulièrement, et dans de telles
proportions, la thèse des ontologistes, est une adaptation à peine
déguisée de la théorie professée par saint Augustin sur la
puissance du libre arbitre, laquelle a été reprise et exposée par
saint Thomas. Cette doctrine, en fait, n'est autre que celle du
concile de Trente, qui se résume en trois points : Dieu voit,
hors du temps, ce qui se réalisera dans le temps (2) ; l'homme ne
(1) L'encrier est le djabaroùt, page 182, lequel est le lieu du Décret Ua3.
(i) Ce qui est absolument conforme à la théorie mathématique <lu temjts; le
passé, le futur, ne peuvent exister pour l'Intelligence infinie, parce qu'elle les
embrasse d'une manière intégrale, avec leurs attributs d'être et de non-être, en
réalité, parce qu'ils existent uniquement par rapport aux sens humains. Le temps,
pour l'homme, est un espace à une dimension, dans lequel il ne peut se mouvoir
que dans un sens, dans le sens positif, sans jamais revenir en arrière, pour
revivre, pour revoir les périodes révolues. C'est déjà sortir, en quelque sorte,
d'une manière restreinte, de ce xodixoç à une dimension, que de se souvenir par
des moyens matériels, très imparfaits, d'événements qui se sont produits dans le
passé, de prévoir, très grossièrement, ceux qui peuvent se produii-e dans un
délai non restreint, par l'examen des circonstances présentes, des causes qu'elles
provoquent, de la direction probable dans laquelle elles agiront pour s'enchaî-
ner, par le calcul (des probabilités. Par rapport aux deux infinis, cette super-
[68]
ORIENT CHRÉTIEN. 9
130 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
peut rien faire de surnaturellement bon sans la grâce; il
possède le libre arbitre.
Tout le mal, dit saint Augustin, dans son Traité sur le libre
arbitre, provient de ce libre arbitre, qui suit volontairement
les mouvements de la cupidité. Il est à peine besoin de faire
remarquer que l'Ame, la i^r^àJ, dans la théorie des ontologistes
musulmans, est cette entité maudite que saint Augustin, et, aprè&
vision des deux modalités du temps, du passé et de l'avenir, est exactement
comparable à la connaissance qu'acquérerait du monde sensible, en se couchant
au milieu de son chemin, dans le Gobi, un Turk du Takla Makan, qui s'obli-
gerait à regarder dans une seule direction, dans un seul plan, sans tourner
les yeux à droite ou à gauche; il est clair qu'il apercevrait deux ou trois-
mètres, au maximum, ce qui constitue une quantité insignifiante, si on la com-
ITCire à la longueur du méridien terrestre. Mais si l'on suppose que ce person-
nage, qui observe le monde tangible dans une seule dimension, ou plutôt dans
un espace à deux dimensions, dont l'une est un infiniment petit d'un ordre
très élevé, la hauteur de ses yeux au-dessus du sable, si l'on admet qu'il s'élève
dans une direction perpendiculaire à celle sur laquelle il vit, à une hauteur de
quatre kilomètres, il tombe sous le sens qu'il découvrira l'étendue du ruban de
sa route, en avant et en arrière de son point d'observation, sur une longueur
considérable, d'autant plus considérable qu'il s'élèvera davantage; d'où il ajipart
que le passé et l'avenir sont des phénomènes qui n'existent uniquement que par
ce que nous sommes condamnés à vivre dans une seule dimension du temps,
et encore, sur une de ses dimensions, dans le sens positif, avec la possibilité
de nous élever sur sa seconde dimension d'une quantité infinitésimale', d'un
ordre très élevé, laquelle nous permet cependant d'avoir une certaine prévi-
sion de l'avenir, une certaine vue du passé, de voir un peu en avant et en
arrière de notre point d'observation, qui est notre position dans le temps, le
moment où nous observons; dans certaines conditions extrêmement rares,
heureusement très rares, l'esprit, le sens ésotérique, l'un des sens métaphysiques,,
ou leur somme, le manas des philosophes hindous, permet cette opération,
directement, tandis que l'étude des documents historiques, le calcul des proba-
bilités, sont des moyens artificiels, tort imparfaits, qui ne nous donnent point la
sensation immédiate du passé et de l'avenir, mais seulement la réflexion de
leuripséité, l'interprétation de leur existence nouménale, transformée phénomé-
nalement, dans la même proportion, semble-t-il, où les sens matériels méta-
morphosent les noumènes du •/ôafj.o;, une transposition de leur entité dans un
domaine sensoriel essentiellement différent du milieu où ils se produisent; d'où
il suit que l'Intelligence suprême voit et perçoit, en avant et en arrière, jusqu'aux
limites de l'infini, que le concept de passé et de présent ne peut exister pour
elle, qu'il n'existe point par rapport à son essence et à ses attributs de temps
révolu et de temps à venir, c'est-à-dire que ni l'espace ni le temps n'existent
(^ue par rapport aux sens matériels de l'homme, qu'ils n'existent nullement par
rapport à ses sens métaphysiques, cela parce que sa vie matérielle se passe dans
une seule dimension du temps, qui en possède deux, dans trois dimensions de
l'espace, qui en possède quatre.
[69]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE .MYSTICISME ORIENTAL. 131
lui, saint Thomas, dénomment la cupidité, la concupiscence.
C'est notre volonté, enseigne saint Augustin, qui est la cause
efficiente de notre bonheur ou de notre infortune, parce que
c'est uniquement notre volonté qui nous induit dans la tenta-
tion de ne point vivre une vie conforme à la loi divine, en dehors
de laquelle il est impossible de trouver la félicité et de faire son
salut. Mais alors, pourquoi Dieu a-t-il laissé à la créature ce
libre arbitre, qui lui permet, pour son malheur, de choisir entre
la pratique de la vertu et le péché, partant, de commettre la
faute? Pourquoi ne l'a-t-il pas déterminée d'une manière absolue
pour le bien et pour le bonheur, dans une direction unique?
Le libre arbitre, répond le dogme chrétien, a été concédé à
l'homme pour son bonheur; il est le bien le plus précieux que
Dieu ait donné à sa créature ; mais Dieu n'était nullement obligé,
et par qui Feùt-il été, de créer l'homme en l'état de perfection ;
il a eu ses raisons, que nous n'avons pas à connaître, encore
moins à juger, de ne pas nous créer autrement qu'il nous a
créés, plus parfaits que nous sommes; sans compter qu'il est
inadmissible que Dieu ait été contraint, même par un acte de
sa volition, de créer l'homme dans un état déterminé, à l'exclu-
sion de tout autre, sans lui laisser le moindre libre arbitre, de
telle sorte que tous les hommes eussent joui de la même grâce,
et auraient été des élus.
En ce sens, saint Thomas a dit, d'après saint Augustin, que
l'homme possède le libre arbitre, et que, lorsqu'il commet le
mal, c'est qu'il obéit à l'appétit sensitif, qui est l'âme, la ^j^j
des métaphysiciens musulmans; l'appétit sensitif, bien qu'il
obéisse à la raison, peut quelquefois la contrarier, en convoitant
un objet qui lui est contraire; d'où il suit que Dieu ne saurait
être tenu pour la cause du péché; il est évident que la Divinité
ne donne pas à quelques hommes le secours qui leur ferait
éviter le péché, qu'elle n'accorde pas à tous les hommes une
grâce complète et intégrale, mais elle leur a conféré à tous une
grâce suffisante pour leur permettre de lutter contre le péché
et de n'y point succomber; d'où il faut conclure que c'est bien
la faute des hommes s'ils pèchent en se laissant égarer par la
cupidité, par le désir, qui est la source de tout mal et de tous
les maux.
[70]
132 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Cette doctrine suivant laquelle le destin de chaque homme
est écrit par son idiosyncrasie, ("videmment, n'abolit point le
Destin; au contraire, il n'en reste que plus impitoyable, puis-
qu'il n'y a plus à espérer que les pratiques surérogatoires
fassent revenir la Divinité sur ses arrêts; mais elle explique
comment se forme la destinée de chaque individu, sous une
forme d'ailleurs absolument déterminée, puisque Allah n'en
prend point la responsabilité, puisqu'il la laisse à l'Ame;
sans compter que l'Ame, dans la théorie constante des philo-
sophes, est une entité mauvaise, ce qui explique que le sort
de la plupart des hommes soit malheureux, et surtout, ce
qui rejette sur la volonté bien arrêtée de l'Ame toute la partie
infortunée de leur sort qui s'y trouve, sans l'attribuer à
Allah, lequel a créé le bien en même temps que le mal.
La doctrine habituelle et courante des Soufis conduit inéluc-
tablement et fatalement à admettre que le malheur et l'infor-
tune des destini'es humaines sont formellement détermii>és par
l'Etre suprême, et cette conclusion a choqué les ontologistes.
C'est pourquoi, visiblement sous l'influence des idées chré-
tiennes, en contradiction absolue avec les thèses du Sémitisme,
ils ont inventé cette théorie casuistique, pour attribuer unique-
ment le malheur des hommes à leur Ame fatale, aux mauvais
penchants de cette Ame, dont le Prophète a dit à ses fidèles :
« Méfiez-vous de l'Ame qui est entre vos côtes! »
Malgré son habileté, malgré la subtilité des philosophes qui
l'ont créée, cette thèse contient des incohérences qui suffisent à
montrer qu'elle est un développement tardif et secondaire d'une
doctrine plus simple. C'est au moins une idée bizarre, pour ne
pas dire baroque, que de transformer le monde transcendantal,
et la semence, qui est sa réplique dans le microcosme, en
réservoirs de l'encre du Destin; cette idée certainement n'a
rien de primitif; elle répond à une abstraction, à une allé-
gorie, un peu forcées, qui n'appartiennent pas aux heures aux-
quelles se forment les systèmes, mais bien à la période où ils
se déforment. Cette hyperabstraction n'a guère de sens, mais
elle devient insensée, si l'on réfléchit qu'en fait elle revient à
dire que l'Être unique a écrit les destinées du monde trans-
cendantal et celles du monde tangible sur les Tables gardiennes
[71]
LA PKNSKE GRECQUE DANS. LE jMVSTICISME ORIENTAL. 133
avec les éléments essentiels de ces Tables elles-mêmes, ce dont
ni la raison, ni le raisonnement, ne voient très bien la significa-
tion immédiate, (^ue la théorie primitive et primordiale du Destin
soit celle de la double Table gardienne, l'une pour leMacrocosme,
l'autre pour le microcosme, sans que leurs inventeurs se soient
beaucoup inquiétés de savoir ce que fut au juste l'encre d'Allah,
c'est un fait qui est plus qu'évident; tout le reste, le dédouble-
ment des Tables, la détermination de la nature de l'encre d'Allah,
sont autant d'éléments secondaires et adventices, dont l'utilité
•est au moins contestable, car la doctrine de la Table double
suffit amplement à établir la thèse du Destin et des rapports du
Macrocosme avec le microcosme.
Cette théorie est compliquée dans la pensée des métaphysi-
ciens, tellement complexe et touffue qu'il serait difficile de
l'exposer dans son intégralité, à moins d'en faire l'objet d'un
mémoire spécial, mais il est possible de se borner à détailler
quelques-uns de ses aspects, pour montrer la manière dont ils
ont utilisé, et dans quel esprit, la thèse du Destin et des Tables
gardiennes.
Des arcanes ^r-*^-^ du inonde transcendantal jusqu'aux illu-
sions (1), aux apparences, aux noumènes ^f»'^ du monde tan-
gible ï^l^^)' jLc, il existe quatre stades pour les actes de
l'homme.
Le premier réside dans la partie la plus secrète et la plus
mystérieuse ^r*^ de l'esprit ~^,, ce qui constitue le mystère du
mystère ^^-^^i '-^-^tp; c'est le stade le plus caché, le plus sacré
qui existe; il est aussi caché que les étoiles, quand elles dispa-
raissent devant l'éclat du soleil; les actes J'^Ji descendent de ce
premier stade au second, qui est celui du cœur, parce que le
cœur est le lieu d'élection des actes considérés dans leur inté-
gralité jr JUil; les actes intégraux descendent de ce second
stade au troisième, dans le trésor de la faculté Imaginative
J'-^, sous des formes partielles, comme des idées, des concepts
différentiels ^y=>^ W^j^?-^; enfin ces formes différentielles arri-
vent au quatrième stade, qui est la partie matérielle du corps,
(1) Madjma al-bahraïn, page 216.
[72]
134 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
en produisant les mouvements des membres, qui sont la mani-
festation dernière des actes dans le monde tangible.
Les « accidents », dit l'auteur du Madjma al-bahraïn,
suivent une voie exactement semblable pour se manifester,
venant du monde transcendantal dans le monde tangible; le
premier stade est le Décret divin L^?, qui est le Trône ^J^y^ du
v.itrp.oç, et que l'on nomme le monde de la Toute -puissance (1); le
second stade est la Table surlaquelle se trouve gravé l'Arrêt^^s,
à laquelle l'on donne le nom de Table gardienne, et qui est l'Es-
trade du Trône ^-J^ \ le troisième stade est constitué par l'image
virtuelle, par la réplique imaginaire du monde JLd. J.sr-%
le ciel le plus voisin du monde (2) ; le quatrième, par les matières
élémentaires, qui sont susceptibles de revêtir et de prendre les
formes des accidents 0-^'^=^ jj-^- Le mouvement des mem-"
bres dans le microcosme corr<^spond au mouvement des cieux
dans le Macrocosme; il se produit de la même manière, sous
l'influence de causes identiques. D'où il résulte que cette
théorie de la Table gardienne du sort, dans l'ontologie musul-
mane, devait naturellement aboutir à la fois à la doctrine du
microcosme et à l'Astrologie, car, écrit le mohtasib Shams ad-
Din, dans son Madjmaal-bahrain (3), le cœur, qui, dans le
microcosme, est la source et l'origine de la vie du corps, cor-
respond au quatrième ciel du Macrocosme, qui est la source de
la vie de l'univers. Plus exactement, continue l'auteur, le
quatrième ciel correspond à la poitrine du microcosme; le
soleil, qui est la source de toute vie animale, correspond au
cœur, et l'esprit de ce ciel a pour réplique dans l'homme l'es-
prit vital ^^y9- '7'3j ; en effet, la vie du y.biij.oç n'existe et ne se
maintient uniquement que par la circulation et le mouvement
de ce quatrième ciel, de même que la vie ne saurait exister et
(1) Oisj-:^'
(2) CeUe réplique potentielle du monde, ce •< plan astral », est généralement
nommée *Hc JLdw; on l'appelle aussi, en effet, le ciel le plus proche, ou e
ciel du monde, les dei^x sens étant possibles; 'Abd ar-Razzak, contrairement au
Madjma al-bahraïn, affirme qu'elle est la Table de l'Arrêt elle-même, le monde
de l'Ame universelle; voir cette Revue, 1929-1930, page 308.
(3) Page 217.
[73]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 135
subsister dans le corps de l'homme, sans que l'esprit vital par-
coure tous les membres qui le composent, si son influx venait à
cesser un seul instant.
Les traditions musulmanes et les commentaires sur le
Koran affirment que c'est dans le quatrième ciel du Macro-
cosme que se trouve la « Maison prospère » jj^^ C^--» (1), et le
cœur est une « Maison prospère », dans laquelle demeure l'esprit
~_3<; c'est de même que le quatrième ciel est la résidence du
Christ, qui est l'Esprit d'Allah, dont le principal miracle, aux
yeux des disciples de Mahomet, est d'avoir ressuscité les morts,
en inspirant en eux un nouvel esprit.
Suivant Abd al-Karim al-Djili, dans le Mir'at al-'alam (2), la
célèbre tradition : « J'étais un trésor caché, je voulus me faire
connaître, et je créai la Création », est valable et intangible en
en ce qui concerne sa révélation, et, par conséquent, pour tout
ce qui touche son authenticité, mais il existe des lacunes et des
faiblesses dans les modalités de sa transmission «ît-^-i ; ce qui
n'empêche point les Soufis de lui attribuer une très grande
valeur, ainsi que d'y voir les raisons efficientes qui provoquèrent
dans l'esprit de l'Être unique le désir de créer le -/.i^iJi:;. Cette
subtilité et cette argutie montrent, ce qui est l'évidence même,
que les docteurs mystiques se rendent parfaitement compte que
cette tradition ne possède aucun caractère d'authenticité, mais
bien qu'elle a été forgée de toutes pièces, aune époque relative-
ment récente, comme l'immense majorité de celles que citent les
Mystiques. C'est en vain que l'on chercherait dans cette sen-
tence l'esprit des traditions authentiques, tout au moins de celles
que Boukhari et Tirmidzi regardent comme telles; ces tradi-
tions authentiques ne s'inquiètent point de causes aussi loin-
(1) Voir cette Revue, 1929-1930, page 296.
(2) Man. arabe 1338, folio 213 verso; l'auteur dit formellement, folio 214 verso,
qu'il avait composé, à une date antérieure, le célèbre al-lnsan al-kamil, ainsi
qu'un traité d'Ontologie, intitulé >^_^!ji;l ..iX-U^ v.;.^jl3r*-î v ,s]a3 ; il cite
au nombre de ses sources (folio 215 recto) le célèbre Mohyi ad-Din Mohammad
ibn 'Ali ibn al-'Arabi.
[74]
136 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
taines; elles ne recherchent point la solution de problèmes
aussi redoutables pour la raison humaine. Cette tradition du
« Trésor caché », qui a joui d'une fortune extraordinaire dans
la littérature soufie, est bien conçue, au contraire, suivant les
normes de cet orgueil démoniaque, qui constitue l'esprit essen-
tiel de ces faux modestes, de ces hypocrites de l'humilité, qui
se nomment Mystiques : si Allah a voulu révéler le %ia;j,oç, pour
se le révéler à lui-même, à son ipséité, dans son ipséité, par
son ipséité, pour son plaisir intime, il faut comprendre que les
Soufis, les ontologistes, ont créé leur doctrine et leurs théories,
non pour qu'elles soient écoutées, mais uniquement pour eux-
mêmes, par leurs seuls moyens, en eux-mêmes, sans rien
devoir aux doctrinaires qui les entouraient; que leurs proposi-
sitions ne valent que pour eux-mêmes ; que les gens qui les
entourent sont bien trop ignares pour y rien comprendre. La
thèse est hardie, exagérée, mais elle ne manque point d'une
certaine vérité : les Soufis ont pris leur philosophie aux Grecs,
leur religion aux formes sémitiques de la croyance humaine,
certaines de leurs théories à l'Inde, et ils ont syncrétisé ces
éléments disparates sous une forme originale, dans laquelle ils
disparaissent au sein d'un complexe qui est leur propriété
personnelle, plus séduisante, plus profonde que celle des Sco-
lastiques du moyen âge, plus puissante, on oserait presque
dire plus scientifique, dont on chercherait vainement une forme
qui lui soit équivalente dans les autres civilisations.
Quand l'Être unique, dit al-Djili, suivant la théorie des hypos-
tases gnostiques, eut créé le monde de son ipséité (1), il créa
un Esprit intégral J.^ _^,, auquel il donna le nom de Présence
de l'Intégralité et de l'Existence ^^^^îj^-*?^' ^j'^^, dans le
sens de « Présence de l'Intégralité de l'Existence », c'est-à-dire
d'Intégrale du xôai^.oç, parce que cet Esprit était la somme des
significations transcendantales de rp]xistence ^^^J^ i^^^,
autrement dit parce qu'il intégrait dans son ipséité toutes les
possibilités de l'existence dans le xôc7[j,oç. Il nomma cette entité
le Kalam suprême, parce que les formes, les concepts des êtres
(1) Itnd.f folio 214 verso.
[75]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 137
existants c^bj9.j.Jl ,^^ dérivent d'elle, de même que les idées,
les formes des paroles o^Uio! ,^.^, c'est-à-dire des mots,
lesquels sont l'aspect graphique des paroles, leur traduction
matérielle, sont produites par le kalam du scribe, et dérivent de
lui.
Il la nomma encore Intelligence primordiale Jj^lJjùJt,
parce qu'elle fut la première existence douée de l'intelligence, et la
Vérité moliammadienne ioj.,}^*^! ïï.Jîsr'l, parce qu'elle fut le plus
parfait des théâtres, des moyens, par lesquels, et en lesquels, se
manifesta j-*'-^ la Présence de l'Intégralité et de rExistence(l),
ce pourquoi cette entité précieuse n'est autre que la Personne
mohammadienne ^jj^! J-\rV^'- L'Être unique la gratifia
encore de bien d'autres noms, dont chacun correspondait à Tun
des théâtres dans lesquels se manifesta cet Esprit intégral, celui
de Vérité mohammadienne étant de beaucoup le plus précieux,
par suite de cette raison que le prophète Mahomet fut le
théâtre le plus parfait par lequel, et dans lequel elle se mani-
festa parmi toute l'espèce humaine, celui qui posséda la Très
grande perfection suprême ^j^^ il*^"^!, qui est alisolument
interdite à toute autre créature humaine.
Quand l'Etre unique eut créé cet Esprit mohammadien
^-^-N^*' -^yi cette « Présence de l'Existence intégrale », cette
Intégrale de l'Existence, il amena les idées, les concepts dont
elle était composée, à coïncider avec une idée, une forme, un
intelligible, à laquelle il donna le nom de Trône ^J^^, et ainsi,
de cette Présence, il créa matériellement, dans l'immatérialité,
le « Trône » ; après quoi, il remit cette Présence sous sa forme
primitive, celle qu'elle possédait avant qu'il ne lui eût imprimé
la forme, le concept, l'idée, qui donnèrent l'existence au Trône.
L'Etre unique répéta cette opération un nombre infini de fois,,
c'est-à-dire qu'il imprima à cette Présence, à cette Intégrale de
l'Existence, une série de formes successives, qu'il amena en
(1) En lait, comme |on vient de le voir, cette Intelligence primordiale, qui
est manifestement un emprunt direct à l'Hellénisme, n'est autre que l'Ipséité
mohammadienne, le Prophète représentant en effet le stade le plus élevé que
l'humanité ait jamais atteint, comme l'auteur le dit immédiatement.
[76]-
138 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
superposition aux formes, aux concepts différentiels des exis-
tences, pour donner la vie aux existences différentielles, qui
n'avaient que la forme, sans existence, et qui trouvèrent l'exis-
tence par le contact avec l'Existence intégrale.
Et c'est ainsi qu'Allah créa toutes les entités, de quelque
nature qu elles soient, qui vivent dans le 7.6œ;aoç, aussi bien celles
du monde transcendantal que celles du monde sensible, aussi
bien les existences supérieures que les existences inférieures.
Cefutainsi, parce procédé, qu'en dernier lieu, ilcréa l'homme;
cequi explique, ditl'auteur du Miratal-\ilmn[\), que l'homme
soit lui-même cette Présence de l'Existence intégrale s^.^^
:>y^^\^ ^^\, et que cette Intégrale de l'Existence n'ait point
d'autre forme î'jj'^ que la forme de l'humanité Ljl^'il! '■ij_^Ji\,
en d'autres termes, que l'homme soit la forme tangible de
cette entité primordiale que la Divinité créa au principe du
temps, que toutes les significations métaphysiques, toutes les
vérités transcendantales de toutes les entités créées (3»^^"^
>,ob^9>._^Jl se trouvent réunies dans son ipséité. C'est là la
raison qui explique pourquoi et comment l'entité humaine est
le théâtre dans lequel, et par lequel se manifeste l'intégralité
absolue des vérités transcendantes, des significations métaphy
siques du 7.ba^.oç ^j^\'is^\ )2^=^ y^ , car la Présence de la Tota
iitéetde l'Existence, cette Intégrale de l'Existence, est composée
de la sonmie de toutes les significations, de tous les sens trans
cendantaux (3^^- Ces faits expliquent pourquoi l'être humain,
seul parmi toutes les entités du monde matériel, est digne d'être
le khalife d'Allah, de le représenter sur la terre.
L'auteur ajoute que c'est justement et uniquement parce que
l'homme a été créé de l'essence c^ii de la Divinité (2), qu'il
peut arriver à la connaissance intégrale des perfections divines :
il perçoit directement l'essence de la Divinité par le moyen de
sa propre essence; il conçoit l'ipséité de la Divinité par son
(1) Ce qui est assez naturel, puisque sa manifestation dans le xoc7[jio; des nou-
mènes fut la <■ Personne moharamadienne •>, laquelle y exista sous la forme
d'un homme; mais cela permet aux Mystiques de dire que tout homme, pourvu
qu'il soit Soufi, est cette Présence intégrale, ce qui est conforme à leurs théories.
(•2) Folio 215 verso.
[77]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 139
ipséité à lui; runité de l'essence divine par son unité, et il
atteint la notion de la divinité de l'Être unique grâce à la part
quMl possède des attributs qui expriment la perfection de
l'Essence suprême; d'où il suit que la signification transcen-
■dantale de l'humanité fjL.3^! 'iLl^\ est égale à l'Essence
divine C^^"^^ ^X]\, autrement dit que l'humanité, l'essence
humaine, considérée dans son aspect métaphysique, est abso-
lument identique à l'essence de la Divinité, que l'homme est
égal à Dieu(l). Mais l'homme, s'il est identique à Dieu, est
encore le théâtre yj^ dans lequel, et par lequel le monde se
manifeste, le microcosme; les auteurs qui ont exposé dans
ses détails, dans toutes les littératures, les rapports du Macro-
cosme et du microcosme admettent très généralement que le
microcosme-homme a été cn'é à l'image du Alacrocosme,
d'après le monde nouménal. Cette solution modeste et raison-
nable, si l'on peut parler de raison au milieu de semblables
rêveries, ne pouvait manifestement convenir à un ontolo-
giste qui pousse l'orgueil jusqu'à cette limite insensée et
insane d'égaler l'essence de l'homme à celle de la Divinité, les
attributs de l'humanité à ceux de l'Être suprême. Aussi Abd al-
Karim al-Djili, dans ce même esprit démoniaque, dit-il que ce
n'est point l'homme qui est la dérivi'e du 7.i7;j.:;, que l'homme
n'a point été créé comme la réplique du monde de la Transcen-
dance, qu'il n'est point l'épure JLi-*^' de l'univers; en d'autres
termes, les diverses parties qui composent l'homme ne sont pas
une image réduite, à une échelle donnée, de celles qui lui
correspondent dans le monde transcendantal; mais ce sont, bien
au contraire, les différentes parties du 7.07;^.:; qui ont été créées
comme répliques, sur le modèle de celles qui leur correspon-
dent dans l'homme, et c'est là la raison pour laquelle les onto-
logistes nomment l'univers le méganthrope j---^' ,'— '"^'- Que
l'homme soit très supérieur à ce 7.icr;j.o; métaphysique et phy-
sique, dont il est le centre mathématique, qu'il n'ait pas été
fait à l'image du y,b<y\).oç, alors que le xôj.acç, a été fait à la
(1) Il est inutile, je pense, de souligner la monstruosité de cette extravagance,
l'homme jaloux du Démiurge, parce qu'il a créé le xdcrixo; !
[78]
140 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sienne, c'est là un fait évident, qui s'impose à l'esprit pour peu
que Ton réfléchisse à cette circonstance que l'homme possède la
science de la Divinité, alors que l'univers, dans ses proportions
infinies, est une entité inerte, qui ne jouit pas de la connais-
sance, et qui tourne indéfiniment dans l'inconscience (1).
En affirmant que l'essence de l'homme est identique à celle
delà Divinité, et surtout que l'entité humaine est le prototype
qui a servi à l'Etre unique à construire le -xcatj-sç par une ampli-
fication gigantesque, al-Djili dépasse, dans des proportions
insensées, d'une façon monstrueuse, les doctrines les plus
anarchistes des métaphysiciens qui ont écrit en persan, je ne dis
point des Persans, puisque, manifestement, cet auteur, comme
l'indique suffisamment son nom, «Hait un Persan, qui écrivait
en arabe, comme le furent Tabari, Tirmidzi, Zamakhshari, et
tant d'autres illustrations de la littérature dite arabe.
Mohammad ibn Nasir ad-Din, dans le Balir a/-maani,
enseigne bien que la créature peut arriver par ses moyens au
stade de la Solitarité c^.ljljjy (2), lequel est rigoureusement
identique à celui de la Divinité; mais il ne cèle point que ce
stade terminal est tellement difficile à atteindre que l'on compte
sur les doigts les Mystiques qui y sont parvenus.
C'est à force de macérations spirituelles, d'exercices ésoté-
riques, d'œuvres surérogatoires, sans compter naturellement
les œuvres d'observance stricte, à force de grâces divines, de
faveurs, d'indulgences, que l'Etre unique a presque été forcé
d'octroyer à ces malheureux, que quelques très rares dévots ont
pu s'élever à ces sommets de l'échelle des stades, et leur nombre
est infiniment restreint. C'est de même que, dans le monde boud-
dhique, les disciples de Sakyamouni, en accumulant de la même
manière, dans le même esprit, les œuvres de la surérogation,
(1) L'auteur avait composé trois traités consacrés à l'exposition de cette
théorie scandaleuse : le al-kUab al-markoum fi-sharh al-tawhid al-madjhoul
loalma'alovm « le livre qui a été écrit pour expliquer l'ipseité de l'Unité,
tant inconnue que connue »; le al-mamlakat al-rabbaniyyal al-maudhouhal
fU-nishâ'at al-insaniyya « le royaume du Tout-puissant, qui a été composé pour
établir la modalité de la manifestation humaine » ; le al-manazir al-Uahiyya
« les théâtres dans lesquels se manifeste la Divinité », ibid., folio 210 recto.
(2) Journal asiatique, 1902," II, page 103.
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 111
les pratiques les plus insensées du renoncement, acquièrent
assez de mérites pour rompre la chaîne tragique du samsara,
pour sortir de l'Océan des renaissances, pour arriver au Nir-
vana, pour s'absorber dans l'Ame universelle, au stade où vivent
les esprits supérieurs du Bouddhisme, sous une forme, sous
des espèces que l'esprit occidental, le génie sémitique du
Christianisme, se refusent à considérer comme un stade divin,
parce que les bouddhas et les bodhisattvas y vivent d'une
existence passive, laquelle, dans les idiosyncrasies du Boud-
dhisme, n'en est pas moins la forme de la divinité.
Al-Djili et les docteurs qui appartiennent à son école pro-
fessent une théorie beaucoup plus grave, dont les conséquences
religieuses et politiques sont terribles, puisqu'elle ruine immé-
diatement le dogme islamique, la doctrine de la souveraineté
spirituelle des khalifes, omayyades ou abbassides, des Imams
des Shi'ites, dans l'orthodoxie ou l'hétérodoxie, la croyance à
l'authenticité de la souveraineté temporelle des sultans qui s'en
sont fait investir par les pontifes de Baghdad, ainsi qu'à la
validité de la puissance des princes shi'ites, qui se faisaient
donner des procurations par les Imams, et, qui plus est, ce qui
est le comble, les théories compliquées et abstruses des Soufis.
Si l'homme est identique dans son essence et par ses attributs
à l'Être unique, si le ij-xy.p6/.oî!j.3ç n'est qu'une projection
immensément amplifiée du [xty.p:/.07;j.3ç, si l'Univers est la copie
de l'entité humaine, à quoi servent les pratiques religieuses,
les exercices spirituels et moraux qui forment l'essence du
Mysticisme? Le culte, les actes d'obédience, au même titre que
la surérogation, deviennent une anthropolàtrie qui n'a aucun
sens, et qui n'a été inventée dans aucune autre civilisation;
elle aboutit à ce concept étrange de la divinité de l'homme,
créant le monde, se produisant lui-même, dans une forme, sous
des espèces, que l'on ne retrouve nulle part sur la terre, à quel-
que époque que l'on veuille les chercher. Les Alides, les Ismaï-
liens, les Soufis, qui ont des accointances avec ces sectaires,
qui leur ontemprunté les théories néo-platoniciennes, voulurent
détruire, les uns, le Khalifat abbasside, les autres l'Islamisme
dogmatique du Koran et de la tradition, qu'ils jugeaient une
forme étroite de la croyance, tout au plus bonne pour des pas-
[80]
142 REVUE DE l'orient CHRÉTIExN.
leurs, errants dans les sables du désert; ces gens avaient raison,,
et des raisons pour penser de la sorte. L'idéal de l'Islam,,
de sa civilisation, de son ambiance, est exactement l'Islamisme-
des sultans de Constantinople, au xvi% au xvii" siècle; que
des entités humaines aient cherché à briser cette cage, c'est
un fait intelligible; il ne saurait étonner, ni surprendre
personne. Mais il n'était nullement besoin pour le faire
de proclamer la doctrine insensée de la divinité de l'homme r
la théorie des Mystiques, même celle des Mystiques moyens-,
suffisait largement à la tâche, puisque beaucoup de Soufis
peuvent, par la surérogation, s'élever au stade delà sainteté, qui
est supérieur à celui de la Prophétie; puisque Hafiz de Shiraz,
ou Djami de Hérat, sont supérieurs à Mahomet, la théorie du
Khalifat, de la légitimité spirituelle et temporelle de la famille
de Mahomet est immédiatement ruinée. Quel besoin avaient les
Mystiques d'amplitier leur doctrine et de prétendre que l'homme
peut, dans quelques cas exceptionnels, par la multiplication
indéfinie des exercices spirituels, s'élever au stade de la Divi-
nité, d'affirmer que le Pôle suprême, le chef de toute la hiérar-
chie, commande à Allah (1)? Cette exagération était absolument
inutile, puisqu'elle ne leur servait en rien à établir la thèse
qu'ils avaient à cœur de faire prévaloir, la vanité, le néant delà
mission du Prophète, et, partant, l'inexistence du dogme khali-
fien. Cette doctrine, comme je Tai expliqué dans les pages de
cette Revue, est née, à une date relativement récente, de l'influx
dans la gnose islamique des idées bouddhiques, de la théorie
du Nirvana, fort mal comprise par des gens qui, d'ailleurs, la
connurent d'une manière incomplète, et en mélangèrent les-
éléments qu'ils retinrent a d'autres, empruntés «à la doctrine
chrétienne, dont ils ne comprirent pas mieux l'essence.
Encore cette théorie peut-elle jusqu'à un certain point se
défendre, parce qu'elle n'offense pas radicalement la raison, et
c'est en ce sens qu'elle est admise par les meilleurs esprits du
Bouddhisme; quant à celle qui prétend que l'homme a été créé
avec l'ipséité de Dieu, qu'il est l'égal de l'Être suprême,
elle n'est point une nouveauté dans l'Islamisme : telle fut la
(1) Journal adaligue, lOOiJ, II, page 73.
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 143
doctrine de Bayazid al-Bistami, de Mansour Halladj, de Shal-
ghaniani, de bien d'autres hétérodoxes. Elle est née, comme je
l'ai expliqué dans un mémoire antérieur, d'une incompréhen-
sion du dogme de la théologie chrétienne, ou plutôt de la
manière dont il a été exprimé, de l'impossibilité absolue dans
laquelle les Orientaux se sont trouvés de percevoir comment le
Fils de Dieu a pu naître avec les attributs de l'humanité, tout
en participant de la Divinité, ce qui a provoqué les hérésies et
causé les schismes de l'église orientale : puisque Jésus-Christ
fut un homme en même temps que Dieu, c'est que tout homme,
non seulement peut devenir dieu, mais est Dieu par son essence;
à moins d'admettre, comme le fit Mahomet, qui ne voulut pas
aller jusqu'à cette extravagance, que Jésus, fils de Marie, ne
participa point de la nature divine, qu'il ne fut qu'un homme,
comme lui-même, investi de la Prophétie par la volonté divine.
Mais il n'en reste pas moins certain que cette théorie est née
tout entière d'un emprunt mal fait, mal compris, au Christia-
nisme, et que l'on chercherait en vain dans toute autre forme
religieuse l'origine de cette lubie de primaires. Comme je l'ai
expliqué il y a quelques années, dans les pages de cette Revue (1),
l'identification de la créature avec le Créateur, de l'homme avec
le Démiurge, est absolument contraire aux idiosyncrasies de
l'esprit asiatique; elle ne peut se comprendre que dans une
forme religieuse issue du Christianisme, du Christianisme
transmuté par des hommes peu intelligents, par des cerveaux,
frustes, de sa forme orthodoxe, beaucoup trop raffinée pour des
Barbares.
Cette simplification du dogme chrétien, quelquefois sa com-
plication, pour expliquer des subtilités mystérieuses, est à la
base de toutes les hérésies orientales, de l'Arianisme au Nes-
torianisme (2); c'est très vraisemblablement aux Ariens, ou à
quelqu'un de leurs successeurs, que les théosophes musulmans
ont pris, par à peu près, cette théorie effarante de la divinité de
la première entité qui vit le jour dans le x6(7[ji,o;, Arius, qui était
un esprit simple, n'a jamais pu comprendre, entre autres points
(1) Revue de l'Orienl Chrétien, 1925-1926, page 80.
(2) Ibid., 1927-1928, page 16.
[82]
141 REVUE DE L'oniENT CIIRÉTIEX.
du dogme, que le Fils pût être aussi ancien que le Père; puis-
que prre et fils il y a, pensait-il, fatalement, nécessairement, le
Père est plus ancien que le Fils, le Fils plus moderne que le
Père; Jésus-Christ fut engendré, dit l'Évangile, donc il n'exis-
tait pas avant d'avoir été tiré du néant, donc il n"est pas, et
il ne peut pas être éternel comme le Père, qui, par définition,
est éternel. Le Verbe dit de lui-même, dans les Proverbes (1),
que Dieu l'a créé au commencement de ses voies; mais le
Verbe, le Fils et la Sagesse sont les trois noms d'une même
personne, d'une même entité primordiale, créée au principe
du temps, par le Père, après une certaine durée, au cours de
laquelle il a existé seul.
C'est un fait visible que les Musulmans ont connu cette
théorie des Ariens, qu'Arius, d'ailleurs, emprunta à l'un des
pères les plus vénérables de l'Église romaine, à TertuUien; que
leur Présence de l'Existence intégrale, la première des créatures
d'Allah, est la première entité d'Arius, le ^'erbe, Fils de Dieu,
créé avant le Temps, avant les existences r^fo «Iwvwv, des entités
inexistantes â; ojy. cvtojv, par la volonté de Dieu, qui a créé tout
ce qui existe. Mais le Verbe n'est que la première créature de
Dieu, bien qu'elle soit la plus parfaite et supérieure à toutes les
autres; elle ne possède point la même essence que le Père; elle
n'est pas Dieu, quoiqu'elle puisse prendre les noms de Dieu, de
Logos, de Sophia. F'uisque le Fils de Dieu, Dieu, sans l'être par
toute son essence et ses attributs, est homme par ses attributs
terrestres, il va de soi que cette Existence intégrale, qui en
est la réplique dans les théories ontologiques de l'Islam, en
(1) VIII, 22-23; la «roçta est le Xôyo; ; x-jpio; s-aticté \s.i àpyji'J ô5wv aÙToO... npo to-j
aiôivoi; èÔeiJLeXiwffé [as ; comme le dit saint Jean : 'Ev àp-/r) -^v 6 lôyoz xal ô Xôvo; ^v upô;
TovâsbvTiai SebçYÎv ô Xoyoç. Et cela explique très naturellement pourquoi les Bar-
bares embrassèrent avec enthousiasme les théories de ces sectes orientales du
Christianisme, dont la seule hérésie était de chercher à approfondir des mys-
tères qu'il faut se résoudre à accepter comme tels, ou à rejeter, sans compromis,
• jui sont au delà de la raison humaine, et surtout au delà de la raison des
Barbaries, pourquoi les Germaniques, au v siècle, qui se ruèrent sur l'Empire
romain, étaient des Ariens enragés. C'est un fait curieux et indubitable que la
lecture de saint Irénée et de saint Epiphane montre que toutes les hérésies sont
nées en Orient de l'incompréhension des idiosyncrasies du dogme chrétien, et
de leur transi)Osition, soit dans unsj'stème plus simple, soit dans un autre plus
compliqué, suivant a mentalit(' et lacéri'bralité de l'opérateur.
. [83]
LA PENSKE (iRECklUE DANS , LE MYSTICLSME ORIENTAL. 115
même temps qu'elle représente une entité de la Transcendance,
représente aussi l'être humain du microcosme; elle ne surprend
point d'ailleurs outre mesure chez des esprits compliqués, dont
le pire orgueil est le péché le plus véniel, chez les Mystiques
qui ont dit, comme Aboul-Hasan Kharrakani, que le Soufi est
incréé ijij^^ jiA J-j^^'' qu'il est le Primordial, antérieur à la
Création, Allah lui-même, ce qui, manifestement, est très con-
forme à ce que pensaient ces insensés dès les origines de la
secte, Bayazid al-Bistami, Halladj, et leurs semblables (1).
(1) Dans son Bahr al-maani, iiian. siipp. persan 9iii;. folio 95 verso, Moham-
uiad ibn Nasir ad-Din donne de la liiéraniiie mystique une division qui est
directement inspirée par l'orgueil démoniaciue de la sei-te; les Soufis enseignent
que la vie religieuse est une Voie, au travers des stades de laquelle le Mystique
s'avance vers l'Être unique, à force de maci-rations et d'exercices spirituels, jus-
qu'à se trouver uni à son ips«'ité, dans une absorption absolue; le Nirvana
-\-=-^, a dit l'un des docteurs de la secte, est la disparition intégrale de l'iiiséilé
de la créature dans la Divinité, dans laquelle elle demeure éternellement, sans
plus posséder de ■< moi ■■, d'ipséité, qui lui soit propre o.a ; cette doctrine, qui est
]irimordiale, et qui est empruntée au Bouddhisme, a paru beaucoup trop sim-
ple aux Ésotéristes, qui ont inventé, comme je l'ai exposé dans cette Revue, en
I02.j-I9:.*6, ditïérentes modalités de cette ■> marche » qui doit amener la créature
au sommet des stades et au bonheur absolu, la marche vers la Divinité, enfin
la marche en la Divinité, dont j'ai tenté d'interpréter le sens mystique. Si l'on
en cioit Mohammad ibn Nasir ad-Din, cette marche en Dieu, qui est au delà du
point terminal do la Voie, ((ui est, par sa définition même, un concept de la Trans-
cendance, est celle que suivent tous les Soutis pour arriver à l'identification avec
Dieu; alors que dans la théorie du Maksad-i aksa, du Madjma al-bahraïn, c'est
à-dire dans l'idée des Ésotéristes qui ont conservé leur raison, elle ne se produit,
et ne peut se produire, que lorsque le Mystique est arrivé au Nirvana, dans
l'ipséité d'Allah, d'une manière irrationnelle, qui échappe entièrement aux sens
de l'humanité: cet auteur nous apprend en effet que les hommes se répartissent
en trois classes, suivant la division canoniciue, en ordinaires, bons, et excellents,
des membres de la communauté islamique : la première catégorie comprend
les individus qui acccfm plissent cette marche dans ce monde, en vue du monde
Ljj-Jl ^ y^i-^ ; leur capital est le monde; le gain, l'intérêt qu'ils retirent de
leurs peines, de leur.s efforts, sont le péché et le repentir; la seconde catégorie,
les bons, « marchent ■> ilans le monde futur, en vue du traitement qu'ils espèrent
y trouver; leur capital est le culte de l'Être unique, Tobédience, les pratiques
de la vie religieuse, les anivres pies; leur gain est le paradis, mais ce paradis
matériel, qui n'a rien à voir avec la béatitude de l'anéantissement dans la Divi-
nité {Revue de l'Orienl chrétien, 1925-1926, page 103: 1927-1928, page 68); c'est
le lot des savants, des juristes, des théologiens, que tous leurs efforts ne peuvent
amener à la vérité intangible, à la vie éternelle, indéfinie, et infinie, dans
l'ipséité de Dieu; la troisième classe est formée des hommes qui vivent de la vie
[81]
UKIENT CHRÉTIEN. 10
146 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
L'Existence intégrale J.5^! ^^^J\, dit Abd al-Karim al-Djili,
dans son Mir'ai al-'alam{\), entant que composée de la somme
des entités existantes o^b^c^y», peut être considérée sous deux
aspects, à Texclusion d'un troisième; elle est primordiale, prin-
cipale, essentielle v.-^-5, ou accidentelle ^^1:^(2); considérée
dans son essence, et sous ses attributs de primordialité, de prin-
cipialité, elle est l'entité essentiellement nécessaire, éternelle,
infinie, c'est-à-dire l'Etre unique, ses noms et ses attributs; si
on la considère sous son aspect d'accidentalit('' .j^j.sr'', elle est
toutes les entités qui sont devenues actuelles et nécessaires,
après avoir été seulement potentielles et possibles, en d'autres
termes, tout ce qui existe en dehors de l'Être unique, aussi bien
les entités qui tombent sous les sens que celles qui ne relèvent
point de la tangibilité. Les entités sensibles sont composées de
pondérabilités et d'impondérabiIit(''S physiques ^-ài ^^ ^^^^-^j^
L^jjlkJ ^j 21*^!; ce sont, les premières, les corps qui existent
sur la terre et qui appartiennent au monde végétal ou au
régne animal; les secondes' sont les entités formées d'impon-
dérables, littéralement de légèretés physiques ï*^3! wà^liaj,
lesquelles, partant, ne tombent pas sous les sens de tangibilité, et
n'appartiennent pas à leur domaine, tels les corps lumineux des
astres, et tout ce qui leur est en connexion, comme, par exemple,
le mouvement dont ils sont doués (3); toutes ces entités for-
ésotérique,qui "Voyagent- en Dieu, dans ses attributs i.15 1 ^ y^li 6t non point
vers son Essence, vers son Trône, comme les hommes qui composent la seconde
catégorie; leur capital est la connaissance ÏSfcX,*, laquelle, comme je l'ai expli-
qué autre part, se confond en réalité avec le Nirvana, avec la fusion et l'absor-
ption dans la Divinité; ce qui explique que Mohammad ibn Nasir ad-Din al-
Makki dise, dans sou Bahr al-maani, que leur gain est cette unification avec
l'Être unique, laquelle, en bonne logique, doit précéder cette marche dans^
l'ipséité d'Allah.
(1) Mau. arabe 1338, folios ^'l:i verso et 213 recto.
(2) Exactement dans le sens de la théologie chrétienne, dont ces termes
démarquent la terminologie; -ji « être ancien • est l'antonj-me do ^j^^:s>.
" être nouveau ». '
qu'il faut traduire ii,Jï] par <■ impondérabilité », puisque, par définition, le
mouvement des sphères célestes est l'immatérialité même.
. [85]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 147
ment le monde tangible, auquel les ontologistes donnent le
nom de monde du Royaume ^tXJJI JU. Quant à la partie
du 7,2C7;j.5ç qui ne tombe pas dans le domaine des sens, continue
Abd al-Karim al-Djili, il n'en résulte nullement qu'elle soit la
vacuité absolue; elle est, soit toujours et absolument susceptible
d'être perçue par la vue ï^j^ '---^b' ou non susceptible de l'être
haiy}\ s^**; ce qui est susceptible d'être perçu par la vue est le
monde des esprits différentiels 'ij^f^-^ r^^^^l l'aspect du monde
intangible auquel les métaphysciens de l'Islam donnent le nom
de monde de la Souveraineté ^^j^^. Tout un chacun, quand il
se transporte hors de notre présent séjour, ne peut faire
qu'apercevoir ce monde de la Souveraineté tandis qu'il se trouve
encore dans le nôtre, et il n'arrive à la connaissance du
monde de la Souveraineté dans son intégralité absolue i^x^-n-^
que par le témoignage de la vue ésotérique 'iJj..^.M J)^^, d'une
manière tout ésotérique, alors qu'il peut parvenir à sa connais-
sance partielle -i-^w, à n'en percevoir qu'une partie, par le
témoignage de la vue exotérique ïj^-^J' hi-^^ d'une façon tout
exotérique, tangible, matérielle, exactement dans les mêmes
conditions de matérialité où l'Ame, quand elle a fini de se trans-
porter de ce monde dans le monde futur »j.^^i, qui appartient
à la Transcendance, voit le monde de la Souveraineté qui, lui
aussi, fait partie de la Transcendance. Quant au monde qu'il
est seulement possible d'apercevoir dans quelques circonstances
déterminées, et non dans toutes ■^.^j^^ yW^ c'est le second
aspect du monde transcendantal, le monde de la Toute-puis-
sance sJl^j.j--?^; il est le monde des esprits intégraux ~'j;j^' J^-*^
ïILOl, et, tout en faisant partie intégrante du xîti^.o; de la
Transcendance qui n'est pas absolument caché à la vue de
l'homme, il se trouve à un stade beaucoup plus élevé que le
monde de la Souveraineté.
Ce qui échappe entièrement à sa vue, c'est le monde des
valeurs ésotériques ^^^ ç^^, en d'autres termes, les entités
qui relèvent du Décret divin, sans avoir aucune existence tan-
gible irj5»D.^)l^.jiJl ïI^C=J! ,^*"^!, c'est-à-dire le monde des
[86]
118 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Intelligibles; ces entités existent dans la Volition divine, dans
le Décret divin *5^1, tout en étant privées d'essence et d'attri-
buts, comme le sont les Mères, c'est-à-dire les prototypes des
formes nées dans le Décret divin ïl^iCsr^! c^l^^^i^ ^.^x]\ sj^^ïi* (1).
L'Existence ^^=^j, continue Abd al-Karim al-Djili, dans son
Mir^at al-'alani (2), se présente sous deux aspects essentielle-
ment différents : la \'érité créatrice j^^»., et la Création ^^^^
qu'elle a produite; la Création ^•^, à son tour, se divise en
quatre catégories, ou, ni l'on veut, revêt quatre aspects : 1" le
monde tangible, ou monde du Royaume wlUi J^: "i" le monde,
de la Souveraineté ^^.XUl JU : 3° le mçnde de la Toute-puis-
sance ,^jy^\ JU; 1° le monde des entités transcendantales
^iU! Jlc."" *
Chacun de ces quatre aspects du y,b<j'^.zç, qui existent en dehors
de l'ipséité de la Divinité, se présente lui-nîême sous les espèces
de deux aspects, un aspect supérieur ^^'i un aspect inférieui-
^->î, entre lesquels il existe un certain nombre de stades ^^^j',
de degrés, ou peuvent se manifester différentes catégories
existentielles.
■ Les métaphysiciens musulmans considèrent ces deux aspects
de chacune des quatre apparences du v.i7[xo; comme un côté
^j^-, c'est-à-dire, dans leur terminologie, comme une surface
plane limitant un volume; entre ces deux plans qui limitent le
volume de chacun des quatre aspects du •/.:c7|a:ç, il existe une
distance suffisante pour permettre l'existence simultanée d'un
nombre infini d'entités, qui s'étagent entre eux, de manière à éta-
blir une liaison, une connexion entre les deux faces extrêmes
d'un monde, c'est-à-dire, en somme, entre la surface la plus
basse du monde le plus inférieur et la surface la plus élevée du
monde le plus supérieur, grâce à cette continuité.
Des deux aspects du monde tangible, du ^^, qui est l'aspect
4u y.ôa\).oq dans lequel nous vivons, l'aspect supérieur est forme
des corps lumineux ïj,^J1 ^j^'^' et des mouvements de ces corps
(1) Comme on Ta vu ])lus haut, Icaza est essentiellement synonyme de houkm.
(2) Man. arabe 1338, folio ■2\'i recto.
LA PENSÉE (iRECQUE DANS LE MVSTICIS.ME ORIENTAL. 1 10
lumineux, des corps célestes CCli.'! ,_^!^j^i, que les métaphysi-
ciens regardent comme étant de la même nature; l'aspect
infV'rieur, le plan inft'rieur de ce monde tangible, est constitué
par l'homme, par la créature humaine ^j^^ ^^^J"^1 {[) les
stades, les degrés dans lesquels peuvent se manifester les
variantes de l'existence entre ces deux espaces limites du
monde tangible sont en nombre considérable; ces entités
matérielles constituent toutes les existences du monde, les
animaux, les végétaux, les minéraux, et les corps composés
des quatre éléments; l'auteur ne fait d'ailleurs dans ces lignes
que renvoyer à un traité beaucoup plus considérable, dont il
abrège la doctrine, qu'il avait écrit sous le titre de Kotb al-
'((djaïb ica falak al-gliaraib « le Pôle des merveilles et le
ciel des étrangetés «.
L'aspect supérieur du monde de la Souveraineté est formé
par les esprits agissants iJliiiî -îj;"^!, qui régissent l'Existence;
l'aspect inférieur, par les esprits passifs ^-^*i^ -^1?^"^'' qui subis-
sent l'action des premiers, et qui sont commandés pour régir les
entités différentielles de cette Existence intégrale (2).
L'aspect supérieur du monde de la Toute-puissance comprend
(1) Sic; comment l'iiomnie, l'égal de la Divinité, prototype de l'Univers, même
réduit à la matérialité de sou corps, peut-il être au stade inférieur de l'aspect
inférieur du xôspo;?
(2) Ainsi enteii'l certainoment le texto \z\ ,^-3^ J Ua>l ^_:,'»n11,JI ,!
j\^--^-'i iUJi ^l.,^l! a>a ,oL ^^X) ï^jji iJUiil ^\,;i\ .^,
Aj ^V^ , a^*il [J<>3ii^ *--l]; Iss mots que j'ai plticés entre crochets n'appar-
tiennent pas au texte qu'ils rendraient incompréhensible; ils signifient simple-
ment « participe passif >■. à lire au participe passU al-mousakhkhara, et non au
participe actif ^^'-^ *♦-', al.-mousaklikliira, pour discriminer deux formes que
la graphie arabe ne permet pas de différencier dans un texte qui n'est pas
entièrement vocalisé; si cette glose est l'œuvre de l'auteur, le sens que j'ai
donné, quoique un peu paraphrasé, ce qui est fatal dans des écrits aussi
obscurs, est certain, et peut se défendre; les esprits passifs sont commandés,
manœuvres, par les esprits actifs, pour régir les particularités de la Création:
mais si cette glose a été introduite par un exégéte de la pensée d'Abd al-Karim
al-Djili, à tort, et s'il faut lire la forme active du participe, le sens devient :
« les esprits passifs qui régissent les entités différentielles »; la nuance, en fait,
est insignifiante, puisque, par leur définition même, les esprits passifs sont
manœuvres par les esprits actifs.
150 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les esprits sublimes, qui ne sont pas composés des éléments,
comme le grand Trône (J'j^^ les esprits qui l'entourent et qui
le portent, tels l'Estrade du Trône ,^_^-/ ^ le grand Kalam, et
la Table gardienne du sort (1); l'aspect inférieur de cette
modalité du monde de la Transcendance est formé des anges
qui protègent le xiai^-oç 3l;«v^J! lCî^.J! : il existe de très nombreux
stades entre ces deux aspects du monde de la Toute-puissance,
tels que ceux de l'Intelligence primordiale J^'iî^ j£x3î (2) et des
esprits universaux lIvM _Ij.^î.
L'aspect supérieur du monde des existences ésotériques
^U.J! JU, du monde des Intelligibles, est formé des entités
^y\, dont les philosophes disent qu'elles existent dans l'intellect
^i, sans qu'il y en ait trace en dehors de l'intellect, telles
que l'entité transcendantale de la Création, formée de la matière
abstraite, à laquelle l'Être unique a révéléjla forme '-^ (3), et
l'impossible par définition (4) ^^^^^^ J'-s-'^-'h son aspect infé-
(1) La Table gardienne est, en effet, dans la Toute-puissance, voir cette Revue,
1929-1930, page ii97-, il est naturel que le Kalam s'y trouve, puisqu'il est la pre-
mière entité créée, qui est identique à la Table.
(2) L'Intelligence primordiale étant la première entité créée, identique au
Kalam, à la Table, devrait 'en bonne logique se trouver dans le plan supérieur
du monde de la Toute-puissance.
(3) Le 1.5., dit Djourdjani, dans son Traité sur les délinitions. man. arabe 4261,
folio 104 recto, est l'entité en laquelle Allah produisit, révéla jjà les corps du
C
xoG-[io;, bien qu'elle ne possédât point d'essence qui lui fût particulière (^-^
dans l'existence, autrement que par les idées, les images, les i^j-^, qu'Allah
produisit en elle; on l'appelle aussi '^anka U'Ai et la matière 1»^» = Qr,. Lorsque
le hahi'i se disposa à organiser les stades de l'existence dans le quatrième stade,
au-dessous de ceux auxquels se trouvent l'Intelligence primordiale J,"^l Aï».M,
l'Ame universelle diCM j-*aJ|, la Matérialité universelle ilLCM ï*„-ia)',
de ce fait qu'il est une Essence ^»_i=>- , les concepts des corps se révélèrent en
lui; au-dessous de son stade se trouve le stade du corps universel liCJ! a--^' ;
le stade du hahà ne peut se comprendre autrement que la noirceur et la lilan-
cheur dans ce qui est noir et blanc; en effet, la noirceur et la blancheur sont
des abstractions de l'intellect, tandis que ce qui est blanc et noir relève des sens.
(4) ^j .L», en géométrie, signifie ce que l'on concède, un postulatum; il
[89]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 151
rieur comprend les entités ^^"^ qui existent dans Tintellect,
mais qui ont ég'alement une existence intégrale en dehors de
l'intellect, comme la proximité, l'éloignement, la science,
l'ignorance, les universaux en général.
L'homme est lExistant absolu (^IkJ! :>j=^jJî, parce que,
dans son intégralité, au point de vue de son intégralité -s^xllC,
il ne possède aucune relation de dépendance avec les stades
v-^jy, alors qu'il n'a de relation de dépendance avec eux que
lorsqu'on le considère au point de vue différentiel ^ly?^. (1);
ce qui revient à dire, comme l'a fait al-Djili, dans un autre
passage de son traité d'Ontologie qu'il possède, comme la
Divinité, l'Intégrale de l'existence, qu'il est l'égal de Dieu (2),
ou mieux qu'il est le Monde lui-même, la réplique du -/.icrjj.oç,
faut comprendre une chose, un fait, qui sont impossibles, et absurdes, sans
aucune contestation.
(1) Man. arabe 1338, l'olio 213 recto. La signification transcendantale de l'idio-
syncrasie humaine, dit al-Djili, ibid.^ folio 216 recto, est l'Essence divine
ï.>^^î vO^'^-'' c* ^•''•'«•'^^ iiLïs-'! ; ce qui signifie, sous une forme mons-
trueuse, que la Divinité est l'intégrale de l'homme, et non l'homme une diffé-
rentielle lointaine de Dieu, dans le même esprit de blasphème où l'Univers est
la réplique du microcosme, et non le microcosme celle du Macrocosme. '
(2) Cette thé >rie du microcosme est l'évolution naturelle et logique de la
pensée platonicienne, telle (lu'elle se trouve exposée dans le Thnée : le monde n'a
pas existé de tout temps; il est l'image d'un prototype inaltérable, que l'Être
suprême fit sortir du chaos, car, voulant que tout soit bon, il prit la masse des
tangibilités, qui s'agitait d'un mouvement désordonné, la matière, et de ce
désordre, il produisit l'Ordre; c'est là une extension de la théorie d'Anaxagore,
suivant laquelle il fallut l'esprit, la raison voùç, pour organiser le chaos, et en
faire le xôtjao;. Dieu créa le zotjio; comme un animal doué d'une àme et d'une
intelligence, de telle sorte qu'il est un être vivant, dont tous les autres êtres,
considérés individuellement et par genres, sont des parties, des difiérentielles,
d'une Intégrale unique, d'une perfection absolue. C'est en ce sens que Plotin a
écrit (Ennéade IV, iv, 32-33) que le x6(y(i.oi; est un grand animal, et que l'Ame
universelle pénètre toutes ses parties; que, de par son unité, il constitue un tout
sympathique à lui-même, dont une partie ne peut éprouver une variation dans
sa modalité, sans que la partie correspondante éprouve la même variation; si
l'être qui subit cette variation possède une nature analogue à celle de l'être qui
la produit, il en éprouve du bien; du mal, dans le cas contraire. Dans un
autre passage, Plotin a écrit que, de même.que dans le corps humain, chaque
organe possède sa fonction propre, de même, dans le xosfio;, les êtres ont tous
leur rôle particulier, d'autant plus qu'ils ne sont pas seulement des parties de
l'Univers, niiis que chacun d'eux l'orme un univers qui a son importance.
Saint Epiphane, dans son traité intitulé Contre Origène Adamanlius, de l'épi-
;!)0j
15-2 Ri:vLE DK l'orient chrktikx.
dans ses quatre aspects, quil est la Divinité, les stades du
microcosme correspondant de la façon la plus absolue à ceux
du ?»lacrocosme ou Méganthrope : le monde de la Souveraineté
signifie la partie ésotérique de Thomme: le monde tangible, sa
partie exotérique; le monde de la Toute-puissance correspond
aux significations transcendantales ^3^'-^=^ de l'homme; quant
au monde des significations ésotériques ^jUJI JU, le monde
des Intelligibles de Platon, qui est Taspect supérieur de la
Transcendance, il répond aux entités les plus élevées qui
existent dans l'homme, à ses entités ésotériques ^y^^' ; au-dessus,
et en dehors de ces aspects du 7.6{7|j.cç, plane la Volonté primor-
diale qui l'a créé, et qui s'est révélée sous les deux aspects de
la Vérité créatrice ^^^ et de la Création J^^^: à la première,
correspond dans l'homme son ips^'ité, alors que la seconde a
pour réplique son corps.
toiné de MéUiode sur OrJgène, et non de Proclus, nous apprend qirt)rigùne
professait également la théorie du niicrocosme, construit et imaginé suivant les
donn('es et les théories de la Rible, en conformité absolue avec elles; il ensei-
gnait en effet que le Démiurge ormio'jpyo; Oeo; a créé toute la machine du monde
comme une grande ville, dans laquelle il a réuni toutes les formes vivantes,
pour que ce monde, suivant l'étymologie et le sens du mot v.6a[x>i:, s'accrût et
vécût de la manière la plus harmonieuse: il créa l'homme en dernier lieu, pour
introduire dans ce monde l'image même de la Divinité créatrice; cette théorie
ne va pas sans rappeler par quelques point les fantaisies littéraires de l'auteur
du Madjma al-bahrain.
Le gnostique Marcus, au témoignage de saint Irénée, enseignait que le
Démiurge a servi d'instrument à sa mère, Achamoth, polir créer le xô(7(xo; à
l'image des Éons invisibles : les quatre éléments ont été crées à l'image de la
Tétrade primordiale; les quatre éléments, plus leurs manifestations, chaud,
Iroid, sec, humide, sont les répliques de l'Ogdnade; les dix puissances, a savoir
les sept deux, plus le huitième ciel, enveloppe des sept autres, plus le Soleil et
la Lune, correspondent à la Décade; le Zodiaque, avec ses douze signes, les
1::^ mois de l'année, les 1"2 heures de la journée, les 12 climats, sont autant de
répliques de la Dodécade; les 360 degrés du Zodiaque 30 x 12 sont l'image de
la Dodécade dans ses rapports avec la Triacontade, les 30 Éons; Saturne, à la
limite du x6cr|xo;, a une évolution de 30 années, la Lune accomplit également
sa révolution en 30 jours, ce qui constitue deux répliques de la Triacontade;
encore faut-il ajouter que Saturne, qui parcourt son orbite en 30 années, aux
confins du monde dont il est la limite, est la réplique d'Horos, lequel contient le
trejitiéme Éon «roçia; c'est un fait visible que les Orientaux ont singulièrement
développé cette doctrine bizarre à laquelle les Grecs n'ont attribué qu'une
importance beaucoup moindre, en le réduisant à un système purement astro-
logique.
[91]
LA PENSÉE GRECIJUE DANS LE .MYSTICLSME ORIENTAL. Ib'S
C'est en ce sens qu'al-Djili a pu écrire que l'homme, le
microcosme, est la « Présence de l'Existence intégrale » ,ce qui,
clans le jargon des ontologistes, avec le sens qu'ils attachent
au mot «présence » ï;-^^, signifie simplement l'égalité absolue,
l'identité physique, de l'homme et de l'Être unique, ce que
n'ont point osé les Mystiques raisonnables. Les Esoléristes qui
n'ont point perdu le sens enseignent, d'après la théorie astro-
logique des Byzantins, que l'homme, le microcosme, corres-
pond, membre par membre, faculté par faculté, aux parties et
aux esprits du Macrocosme ; mais ils s'arrêtent à ce terme et
ne vont pas plus loin. L'Etre suprême est en dehors du Macro-
cosme, au-dessus de lui, si l'on veut, puisqu'il l'a créé, de telle
sorte qu'il ne peut correspondre à aucune des parties physi-
ques ou immatérielles du microcosme, que, par définition, il
a créé en même temps que le Macrocosme, comme une réplique
nécessaire, obligatoire, comme un dessinateur tracerait deux
cercles concentriques, de rayons infiniment différents, avec un
compas à verge portant deux tire-lignes. Le fait est évident;
il serait puéril d'insister sur une vérité aussi tangible; l'homme
ne peut être dieu, en essence et par ses attributs, que s'il
possède l'essence et les attributs de la Volonté primordiale qui
créa le v.bcij.z:, en dehors duquel elle existe. .Mais alors, en réa-
lité, il n'est plus le microcosme, puisque le Macrocosme n'est
point Dieu, mais la création de la Divinité ; il est le microcosme,
plus la réplique identique de l'Essence éternelle qui a créé le
système cosmique, dans une exagération métaphysique qui
était fatale, du moment où certains esprits, sous l'influence-
d'idées subversives, par une interprétation incompréhensive
des théories du Christianisme, admirent l'identité de la créa-
ture avec le Créateur.
Cette doctrine monstrueuse a naturellement conduit les.
ontologistes qui professent les doctrines qu'enseigne l'auteur
du Mir\it al-'ahim (l) à penser qu'en même temps qu'il est
l'Existant intégral et absolu (3lî=.J' :îj.:?.^J1, il est l'Existence
intégrale j^-l^-Jl -^.^^j-' elle-même, dans son ipséité, parce que,-
dans son intégralité i.J^, il ne dépend point absolument d'un
(1) Man. arabe 1338. folio 213 verso.
[92]
;|54 REVUE DE l'ORIENT CHRÉTIEX.
stade déterminé, d'un degré fixe, situé entre les sixplans(l) des
trois aspects du v.baij.oq, parce qu'il n'est point dans un rapport
fixe et invariable avec un de ces stades; la définition de son
intégralité veut en effet qu'il comprenne et possède à la fois
tous les stades différentiels, alors que c'est seulement quand on
le considère au point de vue de la différentiation, de la parti-
cularité 'ky^^ qu'il dépend des stades, et se trouve en rapport
avec eux; en fait, sous ce double point de vue, l'homme n'est
ni complètement dépendant, ni absolument indépendant des
stades (2).
Et c'est un fait certain que l'homme, si l'on consent à se pla-
cer à un point de vue raisonnable, et à ne pas extravaguer
comme les métaphysiciens qui appartiennent au clan d'al-Djili,
est composé d'éléments qui appartiennent aux deux aspects du
monde, ce pourquoi les Mystiques le nomment « le conlluent
des deux Océans » ij^.j^^-^ t*'^''
Le mohtasib Shams ad-Din d'Abarkouh nous apprend en
effet, dans son traité de métaphysique, auquel il a tenu à donner
ce nom de « Conlluent des deux Océans » (3), qu'il existe
(1) Chacun des espaces dont se compose le xôdjio;, comme on l'a vu plus
haut, est compris entre deux plans qui le délimitent, dont l'un est son aspect
supérieur, l'autre, son aspect inférieur; le plan supérieur de l'un étant immé-
diatement tangent au plan intérieur de celui qui se trouve au-dessus de lui ;
et inversement le plan inférieur de l'un étant immédiatement tangent au
plan supérieur de celui qui est situé au-dessous de lui.
(2) Ce qui revient à dire, sous une forme audacieuse, mais elle n'étonne point
dans la pensée de cet énergumène, que l'ipséité de l'homme étant identique ù celle
de la Divinité, l'homme, pas plus que la Divinité, ne peut être mis dans un
rapport mathématicjue avec les stades des trois espaces du monde; ce qui
n'empêche que, vivant de sa vie matérielle dans le monde tangible s_i>v-la.31 a-^,
l'homme n'y puisse et n'y doive occuper un rang déterminé, suivant sa posi-
tion, ses vertus, sa science; que, pénétrant, par le jeu de ses sens ésotériques
dans les deux espaces supérieurs de la Transcendance, le monde de la Souve-
raineté ,j^A..UJl JU et le monde de la Toute-puissance O'jv*^! ^J"^,
il n'atteigne également dans ces espaces des stades essentiellement variables
suivant ses idiosyncrasies; il va de soi que les premiers .Mystiques, qui n'étaient
pas des déments, n'admettaient cette thèse que par rapport au monde tangible;
ils ne s'inquiétaient point de ce qui se passait dans le monde transcendantal,
qu'ils ignoraient; l'histoire du voyage nocturne de Mahomet sur la Borak
ne fut pas point précisément un succès pour lui.
(3) Page 082.
[93]
LA PfJNSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME OIIIENTAL. lô.")
dans rhomme cinq aspects de l'esprit; Tesprit sensoriel
. -,11^ _<>, est le premier des esprits; il s'exerce, de la façon
la plus matérielle, par les organes des sens, d'où il suit qu'il
appartient intégralement au monde de la tangibilité.
Le second aspect de l'esprit est nommé par les métaphy-
siciens l'esprit Imaginatif J?'-^ ~^j ; il possède trois propriétés :
•il est composé d'éléments qui appartiennent au monde infé-
rieur, et partant il est matériel, ce qui explique pourquoi un
concept créé par l'imagination ne peut exister indépendam-
ment de la notion de quantité, de forme, de localisation dans
l'espace, autrement dit, sans se trouver dans une relation
donnée avec les dimensions de l'espace; ceci explique comment
il se fait que ce second aspect de l'esprit soit inséparable des
attributs des corps matériels, et 'qu'il ne puisse se comprendre
sans eux. Mais cet esprit Imaginatif peut subir une évolution
qui est absolument interdite au premier aspect de l'esprit, à
l'esprit sensoriel, et qui l'élève aux stades de Tintangibililé,
lorsqu'il parvient à se débarrasser des concepts de dimension
et de forme, qui sont autant de voiles qui lui dérobent les
lumières intellectuelles. En effet, quand cet esprit matériel
parvient à se purifier, à s'élever au-dessus des contingences,
il devient adéquat aux entités ésotériques ^'-*"S aux significa-
tions transcendantales intelligibles ^-^ i^-'"^' ^^^ essences
^ï'j^, aux esprits supérieurs qui vivent dans le monde de la
Souveraineté, et il peut les percevoir, ce qui est rigoureusement
impossible aux sens purement matériels, qui s'exercent par
le moyen de nos organes; il est alors le lieu où se produit
riiypostase ^•:^* de ces lumières du monde intangible, l'espace
sur lequel viennent tomber les rayons de cette lumière ^s-^',
que rien ne vient lui voiler, comme lorsqu'il n'a subi aucune
purification. Dans les premiers temps durant lesquels le Mys-
tique se trouve engagé dans la Voie, cet esprit Imaginatif est
celui dont l'action lui est indispensable pour progresser à
travers les stades, parce qu'il est l'élément métaphysique qui
garde l'impression des connaissances spirituelles, des sciences
qui relèvent de l'intellect ^ss. pis, des intelligibles, et des révé-
lations qui proviennent du monde intangible.
:!'ll
15G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Le troisième aspect de l'esprit (1) est l'esprit intellectuel
Jiz _j ; c'est lui, sous des espèces plus précieuses que celles
de l'esprit Imaginatif, qui perçoit les sciences divines, les
connaissances saintes, les intelligibles; cet esprit est simultané-
ment « connaissant ^^ j»^ et « faisant connaître » j-^-i=^, actif et
factitif, de telle sorte que l'intellect, la raison S^, est à la fois
l'entité qui comprend , r,^^ et celle qui fait comprendre o/",^-"-
Le quatrième aspect de l'esprit est nommé par les philoso-
phes l'esprit réflexionnel ^j^-^ ~jj; il possède cette propriété
mystérieuse de croître et de se diviser, tout en restant unique,
ce qui est un concept familier aux Ésotéristes. Dans le principe,
dit l'auteur du Madjma al-baJirain (2), il sort d'un tronc
unique, et se développe sous des espèces uniques; mais,
bientôt, il se divise en deux aspects, qui se subdivisent à leur
tour de la même manière en deux nouveaux aspects, en deux
nouvelles branches, ces aspects se multipliant indéfiniment,
en nombre considérable, en produisant de nouvelles branches,
qui répondent à tous les besoins de l'intelligence; ces rameaux,
ces branches aboutissent à des quintessences, lesquelles sont
leurs fruits; immédiatement, ces fruits deviennent les racines,
les origines, de nouvelles branches (3j, lesquelles sont abso-
lument identiques à celles qui leur ont donn('' naissance, et dont
elles sont sorties, et ainsi de suite, jusqu'à l'infini; et ceci, dit
le mohtasib d'Abarkouh, est l'image de ce qui se passe dans le
monde tangible, qui est un arbre, dont toutes les branches et
tous les rameaux sont dirigés vers une forme qui relève de
l'intelligence.
L'esprit de Sainteté ^----^ -jj, le cinquième de f-es aspects,
est très supérieur aux quatre précédents; il est à peine besoin
d'insister sur ce point qu'il appartient exclusivement aux
prophètes et aux saints.
Cette doctrine des ontologistes musulmans est une adaptation
sommaire et approximative des théories des néo-platoniciens;
(1) Page 583.
(2) Ibid.
(3) C'est-à-dire que chacune de ces branches porte un IVuit, ([ui devient l'ori-
gine d'une nouvelle tige, laquelle prolilV'rc à son tour, et cela indéfiniment.
[95]
LA. PENSÉE i.iRECQUE DANS LE MYSTICIS.ME ORIENTAL. 157
les sectateurs de Tlslam ne l'ont point empruntée directement à
Plotin, qui Ta exposée dans toute son ampleur, mais bien au
Christianisme, soit au Christianisme orthodoxe, soit à une secte
hérétique chrétienne, comme le montre très sutïisamment ce
lait, d'une importance capitale, que le dernier stade de l'esprit,
Tesprit de Sainteté, est ce Saint-Esprit, qui ne se conçoit que
dans la théorie chrétienne, qui est étranger à toutes les philo-
sophies, dont les néo-platoniciens, avec Plotin, ne parlent
nullement, car la présence de l'esprit de Sainteté est parfaite-
inutile dans leur système, où il ne se conçoit même point.
Shams ad-Din d'Abarkouh, dans ce passage, et répétant la
thèse de ses devanciers, a mélangé d'une façon singulière les
attriltuts, ou les facultés des trois grands principes de la
trinité qui régit l'âme humaine, en diminuant la théorie du
néo-platonisme, en même temps qu'il la (Complique dans un
esprit systématique, qui est celui de Byzance, et qui est né de
ses tendances.
Ces trois principes, ces trois entités métaphysiques, qui
correspondent aux trois hypostases du Un absolu, de l'Int*'-
grale du monde, suivant une division tripartite, qui a été adoptée
par les Mystiques orientaux, et qui domine tout leur système,
sont l'Intelligence vcj;; l'âme raisonnable 'Vr/r, '/.oyv/.q; l'àme
irraisonnable 'bjyr, ol\z-;zc. L'Intelligence a pour Hiculté la con-
templation des entités Ta îvia; son acte est la connaissance,
l'intuition vir;!;'.;; elle donne à l'homme la science et la sagesse;
celui qui vit par l'intelligence, sans prêter attention aux deux
formes de l'âme, vit de la vie intellectuelle qui l'iMève, qui
l'amène, à la nature divine. L'Être unique, le premier Moteur,
est le Un intégral; aussi n'est-il pas besoin, pour l'atteindre,
<iue l'Intelligence possède des facultés multiples, au contraire
des deux aspects de l'âme; la voie est unique, comme le but,
comme le moyen, la contemplation des entités, qui conduit à
celle des Formes éternelles et à Dieu.
Cette théorie a passé de bonne heure, à ses débuts, dans le
Soufisme, dans l'Ismailisme, en créant la thèse de la communion
de la créature dans l'essence du Créateur, d'une fusion de
l'humanité dans les attributs de la Divinité; elle fut en quelque
sorte métaphorique, sans que les ontologistes lui attribuassent
[90]
158 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
un sens absolu et précis, sans qu'ils y vissent autre chose que
la pensée des néo-platoniciens et des Chrétiens, leurs disciples,
quand ils parlent de l'élévation de l'homme vers Dieu, pour
lesquels le bonheur suprême est la contemplation éternelle des
attributs divins, ce qui suppose naturellement, tant dans la
Ihéorie hellénique que dans la thèse chrétienne, la différentia-
lion, la discrimination absolue des deux entités, lune, celle de
la créature arrivée à la perléction suprême, l'autre, celle du
Créateur, l'union de la créature avec le Créateur, ne pouvant^
dans le néo-platonisme, durer qu'après la mort.
Quelques énergumènes, au début de l'Islam, comme je l'ai
dit autre part, ont exagéré cette doctrine, d'une façon si extra
vagante qu'elle montre qu'ils ne l'avaient point comprise, et je
ti'ouve inutile de revenir sur ce sujet, d'expliquer à nouveau
pourquoi Bayazid al-Bistami, Mansour Halladj, n'eurent abso-
lument aucune influence sui- les destinées du Soufisme, bien
que leurs sentences soient citées dans les livres de la secte, sur-
tout celles du premier.
('etle théorie néo-platonicienne, sui^ant laquelle l'âme, par
le jeu de l'intelligence, peut s'élever jusqu'au Un intégral,
jusqu'à la nature divine (1), a préparé les voies, de bonne heure,
(1) Le concept do la contemplation, dans Tlslam. est purement chrétien, ou
néo-platonicien; il est l'un des éléments les plus anciens du Mysticisme;
la contemplation est un acte essentiel dans le néo-platonisme, dont l'Islam
a fait sa moushahada ; Fàme, dit Plotin (Ennéades, VI, ix, 3), souffre et lan-
j,'uit d'incertitude quand elle s'approche de Dieu, parce qu'elle est habituée à
travailler sur les formes, et parce que la Divinité est amorphe, sans forme;
elle surpasse et dépasse l'intellect; la créature ne peut atteindre le f'rincipe
suprême par aucun moyen matériel; la compréhension que l'homme peut avoir
du Un essentiel ne se produit pas par une connaissance scientifique, ni par un
phénomène de la pensée; elle résulte essentiellement d'une communication
directe TiapouTia, infiniment supérieure à la science; et le fait se comprend :
l'intellect procède en quelque manièi-c des entités, bien qu'il ne soit pas une
entité déterminée, bien qu'il soit au-dessus de toute entité; or Dieu est en dehors
de toute entité; l'homme ne peut arriver à Dieu que par une union de l'àme,
(|ui dépasse la raison, en se dépouillant de tout complexe de multiplicité,
parce que Dieu est le Un absolu. Dans cette vision de Dieu, ce qui voit, ce
n'est pas la raison, mais un élément qui lui est supérieur; le voyant est
absorbé en Dieu, et ne fait plus qu'un avec lui, comme le centre d'un cei'cle
coïncide avec celui d'un autre cercle qui lui est concentrique (j; 10); d'où il
résulte que, si un esprit pouvait conserver le souvenir de la modalité qui est
devenue la sienne, tandis qu'il se. trouvait absorbé dans l'ipséité de Dieu, il
LA PENSEE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 17)9
aux doctrines qui sont nées, au xii° et au xiii'' siècles, dans les
contrées extrême-orientales de l'Iran, sous rinfluence du Boud-
dhisme, lesquelles affirment que l'être humain peut, par une
série de macérations et d'actes de surérogation, atteindre la
Divinité, et s'absorber dans son ipséité. Cette théorie est beau-
coup plus compliquée que celle de Plotin; elle est absolument
contraire à l'esprit du néo-platonisme, du Christianisme, par-
tant de l'Islam, lequel en est un simple aspect, tandis que la
doctrine suivant laquelle la créature peut s'élever en pensée
jusqu'à la contemplation des perfections divines, et jouir de la
vue de Dieu assis sur son trône éternel, dans l'esprit des Mys-
tiques chrétiens, n'a rien qui choque le sentiment religieux; il
en va tout autrement d'une thèse qui ne vise rien moins qu'à
établir, dans l'Islam (I), l'identification, l'identité absolue de
la créature et du Créateur.
aurait la conscience inti'grale de cette ipséité à laquelle, de la(|uello il aurait
participé ('^ 11); la contemplation de l'Essence divine produit la béatitude
(^, 0); mais l'àme ne demeure pas longtemps, durant la vie du corps qu'elle
anime, à ce stade, sans retomber aux stades misérables de l'humanité, parce
qu'elle n'est jamais entièrement libérée du concept des contingences (;; 10), d'où
il suit qu'elle ne pourra jouir de la vue intégrale de Dieu, dans un esprit que
l'on jurerait emprunté à saint Augustin, qu'après la mort physique (^' 10). La
contemplation est la source unique de toute béatitude (Ennéades, III, viii,
1-3), de toute existence; la Nature, pour jouer son rôle. « contemple •• les
raisons séminales que contient l'Ame universelle; l'Ame universelle « con-
temple » les idées de l'Intelligence primordiale; l'Intelligence primordiale
« contemple » la puissance de l'Unité divine; la nature produit avec la matière,
qui reçoit la forme, sans aucune aide matérielle, parce qu'elle est une raison
séminale, une puissance qui meut sans être mue; puisqu'elle est une raison,
la Nature est une contemplation. Tout acte a pour origine et pour fin la con-
templation (Cô): ce sont les hommes dont l'esprit est trop faible pour la spé-
culation, les hommes incapables de s'élever au-dessus de la matérialité brutale, .
qui cherchent dans l'action l'apparence, l'ombre de la spéculation et de la
raison; l'acte est un aspect affaibli et inférieur de la contemplation.
(1) Dans rislam, et dans l'Islam seulement, parce que, dans le Bouddhisme,,
en réalité, l'être ne devient pas Dieu; il s'anéantit dans l'ipséité de l'Ame uni-
verselle, dont il est émané; que cette Ame intégrale, au point de vue hindou,
soit une forme divine, c'est un fait certain; mais elle n'est pas une divinité
dans notre idiosyncrasie, dans notre mentalité, dans notre conception; ou plu-
tôt, elle est une entité divine passive, tandis que notre Dieu est une forme divine •
active, agissante. Prétendre que l'homme peut s'anéantir dans une passivité, .
disparaître dans une quiétude éternelle, sortir de la circulation, du samsara,
pour s'immobiliser dans le repos absolu, n'a rien qui puisse choquer l'esprit: ce
qui est révoltant, ce qui est impossible, absurde, c'est d'admettre que rhomme,-
L98J
160 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
L'imagination, d'après la théorie de Plotin, se présente sous
deux aspects essentiellement divergents; le premier est l'ima-
i'être imparfait par sou cssenco, puisse s'identifier à iiuc forme divine active,
qui crée et qui régit; le Nirvana, par sa définition même, est l'anéantissement
du mouvement, et non de l'esprit, pas plus que le zéro absolu ne signifie autre
chose que l'extinction du mouvement moléculaire dans la matièro, l'ipséité de
la matière restant intégrale. Les Bouddhistes n'auraient pas admis le Nirvana,
^l'anéantissement du mouvement animique, si l'entité supérieure de leur pan-
théon avait été active, car c'est là un contre-sens absolu; ce contre-sens n'a pas
arrêté les Musulmans, alors qu'il s'était dressé comme une infranchissable bar-
rière devant toutes les hérésies chrétiennes, même devant Mani; s'identifier avec
Dieu le Père, avec Allah, est une imbécillité, mais l'Islam n'en était pas à une
sottise près.
Le Un absolu, dans le néo-platonisme, vit dans la quiétude absolue, dans le
non-mouvement intégral, et l'homme peut s'élever vers lui par la contemplation
vde son essence; cette théorie rappelle singulièrement celle du Nirvana boud-
dhique, mais il est aussi difficile d'y voir l'origine de la doctrine hindoue que
de voir dans celle-ci le prototype de la pensée hellénique. La doctrine de la
transmigration parait dans la philosophie grecque dès l'époque de Pythagore,
c'est-à-dire à la date même à laquelle vécut le Bouddlia, et l'ascension de l'àme
vers l'Ame universelle, dans le néo-platonisme, est la conséquence fatale de la
théorie des hypostases, sans qu'il soit besoin d'y voir un emprunt à une disci-
pline étrangèi'e. C'est un fait absolument certain que le Bouddhisme primitif
admettait la métempsychose, le samsara, le Nirvana, qui en est la fin, tous
concepts qu'il emprunta au Brahmanisme, qu'il prétendit réformer, et qui sont
"les éléments essentiels de la doctrine de Sakyamouni, à tel point qu'il est impos-
sible de concevoir la doctrine du Tathaghata sans ces constantes essentielles,
dont la création est très antérieure à l'époque à laquelle les Hellènes vinrent
régner à Bactres. Ils paraissent dans les dharmas, les .suul)\is, dont on est bien
forcé de faire remonter la doctrine essentielle à Sakyamouni, lesquels, avec le
vinaya, sont très antérieurs à Yubhidharma, la philosophie. Le Tripitaka, suulra
« loi », vinaya ■• discipline », abhidharma « philosophie », parait pour la pre-
mière fois au second siècle avant J.-C. dans l'inscription de Santchi, et le canon
de l'Église du Sud est constitué sous sa triple forme vers le premier siècle
avant notre ère, à une date très postérieure à celle de la fondation du royaume
grec de Bactriane; mais, bien que l'on ne sache point précisément ce qu'Asoka
<iniend dire, quand il parle, dans l'édit de Babra, des discours que tint le Boud-
dha, il est inadmissible que la théorie du samsara et du Nirvana n'existassent
pas en 470, et qu'il y faille voir un arrangement postérieur de la doctrine dos
ilellènes, un remaniement complet des thèses grecques, sous l'infiuence de
l'évolution de la pensée platonicienne, que Plotin devait codifier beaucoup plus
tard, comme saint Thomas codifia la scolastique de docteurs qui vécurent bien
avant son époque. Le Brahmanisme ne concevait pas le Nirvana autrement que
■comme l'absorption finale, définitive, du monde et de la créature dans la
(Substance de Brahma, le dieu suprême, qui a créé l'universalité du y.6'7[lo:,
qui est une divinité essentiellement active, mais entièrement abstraite; à
ce concept, le Bouddhisme a substitué la théorie de l'anéantissement dans une
«entité métaphysique purement passive, dont l'essence, les idiosyncrasies, sont
m
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. L61
gination sensible, rimagination qui se produit dans le sys-
tème des sens; la représentation sensil»le, que Ton nomme
bien celles du Un absolu et ataraxique de l'ontologie post-platonicienne; encore
J'aut-il tenir compte de cette circonstance, laquelle est certaine, que cette
doctrine de la métemps\-chose, qui est brahmanique, pré-bouddhique, ou mieux
para-bouddhique, ne parait pas dans le Véda, partant, qu'elle n'appartient pas à
l'Hindouisme primitif. Cette difficulté n'a pas été sans gêner considérablement les
Indianistes, qui se sont vus dans l'obligation d'émettre cette hypothèse que la
théorie de la métempsychose naquit, aune époque ancienne, dans la conception
des aborigènes de l'Indoustan, auxquels les Ariens l'empruntèrent, à l'époque
post-védique, lorsqu'ils curent conquis le Djamboudwipa parles armes; cette
hypothèse vaut ce qu'elle vaut, et il est bien difficile, à mon sens, de lui en
substituer une qui satisfasse mieux la raison. Ce qui me paraît certain, c'est
que le concept de la transmigration, sous sa forme élémentaire, est antérieur au
contact, à la fin du iv* siècle avant Jésus-Christ, entre l'Hellénisme et l'Hin-
douisme; mais il n'en reste pas moins très vraisemblable que le concept, qui
naquit dans l'esprit du néo-platonisme, des hypostases de la Divinité, du Un
suprême, soit entré dans la théologie brahmanique; il ne faut pas oublier
que l'inlluence de l'IIellénisme s'exer<;a dans une plénitude absolue à Bactres,
il partir de la fin du iV siècle, dans l'Oudhyana, dans le Kajjica, dans le
fiandhara, durant des siècles, que les doctrines du Mahayana reflètent les théo-
ries grecques, et que sa phiiosoi)hie évolua sous l'intluence de celle des Grecs,
des Yavanas; il ne faut point s'imaginer que les livres dans lesquels on trouve
l'exposition des théories bouddhistes remontent au fondateur de cette secte
puissante; leur rédaction se place à une époque infiniment plus moderne, après
l'ère chrétienne, comme je l'ai montré dans cette Revue, à laquelle, depuis
longtemps, l'Hehénisme était tout-puissant dans les contrées de l'Iran oriental,
dans les provinces de l'Inde du Nord-Ouest.
Le Mahayana, le Bouddhisme métaphysique et ontologique, est essentiellement
différent du Hinayana, ou Bouddhisme moral; le Hinayana est visiblement la
doctrine primitive, celle que prêcha Sakyamouni; le Mahayana naciuit beau-
coup plus tard, sous l'inlluence de théories philosophiques que les Grecs apiior-
tèrent dans l'Inde. Il existe entre le Hinayana, le Bouddhisme moral et morali-
sateur, et le Mahayana, le Bouddhisme métaphysique, la même différence et le
même rapport que l'on remarque entre le M^vsticisme des premiers Soufis, qui fut
tout moral, et l'Ésotérisme théosophique de leui's successeurs, comme je l'ai
•expliqué dans les pages de cette Revue; la variation, le passage de l'une de ces
modalités de la doctrine à l'autre se firent sous des influences identiques, dans
le même sens, suivant les règles d'une même évolution;' l'Hellénisme trans-
forma le Hinayana en Mahayana; ce furent les doctrines chrétiennes, sous la
forme du néo-platonisme, qui constitue la philosophie et la métaphysique du
Christianisme, qui transforma le Soufisme des premiers adeptes en l'Ésotérisme
de ceux qui vécurent plus tard, en attendant que la théosophie du Mahayana.
dont les sources étaient grecques, vînt transformer ce second aspect du
Soufisme en son troisième, qui lleurit dans l'Iran à partir de Tépoque d'Attar,
et qui conduisit les Mystiques persans aux marches de la déraison.
Le Brahmanisme lui-même n'échappa pas à cette influence de l'Hellénisme,
qui cn^a dans son sein la tiiéoiie des avatars, partant le Vishnouïsme, et le Kvi-
[100]
ORIENT CHRÉTIEN. il
lG-2 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
généralement l'imagination tout court, est l'impression produite
par une entité extérieure sur la partie irrationnelle de rame;
shnaïsme, toute la logeade du B/iaghavatapourana, qui est un livre récent,
infiniment plus moderne que la théorie plotinienne des hypostases, d'où est
sortie, comme un produit naturel, celle des trente É(ms des Gnostiques; qu'ava-
(lira et ÛTiôo-Tao-tç soient rigoureusement synonymes, que la théorie des avatars
soit moderne dans l'Hindouisme, que l'on n'en retrouve pas la moindre ti'ace
dans les Védas, ce sont là des faits évidents; ils portent à penser que ces nais-
sances, ces incarnations successives d'un seul dieu en dix personnes ne sont
qu'une imitation, assez grossière de la doctrine dos Éons du Gnostii'israe.
Et cela est d'autant plus vraisemblable que le neuvième avatar ilo. Vishnou.
sous les espèces du Bouddha, n'est autre que le Sakyamouni, maudit des Hrah-
manistes; si bien, comme l'ont remarqué Colebrooke et Burnouf, qu'il est
visible ([ue la personnalité de Krishna est une invention brahmaniLjiie, desti-
née, à une date récente, au i" ou au u" siècle, à combattre le culte du Bouddha.
11 est remarquable que, dans les livres bouddhiques, le Bouddha se nomme
Bhagavàn, et que Bhagavàn soit justement le titre que porte Vishnou-Krishna,.
particulièrement dans la B/iaijavadgiUi ; d"où il appert, semble-t-il, (^U'- ce titre
a été emprunté par les Vishnouïtes aux partisans de Sakyamouni. Que la créa-
tion du type Vishnou-Krishna, tel qu'il apparaît dans les livres des Vishnouïtes,
corresponde à un concept né sous une iniluenci; étrangère à l'espi'it hindou,
c'est ce que montre la différence qui sépare Bhagavàn-Bouddha et Bhagavàn-
Vishnou. Bouddha-Bhagavân est [le mahdpourousha, le surhomme, qui a
réalisé toutes les possibilités humaines, mais dont le rôle se termine avec le
Nirvana; le Bouddiiisme nie la substance; sans substance, il no peut se produire
d'avatars; il ne peut donc y avoir des avatars du Bouddha, mais seulement de
l'idée de l)ouddha, c'est-à-dire la répétition tles bouddhas à travers un monde
immuable; Bhagavàn-Vishnou, au contraire, c'est le dieu Un, Éternel, substance,
dans un concept anti-hindou; les Hindous, livrés à leurs idiosyncrasics. étaient
incapables d'imaginer un principe tel que Vishnou ou Siva, avec leur énergie
active, à la base de l'Univers, alors que l'unité, l'éternité, l'ipséite de cette-
formule divine répondent entièrement au concept sémitique de Jéhovah, tel que le
Christianisme l'accepta, et ses avatars à un arrangement de la théorie des Éons
des Gnostiques néo-platoniciens, infiniment plus qu'aux répliques des incarna-
tions du Bouddha dans les djatakas, ou simplement aux incarnations successives
des âmes dans le samsara des Brahmanes; il est curieux, tout au moins, que le
nombre des incarnations de Vishnou soit dix, comme l'est celui des Kons de la
Décade, les<|uels représentent la forme primitive du panthéon gnostique, que
l'on a ensuite porté à trente Éons, comme le montre assez cette cirejuisiance
(jue les séj)/iiiolh, dans la Kabbale, sont également dix.
Dieu, étant une entité éternelle et immuable, doit se manifester pjir des-
incarnations, car il serait indigne de lui de manifester son ips'ite |iar une
.seule forme tangibU;; il convient qu'il la manifeste par une série d"a|tparences
matéi'ielles, qui .sont chacune l'entrée en scène de l'Esprit divin, acrum|)agné
de tout le panthéon brahmanique, pour descendre sur le plateau du monde,
avec le sens d'avnlàrana, •• apparition d'un acteur sur la Scène •• dans la
langue du théâtre, et pour y jouer un nouveau rùle, comme le faii Vishnou,
sous l'avatar de Ilàma, pour jouer la tragédie du Ramayana; l'acteur, en l'ait,.
[101]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICLSME ORIENTAL. 163
la raison discursive apprécie les formes nées dans la sensation,
et venant d'elle, lesquelles sont les images, ou la conception des
formes; l'imagination n'attend point pour agir le jugement de
la raison discursive, de telle façon que l'homme se trouve en-
traîné d'une manière fatale à céder à ses appétits, lesquels sont
mauvais, et ne peuvent le conduire qu'au mal. Le second aspect
de l'imagination, de beaucoup supérieur au premier, est ce que
le maître de l'école néo-platonicienne nomme l'imagination
intellectuelle; comme l'indique suffisamment son nom, elle se
produit dans l'intellect, dans la partie immatérielle de l'homme,
dans la Transcendance, par l'intermédiaire des sens ésoté-
riques, alors que l'imagination sensorielle, ou sensible, se pro-
est toujours le même, mais il porte des masques divers, (lui difTérencient son
action. Bralima, qui est une pure abstraction, sans substance, à qui l'on ne
rend pas de culte, ne peut avoir de manifestations, d'avatars, aussi est-ce par
exception qu'on lui en attribue (Washburn Hopsins, Epie Mylhology) ; il n'est
pas bhagavàn comme Vishnou; il est iswara « Seigneur », comme le Christ en
liindoustani, et il ne paraît pas dans les textes anciens. L'une des causes du succès
dont la théorie de rabsori)tion métaphysique de l'homme en Allah jouit dans
l'Islam, est ce fait que les Musulmans ne pouvaient se figurer l'Être unique
sous une forme tangible, puisque la tradition défend formellement de le repré-
senter; ils ne comprirent point que le but suprême pût être de contempler une
entité qui n'est point conteinplable, qu'il est défendu de voir, qui réside intan-
giblement sur un trùne, derrière des voiles métaphysiques de feu et de lumière;
;'i tel point que, lorsque les artistes du xv" siècle, à flérat, ont voulu figurer
.^lahompl prosterné devant le Créateur, lis l'ont représenté sous les traits d'un
personnage noyé dans des Ilots de lumière; il en va tout autrement dans le
Ciiristianisme; les fresques, les mosaïques, les statues, les peintures des Missels,
répètent à l'infini la représentation, la figuration de Dieu et des saints; c'est
toujours sous les espèces d'une image suggérée par les images des arts plastiques
que se produit l'extase des Mvstiques chrétiens; celle des Mystiques musulmans
est amorphe, puisqu'ils n'ont point dans l'esprit le concept d'une image de la
Divinité qu'ils puissent voir; aussi la réduisent-ils forcément à un phénomène
purement métapsychique, qui écliappe à l'analyse du psychisme, qui se passe
dans la Transcendance, qui se déroule dans les arcanes du subconscient; ce qui
le prouve, c'est que si les Musulmans ne peuvent se représenter l'extase en
présence de la Divinité, parce qu'ils ne la figurent jamais, ils se représentent
parfaitement les prophètes, qui sont des liommes, et même les anges, lesquels
sont des créatures de Dieu, au même titre que les hommes, puisqu'ils mourront
et seront ressuscites au grand jour; c'est ainsi qu'un peintre, à Hérat, en 1436,
a figuré la rencontre du Prophète, dans les sphères du monde métaphysique
avec Moïse, avec Zacharie, avec tous les prophètes, qui sont des formes
tangibles, et qui le demeurent à travers toute l'Éternité, puisque Ibn al-'Arabi
les rencontra matériellement au cours de sa vie.
[102]
164 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
duit exotériquement dans la matérialité des sens; l'intuition
naît, se produit et ne peut exister que lorsque la faculté de
rame qui nous représente les images de la raison discursive
et celles produites dans rintelligence se trouve dans un état
de calme et de quiétude absolu; sinon, il ne peut se produire
d'image, et la pensée ne se rétléchit pas dans l'imagination,
de telle sorte que la pensée est accompagnée d'une image,
sans être elle-même une image, mais bien une entité transcen-
dantale toute différente.
Cette théorie de l'imagination a été tout entière empruntée
par Plotin au Stagirite, en modifiant, en transformant le dogme
platonicien par la pensée du maître d'Alexandre, exactement
comme on le verra plus loin, dans la même mesure où saint Tho-
mas d'Aquin a moditié la doctrine d'Aristote, ou mieux ce que
l'on en connaissait au moyen âge, par la glose de saint Augus-
tin. Les Musulmans n'ont point nettement saisi la distinction,
la discrimination qu'Aristote, et, après lui, l'auteur des Ennéa-
des. font entre l'imagination qui travaille dans le domaine des
sens, et celle qui travaille dans le domaine de la Transcendance ;
ou, plutôt, ils ont maladroitement mélangé, sans en comprendre
leur essence, ces deux concepts, ces deux aspects de cette faculté
mystérieuse, en admettant que son aspect inférieur, l'ima-
gination sensorielle, peut, dans certaines conditions, passer à
l'aspect supérieur, ce dont ni Plotin, ni le Stagirite, ne disent
mot, et pour cause. Cette adaptation de la doctrine hellénique
était fatale dans l'esprit des métaphysiciens musulmans et des
Soufis, parce qu'elle répondait à leurs idiosyncrasies intellec
tuelles, et surtout à ce dogme, qui est fondamental, essentiel,
chez eux, dans leur secte, que la surérogation peut élever
l'homme, partant ses facultés constitutives, de stade en stade,
de perfection en perfection, jusqu'à la Perfection absolue, qui
est l'Essence même de l'Etre unique, qui créa le -Ab^iJ-zc, et qui
mit en mouvement la masse de l'Univers.
Le parallélisme des deux thèses se poursuit d'une manière
assez visible, sans qu'il y ait un besoin urgent de le souligner et
d'en relever les détails; s'il y a eu des transformations dans le
passage de la théorie néo-platonicienne à la doctrine de la
Somme musulmanne, il est assez évident que celle-ci dérive de
[1031
LA PEXSKE CiRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 165
celle-là, et que les ontologistes musulmans ont détaillé les
aspects de l'esprit, en partant de ses formes inférieures, pour
remonter à celle qui est la plus parfaite, au lieu de faire le con-
traire, ce qui eût été plus logique, sans que le fait, au point de
vue doctrinaire, ait la moindre importance.
Les métaphysiciens persans n'ont pas tardé à développer la
théorie du microcosme sous une forme allégorique, dont on
chercherait en vain la fantaisie dans l'aridité' de la littérature
arabe, et qui n'est point sans présenter des analogies curieuses,
mais toutes fortuiies, avec le caractère des œuvres littéraires,
de certaines d'entre elles, au moins, qui sont nées au moyen
âge, sous le ciel de l'Ile de France : le corps de l'homme,
dit l'auteur du Madjma al-baliraïn (1), est une ville; sa
poitrine, un cimetière; son cœur, un cercueil; l'àme se trouve
enfermée dans le cercueil qui est constitué par le cœur, lequel
est déposé dans le champ clos de la poitrine.
De mèine que le tombeau est, dans la direction du second
Intîni, le premier stade du monde transcendantal, le dernier du
premier Infmi étant la matrice de la mère, si le tombeau est le
dernier stade du monde tangible, le cœur est, dans le micro-
cosme, le premier stade du monde pur, du monde spirituel
v^^'^. jUr^) en même temps qu'il constitue le stade ultime du
monde matériel, du monde de la terre 0/"'=^ jW'^' suivant
l'expression énergique de Shams ad-Din d'Abarkouh; dans
cette tombe, l'àme se trouve, soit comme dans le paradis, car il
est dit : « Le tombeau est l'un des bosquets du paradis », soit
comme dans la Géhenne, d'après la suite de cette sentence :
«: ou bien, comme l'une des fosses remplies des feux infernaux ».
De même que la tombe est un discriminant, un espace vide
de matière -^ï^j, entre Je monde transcendantal et le monde
tangible, le cœur est un discriminant entre le monde spirituel
'-^^^v !*"■' 6t le monde matériel ^^'-^ J'--; c'est en ce sens que
le Prophète a dit, en quelque sorte, que le sommeil est le frère
(1) Pages 313-346.
1.104]
166 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
de la mort, ce que Fauteur du Madjma al-bahra'iii\\) a glosé,
en disant qu'entre la mort et le sommeil, il n'existe qu'une diffé-
rence de quantité, que la mort est le grand frère, le sommeil,
le petit frère.
Cette allégorie de la comparaison de Thomme avec une cité
florissante revient à plusieurs reprises soas la plume de cet
auteur, dont elle constitue un thème favori; elle n'appartient
point, en réalité, à la théorie primordiale du microcosme,
d'après laquelle chaque partie du corps humain correspond à un
élément du monde supérieur; elle en est une forme diminuée,
ramenée dans les limites assez restreintes du monde matériel,
d'une manière habile, dont le mohtasib d'Abarkouh a su tirer
des effets heureux, en la compliquant à l'extrême : « Tout au
principe de la création, dit-il (2), l'Être unique a jeté les fonde-
ments d'une ville, pour que son khalife, son représentant sur
cette terre, et ses officiers y établissent leur résidence ; cette ville
est constituée, non seulement par le corps et par la personne de
l'homme, mais également par la terre et par tout le monde de
la tangibilité sil-(^- Jl^. Il existe dans cette ville un palais, qui
est destiné à la résidence du khalife, et, dans ce palais, un
appartement où il se retire dans la solitude; les fondations de
cette cité reposent sur quatre piliers, qui sont les quatre élé-
ments; le lieu qui sert de retraite au khalife de Dieu est le cœur;
la majorité des philosophes veut que le khalife soit l'intellect
J-i^, et que le lieu de sa retraite soit le cerveau ; les docteurs de
l'Islam, au contraire, donnent des noms très divers au khalife;
toutefois, d'une manière assez générale, ils le regardent
comme étant l'esprit ^3,, lequel demeure clans le cœur.
Cet esprit est souverain dans la capitale du Khalifat (3),
laquelle est le corps de l'homme; sur les murs de la cité, se
trouve un gardien vigilant, qui a la charge d'en ouvrir les
portes; l'Etre unique l'a dénommé les sens (^-''j=^ ; les modalités
qui sont perçues par les sens sont des marchands qui s'avan-
cent en caravane, qui se présentent à la porte de la capitale, et
(1) Page 346.
('^) Pages 70, 71.
(3) Page 73.
[105]
LA PENSKE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAI.. 1(37
qui soUicilent de lofficier préposr à sa garde la faveur d y
pénétrer; chacune des catégories de marciiands qui ont fait de
cette cité le but de leur voyage entre par une porte qui lui est
spécialenieat destinée, d'une manière absolue, par laquelle
aucune autre de leurs corporations n'est admise à passer, sous
quelque prétexte qu'elle puisse invoquer; la caravane des sons
pénètre d;ms la cité khalifienne par la porte de l'ouïe; celle
des visions, par la porte des yeux; les marchands qui repré-
sentent les éléments matériels, qui ne peuvent être perçus que
par le sens du toucher, y entrent par la porte d'une faculto
qui se trouve répandue sur tous les membres du corps, le sens
du tact. »
D'après une variante de cette allégorie, qui eût charmé les
belles lectrices de Jean de Meung et de Guillaume de Loris, ou
lies dauies qui feuilletèrent le Songe du Viel Pèlerin, l'esprit
règne dans la capitale créée par l'Être unique; les cinq sens
sont cin*! grands généraux, qui se sont partagés en fief les
sept climats du royaume (1); chacun d'eux a- construit une
puissante forteresse au cœur de la contrée dont le gouverne-
ment lui est échu, de telle façon que chacun de ces grands
dignitaires n'a de pouvoir exclusivement que sur le territoire
qui lui appartient en propre, ce qui est une manière élégante de
dire que les sens n'empiètent point les uns sur le domaine
des autres; l'Etre unique en personne a décrété la répartition
des provinces du royaume entre ces officiers, comme l'indique
ce verset « à chacune de leurs portes correspond une part déter-
minée », et chacun de ces apanages est inscrit dans le monde
de la Transcendance sur l'aspect du Koran ésotérique que les
ontologistes nomment le Livre aux lignes tracées p^y v>^-^.
Il serait oiseux de citer tous les aspects sous lesquels se pré-
sente cette théorie des rapports ('sotériques de l'homme avec les
éléments du -/.ojij.:?, et je me bornerai à esquisser les suivants,
qui sont des schémas tracés par des ontologistes célèbres : le
premier expose la doctrine de Mohyi ad-Din ibn al-Arabi. dans
(1) Il est inutile de souligner ici ce fait que l'allégorie manque de précision;
le rojaume, qui est le monde, a bien sept climats, mais il aurait fallu expliquer
que les deux climats extrêmes, inhabitaliles par suite des excès de la tempéra-
ture, ne comptent pas dans cette division.
[10(3]
168
REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ses alFoutouhatal-Makkiijya (1) et de Shams ad-Din d'Abar-
kouh, qui Fa copiée dans son Madjma al-bahraui (2).
Macrocosme
l*"'' stade : le Trône : J^^j^.
2. — TAme universelle.
3. — la Maison prospère
._»<sx^ vji-r:.-'' OU ciel
de la vie >*^ L=^ oX-U .
1. — Saturne et son ciel.
5, — Jupiter et son ciel.
6. — Mars et son ciel.
T. — Le Soleil et son ciel.
8. — Vénus et son ciel.
9. — xMercure et son ciel.
10. — la Lune et son ciel.
Microcosme
l'Esprit de Sainteté.
Tâme humaine,
le cœur.
la l'acuité scientifique ^ w^J?
et son siège,
la faculté qui conserve les for-
mes dans la mémoire o^s
Sj^y^ et son siège.
la faculté intellectuelle ^^-y
à.\^^ et son siège.
la faculté de la réflexion C-^y
ï^Cb et son siège.
la faculté conceptive i^lj-i^ o_j3
et son siège,
la faculté Imaginative ^'^^
aAr.5r^ et son siège,
les sens exotériques^t^^i^ ^j-'!^'^
et les organes par lesquels ils
s'exercent.
En fait, dans cette théorie, il existe quarante stades, dont vingt
appartiennent au Macrocosme, et vingt au microcosme, et ces
stades, dans le monde qui est soumis aux vicissitudes du change-
ment d'état cu-^W-'* sont les suivants :
(1) Chap. VI.
(2) Page 380; les al-l^oulouhal al-Mahkiyyti sont l'une des sources essentielles
du raohtasib d'Abarkouh, qui s'était imposé la tâche de lire cette œuvre fan-
tastique, mais qui forme la Somme de l'Ésotérisme.
[107]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL.
109
Macrocosme
Le ciel de l'éther j^>^' ^iiCb,
avec son esprit, la chaleur et
la sécheresse.
La sphère de l'air et son esprit,
la chaleur et l'humidité.
La sphère de l'eau, avec son
esprit, le froid et l'humidité.
La sphère de la terre et son
esprit, le froid et la séche-
resse.
Microcosme
la bile [r^^ et son esprit, la
faculté digestive i^>:=U vji^Jî.
le sang et son esprit, la faculté
attractive, la force centripète
le phlegme et son esprit, la
faculté répulsive, la force
centrifuge Asib ^^.
le fond, le point noir du cœur
'-j--, avec son esprit, la faculté
d'attraction.
.u
<
Quant au monde où se trouve le séjour de la vie ■ — 'y^ ^J
que d'autres métaphysiciens nomment le^-**'-'' .o^« ce qui n'en
est qu'une simple variante, il comporte également quatre
classes :
Macrocosme
Les esprits jW-^j., démons et
fées, mauvais et bons esprits.
Les animaux.
Les plantes.
Les minéraux.
Microcosme
les facultés corporelles ^j.j-?
les sens.
ce qui, dans l'homme, croît et
augmente.
ce qui, dans l'homme, ne subit
ni augmentation, ni dimi-
nution.
Le monde de la relativité ■^.^^--j, ce qui est une simple variante
du nom dej---*j j^^, qu'on lui verra donné plus loin, comprend
neuf stades et une modalité que l'on trouvera définis dans la suite
de ce mémoire; ils forment les deux derniers termes de cette
série, qui en comprend vingt dans chacun des aspects du -/.b^'^^zq.
D'après une autre doctrine, qui se trouve exposée par Nadjm
ad-Din Daya(l), dans le Marsacl al-'ibad, le corps de l'homme,
(1) Man. supp. persan 1082, folio 38 recto.
[108^,
370 REVUE DE l/ORIENT CHRÉTIEN'.
dans le Macrocosme, correspond à la terre; le cœur, au ciel,
Tàme, au soleil; le cœur, dit l'auteur, n'est pas une entité sim-
ple, pas plus que sa réplique, dans le Macrocosme, le ciel, n'est
un, puisqu'il est formé et composé de plusieurs sphères.
Le cœur possède deux aspects, que les auteurs mystiques dis-
tinguent par les deux termes de J^ dil et de ^3 holb, lesquels,
dans la langue et la terminologie courantes, ont rigoureusement
le même sens, mais dont l'un, le premier, est persan, tandis
que le second est arabe.
Chacun de ces deux aspects du cœur est divisé en sept parties
différentes, nommées « membres »_»^=, pour l'aspect du cœur
qualifié de kolb, montagne j_?^, pour celui qui est nommé du
mot persan (^///; chacune de ces sept parties, dans chacun des
deux aspects, contient un nombre infini d'entités merveilleuses,
qui ont également chacune des significations ésotériques et
Iranscendantales à l'infini.
Ghazali a consacré tout un livre de son célèbre « Traité de la
rénovation des sciences religieuses » à ces subtilités, à l'étude
de ces propriétés mystiques du cœur, et il en a formé un
ouvrage qui est bien connu, sous le titre spécial de Wdjaïb al-
kolb « les merveilles du cœur »; encore, si l'on en croit l'auteur
dnMttrsad aZ-'ibad, ne contient-il rien, en comparaison de ce
que l'on pourrait écrire sur ce sujet.
Les sept divisions, les sept membres j-^- de l'aspect kolb du
cœur, correspondent aux sept sphères du ciel, et les sept mon-
tagnes ,^^9, les sept modalités de l'aspect dil du cœur, sont les
répliques des sept climats de la terre. De même que, dans
chaque climat, la terre, d'après les théories des Musulmans,
jouit de propriétés spéciales, qui la différencient absolument
des terres des six autres climats, chacun des aspects-montagne
jj^ du cœur confère à l'homme des aptitudes, ou produit en
lui des qualités qui forment son [idiosyncrasie, en le différen-
•ciant formellement des autres hommes.
D'après les théories cosmogoniques de l'Islam, que les Musul-
mans ont empruntées à l'Hellénisme, chaque sphère du ciel est
le lieu d'une planète, qui s'y trouve attachée, ce qui revient à
dire que chaque planète, chacun des astres errants, se meut
<lans une orbite dont l'enveloppe est constituée par l'une des
[109]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 171
sphères du ciel du Macrocosme; c'est dans le même esprit de
réplique que chacun des aspects-montagne jS du microcosme
est la mine ^-^^ d'une essence, d'une qualité, d'une idiosyn-
crasie, ce mot « mine » étant employé, dans le développement
de cette théorie, comme le fait remarquer Tauteur du Marsad
al-^ibad, dans le sens ésotérique d'endroit où l'on trouve une
entité déterminée, telle que le métal; aux montagnes y^ du
cœur, correspondent les « mines » dans la succession suivante :
Aspect montaone
1" la poitrine j-v-^.
•2" le cœur ^^i.
3°- les parties sexuelles ^'^
(1).
P le foie.
'f la place où bat le cœur ^:^',
6" le point noir du cœur.
7** le sang '^'<^ du cœur.
Mine
le salut.
la foi.
l'amitié et amour.
la contemplation v_>->->'-^^ et la
facultédelavision •^■^.^j S^'-
l'amour exclusif pour la Divi-
nité.
les révélations du monde invi-
sible, de la science infuse,
de la source du Décret trans-
cendantal c:--<^\a..
la production des lumières des
révélations des attributs de
la Divinité
\^\
La théorie du microcosme qui fait du cœur le correspondant
du ciel est peut être la plus généralement admise dans l'Ésoté-
risme, mais elle n'est point la seule, et il en existe une autre,
non moins importante, et plus rationnelle, si tant est qu'on
puisse invoquer la raison, ou plutôt le raisonnement, dans de
pareilles questions.
Suivant cette théorie (-2), qui est en contradiction absolue avec
celle qu'expose Mohyi ad-Din ibn al-'Arabi dans lesal-Foutouhàt
(1) Voir Dozy, sous ce mot, dont le sens ici est certain.
{2) Marsad al-Hbad, man. snpp. persan 1082, folio 37 recto.
[110]
172 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
al-Makkiyya, le cœur est dans le microcosme le correspon-
dant du Trône ij-j^ du Macrocosme. Le Trône est une forme
ii-s^j (1), dont l'une des faces ^^. est tournée vers cet aspect
du monde intangible que Ton nomme le monde de la Souverai-
neté, tandis que l'autre regarde vers le monde tangible ^XU.
C'est par cette dernière face que le monde matériel est en
rapport avec l'Être unique; toutes les fois qu'Allah veut faire
profiter le monde qu'il a créé d'une des grâces qui émanent de
l'attribut de la miséricorde .jiJ^Ai^^ vj:^i.^ (2), il ne peut l'en-
voyer directement; c'est sur cette face de la forme à trois
dimensions du Tnuie qu'il l'émet, et cette face, à son tour, la
réiléchit sur le monde tangible.
Le cœur, qui correspond dans le microcosme au Trône,
a ('gaiement deux faces : l'une est tournée vers le monde de
la spiritualité o^'.iU^. JU, l'autre, vers le monde des corps.
L'àrne ne peut pas plus transmettre directement ses mouve-
ments au corps matériel, qu'Allah ne peut faire rayonner direc-
ment ses grâces vers le monde tangible; elle doit les envoyer
sur la face du c<;eur qui est tournée vers le monde des corps,
vers le monde matériel, et cette face réiléchit cette émanation
vers le corps humain.
Le v,ba[j.oq , dit le mohtasib d'AIjarkouh (3), se divise en quatre
stades : 1" l'Existence supérieure ^^^ ^\j^, qui est le monde de
l'invariabilité et de la stabilité absolues (4); 2° l'Existence infé-
(1) Ji-^^j est une l'orme à trois dimensions, un volume, ici, dans l'idée des
Mystiques, probablement, une forme qui a un nombre indéterminé de surfaces
terminales; 0^^»j-^ est une forme à deux dimensions, comme la peinture;
,1 aïj, II ne forme à une ou à deux dimensions.
(2) Une grâce qui provient de ce fait qu'il est le Miséricordieux.
(3) Madjma al-bahraïn, page 28.
(-1) Cette Existence supérieure, qui ne connaît pas le changement, est une entité
du y.6<j\i.o^ qui ne connait que l'Espace, lequel conserve les formes, sans le
Temps, qui les détruit; de même que la mémoire, qui est un espace interne,
limité à notre courte existence, conserve les formes, et les idées qui leur sont
égales, dans la mesure où le temps ne les vient pas effacer, ou la faculté
conceptive les modifier; en ce sens, ce monde supérieur est la mémoire infinie
de l'Essence divine, une étendue métaphysique, transcendantale, qui garde
intacts toutes les formes, tous les concepts, parce qu'ils préexistent dans son
ipséité, qui est l'Intégrale du xôffjjioç, qui existe en dehors du Temps, alors que
la Durée est la faculté conceptive de la Divinité. C'est un fait remarquable que les
[111]
LA PENSEE GRECQUE DANS LE MYSTICISME OlilENTAL. 1 / .J
rieure J-à^' j^, qui est, au contraire, le monde du changement
et de la destruction; 3" l'Existence dans laciuelie la vie est orga-
nisée j^,'^ ^^ , par opposition aux deux autres formes dans
lesquelles elle ne l'est pas, qui est le monde dans lequel se trou-
vent réunis la stabilité, l'éternité '-Jij et la destruction; 1" l'Exis-
tence relative ^v-»-'-'' .i_?^, qui est le monde des comparaisons d)
o>^'-:•^'; ces quatre -/iTij.c; se trouvent intégralement compi-is
dans le Macrocosme r-^ .*-^ et dans le microcosme
r-
^«..vT *.'
Le monde supérieur est la Vérité transcendantale, le sens ésoté-
rique, qui comprend dans son intégralité toutes les significations
«sotériques de la Transcendance (3''^' iiLï=w, laquelle, dans le
microcosme, est l'Esprit de Sainteté; il est également le Trône
:imguste qui entoure l'Univers, et qui, dans le microcosme, cor-
respond au cœur; l'Estrade du Trône, ;'i laquelle correspond
l'àme humaine ^^-^>\ ^ûj du microcosme; les Anges, qui
-sont les esprits et les facultés du microcosme; la Maison pros-
père ;j<>-*^ >-^r?i à laquelle répond le corps dans le micro-
•cosme (2), cette correspondance se continuant ainsi :
Macrocosme
Saturne et son ciel.
Jupiter et son ciel.
Microcosme
la faculté scientifique et l'àme
la faculté mémoriale j.^^'^ et
•ontologistes musulmans aient eu, au moyen âge, la prescience, la pré-conscience
de cette vérité, puisque, dans leur théorie, les répliques, dans le microcosme,
de cette mémoire divine sont, dans l'homme, la mémoire et les facnltés cérébrales
i(ui lui sont étroitement connexes; et cela montre également <|irils professaient
la doctrine absolument inexacte de l'éternité des astres qui gravitent dans les
espaces, alors que, comme « tout, sauf la Face de Dieu », ils sont périssables. Les
ontologistes ont eu conscience que la somme de l'énergie du -/.ôdao; est une
quantité constante; mais ils n'ont pas vu, ce qu'a constaté la Pliysique moderne,
i^ue cette énergie, tout en demeurant constante, se dégrade, au fur et à mesure
qu'elle se transforme, comme la chaleur, quand on en fait du mouvement, et
«lu'elle finira, de cascade en cascade, par aboutir à un stade où elle ne sera plus
utilisable; en ce sens, le xd^fxoç matériel, qui est changeable et périssable, au
moins dans ses différentielles, est essentiellement différent du -/.ôt[jlo; transcen-
dantal, qui est sa forme éternelle dans la mémoire divine.
(1) Ce terme se trouve expliqué un peu plus loin.
(2) Ce qui signifie que ces quatre aspects du monde existent à la fois dans le^
Macrocosme et dans le microcosme, ce qui est l'évidence même, puisque le
second est la réplique du premier.
[112]
174
REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Mars et son ciel.
Le Soleil et son ciel.
Vénus et son ciel.
Mercure et son ciel.
La Lune et son ciel.
la partie postérieure du cer-
veau.
la faculté conceptive a^I^ wy,
et la première partie de la
masse postérieure du cer-
veau.
la faculté intellectuelle c^y
à^^ et le centre du cercle
du cerveau, lequel est le
Ihéàtre dans lequel se mani-
feste l'esprit pai-ticiilier à
Tespèce humaine ^j^jÎ ~jj.
la faculté réflective ^yU ^^,2s
et la partie antérieure de la
masse moyenne du cerveau.
la faculté Imaginative .j^,^i
JLd. et la partie postérieure
de la masse cérébrale.
les cinq sens et la partie anté-
rieure du cerveau.
Tels sont, dit l'auteur du Macljma al-bahra'ln, sous une
forme dilïérente de ses termes antécédents, les stades divers du
monde de l'Immuable, du monde éternel ; quant au monde infé-
rieur, celui du changement et de la destruction ^Jj J'jj (1),
il se divise ainsi :
Macrucosme
La sphère de relher^.-^ et son
esprit, la chaleur et la séche-
resse.
La sphère de l'air îj» et son
esprit, la chaleur et l'humi-
dité.
(I) Page 29.
Microcosme
la bile |^-^ et son esprit, la
faculté digestive.
le sang et son esprit, la faculté
attractive, la force centripète
[1131
LA PENSIŒ GRECQUK DANS LE MYSTICISME- ORIENTAL. 175-
le phlegme **1j et son esprit, la
facult»' répulsive, la force-
centrifuge ijèli ^J.
le fond, le point noir du cœur
et son esprit, la faculté, la
La sphère de l'eau et son esprit,
le froid et l'humidité.
la sphère de la terre el son
esprit, le froid et la séche-
l'esse. I force attractive i>CU ^Jî.
Aux sept aspects de la terre, à ses sept colorations, corres-
pondent dans le microcosme les sept parties dont se compose le
corps.
La troisième division du monde (1 ), le monde de la vie orga-
nisée ^o*j' .y S, se présente dans le Macrocosme sous un triple
aspect : spirituel c^'^^jj, matériel ^j'-<w^, composite ^-^-^y,
formé H la fois de spiritualité et de matérialité, cet aspect
composite étant intermédiaire entre le monde spirituel et le
monde matériel, dont il participe également. L'aspect spirituel
de ce monde est le monde inférieur de la Souveraineté ^jljj^I'
Jiw!, qui se divise à son tour en deux catégories, suivant que les-
entités qui le composent commettent des actions bonnes, ou, au
contraire, des actes répréhensibles et mauvais; la première
catégorie se compose des fées ^y', qui sont des êtres bienfai-
sants, la seconde, des démons; plusieurs démons ont la faculté
de se produire sous la figure humaine, et ils exercent sous ces
espèces un pouvoir tyrannique. Iblis, le révolté, est leur chef.
Dans le microcosme, dans Thomme, tous les éléments qui con-
courent à l'organisation de l'être, à son équilibre, à sa vie morale,
répondent au monde des péris, des fées, du Macrocosme; tous les
mauvais sentiments, le dérèglement, l'inconduite, sont la
réplique des démons.
L'aspect matériel de fctte troisième grande division (2) de
l'Univers se divise également, symétriquement, en deux catégo-
ries; la première est la partie du monde matériel qui est
susceptible d'évolution, de développement, de croissance; la
seconde catégorie est formée des existences qui n'en soint point
(1) Page -Zd.
(2) Page 30.
[114]
176 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
susceptibles; la première comprend les végétaux,, la seconde,
'les minéraux. Cet aspect matériel de la troisième division du
Macrocosme a également sa réplique dans le microcosme, dont
la partie matérielle se divise aussi en deux classes, celle qui
est douée de mouvement, les humeurs du corps i=^==^l, et celle
qui n'en est point douée, c'est-à-dire les membres ^^ (sic):
L'aspect composite de cette troisième division du monde est
formée des êtres animés, qui se répartissent aussi en deux caté-
gories; la première est formée par les êtres dont l'intellect ne
peut percevoir que des particularités, des différentielles O'^^j-r-^
et rien de plus, des animaux; la seconde, de ceux qui sont capa-
bles de percevoir les différentielles, en même temps que les inté-
grales o^llJ^, de faire la somme des particularités, d'intégrer
les différentielles; cette seconde classe est uniquement composée
de l'homme. Ce troisième aspect du monde a pour réplique dans
' le microcosme, le cœur, qui est la source de l'esprit vital
^i!^2^ ^^., qui peut percevoir les sensations, et uniquement
elles, mais qui est, en même temps, le théâtre dans lequel, par
lequel, se manifeste l'esprit humain ^jLoÎ ^^j^,, qui peut
percevoir à la fois les sensations vji^lwj*..:^-* et les intelligibles
Le quatrième aspect du monde est le monde de la relativité
j^^'j ^^•. il est ainsi nommé pour cette raison que, si on con-
sidère cette quatrième modalité de l'Univers en la regardant du
point de vue du monde inférieur J-i-î J'--, elle est éternelle
^sb ; si, au contraire, on la considère du point de vue du monde
supérieur J-s' J'-^, elle est périssable ^^'^^ d'où il suit que
ses attributs sont relatifs par rapport à ceux de ces deux aspects
du ■/.ôa[ji,oç. Il comporte dans le Macrocosme deux subdivisions,
deux catégories, suivant (ju'on le considère dans sa relation
avec le corps ou avec l'àme; la première est formée des acci-
dents ^j^-, la seconde est la perception discriminative des
concepts essentiels c-'l^î jj-^ v^î^l et des concepts matériels
^"^^ jj^*' la première catég'orie se répartit en neuf classes :
1° quotité; 2" modalité; 3° rapport de dépendance; 1° rapport
• de temps ; 5° rapport de lieu ; 6° possession ; 7" situation, manière
1115]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MVSTICIS.ME ORIENTAL. 177
d'être «-^j; 8° action: D" passivité J^»ij'; ce qui, avec l'Essence
js>-^, fait dix entités, que les philosophes nomment les dix
espèces, les dix modalités ._J^^'^, et les Soufis, les dix perfec-
tions. Elles ont naturellement leurs répliques dans le micro-
cosme, dans l'homme, où la passivité du Macrocosme, pour ne
prendre qu'un exemple, se traduit par des sensations telles que
la faim et la soif qui lui sont imposées. Quant à la perception
discriminative des concepts essentiels et des concepts matériels,
elle correspond dans l'homme à une faculté qui est capable de
percevoir les concepts idi'aux, les formes intelligibles ^yx.'jj;.^,
qu'ils correspondent à des qualités ou à des défauts, et, ce
qu' oublie de dire le mohtasib d'Abarkouh, de les traduire
dans la matérialité : « Ne vois-tu pas, dit-il, que l'on nomme
renard un homme fourbe, qui ne cherche qu'à duper ses sem-
blables, que l'on traite un idiot d'àne, un homme vaillant de
lion, de chameau l'individu qui a un mauvais cœur ».
(.1 suivre.)
E. Blociiet.
ri 161
ORIENT CHRÉTIEN. |j)
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES
PUBLIQUES ET PRIVÉES
CONTENANT DES MANUSCRITS ÉTHIOPIENS
En 1899, M. C. Coiiti Rossini a fait paraître un inventaire
des manuscrits éthiopiens (.ye'ez et amhariques) contenus dans
les bibliothèques situées en dehors de rÉthiopie (1). Cet
excellent travail, qui a rendu de précieux services, deman-
derait à être mis à jour. Mais il y aurait lieu de dresser au
préalable la lisle de toutes les bibliothèques publiques ou
privées possédant actuellement des manuscrits éthiopiens.
C'est le but de notre répertoire, qui signale en même temps
les plus récents catalogues imprimés ties différentes collec-
tions (2). Dans l'appendice sont mentionnées quelques biblio-
thèques d'Abyssinie et d'Érythn-e, dont un inventaire a été
publié.
Notre gratitude est acquise d'avance à ceux qui voudront'
bien apporter des addenda au présent essai (:>).
Bruxelles, l'='' mars 1931.
Jean Simon, S. J.
(1) Carlo CoNTi Rossini, Manoscrillied opère abissine in Europa, dans Rendiconli
délia Reale Accademia dei Lincei. Classe di Scienze morali, storiclie e filolo-
giche, 5°sér., t. VIll (1899), p. 006-637.
(2) Le fascicule II de Silvio Zanutto, Bibliogrufia Eliopica, in continuazione
alla " Bibliografia EUupica » di G. Fumagalll (Roma, Sindacato Italiano Arti
Grafiche), qui paraîtra prochainement, ajoutera de nombreux renseignements
sur le contenu des fonds éthiopiens énumérés ici.
(3) Nous publions dans Le Mnséon, t. XLIV (1931), p. 137-151. un répertoire
analogue des bibliothèo.ues contenant des manuscrits coptes.
[1]
RÉPERTOIRE DES RIBLIOTIIÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 179
Aix-en-Provence.
Bibliothèque Méjanes.
M. Chaîne, Catalogue des mamiscrits éthiopiens des bibliothèques et
musées de Paris, des départements et d^ collections privées, dans Revue
de l'Orient. chrêlien, 2«sér., t. IX (1914), p. 10-12.
Ann Arbor. Mich.
University of Michigan Library.
Arras.
Bibliothèque municipale.
M. Chaîne, ibid., p. 13.
Assise.
Biblioteca del Convento dei iMinori Cappuccini.
Bâle.
Bibliothek der Evangelischen Missionsgesellschaft (Missionsstrasse,
21).
Baltimore, Md.
Bibliothèque privée de M. Robert Garrett (Nortli Charles St. Avenue
and Wyndhurst Avenue).
Berlin.
Preussische Staatsbibliothek.
A. DiLLMANN, Verzeichniss der abessinischen Ilandschriften, Berlin,
1878 (^ Die Handschriften-Verzeichnisse der Koniglichen Bibliothek
zu Berlin, III).
Johannes Flemming, Die neue Sammlung abossinischer Ilandschriften
auf der Koniglichen Bibliothek zu Berlin, dans Zentralblatt fi'ir Biblio-
thekswesen, t. XXIII (1906), p. 7-21.
Marius Chaîne, Inventaire sommaire des manuscrits éthiopiens de
Berlin acquis depuis 1878, dans Bévue de l'Orient chrétien, 2= sér.,
t. VII (1912), p. 45-68.
Staatliche Museen : Papyrussainmhmg.
Muséum fiir Vcilkerkunde.
Bibliothèque privée de M. B. Moritz (Cecilienstrasse, 4).
■Bibliothèque privée de M. H. Schlobies (Dorotheenstrasse. 7).
Bibliothèque privée de M. F. Weiss (c/o WUhelmstrasse, 75).
[21
180 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Berne.
Stadtbibliothek.
Hermannus Hagen, Catalogus codicum Bernensium {Bibliotheca Bon-
garsiana), Bernae, 1874, p. 74.
Besançon.
Bibliothèque municipale.
M. Chaîne, Catalogue des manuscrits éthiopiens des bibliothèques et
musées de Paris, des départements et de collections privées, dans Revue
de l'Orient chrétien, 2''sér., t. IX (1914), p. 13.
Beuron.
Bibliothek der Benediktinerabtei.
Beyrouth.
Bibliothèque orientale de l'Université Saint-Joseph.
Bonn.
Universitàts-Bibliothek.
loannes Gildemeister, Catalogus libroruni manu scriptorum orien-
talium qui in bibliotheca academica Bonnensi servantur, Bonnae, s. d.,
p. 98-100.
Boulogne-sur-Seine.
Bibliothèque privée de M. Marcel Griaule (Rue du Château, 82).
Bruxelles.
Bibliothèque de la Société des Bollandistes.
Bibliothèque privée du Palais Royal.
Bibliothèque privée de M. Henri De Vis (Avenue du Parc Royal, 14).
Caire.
Bibliothèque égyptienne.
Bibliothèque du Patriarcat copte.
Cambridge.
University Library.
Carlo CoNTi Rossini, Manoscritti ed opère abissine in Europa, dans
Hendiconti délia Reale Accademia dei Lincei. Classe di Science morali,
storiche efilologiche, 5«sér., t. VIII (1899), p. 606-637.
13]
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVPJES. 181
Chicago, 111.
Newberry Library.
E. J. GooDSPEED, An Ethiopie Manuscript of John a Gospel, dans
The American Journal of Setnitic Languagcs and Literatures, t. XX
(1903-1904), p. 182-185.
University of Chicago : Haskell Oriental Muséum.
Bibliothèque privée de M. Watson Boyes (University Avenue, 5552).
Clamart.
Bibliothèque privée de M. G. Montandon (Rue Louis-Guespin, 22).
Copenhague.
Det Kongelige Bibliotek.
A. F. Mehren, Codices persici, turcici, hindustanici variiquc alii
bibliothecœ regiœ Hafniensis jussii et aiispiciis regiis enumerali et
descripti, Hafniae, 1857, p. 78-79 (= Codices orientales bilJiothecœ
regiœ Hafniensis j'iissu et auspiciis regiis enumerali et descripti.
Pars 111).
Cracovie.
Bibljoteka XX. Czartoryskich.
Dillingen-sur-Danube.
Bibliothèque privée de M. Sébastian Euringer (Kônigstrasse, 42).
Dresde.
Sâchsische Landesbibliothek.
Henricus Orthobius Fleischer, Catalogus codicum manuscriptorum
orientalium bibliothecœ regiœ Dresdensis. Accedit Frid. Adolphi Eberti
Catalogus codicum manuscriptorum orientalium bibliothcco' ducalis
Quel fer bytanœ, Lipsise, 1831, pp. 71, 85.
George H. Schodde, Beschreibung einer dthiopischen Ifandschrift der
Kônigl. Bibliothek zu Dresden, dans Zeilschrift der Deutschen Mor-
genlàndischen Gesellschaft , t. XXX (1876), p. 297-301.
Dublin.
Trinity Collège Library.
T. K. Abbott, Catalogue of the Manuscripts in the Library of Trinity
Collège. Dublin, Dublin, 1900, p. 402.
L4J
182 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Edimbourg.
National Library of Scotland.
National Muséum of Antiquities of Scotland.
David Laing, A Brie f Notice of an Ancient MS. of the Four Gospels,
broughl from Abyssinia, and presenled to the Society (witti other MSS.),
by Captain Charles M'Inroy, dans Proceedings of the Society of Anli-
quaries of Scotland, t. Vlll (1871), p. 52-55. Cf. t. IX (1872), p. 11.
Erlangen.
Universitàts-Bibliothek.
Johann Conrad Irmischer, Handschriften-Katalog der Koniglichen
Universitàts-Bibliothek zu Erlangen, Frankfurt a. M. und Erlangen,
1852, p. 5-6.
Etschmiadzin.
Bibliothèque de l'Institut scientifique.
B. TypasBiï, BeioncKie 4'parMeiiTbi SnMiajiaiiiicKoii 6iiû.iioTeKn, dans
3anHCKii BocïoqHaro OTatjieiiia IlMnepaTopcKaro PyccKaro Apxeo.iorii-
HecKaro OÔmecTBa, t. XXI (1911-1912), p. 07-010.
Florence.
R. Biblioteca Medicea Laurenziana.
Stephanus Evodius Assemanus, Bibliothecae Mediceae Laurentianae
et Palatinae codicum mss. orientalium catalogiis, Florentiae, 1742,
pp. 58-59, 92, 96, 43i .
R. Biblioteca Nazionale Centrale.
Giuseppe Mazzatinti, Inventari dei manoscritti délie Biblioteche
d'Italia, t. XII, Forh, 1902-1903, pp. 104-105, 112.
Francfort-sur-le-Main.
Stadtbibliothek.
Lazarus Goldschmidt, Die Ahessinischen Handschriften der Stadtbi-
bliothek zu Frankfurt am Main {RiippeU'sche Sammlung). Nebst
Anhângen und Auszûgen verzeichnet und besclirieben, Berlin, 1897.
Frascati.
Convento dei Minori Cappuccini : Museo Etiopico « Guglielmo
Massaia ».
[5]
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 183
Fribourg-en-Brisgau.
Bibliothèque privée du Prince Jean-Georges, duc de Saxe (Mercy-
strasse, 6).
Adolf Grohmann, Aethiopische Marienhymnen. Leipzig, 1919, pp. 48-
52, 323 (= Abhandlungen der Philologisch-historischen Klasse der
Sàchsischen Akademie der Wissenschaftcn, Bd. XXXI II, 4. Abh.).
Gênes.
Archivio Storico.
La Grande Genova. BoUettino Municipale, t, VIII (1928), p. 682-684.
■ Biblioteca Civica Berio.
Opère e Periodici entrait nella Biblioteca Civica Berio di Genova
Ulel iuglio 19 Ji al giugno 1920), Genova, 1921, p. 15.
Gœttingue.
Universitiits-Bibliothek.
Wilhelm Meyer, Die Ifandschrifteii in Gottingen, 2. UniversitâtS'
Bibliothek Geschichte, Karten, Naturwissenschaften, Théologie, Hand-
schriften aus Liineburg. Berlin, 1893, p. 538; 3. Universitiits-Bibliothek.
Nachlâsse von Gelehrten, Orientalische Handschriften, Handschriftea
im besitz von Instituten und Behorden, Berlin, 1894, pp. 198-201,
308-314 (= Verzeichaiss der Handschriften im Preussischen Staate, I.
Ilannover, 2, 3. Gottingen, 2, 3).
Goslar.
Bibliothèque privée de M. Hugo Duensing (Am Kaiserbeet. 3). .
Gotha.
Herzogliche Bibliothek.
Wilhelm Pertsch, J)ie orientalischen Handschriften der Herzoglichen
Bibliothek zu Gotha. Anhang : Die orientalischen Handschriften der
Herzoglichen Bibliothek zu Gotha mit Ausnahme der persischen, ti'i-rki-
schen und arabischen, Gotha, 1893, p. 1-6.
Grafton, Mass.
Bibliothèque privée de M. Samuel A. B. Mercer.
Samuel A. B. Mercer, The Ethiopie Liturgy. Its Sources, Development
<ind Présent Form, Milwaukee, 1915. Cf. Journal of the Society of
Oriental fiesearch, t. I (1917), p. 24-40 et suite; .Ethiops, t. III (1930),
p. 33-35.
[6]
181 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Graz.
Univergîtiits-Bibliothek.
Halle-sur-Saale.
Universitats-Bibliothek.
Nachrichlcn von der Kôniglichen Gesellschafl der WUsenschaften zu
Gôllingen. Philologisch-historische Klasse, Berlin, 1918. pp. 166-167, 172.
Haupt-Bibliothek der Franckeschen Stiftungen.
Fr. Aug. Arnold et Aug. Mûller, Verzeichnix der orientalischen
Jfandschriftrn der Bibliothek des IlalJe'xchen Waisenhauses, Halle,
1876, p. 16 (Extrait de Tli. Adler, Proi/ramm der Lateinischen Ilaupt-
schale in Halle fur das Schuljahr iS7ô-lS76. Halle, 1876).
Hambourg.
Stadtbihliothek.
Cari Brockelmann, Katalog der oriental ixchen Ilandachriften der
Sladtbibliothek zu Hamburg mil Ausschluss der hebrdixcheii. Teil I.
Die arabischen, persisc/ien, liirkisclien, malaiischen, koptischen, syri-
sclien, âlhiopifichen Ilandschriflen, Hamburg, 1908, pp. 178-185. 194
{= Katalog der Jlandschriflen der Stadtbihliothek zu Hamburg. Bd. III).
Hartford, Conn.
Hartford Theological Seininarj' Library.
Haverford, Pa.
• Haverford Collège Library.
Robert William Rogers, A Catalogue of Manuscripta {chieflg Orien-
tal) in the Library of Haverford Collège, dans Haverford Collège
Studies, t. IV [1892], p. 38-42.
léna.
Universitiits-Bibliothek.
Ithaca, N. Y.
CornoU University Library.
Jérusalem.
Bibliothèque du Patriarcat grec orthodoxe.
Enno LiTTMANN, Die dthiopisc/ien Handschriften im griechische n
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 185-
Kloster ow Jeru.^alein. dans^ Zeitschrift far Assi/riologie. t. XV (l'JOO-
1901), p. 133-130.
Bibliothèque du Patriarcat latin.
Bibliotiièque des Couvents abyssins.
Enno LiTTMANN, Aua den abessinischen Klôstern in Jeruxalem, dans
Zeilschrift fiir Asxyriologie, t. XVI (1902), pp. 102-124, 363-388.
Adolf Grohmann, Aethiopische Marienhymnen, Leipzig, 1919, pp. 48,
52-53 (= Ahhandhingen der Philoloriisch-hiatorUchen Klasae der
Scichsischen Akadeniie der Wissenschaften, Ed. XXXIII, 4. Abh.).
Kiel.
Universitâts-Bibliotliek.
Nachrichten von der Kôniglichen Gesellschaft der W'issenschaflcn
zu GôUingen. Philologisch-historische Klasse, Berlin, 1918, pp. 168. 173.
Kiev.
Musée d'Art religieux.
B. TypaeBT,, yyioncKia pyKoiiiicii Myaea Ll^epKOBHo-apxeo.ToriiuecKaro-
OômecTBa npii KieBCKOu /tyxoBiioii ;\.Ka;ieMiii, dans SaniicKii BocTOHHaro
OTj-fe.ienifl IlMneparopcKaro PyccKaro Apxeo.uorn^iecKaro OnuiecTea,.
t. XII (1899), p. 061-067.
Id., /tono.iHenie m. CTarfe « BnioiicKifl pyKnnucii », ibid., p. 0169.
Leide.
Bibliotheek der Rijks-Universiteit.
J. DE GoEJE, Catalogua codicum orientaliwn bibliothecae acadcmiae
Lugduno-Batavae. t. V', Lugduni Batavorum, 1873, p. 64.
Leipzig.
Universitats-Bibliothek.
K. VoLLERS, Katalog der UlamUchen, christlich-orientalischen, Jiidi'
schen und samaritanischen Ifandschriflen der Universitdts-Bibliothek
zu Leipzig. Mit einem Beitrag von J. Leipoldt, Leipzig, 190(), p. 430-
431 {■=■ Katalog der IRtndfichriffen der Universitdts-Bibliothek zu
Leipzig, 11).
Leningrad.
Musée asiatique.
B. TypaeBt, riaMHTHiiKii aeioncKoii nacbMenHOCTii. III. SeioncKia
pyKoniicii B-b C.-TIeTepôyprt, CanKTneTepôypr-b, 1900, p. 47-102.
Le Musée asiatique (cf. AsiiaTCKiiii Myaeii Poccuùckoù AKaaeMUH
HayK. 1818-1918. KpaxKaH IlaMHTKa, ncTpcrpaji, 1920, p. 100-102) a
L8]
Î186 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
acquis, entre autres, les manuscrits éthiopiens des trois anciennes
i bibliothèques suivantes :
Bibliothèque de l'Institut des Langues orientales.
B. TypaeB-b, HaMiiTHHKH, t. c, p. 43-46.
Bibliothèque du Palais de Gatcina.
B. TypaeBt, BeioncKia pyKOnHCii raTMHHCKaro /[Bopua, dans
.'îanncKii BocTOMiiaro OTa'fejieiiia IlMnepaxopcKaro ApxeciorHïiecKard
OomecTBa, t. XIII (1900), p. 01-07.
Bibliothèque privée de Boris Touraïev.
B. TypaeB-b, IlaMHTHHKn, t. c, p. 129-132.
H. K). Kpa'iKOBCKiiù, O coôpamiM a<i>HoncKiix pyKoniiceii B. A.
Typaesa, dans HsBecTiia Pocciiuckoii AKaflCMiiH HayK, 6*^ sér. , t. XV
(1921), p. 175-176.
Musée de Paléographie de l'Académie des Sciences.
Le Musée de Paléographie possède notamment l'ancienne collection
I privée de N. P. Likhacev.
B. Typaeet, naMaxniiKH, t. c, p. 121-128.
Bibliothèque publique.
B. TypaeBT», IlaMflTHHKii, t. c, p. 4-32.
Bibliothèque de l'ancienne Académie ecclésiastique.
' B. TypacBij, IlaiiaTHiiKn, t. c, p. 103-119.
Bibliothèque de la Société des Amateurs d'ancienne littérature.
B. TypacB-b, IlaMHTiniKii, t. c, p. 120.
Bibliothèque privée de M. Ignace Krackovskij.
Bibliothèque privée de M^^^ Théodore Ouspenskij.
IL K). KpaMKOBCKiiiT, A6HCCHHCK1IÛ MarHuecKini cbhtok h3 coôpaHiia
' ^. IL ycnencKoro, dans JloKJia,jî.a AKaaeMiiii Hayit CCCP, 1928, p. 163-
167.
Lévignac-sur-Save.
Bibliothèque privée de M. Marins Chaîne.
Londres.
British Muséum.
A. DiLLMANN, Calalogus codicum manuscriptonim orientalium qui in
Museo Britannico asservanlur. Pars tertia, codices sethiopicos amplec-
• tens, Londini, 1847.
W. Wright, Catalogue of tlie Ethiopie Manuscripts in the British
Muséum acquired since the year 1847, London, 1877.
British and Foreign Bible Society Library.
Thomas Pell Platt, Catalogue of the Ethiopie Bihlical Manuscripts
■ in the Royal Library of Paris, and in the Library of the British and
Foreign Bible Society; also some Account of those in the Vatican Library
at Borne. With Remarks and Extracts, London, 1823.
Jews' Collège Library.
[9]
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 187
Hartwig HiRSCHKELD, An Elhiopic-FalaM Glossary, edited and trans-
lated, dans The Journal ofthe Royal Asiatic Society ofGreat liritain and
Ireland, 1919, p. 21)9-230; 1920, p. 573-582; 1921, p. 211-237.
School of Oriental Studies Library.
E. Denison Ross, The Manuscripts eollecled by William Marsden ivith
spécial Référence to two Copies of Aineida's IHstory of Ethiopia, dans
Bulletin of the School of Oriental Studies, London Institution, t. II
(1921-1923), p. 513-538.
Bibliothèque privée de Sir E. A. Wallis Budge (Bloomsbury Street,
48).
E. A. Wallis Budge, A Hislory of Ethiopia, Nubia and Abyssinia,
-t. II, London, 1928, pp. 589-596, 600-601.
Louvain.
Bibliothèque de l'Université catholique.
Lund.
Universitetsbiblioteket.
Carolus Johannes Tornberg, Codices orientales bihliothecœ rejin'
■Universitatis Lundensis, Lundae, 1850, p. 12.
Madrid.
Biblioteca Nacional.
Revue de l'histoire des religions, t. LXXXVIII (1923), p. 2a2.
Manchester.
John Rylands Library.
Milan.
Biblioteca Ambrosiana.
Giuseppe Gabrieli, Manoscritti e carte orientali nelle biblioteche c
negli archivi d'italia, Firenze, 1930, p. 24 (==: Biblioteca di Biblio-
grafia italiana, X).
Modène.
R. Biblioteca Estense.
C. Caved;)NI, Oi alcuni codici orientali c greci délia R. Biblioteca
Estense, che già farono di Alberto Pio, principe di Carpi, dans Memorie
■di religione, di morale e di leltcratura, 3^ sér., t. XVII (1854), p. 223-224.
110]
188 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Moscou.
Musée des Beaux-Arts.
Munich.
Bayerische Staatsbibliothek.
Verzeichniss der orientalischen Handschriften der A'. Ilof-und Staats-
bibliothek in Miinchen, mit Ausschluss der hebràischen, arabischen
und persischen. Nebst Anhang zum Verzeichniss der arabischen und
persischen Handschriften, Miinchen, )875, pp. 104-108, [185]-[186]
(= Catalogus codicum manu scriptorum, bihliothecae regiae Monacensis.
Tomi primi pars quarta).
Nachrichten von der Koniglichen Gesellschaft der Wissenschaften zu
Gultingen. Philologisch-historische Klasse. Berlin, 1916, p. 59, note 8.
Muséum fiir Volkerkunde.
Sébastian Euringer, Ein abessinischex Amulet mit Liedern zu Ehren
der Heiligen Gabra Manfas Qeddus, Johannes und Kyros^ dans Zeit-
schrift fiïr Semitistik, t. III (1924), p. llG-135. Cf. ibid., p. 136-137.
ID.. Das Nelz Salomons, ibid., t. VI (1928), pp. 76-100, 178-199,
300-314; t. VII (1929), p. 68-85.
Munster-en-'Westphalie.
Bibliothèque privée de M. Ad. Rijcker (Aegidiistrasse, 20a).
Naples.
Biblioteca del R. Istituto Orientale.
Giuseppe Gabrieli, Manoscritti e carte orientait nelle biblioteche e
negli archivi d'Italia, Firenze, 1930, p. 30 (== Biblioteca di Bibliografia
italiana, X).
Bibliothèque privée de M. Francesco Gallina (Via Solimena, 8).
Ignazio Guidi, Duo nuovi manoscritti délia « Cronaca abbreviata »
di Abissinia, dans Rendiconti délia R. Accademia Nazionale dei Lincei.
Classe di Scienze morali, storiche e filologiche, 6« sér., t. II (1926),
p. 357-421.
New Haven, Conn.
Yale University Library.
Bibliothèque privée de M. Charles C. Torrey (Bishop Street, 191).
New York, N. Y.
New York Public Library.
Johann Ludwig Michael Lund, An Ethiopian Manuscript in the Astor
Library, dans American Church Review, t. XXXVl (1881), p. 189-221.
[Il]
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 189
Robert Mountsier, An Abyssinian t Book of Prayers », a quaintly
iUuslraled parchmenl Volume tlial helpa défend an Empire dans Asia,
t. XXIV (1924), p. 284-289.
Columbia University Library.
Church Mission House Library.
Jewish Theological Seminary of America Library.
Union Theological Seminary Library.
Bibliothèque privée de M. Wilberforce Eames (New York Public
Library).
Edgar J. GooDSPEED, Ethiopie Manuscripts from the Collection of
Wilberforce Eames, dans The American Journal of Semilic Languages
and Literatures, t. XX (1903-1904), p. 235-244.
Bibliothèque privée de M. Lathrop C. Harper (8 West 40th Street).
Bibliothèque privée de M. Harry Middleton Hyatt (Park Avenue,
911).
Oxford.
Bodleian Library.
A. DiLLM VNN, Catalogus codicum manuscriplorum bibliothecae Bodleia-
nae Oxoniensis. Pars VII. Codices aethiopici, Oxonii, 1848.
Paris (1).
Bibliothèque Nationale.
H. ZoTENBERG, Catalogue des manuscrits éthiopiens (gheez el amha-
rique) de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1877.
F. Nau, Notices des manuscrits syriaques, éthiopiens et mandéens,
entres à la Bibliothèque Nationale de Paris depuis l'édition des cata-
logues, dans Bévue de l'Orient chrétien, 2« sér,, t. VI (1911), p. 311-313.
M. Chaîne, Supplément au Catalogue des manuscrits éthiopiens de
H. Zotenberg {1877-1912), dans Catalogue des manuscrits éthiopiens
de la collection Antoine d'Abbadie, Paris, 1912, p. 151-156.
Collection Antoine d'Abbadie.
M. ChaLne, Catalogue des manuscrits éthiopiens de la collection
Antoine d'Abbadie, Paris, 1912.
(I) Sept manuscrits éthiopiens de l'ancienne collection privée de É. Delonne
appartiennent maintenant à la Bibliothèque Vaticane. Cf. Sylvain Grébaut,
Les manuscrits éthiopiens de M. É. Delorme, dans Revue de l'Orient chrétien,
i" sér., t. VI (1912), p. 113-132; t. IX (1914), pp. 17-23, 174-182, 347-357; t. X
(1915 1917), pp. 82-91, 408-415; 3<" sér., t. I (1918-1919), p. 137-147.
L'ancienne collection privée de Hugues Le Roux est à présent dispersée.
Cf. M. Chaîne, Catalogue des manuscrits éthiopiens des bibliothèques et musées
de Paris, des départements et de collections privées, dans Revue de l'Orient
chrétien, 2* sér., t. IX (1914), p. 258-262.
[12]
190 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
G. CONTi RossiNi, Notice sur les manuscrits éthiopiens de la collée-
lion d'Abhadie, dans Journal asiatique. 10'' sér. , t. XIX (1912), p. 551-
578; t. XX (1912), pp. 5-72, 449-494; 11^ sér., t. Il (1913), p. 5-64; t. VI
(1915), pp. 189-238, 445-493. Tirage à part, Paris, 1914.
Collection Mondon-Vidallhet.
M. Chaîne, Catalogue des manuscrits éthiopiens de la collection
Mondon-Vidailhet, Paris, 1913. Cf. Journal asiatique, t. CCVl (1925),
p. 348.
Bibliotlièque Sainte-Geneviève.
M. Chaîne, Catalogue des manuscrits éthiopiens des bibliothèques et
musées de Paris, des départements et de cpllections privées, dans Revue
de rOrient chrétien, 2^ sér., t. IX (1914), p. 7.
BilDliothèque de l'Institut de France.
M. Chaîne, ibid.. p. "3-7.
Bibliothèque du Muséum d'Histoire naturelle.
M. Chaîne, ibid., p. 8.
Musée ethnographique du Trocadéro.
M. Chaîne, ibid., p. 8-10. Cf. .Ethiops, t. I (1922), pp. II, 30-31; t. II
(1923), p. 28-29.
Bibliothèque de l'École nationale des Langues orientales vivantes.
M. Chaîne, ibid., p. 10.
BibUothèque de la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission
(Rue de Sèvres, 95).
M. Chaîne, ibid., p. 262.
Bibliothèque privée de M. P. Duchesne-Fournet (Villa Sa'ïd, 10).
M. Chaîne, ibid., p. 14-16.
Bibliothèque privée de M. X. Bergey (Boulevard Voltaire, 48).
Sylvain Grébaut, Les manuscrits éthiopiens appartenant à
M. N. Bergey, dans Bévue de l'Orient chrétien. 3''sér., t. II (1920-1921).
p. 42G-442; t. V (1925-1926), p. 196-219. Cf. .Ethiops, t. 1 (1922), p. 12-14.
Bibliothèque privée de M'"«R. de Vogue (Quai d'Orsay, 57).
Philadelphia, Pa.
Dropsie Collège Library.
Pistoie.
Biblioteca Forteguerriana.
Princeton, N. J.
Prniceton University Library.
Enno Littmann, The Princeton Ethiopie Magic Scroll, dans Prin-
ceton University Bulletin, t. XV (1903- 1904), p. 31-42.
William Hoyt Wurrell, Studien zum abessiniscÂen Znuberwesen, dans
[13]
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 191'
Zeiischrift fur Assyriologv' , t. XXIII (1909). p. 149-183; t. XXIV (1910),
p. 59-96: t. XXIX (1914-1915), p. 85-141.
Rome.
Biblioteca Apostolica Vaticana.
S. Grébaut et E. Tisserant, Codiccs aethiopici Bybliolhecae Vaticanae
{Valicani, Borgiani, Barberiani, Bossiani), Romae (Paraîtra prochai-
nement).
R. Biblioteca Nazionale Centrale Vittorio Emanuele.
Carlo CoNTi Rossini, Manoscritti ed opère abisaine in Europa. dans
Bendiconti dclla Beale Accadeinia dei Lincei. Clas.se di Scienze morali,
storiche e fliologiche, 5« sér., t. Vlll (1899), p. 606-637.
R. Biblioteca Angelica.
Ignazio Guini, Catalogo dei codici orientali délia Biblioteca Angelica
di Borna. Firenze, 1878, p. 73-74 (= Cataloghi dei codici orienUdi di
alcune biblioleche d'italia, I).
R. Biblioteca Casanatense.
Giuseppe Gabrieli. Manoscritti e carte orientali nelle biblinlechc e
negli archivi d'Ilalia, Firenze, 1930, p. 38 (= Biblioteca di Biblingrafîa
italiana, X).
Biblioteca della R. Accademia Nazionale dei Lincei.
Giuseppe Gabrieli, La Fondazione Caetani per gli studi musulmani.
Notizia della sua istituzione e catalogo dei suoi mss. orientali, Roma.
1926, p. 62.
Biblioteca della R. Società Geografica Italiana.
Giuseppe Gabrieli, Manoscritti e carte orientali nelle biblioteehe e-
negli archivi d'Ilalia, Firenze, 1930. p. 48-49 (= Biblioteca di Biblio-
graphia italiana. X). ,
Biblioteca dei Pontlficio CoUegio Etiopico.
Bibliothèque privée de M. Enrico Cerulli (c o Ministero délie
Colonie).
Bibliothèque privée de M. Carlo Conti Rossini (Via di Villa Albani, 8).-
Carlo Conti Rossi.ni, Manoscritti. p. 60G-637.
Bibliothèque privée de M. Ettore Fontanabona (Via Aureliana, 551.
Bibliothèque privée de M Edoardo Martinori (Via Flaminia. 37).
Bibliothèque privée de M. Tecle Mariam Semharay Selam (Ponti--
ficio Coilegio Etiopico).
Rostock.
Universitats-Bibliothek.
San Gimignano.
Biblioteca Comunale.
Giuseppe Gabrieli, Manoscritti c carte orientali nelle biblioteehe-
[14]
192 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
c negli archivi fCltalia, Firenze, 1930, p. 49 (= Biblioteca di Bildio-
grafia ilaliana. W.
Sinaï.
Bibliothèque du Couvent Sainte-Catherine.
Stockholm.
Kunglige Biblioteket.
W. RiEDEL, Kalalog ôver Kungl. Bihliotekets orienlaliska handskrif-
îer, Stockholm, 1923, pp. 20, 61 (= Katalofier ôver Kungl. Bibliolekels
i Stockholm handxkrifter, I).
Evangeliska Fosterlands-Stiftelsen (Mâster Samuelgatan, 42).
Oscar LôFGREN, Die abessinischen Handschriften der Evangeliska
Fosterlands-Stiftelsen, Stockholm, dans Le Monde oriental, t. XXI II
(1929}, p. 1-22.
Stonyhurst.
Stonyhurst Collège Library.
Strasbourg.
Bibliothèque universitaire et régionale.
Ernest Wickersheimer, Catalogue général des manuscrits des biblio-
thèques publiques de France. Dé parlements. T. XLVII. Strasbourg,
Paris, 1923, p. 771-773.
Stuttgart.
Wiirttembergische Landesbibliothek.
Theologische Studien und Kritiken, t. LXXIV, 1 (1901), p. 144.
Machrichten von der Kôniglichen Gesellschaft der Wissenschaften :u
•Gôttingen. Philologiscli-historische Klasse, Berlin, 1916, p. 59, note 8.
Toulouse.
Musée des missions des Frères Mineurs Capucins (Côte-Pavée, 11 ter)
Tubingue.
Universitâts-Bibliothek.
H. EwALD, Ueber die Aethiopischen Handschriften zu Tidnngen, dans
Zeitschrift fiir die Kunde des Morgenlandes, t. V (1844), p. 164-201.
Id., Ueber eine zweite Sammlung Aethiopischer Handschnften in
Tiibingen, dans Zeitschrift der Deutschen Morgenhindischen Gesell-
schaft, t. I (1847), p. 1-43.
A. Keller, Aethiopische Handschriften in Tiibingen, dans Serapeum,
t. X(1849), p. 379.
[15]
RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES. 193
Bibliothèque privée de M. Enno Littmann (Waldhâuserstrasse, 50).
Zeitsclifift fur Assyriologie, t. XVI (1902), p. 363, note 2. Cf. Journal
■of the American Oriental Society, t. XXV (1904), p. 1-48.
Tuxedo Park, N. Y.
Bibliothèque privée de M. Grenville Kane.
Upsala.
Universitetsbiblioteket.
K. ^'. Zetterstéen, Die Aftessinischen llandschriflen der Kdni;/l.
Universitntsbibliothek zii Upsala. dans Zeitschri/Ï der Deutschen Mor-
f/enlândischen Gesellsc/iaft, t. LUI (1899), p. 508-520.
Venise.
R. Biblioteca Xazionale Marciana.
Giuseppe Gabrieli, Manoscriiti e carte orientali nelle hibliotcche e
negli archivi d'Ilalia, Firenze, 1930, p. 55 (= Bihlioteca di Bibiio-
fjrafia italiana, X).
Vercli.
Biblioteca Comunale Giovardiana.
Camillo Scaccia Scarafoni, La Bildiolera Giovardiana di Veroli e i
suoi incunaboli, dans Accademic e BibliutecJie d'Italia, t. III (1929),
p. 133.
Vienne.
Nationalbiblioihek.
N. RiiODOKANAKis, Dic dfliiopischen Handschriften der k. h. Hofbiblio-
thek zu Wien, Wien, 1906 (= Sitzuniji^berichte der Philosophisch-
historischen Klasse der kaiserlichen Akademie der Wissenschaflen,
Bd. CLI, 4. Abh.).
Bibliothek der Mechitharisten-Kongregation.
Adolf Grohmann, Aelhiopische Marienhymnen, Leipzig, 1919, p. 325-
328 (=: Ahtiandlunyen der Philologisch-ki^lorixchen Klasse der
Sdchsischen Akademie der Wisxenschafien, Bd. XXXIII, 4. Abh.).
Viroflay.
Bibliothèque privée de M. Marcel Cohen (Rue Joseph-Bertrand, 20).
M. Chaîne, Catalogue des manuscrits éthiopiens des bibliothèques et
musées de Paris, des départements et de collections privées, dans Bévue
de varient chrétien, 2«'sér., t. IX (1914), p. 247-258.
[16]
OKIENT CHRÉTIEN. l'î
191 RKVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Wels.
Stadtmuseum.
N. Rhodokanakis, Eine âthiopische ZaubergebeIroUe im Muséum der
Sladt Wels, dans Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes,.
t. XVIII (1904), p. 30-38).
AATaltham Cross.
Bibliothèque privée de Sir Hedeworth Meux (Theobald's Park).
E. A. Wallis BuDGE, The Lives of Maba Sei/ôn and Gabra Kréstôs.
The Ethiopie Text.s edited with an English Translation ami a Chapter
on Ihe lUustrations of Ethiopie MSS., London, 1898 (= Lady Meur
Manuscript, No. /).
Id., The Miracles of Ihe Blessed Virgin Mary, and the Life of Hannâ.
{Saint Anne), and the Magical Prayers of \Ah"'ta Mikâêl. The Ethiopie
Texts edited with English Translations, etc., London, 1900 (=• Lady
Meux Manuscripts, Nos. 2-5).
"Windsor.
Windsor Castle Library.
E. A. Wallis BuDGE, A Hislory of Ethiopia, Nuhia and Abyssiiiia,
t. II. London, 1928, p. 5GI.
[17]
APPENDICE
AsMARA. Mission suédoise.
Oscar LoFGREN, Die abessinischen flandachriften der EvangelUka
Fostcrlands-Stiftelsen, Stockholm. Nachtrag, dans Le Monde oriental,
t. XXIII (1929), p. 19-20.
AxouM. Sion.
J. KoLMODiN, Ahessimsche BUchervcrzeichniase [Ans den Inventaren
der Zion von Aksum und einiger anderen Kirchen), dans Le Manie
oriental, t. X (1916), p. 241-255.
Deutsche Aksum-Expedition. Bd. I. Reiseherichle der Expédition.
Topographie und Geschichte Aksuma, von Enno Littmann, unter Mit-
wirkung von Theodor von Liipke, Berlin, 1913, pp. 16-17. 38.
Cherem. Mission catholique.
C. CoNTi RossiNi, / manoscritti etiopici délia Mi-isione Cntlolica di
Cheren, dans Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei. Classe di
Scienze morali, storiche e filoloiriche, 5° sér., t. XIII (1904i, pp. 233-
255, 261-286.
Dabra-DemXh.
J. KoLMODiN, ihid., p. 246-255.
DABRA-SfNA".
Enno Littmann, Preliminary Report of the Princeton University
Expédition to Abyasinia, dans Zeitschrift fi'ir Assyriologie, t. XX
(1907), p. 167-170.
Hazzega.
J. KoLMODiN, ibid., p. 246-'-55. Cf. In., Traditions de Tsazzega et
Hazzega. Annales et Documents, Upsal, 1914.
Tsa'da-Emba.
J. KoLMODiN, ihid., p. 246-255.
Tsazzega.
J. KoLMODiN, ibid.. p. 246-255.
[18]
INDEX
Allemagne : Berlin, Beuron, Bonn, Dillingen-sur-Danube, Dresde,
' • Erlangen, Francfort-sur-le-Main, Fribourg-en-Bris-
gau, Gœttingue, Goslar, Gotha, Halle -sur-Saale,
Hambourg, léna. Kiel, Leipzig, Munich, Munster-en-
Westphalie. Rostock, Stuttgart, Tubingue.
Angleterre : Cambridge. Edimbourg, Londres, Manchester, Oxford,
Stonyhurst, Waltham Cross, Windsor.
Arménie : Etschmiadzin.
Autriche : Graz, Vienne, Wcls.
Belgique : Bruxelles, Louvain.
Danemark : Copenhague.
Egypte : Caire, Sinaï.
Espagne : Madrid.
États-Unis : Ann Arbor, Micli. ; Baltimore, Md. ; Chicago, 111.;
Grafton, Mass.; Hartford, Conn. ; Haverford, Pa. ;
Ithaca, N. Y. ; New Haven, Conn. : New York, N. Y, ;
Philadelphia, Pa. ; Princeton, N. J.;Tuxedo Park,
N. Y.
France : Aix-en-Provence, Arras, Besançon, Boulogne-sur-Seinc,
Clamart, Lévignac-sur-Save, Paris, Strasbourg, Tou-
louse, Virotlay.
Hollande : Leide.
Irlande : Dublin.
Italie : Assise, Florence, Frascati, Gênes, Milan, Modène, Xaples,
Pistoie, Rome, San Gimignano, Venise, Veroli.
Palestine : Jérusalem.
Pologne : Cracovie.
Russie : Kiev, Leningrad, Moscou. Cf. Arménie.
Suède : Lund, Stockholm, Upsala.
Suisse : Bàle, Berne.
Syrie : Beyrouth.
Jean Simon, S. J.
[!'•']
UN FRA&MENT SYRIAQUE
DE L'OUVRAGE ASTROLOGIQUE DE CLAUDE PTOLÉMÉE
INTITULÉ LE LIVRE DU FRUIT
Entre les di\ers modes de divination, l'astrologie ou prévi-
sion des événements futurs d'après la position des astres, est
celui qui semblait le plus scientiliquement établi. Les philo-
sophes utilisaient l'axiome : Corpora inferinra regimlur per
corpora superiora, ce qu'ils traduisaient par : « La destinée
des hommes et des empires est sous la dépendance des astres ».
Aussi Ptolémée, après avoir écrit sa j^^rande sijhkixe inathé-
matique {Alinageste), qui permettait de fixer d'avance les
mouvements des planètes, leur position à un instant donné et
l'époque des éclipses de soleil et de lune, ne voyait dans ce
grand ouvrage qu'une introduction à l'Astrologie qu'il exposait
dans une syntaxe en quatre livres que l'on nomme en latin le
Qi(adripartitum, seu de judiciis astrorum. Ce dernier
ouvrage a été résumé en cent aphorismes qui constituent le
Centiloquium ou le Livre du Fruit (c'est-à-dire : le Livre du
profit que l'on peut retirer de la lecture du Quadripartitum) .
Ce résumé n'a peut-être pas été fait par Ptolémée lui-même;
mais, dans le doute et parce qu'il est tiré de l'un de ses écrits,
il peut lui être attribué.
Dans le manuscrit qui nous a conservé le traité des Cons-
tellations écrit par Sévère Sébokt et la version syriaque du
Quadripartitum, on trouve un extrait de Bar Hébraeus
(ms. 346, fol. 167) (I).qui nous donne la version syriaque de
deux aphorismes du Livre du Fruit (2) et nous montre ainsi
(1) Voir l'analyse de ce manuscrit dans R. 0. C, t. XV, 1010, pp. 225-
254.
(2) Ihid., pp. 246-248. C'est sans doute un extrait du Candélabre des sanc-
tuaires qui a donc été écrit on 1207, cf. p. 217, note 2.
[1]
198 KKVUE DE L ORIENT CHRÉTIEN.
que cet ouvrage, aussi bien que le Quadripartitum, avait été
traduit en syriaque.
Bar Hébraeus donne d'abord toutes les remarques météoro-
logiques faites dans la Bible qui concernent les pronostics que
l'on peut tirer de l'observation du ciel, par exemple : quand
vous voyez la nuée qui vient de l'occident, vous dites : « C'est
la pluie » et ce l'est; quand le vent du sud souffle, vous dites :
« C'est la chaleur » et ce l'est; et quand le ciel est rouge le
soir, il indique (pour le lendernain) un ciel serein, et quand il
est rouge au matin, il montre qu'il y aura de la pluie. Bar
Hébraeus en appelle ensuite à Ptolémée pour l'interprétation
de phénomènes plus sujets à caution : les étoiles filantes et les
comètes :
iJL^ ôu.2lSw^ nire viiS^i»j ^^^ ja^Kj JKûlcd y>^; oôi^
001 JS) ) .... J^.N^..'^ jL^V^^ ^^ y^/ |-L4)Ot oâ(o .^oipJ^ooo
fol. 168 r) ôuio );» |] y^/o ,yi\ )K*VDQJ )^;/ ^ yo\l£i\ lio'y^
Ptolémée a dit, dans son Livre d'astrologie qu'il a nommé Le Fruit,
que les étoiles filantes (les traits) dans l'air indiquent la sécheresse de
l'air; quand elles apparaissent d'un (certain) côté, des vents violents
U.N FRAGMENT SYRIAQUE DE PTOLÉMÉE. 190
soufflent dans ce côté, et quand elles s'étendent de divers côtés, l<^s
fontaines se dessèchent (manquent) et les armées des étrangers entrent
et dominent dans ce climat et l'hérésie s'y renouvelle.
Et les étoiles chevelues (comètes), appartiennent aux onze signes du
zodiaque, (placées) entre eux et le Soleil. Lorsqu'on verra l'une d'elles
([ui a beaucoup de queues dans rjLUi des confins de tel royaume (1), ^on
roi mourra. Si elle est du côté qui parait monter avec ce confin (si elle
est en ascension, c'est-à-dire entre le levant et le méridien), son roi
mourra ou sera changé et ses trésors seront pillés (2). Si elle est du côté
qui tombe à partir du confin (du côté de l'occident), il arrivera des morts
subites et beaucoup seront enchaînés et malades. Si la comète se meut
du couchant au levant, le tyran qui domine viendra d'un pays étranger,
et si elle ne marche pas, (le tyran) sera de ce pays même.
V^oici d'ailleurs le texte grec d'après l'édition donnée à Bùle
en 1535 :
\j.ipTi (pipovxai, oïjXoOa-i 'Joxxz^ èXxTtwatv, y.a'i ày.aTxaxaJiav xipoq, y.x':
(jTpaT£U[j.aTa)v è-i5pO[;.àç.
Oi ce y,o\).fi-oi.\. (I)v '(] à-iîTTaTiç à-b ts-j r/Atou, ta' 'Çmoix èjtIv, r/>
(lire : eî) ©avwaiv èv v.i'fzptù PaaiXfwç (lire : ^oayCkdxq) Tivb;, tîXcU-
TqiJV. b ^xcChe-jq, y] [AsyaÇ t^U ^'^ ^cj-y;' s'. B' èv èTuavaoopç<, su izi: t*
-ro)v y.îi[ji,Y;Xi(ov ajTOU, xai àXXâçît tbv stO'.y."/;~JjV ajTOu" t\ 0 £v y.~oyj.'.-
[xaTi, Y'^'svTai àppwj-cîa'. y.x'. a'.^vîcisi 6âvaT0'.. E'. 3à y.ivîi-a». a-b cuj-
[j-ûv Ètt' ivaToXi;, è-eXsJjSTai éyjipzq àXXÔTptoç xoiç /(opaiç, £'. $è
c'j y.ivsïTxi, £YX^?'-2? £7Ta'. 6 èyfjpiç.
Bar Hébraeus cite ensuite deux faits historiques qui eonlir-
roent rintluence néfaste des étoiles filantes et des comètes.
Nous avons édité et traduit ces deux faits relatifs à la guerre
des Arabes et des Romains en 693 et à la mort du roi des Mon-
gols Iloulagoa en 12G1, dans la Revue de l'Orient chrétien,
loc. cit., p. 247-8.
Bar Hébraeus renvoie encore à saint Basile, qui admet les
remarques météorologiques, mais condamne les excès des astro-
(1) Ces confins sont sans doute les signes du zodiaque qui président à ce
royaume, par exemple l'Italie, la Sicile, la Gaule, la Phénicie, la Chaldée son
attachées au Lion. Une comète qui apparaît dans le Lion menace donc ces pays.
(2) C'est l'inverse dans le grec.
200 REVUE DE l'orient CHRÉTIEX.
logues JJexaemer on, Hoiri. vi, o), et il ajoute que, pour cer-
tains, c'est par les signes des étoiles que les démons prévoient
l'avenir et le font connaître à leurs serviteurs.
Terminons par une théorie des étoiles filantes et des comètes
donnée par le même manuscrit 346, fol. 75, et extraite du
Candélabre des Sanctuaires de Bar Hébraeus, voir P. 0.,
t. XXII, pp. 610-611.
La zone de la génération et de la corruption s'arrête à la
Lune. Au-dessus de la Lune les cieux sont incorruptibles et
immuables; par suite, tous les phénomènes passagers : les
comètes, les étoiles filantes comme les éclairs, ne peuvent se
trouver qu'entre la Lune et la terre.
|l^.jiaI^w_^o jJS^^JUjl V-^-- <x JJoot -i-^'j^j i-^^":»^ "^^^ (^'^I- '^'^)
I^A.. po (.A^S |.-w^IiO )K^9Q.i Ji^-..:^ Iql^ f^ .)Kl..OlîO
.).^o6i ) JSs^i.*).^)^^ jJo jLaââi fioj ^^..21^ .K.*j..^:ïaft.^
^^^OlS5/o ^^Q.âd9 )K^i:.«<9 )ioi/ .jl ooi ^oi |.«.:3l^ ^"^^ V^*^
jlaJLJULoJS^:^ OlV.aL^ sfiDQi\a2L.ûo/o vCDO^D ^^9 \eQ.^\fuOOJ2L^lo
.vooi.2!bi )oôi9 |L.aL^.^. f^â )9^^:l^9 v00iia.aL^v^ ^^s..^.^
(I) La fin de ce paragraphe manque dans la /'. 0.
UX FRAGMENT SYRIA«,tUt: DE PTÛLÉMÉE. 201
jL^jia^jio jLâuI^^Qjio lidaJ^oof Jbu^a^ "^^ ^^^9ajL^9
^û^^ P )LjL*0|90 |jk.aLS^O )L^ui V"^^ iv^'^ i^^r^ ^é-^
)._ia_3/ .ôi.wJ^v.9 JLiOL^s )^û*aioo ).i.îJJ jL.^ioK.ioj ).^t-^
)).^^i.fiD if^o/j w,ô( I^Q-j ^io ^f^; yK.iocL«.i jjioi ^j-;^;
UiOL^JLiO; )^f^^ K..w^ Ôt^ (fûl. 75VI s^l ,)Lw^);|^; JJLÎLL^J
/)e.<t étoiles c/ipvclues (comètes). Lorsque la matière nuageuse, visqueuse
et grasse arrive à la zone de feu (1), si elle brûle entièrement, elle retourne
à la nature du feu et n"est plus visible et elle apparaît comme une étoile
qui descend du ci(;l et tombe. Mais si elle ne brûle pas entièrement, elle
demeure plusieurs jours à cause de sa densité et elle montre une forme
de chevelure ou de queue ou de tente ou d'animal qui a des cornes. Si la
matière est très épaisse, on voit des phénomènes redoutables rouges et
noirs. 11 arrive que cette figure tourne en cercle avec le mouvement
circulaire de ce feu qui tourne avec la zone (l'intersphère). Démocrite,
Anaxagore, certains Pythagoriciens, Hippocrate de Chios et Aischylus (2),
son compagnon, disent que les chevelures sont des amas d'étoiles fixes (3)
qui forment des phantasmagories à cause de leur rapprochement (4) par
le moyen de leur rayonnement (5) ; mais Aristote montre l'erreur de
tous leurs arguments et les réfute (G).
(1) Précisément pour expliquer ces météores, on a supposé qu'en dessous de
la sphère attribuée à la Lune et au-dessus de la zone de l'air se trouve une zone
du feu dont la partie la plus élevée est formée d'un léu subtil et la plus basse
est mélangée de fumées qui montent jusqu'à elle. Celle-ci contient les comètes,
les lances enflammées et les traits de feu, cf. Bar llébraeus. Cours d'aslronomic.
Paris, 1900, p. 13-14.
(2) kliyyXo^. Ceci est un résumé de la Méiéorotogie d'Aristote, i, 6.
(3) Le manuscrit portait " d'étoiles errantes -; il a été corrigé en « fixes ».
(4) La chevekire n'appartient donc pas à la comète elle-même, mais est une
iUusion d'optique, Ibid.
(5) Mot à mot « de leur vêtement ».
(6) Ibid.
[51
•202 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Hermès dit que les étoiles clievelues sont des avis prophétiques et des
hérauts qui font connaître les changements des empires et les change-
ments et les séditions des rois.
Sur l'incendie. Lorsque la vapeur nuageuse, visqueuse et grasse monte
■de la terre sans que son attache à la terre soit coupée, quand elle arrive
à l'endroit enflammé, elle brûle et prend feu, et ainsi, de proche en
proche, cette enflammation gagne toutes les parties de cette vapeur jus-
qu'à 03 qu'elle atteigne la terre, et elle brûle tout ce qu'il y a sur elle (1),
-comme nous avons vu maintenant qu'il est arrivé de nos jours avec ce
feu qui a brûlé une quantité de constructions en Arabie et même la
mosquée des Musulmans qui est nommée Ka'bah.
François Nau.
(I) Les traits de feu (et les éclairs) sont donc conçus comme des fusées descen-
dantes. L'érudition de Bar Hébraeus vient d'Aristote, Ibid., i, 4, et nous prouve
•encore que la Méléurologie était traduite en syriaque, car Bar Hébraeus ne
semble pas avoir utihsé directement des textes grecs.
LE NOM DES TURKS DANS LE CHAPITRE X
DE LA GENÈSE
Au cours d'un article publié en 1930, dans la Revue de
r Orient chrétien (1), j'ai proposé de reconnaître dans le nom
de Ashkanaz "i-rx, 'Asyavci; (2), fils de Gomer, fils de .laphet,
au chapitre dixième de la Genèse, la forme plurale altaïque
Shakanaz = Shaka-nas = Shaka-nar = Shaka-lar (3), avec
le rhotacisme et l'équivalence n = l, du nom des Turks
Shaka (4) ou Çaka, des Scythes, des Sakas, qui furent les sujets
de Darius, au delà des frontières de l'Iran, qui, au viii'" siècle
avant le Christ, dévalèrent sur l'Asie antérieure et, au ii'" siècle,
détruisirent le royaume grec de Bactriane (5), comme les
Turks osmanlis, au xv" siècle, mirent fin à l'existence de
l'empire byzanli;K
(1) Tome XXVII, page 110.
(2) 'A'7xavaî;o; dans Flavius Josèphe [Antiquités judaïques, 1, vi, 1); la forme
donnée par les Septante, et celle qui se lit dans le texte do Josèphe, montrent
que, dans l'Antiquité, la lecture traditionnelle de ce nom propre était Ashkanaz,
et non Ashkénaz, comme les auteurs de la Massore l'ont inventé, à une époque
bien postérieure. Le nom du père d'Ashkanaz est rafiép dans les Septante,
rofiâpri; dans les Antiquités judaïques ; il est manifeste que la forme tradition-
nelle et exacte de ce nom s'était perdue de bonne heure, puisque ïa.\iiç est aussi
inexact que rùjjLotpYi;; comme on le verra plus loin, il faudrait rt(j.ip, ou Ftixép.
(o) -nar est une forme du pluriel mongol, -lar, la forme du pluriel turk.
(,4) Sur les idiosyncrasies turkes de la langue des Sakas, voir les lîendiconli
délia rcale Accademia dei Lincei, 1925, page 340; sur le caractère turk et non
finnois de l'idiome parlé par les Huns, voir Patrologia orienlalis, tome XX,
pages 15 et 16.
(5) Cette invasion se fit en deux temps; elle fut l'œuvre de deux peuplades
également turkes, les Ghotz, les Ghouzz '^ des historiens musulmans, les Ouzcs
des chroniqueurs russes, qui, avec les Torques, demeuraient dans le voisinage
des Polovtsi, et les Sakas; les Ghouzz et les Sakas, manifestement, étaient deux
clans, deux fractions du môme peuple; à la On du ni* siècle avant notre ère, les
[l]
2(U REVUE DE l'oFUE.NT CHRÉTIEN.
Japhet, fils de Xoé, dans la Genèse, est l'auteur des races
indo-européennes et des races lurkes. que les rédacteurs de la
Gholz campaient dans la région située entre l'Altaï et le Lob-nor; ils en lurent
chassés en 201 par les Huns, qui, refoulés par les armées du Céleste-Empire,
tombèrent sur eux à Timproviste. Les Ghotz envahirent la vallée de l'Ili, où
demeuraient les Sakas, qu'ils refoulèrent ; les Sakas s'enfuirent vers l'Ouest par les
vallées du Yaxartes et de l'Oxus, franchirent l'IIindoukoush, et vinrent s'établir
à l'occident de l'Indus, dans l'Iran oriental, dans la province du Midi, perse
*Xémarautcha, le Nimrôz du persan moderne, laquelle prit le nom de Sakastàna
<■ riiabitat des Sakas », d'où la forme pehlvie Sagastàn, et celle, Saïstân, de l'ono-
mastique actuelle. En 145, les Ousoun, pourchassés par les Huns, tombèrent sur
les derrières des Ghotz, installés dans la vallée de l'IU, et les chassèrent devant
eux, par ce même chemin qu'avaient pris les Sakas, quelque cinquante ans
aupai-avant. Les Ghotz tombèrent sur l'Iran oriental, et s'emparèrent de la vallée
du haut Oxus, qui appartenait alors au royaume grec de Bactriane; ils
prirent Bactres à llélioklès Dikaios, et la puissance hellénique fut complètement
ruinée en Asie Centrale, en l'année 120. Sur les ruines du royaume gréco-bactrien,
les Ghotz fondèrent un état turko-bactrien, qui, au i"' siècle, devint le royaume
indo-scythe, et vit sa capitale transférée, en 25 après J.-C, à Djalandhara. Ces
deux invasions forment la trame essentielle de la geste épique de l'Iran ; la pre-
mière est symbolisée par la lutte du « brigand touranien » Afràsyàb contre le
paladin Roustam, prince du Saïstàn, qui défend l'Iran, et le sauve des griffes
dos Turks, contre toute vérité; la seconde est mentionnée en termes beaucoup
plus brefs, dans une narration qui raconte l'expédition d'Ardjàsp, fils d'Afrà-
syàb, contre Balkh = Bactres, sous les ruines de laquelle meurt le vieux roi
Lohràsp = llélioklès, après son abdication.
La chanson de geste iranienne a parfaitement discriminé les deux temps de
l'invasion, et c'est avec un sens très exact de la réalité qu'elle en a attribué les
deux phases au même peuple, les Touraniens, commandés par deux de leurs
rois. Que ces Touraniens soient des Turks, c'est ce que démontrent certaines
particularités essentielles de leur onomastique, telles qu'elles se trouvent
conservées dans la trame de l'épopée iranienne, le nom, par oxemple, du fils
aîné d'Afràsyàb, d^-ns le Livre des Ilois de Firdausi, .Id^'^, qui est proba-
blement l'altaïque karakhan « qui veille », à la rigueur kara-khan •< le chef noir >.,
quoique la forme khan, dérivée de khaghan, ne paraisse dans l'onomastique
des Turks que tout à la fin du x'- siècle et soit, pour cette raison, improbable
dans une partie du Livre des Rois qui a été écrite, tout au moins commencée,
avec son onomasticiue définitivement fixée, dans les premières années de ce
même siècle [Les Enluminures des manuscrits orienlaux de la liibliotlièque natio-
nale, 1027, page 29). C'est de même que l'un des chevaliers d'Afràsyàb, tué par
Roustam, au cours d'une des nombreuses offensives de Touran contre Iran, est
Alkous , -j^xJ), qui, avec l'équivalence altaïque k = A: et s = s/« (Rendiconli
délia reale Accademia dei Lincei, 1925, pages 343 et ssq.), est un nom bien
connu chez les Turks ^i^i'l Al-koush « l'oiseau rouge ». Cet argument, d'ail-
leurs, n'est point décisif; il n'a qu'une valeur relative; on serait fort embarrassé
de retrouver des formes altaïques dans le nom du roi des Sakas, Frahhrasyan,.
ûansV Avesla, Afràsj'àb, en persan, dans celui du roi des Ghouzzes, Aredjat-
[2J
L.E NOM DES TURKS DANS GEN. CH. X. 205
Bible ont confondues avec elles pour des raisons évidentes,
alors que le 'Ix-£-iç de la théogonie hésiodique, dont le nom
aspa, eu zend, Ardjàsp, dans l'épopée du x" siècle; dans Khôsnawàz, nom du
kliaghan des Ephtalites, à l'époque beaucoup plus tardive des Sassanides; le
fait est évident: il n'empêche que la présence des formes telles que Ivarakhan,
Alkous, de bien dautres, comme noms de Touraniens, sous la plume de Firdausi,
dans la seconde moitié du x" siècle, montre que la tradition de l'épopée était que
les soldats d'Alràsyàb étaient des Turks de pure race. Afràsyàb, d'ailleurs, dans
la légende avestique, est l'un de ces sorciers touraniens, dont i'efirojablo mayie
mettait en déroute de puissantes armées; son palais souterrain, (pielque part en
Asie Centrale, ou en Chine, rappelle étrangement le palais enchanté où Aladin
s'en va quérir la lampe merveilleuse qui soumet à ses désirs les esclaves du
Uokh : " Du palais de Fràsyàp, dit le Grand Boumkthishn [de mon manusci'it.
page 269), il est dit (dans VAvesla:ci. Hùm Ya&hl 7(20) et Aûgeniaïdé. (jO) qu'il
a, été construit sous la terre par sorcellerie; il est illuminé, si bien que la nuit y
est aussi claire que le jour; il y coule quatre rivières, d'eau, de vin, de lait ei
de miel; il y a placé les sphèi-es du soleil et de la lune dans leur révolution; l.i
hauteur de ce palais est de mille fois la taille d'un homme de stature moyenne. •
11 n'y a guère à douter que cette description du palais souterrain d'Afràsyàb ne
soit un souvenir assez précis de l'hypogée de la montagne Li-shan, où fut inhumé,
pour bien peu de tenip^, pour quatre ans, en 210 avant J.-C, le premier Empe-
reur, Thsin-shi-hoang-ti, dans lequel ce puissant monarque avait fait placer, au
témoignage des historiens chinois, des objets singuliers, qui faisaient de son
tombeau un microcosme, dont la voûte azurée ligurait le ciel avec ses astres,
le sol, d'une coulée de bronze, la terre noire, avec ses mers et ses lleuves, figurés
par des ruisseaux de mercure, auquel un mécanisme donnait l'apparence de la
vie, en le faisant couler en minces lîlots; la mer entourait le Célcste-Empir;',
qu'arrosaient les fleuves, à la lueur de puissantes torclières, et l'aci'ès de cette
folie funéraire était défendu par des arbalètes tout armées, qui n'empêchèrent
point, en 206, que la révolution ne violât la sépulture du premier Empereur. Il
ne manque point, dans la geste avestique, de palais merveilleux; mais tous sont
l'œuvre des hommes, non celle des génies, et ils s'élèvent dans les airs, bien
loin de s'enfoncer dans les entrailles de la terre; Kang-diz « la citadelle de
Kang ", si l'on en croit le témoignage du Boundahishn {Ibid.), c'est-à-dire la
capitale du Céleste-Empire (Revue de L'Orient chrétien, 1930, pages 61 et ssq.),
qui fut rasée au sol par Kaï Khosrau, roi de Perse, et petit-tils d'Afràsyàb.
jouissait d'un printemps éternel; on voyait dans ses édifices six sortes de pou-
tres, des poutres en or, en argent, en acier, en airain, en cristal, en rubis; au
milieu de cette ville, se déroulaient des rues, qui mesuraient sept cents para-
sant-'es (environ 3.700 kilomètres) ; elle avait quinze portes; un homme qui voulait
aller de l'une de ces portes à l'autre {tassait dans son chemin quinze jours, de la
longueur d'une journée de printemps. Si merveilleuse que fût Kang-diz, elle
était faite pour les hommes, et non par l'œuvre des génies, pour un roi des sor-
ciers; l'extrême longueur de ses rues est encore supérieure à celle (trois jours de
marche) qu'un auteur arabe du xiv" siècle attribue aux voies de Pé-king,
mises bout à bout, dans un esprit qui revient à aligner à la suite les unes des
autres toutes les voies de Paris (Patrokxjia Orlenlalis, tome XX, page 185). Le
palais de Djamshîd était bien fait de pierres précieuses, mais il était campé sur
[3]
206 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
paraît bien un emprunt au Sémitisme, par son fils, Prométhée,
et son petit-fils, Deucalion, est principalement, dans le concept
l'Albôrdj, et visible, comme le palais de Zohàk, à Babylone, qui avait la forme
d'une grue.
C'est un fait remarquable que, dans l'énumération imaginaire des noms des
souverains des deux premières dynasties iraniennes, l'on ne trouve que deux
rois, Aurvat-aspa-Lohràsp et Vishtàspa-Oushtàsp, dont les noms soient dos
composés possessifs de aspa « clieval ■• et d'une forme adjectivale qui qualifie ce
mot. Ces noms appartiennent à la même catégorie que celui de Aredjat-aspa, à la
même période, en laquelle la tradition épique de l'Iran passe de la potentialité à
la réalité, au milieu d'une extrême confusion des époques, puisque Aurvat-aspa
est le père de Vishlàspa, père de Darius-le-Grand, en même temps qu'il symbo-
lise les rois grecs de Bactriane, qui firent construire le gi-and temple bouddhique
du Nava-vihàra {Revue de l'Orient chréllcn, 1930, pages 62, 98, 113), pui.sque
Aredjat-aspa est le chef des clans turks qui mirent fin à la puissance hellénique
en Asie Centrale. Il ne se peut faire que ce trinôme ait pris naissance autour de
Aredjat-aspa, qui serait la traduction iranienne d'une forme altaïque; que des
composés de la forme Aredjat-aspa, avec un nom d'animal qualifié par un nom
de couleur ou de métal, ce qui revient au même, soient une monnaie courante
dans l'onomastique des Turks et des Mongols, c'est un fait bien connu; on les
trouve par centaines dans les chroniques chinoises, persanes, arabes; mais il
est manifeste que ces formes sont relativement récentes, et qu'elles ne remontent
point à une date aussi lointaine que le second siècle avant notre ère, qu'elles
sont plutôt mongoles que turkes. L'onomastique des Turks est beaucoup plus
ancienne, inlinimeut plus obscure, partant, que celle des Mongols, dont la
formation et la signification des noms propres sont, d'une manière générale,
extrêmement claires, ce qui est d'autant plus antinomique que l'idiome des
Mongols a conservé des formes beaucoup plus archaïques que la langue des
Turks, et qui sont leur origine.
Quoi qu'il en soit de ce problème délicat, dans l'immensité de cette onomas-
tique, pendant vingt-cinq siècles, on ne rencontre jamais un personnage dans le
nom duquel entre le mot cheval, monn en mongol, at en turk, soit isolé, soit en
composition. C'est tout juste si, en trente-cinq années, j'ai trouvé, dans un
Diwan persan, qui appartient à M. Chester Beatty, le nom d'un Turk, Ikdish,
« cheval né de deux parents de races différentes », qui vécut à l'époque mon-
gole. Les raisons de ce fait sont l'obscurité même; l'on n'en peut percevoir
aucune, puisque le cheval, dans ces clans de nomades et de cavaliers, était l'auxi-
liaire immédiat de l'homme, aussi utile, sinon plus, que le taureau et le gerfaut,
dont les noms se rencontrent constamment dans l'onomastique desTonghouzos
et des Altaïques. Il n'y a guère à douter que le nom de Vîshtàspa, qui est histo-
rique, n'ait été le prototype de ceux de Aurvat-aspa et de Aredjat-aspa, lesquels
sont des inventions de la légende de l'Iran, alors que les personnages qui les
portent sont des réalités de son histoire. 11 se peut que l'application au père de
Yishtàspa, père de Darius-le-Grand, du nom de Aurvat-aspa « celui qui possède
des coursiers rapides », se soit trouvée favorisée, ou plutôt qu'elle, ait été provo-
quée par le souvenir optique, par la mémoire visuelle de la représentation
plastique du soleil, dont Hélioklès portait le nom, le Phébus-Apollon à la
chevelure d'or, debout sur son quadrige, traîné par quatre chevaux rapides.
[41
LE NOM DES TURKS DANS (iEN. CU. X. 20T
hellénique, Tancètre de la race grecque, à laquelle seule s'inté-
ressaient les Achéens et les Ioniens (1).
Le premier fils de Japhet, dans la Genèse, donna deux frères
à Ashkanaz : Hiphat rs'''i 'PisaO et Thorgama Hop^aj^â, dans
L'épithète de aurvat-aspa, manifestement, en Perse, ne s'appliquait pas seule-
ment à Apam-napat ■■ le Fils des Eaux ■•, le génie du Feu, qui naquit des Eaux.
supérieures, dans la théogonie védique, qui, dans VAvesla, est devenu le génie
des Eaux, tout en demeurant un esprit du Fou, et plus spécialement celui des
sources du Tigre,- dont le nom perse, * Arvanta. en pehlvi et en persan Arwand,-
qui est le nom du Tigre, est le sansUrit arvanta, le zend aurvailta, avec
l'épenthèse, tous mots qui désignent un cheval à la course rapide; cette épithèto
qualifiait évidemment toutes les divinités dont le char volait dans le ciel,,
entraîné par des coursiers agiles. Les Parthes se souciaient fort peu du nom dui
souverain grec qui était tombé à Bactres sous les coups dos Turks, et qui avait
recru, à la place de l'Iran, le choc des hordes altaïques; mais le fait que ce mo-
narque n'appartenait pas à la race des princes d'Ecbatane, ou à celle des Aché-
ménides, fut la cause qu'ils laissèrent subsister son souvenir sous la forme de la
traduction en langue perse de l'une des caractéristiques essentielles do la divi-
nité hellénique dont l'image était gravée au revers de ses monnaies : ce en quoi-
il fut plus heureux que Cyaxare, qu'Astyage, que Cyrus, que Xorxès, dont l'on
chercherait en vain la plus lointaine mention dans la geste héroïque de l'Iran,
.l'ai expliqué autre part les raisons de cette exclusive, qui est, si je ne me
trompe, un fait unique dans l'histoire des hommes. Quant au nom de Aredjat-
aspa, il a visiblement été refait d'après l'analogie immédiate de ceux de ses
adversaires iraniens, Aurvat-aspa, qu'il massacre à Bactres, et Vishtàspa, qui
mot un terme définitif, jusqu'aux invasions dos Ephtalites, à l'époque des-
Sassanides, à l'offensive de Touran contre Iran.
(1) Les étymologies de 'la-rtsxôç par le grec ou l'indo-européen, tant celles des
grammairiens helléniques que les suggestions des philologues, sont toutes plus
impossibles les unes que les autres, pour toutes sortes de raisons phonétiques,
en particulier, celle qui veut y voir une variante inexistante, lapetor ou laopetor,
du nom de Jupiter. Encore faudrait-il, si l'on voulait en tenter une nouvelle et
inédite, qui jouisse de quelque vraisemblance, chercher un composé indo-euro-
péen, dont le second élément serait -pati « maître », mais *[sva]ya[m|-pati,
« qui est tout-puissant de par soi-même •• est tout aussi invraisemblable, pour
une foule de raisons qu'il est inutile d'exprimer, quoique, à la rigueur, l'irré-
gularité ne soit pas beaucoup plus choquante que dans ïnno;, qui est certaine-
ment pour sTtno?. Sans être très satisfaisante au point de vue sémantique, l'éty-
mologie du nom de Japhet par l'hébreu fait rentrer le nom du fils de Noé dans
une forme connue; Î^S"' de nos manuscrits est à corriger en ri2^ ., il a étendu
sa demeure », du verbe nnS, comme le montrent les leçons 'lâçeO des Septante,.
et nom 'Is^eô, 'Hi>e6o; de Flavius Josèphe, et nom 'l£':p£6o?; d'où il semble que le
nom de 'limroç, mais non sa fonction, comme la légende du déluge de Deucalion
et de Pyrrha, soit un emprunt très ancien au Sémitisme, pour qualifier les races
qui ne sont issues ni de Cham, ni de Japhet. Le groupe lapetos-Callirhoè est
plus ancien, qui crée l'humanité, et antérieur à celui de Kronos-Rhéa, qui
donne naissance à ses dieux.
[5]
208 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
lesquels il faut reconnaître, à mon sens, des personnifications
symboliques, à la manière d'Evhémère, des clans altaïques^
lesquels, aux viii'-vii^ siècles avant lere chrétienne, firent une
répétition générale des grandes offensives contre l'Occident, qui
amenèrent Attila sous les murs de Paris, beaucoup plus tard,
les. Mongols de Tcliinkkiz Khaghan à Moscou, à Kief, à Bagh-
dad, à D'amas.
C'est un fait assez remarquable que le premier de ces noms
soit dans une relation immédiate avec celui des monts Ripées
ou Riphéesxà ' Piriy-ia '6 pr, ou -h 'PiTcafcv cpoq, des géographes grecs,
sans que l'on puisse indiquer la forme originelle de ce vocable,
lequel désigne toutes les montagnes de l'Hyperborée dans la
contrée des Scythes, l'Oural confondu avec l'Altaï, suivant les
errements des auteurs de l'Antiquité.
(.4 suivre.)
E. Blochet.
[6]l
MÉLANGE
UN VOYAGE INEDIT DU PERE SICARD
A LA MECQUE EN 1724
Le recueil intitulé : Lettres édifiantes, si connu de tous et
si souvent consulté par ceux qui s'adonnent aux études concer-
nant rOrient, TExtrême Orient ou le Nouveau Monde, pourrait
aussi être appelé ou porter en sous-titre : Recueil d'observations
et de mémoires scientifiques divers. Il constitue, en effet, pour
les régions dont il est parlé en ces lettres, une véritable mine
de renseignements de toutes sortes. Nombreux sont les savants
et les érudits qui l'ont utilisé; il fournit encore de nos jours de
précieuses ressources pour maints travaux. Pour ne parler que
de l'Egypte, les lettres du Père Sicard furent souvent un guide
dont se servit Mariette, elles l'aidèrent parfois à déterminer
la place de certains monuments. Et tout encore de ces lettres
n'a pas toujours été publié, certaines d'entre elles, soit en
totalité, soit en partie, étant regardées comme n'offrant que peu
d'intérêt pour les lecteurs, ou encore leur publication étant
estimée inopportune.
C'est ce qui est advenu, semble-t-il, pour le récit d'un voyage
du Père Sicard qu'il ne dut pas pourtant manquer de rédiger
comme il a rédigé celui qu'il lit au Sinaï. Ce voyage, il est vrai,
bien qu'étant à la fois comme celui qu'il fit à la célèbre mon-
tagne, une excursion scientifique et un pèlerinage, ne compor-
tait peut-être point, aux yeux de ceux qui publièrent les lettres,
l'épithète qui les qualifie. Il s'agit, en effet, d'un voyage à la
ville sainte des musulmans, à La Mecque, voyage qui se fit dans
[1]
ORIENT CHRÉTIEN. 14
210 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
des conditions aussi singulières que le but à atteindre était
curieux et précieux pour l'érudition.
Le récit de ce voyage nous a été conservé dans un manuscrit
qui se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque de Saint-Péters-
bourg. Il est placé sous le numéro 105 dans le catalogue de
Zaluski. Ce catalogue en résume le contenu par le titre suivant :
Voyage au Levant fa il en 1721 par le Père Claude Sicard
avec son compagnon le R. P. François de Sales de Ginnont,
religieux du Tiers Ordre de Saint-François. Ce titre est
inexact. 11 ne correspond pas au titre que porte le manuscrit
lui-même, ni à la réalité historique, ni au contenu de notre
manuscrit. Ce dernier porte comme seul titre ; Voyage du
Levant. Puis, au-dessous de la première division de l'ouvrage
en livres, qui est celle du livre premier, on lit : Du départ de
l'auteur en 17-21 avec son compagnon le Révérend Père
François de Sales de (rirmont, religietix du Tiers Ordre
de Saint- François, province de France et de Lorraine. Cet
auteur n'est point le Père Sicard, qui se trouvait alors en
Egypte depuis 1706, mais un tiers, qui ne se nomme point,
religieux lui aussi du Tiers Ordre de Saint-Franrois et comme
le Père François de Sales de Girmont, de la même province de
France et de Lorraine.
Partis de Provence le 21 février 1721, notre auteur anonyme
et le Père François de Sales de Girmont allèrent s'embarquer
à Livourne après rire passés à Rome où ils reçurent leur mission
de la Propagande. Ils prirent la mer le 12 août et arrivèrent à
Alexandrie le 1 septembre. Le Père François de Sales poursui-
vit alors sa route jusqu'à Saïda en Syrie, notre auteur demeura
à Alexandrie. Après ces dates, ces indications que nous lisons
au début du manuscrit, avec une grande abondance de récits
sur les incidents de la navigation et de la vie à bord du navire,
on s'attendrait de la part de l'auteur arrivé au terme de son
voyage, à quelques détails sur le but de celui-ci : son minis-
tère, sa mission proprement dite. Il n'en est rien. Tout ce qu'il
voit, ce qu'il entend, le saisit et le prend tout entier et il a liâte
de faire partager à autrui Tétonnement qui est le sien en trans-
crivant ce dont il est le témoin. Çà et là, il nous fera connaître,
au cours de son travail, les différents lieux où il a séjourné.
AIKL.WGE. 211
mais ce ne sera jamais qu'en passant (1). Il est avant tout
impatient de retracer, de décrire le monde nouveau qui s'est
wireri devant lui. Mœurs, usages, faune, flore, religion, gou-
vernement, administration, politique, histoire, géographie,
archéologie, exégèse, il écrit sur tout cela en soixante chapitres.
Et il entreprend même de longs voyages parfois pour aller
recueillir de quoi faire de nouveaux récits. Il a fait le voyage
du Sinai, il a fait aussi celui de La Mecque et c'est à ce propos
qu'intervient le nom da Père Sicard qui fut son compagnon de
route avec le chancelier du consulat de France au Caire.
Parmi les rares chrétiens d'Occident qui avaient visité La
Mecque à cette ('poque, quatre seulement sont signalés : l'italien
Ludovico Bartema qui fit le voyage en 1503 (2), le français
Vincent Le Blanc en 1568 CVl. l'allemand Jean Wild en KJOT (4)
et l'anglais Joseph Pitts en 1680 (5). Les deux premiers s'y
rendirent attirés par l'intérêt, l'un par celui de la science, l'autre
par celui du négoce. Ces buts cependant n'étant pas suffisants
pour qu'il leur fût permis à eux chrétiens de visiter La Mecque,
ils durent se déguiser et se joindre à l'un des pèlerinages
annuels. Ludovico Bartema endossa le costume d'un soldat
mamluk avec la complicité d'un capitaine de cette trou[)e dont
il acheta la faACur; \'incent Le Blanc revêtit la livrée du
(1) II résida tour à tour à Alexandrie et au Caire; il résida aussi à .-Vlep d'où
il lit un voyage à Bagdad. Au Caire il habitait chez le consul M. de Crémery.
II y avait à cette époque un consul au Caire et un vice-consul à Rosette et à
Alexandrie. Il fit aussi partie d'une mission envoyée en Ethiopie sous inno-
cent Xlll, mais celle-ci échoua eu route, elle l'ut attaquée par les musulmans à
Souakîm et dut rebrousser chemin.
(2) Xavigation and Voijages of L. Vertumanin. Ilakluj-l's Collection cl" Earlv
Voyages, London, I80!>. *
(3) Les voyages fameux du stcur l'inccnt Le Bdim: utarseillals, Pai'is (Berge-
ron).
(4) J. Wild, Neue Reysbeschreibung eines gcfan-fcn Cfirislen... inrsonderheii von
der Turcken und Araber jarlickon Walfurht von ALcalro nach Mecha, etc.
Nuremberg, 1613.
(5) J. Pitts, FaithfiU Account of llie Religion and Manners of llie Mahomelans.
1810. Après le voyage de Pitts, on ne relève le nom d"aucun autre voyageur
durant le xvni« siècle et le premier signalé qui pénétra dans La Mecque à sa
suite est le célèbre Badiay Leblich plus connu s^us le nom de Ali bey el Abassi.
Cf. Vogages d'Ali Bey cl Abassi en Afrique d en Asi'i pendant les années 1803-
1807. Paris, I8I4. Puis vinrent après lui Seetzen, BurckharJt et le, dauphinois
Léon Roches.
m
212 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pèlerin sous la protection d'un de ses nationaux renégat dont
il fit la connaissance à Damas. Jean Wild et Joseph Pitts
allèrent à La Mecque contraints; ils y furent conduits comme
esclaves. Tous deux avaient été capturés, l'un par les Turcs
dans une guerre contre la Hongrie; l'autre par les corsaires
de la côte barbaresque dans un voyage et ils avaient été ensuite
vendussur le marché. Leurs acquéreurs s'étant rendus en
pèlerinage à La Mecque, ils firent partie de la suite de servi-
teurs qui les accompagnaient. Les chrétiens, en ce cas, étaient
admis à pénétrer dans la ville sainte.
L'auteur de notre manuscrit, le Père Sicard et le chancelier
du consulat de France du Caire firent un voyage dans des con-
ditions qui ressemblent à la fois à celles de ITtalien et du
Français et à celle de l'Allemand et de l'Anglais qui les avaient
précédés en ces parages. Malheureusement, ce que nous dit
notre manuscrit de ce voyage nous permet seulement de faire
cette comparaison. L'auteur toujours possédé par la fièvre de
décrire lieux, monuments, cérémonies, oublie presque au cours
de son récit de nous parler de ses deux compagnons. Nous
rapportons ci-après quelques anecdotes qu'il nous raconte sur
ces derniers. Nous omettons les descriptions de La Mecque, de
la Kaaba et des différentes cérémonies du pèlerinage. Ces des-
criptions précieuses au début du xv!!!'' siècle pour l'occident
qui les ignorait, sont aujourd'liui connues de tous. Notons
toutefois qu'elles correspondent fidèlement à la réalité et con-
cordent avec tout ce que les voyageurs les plus récents et les
plus autorisés en ont rapporté.
A la fin du chapitre xxv de notre manuscrit où est exposée la
manière de voyager en caravane, l'auteur s'exprime comme il
suit(l) : « J'ai fait cette petite description pour éviter la répé-
« tition dans les ditïérentes caravanes où je me suis trouvé et
« je commence mon voyage à La Mecque. »
(]) L'orthographe de notre manuscrit étant des plus fantaisistes et sans
uniformité, nous avons rétabli l'orthographe moderne.
'[41
MÉLANGE. 213
CHAPITRE XXVI
« De la descente de la veste de Mahomet du Château et de la
« sortie de TÉmir Hadj.
« Tous les francs qui habitent le Levant appellent veste de
« Mahomet tous les présents que le Grand Seigneur envoie tous
« les ans à La Mecque. On les travaille dans le Château du
« Caire, car Le Caire envoie les ornements pour La Mecque
« et de l'argent pour Médine. Lorsque le temps, auquel la
« caravane doit partir pour La Mecque, est arrivé, on porte
« ces présents du Château par la ville à la maison de
« l'Émir Hadj en grande pompe. On appelle Émir Hadj le chef
a de la caravane des pèlerins de La Mecque.
« Avant que d'entrer dans le détail de ce pénible voyage, il
« est bon que j'avertisse le lecteur de la manière d'ont l'auteur
« a pu y être admis, vu que toutes nos provinces avouent que
« les chrétiens ne peuvent avoir entrée dans cette ville. Mais,
« c'est sans fondement puisque les esclaves sont tous chrétiens
« et que sans parler de beaucoup de Turcs qui en avaient qui
« plus, qui moins, le seul (*lief de la caravane en avait ciuatre-
« vingts au nombre desquels j'étais et voici comment.
« Le Révérend Père Sicard, jésuite missionnaire depuis
« vingt ans dans le Levant, habile théologien et très versé dans
« la langue arabique et le sieur Ilyon de Paris, chancelier pour
« lors au grand Caire et aujourd'hui vice-consul à Rosette,
« ayant conjointement concerté le dessein de pouvoir nous
« transporter â La Mecque avec la caravane qui part tous les
« ans du Caire, mais trouvant l'entrepi'ise non seulement dif-
« tlcile, mais comme impossible, nous ne laissâmes pas que
« d'en tenter les moyens. Ce qui nous flattait dans notre dessein,
« c'est qu'ayant appris que Serquaire bey du Caire était choisi
« pour la conduite de la caravane, et ne nous étant pas tout à
« fait inconnu pour avoir mangé différentes fois avec lui chez
« Monsieur de Crémery consul pour lors au Caire, nous lui en
« fîmes la proposition qu'il rejeta aussitôt, alléguant qu'il n'y
<( allait rien moins que de sa tête et qu'il était fort surpris de
« la proposition extravagante que nous lui faisions. Nous ne
[5J
21 1 iiKVUE UE l'orient ciiri:tie.\.
« perdîmes pas pour cela courage, au contraire; le Révérend
« Père Sicard après plusieurs tentatives lui dit qu'il ne courait
<c aucun risque, puisque nous n'avions formé ce dessein que
<c dans la résolution de l'accompagner comme esclaves. A ces
« paroles, il se mit à sourire, ne pouvant se persuader que
« nous voulussions nous humilier jusqu'à ce point. Cependant,
« voyant que nous lui parlions sérieusement, il nous donna
« parole en mettant la main droite sur son turban, qui est
« parmi eux un serment de la vérité qu'ils assurent. Il se
« resouvint si bien de sa parole, que deux jours avant le départ
« de la caravane il nous fit à savoir de prendre l'habit d'esclave
« et de nous transporter à son palais oii nous fûmes agréable-
« ment reçus, ayant déclaré aux officiers de sa maison, pour
« lever tout soupçon, qu'il avait acheté trois esclaves francs
« qui l'accompagneraient dans son voyage de La Mecque. Et il
« nous fournit agréablement toutes les choses nécessaires, ce qui
« nous donna lieu d'avoir toutes choses comme je vais en faire
« le récit et je commence par la cavalcade qui se fit au Caire
« avant le départ l'an 17-21, le mardi 9 mai, en cet ordre. »
Et ici, l'auteur décrit le défilé solennel qui traverse les rues
du Caire, dans lequel apparaissent tous les présents envoyés à
La Mecque et qui annonce le départ incessant du pèlerinage,
puis il poursuit : « Le vendredi 12 mai, jour de dimanche pour
« eux, notre Émir Hadj après avoir assisté à la prière de la
« mosquée, partit avec toute sa famille de la ville du Caire et
« nous campâmes sous des lentes, mais tout proche de la ville.
« Ce qui nous emltarrassait le plus, c'est que nous trois ayant
« fait une petite provision de vin pour boire à la sourdine et
« ayant envoyé son intendant pour voir si tous ses officiers et
« esclaves avaient toutes les choses nécessaires, nous étions
« pour lors dans une grande appréhension qu'il ne vint visiter
« nos trois outres de vin qui étaient toute notre provision. Mais
(« nous fûmes bientôt revenus de notre crainte, s'étant contenté
« de demander à un chacun de nous si rien ne nous manquait.
« Pour lors nous aurions b' vn souhaité de l'avoir augmentée
« du double; mais la chose était impossible pour lors. Deux
« jours après, nous campâmes à la Birque qui est un grand
» étang éloigné d'environ douze milles du Caire sur le chemin
[6]
MÉLANGE. 215
« de Suez. Ce lieu est le rendez-vous de toute la caravane:
« nous en partîmes le lendemain.
« Voici la relation de combien il y a de gîtes du Caire à La
« Mecque et combien de jours on demeure et combien il y a
« d'heures de chemin et à quels gîtes il y a de l'eau douce ou
a amère pour ceux qui veulent faire ce voyage. C'est le Révé-
« rend Père Sicard qui pendant notre voyage s'est étudié à en
« faire une juste description, aidé qu'il était de la langue ara-
' bique qu'il possédait parfaitement (I).
<( Du Caire à la Birque, on compte quatre heures; il y a de
« l'eau douce.
« De la Birque jusfju'à Misana c'est-à-dire : citerne, il n'y a
« point d'eau.
« De Misana jusqu'à Kalaat Aadgeroud, qui veut dire : château
" des sablonnières, douze heures et demie ; il y a de l'eau amère.
« Du château des sablonnières jusqu'à Navatir, sept heures
« et demie; il n'y a point d'eau ».
« De Navatir jusqu'à Bastagara, dix heures; il n'y a point
« d'eau et le chemin est très mauvais.
« De Bastagara jusqu'à Kalaat el Nahhad, c'est-à-dire :
« château des palmes, quinze heures; on y demeure un jour;
« il y a de l'eau douce.
« Du cliàteau de^ palmes jusqu'à Abiar Alaïna, quatorze heu-
« res; il n'y a que de l'eau amère.
« De Abiar Alaïna jusqu'à Sath el Akaba, c"est-à-dire : pla-
« nure de colline, quinze heures; il n'y a point d'eau.
" De Sath el Akaba jusqu'à Kalaat el Akaba, c'est-à-dire :
« château de la colline, c'est le bord de la mer Rouge; il y a
« seize heures, on y demeure deux jours et demi; le chemin est
« très mauvais; il y a de l'eau douce.
« Du château el Akaba jusqu'à Dar el Khamar, six heures
« et demie; il n'y a point d'eau. Dar el Khamar veut dire : dos
« d'âne, et c'est comme en Italie la montagne ouest une hôtel-
« lerie appelée Scarga Tasino.
(1) Bien que nous ayons rétalili l'orthographe moderne pour le texte du
récit, nous avons reproduit l'orthographe des noms propres de lieu. On es
identiliera aisément, soit par la traduction qui en est donnée parfois, soit par
le fait que le trajet décrit est celui qui esi encore suivi de nos jours.
[î]
21G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« De Dar el Kliamar jusqu'à Scarafe Benigateie. quatorze
« heures; il n'y a point d'eau.
« De Scarafe Benigateie jusqu'à Magare Chovaib, c'est-à-dire :
« grotte de Jetro, quatorze lieures; il y a de l'eau douce. C'est
« là le pays des Madianites.
« De Magare Chovaib jusqu'à Eyoumel Kaseb, quatorze heures
(f et demie; l'eau y est douce. C'est en cet endroit que les llUes
de Jetro voulant abreuver leur bétail, et les bergers les en
« voulant empêcher, Moïse les protégea et défendit contre ceux
« qui les voulaient empêcher de prendre de l'eau.
« De Eyoum el Kaseb jusqu'à Kalaat el Moilah, c'est le bord
« de la mer, il y a quinze heures; on y demeure deux jours et
« demi; il y a de l'eau douce.
« De Kalaat el Moilah jusqu'à Castel, onze heures; il y a de
« l'eau amère.
6 De Castel jusqu'à Kalaat Ezlem, quinze heures et demie; il
« y a de l'eau amère.
« De Kalaat Ezlem jusqu'à Istanbel Antir, quatorze heures;
« il y a de l'eau douce.
« D'Istanbel Antir jusqu'à Kalaat el 'Voudge, c'est-à-dire :
« château de la face, treize heures et demie; il y a de l'eau
« douce.
«- De Kalaat el Voudge jusqu'à Ekre, seize heures; il n'y a
« que de l'eau amère.
« De Ekre jusqu'à Hank Krue, c'est-à-dire : golfe, douze
« heures et demie; il n'y a point d'eau.
<( De Hank Krue en allant à Khaure, treize heures, il n'y a
« que de l'eau amère; on entre dans le territoire de La Mecque.
V De Khaure jusqu'à Nabte, quinze heures; il y a de l'eau
« douce. C'est de là que viennent les Arabes nabathéens : a Eurus
<v ad aurorarn Nahathaque régna recessit- »
(• De Nabte jusqu'à Hazire, treize heures et demie; iln'y a
« point d'eau.
<■ D'Hazire jusqu'à Jambouch, c'est-à-dire : fontaine, qua-
« torze heures et demie; on y demeure deux jours et demi;
« il y a de l'eau douce.
'- De Jambouch jusqu'à Soucaïfe, treize heures; il n'y a point
« d'eau.
MÉLANGES. 217
« De Soucaïle jusqu'à Bedr Hunein, c'est-à-dire : lune de
« Hunein, huit heures; il y a de l'eau douce. Hunein était
« un homme qui faisait voir la lune dans son puits,
« De Bedr Hunein jusqu'à Sibil el Mouhsin, c'est-à-dire :
« chemin de bienfait, quatorze heures ; il y a de l'eau douce.
« De Sibil el Mouhsin jusqu'à Rabii, dix-sept heures; il y a
'< de l'eau douce. Rabii est un lieu sacré, c'est-à-dire où il ne faut
« point entrer, sans être bien préparé et purgé de tout péché,
« d'où vient qu'il y a deux lieux qu'on appelle Karamein, les
« lieux sacrés, savoir : La Mecque et Médine, c'est-à-dire que
« ce sont deux lieux saints où l'on se doit bien garder de mettre
« le pied, qu'on ne soit lavé de tout péché.
« De Rabii jusqu'à Kavodire, quinze heures; il n'y a point
« d'eau.
« De Kavodire jusqu'à Bir el fun, quatorze heures; il y a de
u l'eau douce.
« De Bir el fun jusqu'à Vali Fatima, quatorze heures; il y a
« de l'eau douce.
u De Vati Fatima jusqu'à La Mecque, six heures.
(( Durant le voyage de cette grande caravane, rien ne se
« passa de particulier, etc. ».
L'auteur en cet endroit, après avoir fait un long récit sur une-
dispute qui éclata entre chameliers avec des considérations sur
la voix du sang, énumère ensuite les différentes routes du^
monde musulman qui conduisent à La Mecque, puis il raconte
la prière de l'Émir Hadj à la Kaaba et sa propre déception à
ce sujet. « Les musulmans, dit-il, ont une vénération pour La
« Mecque, non seulement pour ce que Mahomet y est né, mais
« encore principalement pour les temples de Kaabe, c'est-à-dire :
« maison carrée, qu'ils croient que tous ceux qui ne sont pas
« mahométans ne sont pas dignes d'y venir. C'est pourquoi ils
« ne leur permettaient pas autrefois d'en approcher même de
« quelques journées, et si un chrétien ou autre non mahométan
« eût été surpris sur cette terre sainte, il aurait été brûlé sans
« rémission. Mais aujourd'hui, ils ne sont pas si scrupuleux,
« permettant aux chrétiens esclaves d'entrer jusque dans la
« ville, avec cette réserve de ne point approcher du Kaabe,
« sous peine du feu ou se faire Turc dans le moment. Le seul
•218 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« Émir Hadj ayant seulement le pouvoir d'en faire entrer trois;
« Fun pour étendre le tapis sur lequel il s'agenouille, l'autre
" pour lui mettre un carreau de velours et le troisième pour lui
« présenter son livre de prières. Et aussitôt que cela est fait,
« on a grand soin de les faire sortir sans leur donner le temps
« de rien examiner. Nous nous attendions tous trois à faire cet
« office ou au moins à le desservir, mais inutilement. Voici
« donc ce que j'ai pu en découvrir et ce que j'en ai appris, etc. »
Et notre auteur, sans trop de suite, nous décrit La Mecque, la
pierre noire, nous explique les différentes obligations imposées
aux pèlerins, nous entretient du tombeau de Mahomet à Médine,
de la caravane envoyée par l'Aga du Caire pour porter des
rafraîchissements au pèlerinage lors de son retour, de la rareté
de l'eau sur le parcours du voyage, des vents chauds du désert
e'. de leurs méfaits, et à ce propos il nous raconte la crainte
dont il fut saisi un jour. « Dans ce voyage on trouve peu d'eau
« et encore elle est mauvaise. Pour des rafraîchissements on y
« en trouve point et on ne mange que ce qu'on a apporté. Mais
" ce qui est de plus fâcheux, en ce voyage, ce sont certains vents
« chauds qui ôtent la respiration et font mourir en peu de temps
0 beaucoup de monde. Et en un jour, il est mort plusieurs cen-
« taines de personnes de ce vent, et que moi-même j'eus grand
« peur d'être du nombre aussi bien que le sieur Ilyon. Ce qui
« n'aurait pas manqué de causer bien du tumulte, d'autant que
« nous aurions été parfaitement bien reconnus, l'un et l'autre
« ayant un crucifix et une image de la Vierg-e marquée sur le
« bras, n'étant pas toujours à la suite de l'Émir Hadj, nous en
« étant séparés pour quelque temps afin de pouvoir sans être
« aperçus profiter du vin que nous avions conduit avec nous, y
« ayant défense à tous les pèlerins d'en avoir, »
Cette alerte de l'auteur fut, on le voit, sans conséquences. Il
échappa à l'haleine brûlante et mortelle des vents du désert, sa
prévoyance, semble-t-il, en vue des rigueurs de la soif lui sauva
la vie. Et déplus belle, il continue à nous conter ce qu'il a vu :
c'est le tombeau d'Eve, ce sont les décorations intérieures et
extérieures de la Kaabii, c'est enfin une entrevue avec l'Émir
Hadj au moment de se rendre à Médine et la visite du tombeau
de Mahomet. ï Notre Émir Hadj, écrit-il, après être resté trois
[10]
MÉLANGES. 219
« jours à La Mecque, prit ensuite la résolution de se rendre à
« Médine, sur les grands empressements qui lui furent faits de
« la part des principaux de la caravane et Ton ne s'écartait que
« dd deux journées de la route que nous avions prise pour nous
« rendre à La iMecque. Pour lors, le Révérend Père Sicard lui
« représenta avec douceur qu'après un si long et pi'nihle voyage,
« nous avions toujours eu l'espérance en sa llautesse : après
* toutes les marques d'a"miti('' ({u'elle nous avait données, nous
* n'aurions jamais cru qu'elle nous aurait privés de voir la
« mosquée de La Mecque qui était l'unique motif de notre
« voyage et que nous avions lieu de craindre qu'elle n'en usât
« de même à notre arrivée ;i Médine. Sa Hautesse se mit à
« sourire, témoignant néanmoins que c'était par mégarde et
« faute de s'en être souvenue, mais que pour Médine il n'en
^ serait pas ainsi et qu'à notre arrivée en cette ville, il priait un
« (le nous trois de lui en rafraîchir la mémoire. Ce que nous ne
« manquâmes pas de faire et elle nous procura le plaisir de voir
* la mosquée où est le sépulclire de leur prophète en se servant
« du moyen dont j'ai déjà parlé.
« Médine est à six journées de La Mecque sur le chemin de
« Damas, éloignée de la mer Rouge de trois journées. Son port
« s'appelle Jambo qui est une petite ville de même façon et
« grandeur que Gedda. Médine est grande comme la moitié
« de La Mecque, mais elle a un faubourg qui est aussi
« grand que la ville. Environ vers le milieu de la dite ville, il
« y a une mosquée et ce fut dans cette mosquée que nous
« entrâmes tous trois avec l'Émir Hadj. J'étais muni du tapis
« dont j'ai parlé ci-devant que j'étendis selon les ordres qui
« m'en étaient donnés auprès du sépulchre de Mahomet pour
« ce que sa Hautesse y fît sa prière. Mais ce sépulchre étant
« dans une touretle ou petit bâtiment rond couvert d'un dôme
« que les turcs appellent turbé, quoique je tournais deçà delà
« le dit tapis, il me fut impossible de pouvoir découvrir de quelle
« matière il était composé, avant néanmoins plus de facilité
« que le sieur Ilyon qui avait le carreau et que le Révérend
« Père Sicard qui lui présenta le livre de prières. A peine cette
« cérémonie fut-elle achevée, qu'à peine nous donna-t-on le
« temps de nous retirer. Ce que nous y avons remarqué est que
: 11 ;
i>20 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« ce bâtiment est tout ouvert depuis le milieu jusqu'au dôme
« et, tout à l'entour, il y a une petite galerie, etc. »
L'auteur revenant ensuite sur l'une des cérémonies du pèle-
rinage de La Mecque nous raconte les sacrifices des moutons à
Arafat le jour de Baïram et il nous signale à cette occasion un
miracle qui s'accomplit tous les ans pour cette fête et dont il a
été le témoin. « Les pèlerins sacrifient dans la plaine plus de
« quatre cent mille moutons, notre Émir Hadj en ayant fait lui
« seul sacrifier dix mille, et y demeurent jusques environ vers
« le midi du troisième jour du dit Baïram qu'un cliacun coin-
« mence à déloger pour s'en retourner à La Mecque. La nuit
« d'après que les pèlerins se sont retirés, il tombe une pluie
« avec une telle impfHuosité qu'il semble que ce soit un déluge
« et dont il se fait un torrent qui lave tout le sang des sacrifices
« et emporte tous les os qui étaient demeurés dans la plaine^
« soit que cela se fasse naturellement ou par la ruse de l'ennemi
« du genre humain, qui excite cette pluie pour confirmer ces
«( infidèles dans leurs erreurs, leur persuadant que Dieu envoie
« cette pluie pour leur témoigner par un tel signe que leur
<' sacrifice est agréable à sa divine Majesté, Dieu le permettant
« par un secret de sa Providence éternelle que nous devons
« plutôt adorer en toute humilité, que l'éplucher trop curieuse-
<' ment. Quoi qu'il en soit, cela est d'autant plus remarquable,
« que le sacrifice ayant été fait le matin du premier jour du
« Ba'iram, cette pluie ne tombe que la nuit d'après le troisième
« jour. Outre que le dit Baïram recule tous les ans de dix jours,
« faisant tout le tour de notre année solaire dans l'espace d'en-
« viron trente-cinq ans, néanmoins la pluie vient toujours la
« nuit d'après le troisième jour, comme nous l'avons vue et on
<■ tient pour certain qu'elle n'a jamais manqué à pareil jour. »
Après cette anecdote, sans jeter un regard rétrospectif sur le
voyage qu'il vient d'achever, sans même avoir un souvenir
pour ses compagnons de route, il termine son récit, mais pour
se lancer dans un nouveau voyage. « Voilà, dit-il, tout ce que
« j'ai pu remarquer de plus particulier dans ces grandes cara-
ts vanes; je vais maintenant faire la description de mon voyage
« du Caire au Mont Sinaï. »
Comme nous l'avons dit, ce manuscrit resté inédit jusqu'à
[121
MÉLANGES. 221
nos jours n'offre plus Tintérêt qu'il eut jadis au temps de sa
rédaction au xviii" siècle. Il ne demeure pas moins, à côté d'une
foule de documents de même nature émanant de missionnaires,
un nouveau témoignage de l'aide apportée à la science par ces
derniers. Il a attiré notre attention à cause de la personnalité du
Père Sicard dont le nom reste attaché à toutes les études inté-
ressant l'Egypte et surtout à cause de son voyage à La Mecque
dont il rédigea certainement un récit qui ne nous est pas par-
venu comme il en a rédigé l'itinéraire qui nous a été transmis.
Cependant si nous ne possédons pas la lettre de ce récit, nous
en retrouvons au moins le fond dans notre manuscrit, peut-être
même l'y avons-nous seulement démarquée.
Cette supposition n'est pas simple conjecture; l'anonymat
derrière lequel se cache notre auteur n'en est ni la cause ni le
prétexte. L'examen du manuscrit lui-même comparé aux récits
du Père Sicard semble la rendre vraisemblable. Dans les qua-
rante-cinq premiers chapitres où notre manuscrit nous entre-
tient de l'Egypte, nous relevons quinze d'entre eux pour lesquels
toutes les lettres du Père Sicard ont été mises à contribution.
En outre, l'ordre suivi dans la rétlaction du manuscrit est celui-
là même des lettres du Père Sicard; de plus, nombre de pas-
sages sont empruntés presque littéralement; enlln il n'est pas
jusqu'à certaines comparaisons de langue faites avec le pro-
vençal par le Père Sicard natif d'Aubagne-en-Provence qui sont
faites identiques par notre tertiaire lorrain originaire des
environs de Nancy. On ne saurait voir là assurément une ren-
contre fortuite, un pur hasard. Il apparaît plutôt que la
communauté de dangers et de fatigues vécue par notre auteur
avec le Père Sicard, durant trois longs mois sur la route de La
Mecque, engendra chez lui, quand il prit la plume, un esprit
de communauté de bien. Ce qui est advenu pour les lettres que
nous connaissons, ne s'est-il pas produit pour celles que nous
ne connaissons pas? L'auteur du manuscrit nous autorise par
son procédé et son silence à nous poser la question et il semble
que sa solution par l'affirmative n'est point téméraire.
M. Chaîne.
[13]
BIBLIOGRAPHIE
Miguel Asm Palacios, El Islam Christianizodo. Grand in-S», 544 pages,
2 cartes, 2 gravures. Madrid, 1931. Edilorial Plutarco.
L'islam, en tant qu'hérésie clirétienne, a bénéBcié sans peine de tout
l'atquit des Arabes chrétiens de Mésopotamie, de Syrie, du Sinaï, dn
Qatar, de l'Oman, du sud de l'Arabie, convertis en bloc à l'islam,
comme il bénétieiait des revenus ou des biens des tributaires ou de&
vaincus ; mais, tandis que les musulmans énumèrent avec compIai.sance
l'or, l'argent, les vêtements précieux, les revenus qu'ils se sont attri-
bués, ils laisseraient volontiers croire que les idées religieuses, philoso-
phiques, scientifiques, sont sorties de leur propre fonds par une sorte
de génération spontanée.
Dans le cas particulier de la mystique musulmane (soufisme) on peut,
croyons-nous, la raitacher à la raystiqut^ gréco-ne.storienne, orthodo.x,e
ou hétérodoxe (panthéisme), lui attribuer ensuite une évolution (jui lui
est propre sous l'influence de grands mystiques musulmans, de race
et de formation diverses, pour revenir ensuite, par l'intermédiaire de
l'Espagne, influencer peut-être le christianisme.
De nombreuses études sur la mystique musulmane (soufisme) ont déjà
été publiées par beaucoup d'orientalistes, comme MM. Asin, Blochet,
Massignon. Ce qui caractérise celle-ci et qui en fait le mérite, c'est que
M. Asin a su limiter son sujet, et par suite le traiter à fond, en se bornant
à répO(|ue la plus intéressante, du .\ii''au xm* siècle, lorscfue la mystique
musulmane vivait de sa vie propre, formée durant plu.<ieurs siècles
de réflexion.
11 a eu l'heureuse idée de prendre pour guide un mysticjue qu'il
connaît bien (I), nommé « le rénovateur » de la vie religieuse ou « le
maître par excellence », Abenarabi, lequel, né à Murcie, a parcouru le
sud de 1 Espagne, le nord de l'Afrique et tout le proche Orient, pour
mourir à Damas après avoir écrit près de 150 ouvrages (ou même 400) (2).
M. Asin donne la biographie d Abenarabi (pages 29-118), il expose
ensuite, de manière synthétique, la doctrine spirituelle de cet autçur
(pages 119-274). Dans une troisième partie (pages 275-518) il traduit des
textes extraits de sept ouvrages d'Abenarabi qui justifient la synthèse précé-
dente. Des tables des noms de personnes, de lieux, des mots techniques
(1) Il l'a déjà rencontré quatre fois dans d'autres ouvrages, cf. p. 6, note 1.
(2) Abenarabi avait de qui tenir : L'un de ses oncles maternels, roi de
Tlemcen, avait quitté la royauté pour suivre un ermite; un autre passait la
nuit debout en prières, p. 34-5.
|14]
BIBLIOGRAPHIE. 223
et un sommaire (pages 519-544) terminent l'ouvrage luxueusement imprimé
et dont cent exemplaires numérotés ont été lires sur papier de fil.
I. — Abenarabi, de la tribu de Hatim el Tai. est né à Murcie le
28 juillet 11G4; il s'instruit à Séville, devient secrétaire du gouverneur
de cette ville, se marie et enfin, à partir sans doute de 1184, s'adonne
au soufisme et fréquente dès lors les ascètes renommés pour leurs
miracles; les uns jouissaient des dons mysti([ues de la bilocation ou dr
l'incouibustion, d'autres pratiquaient la chasteté jusqu'à l'héroïsme, ou
vivaient dans les cimetières où ils entraient en communication avec les
âmes des défunts qu'ils faisaient apparaître.
Abenarabi était tout spécialement favorisé des apparitions du prophète
Chadir que le Qoran associe à Mi)ïse. A partir de 1190, il se met à
voyager pour chercher les ascètes (soufis) les plus célèbres, converser avec
eux, lire leurs livres et en composer lui-même à toute occasion. On le
trouve à Cordoue, Bougie, Tunis, Tlemcen, Fez (après 1201), à la Mecque.
à Bagdad (après 1206), en Egypte, dans l'Anatolie, l'Arménie, la Mésopo-
tamie. 11 est en relation avec les sultans et se montre le prand ennemi
des chrétiens; il se fixe à Damas en 1223, où le Sultan Almalic Almoadam
lui permet d'enseigner ses ouvrages, qu'il attribuait parfois aux révé-
lations reçues non seulement de Chadir, mais de tous les prophètes do
l'islam, d'Adam à Mahomet. Le cadi de Damas lui faisait une pension
et le logeait, les docteurs musulmans de tous les rites le respectaient.
le chef des malékites lui donnait sa fille en mariage, il vécut donc
heureux à Damas jusqu'au 16 novembre 1240. Son tombeau existe encore
dans la mos([uée Salihia. Deux de ses fils ont été enterrés près de lui.
II. — M. Asim s'inspire de six des principaux ouvrages de Abenarabi
dont deux écrits en Espagne, deux en Asie mineure et deux à Damas
vers la tin de sa vie. Ils traitent de l'ascétisme monacal, des faveurs
divines (visions, révélations, prodiges), de la vie monastique avec conseils
aux novices et aux maitres, aussi bien pour le matériel (habitation
distribution du temps) que pour la vie spirituelle (discipline du novice,
initiation, prati([ues de dévotions, prières et chant religieux, œuvres de
charité, degrés de la perfection).
M Asin groupe systématiquement en quatorze chapitres les bases de la
spiritualité (ascétisme, mystique, grâce). les divers genres de vie spiri-
tuelle (érémiti([ue, conventuelle, .séculière), le noviciat (clôture, obéis-
sance passive), la méthode ascétique (abandon de la volonté propre,
purification, pénitences), les moyens pour atteindre la perfection (exame^i
de conscience, oraison, méditation), le chant religieux, la prière privée,
les fruits de la grâce, les charismes, l'intuition mystique, l'extase, le
discernement des esprits, l'amour de Dieu et l'union extatique.
Ces titres de chapitres nous éveillent des idées connues. C'est ce que
M. Asin met bien en relief: chatiue fois qu'il y a lieu, il signale l'origine
chrétienne de telle ou telle idée ou pratique, il « christianise l'islam »
en le ramenant aux sources chrétiennes.
:224 RKVUE DE l'orient chrétien.
La similitude du but et de la formation peut quelquefois amener une
•similitude d'expressions sans qu'on puisse conclure à un emprunt
direct; ainsi, dans les longs conseils qu'il donne au novice (pp. 314-325),
Abenarabi écrit : « Il faut que le novice se conduise avec son maître
comme le cadavre entre les mains de celui qui le lave pour l'enterrer. »
Il semble que les théories du monachisme chrétien oriental : saint Nil,
-saint Jean-Climaque (cf. page 158) se sont propagées par deux voies, par
rislam et par le monachisme chrétien occidental (saint Bruno, saint
Bernard) pour se rencontrer en Espagne (saint Jean de la Croix, sainte
Thérèse, saint Ignace) (1). Du moins, au point de vue des temps, sinon
de la causalité, ce fcont les my.stiques arabes qui servent de chaînons
du Xi" au xiv siècle, pour rattacher les mystiques chrétiens orientaux aux
principaux des nôtres. M. Asin le fait remarc^uer par tout l'ouvrage.
Voir, par exemple, la prati([ue de l'examen de conscience particulier
et journalier (pa^^•^3 173), da l'oraison et de la méditation (p. 170), l'amour
désintéressé de Dieu (page 248), et la place faite à Jésus et à la Vierge
romme modèles d'absolue sainteté et de perfection (page 268).
Abenarabi a connu et lu Algazel en attendant qu'il serve lui-même
de modèle- à ses successeurs.
Les idées de M. Asin sur l'origine chrétienne du soufisme nous plaisent
d'autant plus que nous venons de leur apporter un conHvmalur inté-
ressant dans notre étude sur la mystique ne&torienne et sur la religion et
la mystique chez les musulmans, parue dans le Muséon, 1930, pages 85-116;
221-262.
11 resterait encore à mettre en relief le rôle joué, au vi° siècle, par
les Arabes chrétiens de louest du désert syrien.
F. Nau.
(1) Au point de vue ■< christianisme », l'histoire de l'Espagne semble être
unique : le pays était chrétien tout entier, lorsque, vers 713, douze mille IMaurcs
vinrent renverser les rois.goths. Beaucoup de chrétiens émigrorent vers le nord,
et les Africains, comme des es?aims de sauterelles, vinrent les remplacer dans
ces belles régions qui devinrent l'un des paradis de l'islam, où les Musulmans
vécurent mélangés au reste des chrétiens. Enfin, au xv" siècle, le cardinal Ximenès
convertit tous les .Musulmans. Il commença par réunir « les All'aquis, qui étaient
leurs prêtres et docteurs », et leur fit des présents; il leur donna en particulier
-« des bonnets d'écarlate qui étalent fort estimés parmi eux ». Ensuite il brûla
leurs livres et employa la violence. Comme grand inquisiteur, il opéra aussi
contre les juifs et tous les hétérodoxes, de sorte que toute l'Espagne ne compta
plus que des catholiques. Parmi leurs descendants, les meilleurs furent les si
nombreux moines, prêtres, évèques, théologiens, dont l'Espagne s'enorgueillit,
les moins bons firent souche des citoyens d'aujourd'hui. — Cf. Histoire du
cardinal Ximenès, dans les œuvres de Esprit Fléchier, évêque de Xismes, t. 111,
iXismes, 1782, pp. 55-8, 63-73, 150-2, 291.
Le di)ecleur-géranl :
U. Graffin.
Typographie Firmin-Didot et C". — Mesnil (Eure;. — 1!I31.
Ll PENSEE GRECQUE
DANS LE MYSTICISME ORIENTAL
(Suite)
La théorie musulmane, suivant laquelle le monde tangible est
en perpétuelle « genèse », alors que le monde de la Transcen-
dance est invariablement défini, est un emprunt manifeste au
platonisme (1). Le •/.ijy.:;, dit Plotin, dans ses Eanéades
(II, III, 18), est une image perpétuellement imaginifiée, t:-/M^) àsl
sr/.:v^5;j.Evs;, perpétuellement renouvelée, ou se renouvelant
constamment; ce concept remonte à Platon, qui admet expli-
citement l'éternité de la « genèse » du 7.ij;;.oç; d'après le
Timée (28), le Démiurge est en dehors du monde, en dehors
des intelligibles, vers lesquels il se tourne, pour les con-
templer : «le Démiurge, regardant perpétuellement ce dont
ripséité demeure éternellement semblable à elle-même, et
se servant de ce paradigme ainsi constitué, réalise son idée
et sa puissance », en créant le monde, qui est nécessairement
bon; dans un autre passage du Timée (29), le poète parle du
modèle éternel, invariable, toujours semblable à lui-même, que
le Démiurge a contemplé pour parfaire son œuvre, et, dans un
troisième (31), il affirme que l'univers a été formé comme
réplique de la plus splendide des existences, du monde des
intelligibles.
Ce Démiurge, manifestement, n'est pas le Un absolu, qui
n'aurait nul besoin, pour créer le /.iffixoç, de contempler les
intelligibles, les différentielles de l'Intelligence, qui tient de lui
son existence; Plotin (II, m, 9) a bien écrit qu'il est dit dans
le Timée que le Dieu qui a créé, 6sb; 5 7:cir,ja;, a créé l'Ame
(I) Revue de l'Orient Chrétien, 1929-1930, page 293.
[117]
ORIENT CHRÉTIEN. 15
22G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
suprême ty)v àpy-rjv t^ç 'I^ux^Çî le principe majeur de l'Ame, et
que les dieux qui sont transportés sur leurs orbites cî ?£pi[j,£v:f.
esci, les planètes, ajoutent à l'àine qui est conférée à l'iiomme
par l'Ame suprême, une autre modalité de l'àme, de laquelle
naissent ses passions, l'âme végétative, ou l'âme animale (I, i,
7-10); mais il faut bien remarquer que, dans ce passage, il ne
s'agit pas du c-r]poupY2ç, mais d'un dieu créateur d'une exis-
tence qui n'est pas le yi7|j.sç, de l'Intelligence, émanée du
premier Principe, laquelle Intelligence a créé l'Ame, qui a créé
l'univers. Évidemment, le dieu qui a créé l'Ame est un créa-
teur, au même titre que celui qui a créé l'univers, mais sous
des aspects différents, l'un travaiHant dans la Transcendance,
l'autre dans la matérialité. Ils sont tous les deux Démiurges
dans des plans différents : l'Intelligence créant le y.caij.oç de
l'Ame universelle; l'Ame, le /.Ô(7[j.s? tangible. D'où il ne faut
pas conclure que ce Ozoq ô r^oi-q^aq, l'Intelligence, soit le
Démiurge de la tangibilité, car ce rôle est exclusivement celui
de l'Ame suprême; sans compter que ce serait un non-sens
absolu d'admettre que l'Intelligence, la somme intégrale de
toutes les idées, des différentielles intelligibles, soit obligée de
se dichotomer de leur masse, pour se tourner vers elles, pour
les contempler, les copier, et les réaliser dans la matière, ;ifm
d'en créer la tangibilité. L'opération est absurde; jamais le
mathématicien qui a écrit le Timée n'a pu concevoir que l'Inté-
grale qui contient toutes les différentielles puisse s'abstraire
d'elles pour s'en séparer; la conséquence en serait encore plus
ridicule, car, dans ce système, à quoi servirait l'Ame univer-
selle, au-dessous de l'Intelligence, quel serait son rôle, sans
compter que la doctrine constante du néo-platonisme est que
l'Ame est le Démiurge de l'univers sensible.
Alcinoûs, qui vécut au i"'' siècle, a écrit, dans son excellent
précis de la doctrine de Platon {Platon, Didot, UI, p. 242) :
« si l'on vient à dire que le monde a été créé, il ne faut pas
entendre qu'il y a eu une époque à laquelle il n'existait pas,
et cela, parce qu'il « est éternellement en genèse » àsl àv yî^-'^s-^i
è(TTi, et parce qu'il appert qu'il y a quelque chose qui est la
cause 1res efficiente de son existence sur le plan inférieur de
l'Étendue O-oaxar-ç. Dieu, o 0£iç, n'a point produit l'Ame du
[118]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 227
monde, qui a toujours existé, mais il la met en ordre, [et c'est là
la raison pour laquelle on pourrait, en quelque sorte, dire qu'il
Ta créée], en s"éveillant, et en se tournant vers l'esprit de cette ,
Ame et vers elle-même, comme s'il sortait de la torpeur d'un
profond sommeil; de telle sorte que l'Ame, contemplant les
idées vzr,-i de Dieu, ô ©sic, c'est-à-dire les intelligibles, reçoit
de lui les idées et les formes, parce c[u'elle a vivement désiré
ses concepts vôt,i).x ». Le passage est obscur, et ce qui n'est point
fait pour l'éclairer, c'est ce qu'ajoute Alcinoiis, que ce Dieu
c 0si;, qui est l'Intelligence suprême, qui met en ordre, qui
organise l'Ame universelle, a voulu faire le monde aussi bon,
aussi beau que possible; d'où il semble, à première vue, que
le Démiurge soit l'Intelligence, la seconde hypostase. ce qui est
en contradiction avec la doctrine de Platon et avec la thèse
plotinienne, donc fort peu vraisemblable. Le texte est formel,
et il ne saurait être question de le corriger; mais il faut con-
tinuer la pensée d'Alcinoiis, comme très souvent, quand on lit
les dialogues de son maître; c'est bien l'Ame qui est le
Démiurge, mais elle ne fait le monde que parce que l'Intelli-
gence lui en fournit les moyens, les modèles, parce qu'elle lui
en donne l'idée, qui est son apanage; l'Ame, en fait, n'a point
d'idée; elle ne fait que mettre en action matérielle une idée de
l'Idée en copiant ses idées, les prototypes, les archétypes; en
réalité, comme le dit Plotin, c'est la forme, qui provient de l'In-
telligence, et rien d'autre, qui « organise w la matière; l'Ame
n'est qu'un transmetteur; la forme seule possède l'existence
réelle, et la faculté de la donner; elle est l'acte, l'essence, dans
ses aspects d'idée, d'intelligible Izix, zlzoz, principe de la vie
intellectuelle; de raison X;yc;, principe de la vie rationnelle;
de raison séminale ■jzipiJ.y-'.ySi:,; ^ivoç, ou raison génératrice,
YsvvY;Tr/.bç AÔys;, principe de la vie sensitive; de nature aùaiç,
principe de la vie végétative; d'habitude I';',:, principe de l'exis-
tence des êtres non organisés; si même la e;-.; provient de
l'Intelligence, c'est bien l'Intelligence qui a voulu la création,
en laissant à l'Ame le soin de l'exécuter.
La question, d'ailleurs, est très complexe, comme tous les
problèmes relatifs à la doctrine de Platon; le disciple de Socrate
n'a pas écrit, comme Aristote, un traité dogmatique de philo-
228 REVUE DE l'orient CHRETIEN,
Sophie; il a semé ses idées dans des discours, sans s'inquiéter
si leurs aspects divers^ents, si les possibilités de leurs inter-
prétations, se contredisent, ou semblent se contredire, dans
l'état fragmentaire où il nous a livré sa pensée ; et ces varia-
tions du concept platonicien se retrouvent jusque dans les
Ennéades, dont l'auteur est fort inférieur au Maître. En fait,
la théorie des hypostases, codifiée par Plotin, remonte à Platon,
puisque, dans le Timée (30), c'est, après avoir mis l'Intellect
dans l'Ame, et l'Ame dans le corps, que Dieu crée l'univers,
qui est un animal vivant, possédant un corps, une àme, un
intellect; comme celle de l'existence réelle du monde des
intelligibles, quoique l'on en pense, puisque le xôt7[xoç est formé
à l'image d'un autre y.oaij.oc, composé de l'Intelligence suprême,
qui contient tous les intelligibles {Timée, 29); comme celle de
la dualité de la matière, puisijue le dieu, quel qu'il soit, forme
l'Ame des deux aspects de la matière et de leur combinaison
{ibid., 35).
Mais si Dieu a créé le y.baij.oq après avoir mis l'Intellect dans
l'Ame et l'Ame dans le corps, c'est manifestement que le
Démiurge n'est ni l'Intelligence, ni l'Ame, mais bien le Un
primordial, ce qui se comprend aisément, puisque le monde
des intelligibles, au-dessus duquel plane le Un primordial, est
le paradigme sur lequel l'Ame modèle le xoji^.sç, d'où il serait
absurde d'admettre que l'Ame universelle, qui procède du Un
primordial et de l'Intelligence, qui est le Démiurge du monde
tangible, soit le Démiurge du monde des intelligibles, qu'elle
ait créé l'Être qui existe par son ipséité, et l'Intégrale des intel-
ligibles. D'où il est visible que Platon a considéré, dans ce pas-
sage, la création par le Démiurge du monde des intelligibles,
qui est le paradigme, la cause efficiente du monde sensible,
qui le présuppose, en regardant l'intégrale formée par la somme
des deux y.ia-[;-s;, dont l'un est la dérivée de l'autre, et celle que
constitue la somme de plusieurs Démiurges successifs. C'est
en ce sens qu'il a écrit dans le Timée (30) que le Dieu 5 Hssç
prit toute la masse de la matière pour l'organiser et en faire le
monde; ce que Philon a commenté en disant que, lorsque Dieu
voulut créer le monde visible, il commença d'abord par créer
le monde intelligible : ^6z'j'K-qf)àq -zol ôpatbv toutovî y.ba[JO/ o-r][i-ioupY-^-
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 229
ja-. T.potztrjT.z'j -V) vor,Tûv. En effet, il est parlé dans le Timée
(35, 41, 42) d'un Démiurge qui crée IWme universelle, et des
dieux qui sont les pères de dieux qu'il charge, ainsi que les
Ames des planètes, de façonner les corps des astres; ce qui se
trouve confirmé par un autre passage de ce même traité (69),.
où il est dit que ce Démiurgt? créa les existences divines OôCc,
en laissant à ces dernières, ses créatures, qui reçoivent de lui
le principe de l'Ame, qui sont des spiritualités, comme l'Ame
universelle, la fonction de créer les mortels, ce dont ils s'ac-
quittent en enrobant le principe animique, que leur Démiurge
leur a conféré, du corps périssable des êtres; ce en quoi Plotin
a très judicieusement compris (III, ii, I) qu'au-dessous de ce
Démiurfj-e eviste l'Ame universelle, dont l'aspect inférieur, la
réflexion, Tima^-e hl-jÎK'j.j., la puissance génératrice, forme les
êtres vivants; d'où, l'Ame procédant immédiatement de l'Intel-
ligence, ce Démiurge est l'Intelligence primoi'diale, ce qui est
conforme aux idées de Platon, car il est manifeste que ce n'est
pas le même Démiurge qui peut créer l'Intelligence et les
Ames, et ce à quoi il convient d'ajouter, tout étrange que cette
thèse puisse paraître à des esprits nourris des idées chrétiennes,
que ces esprits divins, ces spiritualités opposées aux mortels,
qui sont leur œuvre, forment le second aspect de l'Ame uni-
verselle, l'Ame créatrice, la Nature, en même temps que le
dieu qui les a créés n'est point le Un primordial, qui plane au-
dessus des Intelligibles, mais sa première émanation, leur
Intégrale, l'Intelligence.
Ce Démiurge, qui crée les spiritualités divines, l'Intelligence
primordiale, est essentiellement différent du Démiurge, qui,
toujours dans le Timée (28), crée le 7.6cr|j,cç, en considérant les
•entités qui demeurent toujours semblables à elles-mêmes, sans
v^irintion, les intelligibles, et qui le forme à leur image; ce
D 'miiirii'e est, et ne peut-être, que l'Ame universelle, qui con-
temp'e Tlntelligence divine, dont elle est l'émanation.
D'où il faut admettre, dans la pensée de Platon, la coexistence
de trois Démiurgies, celle du monde des intelligibles, celle des
spiritualités qui créent le monde; celle du monde tangible.
Dans les Ennéades (II, m, 16-18; 11, ix, 12; IV, m, 9-10),
comme chez Platon, le Démiurge du monde tangible est l'Ame
[121]
230 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
universelle. Chez Plotin, la génération des existences se fait par
une irradiation, une émanation, une procession -pbcizç; au
sommet des hypostases, le Un intégral, dans l'ipséité duquel
se confondent l'existence et la pensée, est la source de la
lumière éternelle (II, m, 18; II, iv, 5), un foyer dont émane
une lumière, la seconde hypostase, l'Intelligence, principe
suprême des entités; de cette lumière, et sans jamais tarir sa
puissance, émanent continuellement des radiancesqui la mani-
festent dans l'Étendue; elle est le Démiurge du monde de l'Ame;
au-dessous d'elle, existe la troisième hypostase, l'Ame, qui est
l'émanation de la deuxième, qui est à la fois en connexion
avec l'Intelligence, c'est-à-dire avec la Transcendance, et en
rapport avec le monde tangible, si bien qu'elle' est l'intermé-
diaire par lequel les tangibiiités se rattachent à ITntangibililé
(II, III, 18; IV, m, II), et le Démiurge du monde sensible. Cette
transmission se produit par ce mécanisme que l'Ame universelle
se dichotoine en deux aspects internes, l'un tourné vers le
monde transcendantal, l'autre, vers le monde matériel; l'essence
de l'Ame universelle est indivisible, parce qu'elle fait partie du
monde intelligible, mais divisible par rapport au monde tan-
gible (l, I, 8).
L'Intelligence donne les formes, les idées, à l'Ame univer-
selle; dans son premier aspect, l'Ame supérieure, tournée vers
le monde des intelligibles, contemple les intelligibles, et reçoit
directement les formes de l'Intelligence, qui est leur intégrale,
ces formes étant les raisons séminales des existences; quand
elle s'en est remplie, elle les déverse sur son second aspect,
lequel est tourné vers le monde tangible, la puissance naturelle
et génératrice, la Nature, qui est la dernière puissance créa-
trice, sans qu'il faille comprendre, ce contre quoi Plotin met
bien en garde, qu'il existe dans l'Ame deux hypostases dis-
tinctes, pas plus qu'il n'y en a deux dans l'Intelligence (II,
IX, I), alors que, dans son esprit, il ne s'agit que de deux
fonctions conjuguées d'une môme hypostase, la troisième (III,
IV, 13, 14, 22, 27; IV, iv, 9-12, 35). Cette puissance génératrice,
le second aspect de l'Ame, est une entité changeante et igno-
rante, qui contient les raisons séminales, lesquelles sont bien
inférieures aux idées; elle ne saurait produire, « façonner la
[122]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 'iSl
matière » (II, m. 17), sans le concours du principe de comman-
dement To YiYcû;j.cvov de l'Ame, qui fait agir la puissance géné-
ratrice, dès qu'elle est entrée en collusion avec la matière
svuAoç , sans que l'aspect supérieur de l'Ame « façonne » et
illumine cette Ame inférieure; en fait, ce n'est pas cette puis-
sance aveugle qui k façonne » la matière et crée les existences,
mais bien la Raison Xivc;; c'est la Raison divine, le Verbe
divin Ov.z: /.i-'oç, qui provient de l'Ame universelle, qui, par le
moyen des raisons séminales, donne leur vie aux entités qui
ne possèdent pas la vie par leur ipséité (IV, m, 10). Et cette
procession des existences continue, car l'Ame inférieure, pour
créer, tire de son ipséité une entité qui lui est inférieure, la
matière (II, m, 17; II, v, 5; III, iv, I).
Les Gnosti(jues, qui ont mal compris Platon, n'ont rien saisi
de cette théorie; aussi ont-ils inventé, au grand scandale de
Plotin, cette doctrine qu'il existe trois principes : l'Intelligence
ataraxique, qui contient les intelligibles; une seconde Intelli-
gence, qui contemple les idées de la première; une troisième
Intelligence, (\m conçoit v:j; oiavooûp.svo;, qui est l'Ame démiur-
geante 'Vj/y; y; cY;;;.io'jp7:37a, le Démiurge de Platon, dans une
confusion absolue des émanations du Un primordial.
Dieu, dans le concept de Platon, est unique [Politique, 13,
15, 16; Lois, IV, Didot, ii, 326, 327; République, I, Didot,
II, 178) [1]; il ne peut être question qu'il existe deux dieux
{Politique, 13), ce qui a fait dire à Eusèbe [Préparation
évangélique, m, 6) que Platon fut le seul philosophe de l'An-
liquité qui se soit élevé au concept de l'Unité divine, mais
qu'il a dû avouer qu'il ne pouvait révéler ce mystère (2);
(I) Revue de l'Orient Chrétien, I921J-193U, page 290.
(•2) Ce qu'Athénagore avait déjà dit, dans son Discours aux Chrétiens (StJ);
mais il est visible qu'Eusèbe n'a pas copié Athénagore, car il dit : -rbv [lvj oùv
TiaxÉpa xai 6r)[X'.oypYbv toûôô toû Ttav-ô; s-jpôtv..., alors qu'Athénagore écrit : -ôv jj.èv
irotY]Trîv xai noLxipa....
Athénagore, dans ce môme ouvrage (ibid.), dit que Platon reconnaît un Dieu
unique et éternel, et que, s'il admet l'existence d'autres entités divines, le soleil,
la lune, les étoiles, et mieux celles de leurs Ames, ces entités ont été créées,
alors que Diou est incréé, suivant ce qui est dit dans le Timée : 0£oi ôeôiv wv èy»
5r)(j.io-jpYb;, Ttatrip t£ épywv...
[123]
232 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
mais Dieu est Un en trois aspects, sous les espèces de trois
personnes successives, les hypos.tases plotiniennes, qui, toutes
les trois, sont Dieu unique, par opposition aux esprits divins
Osci, 6cfo'., qui sont les Ames particulières des planètes, des
sous-divinités. Ces trois personnes de la Trinité platonicienne
sont le Bien suprême, lequel a émané l'Intelligence, dont la
pensée est le monde des intelligibles, qui est le Démiurge,
par rapporta l'Ame universelle, et à son monde qu'elle crée,
l'Ame universelle étant le Démiurge du zisixoç tangible, qu'elle
produit, et sur lequel elle règne (1). Dans la seconde lettre
attribuée à Platon, ces trois hypostases sont le Roi suprême,
le second roi, qui trône parmi les entités du second ordre, le
troisième roi, qui régit celles du troisième; dans le même
esprit, le Un absolu étant la Cause des causes, au-dessus du
y.ojtxoç, la sixième lettre parle du dieu souverain des entités
actuelles et futures, l'Ame universelle, et de son père, l'Intel-
ligence. Dans le même sens, Plutarque {du Destin, vu, 9)
parlera de la Providence suprême, les concepts de l'Intelli-
gence, qui règle la conduite du y.bG\j.zq divin, et de la seconde
providence, la conception des dieux secondaires, qui vont
par le ciel, et règlent les affaires du v.'zzij.zq sensible, c'est-
à-dire les Ames particulières des astres, au nombre desquelles
Plutarque range l'Ame universelle. Aussi l'ascension de
l'homme vers la Divinité se fait-elle, suivant ses idiosynera-
sies, ou avec l'Ame universelle {Ennéades, I, ii, I), ou avec
l'Intelligence {ibid., 2), ou avec le Bien suprême {ibid., I, m, I,
ei passim), mais jamais, en même temps, avec les trois hypos-
t-ases, ce qui est une monstruosité au point de vue du Mysti-
cisme chrétien. Chacun de ces Dieux est rigoureusement
unique dans son stade hypostatique; le Bien suprême est le
(1) Saint Justin, dans son Apologie première pour les Chrétiens (60V affirme
que Platon a pris dans les livres de Moïse le concept de la Trinité, mais qu'il a
mal compris leur essence, car son premier principe est le Dieu de la Bitde;
son second, le Verbe de Dieu; le troisième, l'esprit de Dieu, qui, au commence-
ment de la Genèse, est porté sur les eaux cosmiques; cette interprétation est
au moins exagérée; c'est seulement dans les théogonies sémitiques, comme je
l'établirai dans un autre mémoire, que le vent qui sout'lle sur les eaux du Chaos,
est le principe générateur du y.ôafio;, et féconde les Abysses, dans un esprit qui
se retrouve dans l'Orphisme.
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. *233
Un absolu, l'Intégrale de Tunité, l'inverse de la multiplicité;
l'Intelligence est également unique, comme Ta établi Piotin
{Ennéades, II, ix, I); elle est la même qui pense et qui pense
qu'elle pense, contrairement aux folles doctrines des Gnos-
tiques, qui voulaient absolument la dichotomer, et c'est en ce
sens que Platon a dit {Lois, IV, Didot, ii, 3-26) que le Dieu
unique possède en son ipséité le commencement, la fin, et le
milieu de toutes les entités, puisque toute entité est la réplique
d'une intelligible, d'une imaginaire, qui est unique, et ne peut
supporter le concept de complexité, au moins dans le sens du
y.:-;j.:; tangible. L'Ame tlu monde, comme Piotin s'est évertué
à le prouver, est rigoureusement une en deux aspects, l'un
qui regarde vers le monde des intelligibles, l'autre vers ce bas-
monde; c'est de ce Dieu, unique en son troisième stade, que
parle Platon dans la Politir/ue (1(3) et dans la République
(II, Didot, II, 37), lorsqu'il dit qu'il est la cause efficiente de
tout ce qui est bon et qu'il ne produit jamais le mal. Cette
Ame universelle (Piotin, Ennéades, II, m, 14), Démiurge
immédiat et souverain du monde sensible, est Zeus, le maître
de l'Olympe, car Platon a dit, dans le Phèdre (pages 244 et
suiv.), que les Ames des astres, les Ames particulières, forment
le cortège éclatant de Zeus, lorsqu'il s'avance vers le monde
intelligible, pour le contempler, recevoir ses formes et créer
l'univers; d'où il résulte que le Bien suprême et l'Intelligence
divine, qui a créé l'Ame universelle, c'est-à-dire Zeus, sont ces
dieux voilés, qui trônaient au-dessus de l'Olympe, et qui impo-
saient leurs volontés au dieu et aux esprits divins qui animent
4es astres sur l'ellipse de leurs orbites, u Pourquoi, dit Piotin
(II, m, 8; II, IX, 8), les astres ne seraient-ils pas des entités
divines; pourquoi, dans la quiétude éternelle qui leur est con-
cédée, ne posséderaient-ils point l'intelligence; comment ne
s'élèveraient-ils pas à la connaissance de Dieu l'Intelligence),
et de toutes les entités intelligibles que contient ce Dieu? » Plu-
tarque parle de Dieu à côté des dieux, exactement comme Platon.,
comme on le voit notamment par son traité sur les doctrines
des plHlosophes(I) ; Salluste, qui fut le contemporain de l'empe-
(1) La teadance au monothéisme est ancienne; on la trouve bien avant
Platon, i)uisque Xénophane, vers 6U0, disait que le 6 Gsôç est unique (Aristote,
[125]
231 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
reur Julien, vers 360, et qui cultiva le platonisme, parle du
Dieu qui ne connaît aucune modalité de variation, qui n'a pas
été engendré, éternel, incorporel, inadéquat à toute localisation
dans l'espace. Ces philosophes, Platon, le premier, parlent des
dieux 6E0'', en opposition avec ce 5 0£b; y.[Xî~ic\ri-oq, x-(iyvrt-oq,
cdzioç, à^wjj.a-coç, oùoï iv tî-w. pour sacrifier au polythéisme, et
pour leur sécurité personnelle, puisque Platon dit formellement
que les créations immédiates de Dieu 5 Qtbq sont les corps
célestes et les esprits qui les animent 6co(, que le monde tangible
est un dieu en potentialité £C7iiJ.£voç ôsi;. On ne saurait voir dans
l'opinion de Plutarque et de Salluste le résultat de cette cir-
constance qu'ils ont connu la prédication du Verbe, du Christ,
et qu'ils se sont laissé influencer par ses dogmes; l'argument
aurait sa valeur pour Plutarque et pour Salluste; il est inexis-
tant pour Platon. On a soutenu que Plutarque avait transposé
dans ses écrits certaines thèses du Christianisme; cette déduc-
Mélaphysiquc, I, v, 10; sur A'énuphane, Zenon cl Gorgias, III), ce que répéta
Parménicle, un siècle plus tard (sur Xénophane... ibid.). Sophocle n'a-t-il pas
écrit, comuie le dit Athénagore, dans son Oraison aux Chrétiens, que Dieu est
unique, lui qui a formé le ciel et la ■< vaste terre » :
t'ii Èarlv Qzô',
o; oùpavQv T'etî-j^î -/aï yaïav [Aay.pâv.
Aristote, dans sa Métaphysique, parle l'oruiellement de Dieu ô 0eô;; dans son
admirable Traité sur les délais de' la justice divine, Plutarque parle presque
exclusivement de Dieu 6 0-6c et de la Divinité tô datjiovtov, les dieux ol Ôsoi ne
paraissant guère que comme une réminiscence classique, une concession à
l'esprit du platonisme, suivant lequel les destins de l'univei's sont réglés par les
'■ dieux », qui sont les âmes des planètes, les âmes difféi-entielles dérivées de
l'Ame universelle, qui est le Démiurge. Dans son Traité sur les thèses des philo-
sophes (vi; Didot, iv, 1071, 1072), dans ce même esprit, Plutarque disserte sur
la nature de Dieu, d'après les doctrines des Stoïciens et les siennes propres;
mais il raconte les labiés des Anciens sur les dieux, dans une opposition mani-
feste; on oserait presque dire que, sous sa plume, quand il est question des
dieux, il entend les fausses divinités des p.iïens, les simulacres de l'Antiquité,
comme lorsqu'il parle des statues de bois, des effigies hiératiques, au galbe tra-
ditionnel, ou de celles qui recopiaient les vieilles idoles du temps des Achéens,
les ta TMv ôcwv ?oâva, qui, à Sparte, étaient toutes couvertes d'armures {Apoph-
tegmes des Spartiates; éd. Didot, III, 286); des dieux des anciens Grecs, qui
étaient plus sensibles à l'odeur nauséabonde des sacrifices qu'aux prières des
mortels {Banquet des sept convives, v; éd. Didot, III, 178); des statues des divi-
nités romaines, dont la tradition voulait que la face fût voilée, alors qu'elle
exigeait que les hommes fussent représentés le visage découvert (Questions
romaines, x; éd. Didot, III, 328).
[126]
LA PENSÉE GRF:CQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL- 'SoD
tion, cette induction plutôt, me semble exagérée; Théodoret,
qui écrivit dans la première moitié du v" siècle, dit bien, dans
sa « Guérison des passions des Grecs » (ch. II, page 750; Migne,
P. G., LXXXIII, 852), d'après le témoignage dun auteur un
peu plus ancien, Amélius, qui exposa les doctrines de Porphyre
(iv^ siècle), que Plutarque et Plotin, auquel Théodoret, de son
autorité propre, ajoute le philosophe Numénius, entendirent
le Verbe des saints Évangiles, et transportèrent sa lumière
dans leurs œuvres : y.at ï-.izy. H -;i -Kv.'-y. v.^r-.y.'. /.y}, tcjto), /.a-
\\'/.zj-yç)yu) -/.y!'. N:'j;j//;via) -/.ai -sfç â'XXoi; iffSi ty;ç tijtojv YJc-av z'j\j.-
[i.z^'.yz. MsTa Y^p tï;v toU So)tï;psç r,;j.o)v È-rrisâvîiav sjt:'. 7£v;;j,£vc', -.%z
Xc',7T'.av''y.r,r ^iiz\z-;-.yz -z/j.y -Z'.: Z'.v.tiz'.: àvîy.^av Xoy:'.;... Kai
[j.Èv or, y.yi twv Os-ojv EjavvE/.îtov ; -t lY/.zj-yzyz: v.y.'. z W/m-vk:
•j-r,v.z'J7i-r,v.
L'erreur, pour Plotin, est évidente: il est un pur platonicien;
il ne doit rien aux doctrines chrétiennes; il n'avait nul besoin
d'elles pour établir la vérité des tlièses néo-platoniciennes; il
avait une trop haute idée de la scieiice qu'il incarnait pour
entamer une discussion avec des gens qui avaient emprunté
toute leur doctrine philosophique à son école, et qu'il considé-
rait comme très inférieurs à lui; aussi ne trouve-t-on dans
sa vie aucun acte d'hostilité contre les Chrétiens, aucune polé-
mique contre leurs doctrines dans les Ennéades, sauf dans un
passage de la seconde (II, ix, I), où, manifestement, il oppose
l'indépendance absolue des hypostases au dogme de la Trinité;
c'est, en fait, fort peu de chose, et c'est avec raison que les
Pères de l'Église ont honoré sa mémoire au même titre que les
philosophes de la fin du Paganisme, saint Augustin surtout,
qui, dans sa Cité de Dieu (x, 14), a donné de la Providence des
preuves ontologiques qu'il a empruntées à deux des Ennéades
de Plotin (II, ix, 16; III, xi, 13). Plotin ignora les Chrétiens,
parce qu'il jugea, non sans raison, qu'ils ne pouvaient rien
ajouter aux dogmes de son école, et, plus témérairement, qu'ils
étaient incapables de les mettre en danger; son maître, Amino-
nius, qui était né dans le Christianisme, qui avait reçu une
instruction chrétienne, qui eut Origène comme disciple, ne s'en
était-il pas retourné à la philosophie du Paganisme, comme
auraient bien voulu le faire les savants de la Renaissance,.
[127]
236 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
pour en devenir le coryphée (Eusèbe, Histoire ecclésiastique,
livre VI, chap. 19)? Il attaqua violemment les Gnostiques, dont
les inventions extravagantes menaçaient, à son sens, de ruiner
entièrement la théorie, des hypostases, ou, tout au moins, tle
la dénaturer; ses vues étaient inexactes, et, d'ailleurs, la situa-
tion ne tarda pas à changer quand le Christianisme fit dans le
monde romain de si rapides progrès qu'il devint pour la
philosophie du Paganisme une menace redoutable, alors que
les sectes gnostiques végétaient dans l'impuissance, en atten-
dant rislam pour lui passer leurs folies. Et cela explique la
violence avec laquelle Porphyre, le disciple favori de Plotin,
attaqua les Chrétiens, que son maître avait laissés bien tran-
quilles: Porphyre, l'auteur du lUp-. t-^; à-/, acyiwv cptAcaosiaç, fut
l'adversaire irréconciliable de la foi chrétienne, contre laquelle
il mena une guerre sans pitié, ô Tbv r.çilq i,\j.7.:; ixOû.awç àvaos-
^â;j.svoç T.o\é[xov (Théodoret, ibicL, page 705; cf. pages 697, 706,
740, et ce que dit Eusèbe, dans sa Préparation évangélique,
livre V, chap. 5), parce qu'il vit, mieux que Plotin, qui n'était
peut-être pas très intelligent, que les jours du Paganisme
étaient comptés, et que le triomphe du Christianisme était
inéluctable.
Que les thèses de Plotin se rapprochent des formules chré-
tiennes, c'est un fait qui n'a rien de bien surprenant, puisque
-le Christianisme s'était annexé la philosophie néo-platonicienne,
et puisqu'il vécut d'elle; la philosophie grecque tendait vers le
monothéisme, comme le Sémitisme l'avait fait en Judée; les
deux doctrines aboutissaient au même concept, alors que leurs
origines étaient essentiellement différentes, alors que leurs
partisans étaient des adversaires inconciliables.
La triade du néo-platonicien Numénius, d'Apamée, au second
siècle, n'est pas un emprunt au Christianisme, bien qu'il ait
connu la Bible, les Évangiles, les théories des Égyptiens et
des Mazdéens, quoiqu'il ait eu l'idée de faire de Platon le Moïse
de l'Hellénisme. Ce philosophe, dont la pensée annonce la
•doctrine de Plotin, affirme, dans le sens néo-platonicien, qu'il
n'existe aucun moyen de connaître le Bien directement, qu'on
n'y peut parvenir qu'en se discriminant des contingences, par
ia contemplation, par l'étude des mathématiques, qui en sont
[1^28]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 2o7
Texpression la plus parfaite; il admet l'existence de trois entités
divines, qui varient suivant les auteurs qui ont rapporté sa
pensée et exposé ses théories. Si Ton en croit Stobée {Frag-
menta phUosophorum graecorum, éd. Didot, III, page 173),
elles étaient : le Père; le Démiurge 7:oi*/;-v^ç, qui est rigoureuse-
ment synonyme de §Y),aioupYi-; la Création ^ioivjjjLa. Et cette aftir-
mation, malgré son étrangeté, se trouve confirmée par ce que
dit Proclus {ibicL), traitant du même sujet, que, des trois
divinités de Numénius, la troisième est le monde y.isy.oç, ou la
création démiurgique xb 5Y;;j.tcjpYCj;j.svcv; il semble, quoique le
fait soit bien étrange, surtout sous la plume de Proclus, que
Stobée et lui aient confondu le xo cr((^.i;jpYOJ!J.evov et le S-/]ijmoupy:; ;
le 7.iffiJ.oç, dans la doctrine de Platon, est bien un dieu en voie de
formation, en potentialité àjiixEvo; Bsi;, mais il est matérielle-
ment impossible que, dans une doctrine issue du platonisme,
PAme universelle, créatrice du 7.ic7;j.oç, ait été remplacée par son
œuvre; ce contre quoi s'est élevé Plotin {Ennéades, III, v, 5),
quand "il dit que l'Ame du monde est Aphrodite, qu'Aphrodite
régente l'Amour, et que, si l'on admet que le monde soit l'Ame
du monde, Aphrodite est identique à l'Amour, ce qui est
absurde; en ce sens, Origène {contre Celse, v, 7) s'est trompé
quand il a dit que, pour Platon, le second dieu est le monde,
et que, pour les néo-platoniciens, le monde est le troisième
dieu; ce qui est d'autant plus étonnant que, dans son Traité
contre tes hérésies (i, 17), il dit simplement que les principes du
monde sont Dieu (l'Ame universelle), la matière et le para-
digme, les idées de l'Intelligence (I); d'ailleurs, d'autres
fragments de Numénius infirment absolument cette opinion de
Stobée et de Proclus. .
Le premier dieu est absolument unique dans son ipséité,
et comme il est entièrement discriminé de tout, il est l'Unité
suprême; il est indivisible, et vit dans une immobilité inté-
grale ; le second et troisième dieu h Osb; [j.vnzi 6 oiùxzç,oz /al xpixo?,
(l) Ce en (|iioi il ne lait, que répéter, peut-être sans l'avoir connu, car cette
thèse devait être courante chez les Chrétiens, ce qu'a dit saint Justin, dans son
E.vhorkUion aux Chfélifns (ô"!, à savoir que, pour Platon, il existe trois prin-
cipes : Dieu, le créateur de tout, doui; l'Auie universelle; la matière, substratuiii
(11.' toutes les entitijs; l'idn' eiôo;, leur paradigme.
■238 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
•ce qui constitue la dichotomie d'une entité unique, est égale-
ment unique, mais d'une unité qui connaît la multiplicité,
pour cette raison que cette entité divine, s'étant laissée séduire
par les idiosyncrasies de la matière, qui est la dyade a!j;x^£p6;j,£voç
oà T?i Gày] o'jah o'jjy;, s'unit à elle, ce qui provoqua sa dicho-
tomie, parce que la matière possède l'idiosyncrasie du désir de
la concupiscence, et parce qu'elle est constamment en mouve-
ment. Le premier dieu ne connaît que les intelligibles; le
second (et troisième) connaît les intelligibles sous sa forme pre-
mière, les entités sensibles sous sa forme seconde; c'est unique-
ment le contact avec la matière qui a provoqué sa dualité (1).
Cette doctrine, avec ses idées sur la matière, est directement
issue des théories platoniciennes; le premier dieu est l'Intel-
ligence; le second, le premier aspect de l'Ame universelle; le
troisième, le second aspect de l'Ame universelle, le Démiurge,
créateur et père de tout ce qui existe; elle se retrouve dans
des fragments de Numénius conservés par Eusèbe (Prépa-
ration évangélique, livre XI, chap. 18; Aligne, Patrologie
grecque, XXI, 898), avec des variantes importantes, mais
qui sont absolument incompréhensibles, si l'on ne se souvient
pas d'une manière très précise que le second dieu se dicho-
tome en deux aspects, en deux entités, la dernière seule étant
le Démiurge. L'ataraxie du premier dieu est un mouvement
qui est une idiosyncrasie de son ipséité, qui est le prin-
cipe de l'existence et de la conservation de l'univers, ce
qui rappelle ce qui est dit dans les Ennéades (II, ii, 3) que
l'Intelligence, la seconde hypostase est à la fois dans l'ataraxie
et en mouvement. Le premier dieu ne remplit aucune fonction
créatrice; il n'accomplit aucune œuvre; il ne saurait le faire,
puisqu'il repose dans une immobilité absolue; il règne et ne
^gouverne pas; il est l'auteur du Démiurge, qui ne règne pas,
mais gouverne l'univers, qui est son œuvre; tant qu'il con-
temple le premier dieu, il demeure, comme lui, dans l'ataraxie,
mais quand il abaisse ses yeux vers la matière, il acquiert une
partie de son idiosyncrasie, le mouvement. Numénius (ibicL,
(1) Il est manife.ste que Numénius, dans cet exposé, sous-entend, comme
étant l'Entité absolument nécessaire, le premier Principe, le Un éternel de Pla-
ton, ce que l'on voit par la suite.
[VZO]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 239
chap. 22; Migne, P. G., ibid., 906 et ssq.) ajoute, en termes
moins volontairement cabalistiques, que l'intelligible vo-r^-riv
est l'Essence cjjia ou l'idée, l'idée prototype qui servira de
paradigme aux entités matérielles, l'intelligible, îcsa, que l'Intel-
ligence voj; est antérieure à l'intelligible, et sa cause, mais
que c'est le Bien par excellence tc àyaOîv qui possède l'Exis-
tence absolue; car, si le Démiurge est le principe oLpyr, de la
création, le Bien suprême est le principe de l'Essence; le
Démiurge est la réplique, littéralement l'imitateur \n[j.T,-rtz du
Bien absolu; le monde de la création -^ -(vnziç, est l'image
s'.y.wv et l'imitation \x{\j:r^\xy. de l'Essence du Démiurge; mais, si
le Démiurge qui a créé le monde est bon àYaOi;, le Démiurge
qui a créé l'Essence 5 t-?;; s'jjîa; lr^]j.'.o'jç^-;bz, le monde des
intelligibles, c'est-à-dire le Un suprême, est le Bien par son
ipséité -b ajToaYaOîv, qui est dans une connexité intime avec
l'Essence. Le deuxième dieu est double; il fait son idée et le
monde, parce qu'il est le Démiurge; après quoi il redevient
entièrement contemplatif, ce qui signifie que le Démiurge
n'est sorti de son ataraxie que pour extérioriser sa pensée et
an penser le monde, après quoi il retourne à son immobilité;
il est le Démiurge bon 5 or^^Az-jp-foq aYaOô?; au-dessous des deux
dieux, se trouve l'Essence oWit., laquelle est double, et diffère
dans le premier et dans le second dieu, ce qu'il faut, semble-
t-il, entendre que l'essence tlu second-troisième dieu est la
réflexion, la réplique de l'essence du premier dieu, de même
que le y.:7;j.;: est l'image, littéralement l'imitation ;j.'';xY;y.a, de
l'essence du second-troisième dieu, comme l'affirme Numénius,
qui a créé et organisé l'ordre de l'univers. Que le premier dieu
soit la deuxième hypostase de Plotin, le second dieu, le
premier aspect de la troisième, l'Ame universelle, le troisième,
le second aspect de l'Ame, la première hypostase planant au-
dessus de ce système, c'est ce qui résulte clairement de cet
exposé, et c'est ce qui constitue une variante notable de la thèse
de Plotin, lequel enseigne que le premier Principe a créé
l'Intelligence, qui a créé l'Ame, qui a créé le monde.
Des Pères de l'Église grecque, saint Grégoire de Nazianze,
saint Cyrille d'Alexandrie, se sont laissé prendre à ces appa-
rences, et ils ont identifié les trois hypostases du néo-plato-
[1311
240 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
nisme avec les Personnes de la Trinité; Théodoret, dans son
Traité sur la guérison des passions des Grecs (page 750), a
fait sienne cette opinion erronée, d'autant plus erronée qu'en
fait, comme on vient de le voir, les termes dans lesquels
s'exprime Numénius diffèrent sensiblement de ceux de Plotin :
« Plotin et Numénius, dit-il, ayant expliqué la pensée de
Platon, disent qu'il a parlé de trois (entités) qui dominent
(toutes les autres), et éternelles, le Bien (suprême), l'Intelli-
gence, et l'Ame universelle. Ce que nous autres, (Chrétiens),
nous appelons le Père, ils le nomment le Bien suprême; ils
qualifient d'Intelligence (la Personne) que nous nommons le
Fils et le Verbe; quant à la puissance qui donne leur âme à
toutes (les existences du v.b(y'^.zç), et qui cause leur vie, qu'ils
nomment l'Ame (universelle), nous l'appelons, nous, le Saint-
Esprit; ajTÎxa Tsîvuv tt^v HXaTwvoç îûvouv àvaTrxû^jovTs; y.al 6
IIaw-ivcç y.al b Noj;x-/-vio; Tpia çaalv aj-bv £'.p-^/.évai 'JTzépy^pzvy, y.a'.
ocitiXf -àyaObv xat voÏÏv xai tou Tzav^bç ty;v à'jyr,-^, cv [xsv -/ii^-âTç
riaTÉpa 7,aXoÏÏ[J.£V TayaGov àvo[J-âwCVTa' voyv 8ï cv r,\J.^Xq Tibv 'Aal Aèyov
7:oo(jX^(zptùo\).tV T'/jv oï -à 7:âv-:a àùycu7y.y /.ai 'Çu)0'j:oiOi)ijy.v oûvo(;j.iv
'ji'jyYjv •/.a/wJV-a yjv nv£j[^.a àviov ci Gîfci -pojaY^psjcuai aiyoi. L'erreur
est évidente; Plotin {Ennéades, II, ix, I) insiste sur ce point
essentiel de sa doctrine, comme s'il avait l'intention de l'oppo-
ser à celle des Chrétiens, que ses trois hypostases sont des
principes rigoureusement différents; encore faut-il ajouter que
seule, la première est véritablement Dieu, la Créatrice, puis-
qu'elle émane Tlntelligence, dont naît l'Ame, alors que la
Trinité est un Dieu unique, dont chacune des personnes, des
hypostases, est Dieu par son ipséité (saint Augustin, Cité de
Dieu, X, 23, 24; xi, 10), alors que ses trois hypostases sont
également présentes dans l'acte de la création ; car, comme le
dit saint Athanase {sur la Sainte Trinité, m, 2, 16), l'homme
a été créé à la fois par le Père, par le Fils et par le Saint-
(I) Il est visible que Numénius a confondu, d'une manière invraiseml)lable,
deux sens absolument divergents du mot oOuîa, le premier, celui d'intelligible,
le second, celui d'essence idiosyncrasique des entités transcendantales; la oùaia,
l'intelligible^ est évidemment l'essence idiosyncrasique, la raison de l'existence
des entités créées, il ne s'ensuit nullement que l'essence idiosyncrasique des
entités divines soit une intelligible, ce qui serait absurde.
[132]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 241
Esprit, ce qui est conforme à ce que dit saint Jean (v, 19) :
zâvia CGX av ~oif, 5 IlatY;p xauia y.x\ o Ylbç è\).ciitiq zoteî, 06 que
Tiiéodoret, dans son dialogue entre Éranistès et TOrthodoxe,
exprime en disant que la Sainte Trinité possède une essence
unique ;j.ia cùaix, que les philosophes du Paganisme admettent
qu'il n'existe pas de différence entre l'essence obaix et l'hypos-
tase, mais que, dans la doctrine des Pères de l'Église, l'essence
et l'hypostase diffèrent autant que le général et le particulier,
le genre et l'individu.
L'opinion de Théodoret, dans cette discussion, n'est pas d'un
très grand poids, et son autorité, malgré l'époque relativement
reculée à laquelle il composa, est assez faible, bien inférieure à
celle d'Eusèbe et de Clément d'Alexandrie; dans son Traité
sur la guérison des passions des Grecs, il s'est donné la
tâche de" démolir, par tous les moyens, l'Hellénisme, au profit
des Orientaux, ses compatriotes; s'il écrivit fort élégamment
le grec pour accomplir cette tâche, sa documentation est assez
médiocre, et son érudition insuffisante; sa continuation de la
Chronique d'Eusèbe lui est fort inférieure, et l'on y remarque
de graves erreurs de chronologie; ce saint évêque aurait dû se
borner à rédiger sur la théologie et l'histoire sainte; il man-
quait d'érudition philosophique, et parlait de la doctrine de
Platon en homme qui la connaît mal, puisqu'il a dit (page 795)
que Dieu, dans la théorie platonicienne, a créé la matière, qui
est coéternelle avec lui, ce qui est une grave erreur; Dieu,
chez Platon, ne peut avoir créé la matière, qui est ce qui n'a
pas d'existence, le non-existant, et dont l'existence est un
mystère, le mystère des mystères, comme pour la physique
du XX® siècle.
La théorie des Ésotéristes de l'Islam (1), d'après laquelle
toutes les idiosyncrasies des entités sont incluses dans la
semence sous la forme d'une intégrale, est un emprunt au
néo-platonisme, qui l'a lui-même prise au stoïcisme : in semine
omnis futuri ratio hominis inclusa est ... totius enim corporis
(1) Revue de l'Orienl ChréUen, 1930-1931. pige 101.
[133]
OIllENT CHRÉTIEN. 16
242 revue' de l'orient chrétien.
et sequentis aetatis in parvo occultoque lineamenta sunt, a dit
Sénèque, dans ses Questions naturelles, in, 29; la raison sémi-
nale, ou génératrice, a7r£p[;.aTi7.bç •?) -{e.v^rr,TVAbç kôyoç, est une force,
une vertu, qui, de par ses propres idiosj^ncrasies, développe
toutes les modalités d'une entité, dont elle est la cause primor-
diale^ de son origine à sa fin, tous ses actes, de sa naissance à
sa disparition; elle est le principe même de la vie sensitive,
elle donne au corps matériel sa forme; elle crée son type, son
espèce [j-ops-r^ son genre; l'Ame universelle organise la matière
inorganique par le moyen des raisons séminales qui forment
et façonnent les entités existantes; existant dans la Raison 6stoç
Aôyoç, l'Ame universelle donne au corps une raison, un coef-
ficient d'évolution Xoyoç, qui est l'image même, la réplique de la
Raison qu'elle possède et qui est son apanage {Ennéades, IV,
m, 10); de sorte que les raisons séminales [ibicL, II, m, 16) con-
tiennent dans leur ipséité l'intégrale de tous les accidents qui
doivent arriver aux êtres engendrés; dans le monde intelligi-
ble, toutes les entités sont confondues sous les espèces d'une
intégrale, tandis que, dans le monde sensible, elles sont dis-
tinctes les unes des autres, parce qu'elles sont des répliques
discriminées, de même, dans la semence 7z£p;xa, toutes les
idiosyncrasies sont confondues, alors que, dans un corps orga-
nisé, tous les organes sont séparés (/7>/(i., II, vi, 1).
C'est dans les concepts du Christianisme qu'il faut aller
chercher l'origine de la division du monde en : Toute-puis-
sance djabaroùt; 2° Souveraineté malakoût; 3" Royaume
moulk (l). Les deux premiers termes, comme tous les vocables
arabes terminés en -oùt, sont des abstraits araméens, dont
la forme est bien connue; c'est un fait tout naturel que le
premier aspect de l'univers porte le nom de monde de la Toute-
puissance; Dieu, dans le Symbole des Apôtres, est le Pater
omnipotens; il possède l'omnipotence, la toute-puissance, la
\io-^s^ g abrouta du syriaque, qui traduit '.jyûç et Suvaj-sîa dans
le texte du Nouveau Testament, la xirna: gibrouta ou Nmina
(1) Revue de l'Orienl Chrélien, 1930-1931, page 118.
[134]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 243
gébourta du chaldéen, de même qu'il est le ^[1::^ djabbâr ^
gabbâî^ « le Tout-Puissant », dans les litanies du chapelet
musulman; si le Tout-puissant est en dehors, au-dessus du
v.ÔGiJ.oç, qu'il a créé par la vertu de l'Idée, cet aspect supérieur
de l'univers ne contient-il pas le Décret divin, écrit sur la
Table gardienne du Destin, lequel exprime et révèle la volonté
de l'Omnipotence? Sans qu'il soit nullement besoin d'invoquer
un sens secondaire de ce mot syriaque gobrouta, qui traduit
irt\}.z\oi {Actes des Apôtres, ii, 19, 22, 43; iv, 30>vii, 30; -2^ Épi-
tre aux Corinthiens, xii, 12), ~Açiy.-x {Actes, v, 12; xv, 12), d'où
le sens de phénomène qui appartient au monde de la Tran-
scendance, et, partant, de trouver dans djabaroùt le concept de
monde transcendantal.
Si le nom de Royaume, d'étendue territoriale, s'explique
facilement par l'extension à tout le monde sensible du mot
moulk, qui désigne les domaines concédés par Dieu aux sou-
verains de la terre, celui de Souveraineté malakoùt, compris,
non comme le lait d'exercer la ro3'auté, mais bien comme
l'étendue des états d'un monarque, s'explique tout aussi
aisément par . une adaptation évidente du terme Uia». iiaii^io
malkouto de shamaijé « royaume des cieux », dont il est parlé
dans \ Evangile {saint Matthieu, m, 2; v, 19, 20; viii, 11;
XI, 11, 12; XIII, 11, 24, 31, 33, 44, 45, 47, 52, etc.), ou de celui
de lo,^; iLo-i^io malkouto de Aloho « royaume de Dieu » {saint
Matthieu, xii, 28; saint Marc, iv, 11, 20, 30; saint Luc, viii,
10; XIII, 18, 20; xviii, 24, 25), qui en est rigoureusement syno-
nyme. La dichotomie du monde de la Transcendance en deux
■aspects, celui où se manifeste l'omnipotence du Créateur, l'autre
où se manifeste sa souveraineté sur le y.;j;j.oç, ne surprendra
pas beaucoup les personnes qui sont au courant des lubies des
Ôntologistes musulmans.
C'est très visiblement aux Chrétiens syriens que les méta-
physiciens de rislam ont emprunté le nom et le concept de
royaume moulk pour désigner le monde tangible, par opposi-
tion aux deux aspects du royaume des cieux, ou de Dieu, comme
on le voit par trois passages de Y Évangile de saint Matthieu,
dans lesquels il est hors de discussion que ce terme désigne
ce bas-monde, où vivent les hommes : « Or, je vous déclare,
[135]
244 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
dit le Christ, que plusieurs viendront de l'Orient et de l'Oc-
cident, et qu'ils s'asseoiront avec Abraham, Isaac et Jacob dans
le royaume des cieux èv t-^ [io^aiXtlx twv cjpavûv, mais les enfants
du Royaume cl ulol ty;ç ^aoileloiq iioii^î ow^ bené de malkouto
seront jetés dans les ténèbres extérieures (viii, 11, 12); « ce
champ est le monde 6 '/,ba\j.oq i^v».; la bonne semence, ce sont
les enfants du royaume», dans les mêmes termes, en grec et en
syriaque (xiii, 38); « Jésus parcourait les villes et les villages,
enseignant dans les synagogues, et prêchant l'Évangile du
royaume xb Eùa^YsAiov -f^q '^y.i^iXtiy.q, iL<iiioo; \i\^^ sbaroto de mal-
kouto {ix, 35); mais il est visible que, dans cet emploi, le mot
^jX^ moidk, qui figure dans les théories des Ésotéristes, n'est
point l'arabe mouJk, ou plutôt qu'il est l'arabe moulk, assimilé
à une forme apocopée de malkouta, i^Sn malkou, laquelle
figure dans les textes chaldéens, comme le fait est suffisamment
connu : oji^, en syriaque, d'où le pluriel ^-.nvi de iimsao, à côté
de |ia-.N-:^ ; d'où il résulte, ce qui n'a rien de bien surprenant,
que les Ontologistes de l'Islam, qui ont pris le premier élément
de l'expression malkoido {de Aloho) pour désigner le second
aspect de la Transcendance, se sont vus obligés de choisir le
deuxième aspect, la forme apocopée, de ce mot, pour qualifier
le royaume terrestre, pour ne pas créer une obscurité irrémé-
diable, alors que le texte original du Nouveau Testament
discriminait les deux expressions, comme on le voit par sa
traduction grecque.
L'existence absolue est l'Unité transcendantale(l); elle est
Une, et pas plus; mais elle se présente, dit l'auteur du Madjma
al-bahraïn (man. persan 122, page 295), sous un aspect exoté-
rique et sous un aspect ésotérique; son aspect ésotérique est
une lumière qui émane de cette Unité transcendante, pour se
répandre dans tout le yi(j[;.o;; cette lumière est l'âme de l'âme
des entités existantes ,^\^^y .U. ^W; le monde tout entier
est inondé de sa clarté, et les hommes qui le dirigent, ceux
qui y parviennent à la célébrité, sont les manifestations tangi-
(1) Revue de rOrient Chrélien, 1930-1931, page 136.
[136]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 245
bles de cette lumière. Pour qu'il soit possible de s'expliquer
par quel mystère l'Unité, qui est par définition l'unité même,
dans son essence absolue, peut posséder un aspect exotérique
et un aspect ésotérique, c'est-à-dire, en fait, revêtir au moins
l'apparence de la dualité, de la multiplicité, il faut savoir que
cet aspect ésotérique est l'unité idiosyncrasique .j:^o>2^l, tandis
que l'aspect exotérique est la multiplicité idiosyncrasique
^ji.-j:>j^\ l'unité est l'âme et l'essence du nombre, et le nombre
€st une somme d'unités, de telle sorte qu'au point de vue
absolu, les nombres, qui sont la multiplicité, sont les mani-
festations du caractère, de l'essence idiosyncrasique, d'unité
qui appartient à l'Unité. D'ailleurs, dit le commentaire, par
Sa'd ad-Din Sa'id Mohammad al-Farghani, intitulé Masharik
al-darari al-zohr fi kashf hakaïk Nazm al-dorr, sur la
kasida en ta de 'Omar ibn al-Faridli (man. supp. persan 5-15,
folio 9 recto), la nature de l'Essence de la Divinité vji^b i-^et le
mystère de son ipséité 'JL-i^ ^-r-^r^» sont des questions insonda-
bles; l'Essence n'est pas perceptible directement, aussi la
science se présente-t-elle sous trois aspects : la science, sous
son aspect tangible i>^y, ^-U, qui est celle de la communauté
islamique dans son ensemble, des « ordinaires » ; la science qui
conduit à la connaissance certaine de l'Essence divine ^s.
o'3 ijé^.^ qui est l'apanage des hommes de la catégorie supé-
rieure , « les bons » ; la science de et par l'essence de
l'Essence divine ^_>!^ iS Jb, laquelle est réservée aux élus,
aux prophètes.
Allah, disent les Ontologistes(l), crée toutes les entités du
x2(Ty,oç, transcendantales ou non, en amenant leur idée, leur
-concept, leur forme virtuelle et potentielle, à coïncider avec la
Présence de l'Existence Intégrale; c'est-à-dire qu'Allah fond
dans une entité unique l'idée, le concept, la forme vide, qui
n'est qu'une apparence, de chaque existence du y.:7;j.oç, avec
.(I) Revue de l'Orient Chrétien, 1930-1931, page 136.
[137]
246 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
rExistence Intégrale, laquelle, de par ses idiosyncrasies, jouit
de la puissance de pouvoir donner la réalité à ces virtualités;
en fait, la Présence de l'Existence Intégrale est une forme
protéïque; elle revêt, suivant la volonté d'Allah, la forme du
concept de l'entité qu'il veut amener à l'existence; elle pénètre
dans cette forme, qui est un être géométrique, délimité par
une enveloppe, une surface sans troisième dimension et vide,
dans ce moule, en le remplissant de sa substance, qui possède
exactement la même forme, mais qui est un volume réel,
une pondérabilité, de sa substance vivante qui lui communique
la Vie; après quoi, Allah fait sortir l'Existence Intégrale de ce
moule, qui vient de recevoir d'elle la réalité et la vie, et lui
rend son aspect primordial, pour recommencer immédiate-
ment l'opération pour toutes les entités du ■/,ba[j.oq. Il faut voir
dans cette doctrine une amplification extravagante de la thèse
du platonisme et du néo-platonisme, un commentaire gnostique
de cette théorie de Platon, que toute existence n'est que la
réplique d'une idée, d'une forme virtuelle, préexistante et
éternelle, qui réside dans l'hypermonde; Allah, dans cette thèse
d'al-Djili, n'est autre que la première hypostase de Plotin, le -ô
TcpwTOV, -b «YaSiv, xb iv, 10 àirAouv, xb auxap7"/;ç, xb à'Tîsipcv, lequel
manifeste sa puissance en émanant l'Intelligence vouç, avec tous
les intelligibles ; il est inutile de dire que la Présence de l'Exis-
tence Intégrale est la seconde hypostase, la vojç, laquelle, en
se pensant elle-même, possède et crée les prototypes de toutes
les entités, est toutes les entités, forme leur somme intégrale^
dont les idées \oAoii sont les intelligibles xà vG-r;xà, les types
de toutes les entités du monde sensible, les essences ojjîai,
que la philosophie néo-platonicienne regarde comme les réa-
lités svxwç cvxa, nos réalités tangibles étant des irréalités. Mais
al-Djili s'est étrangement trompé dans l'interprétation de ce
dogme, car il a confondu avec le premier Principe, la pre-
mière hypostase, l'Ame universelle, la troisième hypostase,.
qui est le Démiurge de l'univers, dans la théorie platoni-
cienne, laquelle crée en effet les entités du monde d'après les
idées \Um de la seconde hypostase , dans chacune desquelles-
al-Djili a vu une forme particulière que le Démiurge, confondu»
avec le xb •-irpwxov, a donné à la voUç, ce qui est une extrapolation..
[138].
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 2 4 '7
Que Mansour al-HalIadj (1) ait professé des croyances chré-
tiennes, c'est ce que démontre ce qu'il dit dans le Tawashi
(page 29) : « Celui qui nie renie est T homme qui se trouve dans
« le cercle extérieur »; il dénie le stade JU^ auquel je suis
parvenu, parce qu'il ne me voit pas, et il me traite de zandik
« manichéen »; ce qui montre que les gens de l'Irak, qui
vivaient dans « le cercle extérieur ^), mais qui n'en savaient pas
moins par quels signes les Manichéens et les Chrétiens, qu'ils
confondaient d'ailleurs, se discriminaient de l'Islam, ne gar-
daient aucun doute sur l'état dïime J'^ d'al-Halladj. C'est ce
qui se trouve confirmé par deux vers d'une kasida, cités par
Miskawaiyyih, dans son Traité qui coupe dèfuiitivement la
route à Vimportwiité, en démontrant d'une manière irréfu-
table l'insanité d'al-Halladj :
« Louanges soient rendues à Celui qui a manifesté son huma-
nité, mais qui a révélé dans le secret le plus profond la gloire
éclatante de sa Divinité; qui s'est manifesté parmi son peuple
sous les espèces de Celui qui mange et qui boit! », ce qui ne
peut guère s'expliquer, dans une forme toute chrétienne, avec
des mots syriaques nasout « humanité », lahout, « divinité »,
que comme l'interprétation d'une image de la Cène, dans laquelle
le Christ est représenté mangeant et buvant avec ses disciples,
en se manifestant à eux sous un aspect matériel qu'il serait de
la dernière impiété d'attribuer à la divinité immatérielle de
rislam. Ce qui explique qu'au témoignage de Djoullabi
(xi" siècle), un grand nombre de zandiks, qui vivaient dans
rirak, se dénommaient les halladjis, du nom même de Hosain
ibn Mansour al-Halladj. Que cette qualification de halladji =
zandik = manichéen ait été prise par des individus qui n'étaient
pas manichéens, et qui se bornaient à professer des doctrines
subversives, qu'elle ait été appliquée à des personnages qui
n'étaient pas musulmans, c'est un fait plus que vraisemblable;
il ne saurait empêcher que tous les gens que l'on gratifiait de
(1) Revue de l'Orieiil Chrétien, 1930-1931, page 145.
[139]
248 , REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tun ou de l'autre de ces surnoms ne fussent, au point de vue
de rislam, que des infidèles.
C'est sous cet aspect que l'ont considéré ses contemporains,
et les auteurs anciens, qui ont écrit d'après leur témoignage
immédiat, tels 'Arib et Miskawaiyyili : Halladj, d'après Miska-
waiyyih, qui parle d'après l'historien al-Souli, qui vécut à la
même époque qu'al-Haliadj et s'entretint avec lui, Halladj
avait étudié la médecine et l'alchimie; comme beaucoup d'im-
posteurs, il se livrait sans cesse à des tours de passe-passe, à
des charlataneries, grâce auxquels il dupait les ignorants, les
petites gens, tous ceux qui, comme ledit 'Arib, n'avaient pas
les moyens de percer le personnage à jour; il fallait d'ailleurs
qu'il fût un habile prestidigitateur, puisque, si l'on en croit
Miskawaiyyih, il rappela à la vie le perroquet du fils du khalife
al-Moktadir. Il faisait croire à ces gens qu'il était dieu, ou,
comme le dit 'Altar, dans le Mémorial des saints, qu'il était
une hypostase de la Divinité, qu'il ressuscitait les morts, que
les génies lui obéissaient, comme ils avaient obéi à Salomon,
fils de David, qu'il avait le don des miracles; l'un de ses
fidèles réédita, ce à quoi il fallait bien s'attendre, la formule
de la profession de foi islamique, sous les espèces : « Al-Halladj
est Dieu, et moi, je suis l'envoyé d'al-Halladj. »
Il les trompa jusqu'à un degré qui n'est pas habituel dans
l'Islam, sous une forme dégradée, qui ne se rencontre guère
que chez les bouddhistes du Tibet; car, d'après Miskawaiyyih
(deuxième moitié du x*" siècle), on découvrit chez l'un de ses
adeptes un coffre scellé, dans lequel étaient des tioles conte-
nant de l'urine et des excréments d'al-Halladj, que l'heureux
possesseur de ce trésor avait recueillis comme des spécifiques
contre toutes les maladies. Qu'il y ait eu des manichéens parmi
ces pauvres gens, qu'al-Halladj renia lors de son arrestation,
en jurant que tout ce qu'ils racontaient étaient des mensonges,
c'est ce qui semble confirmé par cette circonstance que l'on
trouva chez plusieurs d'entre eux, d'après le témoignage de
Miskawaiyyih, des textes écrits sur des feuillets de papier de
Chine ^.-^ OO' dont plusieurs à l'encre d'or; ces textes se
présentaient sous la forme de rouleaux, puisque Miskawaiyyih
affirme qu'ils étaient doublés de brocard ou de soie, dans une
[140]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 249
formule qui était courante, aux époques anciennes, dans le
ێleste Empire, qui se retrouve encore au Japon, pour la
présentation des édits du mikado, et que les Turcs osmanlis,
avec la forme de leurs firmans, ont apportée d'Asie Centrale;
ce qui fait involontairement penser à ces Turks manichéens,
qui étaient venus d'Asie Centrale, pour servir dans la garde
du khalife, dont l'un, Afshin, fut arrêté en 839, à Baghdad,
sous le règne d'al-Mo'tasim-bilIah, et chez lequel on trouva
des images chrétiennes, qui lui avaient été envoyées de son
pays natal, ou qu'il en avait rapportées {Les Peintures des
manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale, 1914-
1920, page 240). Ce qui est certain, c'est que la version en
tiirk oriental du Mémorial des saints de Férid ad-Din 'Attar
afiirme que cet hérésiarque pérégrina jusqu'à Sauiarkand
{Samaskand) et les pays de la Chine du Nord, c'est-à-dire
jusqu'en Asie Centrale, où le Manichéisme était tout-puis-
saut à cette époque, comme s'il s'en était allé faire une sorte
de voyage ad limina.
Ses théories de l'union de la créature avec le Créateur reflè-
tent celles du Chrétien byzantin, (jui, au v" siècle, écrivit en une
langue excellente, sous l'influence du néo-platonisuae et de saint
Hiérothée, les livres que la tradition littéraire a longtemps
attribués, contrairement à toute raison, à Denys l'Aréopagite;
elles rappellent également les doctrines des Syriens, Jean
Climaque, dans ses Degrés, Joseph le Voyant, dont se nourri-
rent les premiers auteurs musulmans; il y a longtemps d'ail-
leurs que j'ai établi [Les Peintures des manuscrits orientaux
delà Bibliothèque nationale, Paris, 1914-1920, page 64, note)
que l'esprit du Mysticisme oriental se trouve chez l'évêque
Diadochos, de la ville de Photiké, en Albanie, et sa lettre dans
saint Jérôme. L'expression, chez HosaïnibnMansoural-Halladj,
est plus compliquée, et mieux, plus complexe, dans une formule
•où la raison est sacrifiée à la rime, le sens à l'assonnance, la
clarté à la répétition et à la redondance, comme si l'auteur
imitait péniblement un modèle littéraire : « Les concepts X^\
des entités n'ont aucune relation avec la Vérité; la Vérité n'est
dans un aucun rapport avec la créature; les idées ^\^ sont
des relativités matérielles; les relativités matérielles ne peuvent
[141]
250 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
atteindre les Vérités transcendantes; parvenir à la Vérité est
pénible, combien Test-il d'arriver à la Vérité des Vérités ÏFiia^
(ijUac-*! (à la signification métaphysique de la Vérité)! L'être-
absolu ^3^'' ^^^ (caché) par derrière la Vérité; la Vérité est au-
dessous de l'Être absolu. »
« Jusqu'au matin, le papillon vole autour du flambeau, et il
s'en retourne (au matin) aux formes matérielles aslikàl JIClI;
il leur apprend son état hdl JU., par le plus suave discours
makàl; puis, il se démène, par coquetterie dalâl, dans son désir
ardent d'arriver à la perfection kamâl. La lumière du flambeau
est la science de la Vérité 'i>s.J.s^\ lz.\ sa chaleur est la Vérité
de la Vérité ;3>'-J^' 'ilJ^\ l'arrivée à cette lumière est l'Essence
intégrale de la Vérité l'Ls^^\ j^-^ (1). Le papillon n'est pas satis-
fait de (ce qu'il connaît de) sa lumière et de sa chaleur, et, (pour
les connaître absolument), il se précipite entièrement dans le
flambeau; les formes tangibles jLCi,! attendent qu'il revienne
vers elles; il les avertit de l'attendre, parce qu'il n'est
point satisfait de ce qu'il a à leur apprendre (sur la lumière et
la chaleur du flambeau). En ce moment même, il devient
anéanti, annihilé, dissocié; il demeure sans forme rasm, san&
matérialité djasm, sans nom ism, sans attribut qualificatif
icasm. Dans un tel état, comment pourrait-il s'en retourner
vers les formes matérielles, et en quelle situation, après ce qui
lui est survenu? »
La lumière, la chaleur, jouent un rôle primordial dans le&
œuvres supposées de Denys l'Aréopagite, avec plus de logique,,
puisque, une fois plongé dans la flamme de la lampe, comment
le papillon pourrait-il s'en revenir vers les tangibilités, pour
leur raconter qu'il ne sait rien de l'immatérialité, alors qu'il
l'a perçue du moment où il a pénétré en son ipséité, et qu'il a
été anéanti dans le brasier?
Le concept de l'annihilation, de la disparition, de la fusion
(1) Il y a là une erreur manifeste; elle montre que Mansour al-Halladj ne
savait pas ce dont il parlait; l'arrivée à la Lumière n'est pas la Vérité intégrale ^
elle est l'arrivée à l'Intégrale de la Vérité; la Vérité intégrale est la Lumière
qui brûle, de son l'eu ardent, tous les voiles qui obscurcissent aux yeux du
Mystique les voies de la Transcendance; jamais 'Attar, Djami, ou même Kashifi,.
n'auraient écrit une semblable erreur.
LA PENSÉE CUiECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 251
de l'àme du Mystique dans l'ipséité divine, est un thème fami-
lier aux Chrétiens; il naquit naturellement dans leur esprit
des théories néo-platoniciennes, qui constituent leur philoso-
phie. Hiérothée, dans un sens exclusivement chrétien, comme
il faut s'y attendre, parle constamment de l'Essence, de laquelle
émane la Lumière. L'auteur des œuvres attribuées à Denys
rAréopa.u'ite a écrit, au v" siècle, que l'intelligence, enivrée de
félicité, comme liquéfiée au feu de l'amour, perd ses imper-
fections, et se trouve amenée au stade divin; d'autres Mystiques
ont affirmé que l'âme enflammée de l'amour du Christ se
fond dans l'objet de sa passion, comme le fer dans une four-
naise ardente.
Le souci puéril de l'assonnance, aux dépens du sens, est
flagrante dans le Tawasin, qui est l'un de ces ouvragées d'al-
Halladj, dont Farid ad-Din 'Attar a dit. dans le Mémorial des
saints, qu'ils sont écrits en un style très dur à comprendre, et
qu'ils traitent de la transcendance de l'amour divin : « La Vérité
hakika est insaisissable dakika; les chemins qui y conduisent
sont pénibles madhika; en elle sont des feux violents shahika;
au delà d'elle se trouve un désert profond 'amika; l'étranger
qui s'y engage pour le parcourir est averti qu'il doit franchir
quarante stades, comme le stade de l'éducation parfaite adab^
du départ dzaliab, de la cause sabah, de la recherche talaby
delà stupéfaction \idjab, de l'anéantissement 'atab, de la joie
tarab », sans qu'il existe en tout cela, à l'inverse des grands
traités d'Ésolérisme, une gradation, une hiérarchie ascendante
dans ces stades qui doivent conduire le Mystique à la Vérité
intégrale; ce qui montre que l'auteur de ces lignes parlait de
choses auxquelles il n'entendait rien, qui lui étaient infiniment
plus étrangères qu'à un compilateur de la fin du xv" siècle, tel
que Hosain Wa'iz al-Kashifl, à Hérat, au fond de l'Iran.
Il laissait croire aux Musulmans orthodoxes qu'il recherchait
leurs suffrages, mais, en fait, il affirmait son sunnisme devant
les Sunnites, son shi'ïsme aux Shi'ïtes; il jurait qu'il était
mo'tazilite dans une société de ces sectaires; al-Souli lance
contre lui cette accusation terrible que, lorsqu'il arrivait dans
une ville, s'il apprenait que ses habitants étaient mo'tazilites,.
il se faisait incontinent mo'tazilite, et ainsi de suite, suivant les
[1431
^252 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
diversités des confessions. En réalité, comme nous l'apprend
'Arib, qui continue Tabari, al-Halladj professait Tanarciiie
intégrale, le nihilisme radical dans tous les domaines : « Je
n'approuve rien, disait-il, de ce qui se lit dans le Koran, rien
de ce qui constitue le droit, rien de la Tradition mohamma-
dienne, rien de la poésie, rien de la philologie, rien de l'his-
toire »; c'était, comme le dit 'Arib, un homme sans aucune
moralité, un sycopiiante, qui se moquait de toutes les formules
religieuses et sociales. Farid ad-Din 'Attar, dans le Mémorial
des saints, rapporte une de ses sentences, suivant laquelle il
se vantait de n'avoir appartenu, jusqu'à cinquante ans, à
aucune modalité religieuse, à aucune forme cultuelle .^^^^j-»,
oij il disait qu'il avait choisi dans chacune ce qui s'y trouvait
de plus pénible et de plus dur, pour se l'appliquer sans pitié,
si bien que, jus^ju'à cet âge, il n'avait jamais récité la prière
canonique sans la faire précéder de l'ablution générale J.--c,
réservée à la grande purification, au lieu de l'ablution locale
_^j, qui, seule, est d'observance stricte. Il ne faut pas voir
uniquement dans ces formes cultuelles les quatre rites du Sun-
nisme ou le Shi 'ïsme; ces variantes islamiques, dans leur es[irit,
se discriminent sur des différences d'intention, sur des ques-
tions de conscience, sur des modalités intellectuelles; mais,
comme si ces divergences ne suffisaient pas à les dresser les
unes contre les autres, elles ont imaginé des variations dans
le domaine matériel, dans le règlement de la conduite de la
vie et des actes dictés par la morale, lesquels relèvent des
fourou\ et non des ousoul, comme les premières : telles la
licence de la prostitution des garçons chez les Malikites (1), ou
les mariages temporaires et révocables ^j-Lû^J! jiJl, Ïjc:o.M, chez
les Shi'ïtes; c'est un fait connu que les gens atteints de la manie
(1) En voyage, faute de mieux, comme le montrent ces vers ù.\\ne manzouma
malikite :
^y^\ ^JÙ L^_ ^l * .yNÎ! ^^iJI .k ^=Lç.j
De semblables turpitudes.se retrouvent chez les Hanéfites, comme le prouve
un vers d'une manzouma de cette secte que j'ai cité dans le tome XLI, page 115,
-des Notices et Extraits.
[144]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 253-
du scrupule s'appliquent, par ceuvre précautionnelle J,s«JI
J3L;ow^b, la somme des prescriptions les plus sévères de ces
formules religieuses; pour favoriser leur laxisme, les libertins
font exactement le contraire.
Mais aucune variante cultuelle de l'orthodoxie n'a pu avoir
la prétention d'obliger, sans raison majeure, le fidèle à faire
cinq fois par jour la grande ablution; ce jansénisme outrancier,^
cet amour de la surérogation inutile, caractérisent les sectes
soufies les plus extravagantes; d'où Ton peut déduire qu'al-
Halladj avait mélangé les formules de toutes les sectes musul-
manes ^ orthodoxes ou non, et même de toutes celles, chré-
tiennes, manichéennes, ou autres, qu'il avait rencontrées dan&
ses pérégrinations; que, durant un demi-siècle, il n'avait
appartenu à aucune forme religieuse légale, et qu'il avait passé
d'une croyance à l'autre, au gré de sa fantaisie, ce qui est
assez conforme aux idées des Soufis, pour lesquels toutes les-
croyances sont des aspects d'une même erreur, et ce qui se
trouve, jusqu'à un certain point, confirmé par ce fait qu'il se
faisait appeler de deux noms, Hosain ibn Mansour al-Baïdhawi
et Mohammad ibn Ahmad al-Farisi, vraisemblablement pour
dissimuler un dédoublement de sa personnalité, grâce auquel
il pouvait se livrer à des exercices contradictoires.
De très bons esprits, dans l'Islam, au témoignage d'Ibn
Khallikan, considéraient qu'al-Halladj fut en connexion directe
avec le Karmatisme, qu'il avait reçu des révolutionnaires
karmates la mission de « travailler » l'Irak, et d'y faire sauter
l'ordre établi. Le fait est loin d'être impossible; cette imputa-
tion serait la moindre des injures que l'on puisse adresser à
al-Halladj; le Soufisme est dans une relation immédiate avec
l'Ismaïlisme et les sectes hétérodoxes; il n'a, en réalité, d'autre
but que la démolition de l'Islamisme; le nihilisme intégral
d'al-Halladj est tout à fait conforme à l'esprit du Karmatisme,
qui ne voulait pas révolutionner la civilisation musulmane,
mais bien la détruire; il est corroboré par ce que raconte
Djouilabi, dans \q Kashf al-mahdjoab, que certaines personnes
ont émis l'opinion qu'al-Halladj fut l'ami intime d'un nommé
Abou Sa'id al-Karmati. Que le nihilisme du Karmatisme ait
mec larché ave nihilisme du Manichéisme, c'est un fait très-
[145]
254 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
vraisemblable; il explique comment al-Halladj a pu faire les
affaires des Karmates, tout, m professant une forme dégradée
du Christianisme.
L'historien al-Souli, qui était fort bien renseigné sur son
compte, affirme qu'il avait pris l'habit des Soufis, et qu'il sin-
geait leurs habitudes, sans avoir aucun droit à se réclamer de
leur secte, alors que 'Arib, Miskawaiyyih, et même Djoullabi,
dans le Kashf al-mahdjoub, reconnaissent qu'il n'était qu'un
très habile magicien ; et son attitude ne trompait pas seulement
les pauvres gens, puisqu'un Soufi, nommé Ya'koub ibn Akta',
séduit par l'austérité de sa vie, lui donna sa fille en mariage,
et ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était devenu le beau-père
d'un magicien. Cette accusation de sorcellerie est unanime contre
al-Halladj, sauf de la part de ceux qui le défendirent à tout
prix; elle est si unanime que Djoullabi s'est donné beaucoup
de peine pour établir cette étrangeté que la magie et l'occultisme
ne sont nullement contraires à l'esprit de l'Islam. C'est pour-
quoi beaucoup de gens, dans l'Islam, au témoignage de Farid
ad-Din 'Attar, se bornaient à lui dénier la qualité de Musul-
man, à le taxer d'infidélité majeure, sans préciser davantage,
ce qui était une simplification assez commode, puisque toutes
les autres accusations se ramènent à celle-ci. Ces circonstances
expliquent pourquoi Djoullabi, au xi^ siècle, a mentionné l'opi-
nion, qu"Attar a reproduite dans le Mémorial des saints, avec
une très légère variante dans la forme, qu'il y eut un Hosaïn
ibn Mansour al-Halladj, qui fut un orthodoxe, à soigneusement
distinguer d'un Hosaïn ibn Mansour al-Moulhidi, l'Ismaïlien,
le Karmate, qui fut le maître du célèbre médecin Mohammad
ibn Zakarya al-Razi (f 320 H = 932), et l'ami intime de Abou
Sa'id le Karmate; ce qui est une manière assez habile, quoi-
que fort peu vraisemblable, de départager les gens qui, suivant
l'expression d'Ibn Khallikan, portaient al-Halladj aux nues, ou
le vouaient, sans milieu, à l'exécration des fidèles. Et Djoullabi,
dans son Kashf al-mahdjoub, ne fut point satisfait par ce
stratagème assez grossier, puisqu'il a écrit que l'on ne peut pas
ne pas faire entrer al-Halladj dans une liste générale des Soufis,
mais que l'on ne peut pas davantage fonder les règles de la
•secte sur ses sentences, parce qu'il est un exagéré, un outran-
[146]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. '200
•cier, un homme qui n'attribue de valeur intrinsèque qu'à sa
propre discipline^ en méprisant celles de tous les autres, dont
les opinions sont purement subjectives, et n'ont de valeur
absolue que par rapport à lui et à ses théories, si bien qu'on
ne peut les considérer objectivement et les faire rentrer dans
le trésor des connaissances humaines, avec lesquelles elles
n'ont ni commune mesure, ni même la moindre similitude.
C'est en ce sens que des docteurs du Soutisme, et non des
moindres, ont exprimé cette théorie que le stade auquel était
parvenu al-Halladj, dans la hiérarchie mystique, son état d'âme,
-qui l'y avait amené, ne relevaient pas du concept humain, et
dépassaient de beaucoup l'entendement; c'est ce qu'a voulu
exprimer le célèbre Ghazali, dans son Mishkat al-amvai\ où
il s'est donné la peine d'expliquer les outrances les plus outran-
cières d'al-Halladj par l'excès- de son amour pour Dieu, et
l'extrême élévation de son stade. Cette critique, en fait, n'en
constituerait pas une; elle ne ferait que souligner l'indépen-
dance, l'originalité, la personnalité d'al-Halladj, aux dépens
des qualités négatives de bons élèves, qui récitent la parole du
Maître, qui imitent sa graphie, sa manière de se moucher, qui
recopient si bien ses périodes que l'on jurerait que leur prose
est sortie de sa plume, qui se gardent de l'originalité, qu'ils
ne sauraient avoir d'ailleurs, comme de la peste, qui leur ferait
perdre l'estime des médiocres, et leur appui, qui est encore
plus important.
Le stade auquel parvint al-Halladj, malgré l'opinion du
■célèbre Ghazali, n'a, en fait, rien de si mystérieux, et l'on ne
voit pas trop bien ce qu'il entend dire; quand les Mystiques
s'élèv^ent vers l'unification avec Dieu, «jus,.*-^, dit le Madjma
al-bahraln, ils ne voient plus qu'une seule existence, l'Unité
transcendantale .iLi». Jo^! : les uns la perçoivent par la con-
naissance ésotérique .,'^^=; d'autres, plus avancés dans la
Yoie, par la contemplation ^^ùJj:^; les derniers, qui sont
parvenus presque aux limites de la Voie, par la révélation exta-
'tique, qui porte plusieurs noms dans la terminologie soiilie :
^y, Jo^j, JU., etc.; on nomme le premier de ces stades, la
.■science de la certitude ^r:r^}^ a^; '^ second, l'essence de la eer-
[147]
256 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
titude ij^^î ^^] le troisième, l'intégralité absolue de la cer-
titude r:SJ\ ^jf^. Au premier de ces stades, il se fait une sélec-
tion dans la masse de ceux qui suivent la Voie, de telle sorte
qu'il ne reste que quelques personnes pour le second; dans le
second stade, le Mystique est complètement submergé dans
l'état de séparation d'avec le monde; dans le troisième, il arrive
enfin à l'Union, et il perd tout concept de son ipséité; il est au
comble du ravissement ^-_5->-^% dans une telle ivresse qu'il se
croit confondu avec l'Être unique, et s'écrie comme al-Halladj :
« Je suis Dieu », ou comme Bayazid de Bistham : a Louanges me
soient rendues! »; ce qui n'empêche, dit 'Abd al-Karim al-Djili,.
dans son al-KamâkU al-ilahii/ya fU-sifût al-Mohamma-
diyya, qu'aucun Mystique n'a pu atteindre le stade du Prophète,
lequel connaissait Allah de la connaissance même dont Allah
se connaît, de telle sorte que son stade, le stade de l'Intégrale
Lx^>:p^! ^U», ne sera atteint par aucun être humain ou transcen-
dantal, cette somme étant celle des perfections humaines et
des perfections divines qui se trouvaient réunies dans la per-
sonne de Mahomet.
Toutes ces explications sont des façons assez casuistiques
d'exprimer une opinion sur un cas fort embarrassant, de s'abs-
tenir de porter un jugement motivé sur ce personnage, qui, par
amour des entités créées, se laissait manger vif par la vermine;
certains docteurs mystiques n'ont point été aussi bénins, et ils
ont prononcé contre lui une sentence autrement sévère, ou
même ont refusé à le comprendre dans l'Ordre.
Mohammad ibn Hosam al-Soulami, dans la seconde moitié du
x** siècle, c'est-à-dire un demi-siècle environ après la mort d'al-
Halladj, composa, sous le titre de Tabakàt al~Soufiyya « les-
Ordres des Soufis », un traité, qui fut remanié par le célèbre
Mystique 'Abd Allah al-Ansari, vers le milieu du xi" siècle, à
Hérat, dans une recension que Djami, dans la seconde moitié
du xv% translata dans une langue possible, sous le titre de
h af allât al-ouns min hadhràt al-kouds : « Les émanations
dont sont gratifiés les Mystiques qui jouissent de l'intimité de
l'Entité sacrée ». 11 est visible qu'al-Soulami fut encore plus
embarrassé que ne l'avait été al-DjoulIabi, car il cite en deux
[148J
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE ^MYSTICISME ORIENTAL. 257
passages différents Hosaïn ibn Mansour al-Baïdhawi (al-
Halladj) [man. persan 112, folio 51 rectoj, et {ibid., folio 53
recto), le fils de ce personnage, Ahmad ibn Hosaïn ibn Man-
sour al-Halladj, dont ne parlent ni 'Arib, ni Miskawaiyyih, ni
Djoullabi, ni Ibn Khallikan, ni même Farid ad-Din 'Attar,
sans mentionner, dans la notice d'al-Halladj, autre chose que
les controverses qui s'élevèrent à son sujet, et sans rien dire
de sa fin tragique. Il n'y faut point voir la preuve qu'al-
Soulami et 'Abd Allah al-Ansari, dans l'Orient de la Perse,
ignoraient ce qui se passait à Baghdad; les mentions de Djou-
naid de Baghdad, de iMa'rouf du quartier de Karkh, dans cette
capitale, des origines palestiniennes de la secte (voir Revue de
l'Orient Chrétien, 1925, page 72), la mention du grand hermé-
tique égyptien Zoul-Noun Misri, dissipent cette erreur. II ne
faut pas oublier qu'al-IIalladj fut condamné par une forte
majorité; d'après Djoullabi, que recopia 'Attar, tous les shaïkhs
soufîs se refusèrent absolument à admettre qu'il appartenait
au Soufisme traditionnel, à sa forme ancienne, sauf 'Abd Allah
Khafif, Shibli, Aboul-Kasim Koshaïri; tous les partisans de
l'ordre nouveau ,'^d.li^, les précédents étant des réaction-
naires, jugèrent exactement de même, sauf quelques personnes,
parmi lesquelles le célèbre Abou Sa'id ibn Al)il-Khaïr, Abou
'Ali Faryoumadi, ce qui revient à dire qu'il fit, ou à peu près,
l'unanimité contre lui, sans pouvoir invoquer cet argument
qu'il inaugurait un ordre nouveau, puisque Farid ad-Din 'Attar
en fait le dernier représentant de l'ordre ancien; toutes hési-
tations et complications qui montrent la multiplicité du per-
sonnage.
Les Manichéens formèrent l'une des sectes les plus impor-
tantes du Gnoslicisme, et ils ne furent jamais qu'une secte
gnostique, qui avait hérité des folies de toutes celles qui
l'avaient précédée dans le monde, et qui les porta à leur
comble( I ); ce qui explique comment et pourquoi le Manichéisme,
&yncrétisant et résumant dans son erreur toutes les aberra-
tions gnostiques, absorba dans le monde entier les débris des
sectes qui les avaient professées, et se répandit avec une rapi-
(1) Les Pères grecs sont unanimes sur ce point : à leurs yeux, le Mani-
chéisme syncrétise les infamies de toutes les sectes antécédentes.
[149]
ORIENT CHRÉTIEN. 17
258 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
dite vertigineuse dans tout le monde romain, en Syrie, en
Egypte, dans TAfrique du Nord, dans les pays slaves, en
Italie, en Espagne, en France, où il mit l'Orthodoxie à deux
doigts de sa perte.
Tous les Gnostiques, au témoignage de Porphyre {Vie de
Plotin, ^ 16), qui savait mieux que personne à quoi s'en tenir
sur ce point, étaient des hérétiques chrétiens, qui, faute de
les comprendre, exagéraient et déformaient les théories de
Platon (1). A la triade plotinienne : P le Un primordial;
2" l'Intelligence; 3" l'Ame, les Gnostiques substituent une autre
triade : 1" le Un primordial-l'lntelligence, réunis en la Tétrade
pythagoricienne avec la Pensée "Ewoix du Un, et la syzygie
Intelligence- Vérité qu'il avait émanée; 2" le Verbe; 3" la
Sophia (2), avec la préoccupation visible de faire pénétrer
dans la triade hypostatirjue du néo-platonisme le concept du
Verbe du quatrième Évangile, c'est-à-dire le Christ, le 6 [j-ovc-
7£vy;ç u'.6ç, qui vint naturellement prendre les attributs do
l'Intelligence, la Ncuç p^ovoY^vv;;;, et les idiosyncrasies d'inspira-
teur des idées du monde. Encore faut-il remarquer que les
Gnostiques dédoublèrent le concept du Verbe en deux aspects,
dont l'un est celui qui se trouve inclus dans leur trinité, et
dont le second se trouve encore dédoublé en deux personnes,
créées après l'émanation des Éoiis, le Christ XpwTk, avec sa
parèdre Hvsup.a, le Saint-Esprit, et Jésus, qui fut émané de la
(1) Saint Irriiée (Contra haereses, II, M) a démontri'- d'une manière qui no
laisse place à aucun doute que les Gnostiques s'en sont allés cherolier tous leurs
concepts dans la philosophie grecque, dans l'Mellénisnie en général; qu'en
jjarticulier, la doctrine de Platon sur les intelligiljles est exactement la même
que celle des Gnostiques sur l'expression dans les entités créées des entités du
monde de la Transcendance, des <• idées » : « Democritus enim primus ait
multas et varias ab universitate figuras expressas descendisse in hoc mundum-
l'iato vero rursus materiam dicit et exemplum et Deum : quos, isti sequentes,
figuras illius et exemplum, imagines eorum, quae sunt sursum, vocaverunt, per
demutationem nominis semetipsos inventores et factores huj'usmodi imagi-
nariae fictionis gloriantes. » Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, livre Y,
chap. 38, insiste sur ce fait que les Gnostiques s'inquiétaient assez peu de
ce qui se lit dans les livres saints, mais qu'ils préféraient de beaucoup étudier
les ouvrages delà science grecque, la géométrie d'Euclide; ils réservaient leur
admiration pour Aristote, pour Théophraste, pour Galien.
(2) Avec l'intercalation entre le Verbe et la Sophia d'une quantité d'inutilités,
les Éons.
[150]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 259
perfection des trente Éons. La Sophia, dans ce système, joue
le rôle de TAme (1); elle crée le Démiurge, qui crée le monde,
ou qui croit le créer, car il se borne, en fait, à réaliser les idées
que lui inspire sa mère, la Sophia, et que lui transmet le
\'erbe, ce en quoi il est facile de voir un singulier arrange-
ment du néo-platonisme.
La Gnose tenta un syncrétisme illusoire entre le dogme païen
et la théodicée catholique, ou mieux, entre l'exagération de ces
deux doctrines, qu'il essaya de combiner; cette tentative était
vouée à un insuccès certain; l'Orthodoxie triompha, parce
qu'elle discrimina le dogme de la Rédemption et les thèses philo-
sophiques du platonisme. Origène fut purement platonicien; il
enseigna que les âmes sont incarnées sur cette terre pour expier
une faute commise dans l'au-delà; il ne doit rien au concept
de la transmigration bouddhique, pas plus que la Gnose, dans
l'extravagance de laquelle il s'est gardé de tomber; mais si
l'iJrthodoxie ne cite son nom qu'avec respect et avec admira-
tion, il n'en est pas moins hétérodoxe pour avoir voulu intro-
duire le dogme du paganisme dans la Révélation.
Il n'existe rien, ou à peu près rien, dans les thèses gnos-
tiques qui ait son origine en Orient, contrairement aux asser-
tions de Franck; mais il fallait pour Franck que le Gnosticisme
soit juif, comme Darmesteter voulut que l'Avesta le soit. La
cabale, en fait, est un gnosticisme juif, qui démarqua la Gnose
chrétienne dans ses moindres détails. Porphyre n'a jamais
dit, comme on le lui a fait dire, par une « sollicitation »
d'ailleurs maladroite de son texte, que les Gnostiques s'inspi-
rèrent du Zoroastrisme : ces sectaires,, ;dit-il, montraient à
tout venant les Révélations de Zoroastre, les élucubrations de
Zostrien et d'autres illustres inconnus; mais il affirme que ces
(1) Il est évident que, cLms les théories des Gnostiques, la Sophia supérieure
est l'aspect premier et supérieur de l'Ame universelle, qui, dans la doctrine
néo-platonicienne, regarde vers le monde des intelligibles, et transmet les
■■ idées » à l'aspect second et inférieur de l'Ame universelle, lequel reçoit les
« idées » et les réalise dans la création de la tangibilité ; ce deuxième aspect de
l'Ame est la Sophia inférieure du Gnosticisme ; mais les Gnostiques ont encore
dédouble son concept en inventant que la Sophia inférieure a créé le Démiurge,
li'quel fait le xd-jp-o;. L'Hélène de Simon, comme on le verra plus loin, n'est
autre que cette Sophia, c'ést-à-dire l'Ame universelle du Platonisme.
[151]
260 R.EVUE DE l'orient CHRETIEN.
prétendues Révélations de Zoroastre étaient un faux manifeste,
comme il le prouva, et qu'Amélius perdit son temps à écrire
quarante livres {sic) pour réfuter les insanités de Zostrien.
Saint Irénée (i, 20) dit, dans le même esprit, que les disciples
de Marcus montraient une quantité d'opuscules qu'ils avaient
composés pour tromper les badauds, et qu'ils prétendaient
contenir les trésors de la science antique; les exemples de
cette littérature pseudo-mazdéenne, les livres de Djamasp, et
ceux de la prétendue science asiatique, qui ont été traduits en
arabe par les Gnostiques musulmans, suffisent à montrer
qu'ils sont des faux notoires , sans l'ombre de valeur histo-
rique.
Il y avait dans les thèses des Gnostiques une part d'orgueil,
ou plutôt d'ignorance vaniteuse; si on les en croyait, ils eussent
été les seuls à saisir le sens de la nature des intelligibles, à
laquelle Platon n'aurait rien compris (Plotin, Ennéades, II,
IX, 6; saint Irénée, i, 13); cette jactance de primaires est un
défi au sens commun. Plotin (II, ix, 6), saint Augustin {Cité de
Dieu, VIII, 6), Bossuet, en nombre de passages, qui furent de
grands esprits, ont reconnu sous des formes diverses, mais
équivalentes, que la doctrine platonicienne sur le monde intel-
ligible, sur la psychologie, sur la théodicée, sur les rapports de
l'Ame avec Dieu, est la forme la plus parfaite de l'explication
de ces concepts abstrus qui soit née dans l'esprit des hommes,
la seule qui existe réellement, en dehors de laquelle il n'est rien.
Cette erreur ne sévissait pas seulement chez les Chrétiens :
s'il existait des Chrétiens qui voulaient platoniser dans l'ou-
trance et dans la fantaisie, il y avait des platoniciens qui chris-
tianisaient dans le même esprit; ce que Ton sait par Plotin
(II, ix, 10), qui a adressé sa réfutation des Gnostiques, non aux
Gnostiques, ils n'en valaient pas la peine, mais à quelques néo-
platoniciens qui avaient adopté les lubies, ou certaines lubies,
de ces sectaires, et qui prétendaient, grâce à elles, qu'ils avaient
raison contre Platon!
Que la Gnose soit purement chrétienne, c'est ce qu'il est
facile de prouver: dans leurs thèses, les Gnostiques ne parlent
que du dogme chrétien, qu'ils syncrétisent avec l'enseignement
de Platon; c'est en vain qu'on y chercherait la moindre trace
[152]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 261
de cette « sagesse orientale », qui aurait transformé le plato-
nisme en la doctrine alexandrine; les emprunts que les Naas-
séniens, au témoignage d'Origène {Contre tes hérésies,^), ont
fait à rÉsotérisme assyrien, sur la triplicité de Tàme, à celui
des Phrygiens, sur la création, à V Évangile d'après les Égyp-
tiens, à celui de saint Thomas, n'ont, en réalité, laissé aucune
trace dans la Gnose; tout, dans la terminologie gnostique est
catholique, le nom du Christ, de la Croix, du Saint-Esprit,
du Paraclet, puisque les Catholiques, exactement comme eux,
nomment l'Être suprême, ineffable, incognoscible, BjGb^-aTpwoç,
ripo-ixwp. Ce n'est point dans les prétendues Révétations de
Zoroastre qu'ils sont allés chercher la justification de leurs
folies, les preuves de la vérité de leur doctrine, mais bien dans
une interprétation abusive des livres de V Ancien et du Nou-
veau Testament, dont ils torturent le texte par un système
d'interprétation allégorique et symbolique (1), grâce auquel on
trouve tout ce que l'on veut trouver, que les Talmudistes, des
siècles plus tard, ont emprunté aux Gnostiques, sous une forme
bien connue des hébraïsants, bien loin que, sur ce point, la
Gnose soit le disciple de la Cabale, puisqu'elle l'avait inventé dès
les premières heures du Christianisme: « sic verba tempérant,
dit saint Jérôme, et ambigua quaeque concinnant ut et nostram
et adversariorum confessionem teneant », de telle manière que
les Orthodoxes, tout comme les hétérodoxes, trouvassent leur
compte dans ces grimoires. Rien, dans leurs thèses, ne rappelle
le Mazdéisme, ou les doctrines des religions de l'Asie anté-
rieure; tout s'y explique merveilleusement par une conjonction
syncrétique du dogme chrétien avec les théories platoniciennes :
le monde (saint Irénée, ii, 3) est le fruit du péché, et il a été
créé par l'ignorance, ce qui est aux antipodes de la pensée
mazdéenne, et ce en quoi il faut voir le syncrétisme de ces
deux concepts que la matière, le substratum du monde, est une
entité maudite chez les Platoniciens, et que le monde, pour les
Chrétiens, tout au moins ses habitants, sont les victimes du
péché originel. La rédemption, dont le concept n'est ni
mazdéen, ni platonicien, qui est inutile en Perse et dans le
(1) Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, livre V, chapitre 38, les accuse
oralement d'altérer les Écritures.
[153j
262 . REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Paganisme, est run des dogmes essentiels du Gnosticisme^
comme du Catholicisme; l'initiation à la Gnose, à la vraie
science, peut seule conduire le fidèle à la rédemption véritable
(saint Irénée, i, 21); seule, elle le fait entrer dans le Plérôme,.
dans le yio-ij.o; divin, et régénère le croyant dans l'ipséité de
Dieu (ibid., m, 15), dans un esprit où Ton reconnaît encore,
à côté du concept chrétien, celui de Tinitiation aux mystères
redoutables d'Eleusis.
Simon le Magicien fut, aux premières heures de la Révéla-
tion, un apostat du Judaïsme, un candidat indigne à la foi
chrétienne, un mauvais platonicien, avec une tendance marquée
à l'allégorie; il sortit de l'orthodoxie judaïque, sans entrer
dans celle du Christianisme, auquel il ne comprit rien, et contre
lequel il exhala sa mauvaise humeur en attaques virulentes
contre le Christ, qu'il traitait de sorcier, de mauvais magicien,
comme le montre suffisamment cette apostrophe qu'il adressa
à saint Pierre : « sicut ille qui misit te magus qui nec se ipsum
potuit liberaredecrucis poena: comme ce mage qui t'a envoyé,
et qui ne put se libérer lui-même du supplice de la Croix ». Le
Créateur, dans la théorie de Simon, n'est point le Dieu suprême,
car Dieu ne peut s'abaisser à former la matérialité du y.ba\).oq ;
d'où il reconnaît un Dieu suprême et unique, puis une Intelli-
gence formatrice, qui lui est soumise, qui crée les Anges.
qui créent le ■/.ôajj.oç (1); cette théorie conduit tout naturelle-
ment à celle du Démiurge, créateur du monde matériel, et il
faut voir l'origine de cette doctrine dans le système des
Gnostiques; le démon, dans l'idée de Simon le Magicien, est
(1) Simon est Dieu le Père, et parvenait à le faire croire, puisque, au témoi-
gnage de saint Justin {Apologie première pour les Chréliens, pages 59 et 77 j
Migne, P. G., VI, 367, 413), il avait sa statue à Rome, dans une île du Tibre^
avec cette inscription en latin : Stixwvi Seto <7âyxTw-, sa pensée "Ewoia descendit
sur le plan inférieur, et devint la courtisane Hélène, avec qui il vécut, laquelle
donna naissance aux Anges et aux Puissances, qui créèrent le monde (saint
Irénée, I, xxin; II, viii; IV, vi); Simon, d'après ce que raconte une homélie attri-
buée à saint Clément Romain {Homélie, II, 25), affirmait que cette Hélène-
descendue du ciel, essence-mère de toutes les entités, était la Sophia, X^yet... ôx;
aa(xu.iÔTopa oyatav xai Soytav, ce que dit également TertuUiea (de Anima, 31),
en termes moins clairs; d'où il suit que Simon a passablement brouillé les
concepts platoniciens et néo-platoniciens, la 'Ewotat du premier Principe, qui
est le principe de la Noùç, ne pouvant pas être la Wv/yi, l'Ame universelle.
[154]
LA PENSÉE GRECQUE DAXS LE MYSTICISME ORIENTAL. 263
une création autonome de la matière, ce en quoi, manifeste-
ment, il faut voir l'exagération du platonisme, qui continuait
les théories du pythagorisme, sans la moindre induence de
riranisme; la matière est une puissance métacosmique, éter-
nelle comme Dieu, infinie, amorphe, indéterminée, essentielle-
ment maléfique; elle est l'origine de tout mal, et elle combat
ainsi les desseins delà Divinité; cette théorie, issue de l'évo-
lution de la philosophie grec(|ue, ralliait de nombreux parti-
sans. Simon le Magicien ne fait (ju'indiquer la tendance du
Gnosticisme vers l'hérésie manichéenne (1), mais cette ten-
dance s'affirme bientôt chez Basilide, qui s'était entièrement
délivré d<' l'emprise judaïque, tout en demeurant, comme
Simon, un allégorique; Basilide, en fait, qui voyagea en Perse,
est le fondateur du Manichéisme; il demeure entièrement
chrétien, mais c'est lui qui a inventé la singulière théorie de
r« apparence » de Jésus, que Manès poussa à l'extrême, laquelle
est née, non d'une influence iranienne, mais tout simplement
d'une interprétation erronée de ce que dit saint Paul, dans son
Èpitre aux PhiJippiens : « soyez dans la même disposition où a
été Jésus-Christ...; en prenant la forme d'esclave, en se rendant
semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce
qui a paru de lui, il s'est humilié lui-même, se rendant obéis-
sant jusqu'à la mort... » (5, 7, 8); d'où Basilide a conclu un peu
vite que Jésus-Christ ne fit que « ressembler » à un homme, sans
être réellement un homme, tout comme le Saint-Esprit {saint
Luc, III, 22), descendit sur le Christ sous une forme visible,
comme une colombe, sans être en réalité une colombe, ou rien
qui y ressemblât. Et ce fait n'a rien de surprenant, sir lo^étlé-
cliit que, de ce passage de saint Paul, saint Justin, qui fut suivi
par saint Basile et par saint Cyrille d'Alexandrie, déduisit que,
non seulement le Christ avait pris par humilité l'apparence d'un
esclave, mais encore qu'il se révéla dans ce monde sous la
forme du plus laid des enfants d'Adam. Comme la plupart des
peintres du moyen âge furent des religieux de l'ordre de saint
(1) Les Pères grecs regardent Simon comme l'ancêtre des sectes hérétiques
(saint Irénée, livre 1, ch. xxvii; livre III, intr. ; saint Cyrille, Inslruclions, vi,
g 14; Conslitullons apostoliques, attribuées à saint Clément Romain, livre VI,
ch. VII).
[155]
264 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Basile, cette laideur du Christ, laquelle sourit d'ailleurs à leur
médiocrité, devint un dogme du Canon iconographique.
Kerdon, comme Simon le Magicien, comme Marcion, ensei-
gnait, suivant ce que nous apprend saint Irénée (i, 27),
l'existence de deux principes divins, que le Dieu qui est pro-
clamé par la Loi et par les Prophètes n'est point le père de
Notre-Seigneur Jésus-Christ; l'un de ces dieux est connu,
l'autre est inconnu; le premier est capable de faire l'injuste, le
second ce qui est bien : èoBa^s xbv ù-b ~oo vi;xc'j -/.ai ^rpcsT^-wv
v.z-ATip'jy^jA'io^f Osbv \)/q ctvai 7:x-épx -oit Kupiou -qijmv lr,(J0\j Xoistou.
Tbv [j.àv vip Yvo)pt^£70at, -bv âè àyvwta slvat' v.cà xbv \).ïv à$r/.cv, tsv ce
âyaObv û-ip/siv (1), en lisant aoiv.iv à la place de Sixaiov, ce qui est
confirmé par ce que saint Épiphane (page 300) dit de cet héré-
tique, que son principe inconnu de tous est le dieu bon, qui se
nomme le père de Jésus, et que son principe connu des hommes,
le Démiurge qui créa le monde, ce qui explique que tout y aille
si mal, est un mauvais dieu... hx ày^cObv v.xl hx x-fv^j-o^/ t:î;
Traaiv cv v.xl r.x-ipx toj It^go-j xfy.A'/ixs, y.x'. l'va tbv A'/jtjAiupybv zovripo"^
bnx y.%\ ^(Vb)7-ov '/rxXqsx^i-x èv tw vi[j,(|); telle était d'aiUeurs
également l'opinion de Sévérianus, lequel ajoutait que la
femme est la créature de Satan, que ceux qui se marient font
et accomplissent l'œuvre du diable.
Il est visible que ces deux principes divins de Simon, de
Marcion, de Kerdon, n ont rien de commun avec les deux prin-
cipes antagonistes du Mazdéisme, et qu'ils sont les deux divi-
nités du philosophe néo-platonicien Numénius, qui sont nées,
tout naturellement d'une évolution de la pensée hellénique.
Le concept de l'opposition systématique de l'Esprit du mal à
la volonté de l'Esprit du bien, qui est l'essence du Mazdéisme
avestique, n'appartient pas à l'Indo-européanisme primitif; il
n'y en a pas de trace dans l'Inde; il n'appartient pas davantage
au Sémitisme; les esprits du bien font le bien de leur côté, les
esprits du mal créent le mal, sans coordonner leurs efforts dans
(1) Saint Cyrille (Inslruclums, iv, g 4) dit également que les hérétiques ensei-
gnaient qu'il y a un dieu injuste et un dieu bon; que le dieu bon est le créateur
ot le souverain de l'ànie; le dieu injuste, le créateur et le souverain des corps :
âX).ov elvoi tbv àôtKov y.at â)>>.ov sîvat tov àyaOùv..., en lisant tov aotxov, au lieu de
ôi'xatov, comme dans le texte de saint Irénée.
[156]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE Mi'STICISME ORIENTAL. 265
■une offensive savante, dans une stratégie à longue période,
•dans une tactique de riposte immédiate et sans pitié; il semble
qu'il soit né de l'exagération de ce qu'a dit Platon dans le
Théétète : « Il n'est pas possible que le mal soit détruit, parce
qu'il faut toujours qu'il y ait quelque chose qui soit contraire
au bien...; c'est une inéluctalulité qu'il se répande sur cette terre
et autour de notre nature mortelle », ce que répète Plotin, au
•début du second livre de la première Ennéade; le seul moyen
qui soit donné à l'homme d'échapper au mal, c'est de faire
l'impossible pour se rendre semblable à Dieu ; l'Orient n'a retenu
que la première partie de la sentence; la seconde lui a paru
inutile, et il n'en a pas compris le sens, qui dépassait de
beaucoup ses moyens; il a l'ait de la matière maléfique un
Démiurge mauvais qu'il a opposé au bon Démiurge, bien loin
que les Hellènes aient emprunté à l'Orient le concept des deux
principes. La théorie de l'intluence de la philosophie orientale
sur celle de la Grèce est une pétition de principes, comme je
le montrerai par la suite; le Zohar, le livre de la cabale juive,
dans lequel on veut i-etrouver les sources originelles du néo-
platonisme, a été écrit au début du xiv'' siècle, comme on peut
le voir dans cette Revue (année 1928, page 50), d'après des doc-
1;rines issues des fantaisies gnostiques, nées elles-mêmes d'une
évolution pathologique du néo-platonisme; il faudrait prêter
attention à ce fait que nous ne connaissons de philosophie, de
théodicée, de psychologie, de logique, uniquement que dans
rOrient qui a été conquis par les Grecs au iv" siècle; que la
philosophie transcendante, manifestement, dans l'Inde, a subi
une influence hellénique, bien loin que le contraire se soit
produit : « Où sont, a dit saint Jean Chrysostome {Homélie pour
les Goths; Migne, P. G., LXIII, .501), les œuvres de Platon, de
Pythagore, et des auteurs qui ont écrit à Athènes? Elles ont
disparu. Où sont les paroles des pécheurs et des hommes qui
vivaient sous leurs tentes (les Apôtres)? Non pas seulement
en Judée, mais dans la langue des Barbares..., car les Scythes,
les Thraces, les Sarmates, les Maures, les Hindous et les
peuples qui vivent aux extrémités du monde les ont chacun
translatées dans leur langue, et ils philosophent sur ces
•thèmes ». La philosophie grecque, celle de Platon et des Pytha-
[157]
■^QQ REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
goricieus, repose sur des concepts mathématiques qui furent
très supérieurs à ceux de l'Orient [Revue de /^Orient Chrêtie\i,.
ibid., pages 33 et suiv.); il est plus que probable que, dans ce
domaine, comme dans celui de l'astronomie, les Hindous furent
les élèves des Grecs qui étaient venus coloniser les marches
de l'Extrême-Orient; les autres peuples, les autres civilisa-
tions, ne connaissent guère qu'une morale élémentaire et une
métaphysique enfantine, tels les Chinois, dont la doctrine, d'une
pureté absolue, rappelle la morale de Socrate; mais, au « con-
nais-toi toi-même », les Célestes, dans V Invariable milieu,
ne répondent pas, comme les Musulmans, dans l'évolution de la
pensée platonicienne : « qui se connaît, par cela même, connaît
son l'ieu », car ils disent « celui qui est arrivé à la connais-
sance de soi-même, peut connaître autrui, et de là, s'élever à
la science de la natu-re », ce qui est essentiellement différent.
Que les Gnostiques, Basilide, Valentin, Carpocrate, racontent
dans leurs élucubrations que notre âme, depuis le principe du
monde, se trouve dans un état perpétuel de métensomatose,
dont le but est de lui donner les moyens de se perfectionner et
d'arriver à la Raison intégrale, qui lui permettra de rentrer
dans le Plérôme, que cette théorie décalque celle du samsara
et du nirvana des Bouddhistes, c'est ce qui est à la rigueur
possible, bien que Plotin {Ennêades, II, ix, 5), qui avait de
ces questions un sentiment très supérieur au nôtre, affirme que
cette thèse est un emprunt à Platon, ou, au moi ns, une exagé-
ration de ce qu'il raconte dans le Phédon, dans le Phèdrey
dans la République, sur les jugements des âmes après la
mort, sur les fleuves qui se trouvent dans les Enfers et le&
métensomatoses; mais cela ne signifie nullement qu'il y eut
une influence généralisée des dogmes orientaux sur le plato-
nisme; j'ai montré, dans cette Revue (192(3, page 413), que,
sous la domination des Séleucides, des moines bouddhistes
étaient venus apporter la parole de Sakyamouni aux rives de
la mer Egée; le Sémitisme se trouva pris entre deux influences,^
celle du Bouddhisme à l'Est, celle de l'Hellénisme à l'Occident;
d'un Hellénisme en pleine évolution, qui tendait vers un mono-
tliéisme et une doctrine de charité qui le rapprochait des pré-
dications du fils de Maya; ces deux influences modifièrent
[158]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. '207
profondément le concept psychologique des Juifs, en l'aiioucis-
sant, puisqu'en Tannée 161 avant notre ère, Judas Macchabée
envoya douze mille drachmes à Jérusalem, afin d'offrir un
sacrifice pour le repos de Tâme de ses soldats qui avaient été
tués en combattant contre le gouverneur de Tldumée, Gorgias
[Macchabées, ii, 12, 43-46) « pensant avec sagesse et pitié à la
résurrection; car, s'il n'avait pas eu l'espoir que ceux qui étaient
morts devaient ressusciter, il lui eût semblé supertlu et vain
de prier pour les morts; mais il estimait que ceux qui étaient
morts pieusement pour la patrie étaient destinés à recevoir
au ciel une précieuse récompense; c'est une pensée sainte et
bienfaisante de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés
de leurs péchés ». Cette évolution du concept juif de l'àme l'a
amené à un stade essentiellement différent de celui du concept
du Livre des Rois, du s/iëol, qui est à peu près celui de la àuy-fi
achéenne dans laNs-Auta, en préparant les voies au Christianisme.
Tout ce que racontent les auteurs de la fin de l'Antiquité
classique sur les métaphysiques et les théogonies des Égyptiens,
des Phéniciens, desChaldéens, des Perses, des Hindous, est une
pure fiction, dans la trame de laquelle on rencontre quelques
réalités enroliées dans une série d'inventions, qui constituent,
comme je l'exposerai autre part, et ce qui est l'évidence
même, un étrange syncrétisme helléno-oriental, dont le but,
sous la plume d'écrivains nés dans les provinces d'Orient, est
d'établir l'antériorité de l'Orientalisme sur l'Hellénisme, et l'ori-
gine asiatique de la civilisation grecque.
Tous les Pères de l'Église grecque, lesquels étaient bien
placés pour juger les Manichéens, s'accordent pour les consi-
dérer comme des Chrétiens sortis de l'Orthodoxie. Saint Gré-
goire de Nysse {contre Euménius, livre I) les regarde comme
des tous, qui ont dichotomé la Personne de Dieu le Père et de
Dieu le Fils, dans le même esprit maléfique qui incitait les
Gnostiques à multiplier les aspects de la Nojç, ce qui, fatale-
ment, à conduit Manès à la théorie des deux principes, et telle
est également l'opinion de saint Jean Chrysostome {Homélies
sur saint Matthieu, xvi, 6; xxvi ou xxvii, 6; xlix ou l, 2; li ou
LU, 3; Lxxxii ou lxxxiii, 2). Cyrille, évêque de Jérusalem
{Instructions, vi, 21) dit formellement que Manès a été rejeté
[159]
268 rp:vue de l'orient chrétien.
du sein de l'Église. Les Manichéens, en effet, reconnaissaient
le Verbe, mais ils niaient son incarnation (Cyrille d'Alexandrie,
cinquième discours sur Isaïe, I; saint Athanase, premier
discours sur les Ariens, 53); ce en quoi les Manichéens étaient
parfaitement logiques, puisqu'ils ne voulaient pas que le Christ
qui fut crucifié fût le Christ, mais une image virtuelle du Fils,
lequel, d'après Manès, était consubstantiel avec le Père ciJ.csJjicv
TC'j OaTpbç Tb Virr^^\}.y. (saint Athanaso, des Synodes de Rimini
et de Séleucie, 19), et, partant, ne pouvait revêtir une forme
tangible.
Que les Manichéens aient parfaitement connu le Christ, c'est
une circonstance sur laquelle ne plane aucun doute, bien qu'ils
aient dénaturé le sens de ce nom, et bien qu'ils nomment leur
Christ, la N:u; platonicienne (Alexandre, évêque de Lycopolis,
Traité sur les doctrines des Manichéens, 24). S'ils n'ont pas
■connu le véritable Christ, comme l'affirme l'évêque de Lycopo-
lis, et s'ils en ont fait la seconde hypostase du néo-platonisme,
il n'en est pas moins avéré qu'ils révéraient un Christ, puis-
qu'ils regardaient comme le Christ le soleil qui s'obscurcit à
la mort du Fils de Dieu (Cyrille, évêque de Jérusalem, Ins-
tructions,vi, 13; XV, 3); ils estimaient que Manès est leur Christ,
ail même titre que les Ariens soutenaient qu'Arius était le leur
(saint Athanase, premier discours contre les Ariens, 2).
Que Manès ait été le chef d'une secte chrétienne, c'est ce que
montre le fait qu'il discriminait entre ï Ancien et le Nouveau
Testament, en affirmant, comme nous l'apprend saint Épi-
phane, dans son Traité contre les hérésies (page 694), qu'il est
impossible d'admettre qu'ils aient le même auteur : sj ojva-xt
£vbç oioajy.aXiou zhxi IdaXaià y.xl Kxvr, A',a9r;y.Y;, l'Ancien Testament
étant l'œuvre du démon, et les prophètes du Judaïsme, ses
suppôts (Photius, 'Traité contre les Manichéens, m, 1, 2, 5, 8);
c'est ce que prouve également cette circonstance que les Mani-
chéens révéraient VÉvangile, mais seulement dans ses parties
ou la Croix n'était pas figurée, parce que la Croix, qui était faite
de bois, d'une matière, ressortissait à l'esprit du mal (Photius,
ibid., I, 7, 10). Tous les auteurs grecs s'accordent pouraffirmer
que les Manichéens re}e\3i\entV Ancien Testament, et reconnais-
saient quelques parties du Nouveau Testament (Titus, évêque
[160]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 269'
de Bosra, contre les Manichéens, m, 1 ; saint Athanase, Ency-
clique contre les Ariens, 23; premier discours contre les
Ariens, 8); ils ne se gênaient d'ailleurs nullement pour falsi-
fier le Nouveau Testament , et ils écrivirent même un Évan-
gile dont ils attribuèrent la paternité à saint Thomas (Cyriller
évêque de Jérusalem, Instructions, iv, 36); les Pauliciens
rejetaient les Prophètes et tout V Ancien Testament, n'attri-
buant d'autorité qu'aux Évangiles, aux Actes et aux Épifres,.
à l'exclusion de celles de saint Pierre; les Bogomiles, qui
furent également des Chrétiens manichéens, ne reconnaissaient
que le Psautier, les quatre Évangiles, et un septième livre,
formé des Actes des Apôtres, des É pitres et de V Apocalypse.
C'est ce que prouve également l'intitulé de la lettre, ou de la
prétendue lettre, que Manès écriyit à Marcellus, où il se dit
Mavr/aîi; à-icrisAcç 'lYjffoii XptaTou ; si ce document n'est pas
authentique, s'il n'y faut voir qu'une invention des disciples
de Manès, il n'en reste pas moins évident qu'à l'époque à
laquelle ils l'ont fabriqué, ils avaient la conscience très nette
de l'origine chrétienne de la secte manichéenne, sans que cela
fasse l'onibre d'un doute. C'est également ce qui se trouve
confirmé par l'anathème que les Manichéens devaient prononcer
contre le chef de la secte pour rentrer dans le giron de l'Église :
àvaôcij.aT^o) Mâvevta -bv v.xl Mavr/aï:v y.al Kitj5pi/,ov, Sq £t6X[j//;!7îv
èauxbv napâ7.A"/)Tov bvz[).x^iv/ /.al 'ATrôaioAiv 'I-^sou Xpio-Tcu [Appen-
dice a uoc Récognitions de saint Clément Romain, III; Migne,
P. G., I, 1461); par ce fait que les Manichéens avaient divinisé
la lune et le soleil, disant que le soleil est le Christ, comme le
montra cette circonstance qu'il s'éclipsa quand le Fils de Dieu
fut cloué sur la Croix (Théodoret, Précis des fables racontées
par les hérétiques, 320); par ce fait qu'ils reconnaissaient
l'existence du Père, du Fils, du Saint-Esprit, celle de la Vierge,
puisqu'ils disaient : niaT£Ûo[^,£v sic Tuavayiav ©soTÔy-ov £V fi £tff^A6£v
/.ai £;y;a6£v z KJpijç « Nous croyons en la très sainte Mère tle
Dieu, en laquelle est entré le Seigneur, et dont il est sorti »
(Photius, Traité contre les Manichéens^ I, ,^ 6 et 7), insultant
et maudissant saint Pierre, parce qu'il avait renié son maître
[ibid., I, 8). Aussi, les Manichéens se réclamaient-ils du Chris-
tianisme : « ces racailles, dit Photius (I, § 6), se nomment
[161]
270 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
eux-mêmes les véritables Chrétiens romains; ils s'appliquent
cette dénomination de Chrétiens à laquelle ils n'ont aucun
droit » : 'Eau^oùç (éd. et man. grec 1228, folio 702 recto, -/.al
TC'jç) [J.èv àX'^Owç ovxaç XpiCTiavoùç Pw[;.aiouç oî -piioùa-CTipoi èvo[j.à-
Ço'jo-iv. 'EaUTOÏç es Tr^v y.X'^o'iv, riç ocWbxpici 7:av'uî).ûç ■/.aôeff-i-f^'/.aj',,
Twv Xpic7Tiavwv TCcpuTîToucriv, et ils n'hésitaient pas à nommer leur
confession 1' « Église catholique » y.a6oXiy.Y]v ce 'Ey.-/.///;a{av Ti
éajTwv xa).oj(7t auvÉopia {ibid., I, § 9); les Pauliciens et les
Cathares juraient aussi qu'ils formaient la véritable Église
chrétienne.
Encore faut-il remarquer, ce que l'on n'a jamais fait, que le
Manichéisme est beaucoup plus platonicien, c'est-à-dire hellé-
nique, et chrétien, qu'il n'est mazdéen; qu'il est un dualisme
chrétien, où manque l'élément essentiel du Mazdéisme, le culte
du Feu; car, si l'on en croit le témoignage de saint Epiphane
(page 630), Manès disait : -^v Oïlq v.y.\ 'JXr,, çw; y.al cjy.iTOç,
àyaôbv y.al y,axbv, xciq TCajW à'y.pojç ivavTÙ o)ç v.y-h i):r,oïv STriyoïvoivsîv
GâTspov OaTépw « qu'il y a Dieu et la matière, la lumière et
la ténébrosité, le bien et le mal, tous (ces binômes) telle-
ment contraires les uns aux autres qu'ils ne peuvent avoir
aucune relation entre eux »; ce pourquoi Archélaus, évèque
de Cascar, accusa formellement Scythien, le maître de Manès,
c'est-à-dire Manès lui-même, d'avoir pris la théorie de ses
deux principes à Pythagore. Saint Augustin ne parle pas
davantage de deux dieux des Manichéens : Unus deus est an
duo? Plane unus. Quomodo ergo vos duo asseritis? Nunquam
-in nostris quidem assertionibus duorum deorum audituin est
nomen... Est quidem quod duo principia conlitemur, sed unum
ex his Deum vocamus, alterum hylen (•jX-/)v), aut, ut commu-
niter et usitate dixerim, daemonem {Contra Faustum mani-
chaeum, livre XXI); et nostra professio ipsa est quod incor-
ruptibilis sit Deus, quod lucidus, quod inadibilis, intenibilis,
impassibilis, quod aeternam lucem et propriam inhabitet;
quod nihil ex sese corruptible proférât, nec tenebras, nec
daemones, nec Satanam... {Contra Fortunatuni nianichaeum);
haec quippe in exordio fuerunt duae substantiae a sese divisae.
FA luminis quidem imperium tenebat Deus Pater... aeternitate
propria semper exsultans, continens apud se sapientiam et
[162]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 271
sensus vitales {Contra episiolam Manichaei quam vocant
Fundamenti, chap. xiii). C'est manifestement dans le même
sens, mais d'une manière encore plus caractéristique, quoique
inexacte, en mélangeant aux thèses manichéennes celle du
Zarvanisme, que Photius, dans son Traité contre les Mani-
chéens (I, § 6), a écrit qu'ils ont deux principes, mais que Dieu
le Père est essentiellement différent de ces deux principes,
qu'il ne régnera qu'à la fin des temps, sur un monde futur,
vraisemblablement quand le mal et le bien auront cessé leur
combat, et quand le bien dominera dans l'univers. Dieu le
Père, et manifestement aussi les deux principes, sont com-
plètement différents du Démiurge, qui a créé l'Univers, et qui
règne sur sa forme actuelle, tandis que Dieu le Père régnera
dans l'éternité future sur le monde potentiel.
La doctrine des Byzantins est constante sur ce point;
Alexandre, évèque de Lycopolis, dans son Traité sur les doc-
trines des Manichéens (3), affirme que les Manichéens ne recon-
naissent pas deux dieux, mais bien deux principes divergents,
dont le premier est la Divinité, et le second, la matière,
laquelle ne participe en rien de l'essence divine; la lumière
réside dans les hauteurs de l'empyrée avec Dieu, les ténèbres,
avec la matière, dans les parties inférieures du •A.z<:\xoq; cette
matière des Manichéens est certainement une modalité de
colle de Platon et de Plotin, car, si l'on en croit le témoignage
d'Alexandre de Lycopolis, elle est le mouvement même qui
existe originellement dans toute entité; ce qui montre que ce
concept de la matière, chez Manès, est manifestement un aspect
de celui de la matière dans la philosophie hellénique, dont
l'idiosyncrasie est justement ce mouvement désordonné et vio-
lent, Manès, dans son imprécision, n'ayant prêté d'attention
qu'à la caractéristique qu'il considérait comme essentielle dans
la matière, alors que celles de non-existence et d'indétermina-
tion sont au moins aussi importantes. La doctrine des Mani-
chéens sur ces points ne pouvait pas ne pas s'écarter en
quelque manière des thèses néo-platoniciennes, qui étaient
beaucoup trop compliquées pour eux, et qu'ils ne comprirent
qu'en partie, par exemple, quand ils dirent, comme en témoi-
gne l'évêque de Lycopolis [ibid., 9), que Dieu, par force et
[163]
272 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
par nécessité, rendit la matière élevée comme il était lui-
même élevé : 5 Oebç ^ix -/.at àvaY^yi xaÛTvjv y.exzMpO') eTîOtV^jsv coç
ajTcv ; ce en quoi il faut voir une glose très matérielle du concept
suivant lequel le Démiurge est tout en haut de l'univers, la
matière tout en bas ; que, partant, si le Démiurge veut mani-
puler la matière pour en former le monde, il faut bien qu'il
l'élève dans la lumière où il réside, puisqu'il ne peut se ravaler
dans les ténèbres, où elle stagne, et puisque le xôaixoq doit
e.xister par-dessus les plages inférieures de l'obscurité. C'est
par suite d'une déformation semblable de la thèse néo-pla-
tonicienne que les Manichéens disaient {ibid., 10) que Dieu
a créé des obstacles à la matière, parce qu'il veut le bien,
et que, la matière étant mauvaise (l), elle ne pourrait, livrée à
ses seules idiosyncrasies, que produire une création mauvaise.
Mais la matière n'a point le pouvoir ni l'initiative de s'organiser
sans le dessein du Démiurge; Manès n'a pas compris ce
qu'enseignaient les néo-platoniciens, dans une intention toute
différente, que c'est la variété des obstacles que l'Ame univer-
selle rencontre quand elle veut créer le v.ba'^.oq qui explique
les infinies modalités de la création.
Ces théories, exactement comme celle qui consiste à regarder
les corps comme mauvais, parce que matériels, n'a absolument
rien à voir avec les enseignements du Mazdéisme, qui ne s'est
jamais élevé au concept de la matière rebelle à la volonté
de l'Esprit du bien, de la matière quelle qu'elle soit, dans
lequel Ahriman est un esprit aussi vivant et aussi actif
qu'Auhrmazd, qui n'a rien de l'infinité, de l'indécision, du
non-être de la matière. Le concept de la matière, substratum
des corps, n'est pas oriental, mais bien grec, et Origène, dans
son Traité sur les principes (iv, 33), a parfaitement remarqué
que son nom ne paraît pas dans ces fonctions dans les livres
canoniques, mais seulement dans la Sapience de Salomon, qui
fut écrite sous l'influence hellénique. Le concept de la dualité
de l'esprit et de la matière, qui est à la base de la philosophie
(I) Les Chrétiens enseignent également la nialéficience de la matière, clans
le sens platonicien ; le diable est un esprit irveûiia créé par Dieu pour gouverner
la matière dont il est le prince, et par laquelle il contrecarre les desseins du
Créateur (Athénagore, Discours aux Chrétiens, § 24).
[164]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 273
platonicienne, a tout naturellement porté le Manichéisme à
adopter le dualisme des Iraniens, sous la forme assez grossière
de l'Esprit du bien et du ziHo'kz:, lequel est sorti des élucubra-
tions manichéennes pour contaminer tout le Christianisme,
dans lequel il joue un rôle véritablement exagéré. Au témoi-
gnage des Grecs et de saint Augustin, qui le connaissaient
admirablement, ni Auhrmazd, ni Ahriman, ne paraissent dans
ce prétendu Mazdéisme, où tout est anti-mazdéen, le concept
platonicien que les âmes sont les émanations du bon Principe,
c'est-à-dire de l'Ame universelle, la troisième hypostase,
qu'après la mort elles passent par les planètes et par le soleil,
avant d'aller se fondre dans l'Être unique, ce qui est le syn-
crétisme de deux idées platoniciennes, et ce qui n'a rien à voir
avec la doctrine des Guèbres.
Les deux castes entre lesquelles les Manichéens étaient
répartis d'après leur valeur morale, celle des Auditeurs, qui
•étaient seulement tenus à une abstinence relative, et celle des
Élus, qui devaient pratiquer une abstinence totale et absolue,
rappellent trop les deux classes des Pythagoriciens pour qu'il
soit urgent d'insister sur ce point. Les Manichéens, visiblement,
ont mélangé les thèses du Christianisme avec celles du pla-
tonisme, conçu dans l'esprit de Numénius, sans qu'on y puisse
véritablement, à l'origine, trouver la trace d'une influence maz-
déenne; les auteurs chrétiens de la fm de l'Antiquité ont eu
une conscience très nette de ce fait, comme le démontre ce
qu'a écrit Photius, dans son Traité contre les Manichéens
(i, 12), sur Scythianus, qui fut le maître de Térébinthe, le
Bouddha, lequel eut Manès pour disciple (sur cet invraisembla-
ble syncrétisme, voir cette Revue, 1925-1926, 127). Scythianus
lut Aristote (lire Platon), sans y rien comprendre, exacte-
ment comme Porphyre accuse les Gnostiques d'avoir entendu
tout de travers le sens des Dialogues de Platon; ce qui ne
l'empêcha pas, comme les Gnostiques, d'écrirQ des œuvres
philosophico-théologiques, en mélangeant des concepts inexacts
et tronqués des théories helléniques avec les bizarreries d'un
Christianisme plus qu'hétérodoxe : VÉvangile, une contrefaçon
scandaleuse des quatre Évangiles, dans lequel Scythianus
prête au Christ des actions abominables; le Principe; les Mys-
[165]
ORIENT CHRÉTIEN. 18
274 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tères, dans lequel il réfutait les prophètes du Judaïsme en les
couvrant d'injures; le Trésor de la Vie, qui était un livre
de perdition.
D'où il résulte que c'est à tort que, dans son Traité sur les
errements des hérétiques (page 318), Théodoret affirme, d'après
une lecture trop rapide de ses devanciers, et aussi, peut-être,
sous l'influence du Mazdéisme, assez puissant au v" siècle,
que Manès reconnaissait deux divinités également incréées et
éternelles: Dieu, la lumière, le Bien; la matière, les ténèbres,
le mal. Dieu était éloigné de la matière, qu'il ignorait, et la
matière ignorait Dieu; Dieu, dans le-/.5c7[xsç, occupait les régions
du Nord, de l'Orient, et de l'Occident; la matière, le Sud; après
une longue suite de siècles, la matière découvrit Dieu, et lui
déclara la guerre. Timothée(vi''-vii" siècles), dans son Traité sur
la réception des hérétiques dans le sein de l'Église (Migne,
P. G., LXXXIIA, col. 20), a bien écrit, ce qui est une erreur
analogue, que les Manichéens ont deux divinités également
puissantes, mais il ajoute que l'une a créé la lumière, l'autre
les ténèbres, et qu'ils nomment le diable « le maître de la
matière » apy^v t-^ç uX-^ç, tous concepts qui sont absolument
contraires au Mazdéisme, où Auhrinazd et Ahriman vivent
dans la Lumière et dans les Ténèbres infinies, sans les avoir
créées, où Ahriman n'a jamais été considéré comme le
maître suprême d'une entité dont les livres des Guèbres
ignorent l'existence. Ces théories sont aussi contraires au
platonisme; elles sont nées d'un développement de ce qui est
dit au début de la Genèse, que l'Éternel créa la lumière;
puisque la doctrine platonicienne, avec son dualisme de Dieu
et de la matière, avait abouti au concept des deux principes
opposés. Dieu et le démon, comme le dit saint Augustin, il était
tout naturel que le démon, discriminé de la matière, devienne
son créateur.
S'il est un .fait évident, c'est qu'Eusèbe de Césarée considé-
rait le Manichéisme comme un aspect du Christianisme, car
c'est manifestement aux doctrines de Manès qu'il fait allusion,
vers 300, dans sa Préparation évangélique (livre I, ch. 4),
quand il affirme que les nations barbares ont vu leurs mœurs
s'adoucir sous l'influence de la religion du Christ : « C'est ainsi,
[166]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 275
écrit-il, que les Perses n'épousent plus leurs mères, depuis
qu'ils se sont faits ses disciples; que les Scythes ne se livrent
plus à l'anthropophagie, pour cette même raison que le Verbe
du Christ a pénétré jusqu'à eux; que pas une tribu de barbares
ne s'unit plus incestueusement avec ses filles et ses sœurs :
TCoêopsfv Sxûôaç Stà xbv y.at [xé/piç ajTÔv eXôôvTa -bv Xpia-ou Xôyov,
[j.*/]0£ à'XXa -(évri ^apBxpMV kxOitj'tJM^ Ouva-pàai xai àâsXça^ piYvuaOat. »
Eusèbe ignore complètement Manès, et n'en parle point dans
ses chroniques; Samuel d'Ani ne le cite point davantage; il se
borne à dire, en 285-287 : vesana Manichaeorum sectain homi-
num consuetudinem irrepsit; d'où il suit que c'est bien du
Manichéisme, considéré comme une secte exclusivement chré-
tienne, qu'entend parler Eusèbe de Césarée, qui connaissait
admirablement ce dont il parlait; et le fait est patent quand
on se donne la peine de lire ce que saint Augustin a écrit
contre les Manichéens; les Manichéens ne révéraient pas le soleil
et la lune en tant que divinités, mais uniquement comme
des moyens de parvenir à Dieu (Alexandre, évêque de Lyco-
polis, Traité sur les doctrines des Manichéens, 6); ils disaient
couramment que le mariaL'^e est une institution du démon
voiji,o6£(jî3c -ou oa{[;.ovcç; ils croyaient à la métempsychose (Timo-
thée, sur la réception des hérétiques; Migne, P. G., LXXXVl A,
col. 20); ils affirmaient que le Feu est l'œuvre du démon parce
qu'il blesse les hommes (Titus, évêque de Bosra, contre les
Manichéens, ii, 26, et Photius, Traité contre les Mani-
chéens, II, 7); le Feu, dans leur concept, était entièrement en
dehors du monde; il est la matière elle-même, ce qui est la
réminiscence d'une très vieille théorie grecque, absolument
contraire à ce que l'on sait par les textes zends (Alexandre,
ibicL, 26); toutes les entités qui vivent sur cette terre t^ e-v;ziy.
sont égalemement des créatures du démon (Photius, ibid., ii, 9),
ce qui constitue autant d'abominations au point de vue mazdéen,
le mariage étant une œuvre pie, destinée a créer des défenseurs
de la loi d'Auhrmazd, et le concept de la métensomatose étant
absolument étranger aux livres desGuèbres; prétendre, dans
le Mazdéisme, que le dieu du Feu est une créature d'Ahriman
serait un blasphème invraisemblable, qui n'a jamais eftleuré
[1671
276 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les lèvres d'un Perse; les entités terrestres, pour les Guèbres,
sont l'œuvre d'Auhrmazd, qui les ;i créées, dans sa bonté et
dans son omniscience, pour la félicité de l'homme; seules, sur
la terre, sont des œuvres du démon les créatures infâmes que
l'Esprit du mal a produites pour faire la guerre à celles de
l'Esprit du bien et les anéantir; les Manichéens, comme on
vient de le voir, disaient que Dieu, par force et par nécessité,
a élevé la matière dans le monde de lumière où il vit
(Alexandre,' ibid., 9); que Dieu a créé des obstacles à la
matière [ibid., 10), parce qu'il veut le bien, alors que dans
YAvesta, lequel, d'ailleurs, ignore la matière, c'est le principe
du mal qui crée au Principe du bien tous les obstacles imagi-
nables.
Il est visible que les Manichéens, sur beaucoup de points,
ne faisaient que suivre les Gnostiques. Les Pères de l'Église
grecque ne discriminent pas les Manichéens des Gnostiques,
avec lesquels ils les confondent absolument : Origène réunit
dans une même malédiction Marcion, Apelle, Valentin, Manès;
saint Athanase {Encyclique contre les Ariens, adressée aux
évèques d'Egypte et de Libye, 4) et saint Jean Chrysostome
(Homélies sur saint Matthieu, xxvi ou xxvii, 6; xlix ou l, G),
joignent son nom à celui de Marcion; saint Jean Chrysostome
{ibid., Lxxii ou lxxiii, 2) et Titus, évêque de Bosra {contre les
Manichéens, ii, 5), les réunit aux disciples de Marcion et de
Valentin; Socrate, dans son Histoire ecclésiastique (vu, 32), les •
cite en même temps que les Montanistes. L'hérésie mani-
chéenne, disent Cyrille, évêque de Jérusalem [Instructions, vi,
17, 18, 20) et saint Sérapion, évêque de Thmouïs {contre les
Manichéens, ii), est faite, ce qui est parfaitement exact, de la
somme de toutes les hérésies antécédentes, de l'intégrale des
aberrations du Gnosticisme, poussées à leur extrême limite, ce
qui la rendait d'autant plus redoutable, et ce qui attira sur elle
la rage de l'orthodoxie. Manès disait que le dernier Éon, la ^osb,
dont les malheurs et les peines deca^ursont l'origine du monde,
était hermaphrodite (Cyrille, archevêque de Jérusalem, Instruc-
tions, vi), péjorant ainsi la doctrine gnostique. Saint Sérapion
{ibid.) affirme qu'au même titre que Manès, Valentin, ïatien et
Marcion invoquaient le nom du Christ, tout en le blasphémant.
[1138]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 277
Et c'est un fait patent que Manès répétait les erreurs de
Marcion et de Valentin, qui, sous l'influence du dualisme pla-
tonicien, admettaient l'existence de deux principes, et même
la dualité de l'Esprit-Saint, celui qui a inspiré les prophètes
n'étant pas le même que l'Esprit qui parla par la bouche des
Apôtres (Origène, Traité sur les principes, livre II, ch. vu, 1) ;
comme Manès, Marcion et Valentin niaient que le Christ fût
mort pour la rédemption des hommes (saint Jean Chrysostome,
homélies sur saint Matthieu, lxxxii ou lxxxhi, 3). Marcion
avait dit avant Manès que V Ancien Testament et le Nouveau
sont les œuvres de deux divinités différentes, ce qui est une
variante de la dichotomie de l'Esprit-Saint dont l'accuse Origène
(saint Épiphane, contre les hérésies, 4*2, 1; Cyrille d'Alexan-
drie, Commentaire sur saint Luc, 10); les Marcionites ne
reconnaissaient que saint Luc, et rejetaient les trois autres
Évangiles; encore, au témoignage de Tertullien, de saint
Irénée, d'Origène, de saint Épiphane, disaient-ils que VÉvan-
gile de saint Luc est l'œuvre de saint Paul, et en montraient-ils
un texte tronqué et interpolé. Marcion avait dit avant Manès
que le Christ qui mourut sur la Croix ne fut pas le vrai Christ
(saint Jean- Chrysostome, homélies sur saint Matthieu, xliii ou
xLiv, 2; Lxxxii ou lxxxiii, 2) ; que le Dieu de V Ancien Testament,
qui créa le y.07[j.sç, est maléficient, que le Père du Christ est dif-
férent du Démiurge, qu'il possède les idiosyncrasies de la non-
existence et de la non-création d'aucune des entités: xbv ojx cvt»
c'ÛTs T.oir,7y/i-i xi twv iivxwv (saint Jean Chrysostome, ihid., xvi, 6;
homélies sur TÉpltre aux Philippiens, vi); les Saturniliens
(saint Épiphane, 63), exactementcomme les Manichéens, profes-
saient la plus vive horreur pour le mariage, ce en quoi il faut
tout simplement voir l'exagération d'une réaction qui se pro-
duisit, à la fin de l'Antiquité, contre la lascivité du Paganisme,
et qui créa le monachisme chrétien; la métempsycose, comme
on vient de le voir, était l'un des dogmes des Valentiniens et
des disciples de Basilide, lesquels l'avaient peut-être emprunté
au Bouddhisme. Ce qui prouve bien que le Manichéisme fut une
secte chrétienne, c'est que Manès ne fut persécuté dans l'Iran
que lorsqu'il se prétendit l'apôtre du Christ, et quand il parla
de réformer le Magisme, ce qui attira sur lui la colère du roi
[169]
278 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Bahram I"", qui, après Hormisdas, avait adopté ses théories.
Le Christianisme de Manès continue les errements de Basi-
lide dans le même allégorisme, dans le même esprit platonicien
du Gnosticisme, et son concept des idiosjncrasies du Fils de
Dieu a passé dans l'Islam, qui clôt, au vii^ siècle, la longue
série des hérésies chrétiennes. Les Manichéens niaient que le
Christ, né de la Vierge Marie, ait eu autre chose qu'une
existence irréelle et potentielle (1); il reçut le baptême; il subit
la tentation; il fut bien crucifié, et parut expirer sur la
croix, mais toutes ces péripéties ne furent que des apparences,
des phénomènes produits par une pure illusion ; ces sec-
taires niaient que le Christ eût souffert réellement la Passion,
qu'il fût véritablement mort sur la Croix, ce qu'ils considé-
raient comme l'impossibilité absolue, puisque l'idiosyncrasie
essentielle et évidente de la nature divine est l'impassibilité
et l'immortalité; non que les sens des spectateurs de la Pas-
sion furent trompés ou se soient trompés, mais les sens ne
jugent et n'enregistrent que des apparences, des phénomènes,
derrière lesquels se cachent des formes nouménales qu'il est
impossible d'atteindre, ce qui est le concept du Kantisme et de
la science moderne; puisque les sens ne peuvent témoigner
que de phénomènes, d'apparences, il est notoire que l'on ne
peut, sur leur témoignage, déduire que ce qui semble se pro-
duire se produit dans la réalité; le Fils de Dieu parut souffrir
les affres de la Passion, il sembla mourir, puis ressusciter,
mais rien ne permet d'affirmer qu'il souffrit, mourut, puis
revint à la vie éternelle. Les Manichéens ne faisaient d'ailleurs
que répéter une extravagance de Basilide, lequel professait que
Jésus-Christ, étant une vertu incorporelle, avait eu le pouvoir
de se transformer à sa volonté, si bien que, lorsque les Juifs,
(1) Quand le Christ vint sur la terre, dit saint Épiphane (763), il se donna
l'aspect d'un homme, et il parut aux hommes sous les espèces d'un homme,
quoiqu'il ne lût pas un homme : xaî DSlù^i 6 ïib; [lîTâT/TiixâTUTev éaurov îIç àvQpwuo-j
Etôocxat È^iaevETO toi; àvôpwTroi; av'ipwTroç, (ii^ wv avÔpaiTio;; ils disent, dit Théodoret,
{Traité contre Les Manichéens, livre l), que le Seigneur ne reçut ni àme, ni corps,
mais qu'il, fut sous l'apparence d'un homme, alors qu'il ne possédait aucune des
idiosyncrasies de l'humanité; ils disent également que la Croix, la Passion, sa
mort, n'existèrent que dans la virtualité: tôv ôà Kûpiov oûte J/wx^jv àvetXvicpévai
çao-tv, oÛTe aw(j,a, àXXà çavrivai cï»; âvÔpwreov y.ai oùSàv àv9pw;nK0v ë-/ovTa, xai tov
cxaijpôv âè xat tô •jràôoç xai rèv Oivatov çavcatrîa yaviiôai.
[170]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 279
sur le chemin du Calvaire, imposèrent à Simon le Cyrénéen
de porter sa croix, il prit la figure de ce dernier, et lui donna
la sienne, de telle sorte que Simon le Cyrénéen fut crucifié
à la place de Jésus-Christ.
En fait, le Sauveur parut sur la terre sous les espèces de
Thumanité, avec l'apparence de ses attributs, mais il n'avait
qu'une chair et une matérialité apparentes; sa vie, sa passion,
sa mort, sa résurrection, furent des phénomènes qui se dérou-
lèrent dans l'irréel, dans le potentiel; ou plutôt, ils furent des
symboles, que les hommes doivent interpréter pour comprendre
la vérité, pour apprendre que la vertu, la puissance divine,
qui se trouve unie à la matière, est crucifiée, martyrisée dans
la matière, à cause d'elle; qu'ils souffrent dans leur vie, par
suite et à cause de leur matérialité; ponr leur enseigner qu'ils
ne peuvent atteindre la félicité que par le moyen de la souffrance
et par la porte de la mort; le Christ virtuel montra aux fidèles,
sous les espèces d'une humanité phénoménale, dans un corps
apparent, mais inexistant, les exercices auxquels ils doivent se
livrer dans une chair véritable, en la faisant souffrir. En fait,
il y eut deux Christs, un Christ virtuel et un Christ réel. Le
Christ irréel, qui, dans la réalité, ne vécut pas les heures de la
Passion, est le prototype du Christ musulman. Le Christ, dans
la légende islamique, est le plus terne, le plus falot des pro-
phètes, un simple figurant, sans la moindre importance; mais,
ce qui est certain, c'est qu'il n'a pas expiré sur la croix des
Romains, et que Mahomet, dans son Koran (iv, 156), répète
l'imposture manichéenne : « (Les Juifs) disent : Nous avons
fait périr le Messie, Jésus, fils de Marie, l'Envoyé d'Allah. Non,
ils ne l'ont point tué, ils ne l'ont point crucifié; un homme,
qui lui ressemblait, a été mis en sa place... Ils ne l'ont point
tué réellement, et Allah l'a élevé jusqu'à Lui, car il est puissant
et sage », encore que le Prophète n'ait pas eu sur ce point une
idée bien arrêtée, comme sur beaucoup d'autres, puisqu'on lit
(m, 48) : « Certes, c'est Moi qui te fis subir la mort, et c'est
Moi qui t'élevai à Moi, qui te délivrai des infidèles, qui place
ceux qui te suivront au-dessus de ceux qui ne croient pas,
jusqu'au jour de la Résurrection », et (iv, 157) : « Les Juifs
-divergèrent d'opinion sur son sort, et leur doute à son égard
[171]
280 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
provient de ce qu'ils ne savaient rien, que chacun suivait son:
idée personnelle. »
La lecture des Pères de l'Église grecque, qui ont parlé du
Manichéisme pour le réfuter, montre que, comme toutes les-
sectes gnostiques, il ne fut qu'une hérésie chrétienne et néo-
platonicienne; qu'il ne se distinguait qu'à peine, dans les pro-
vinces de l'empire romain, des sectes qui se succédaient sans
interruption depuis les origines du Christianisme, en accu-
mulant leurs fantaisies; que le rôle qu'y jouait le Mazdéisme
y était des plus restreints. Dans les provinces de l'Iran, en Asie
Centrale, sur les frontières de la terre de Ilan, le Manichéisme
demeura une secte essentiellement chrétienne (1); l'Oriental isme^
put y tenir un peu plus de place que dans les provinces que
baigne la grande Mer; mais, comme le Nestorianisrne, il n'en
resta pas moins, malgré ses tares, un aspect de la foi dans la
Rédemption; sa formule des deux principes divergents, du
dualisme de la doctrine platonicienne, favorisa tout naturelle-
ment, en Orient, en Perse et en Asie Centrale, sur un terroir
(i) Ces idiosyncrasies demeurent celles du Manicliéisme originel, tel qu'il
sortit de la pensée de Manès, et mieux de l'évolution du concept gnostique;.
elles se modifièrent suivant les contrées où lleurit cette hérésie : le Manichéisme
de Tourfan, sur les marches du Céleste-Empire, sous les Thang, ne fut pas
identique à celui d'IIippone, à l'époque de saint Augustin, ou de Bulgarie, à
l'époque des Bogomiles; les formes orientale et extrême-orientale contiennent
plus d'éléments orientaux que ses aspects occidentaux, dans lesquels dominè-
rent les concepts néo-platoniciens et ceux du Christianisme; en Perse, et dans
les contrées soumises à l'influence iranienne, il se superposa au Mazdéisme et
se syncrétisa avec lui, et même à ses formes iiéti-rodoxes, au Zarvanisme, puis-
qu'on lit, dans un texte de Tourfan, qu'Auhrmazd et Ahriman sont les deux
frères, comme il s'était syncrétisé en Occident avec les formules chrétiennes.
L'esprit humain, dès qu'il s'évade des limites strictes de l'orthodoxie, court à
toutes les aberrations, et prolifère des héresies, qui naissent à l'infini les unes
des autres; en dehors du dogme, qui est la vérité uniq.ue, il n'y a que la
multiplicité, qui est l'erreur, ce que montrent assez les sectes issues de la
Réforme, et les variantes de l'Islam ; toute secte qui s'écarte de l'Église, a dit
saint Nil {Lettres, livre I, 117), taxe ses élucubrations de- « doctrine secrète »,
tels les Manichéens, qui intitulent les traités qui exposent leur impiété et leurs
erreurs, les Mystèses et les Trésors excellents: owtw xai Mayr/aïoi MudTr.pta xat
0if)aa\;poù; àyaBoùi; (éd. ÔYiffJVipwv aYaôwv) àTtoxa),^^^! Ta Pt6),ta xr); S'jTasêEca; xaî tï)ç
■jiapavo[xtaç ; ce furent le désir de dominer çtXap-/ta, et la présomption, l'orgueil,
mère de tous les vices nçôlrfifiç, dit saint Isidore de Péluse [Lettres, livre IV,
55 et 56), qui créèrent les sectes entre lesquelles se divisa la philosophie grecque.,
et celles qui lacérèrent l'unité du Christianisune.
[i:2']
LA PENSÉE GRECQUE DAXS LE MYSTICISME ORIENTAL. 281
mazdéen, son syncrétisme avec le Mazdéisme, ou avec ses
variantes; c'est ainsi qu'au début du vu' siècle (Wieger, Textes
historiques, 1568), les habitants de la Transoxiane, à Boukhara
et à Samarkand, où vivaient les restes des tribus des Goteh,
des clans turcs qui avaient conquis l'Iran et l'Inde, pratiquaient
un Zoroastrisme qui paraît fortement teinté de Manichéisme.
Encore peut-on se demander si l'influence de la pensée grec-
que sur les théories cosmogoniques de l'Iran n'a pas été infi-
niment plus profonde que celle du Magisme dans les hérésies
chrétiennes, et je me bornerai à en donner un exemple. Les
Zarvanites, les « sectaires du Temps », imposèrent leurs thèses
en Perse sous Yazdakart II (438-457); ils voulaient qu'Ormazd
et Ahriman fussent deux jumeaux nés du Temps sans bornes,.
c'est-à-dire de la Durée, de laquelle est discriminé le Temps
de la longue période, le temps limité aux douze milléniums
assignés à l'existence de l'univers. Ils se basaient sur une
interprétation inadmissible d'un vers des Gdihas {Vasna,xx\, 3),
lequel ne dit pas du tout, comme on le lui fait dire, que les
deux Esprits primordiaux, qui sont les jumeaux omnipotents,,
sont le « Bien et le Mal », mais simplement que « les deux
esprits primordiaux ont eux-mêmes proclamé leurs (idiosyncra-
sies) secrètes {hvafnâ, en zend, littéralement « ce qui dort (au
plus profond de l'être) »; hvafnâ est rendu dans la traduction
pehlvie par gûmâ/', lequel mot, ce que personne n'a reconnu,
possède exactement le même sens, puisqu'il représente une
forme perse * gub-ma- « ce qui est caché », du verbe * giib-,
sanskrit gup-, qui a le double sens de « cacher » et de « révé-
ler », de « parler ». Les auteurs de la traduction pehlvie des
Gâthas avaient une pleine conscience de ce sens, car ils ont
glosé gùmâL traduisant A i'6?/"»rt ; « c'est-à-dire qu'ils ont révélé
eux-mêmes (ce que sont) le péché et les bonnes actions ».
Le Duikart, au ix" siècle, condamna cette thèse qui signifie
que c'est le Temps infini qui a créé le Temps du monde, le
monde, Ormazd et Ahriman. Elle est en contradiction absolue
avec la doctrine avestique, autant qu'avec les croyances de la
Perse du v* siècle, puisque Xerxès, répétant la formule de son
père, Darius, dit : « Le grand dieu est Ahura Mazda, qui a créé
le ciel, qui a créé l'homme, qui a fait Xerxès roi, seul roi des
[173)
282 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
multitudes. » Le texte est formel; c'est seulement par une
interprétation erronée du texte des inscriptions des Achéméni-
des qu'Oppert, dans le Peuple et la langue des Alèdes, s'est
ingénié à retrouver dans les épigraphes de Darius la mention
du mauvais Principe, Anrô-Mainyush, Ahriman; aniya, dans
la pensée de Darius, ne signifie point « l'autre (esprit) », dont
l'on n'ose pas prononcer le nom, mais simplement r« étranger »,
qui est toujours l'ennemi probable.
Mais c'est un fait certain que l'on trouve cette théorie de la
super-divinité du Temps primordial, à une haute époque, bien
qu'elle soit légèrement postérieure à celle en laquelle vécut
Xerxès. Eudème de Rhodes, qui fut le disciple d'Arislote
(f vers 300), affirme en effet que « les iMages et toute la race
aryenne, c'est-à-dire iranienne, nomment Lieu (Espace), ou
Temps, le Tout intelligible et unique, d'oîi se sont discriminés
le dieu bon et le mauvais esprit, ou la lumière et l'obscurité,
comme le disent certaines personnes. Ces entités, dans la
Nature non discriminée, discriminent la double série des'
puissants (esprits), dont l'une est commandée par Ormazd,
l'autre, par Ahriman » : Mivoi cï y.a't 7:5tv -zo apsisv y^vc;, d [jLèv
Tôzûv, ol oè Xpivsv y.aXouo-i to vo'/;-ov à'-av xal xb -/jvwi^.evov, é; ou
âiay.piQ-^vai r^ G$bv àyaObv 7.-A ca(;j.2vx y.av.iv, r^ ç-oi; y.aî T/Jz-tq zpb
Toûxwv, (ùc àviouç \i-(tu. O'j-zi o£ O'jv y.al «'jtoi [xt-'y. t-})v àoiây.piTOv
çijffiv Siay.pivo[A£v/)v tïI'.ouj'. ty]v oiTT-r;v aur:si)(iav twv y.psiTTivwv, t-?;,;
,u.£v YjYEîaQai tsv 'QpofAajB-^v, t^ç §à -bv 'Ap£i;j.avtov (Ruelle, Damasci
Successoris dubitationes et solutiones, i, 322). Ce concept de
la super-divinité du Temps se retrouve dans une inscription
du roi Antiochus I"" de Commagène (vers 60 avant J.-C), qui
fit élever des statues à Ahura Mazda, à Mithra, à Verethra-
ghna, et qui fit graver sur la pierre « un édit sacré qui devra
être respecté par toutes les générations des hommes que le
Temps infini destinera à la souveraineté du pays, selon les
prédispositions idiosyncrasiques de leur vie » : oOç av \çib^o<;.
A-cipoç £'.ç otaoo-/-/;v y/opa; tjc'jty;;; tâui |3fcu \).o\ç>y.i zaTasTr^a-Y]
(Dittenberger, Orientis graeci inscriptiones selectae, Leipzig,
1903, I, 600, n" 383); ce qui, sous la plume d'Eudème et
dans la bouche du roi Antiochus, se trouve en contradiction
absolue avec ce que dit Xerxès.
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 283
Cette thèse, sous des espèces ridicules, fut l'orthodoxie à
l'époque de Yazdakart II, comme on le voit par la lettre de
Mihir Nersèh aux Arméniens; elle se retrouve, sous une l'orme
obscure, dans VOulama-i Islam (vers le ix® siècle), dont l'inter-
prétation du texte est souvent pénible; on y remarque des con-
tradictions, qui proviennent de ce fait que le rédacteur de cet
opuscule a mélangé, sans trop savoir ce qu'il faisait, la thèse
orthodoxe avec celle du Zarvanisme. La doctrine de ces « secta-
teurs du Temps » est en opposition radicale avec celle de VA vestà'
que répète le Boundahishn (ix" siècle), d'après lequel Auhr-
mazd a créé le Temps infini, la Durée; que, du Temps infini,
il a créé le Temps de la longue période, c'est-à-dire les douze
milléniums de la vie du monde matériel. Il n'y a point de doute
que le Boundahishn ne fasse que répéter la doctrine avestique
d'après des textes perdus^ alors que le Vendidâd (xix, 9)
se borne à dire que Vi- Esprit du bien a créé dans le Temps
sans bornes » pàn zamân-i akanàrak, comme le traduit le
pehlvi, dans la Durée, dont le Temps de la longue période, les
douze milléniums, n'est qu'une discrimination.
C'est un fait certain, par ce que dit Eudème, que les auteurs
de cette théorie ont confondu le Temps et l'Espace, qui ne sont
point deux entités entre lesquelles existent un rapport préétabli,
ce que démontre l'Analyse; elle n'est point celle du Mazdéisme
ancien, de YAvesta des Mages de la Médie et des Achéménides
de la Perside, alors qu'elle est devenue la thèse de l'hétérodoxie
mazdéenne, d'une évolution du Mazdéisme primitif, laquelle
s'est produite, ou tout au moins, s'est imposée comme formule
religieuse, entre Xerxès, vers 485, et l'époque à laquelle vécut
Eudème, vers 300. Que la discrimination entre le Temps sans
bornes et le Temps de la longue période soit perse, d'origine
iranienne, c'est une probabilité bien faible, parce qu'elle corres-
pond à celle de l'infini et de l'indéfini, ce qui est une notion fort
complexe, puisque ni l'Étendue, ni la Durée, qui sont des infinis,
ne peuvent être considérés comme formés de parties qui les
puissent nombrer, puisqu'elles ne sont point des quantités, la
quantité n'existant que pour une entité lînie, même quand elle
est indéfinie; les deux entités extrêmes qui sont soumises à
la loi du nombre, aux deux bouts de la série numérale, l'insé-
[175]
284 REVUE DE l'orient CHRÉTIENS
cable, l'indivisible, c'est-à-dire l'atome, et l'inmultipliable, le
tome, comme disent les géomètres, étant les deax dernières au
sujet desquelles on puisse invoquer le concept numérique, qui
n'a plus aucun sens quand on les dépasse, pour arriver au
concept de l'évanouissement de la quantité, le zéro, ou à celui
de l'infinité, qui, tous les deux, sont extrêmement loins de
l'atome et du tome.
La complexité de ce problème épuisera les efTorts des philo-
sophes jusqu'à la fin du monde; il suppose, pour naitre dans
l'esprit d'un être humain, une culture, une science bien supé-
rieures à ce que connurent jamais les Perses; d'où il semble
qu'il faille conclure que ce Temps infini, la Durée, discriminée
du temps fini (1), dans lequel l'Esprit de sainteté créa la créa-
tion tangible, soit l'Espace primordial, le Vide de Démocrite,
dont les Gnostiques ont fait, en le combinant avec le concept
de la séparation de la lumière et des ténèbres, aux premières
lignes de la Genèse, le Plérôme, l'Espace ou le Temps infini,
dans lequel le Un absolu crée les Éons, le monde intelligible,
qui correspondent aux Ainshaspands, et le Kénôme, l'Espace-
ou le Temps fini, dans lequel est créé le monde tangible, celui
où nous vivons, avec la confusion absolue des concepts de
temps et d'espace (2).
La thèse suivant laquelle les deux principes sont des frères
jumeaux ne se comprend que dans un système où il est établi
que le mal, c'est-à-dire la matière, qui en est affectée, et qui le
produit, à la même origine que le Bien, que l'Être suprême, en
d'autres termes que la matière est en connexité avec le Un
primordial, ce qui est la doctrine platonicienne, laquelle
affirme, dans le Timée, que la matière est une entité invisible
et amorphe, susceptible de recevoir toutes les formes, qui se
(1) Par la détermination d'une origine et le choix d'une unité de mesure, sans
lesquelles il n'y a que des indéterminées ti-anscendantes, durée, étendue,
grandeur, et non temps, espace, nombre.
(2) Laquelle montre que ceux qui l'ont commise n'eurent aucune idée des
idiosyncrasies de ces données primordiables de la conscience, et que personne^
sauf les Grecs, n'a jamais inventée; elle est née de cette circonstance que^
dans la pratique, le temps et l'espace se mesurent l'un par l'autre, ce qui
semble établir un rapport entre eux; mais cette relation, la vitesse, est essen-
tiellement variable.
[176]
LA PENSÉE GRECQUE DANS LE ^MYSTICISME ORIENTAL. 285
rattache d'une manière obscure à l'Être Intelligible, à l'Intel-
ligence primordiale; ce qui est manifestement l'origine de la
théorie plotinienne, suivant laquelle la matière est le dernier
stade de l'ordre des intelligibles, qui enseigne que le Un pri-
mordial a émané l'Intelligence, que l'Intelligence a émané
l'Ame, et l'Ame la matière, qui est, au dernier stade, comme la
lie bourbeuse de l'émanation divine.
Les Gnostiques, disciples des néo-platoniciens, ont exagéré
cette thèse, tout en conservant son esprit, quand ils disent que
la matière est née de la passion d'Achamoth, de la seconde
Sophia, qui est l'àvOûtj/^Ti? de la Sophia supérieure, qui est un
Éon, une créature par émanation du Un primordial, qu'Acha-
moth a produit le Démiurge, le Dieu des êtres qui sont hors
du Plérôme, qui a produit Satan, le Cosmocrator, lequel
connaît les entités supérieures parce qu'il est un mauvais
esprit 7:vs'j;j,atiy.;ç, mais un esprit, tandis que le Démiurge
les ignore, parce qu'il est un être psychique, ou plutôt ani-
mique '!^u-/i-/.i;, la '}•>/•/; étant manifestement inférieure au zvsj-
\).(x. C'est-à-dire, en définitive, dans l'esprit de ces sectaires, que
ie Démiurge et le Cosmocrator participent également, quoique
d'une manière différente, de la divinité au même titre que les
Éons du Plérôme, qu'ils sont consubstantiels avec eux, le Cos-
mocrator, en fait, n'étant qu'un Éon qui a mal tourné.
La genèse de la doctrine zarvanite est simple; cette thèse
est absolument étrangère au Sémitisme, comme on le voit par
l'accord de la Bible et de la pensée arabe, où l'on n'en trouve
aucune trace, où elle ne joue aucun rôle, où elle est complé-
ment inutile. Elle n'a pu naître que dans l'Hellénisme, d'une
tentative d'explication du mal qui sévit dans le monde, et du
concept que la matière est la dernière création de l'Esprit; son
adaptation à la mentalité orientale s'est faite par plusieurs
confusions successives; les Stoïciens enseignaient qu'il n'y a
qu'une seule matière, et non deux matières, une matière intel-
ligible et une matière tangible, sensible, que les dieux, comme
les éléments, sont formés de cette matière primordiale (Plolin,
Ennéades, II, iv; Cicéron, de Natura deoriim, I, 15); d'où
l'on a conclu que la matière, confondue par suite de son idio-
syncrasie d'infinité avec l'Étendue, puis avec la Durée, a
[177]
286 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
produit les dieux, ce qui est conforme à ce que Platon raconte-
dans le Timée (page 35), que l'Intelligence a créé, du syncré-^
tisme des matières, TAme universelle et les Ames partielles,
qui ont créé l'Univers; mais l'idiosyncrasie de la matière est
la dualité, opposée à l'unité du Principe suprême, laquelle
dualité est le principe du mal; ce pourquoi elle contient les-
contraires par binômes non dissociés, et que seule peut dissocier
l'application de l'Idée, la grandeur et la petitesse, l'inmulti-
pliabilité et l'insécabilité (Porphyre, Sentences, XXI); d'où l'on
a admis que cette matière a produit les dieux bons et les
dieux pervers, ou plutôt le Dieu bon et le Dieu nocif, puisque
Platon parle constamment du c ©sic, le Dieu unique en trois
hypostases, en opposition avec les oî Osot, les astres et leurs
esprits, les astres étant en somme des 6£oi inférieurs, qui, par
leur aspect supérieur, contemplent l'Intelligence, comme le fait
l'Ame universelle, et qui créent, comme elle, par leur aspect
inférieur. Telle est, à mon sens, la voie qui a conduit les Orien-
taux, par une série de compréhensions incomplètes, à faire
sortir Ormazd et Ahriman de la théorie hellénique de la matière
nocive, sous l'influence d'ailleurs de la théorie du dieu double,
qui est devenue celle de Numénius, et qui, comme on l'a vu
dans les pages antécédentes, est née de l'évolution du pla-
tonisme. Beausobre {Histoire de Manichée, I, 29) a prétendu
que l'Hellénisme est allé chercher en Orient, où il n'y eut
jamais rien de semblable, ses théories sur la dualité et la
nocivité de la matière, et d'autres concepts, que Pythagore a
pris ces idées aux Chaldéens, qui n'en ont jamais pensé si long,
car la légende veut qu'il ait été le disciple d'un mage de Baby-
lone {sic, où il n'y avait pas de mages), nommé Zabratus; mais
Zabratus, manifestement, est une forme estropiée du nom de
Zoroastre, et, toutes les fois que l'on rencontre, dans l'exposé
de prétendues thèses orientales, la mention de Zoroastre, des
mages, des mages de Babylone surtout, comme si l'on parlait
des rabbins du Vatican et des curés de la mosquée de Paris, il
n'y a aucun doute qu'on ne se trouve en présence d'une mysti-
fication littéraire, d'une supercherie éhontée, dont l'intention
est de contrebattre l'Hellénisme, pour établir ses emprunts à
l'Orientalisme; c'est en ce sens que Porphyre parle des pré-
[178J
LA PKNSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 287
tendues Révélations de Zoroastre, que montraient les Gnos-
tiques, pour combattre Platon, et dont il démontra qu'elles consti-
tuaient un faux, perpétré au second ou au troisième siècle;
quoique Porphyre fût d'origine sémitique, et se nommât Malch us,
comme Jamblique, il avait l'esprit assez indépendant pour voir
où se trouvait la vérité, et pour dénoncer ces falsifications, dont
le but est par trop visible; le nom de Zoroastre, comme celui
d'Hermès, dans de semblables écrits, indique qu'il faut entière-
ment retourner la thèse exposée dans ces pastiches, si l'on
veut se faire une idée exacte de la question dont ils traitent,
c'est-à-dire, sous les espèces présentes, que c'est l'Orient qui a
emprunté ces doctrines à la Grèce, et non l'Hellénisme aux
Mages des Perses ou aux prêtres des Hébreux.
Le concept des anges du Mazdéisme, amshaspands et yazatas,
n'a rien à voir avec l'idée que les Sémites et les clans indo-
européens se font des esprits divins. L'on chercherait en
vain dans le Brahmanisme l'existence d'entités actives telles
que Sliahrivar, ou Isfandarmad, d'esprits bienfaisants qui
sont, en somme, les anges gardiens de l'homme et de la création
d'Ormazd; il en va de même de celui de la fravarti, qui,
étymologiquement, est la cause efficiente de l'existence de la
créature, son double intangible dans la Transcendance; les
fravartis des livres perses, comme l'a dit excellemment Anquetil
{Zend-Avesta, tome I, partie 2, page 83, note) « sont comme
l'expression la plus parfaite de la pensée du Créateur, appliquée
à tel objet particulier ; ils ont d'abord existé seuls ; réunis ensuite
aux êtres qu'ils représentaient, ils ont fait partie... de l'àme
des créatures ». Que l'évolution qui a conduit ces esprits à
devenir, suivant l'expression de Darmesteter {Zend-Avesta,
tome il, page 501) « l'élément divin et immortel de la person-
nalité humaine >■>, dans une forme qui est une simple addition
au concept et à l'idiosyncrasie de l'àme, et parfaitement inutile,
soit tout à fait secondaire, en contradiction avec leur essence,
c'est ce qui est établi par cette circonstance que ces esprits,
ces fravartis, vivent dans le monde transcendantal, où ils luttent
avec Ormazd contre la nocivité d'Ahriman, et que c'est eux
qui règlent la marche de l'univers. D'où il semble qu'il faille voir
dans leur concept la confusion des idées-paradigmes de la
[179]
288 REVUE DE l'oRIKNT CHRÉTIEN-
doctrine platonicienne et des esprits supérieurs dont parle
Platon dans le Critias, lesquels sont devenus les Éons chez
Simon le Mage et dans le Gnosticisme chrétien.
Tous les prétendus livres de la « Sagesse orientale », doù
serait sorti le néo-platonisme, tous ces ouvrages dans lesquels
on lirait les secrets de la science antique, révélés dans les
hypogées de l'Egypte des Pharaons, ou ceux des mages de
riran, sont des faux manifestes, qu'ils se placent sous l'invo-
cation de Thoth, l'PIermès Prismégiste, ou de Djamasp, des
supercheries évidentes, perpétrées à l'époque alexandrine,
souvent après la Rédemption; c'est vraisemblablement dans
l'un de ces extraordinaires livres d'Hermès, traduits ou arrangés
du copte, que Suidas, au x" siècle, est allé chercher ce qu'il
raconte au sujet du pharaon Thoulis, 6cu}aç; Thoulis régna
sur toute l'Egypte, sur l'Océan oriental, et il posséda l'île de
Thulé, 00'JÀ'/), les Orcades ou l'Islande;" l'oracle de Sérapis lui
révéla qu' « en premier lieu est Dieu, ensuite te Verbe et l'Esprit
avec eux (deux) ; tous (les trois) consubstantiels, et tendant vers
l'Unité », TTpwia 0s6ç, [j-STc7:£txa Aôyoç, xai Ilvs'jixa œjv aÙTOîç, a(i]j-
çuxa o£ TïdcvTa, -/A sic Iv lôvia, SOUS des espèces qui, certainement,
étaient inexistantes à l'époque de la troisième dynastie, si ce
60JA1Ç est bien le pharaon Zosiris, que les grecs nomment
Tûpaç, lesquelles espèces sont purement chrétiennes.
[A suivre.)
E. Blochet.
[180]
CÀTÂLO&UE DES MANUSCRITS GÉORGIENS
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE LA LAURE D'IVIROX
AU MONT ATHOS
Pendant le mois d'août 1931, j'ai eu occasion de visiter le
Mont Athos; mon compagnon de voyage était mon collègue à
l'Université de Harvard, M. le professeur K. Lake. Un des buts
de notre excursion était d'obtenir accès aux trésors mal connus
des manuscrits géorgiens à la Laure d'Iviron. Notre mission
fut, cette fois, couronnée d'un entier succès. Les rayons de
manuscrits géorgiens furent mis sans réserve à notre dispo-
sition; nous reçûmes permission de les emporter dans notre
chambre, et, après six jours d'un travail acharné, le catalogue
que nous présentons au public fut achevé. Nous tenons à en
exprimer ici nos remerciements les plus chaleureux aux i-kpz-
r.zi de la Laure d'Iviron et surtout au Saint Père Gérasimos, le
r.por,yoù[).zvoq et gi8Xi59Y]/,xpic; du monastère qui a montré l'intérêt
le plus vif et le plus éclairé pour notre travail. Comme la col-
lection est d'une étendue considérai >le, le présent catalogue ne
peut prétendre à être définitif: le but qui brillait devant nos
yeux était plus modeste. Il s'agissait en premier lieu de donner
des renseignements aussi précis que possible sur la collection,
telle qu'elle existe à présent, d'identifier au fur et à mesure
les manuscrits décrits par Tsagareli, et d'indiquer brièvement
le contenu des manuscrits, de façon qu'on puisse les retrouver
ensuite sans difficulté. Pour dépasser notablement ce pro-
gramme, il eût fallu beaucoup plus que le temps limité dont
nous disposions (1).
(1) L'auteur tient à exprimer ici ses remerciements les plus chaleureux à son
ami le R. P. Paul Peeters, S. J., qui a bien voulu l'aider à rédiger ses notes.
Grâce à son appui, le français a été respecté, et sa prodigieuse érudition nous
a évité maintes erreurs, bien des obscurités ont été éclaircies.
[1]
ORIENT CHRÉTIEN. 19
290 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Des trois grandes collections de manuscrits géorgiens qui se
trouvent aujourd'hui dans les principaux sanctuaires de
l'orient chrétien, on doit assigner à celui d'Iviron le second
rang pour son antiquité, mais peut-être le premier quant à la
valeur. L'origine en remonte presque au début de l'organisation
du monachisme au Mont Athos. Quand S. Jean l'Athonite
arriva de l'Olympe de Bithynie à la presqu'île d'Athos vers
l'an 970, il n'y trouva aucun de ses compatriotes géorgiens
mais ils ne tardèrent pas à l'y rejoindre. Il fit venir son fils
Euthyme d'Olympe et y fut rejoint vers l'an 975 par son parent,
le général impérial byzantin, Jean G'ordvanéli, surnommé
T'ornik (000^6603). L'appui de ce puissant personnage activa
énergiquement la formation d'un centre monastique géorgien
sur la montagne. Grâce aux inépuisables ressources financières
et à l'influence dont T'ornik jouissait à la Cour, surtout après
la défaite du rebelle Bardas Skléros, le nouveau monastère
acquit sur la montagne une importance exceptionnelle. Les
géorgiens n'ont jamais été assez nombreux pour dominer la
laure et dès le commencement ils s'y trouvèrent mêlés à des
moines grecs. Au début aussi, les rapports furent assez tendus
entre les fondateurs et les autres habitants monastiques (1).
Grâce aux travaux littéraires de S. Euthyme, la nouvelle
laure devint un foyer de la littérature géorgienne, qui éclipsa
bientôt les vieux centres littéraires du Tao-Klardjét'i (2). Jus-
qu'à la mort de S. Euthyme (1028), son influence à la cour
impériale et le prestige qu'il sut acquérir dans les afl'aires du
Mont Athos empêchèrent les Grecs de dominer le monastère.
Passé cette date, nous voyons l'influence grecque croître rapi-
dement, tandis que l'élément géorgien diminue sensiblement
en nombre et en influence. Vers l'an 1040 cet état de choses
commence à changer, grâce surtout aux travaux et aux efforts
(1) Voir P. Peeters, Histoires monastiques géorgiennes (Bruxelles, 1923),
pp. 8 et suiv., et R. P. Blake, Harvard Theological Reviexo, XXII (1929), pp. 33-34.
La plus importante source que nous possédions, c'est la vie des saints Jean et
Euthyme, que le Père Peeters a traduite. Ici à comparer aussi le colophon du
ms. 9 (69).
{i) Voir 3. 3g3aîïî^O(3g, ^^coœgjij^o g^o^gpS^^gfool) oL^cq^So^ I (Tiflis.
1923), pp. 182 et suiv.; R. P. Blake, Journal of Theological Sludies, XXVI (1924).
pp. 54-57.
m
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 291
d'un autre écrivain géorgien, S. Georges, surnommé l'Atho-
nite. Après lui il semble que les Géorgiens se maintiennent
assez bien jusqu'au commencement du xiT' siècle (1). Après
cette époque leur nombre parait diminuer, et quoique la
• colonie se soit maintenue jusqu'à nos jours (1926), l'hégé-
monie n'a plus cessé d'appartenir aux Grecs.
Les manuscrits géorgiens retlètent très fidèlement les étapes
par où le monastère est passé.
La première couche remonte aux temps antérieurs à la fon-
dation du couvent. Le nouveau monastère avait Ijesoin de
manuscrits, et, comme il semble, les fondateurs ont cherché
personnellement à s'en procurer. T'ornik lui-même a commandé,
vers l'an 975, des copies d'une série de manuscrits à la biblio-
thèque du couvent d'Oska en Tao-Klardjet'i (2). Le plus impor-
tant d'entre eux est sans doute le grand Ancien Testament en
trois (aujourd'hui deux) énormes volumes (N° 1, t. a' et ^').
Il y a aussi la « Perle » de S. .Jean Chrysostome (N" 9 (69)) et
le g566o, « trésor » (aujourd'hui disparu) dont le colophon se
trouve dans un des manuscrits grecs de la bibliothèque syno-
dale à Moscou (3). Les petits mais très anciens Évangiles
d'Opiza (a. 913 : N" 83) peuvent très bien appartenir au même
groupe. VApostolos (N° 42 (11), entre 959-967) a été apporté
peut-être par Jean ou par Euthyme de l'Olympe de Bithynie,
où il a été copié.
La deuxième couche des manuscrits se rattache à l'activité
littéraire de S. Euthyme. Tels sont les grands codices des
commentaires de S. Jean Chrysostome sur les Évangiles, avec
leurs importants colophons (4), les œuvres de S. Macaire (5)
et de S. Basile le Grand (6), et aussi des vies des saints, comme
(1) Voir P. Peeteks, l. c, pp. 69-74. Traduction de la vie de saint Georges,
ibid., pp. 74 et suiv.
(2) Écrire ces tomes aurait pris bien du temps : les colophons portent les
dates 977 (ms. 9 (69), 978 (ms. 1, t. p').
(3) Retrouvé par M. K. Lake en 1930 dans ms. N° 62 {du catalogue de Vladimir)
de la ci-devant bibliothèque synodale à Moscou. J'espère le publier bientôt.
(4) N°» 's 16 (65), 4(66), 10 (67),, 13 (70).
(5) N° 21 (54).
(6) No 32 (49).
[3]
292 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ceux de S. Bagrat (Pancrace) (1) et de S. Syméon (2). Pour la
plupart, ces codices sont écrits par des calligraphes de métier
sur parchemin de première qualité, en grand format, avec de
belles marges, des lignes largement espacées. Le seul codex
des autographes de S. Euthyme qui ait survécu (3) est d'un
format plus petit et plus modeste, tout à fait pratique et sur
parchemin de qualité moyenne; mais les copies officielles por-
tent toutes le caractère d'éditions de luxe. Tout cela fait claire-
ment voir les richesses dont Iviron jouissait à cette époque.
Au même temps nous trouvons quelques manuscrits de haute
importance qui ne furent pas écrits à la montagne, mais pro-
viennent de l'extérieur, par exemple le grand codex hagiogra-
phique d'un contenu rarissime, écrit pour l'évêque Arsène
(avant Tan 1000) (4), un autre important codex hagiographique
écrit en l'année 1002, au village de Saori par Zak'aria (5), sans
doute pour un ktêtôr de haut rang, et encore quelques autres.
Dans quelques-uns de ces manuscrits de provenance étrangère,
nous rencontrons des grattages, des additions et des change-
ments, de la main de S. Euthyme lui-même (6). Ils nous
donnent l'occasion d'étudier la technique de la traduction
pratiquée par le bienheureux interprète.
Après la mort de S. Euthyme commence la troisième couche
de manuscrits. Ce sont les autographes de S. Georges l'Atho-
nite. Son écriture petite, droite, carrée, à lignes très serrées,
se reconnaît aisément. Ils sont écrits sur du parchemin tout à
fait commun, en feuillets de grandeur inégale. Les marges
sont presque nulles, et les lignes sont serrées si étroitement
que parfois la lecture en est très difficile. La plupart de ses
travaux liturgiques y sont conservés (7), ainsi que les auto-
graphes de sa version des Évangiles (8) et de l'apostolos (9).
(1) N° 21 (54).
(2) N° 79 (72).
(3) N" 79 (72).
(4) N° 8 (57).
(5) N» 28 (53).
(6) N° 68 (75).
(7) N°= 's 24, 15 (10), 35 (9), 39 (79), 45 (17), etc.
(8) N° 62 (4).
(9)N°78(12).
[4]
CATALOGUR DES MANUSCRITS GÉORGIEXS. 293
Une bonne partie des autres exemplaires des livres liturgiques
provient de cette époque. Il ne s'y trouve pas de copies de
luxe; tous sont de format pratique, sur parciiemin de moyenne
qualité et ne portent ni dates, ni colophons. Après la mort de
S. Georges (1065) il semble que les Géorgiens aient repris la
direction du monastère. C'est à cette époque que la vie de
S. Georges fut écrite par son élève et homonyme. Nous avons
trouvé quelques manuscrits datés avec indication des dona-
teurs. Par l'un de ces manuscrits, nous voyons qu'un membre
de la puissante famille Pakurianos, fondatrice du monastère
de Petritzionissa, était un bienfaiteur du monastère (1).
Après Tan 1080, les codices ne portent plus de dates. L'écri-
ture perd son originalité, le parchemin devient mauvais, puis
cède la place au papier. A mon avis, les manuscrits sur papier
sont pour la plupart d'une époque assez récente. La colonie
géorgienne végétait, et a continué de végéter jusqu'à nos jours,
mais toute activité littéraire, intellectuelle et même paléo-
graphique, s'endort vraiment dès la fin du xi" siècle.
Nous possédons une autre source pour l'histoire d'Iviron et
de sa colonie géorgienne. Bien qu'elle ait été publiée il y a
plus de trente ans, elle n'a jamais été utilisée par les savants
comme elle le mérite. C'est le boBcQçpo^ccjBo, ou liste des bien-
faiteurs du monastère, qui se trouve dans le manuscrit 558 du
Musée Ecclésiastique de Tiflis (2). Ce manuscrit, qui contient
les vies de S. Euthyme et de S. Ilariou avec les Acta Johannis
apostoli dans la version géorgienne de S. Euthyme, fut écrit
par Mik'el Galisoneli en l'an 107 1. Il a relevé dans divers
manuscrits toutes les notes relatives aux bienfaiteurs et à leurs
dons et les a mises en ordre. Vers l'an II 16 un certain Petré
T'ap'laydze a continué et complété ce travail. De temps en
temps, d'autres mémoriaux y ont été insérés. Les données paléo-
graphiques fournies dans l'édition du texte sont insuffisantes
(1) X° 24.
(i) Décrit par 0./t.}Kopjiaiiiîi, OiiiicaiiiepyKoniiceii Tii<t>JiiiccKarouepKOBHaro
Myrîea KapxajiHHoraKxeTiincKaro jyxoBeHCTBa, T. 2 (Tii-t'.iiic'b, 1902 r.),
pp. 85-86. Le ins. fut publié in extenso par M. J. Djanashvili et A. S. Khaichanov :
^tncîGob ogj^fooob Oc^B^b^f^ol) 1074 ^. B^^jc^coG^^gcoo 5fîi^3gÔocir) (Tiflis,
1901) : voir P. Peeteks, L c, pp. 8-10.
[5]
294 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
à débrouiller et à classer cet amas de notices dont la lecture
et le sens sont parfois également obscurs. Or, nous avons fait
il y a dix ans une étude détaillée du codex, que nous espérons
publier bientôt. II en ressort que jusqu'à l'année 1116 il y eut
un courant non interrompu de pèlerins et de donations, encore
que le montant de celles-ci fût beaucoup plus grand au com-
mencement du xr siècle qu'à la fin. Il semble aussi que les
dons ont continué jusqu'au xm" siècle; après cette date les
mémoriaux se font rares; le seul grand don reçu est celui
de Qarquaré, prince de Meskhia, à la fm du xv'' siècle (1).
Dans les manuscrits nous n'avons rencontré de même que
peu de mémoriaux ; à Jérusalem presque chaque manuscrit
porte le nom d'un pèlerin; parfois il y en a des dizaines. Les
noms que nous trouvons au Mont Atbos sont pour la plupart
d'une époque tardive. Quelques-uns d'entre ces voyageurs
dévots ont visité Jérusalem aussi. L'ornementation artistique
manque presque entièrement à l'Athos. Je n'ai trouvé qu'une
miniature (2), et les enluminures sont d'un travail médiocre (3).
Le contenu de la collection est assez intéressant. L'Écriture
sainte est bien représentée quant à l'époque pré-Athonite par
la grande bible (1), le psautier (5), les ('vangiles d'Opiza (5),
ïapostolos d'Olympus (6). Nous avons les autographes des
évangiles (7) et de l'apôtre (8), dans la version de S. Georges
l'Athonite. De même les commentaires de S. Jean Chrysos-
tome (9) et des autres pères de l'Église (10) ne font pas
défaut. Les travaux liturgiques de S. Georges l'Athonite se
trouvent là, pour la plupart en autographes (il), mais son
psautier y manque. La patristique est beaucoup moins com-
(1) Z,. c, pp. 267-269.
(2) N° 67 (8).
(3) N° 1, M. a' et p'.
(4) N° 82 (2).
(5) N° 83.
(6) N" 42 (11).
(7) N°'.s 62(4) et 78(12).
(8) N° 78 (12).
; (9) N- 's 16(65), 4(66), 10(67), 13(70) - sur les Évangiles.
(10) 29 (81) Saint Basile sur les Psaumes; sur l'Ancien Testament 29 (81); sur
l'apùtre d'Ephrem Mc'iré 18 (82).
(11) N- 'a 24,' i.'3 (10), 35 (9), 39 (79), 45 (17), etc.
m
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 295
plète. Une série des travaux de S. Euthyme ne s'y trouve pas,
ni l'Apocalypse de S. Jean, ni la version de S. Grégoire de
Nazianze, ni les autres, quoiqu'ils soient signalés dans sa
Vie (1). Il me semble que les données assez confuses et incer-
taines de Tsagareli permettent de conclure que deux ou trois
autographes du saint écrivain géorgien ont disparu après
l'exécution de son catalogue. Mais même en tenant compte de
ces pertes probables, la liste d'ouvrages connus est loin d'être
complètement représentée. En revanche, les ouvrages de
S. Georges l'Athonite (2), concernant la patristique, y figurent
largement. Plus nombreux sont les travaux se rapportant à
l'ascétisme, tels que les œuvres de S. Macaire (3), de S. Doro-
thée ^1), de S. Ephrem le Syrien (5), de S. Jean Chrysostome
(la Perle Margaliti) (G). Quelques-uns de ces ouvrages pro-
viennent de la première période de la littérature géorgienne,
à l'époque des ^oOgG.^, kimena (7), et parfois portent les traces
de la main des écrivains athonites (8).
Toutefois, la section la plus importante est réservée à l'ha-
giographie qui offre une série magnifique de codices, débutant
par l'incomparable manuscrit N° 8 (57) avec ses douze àrra;
rii>ÇiTi\xv)y.. Dans cette riche collection de manuscrits, les uns
représentent la période archaïque et les autres reflètent l'in-
fluence de la rhétorique grecque et de l'école de Syméon le
logothète (9). Ici, nous constatons que le rôle du traducteur
003020302^.6^ Théophile, a été beaucoup plus important qu'on
ne l'avait soupçonné auparavant (10). Très riche aussi est le
fonds homélétique, dont la couche ancienne apparaît dans le
manuscrit N" II (80), qui se rattache d'une part au vieux OôS^-
(1) Voir P. Peeters, l. c, pp. o4-o6.
(2) N°^^s 34, 14 (84), 49.
(3) N° 's 21 (54).
(4) N"'s 40(56) et 41 (77).
(5) N" 23 (83).
(6) N° 9 (69).
(7) Pour l'histoire de ce mot voir Harvard Theological Review, XIX (1926),
p. 297.
(8) N° 's 68 (75), 17 (50).
(9) Voir n° 79 (72), par. 4, et rintroductiou de T'eop'iley citée sous n° 20 (29).
(10) Voir sous n°= 20 (29), 36, 37.
[7]
296 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
35ÇT.00530 d'Iskhan (1) et d'autre part au plus ancien codex géor-
gien connu, le grand flo5535çT.or).S3o du Sinaï (a 864) (2). L'exé-
gèse est représentée par un bon nombre de commentaires soit
sur l'ancien Testament, soit sur le nouveau (3). D'autre part, la
dogmatique et le droit canonique (4) font entièrement défaut ;
la poésie ecclésiastique, sauf les hymnes liturgiques, est aussi
absente.
Il nous reste maintenant à rappeler brièvement ce que jus-
qu'à présent on savait de la collection. Elle a été mieux connue
que les manuscrits de Sinaï et de Jérusalem, grâce au travail du
moine géorgien Ilarion. L'évèque Timot'e Gabasvili avait visité
le Mont Athos au milieu du xviii* siècle (5), mais il signale
seulement l'existence des manuscrits à Iviron sans donner
aucun détail (6). Ilarion fut le confesseur du dernier roi d'Ime-
rétie, Salomon II. Après la mort de son royal maître à Tré-
bizonde en 1815, il se retira à l'Athos, où il resta plus de
trente ans. Il s'y montra courageux, lui et un autre moine
nommé Vénédikton, en défendant le monastère contre les
agressions des Turcs (7). On rencontre les noms de ces
hommes éneroiques dans presque tous les manuscrits géorgiens
d'Iviron (8). Il semble que le prince héréditaire de la Mingrélie,
Davit' Dadiani, ait été en relations avec Ilarion, et que le
prince lui ait demandé des renseignements sur les manuscrits
géorgiens (9). Ilarion obéit et envoya une liste, dont une copie
est tombée plus tard entre les mains de M. Brosset, qui l'envoya
à V. Langlois. Ce dernier en publia, dans le Journal Asiatique^
une traduction française faite par Brosset (10). Cette liste n'est
(1) Ms. 95 du Musée Ecclésiastique à Tillis, décrit par JKopyjianiH, Onncanie,.
T. 1 (Tiflis, 1903), pp. 96-114.
(2) Voir TsAGARELi, CBiji-feiiifl, BtinyoK-t 2, p. 92-3, sous n° 83; le ms. est
maintenant divisé en trois parties sans les numéros 32 4-57-1- 33.
(3) Voir supra, page 294, note 10.
(4) Peut-être le g^6(3o cité ci-dessus (p. 291) se rapporte-t-il à la catégorie dm
droit canonique?
(5) Son voyage fut publié par Plato loséliani (Tillis, 1852).
(6) TSAGARELI, l. C, p. XV.
(7) TSAGARELl, L c, p. XV-XVIl.
(8) Voir passim.
(9) TsAGARELi, /. C, p. xvi-xvin.
(10) Journal Asiatique, sér. iv^ t. IX (1867), pp. 13I-155i
[8]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 297
point complète : Hilarion s'est borné à choisir quelques-uns
des manuscrits les plus importants, qui étaient approximative-
ment complets, mais les faits qu'il donne sont précis (1). Le
résultat de cette démarche fut le voyage au Mont Athos de
l'archéologue géorgien Platon loséliani dans l'an 1849 (2). Il
semble bien que loséliani ait vécu à l'Iviron assez longtemps.
En tout cas, les moines lui ont permis d'emporter la grande
Bible à Tiflis. Elle y est restée jusqu'à l'an 1856 (3), et il en fut
fait deux copies manuscrites (4). Il paraît aussi que loséliani
avait rédigé un catalogue des manuscrits qu'il voulait publier,
mais qui a disparu après sa mort avec ses autres papiers (.j).
En l'an 1883, le professeur de langue géorgienne à l'université
de Saint-Pétersbourg, A. A. Tsagareli, fut envoyé par la Société
palestinienne russe au Sinaï et en Palestine, pour faire des
recherches dans leà manuscrits géorgiens (6). Grâce à l'appui
du vice-roi du Caucase, le prince A. M. Dondukov-Korsakov,
Tsagareli a pu visiter aussi l'xAthos. Il y dressa un catalogue
des manuscrits géorgiens, qui est publié dans ses CB'hji,'hmn.
0 naMHTHimaxi. rpysHHCKoK niicbMeHHocTii, BbiriycKTj
iiopBbiii, C. ricTepBypr'b 1886 (7). Dans ce livre confus et
mal composé, il donne 1" son propre catalogue; 2'' le texte
géorgien du catalogue d'Ilarion; 3" le texte du cantique de
Salomon d'après le manuscrit d'Iviron (8).
Les défauts du travail de Tsagareli ont été signalés ail-
(1) Voir Tsagareli, l. c, p. xyiii.
(2) Voir Tsagareli, L c, p. xviii-xix, et l'article sur loséliani dans le IIpaBoc-
.iRBiiafl BorocJiOBCKafl 3Hu;nKjoHeiiifl, t. VU (1906), col. 493-498.
(:>) Voir Tsagareli, L c, pp. 44-52 et aussi l'inscription dans la copie du Sion
(aujourd'hui ms. n° 472 du Musée Ecclésiastique à Tiflis, datée de 1856 (décrit
par /Kopaanifl. Onucanie, t. II, pp. 35-41).
(4) Voir Tsagareli, L c, pp. 1-8, et la note précédente; voir aussi Harvard-
Tlieological Review, xxii, pp. 36-37.
(5) Voir Tsagareli, l. c; les papiers de loséliani ont été utilisés par
M.Meghvinet'-Khutsesov, niaisdisparurent depuis(coniinuiiication deM. Euthyme
TaUaïchvili).
(6) Voir Tsagareli, L c, p. xix.
(7) Le catalogue a été imprimé de nouveau dans le livre du même auteur,..
rpy.'iiiHe Bi> Cbatoîi SeMjit ii na Cnna-fe (CôopunK-b ripasociaBuaro Ila-iec-
TiiiicKaro OômecTBa, BbinycK-b 10, CaiiKTTj-IIeTepôyprt, 1888 r.).
(8) Comme je l'ai déjà démontré, le te.xte fut copié par Tsagareli sur la copia
du Prince Davit' Dadiani {Harvard Theological Revi&io, L e., p. 37).
[9]
298 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
deurs (1) : ils sont nombreux et graves, mais il faut se souvenir
à ce propos du but que se proposait l'auteur. A cette e^poque,
il était question surtout de l'antiquité de la littérature si'éor-
gienne; les manuscrits au Caucase reposaient encore épars
çà et là dans des monastères peu accessibles, et ils étaient
fort mal connus. Tsagareli a donné des renseignements assez
précis sur environ trois cents codices, dont l'antiquité était
indiscutable, et plus d'une fois son travail nous a sauvé des
^colophons et des notes, qui ont disparu depuis. A ce qu'il
semble, le catalogue d'Athos n'est pas si bien fait que celui de
Siiiai, mais un peu moins fautif que celui de Jérusalem. Nous
sommes parvenu à identifier sans beaucoup de difficulté à peu
près les deux tiers de ses manuscrits. Nous n'avons pas réussi
à retrouver les autres. Il est plus que probable que quelques-
uns ont disparu plus tard, et dans certains cas il semble que
Tsagareli n'ait pas vu tel ou tel manuscrit.
Le premier qui a travaillé sur les manuscrits après Tsa-
gareli paraît être M. le professeur N. Marr, qui a visité le
Mont Athos en 1898. Il a trouvé pour la première fois les
Évangiles d'Opiza, dont il a soit copié, soit collationné le texte
entier (2). Il a étudié surtout les codices hagiographiques. De
ses recherches, il a publié un bref rapport (3) et deux articles
très détaillés sur cinq des manuscrits (4). A la fin du premier
article (p. 79 et suiv.) il donne quelques notes supplémentaires
au catalogue de Tsagareli. Il y rectifie de nombreuses erreurs
dans les descriptions de quelques manuscrits. Au surplus, il
donne une description de quinze manuscrits {a-o) qui ne figu-
rent pas dans la catalogue de Tsagareli. L'auteur a retrouvé
la plupart d'entre eux, sauf le numéro n, parchemin in-folio :
Homélies des pères Isaac, Basile, Nilus et des autres. Nous
(1) Voir l'auteur, Revue de VOrient Chrétien, XXIIl, p. 349, et Peeters, Hin-
■ loires monastiques géorgiennes, p. 208.
(2) Voir la prol'ace à l'édition du texte géorgien de l'évangile selon saint Mat-
thieu de V. N. BÉNÉiÉvic (Saint-Péter.sbourg, 1909).
(3) IIsT. ncfesAKH Ha Aen-L, /KypHajn> MutuiCTepcTBa Hapofluaro Ilpoc-
E-femcHifl, mars 1899 (322), pp. 1 et suiv.
(4) Ariornpa<i>HMecKie MaTepia.iibi no rpysncKHMt pyKonHCHMt IlBepa,
SanHCKH BOCTOHHaro Orji-fe.ienifl pyocuaro apxeojiorntiecKaro OômecTBa,
.13 (1900), pp. 1 et suiv.
[10]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 299
uvons ajouté les remarques de M. Marr à nos descriptions.
L'année suivante (1899) M. K. Lake (1) a pu photograpliier
quelques feuilles pour M. F. C. Conybeare; les photographies se
'trouvent aujourd'hui dans la collection Wardrop, de la Bodleian
Library à Oxford, et quelques-uns en ont été publiés par Cony-
beare dans la Zeitschrift der Neutestainentliche Wissens-
chnft (2). Le professeur A. S. Khakhanov a travaillé à Iviron
en 1902; les fruits de son travail, outre un court article assez
fautif paru dans le Bogosl6vskiiViéstnik(3), sont l'édition de la
vie de S. Bagrat (4) et les textes hagiographiques de S. Romanos,
Jzidbozid et de plusieurs autres (5). M. Jantsch a pu photo-
graphier en 1913 quelques textes pour le R. P. Peeters (6^,
H. Goussen (7) et quelques autres. L'Académie russe des
.Sciences a fait photographier en 1913 la grande l)ible et le
manuscrit hagiographique X° 8 (57) (8). L'auteur du pr(''sent
travail n'avait pas obtenu l'autorisation de voir les manuscrits
en 1921, mais le premier tome de la bible a été photographié
pour lui en 1926 par M. Swain, de l'Université de Michigan et
le deuxième par MM. Lake, Johnson et lui-même en 1927 (9).
Les manuscrits sont maintenant rangés sur trois rayons
dans la bibliothèque, sur la paroi à gauche de l'entrée. Les
rayons sont construits dans un arc fermé contre la paroi.
Les manuscrits ne portent pas un numérotage consécutif des
cotes, mais ou y trouve deux systèmes partiels : 1" A l'encre
noire, un numéro (qui n'est jamais celui de Tsagareli), suivi
du nombre des pages, précédé par un ji russe (1 = jiucti. =
feuille). Il se peut que ces numéros aient été mis par loséliani,
mais nous ne pourrions affirmer qu'ils soient de sa main;
(I) Comuiuiiicatioii de M. Lake lui-iuème.
(2j Zeilschrifl der Neulestamentlichen Wisscnschafl, XII (1911), pp. 131-140.
(3) BorociOBCKiii BtcTHiiKi,, XIII (1903), pp. 418-426.
1) Tpyau no uocTOKOB'fefl'Iiiiiio, BbinycKt 19, Moscou, 1904.
(5) MaTcpiajibi no rpysnucKoit ariciorin, ibid., IjbinycKi) 31 (Moscou, 1909).
(6) Communication du père P. Peeters.
(7) Goussen a publié en fac-similé la dernière page de Marc {Oriens Chrislia-
nm, VI (1906), p. 317).
(8) Communication de M. N. Marr; l'auteur a travaillé lui-même sur ces
photographies, à Leningrad, il y a quinze ans.
(9) Voir Harvard Theological Review, XXII (1929), pp. 33 et suiv.
[IIJ
300 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
2" Au crayon bleu sur des bandes de papier insérées entre les
feuilles du manuscrit. Le numéro correspond presque toujours-
à celui de Tsagareli, mais les bandes de papier ne sont pas
conservées dans tous les manuscrits. Après mûre réflexion, j'ai
décidé de donner aux manuscrits un nouveau numérotage par
format, numérotage qui sera suivi dans le présent catalogue.
Je commence donc par les plus grands et termine par les plus
petits (I).
Les codices en papier ont souffert des vers, mais pas autant
que ceux de Jérusalem. Les cotes de Tsagareli sont citées dans
les cas où nous avons pu les identifier. A la fin du catalogue,
on trouvera une concordance des nouvelles cotes avec celles de
Tsagareli et vice versa, comme celle que j'ai déjà donnée pour
les manuscrits de Jérusalem (2).
Les manuscrits sont reliés pour la plupart, et ceux qui ne
le sont pas sont dans des portefeuilles de toile noire.
Il nous reste à signaler les manuscrits disparus. La collec-
tion n'a pas été dépouillée aussi complètement que celle de
Jérusalem. Néanmoins on remarque des lacunes. Le manus-
crit 558 du Musée Ecclésiastique à Tiflis a été envoyé d'Iviron
à cause des renseignements qu'il contenait. Parmi les autres,,
les numéros 3, 18, 24, 26, 27, 40, 42, 46, 48, 62, 71, 76, 78 et
86 de Tsagareli font absolument défaut. Je donne ici en traduc-
tion ce qu'en dit Tsagareli :
A''" 3. Psautier; 4" papier s. xv-xvii en écriture nuskhuri.
N° 18. Paraklétiké abrégée 25 x 17 cm. 169 ff. Parchemin
salé : mémoriaux d'gç^obg Elisée a. 1610 et de Timot'é a. 1756.
A la fin, Vie de S. Barlaam comme clans le N" 55.
N° 24. Pentekostarion, 30 x 21 cm. 231 ff. Parchemin
s. xi-xii. Nuskhuri clair. Scribe db-s b^oOc^B (sic) Syméon le noir.
(1) Le nouveau numérotage fut ajouté aux mss. en mai 1932 pendant une
courte visite à Iviron parle père Gérasimos et l'auteur. Chaque ms. est mainte-
nant marqué avec une étiquette ovale bordée d'or et, de plus, la cote est
écrite sur le ms. môme au crayon vert. En même temps, l'auteur a rempli
quelques lacunes dans ses descriptions et a copié quelques pages dont les plio-
tograpliies étaient perdues.
(2) Voir Revue de l'Orient Chréllen, XXIII (1922-23), pp. 345-413; XXIV (19-24).
pp. 190-210, 387-429; XXV (1925), pp. 132-155.
[12]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GP^ORGIENS. 301
N° -26. Triodion 24 x 16 cm. Parchemin (incomplet). 96 ff.
INuskhuri s. .\i-xii.
\° 27. Triodion 27 x 22.5 cm. s. xiv-xvi. 200 ff. Nuskhuri.
Papier rongé des vers.
.Y" 40. Ménaion 25 x 16 cm. s. xiv-xvi. Papier : nuskliuri.
20 1 ff.
.A° i2. Ménaion abrégé pour novembre (sic) 27 x 17 cm.
Papier : nuskhuri s. xiv-xvi. 177 ff.
N° 46. Livre de prières, l'' papier s. xvi-xviii. 138 ff.
vV 45. E'.pi).o\ en honneur de la très sainte Mère de Dieu,
17 X 12 cm. Papier : nuskhuri du type du psautier sur papyrus
de Sinaï. s. xiv-xvi.
iV 62. Vies des saints pères. 43 x 38 cm. Papier : nuskhuri
s. xiv-xvi.
jV° 77. Collection des homélies de saint Grégoire de Nysse
et d'autres pères de l'église. 30 x 24 cm. 284 ff. Parchemin :
écrit sur deux colonnes. Grand nuskhuri du x-xi"" siècle. Relié
en cuir; mutilé à la fm.
iV° 76. Œuvres des saints Pères : Grégoire le Théologien,
Basile le Grand et Jean Chrysostome. 29 x 20 cm. Relié :
^249 feuilles de parchemin; nuskhuri. Le scribe Arsène Ta écrit
à Iviron, quand Georges était higoumène (s. xi).
A'° 78. Œuvres des saints Pères. 26 x 18 cm. 315 ff. par-
■cliemin : beau nuskhuri du x** siècle. Contient, entre autres,
les œuvres de S. Ephrem le Syrien, la Vie de sainte Marie
l'Égyptienne, etc.
.V" 86. Histoire de la Géorgie écrite par le Tsariévitch
Vakhoust. Papier avec filigrane de Tan 1811, 32 x 21 cm.
■308 feuilles. Écrit en mkhedruli petit et beau : en-tètes en
asomt'avruli rouge ligaturé. Ce ms. appartenait à un major
anglais Vent Sahib {sic), et fut offert en don au monastère
d'Iviron par Platon loséliani en 1859. Dans une forte reliure
de cuir.
N° 1, tomes a' et fi'.
Ancien testament originairement complet sauf pour le psautier, les
paralipomènes et les livres des Macchabées. Écrit en 078. au monastère
d"Oska en Tao-Klardjet'i par trois scribes, Mik'ael, Georgi et Step'ane.
[13]
302 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pour le partice byzantin lované C'ordvaneli surnommé T'ornik. Deux
volumes de même grandeur contenant 532 et 428 feuilles. Dimensions des-
feuilles : 445 X 32.3 mm.; des colonnes : 330 X 102 mm. Iivec un espace
de 22 mm. entre eux. Parchemin blanc et fin, d'épaisseur moyenne, en
majeure partie très bien conservé. Encre brune noirâtre, parfois assez
paie : en-têtes en vermillon assez pâle (parfois en carmin). Écrit sur
deux colonnes de 26 lignes (le nombre oscille entre 25 et 27), en nus-
khuri assez grand, incliné, angulaire, d'un type non-athonite. Les mains
des trois scribes sont très semblables. Cahiers de 8 feuilles, signés de carac-
tères géorgiens capitaux au milieu de la marge supérieure au fol. T et
inférieure au fol. 8"^. De plus, nous trouvons au t. â. des lettres grecques;
dans l'octateuque et dans Hiob, elles sont capitales et dans les prophètes,
minuscules. Le système des cahiers en est assez compliqué (voir ci-
dessous). Reliure forte de cuir gris noirâtre assez moderne, avec dessins
linéaires n treillis. Les deux volumes ont été paginés au crayon; les
incipit des chapitres sont marqués pour la plupart par des scribes de
Tiflis, les lacunes également. Ce codex magnifique a déjà beaucoup
attiré l'attention et en outre a déjà été décrit en détail par l'auteur (1). Nous
nous bornons en conséquence à donner ici une description très sommaire
en y ajoutant pourtant quelques détails observés en 1930, quand nous
eûmes la facilité de contrôler les photographies sur le manuscrit et
de combler les lacunes. Le manuscrit se composait initialement de trois
tomes de grandeur à peu près égale (environ 54 cahiers ou 432 feuilles).
Aujourd'hui, les restes des tomes 1 et 3 ont été reliés ensemble et forment
le tome à du manuscrit : le tome ^' en forme le troisième volume.
Tome â.
(1) Genèse iuc. def. 12,8) f. lr,-70vo : lacunes 20,6-21,11 ; 41,57-42,16.
(2) Exode, f. 71r-118r : lacunes 3,15-4,6; 14,12-16,22; 26,8-30,13;
34,3-37,3.
(3) Lévitique, f. 118v-137v (des. 11,45): ici une grande lacune de
28 cahiers (= 224 feuilles) jusqu'à la fin des Juges.
(4) Juges, f. 138r-143r inc. -def. 19,16.
(5) Ruth,f. 143v-148v.
(6) Hiob, f. 149r-176v (des. def. -.30,27) : fin du premier tome dans l'état
original du manuscrit.
(7) Isaïe, f. 177r-220v. Ici commence le troisième tome original. Inc.
-def. 7,2; lacunes 10,26-19,1; 22,25-27,8; 42,19,44,24; 45, 12-54, H.
f8) Jérémie, f. 251v-308v. Lacune 27,1-16.
(9) Baruch, f. 308v-315r.
(10) Lamentations, f. 315v-322v.
(11) Prière (Baruch, c. 5), f. 322v-323r.
(1) Robert?. Blake, The Alhos Codex of Ihe GeorgianOld Testament, Harvard
Theological Review, XXII (1929), pp. 32-53.
[14]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 303-
(12) Epître (dans le manuscrit, Prière : Baruch, c. G), f. 323r-327r.
(13) Ézéchiel, f. 3'27v-309 : à la fin de Baruch (m. du scribe)
ro^Ôa OgBro;) ^"6 600)^5^^03 b^O;»- « Gloire à toi, lumière constante,
co^çgobcQ l)g!5|^or)5 (i~6or)ù ^ôb'dà- illuminateur de nos âmes, Jérémie
B^oog^gÔgr^cq ÇQif)bcogj![;|i6 (^d^d~ ^^^ achevé par son intercession.
Ooio : cn^oî îï^^cQ agQljgooo:).:) 0 seigneur Dieu, aie pitié de moi,
iJol)OOT5y;)3^y.:){£!icQÔoG figâ (503^130- pécheur, au jour terrible dans la
j£;iol)5 %~i> çoçogb^ d6h hd~6(c^hi> gloire de ton avènement. »
çoogogôoo) Ooijbfc^go'b^ S^'jBob.ib :
Ce mémorial ne fi.uurait pas dans mon premier article, à cause d'une
photographie manquée. Sous l'en-tête d'Ézéchiel, un mémorial du prêtre
Petré Tablianidze (15 février 1851), et à la marge inférieure, un mémorial
en nuskhuri, grand et compliqué.
Grâce aux photographies supplémentaires reçues depuis, je peux donner
ici une explication plus correcte des lacunes dans le texte d'Ézéchiel :
Ordre des feiL
nies :
Doit e'tre
f. 356 V des.
20,24.
356
360
357r-359v
22,30-24,8
lacune de deux feuilles
361
360 r/v
20,24-20,40
362
357
361 r/v
21,27-22,12
358
350
362 r;v
22,12-22,30
369
lacune d'une feuille
363 r/v
26,1 -26,17
363
364
365
364r-368v
26,17-30,5
366
367
369 r/v
24,9 -24,27
368
lacune d'une feuille
370 r et sec
[. 30,24 et seq
370
Les parties manquantes du texte sont :
20,40-21,27 2 fol. f. 8 du cahier 5~'l3 = 27
et f. 1 du cahier 3-G = 28-
24,27-26,1 1 fol. f. 1 du cahier ô"^ =29
30,5-25 1 fol. f. 8 du cahier ô~^ = 29'
(14) Daniel, f. 399r-429r.
(15) Ezra Zorobabel (1 Esdras des Septante), f. 429r-456r,
[15]
.304 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
(16) Ezra (2 Esdras des Septante : Ezra canonique de l'hébreu), f. 45G v-
461 r. Le texte en est un fragment (1.1-3,5) : ensuite répétition de l'Esdras
8,91-9.22. L'erreur doit provenir de l'archétype, parce que les livres sui-
vants sont en désordre aussi.
(17) Néhémie, f. 461 v-480 v. Le texte est en désordre : il y a deux lacunes
• 4,7-6,1 et 7,5-61 et une répétion de 2 Ezra 1,21-2,21.
(18) Esdras apocryphe (2 Esdras de la Vulgate), f. 480v-496v. Le texte
en fut copié d'un archétype fragmentaire, mais il n'y a pas de feuilles
manquantes dans le manuscrit.
(19) Esther, f. 496V-510.
(20) Judith, f, 510v-529v. Lacunes 9,4-10,3; 11,22-12,15; 14,17-15,11;
16,12-30 (fin).
(21) Tobie, f. 530r-532r. Écrit par une autre main en nuskhuri assez
grand et arrondi, sur deux colonnes de 48 lignes. Parchemin mince et
mauvais, déchiré et rapiécé avec du papier. F. 531 doit suivre f. 532.
Texte inc. def. 5,3; des. def. 11,8. Fin du présent tome â.
Tome (î'.
(1) P'- Livre des Rois, f. lr-57v. Lacune 17,39-19,2.
(2) 2« Livre des Rois, f. 57v-114r : des. sans indication quelconque.
(3) 3" Livre des Rois, inc. f. 114r sans aucune indication: f. 117v
-en-tête (sic) c. 2,2 : lacune 4, 11 -9,32; des. texte f. 171 r.
(4) 4e Livre des Rois, f. 171r-219v. A la fin du texte, un colophon
■du scribe (f. 219 Vg) que nous avons déjà publié et traduit.
(5) Proverbes de Salomon, f. 221 r-257v.
(6) Ecclésiaste, f. 258r-271r.
(7) Cantique de Salomon, f. 271v-277v.
(8) Sagesse de Salomon, f. 277v-302v.
(9) Sagesse de Sirach, f. 302v-366v.
(10) Les petits Prophètes :
a). Osée, f. 367r-378r.
b) Joël, f 378-383 r.
■ c) Amos, f. 383r-391r.
d) Avdia, f. 391 r- 393 r.
e) lona, f. 393r-395r.
/') Micah, f. 395r-401v.
g) Nahum, f. 401v-404r.
h) Avvakum, f. 404r-407v.
i) Sophonie. f. 407v-410v.
j) Aggée, f. 410v-413r.
A) Zacharie,f. 413-423 r: lacune 11,7-13,9.
(1) Malakia, f. 423r-427r.
Ensuite un long colophon f. 427r-428v, déjà publié et traduit par
«l'auteur du présent catalogue.
TSAGARELl, NM.
[16]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 305-
N° 2
Hagiographica. S. xii/xiii. Papier oriental teinte rosâtre. Encre brune
noirâtre : en-têtes en rouge. Écrit sur deux colonnes de 39 lignes en
nuskhuri incliné arrondi coulant. Dimensions de la page : 365 X SôS™"»;
de l'écriture : 305 X 198™™, avec un espace de 22™'» entre les colonnes.
Cahiers de 8 feuilles signés de lettres capitales au milieu de la marge
supérieure sur f. Ir et inférieure sur f. 8v. de 6~ = 1 (la première feuille
est perdue) jusqu'à pT^"^ = 35 (en partie perdu). 253 feuilles numéro-
tées au recto à la marge supérieure. Reliure forte de cuir noir sur
planchettes sans ornement. Au commencement bôwftggo ou table des
matières du contenu sur la feuille de garde de papier blanc, par une main
moderne.
Contient :
1. (Fol. Irr4r).) Acéphalon : Vie de Sainte 556Ô5eo5a Barbe :
inc. ( — déf.) gycî gt)oçTi5cîÔ5Q...
2. (Fol. 4r2-51ri.) Ql3o:i6gÔ.^Q ço5 8cî^5çt.5^c5Ô5û ^6oçool)5
353ol)5 Bgj')6ob5 b;>Ô5Ql)o : inc. 5co5 (oba ^(oh gl^cciçpgG... Vie et
conduite de notre saint père Saba : inc. OJBàv ou-w xiv^aai...
B.H.G.,H609.
3. (Fol. 51ri-62r2.) Qljoî^gÔ^Q qo5 3o:{J;>çT..b^cc[Ô5a çoo6l)ol).>
853ol)5 fi^g6ob5 Bojcdçn^boîb Ôoo^s^to gool)3cci5c>:ibob5 d^vibh
ç[o^3oob5b5 : inc. ôcodgGo (oba 8g bi^O^foo 5cob... Vie et conduite
de notre digne père Nicolas, archevêque de Myra en Lycie :
inc. Scç-ûv li ypfi[).(x...
B. IL G., '-1349.
4. (Fol. 62rj-71Vo.) ^8oçoob5 abOobb BggBobb 58Ôeoo3bob a)5b
8gçooo:iç;r)55gçT. gSob^cciâoîbob^ : inc. g5çnr>g6ôo56cQb 938505038550
oc^Ôo^Go^Qb 8oooog5çTi5 b3oâ(^ôS5Q... Sur notre saint père
Ambroise, l'évêque de Milan : inc. OùaXsvTivuvou i).eioc tsX£uty;v
B.H.G.,^69.
5. (Fol. 71Vi-102Vi.) ^58gÔ5Q ^8oço5œ5 ço5 çooçogôgçTico5 80:1^5-
8gœ5 8065 gôS8o:i5g5o fo5 g3çoco5o^o3ûbo : inc. 3g8<T05o:i85çc>
85gbc:i3eoob5 Bgg6ob5 ^PSobôgb ^33^56550 8cîbçrn3ob5... Passion
des saints et glorieux martyrs Menas Hermogènes et Eugraphos :
inc. Msià T'/]V k-\ Y^ç TOij awTïjpoç XptjTOu Tuapouoriav...
B.H.G., 21271.
. .[17]
ORIENT CHRÉTIEN. 20
■306 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN^
6. (Fol. 102Vi-114v,.) gV)CQeogÔ5Q ro5 8o3^5çi^5JC3Ô5Q ^8oçoob5
853ob5 Bgg6ob5 bSofooçpcciBobo : inc. ÇQ^ ^"^^ôO^SÇ? -^^^ l)gç[ool)5
QlScQ^gÔbQ,,. Vie et conduite de notre saint père Spyridon :
inc. MsYiŒtov elq '\>^yfi<; wtpéXs'.av...
B.H.G., 2 1648.
7. (Fol. 114Vi-126r2.) ^58gÔ5Q ^oçp^oob ço5 33000^^500 865^3005
802^583005 ^6ol)5gl)005Q 33l)5fo55ol)o 53^l)365ol>o gsg^Bobo
(d^gb^obo g)5 85f6rp5fool)o : oo5fog856oçno gç^co^Sobo : inc.
8go3caô5b5 çooc«:ijer)g(8)o56gbb5 ^5 a5^bo8o563b5... Passion des
saints et victorieux martyrs du Christ Eustratios, Auxentios,
Eugenios, Orestes et Mardarios : traduction de saint Eutiiyme :
inc. BafffAeôovTOç Aioz,X'(^TtavcÏÏ /.ai Ma^i|j.iavoj...
B.H.G.,^~QiÇ,.
8. (Fol. 126vrl41r2.) Dec. 14. ^583050 poçp5oo5 005 Ç00Ç03-
•Ô^ç[oco5 8o5'p533oo5 j(^obô3boo5û OT5fo<;b^oî ç:;^333o 3^çî;'o6o33
■O5oç[n38cci6 ÇQ5 5Ôc<2cj'cci6obo : inc. go^^Cï^o BggBo o3b^^ j'^'^^ÔO---
Passion des saints et glorieux martyrs du Christ T'yrsos,
Leukios, Kallinikos, Philémon et Apollonius : inc. Toj xuptou
i^jxîov 'l-/)aoy XpisTOu...
5. :^.6^., 21845/6.
9. (Fol. 141r2-146r2.) ^58305^ po^ob5 8î5ço3ç^oo-8nÇ58ob5
^ÇT>33003foobo : inc. ^^'"o^o 56^f^o55o2b cciçc)3b 83 83Ç5C'2Ôçp5...
Passion du saint martyr et prêtre Eleuthérios : inc"? Quand
Hadrien régna...
B. H. G. ,'-5,11.
10. (Fol. 146r2-156ri.) 8cQb5^b363Ô3cnoçoo^ob5Ço55Qb^5co83-
^tjg3Ç[nob5 Ç056o3Çnob5 f05 80b 00565 ^8oço5005 b58oo5 tjf685005
^65605 5*b56o5 8ob53Ç[j|^obo : inc. ^^ 65Ôg^o:ifoo:i6o:iboîfo 83C53856. . .
Commémoration du grand prophète Daniel et des trois jeunes
gens ses compagnons Anania, Azaria et Misael : inc. "ApTi
Na6ou;(cSov6a-op b [âaatXstjç...
B.H.G.,HS5.
11. (Fol. 156vi-162r2.) î^^^^çï^o ^8oçoob5 ço5 îpoçc»3Ô^ç^ob5
çpoçoob5 ^foob^3b 8cc{^58ob5 3C25oo556{^3 l6o28ob5Q : inc.
çQ5ço5Q5oog bbg5oo5 ^eoobô3b 80^^583005... '^Axeov du saiut et
[18]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 307
glorieux grand martyr du Christ Boniface de Rome : inc. Kal
B. H. G., "28112.
12. (Fol. 162ivl68ro.) ^^^d^oba ^aoc^ob^ ao:i^5aol>5 boa^bôo^^B-]
^^b^crifoccjl) ^o'Q^^oc}, 3'>b(^3Çj!^<^ <53^o3Ç?"^3 ^•^ 95fo3c:ibo :
inc. aco53;>çr»6o çp.> coococ>îb.>bgco5 ^53a)5 bçoopggb Ôfodoîço.^^.. .
Passion du saint martyr Sébastianos et de ses compagnons
Zoë, Tranquillinos, Nicostratos, Claudios, Castor, Til)urlios,
Castulos, Merculinos et Marcos : inc. IIoaawv -/.s.-:-/, c'.asôpouç
■/.ocipoùq...
BU. G., 2 1620.
13. (f^ol. 168vi-n4r,.) \i5aaÔ5Q ^\3o^ob5 ogGi^o ço3g(^iœ-
3a8o:iboç:;^ob.>Q : inc. ^^ C?^ ^ôSio^Bccib Icocqôgo,') ago^c^oobi
b^^o55eo5b5 ao8{ï)aç:ncriù.^b5... Passion de saint Ignatius le Théo-
phore : inc. Ap-i Tpaiavcy xà -y;? 'P(i)[i.a'!o)v fjXQChiiyi;, ay.^-Tpa
•rrapaXaSôv-oç...
5.i/.(7., 2815.
14. (Fol, 174vi-177vo.) ^^9gÔ5aÇ3oçoob5 3o:i^58ob5 ogç[oo;>6obo
ôSo:t3aç;;''o o^.^35 6o^^fQ3orpo5b : inc. ço^ ô-^^ô^»^ 3~bg5 ço5 ^.'>Ç[ï'^Jœ5
3c^coob coPiagçT.b5 6o3c:i3oçoo5... Passion de la sainte martyre
Juliana, qui fut martyrisée à Nicomédie : inc. Kaî xaXXbxr; twv
TriXccov Y) Nr/.c;j.-(^oo'jç...
B.H.G., 2963.
15. (Fol. 177v2-180r2.) Vi^SgÔ^o ^3oç^ob5 ço5 ^oçogôgç^^ob^
gjoçoob^ 3cc}^53ob5 ;>65b(^;>bo5Qbo : inc. 565b(^5bo5 bo^^o^S "ô*^
çoaço5or).^Q. . . Passion de la sainte et glorieuse (et) grande martyre
Anastasia : inc. 'AvatjTaau vuvar/.wv r, xaXXiaTrj...
B.H.G.,'-%2.
16. (Fol. 180r2-192v2.) \^^93o5û ^3oço5or)5 ço5 yc^sç^bço çQoçog-
Ô^çj^oo^ i>(r>cr>b ^foob^gb 80:1^533005 605835^)60 ^^o^^gb o^536ab :
inc. Ç05 bbg5Q ^336 bbg5b5 eo^b 89 3g(3cjgaç[ogôç^o5... Passion
des dix saints et tout à fait louables martyrs qui furent
martyrisés en Crète : inc. "AXXoç ;j.èv aXXo xt...
B.H.G., 21197.
[19]
308 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
17. (Fol. 192v2-206vi.) g^c^fogÔ^a çp5 8o3^5çni5^c:iÔ5Q çp5
çog5^çr>o ^9ofoob5 çoofol)3cci^58ol)5 g3gg6o5Ql)o ço5 93oîôgçT>or)5
8ol)or)5Q : inc. 3o:j9o:jfool)l)^ 333^ 338005058550 856305*13 858ol)5
8ol)ol)5... Vie, conduite et lôXov de la sainte (et) digne martyre
Eugénia et de ses parents : inc. Ko[j.ioou [xs-à Màpy.ov xbv aùrou
TuaTÉpa...
18. (Fol. 206v2-214Vi.) 0^0563050 çc)5 8o5^5ç^->5Jo505q çooôSbob^
858ol)5 Bgg5ol)5 00335005(63 <j)5^3(6oç^ob5Q 005 0030500563 88ol)5
8obol)5Q : inc. ^^ol)^3l) çog5^çr)ol) 5058003035^^005 (?) ^8oço5oo5-
55660... Vie et conduite de notre digne père Tliéodore Graptos
et de Théophane son frère : inc. Twv ù-àp Xpw-rsu r^v â'OXY)(jiv
èXo[ji,éva)v...
B.H.G.riliQ.
19. (Fol. 21 lVi-228vi.) ^583050 Ç8ooq5oo5 805^5830^)50 06500 505
^O5865ûbo 505 l)o8(i553ÇT)ol)5 80b 05(0005 Ô33(i5oo5Qb5 (005835:^160
60305805005b 5p5o'p^63b : inc. 0^>- î^^ 85Jbo8o563b 830563b5
^3^->b5... Passion des saints martyrs Indus et Domnas et de la
foule des vingt mille, qui furent brûlés à Nicomédie : inc.
"Apxi Ma^il^-tavsD osÛTSpov ï-oq...
B.H.G., 2823.
20. (Fol. 228vi-242r,.) e^f^^^oo.^^ ^-^ 805^55^15^05050 Ç8o5oob5
858ob5 P>g36ob5 85oS335iT>çT)3 5(iS^o8565ofoo(^ob5 505^8063035^005
8c565b56ob5Q : inc. 865355^ 5'bob 5563o'bP55b33ço... Vie et con-
duite de notre saint père Marcellus, l'archimandrite du monas-
tère twv 'A7.ci[rr,Twv : illC "Evvciâ \}.zi r^oWx/.iq^i^-z'^n...
B.H.G.,nO-2S.
21. (Fol. 242Vi-253v2.) obo5fo3Ô5Q 505 805^55^)5^05050 5ooeobob5
835^05605 loSo58ob5Q : inc. otjo5 b583 3b3 b5^83 b53goo56... Vie
et conduite de la digne Mélania de Rome : inc. r, xpx v.t. touto...
(des. déf. — ).
B.H.G., 21242.
TSAGARELI, N" 63.
[20]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 309
N° 3
Hagiographica. S. x fin (vers 980). Parchemin fin blanc assez épais. Ecrit
à Ouska (g93^) pour Jean T'ornik[ios] (000:^03603) par le scribe 00:^3669
Bow^jQ lované C'iray (f. 141 v,). Encre noire. Écrit sur deux colonnes de
25 lignes en nuskhuri de grandeur moyenne, un peu incliné, du type
Athonite modéré; le colophon est écrit en nuskhuri Athonite exagéré
(f. 141 r,-v,). Dimensions de la page : 363 X 247'"™; de l'écriture :
270 X 175""™. Cahiers de 8 feuilles signés de lettres capitales au milieu de
la marge inférieure sur ff. 1 r et 8v, de ^^ = 1 jusqu'à o^G ^ 18.
141 feuilles numérotées aux rectos au crayon bleu. Reliure de cuir brun
sur planchettes, ornée de dessins linéaires, de bandes d'ornements con-
ventiennels et de rosettes. Deux fermoirs : sur chaque couvercle une
bande de plâtre adhésif.
Contient :
1. (Fol. li'i-lSlri.) 3l30îcogÔ5Q ^8oçool)5 ço5 6g^5fool)5 ço5
GccjdçogôSob^ c|CQ3ç:!^ol)5boî(gç:nol>5 505 s^^ob^gç^.^sob^ 80b 5.^60005-
f^ob.:)Q 0^8ob.i Bgg6ob5 005356-) c3^coe:5oo6ob5Q 3o:ib5.^6(^oGcQ-
ScdÇïî^gc:;' O^O^ço 6of)53eoob5 (sic)... Vie du saint et bienlieureux et
docteur œcuménique, et Tétoile du matin, notre père Jean
Clirysostome, patriarche de Constantinople : inc. yc':î33ç:;;'or);)
OœbôScQÔgç^^co^ d^gç^i^'ob^ 9^gçT.ob5or)5... flavTsç oî T^ySkx'.ol îcTop-.o-
ypàcpo'....
B. H. G., ^873.
2. (Fol. 131Vi-141r,.) œ^g9gç^o jc^'bÔ^B 8g5gco5c^ob5a
^C^8cQy355QÔob5 oo^b G^'^oçj^oo^ 'pSoroob^ 003356g o:i^coo:iooô5ob5or)5
3056560005 ^5ÇT>5^5ÇQ b58ag(go5ço 305bô565o5o55o5Çï'gg3 : gg^jg-
6œbg6 gog5çT.o5,.. Sermon de Cosmas le Skeuophylax sur la
translation des reliques de saint Jean Chrysostome de Comana
à la ville impériale de Constantinople. Bénis-nous, ô Seigneur!
Inc. 3 ô"8^ac?6o5 ^oob^gb 805^35(^9605 : 0 congrégations de
ceux qui aiment Christ...
^.^.6^., 2878.
Fol. Ulri/Vj. Colophon du manuscrit :
fooço~ôo5 96~fo5 b8ô~5o5 : co~6 çoofob 8^0505 5ÇLi^~b3o gbg 5ço-
bcD3çr>gÔ5çp b5^8ob5 580b 3gCT)oçT7ob5 P5'~ç^ob5 0D5bg5 ^5fï)ogoS
30^53 8b5b36gÔob5 oo^b ço'~ooo3 ÇooçogÔgçT>or)5 go35ç>ioo5 ^5
[21]
310 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
^~co5 88~o:)^b5 ooc63gçT>5ço 00:1356g 000^6603 bo65gç:^-'o:>'bob5 o^~l)
Ç05 35651335^3 oo:i356gb œ^b çp5 93oç;nor)5 d~œ co~b gôSooc^ôoœ
5"~ço5o6 çy~6 ço5 3g^'~yy];'g6 ^~g oi^Cocioono oS~ç:^''b5 8b553b5o
56056 çp5 5ço3^geog ^""a gbg ^og6o QbccifogÔ5o \i~ob5 ocQ356g
ccî^6cQoocoob5Q. çp5 65^oçT>co5 ^380:1^3563050 o:i~çr> j6o6b5
Ôg6gÔ5b5 Bg3b5 Sggdçj^oci 5fo5 c>^9o3Ç[n5 ço5 5535b6gçT)5 6gÔoa>5
^~ooob~(T)5 : çp5 85505^0005 Ç~Qb5 Œî^fiSo:ioobob'~œ5 ço'~6
gôgçp6ogfog6 coui^Co^o^ bo63gçniKibb5 ço5 ^'"b5 o:i^^coo:ioocob5
o^~65 ço5gb5yço(6g6. 00:^3563 000:56603b çp5 00:53563 35ro5'b35li3b
ço5 33oçT)oo5 8~ooœ5 oî6oo5 33 (^boî63Ô~oo5 3303b 3^53 ^~ci
o:i^6o:i5o6ccj 5050^365 ^~a î)bQ ^og6o ç^^5365b5 3o65 çooç]03Ôgç5^b5
0333b b5yo3o^3Ç[î^b5 ^■~ûb5 ço5 ço'~Ôçj'ob5 6~ooçjiob 8(^383ÇT>ob5b5
^o6588çog6o3Ô5 ^çp"~ob5 858ob5 b5Ô5Qbb5 C0~6 50)0^036 ÇC)5
003003560 333650336 : é3çi'ooo5 B38 5ç:n;>b53ob5 b5\icjç^H'303ç:^ob5
0033563 fto65Qboœ5 . . .
Gloire à toi, ô Trinité, qui m'as rendu digne, moi misérable,
d'achever cette bonne œuvre, dont j'ai conçu le désir, pour le
service des seigneurs glorifiés par Dieu et des saints pères,
principalement pour Jean Thornik le Syncelle, pour Varazvace
Jean, et pour leurs fils collectivement — que Dieu les glorifie
et que saint Chrysostome, auquel ils sont semblables, les prenne
en pitié ! J'ai donc écrit ce saint livre (qui est) la Vie de saint
Jean Chrysostome, et autant que ma chétive nature en avait le
moyen, je n'ai pas omis la translation des reliques et j'ai
terminé (le tout), par la volonté de Dieu et avec la grâce de
saint Chrysostome. Que Dieu rende heureux Thornik le Syncelle
et place son thrône à côté de saint Chrysostome ! A Jean Thornik,
et à Jean Varazvace et à leurs fils, sois propice dans les deux
vies, ô saint Chrysostome! Ce saint livre fut copié à la laure
illustre d'Oski, dans la résidence du saint et glorieux Baptiste,
sous l'higouménat du saint père Sabbas, — que Dieu l'exalte
et lui remette ses péchés! — de ma main à moi, misérable
pécheur, Jean Cirai...
TSAGARELI, N" 52.
[221
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 311
N° 4
Commentaire de saint Jean Chrysostome sur l'Evangile selon Matthieu
et Jean, contenant aussi quelque peu de Marc et de Luc, dans la version de
saint Euthyme : écrit à Athos en 1008. Parchemin blanc d'ivoire, assez
épais, mais souple. Encre brune grisâtre; en-têtes en rouge pâle. Ecrit
sur deux colonnes de 30 lignes en nuskhuri grand incliné, un peu
arrondi. Dimensions de la page: 308X291"^'".; de l'écriture: 290 X 225'"'",
avec un espace de IS"""". entre les colonnes. Cahiers de 8 feuilles, signés
de lettres capitales géorgiennes au milieu de la marge supérieure sur
f. Ir et inférieure sur f. 8v ; une main postérieure a ajouté dans la marge
inférieure sur f. Ir et 8v des lettres capitales grecques. Les signatures
commencent avec 2^~ffî = 34 (la première feuille manque) et vont
jusqu'à Q~a = 65 (inc. f. 259 r). 263 feuillets numérotés au recto au crayon
bleu. Reliure de cuir noir assez usée, ornée de dessins linéaires et de
rosettes. Morceaux de cuir brun au dos : deux fermoirs.
Le texte commence ( — def.) f. Ir, dans riiomélie (l>^53çc^5Qy
18 : l>^l>yofC)3çno 5P55 ^Jgb... des. f. 18 v^. Fol. 18 v.. l)Ç;>3Cî'^Q
o~cn : (33fog(^bg6gçj>criôob.i C03L 005 bgç:^ogfo.^çQ ro^^o:i3ol)5 œ^b
;13^0^"^^^ 3o65 : inc. ^^ ^6^0 co53oog6ol>.^ t)^^-^'Sl)^^^^'--
Homélie 19 : contre la rancune {r.zpl àixvr;7i7.ay.b;) et sur la
tenue pieuse à l'église. Inc. Maintenant donc de tant de tor-
ture... La dernière homélie porte le numéro 45 : b\^->3ç::?^«2 9~a '■
Ooo^gsob : inc. fo^ 3g;>6ço5 OcQoS^OgBgo:?... Que la charité et la
bienfaisance envers ceux qui ont besoin reviennent au Christ :
inc. Et toi aussi, ô croyant. .. Des. texte f. 262 v^.
Colophon du manuscrit (f. 263 r.) ço5o^ge65 âgcci^og gbg ^0560
^gçj^oco.b F>~5 (^o:iro3oç5iob;>Qor)5 3g : 5cobg6o 005356g. ço;> cq^foc^âo-
coob5Qor>5 g568565coçT)gÔgçniob5 [85] Sob^ gogœ^Ogb 6.')0g953g3or)5...
çp5 B~6 ^3QÔ:)(^ S'pgfo^çTiœ^ : ço5 bgfo55ocq6 63cctbgçnoob5 cn^h
Cï?<^G3^ y^3o> '\>~^(yx ço^ob^Boî ço5 a5~o ço^^^s^^^ 9g6çooîÔ5 cj53a>
î^^ob^ (T)~h. b~ ço:)o^gfo;) dcni> ^8oço5b ^ooc^B^b SccsB^b^gPSb^
^~co5 83""a)5 oo33~6gb ço5 g~ç50D8b5 b5tjo:jçggç:;ib5 ^"~ob5 c>~ob
89(?ciÔ'~ç7iob~b5 : ^oS~6o^cq6o ocjc^ : b—^Ê
Ce second livre des œuvres du père Euthyme l'illuminateur
fut copié de notre main à nous, pécheurs, Arsène, Jean et
Chrysostome (Ok'ropiri) des œuvres de l'illuminateur père
Euthyme...
L23]
512 REVUE DE l'orient CHRÉTIEiN.
... Et pour nous, copistes maladroits, et pour Sérapion le
relieur, faites une prière, ô saints de Dieu, et ce en quoi nous
avons failli, pardonnez-le-nous, au nom de Dieu. Ceci fut écrit
à la sainte montagne de TAthos, au monastère des saints pères
Jean et Euthyme, dans la résidence de la sainte Mère de Dieu.
Fait en l'année du cycle pascal 228 (+ 780 = 1003).
Tsagareli, N°66.
KXt'ij.aÇ de saint Jean le Sinaïte dans la version de saint Euthyme. Écrit
àl'Athos en 983 par "biÔ^Q Sabay. Parchemin fin, blanc, épais mais souple,
de teinte ivoirée. Encre brune noirâtre, de bonne qualité : en-têtes et
capitales en carmin. Écrit sur deux colonnes de 20 lignes en nuskhuri
grand droit arrondi, du type d'iskhan. Dimensions de lapage : 374x242 °i™;
de l'écriture : 295 X 180™™, avec un espace de 20™™ entre les colonnes.
Cahiers de 8 feuilles, signés de lettres capitales au milieu de la marge
supérieure sur f. Iv et inférieure sur f. 8v de ^~ = 1 jusqu'à (i"~.> = 41.
32.") feuilles non numérotées. Reliure de cuir brun sans ornementation ; au
dos, à l'encre Ç6oçq5 oQ6gl) 3îr;^f)66Lo {sic). Deux fermoirs. Au troisième
feuillet de garde, recto, mémoriaux : a) ^.bbojr^o Ôgcoo ôgrogç[;;>o 1835, de
Basile le gourien et moine ; b) do^.bcoo, de Macaire ; au verso, a) ^cSbo-
966noc5oôo .:>6ôo:i6o, de l'archimandrite Antoine 1765; b) osr^^iCoocQB,
d'Ilarion, c) 33632003(5036 ôgcoo, du vieillard Benoît; f. Ir, du précédent, a)
^«-00=1823.
Fol. 2v-3r : Préface de saint Euthyme : inc. o^a b^^gB^^w
oc)536... Que ceci soit connu...
1. (Fol. 3v-5r.) 3006 b5œ6cq3Ô5a)5o Q5ço ^c^Sys^BgÔgçnryo :
or)^g6gçT)o op56ogç:j> SoîBb'bcQGob^ fo5ooogçT)ol)5Q ^ogBob^ 53ob
co^b bgç[nœ5 g^BS^B^œçmaÔgçjfiob^ foo53gç;nb^ 3^<^Ç030ob ^oÔÊ :
inc. foo:j6açr)oo5 IBgÔ^gb ^og6b5 535b Qbc^cogÔobbb^ L'escalier
des vertus conduisant au ciel : Sermon de Daniel, le moine de
Raithu, à propos de ce livre lequel illuminant les âmes, s'appelle
escalier. Inc. Ceux qui veulent ce livre de la vie...
2. (Fol. 5v-13vi.) QbcciTOgÔ^o ^3oçoob5 çpb Bgô^eoobb 353ob5
ftggBob^ ocî35Bg boBgç^n 353.^b5bçT)ob5b5 3cQ3çogf6gÔoœ g^Bœ^g-
«6gçnn.ob5a ^3335605550 b5B55fogçT)ob5Q. focciSgçno gbg 5çoÇafo5
■ço56ogçn 6o:iB5'l3ccj635B f65oœaç^->356 : inc. b5c|g5f6gç^6o:i 635Bcci
[24]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 313
3ge6 3gb56çT)3Ô3çi 5cob bo^yg-ba P»g8o 00^36500.., Vie de notre
saint et bienheureux père Jean, l'higoumène de Sinaï, renommé
pour sa doctrine et vraiment bieniieureux. Elle fut écrite par
Daniel, moine de Raithu : inc. 0 frères bien-aimés, il m'est
impossible de proférer une parole...
3. (Fol. ISv^-lSr^.) gôob^ccicîiG \iOonoob.> OoOob.i 00:^3563
fo^oœgçTi 350.>b5bçmob5Q b555^cogçT)ob5 oc^s^Bgb 8085(000 boBgçr)
0585b5bçT'ob5b5 : inc. çoSfoœo^ b56.^(^rogçnb.^ 5B^''^^']Ç"CQ'bco5 cnbbb
b^Qfobb... Lettre du saint père, Jean, l'higoumène de Raithu au
bienheureux Jean higoumène de Sinaï : inc. Au bienheureux de
Dieu, régal des anges...
4. (Fol. l.jr^-lTro.) goob(^03ç;n6 Gg^^.^coob^ ix>b ^i\o(Qol>>, 0^:13563
boG-jçT) 3.>85b.>bçT)obob5 oc':j356gb 3o85ô5o:) co^Qcngç^^ 8585b.^bçT'obob.5
c5c:j8çpob5 T)-]ff).^ ^gf^oçn 5cob gbg gog^foBo bgçj;iogfo6o 0033563
oo:i3563b 5b5cî5gÔb : inc. 8oo^o.b P>g8çQ5 o.^^ocrjb56o ^ogBo 9g6o...
Lettre du bienheureux et saint Jean higoumène de Sinaï à Jean
higoumène de Raithu, sur laquelle furent inscrites : Ces
tablettes spirituelles; Jean salue Jean : inc. Ta lettre honorable
m'est arrivée...
5. (Fol. 17v,-3-24Vj.) b*p53ç^->56o ^8ogDob5 ço5 6g55ô5ob5 S^Sob^
R»ggGob5 ocQ355gb boBgç;" 8585b5bç[nobob5 foc^Sgç^Bo Sogdçog^BB^
8585b5 occi35B3b (obocn^ço 3585b5bçTiobb5 ; ôo^3gç;io OD530
553c':ibçr)3ob5 co^b bccio5ÇT>oor) ^oSob(^') ^5(0058500003 : inc. 33^3360005
b5bo3fooco5 çp5 35300 8o:itjg5(oob5 ço5 3o3^y5ç;nob5 ço8ob5cooo
(sic!)... Enseignements de notre saint et. bienheureux père Jean
l'higoumène de Sinaï qu'il adressa au père Jean, higoumène
de Raithu : Chapitre 1. Sur la fuite du monde. 0 Christ, dirige-
nous! Inc. Par l'aide du Dieu bon, plein d'amour pour les
hommes et de miséricorde...
Fol. 324 V2 Colophon du scribe, dont je donne ici les parties
importantes :
3b3 ^"q ^0560 83 00:13563 b5533ÇT)8~B. 5053^363 ÔC08563Ô0005.
\i~(j)ob5 853ob5 ço5 8o:j6çogcoob5 li33ob5. oo:î3563boœ5. ÇQ^305œo83-
boor)5. b5b^53ÇT.3çr)5çp cp5 b5t6g3Ô3çr>.>(j) b~çT)oo5 ^""6005 œ^b : ...
5050^3(65 ^cj~6b5 b5Ô3co363ooob5b5 : gçp5Ô6o:ib5 3oo5 'p~cDob5b5 :
33Ç5o:iÔ5b5 Ô5boçiT>obb5. ço5 3o:ib5^6(^obb5 : o5(^coo5^o:iÔ5b5 6o3o:iÇ[^-
[25]
;U4 REVUE DE l'orient chrétien.
5" : 3- ^6056030:150 oçjcr. : b"" : 0" 89 b5Ô5 ^Oobo ge^^îR
. . Ce saint livre, moi Jean le syncelle, je l'ai écrit par ordre
du saint père et mon maître Jean et d'Euthyme, pour renseigne-
ment et le profit de nos âmes...
... Il fut écrit au pays de Grèce, dans le désert (sic) de la
sainte Montagne, sous le règne de Basile et de Constantin,
Nikolaos Chrysovergés étant patriarche, en l'année de la
création 6596, du cycle pascal, 203 (+ 780 = 1003). Moi Saba,
le scribe maladroit de ce (livre), je vous implore...
TSAGARELI, N" 68.
N° 6
Extraits des œuvres de saint Jean Chrysostome. Papier vergé oriental,
un peu histré. S. xvii, à ce qu'il paraît. Encre noire, très corrosive, qui a
rongé le papier : en-tètes en carmin foncé. Écrit sur deux colonnes de
33 lignes en nuskhuri arrondi régulier un peu serré. Dimensions de
la page : .370 X 255™'»; de l'écriture : 275 X 165™™, avec un espace de
Igmm entre les colonnes. Cahiers de 8 feuilles : signatures en lettres
capitales au milieu de la marge supérieure sur f. 1 rat inférieure sur f. 8v.
167 feuilles non numérotées. Reliure forte de cuir noir sur ais de
bois sans aucune ornementation, mais avec un grand clou de laiton. Restes
de fermoirs. Contient une série d'extraits (35 est le dernier numéro
conservé) des œuvres de saint .Jean Chrysostome : les titres en sont très
longs et le texte est tellement endommagé qu'il est impossible de fixer
l'étendue des morceaux. A en juger par les incipits, la collection doit être
l'œuvre d'Éphrem Mc'iré. Il en existe quelques autres semblables, mais
celle-ci est impossible à identifier.
TSAGARELI, N" 85.
NO 7
Hagiographica. Papier oriental de qualité moyenne, assez uni. Encre
noire; en-têtes et lettres capitales en rouge pâle. Écrit sur deux colonnes
de 32/33 lignes en nuskhuri grand, arrondi, incliné, coulant. Sans date :
s. xni, à ce qu'il paraît. Dimensions de la page : 360 X 225""™; de l'écri-
ture : 292 X 170™™, avec un espace de 20™™ entre les colonnes. Cahiers
de 8 feuilles, signés de lettres capitales au milieu de la marge supé-
rieure sur f. Iv et inférieure sur f. 8v; (les signatures en haut sont
entaillées) de ^^ = 1 jusqu'à d-6 = 41 (au dernier 3 feuilles seulement).
[26]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 315
338 feuilles numérotées à l'encre aux rectos au milieu de la marge supé-
rieure. Reliure assez moderne de cuir vert du Nil, sur carton sans aucun
ornement. Les titres dans ce manuscrit sont très longs; je les ai abrégés çà
et là.
Contient : sur la feuille de garde verso notice du scribe,
lequel ne se nomme pas. A la deuxième feuille (insérée plus
tard) index lectionum.
1. (Fol. lr,-13v,.) Jean Damascène, Leçon sur la nativité de
Notre-Seigneur Jésus-Christ: inc. ^5^5ab'5503l3gçno 8o:io^oc':>l)...
Quand Tété arrivera... (traduit par saint Georges TAthonite).
2. (Fol. 13vi-20ri.) Amphilochius d'Iconium, sur la très
sainte Vierge Marie : inc. 9w.>35ç^œ5 g35fob ^^ç[!^^gç:!^3Ô5G
^aÇR^3'^G^^--- La virginité de beaucoup de femmes étonne...
3. (Fol. 20ri-26v,.) Fév. 11. Passion de saint Biaise (Ôç^bbo),
évêque de Sébaste: inc. Ç00Ç0856 5O56 çpoçpgÔgg^O^G Oçoçpgçj^-
<of)>8c:i^58g856... Ce grand (et) glorieux prêtre martyr...
4. (Fol. 26vi-41ri.) 3bo:ieooÔ5Q Ç8ofoob5 8;>8ob5 Bgg6ob5
<;35co>.5o6o.^6gbo : inc. ô^3^8*^ 88^603 b:)cjg5coQÇ5^6cci gbcctfog
Ô5û <85co>^o5o.^6o 8Kitog5^ob5Q... Vie de notre saint père
Martinianus : inc. Je vous raconterai, ô frères bien-aimés, la
vie de Martinianus l'ascète...
5. (Fol. 41 1-1-60 r^.) Fév. 26. Qbc^^gôba (^5 8o:i^5cr.5^cciÔ5a
^8ofpob^ fp5 ço83coor)-9g8cciboçL^ob5 858ob5 BggBob^ (^oSc^cng
b535eo3gçT.OT-8cQ^8gçc.ob:) : inc çooçoob;^ ço;> g56œ^^8gçr)ob.s
^^35^3acî'3Ç^'8o^o^^ 3o^^ Ôoaccjoagb 358gç^o oc)o:i... Vie et con-
duite de notre saint et théophore père Timothée le thauma-
turge : inc. La patrie de saint Timothée, le grand et renommé
en miracles, fut...
6. (Fol. 60r2-109r2.) b^b^^gç^Bo co^ b535eo3gç;^cD-8o:j^8aff.ob5
5o3oîoogb6o : inc. s^S^ 3^^ ^8 "y<^--- Miracles {sic) du thau-
maturge Timothée : inc. Il y eut un certain homme...
7. (Fol. 109r2-114r,.) Mars 26. e^c^f^ao^^ ^8ofpob5 ©5 6355-
foob5 853ob5 Bgg6ob5 5çr.g^bo ^^gob;) ço3f^ooob5G : inc. s^i^^ 3^5
8g 0CJ03 tS3oooçr.5ço 8c:ifo^3g5g.., Vie de notre saint et bienheu-
reux père Alexis l'homme de Dieu : inc. 11 y eut un certain
homme orthodoxe...
[27]
316 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
8. (Fol. 11 li-i-124ri.) Histoire à propos des saintes icônes:
inc. Qgt^gbb œgcQçgoçT)gb... Le roi Tiiéophile...
9. (Fol. 124r,-137ri.) Sur le miracle au siège de Constanti-
nople sous Tempereur Héraclius : inc. OoS^s^çr. 56056 gjgG ro^
g5çoco6b Oooobcoc^ôob5 85(T)ç:n6o... Nombreux sont au fait et
encore plus les grâces de Fliistoire... Éd. M. G. Dzanasvili,
C6opHiiKt MaTepiajioBij jiJin oniicaniH MifecTHOCTeil 11
njieMGHTb KaBKasa, t. XXVII (1900), pp. 8-60.
10. (Fol. 137r2-148ri.) Saint Épiphane de Chypre, sur
Tensevelissement de Notre-Seigneur, etc. : inc. ^^^^ -^^b ^bg
b5ofDg8çT.(^a... Quel est ce mystère...
11. (Fol. 148ri-154v2.) Joseph d'Arimathie, sur la construc-
tion de l'église à Lydda : inc. 9g5œQbw50g(»)3b5 ^gç^b^ O^cgcîôob^
^oôgfoob 3gob6ob.^... Au dix-neuvième année du règne de
Tibérius César... Éd. N. Marr, TeKCTU 11 pasbicKaiiin iio
apMHHO-rpysnHCKoil <ï>ii.iio.iioriii 1. 11, Saint-Pétersbourg 1900.
12. (Fol. I54V2-I6OV2.) Saint Cyrille patriarche d'Alexandrie,
sur la bienheureuse Vierge Marie aux pères du concile
d'Éphèse : inc. Ôco\ic| 06352^.3 .^o5b foro-jb bo^y^^a Pi^jgBo...
Brillante est aujourd'hui notre parole...
B.H.G.,n\o\.
13. (Fol. 160vi-228r.2.) ^^8gÔ5û ^aoço5œ5 hbdmb c)w85co5
^ÇTio^ooîb ç50ÇT)5oogç»C5ccib ^5 ^^cooGgb.^ : inc. gç^ç^iob^ ntb ç^dm-
coob5 (j()5 85QbcQ3coob5 fig^Bob.^ ogbg ^coob^gb... Passion des
trois jeunes gens Aiphios, Philadelph(i)os et Kyrinos : inc.
H ^aèv TOij y.'jpîou xcO ©eoU 'aqcI ai,n-qpoq -/jp-wv 'l'/;c7oy Xpia-oj...
B.H.G., 257.
14. (Fol. 228r2-233ri.) Saint Denis l'Aréopagite, Lettre à
Timothée : inc. Ô03ocob53 bgç^ogcob^ 8cQ^5fg3b5.,. Je salue le
disciple spirituel...
15. (Fol. 233rr242v2.) Juill. 13. œ^g8gçmo ^8o^ob5 <^b
6Q()5TOob5 858ob5 f^gg5ob5 3CQb(^565o5g ôoc^ggo gâob^ccjociibob^a
5c:i36ob5 OT^b 65^oçnoD5 yoî3çna5ço ^gÔgçoob5 8c<î^58ob5 9303g-
8o5QboD5, foo:i8gçT.o 5{^'pgôS5 Ôfo856gÔoor)5 5005650 585b56ogç^i
gâob^nSoîbob^QOD^ : inc. 8o535ç;;o fo5 8oî85^gb Ôco(356g(3gçv)o
Ba8ço5 3g5 8ogTO... Sermon de notre saint et bienheureux père
[28]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 317
Constantin, évêque de Tios, à propos de la trouvaille des reliques
de la toute louée martyre Euphémia, qu'il a écrit sur l'ordre de
George, évèque d'Amastris : inc. "ll-/.w -o è-baYiAa sépwv...
B. H. G. ,^-621.
16. (Fol. 242v2-253r2.) Juill. 19. e^f^^ao^a ço5 ac"î^.^ç[^5^3Ô5Q
^Ooçpob^ ço5 5g^5oSol)5 358ob5 ftgg5ol)5 Ô^foçn^^S ScQçogb^ob.SQ
c5o:i8gç^'>o o^ci Ood;>1)5 ^^gj.>bb5 : inc. Ôfo^<-jo53^ç:^ig 8;i(D;>çoob cp^
l3g(^ol)50c':i^;>çin5^c'3Ô5l) 'pGoçoob^ ço.^ 6g(^5coob5 Ô.^coç;jiC)0>3obb5...
Vie et carrière de notre saint et bienheureux père Barlaam
l'ascète, lequel était au Mont Caucase : inc. Brillant toujours et
dans la politie du ciel le saint et bienheureux Barlaam...
Éd. H. MappTa, 3aniicKii BOCTOHunaro OT;^'fe.TeHiH Pycc.
Apxeo.T. OômecTBa, 13 (1900), pp. 109-144.
17. (Fol. 253vi-277v,.) Juill. 21. ebc^^aÔ^Q 505 ^bb^Qoba bdob
b^Sgc^Bobo (i5cî8gçrib6 g'^c':ico5 ço3coor)ob5 œ^b l^gç^gç^ï' : ^C^^O^*"*
çjigoî6(^oc:ib gSob^c^ôo^bG.^G Gojcci5cciçj;igcn866 fo(?ci3gçTi bmh
j^ofoob^Q : inc. Sgig^gb 65005 (605832^.60 ço5ço5o6gÔgçn 5coo56...
Vie et carrière d'Amba Syméon, appelé l'insensé pour Dieu
(ffaXo;) : elle fut écrite par Leontios, l'évèque de Nicopolis,
laquelle est en Chypre : inc. 11 convient à ceux qui sont consti-
tués...
B.H.G.,nQll.
18. (Fol. 277Vi-294ri.) Juill. 13. e^t^"ao5Q ço5 8c:jJ5ç[^5^cciÔ5a
^8og)ob5 858ob5 Bg']6ob5 035^3 5or)a:i6gç[nob5Q ço5 g^ygÔ5Q
fpofpob5 80b 8c<:içog5^gÔob5 8obob5Q : ino. ^8oço5œ5 Qbo:iô5gÔ5b5
fp5 65(j)b5 85TO5çoob îo8p5or)ob5 3o:î^5çT.5^o:jo5b5 5go^3oSoor> ÇQ^Ôgsg-
o5n... Vie et conduite de notre saint père Pierre l'Athonite, et
relation de sa grande ascèse : inc. Tb -oXtc, tûv àyi^v |3iouç y.al ty)v
B.H.G.,noOo.
19. (Fol. 294rr304v2.) Saint André de Crète, 585o33oob5 a>5b
35gor>(7îÔ6o3or)5 b5^8gœ5 ^05 3gbg66gÔgç:oor)5 oo^b : inc. 5g385eoo-
55^ 565 65a 5tob 35Qcoc:iÔcoo3œ5 b5^8gor)5 556... Sur la vanité
des affaires humaines et sur (ceux qui sont) endormis : inc.
En vérité il n'y a rien des choses humaines...
20. (Fol. 305ri-309v2.) Saint Jean Chrysostome, sur Pâques :
[29]
318 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN,
inc. 05Ql3o33fool)5 ftgg6ol)5 50860)03 9gg5ogeoo... Notre Sauveur
divinement beau...
21. (Fol. 310ri-323v,.) Georges, archevêque de Nicomédie,
sur la Croix : inc. 9.^c^5ç:j^b5 ro6 .^çoO^ôgÔgçnbb b^boç^aOR?^^
.-)çoo^o5 ^5^.b5gÔ;>Q 030 b5l35eogÔobbQ... Sur un liaut et sublime
théâtre, la prédication de l'Évangile est arrivée...
22. (Fol. 329ri-Vo.) Saint Jean Chrysostome, sur Pâques :
inc. t6c':j8gç^5o hi>(ocn ^o)ob(|J)3b Occiyg^ragGo... Vous qui êtes
pieux...
23. (Fol. 325rr338v2.) (déf. — ). ^.^OgÔ^^Q Ç8o^ob5 ^5 ^m^^'^.
^gôgç:;iob5 çpgfo53.^3ob5Q Ô5b5ûbo fo5 b56;>5o5gçj'or)5 8300^ 8obof):)Q
oogagGoQGbo Ç05 5ço55obo çp.b ob(^05bo : inc. 85Jbo8o55g 8^0^3856
^bBbgb ÔccifocQ^o oco85r)gÔ5a... Passion de la sainte et très
louable femme Bassa et de ses bienheureux fils Theognios,
Agapios et lustos : inc. Maximien le roi publia un ordre mau-
vais...
Le ms. est mutilé à la fin : une feuille semble manquer.
TSAGARELI, n° 63.
N" 8
Hagiographica. Parchemin fin et blanc d'épaisseur moyenne. S. x fin.
Encre brune à la sépia, dont la teinte varie un peu : en-têtes en capitales
rouges. Écrit sur deux colonnes de 30 lignes en nuskhuri assez grand,
incliné et angulaire, mais non du type Athonite. Dimensions de la page :
340 X 247""™; de l'écriture : 252 X 190™™, avec un espace de 20™™ entre
les colonnes. Cahiers de 8 feuilles signés de lettres capitales au milieu de
la marge supérieure sur f. Ir et inférieure sur f. 8v, de 5 = 1 (dont il ne
reste que 4 feuilles) jusqu'à d^ê = 48. 383 feuilles, numérotées au crayon
bleu aux rectos dans la marge inférieure. Reliure de cuir orange rougeàtre
sur carton sans ornements, sauf pour une rame carrée de lignes droites.
Deux courroies avec des chevilles (le manuscrit fut relié en 1898 par le
moine O^^^ôSo Macaire f. 383 v). Une série de mémoriaux que je cite plus
bas. Longue description dans N. Marr, Ariorpa<ï>iiMecKie MaTepiajiti,
pp. 47-72. Lui-même a édité les textes 1-9 dans la Patrologia Orienlalis,
t. XIX, f. 5, pp. 653-74.
Contient :
Fol. lv-2r. Index des vies contenues dans le manuscrit:
[30]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 319
fol.2r, long mémorial en mkhedruli en encre grise : un tiers
de la feuille découpée (en bas).
1. (Fol. 3r,.) Acéphale (lacune de 4 feuilles: vie de saint
Etienne). Inc. 3o^oç:;^g5 gôç:;;'5o og3V)ç:;-'ob^6o...
2. (Fol. Sri-Or,.) o~' ^agbba bb^oçocn^ia ^8orpob;> b^go^^Ggbco^
ooeo3gç:n_foo53c>:i6ol);i f^.^ âofoggç^^-O 05^58 ob^iQ : inc. foo:iç)gçr)6o
b^cDOT) j.~iç^"'.^jor>;> 3o6i) fp5 cp.^ÔBgobb ^3oçp;)6o... Invention des
reliques de saint Etienne, premier diacre et premier martyr :
inc. Vous saints qui êtes dans les villes et dans les villages...
3. (Fol. 9r,-nrj.) ô~ 9<^6o'^C?0t)^Q bb^oç:!^cnb ^c)oroob;> b^go^b-
66bor>6Q oo63gç^i-çoo^^cct6ob5 g),~) ooo53gçT)_8(Tj^58ob5oD5£i o6f5gb5-
ç^g9oor) 3o:»b555ôo5g5cc5ç^ob : inc. ^c;?3^^^f>ÇQf^3 ^SSO^^Ç^^^B
52)59665 hb'dbCo^^ncn^a... Translation des reliques de saint
Etienne, premier diacre et premier martyr, de Jérusalem à
Constantinople : inc. Alexandre le fils du prince construisit une
chapelle...
4. (Fol. 17r2-21 v,.) ço~ oD^g^Sç^*^ ^8otoob5 gcoogc^ç^o b3Qob5
56(^o(?:ijgç:^^ob5Q ^8orpob5 Ôo63gçT»-8f':i^58ob5 b(^')(g556b œ^b : inc.
b5^ba53Ôgc!^o jgœoçoo ^336 00565 353 b5y35o5gç^6oî... Sermon
de Grégoire prêtre d'Antioche sur saint Etienne, le premier
martyr : inc. Nous avons une belle commémoration, ô bien-
aimées...
5. (Fol. 21v,-24ri.) co^a8^e?o ^8oçoob5 gCoogcciç^ bgQob5Q3g :
^gÔ5Q 5oôS3gçr>-8o:j^58ob5 Ç8oçoob5 bôgo3566bo : inc. Ôeo^yo635-
ç^g^ or)^gg6ço5 685605 5^o6çc)gçr.o 333ico5Qboî fî)çogb5b^5gçr.o...
Sermon du même Grégoire le prêtre, louange du premier
martyr saint Etienne : inc. J'estime la présente fête brillante
pour vous, ô frères...
6. (Fol. 2.ori-29ri.) 3~ ^a^^^^ ^8ofpob5 bô3<2566bo 5o^3gç[n-
^o53c^6ob5 ft)5 oofo3gçr._8 0:5^58 ob5a : inc. b5tjg5togçr)6o3 çoçogb
85çoçr>or>5 85CO (p5 5o5co5... Louange de saint Etienne premier
diacre et premier martyr : inc. 0 bien-aimés, aujourd'hui les
grâces et les dons...
7. (Fol. 29ri-33v2.) *b~ ^^bg6gÔ5Q 'p8oço5œ5 80^00^^2^.0050
Sg^coGbo (ï)5 Ô53Ç[o6bo Ic5oci8ob 3o65 g^o65(^6b fo3ob5 ÇQçoob5
356çoc:iÔob5 : ^58gÔ5G Sg^eoGbo : inc. bo:iç;x'5 6g(^5œo 3g566
[31]
320 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
I^c^agl) 3o6^... Mémoire des saints apôtres Pierre et Paul à
Rome, huit jours avant le jour des Rosailles : Passion de
Pierre : inc. Le bienheureux Pierre à Rome...
8. (Fol. 33v2-36r2.) V^^OgÔ^a «(JOor^ob.^ 553gn6 30:530^3^^0^50
lcoo:i8b 9o65 : inc. 8ccigç[î^o3ÇQ5 le5oî8l) dobb Ô53ÇT)6b... Passion du
saint apôtre Paul à Rome : inc. Paul attendait à Rome...
9. (Fol. 36v,-51r2.) en" ^^83050 ^8oço5œ5 ço5 yc^scj^bço
^gÔgç:^œ5 8oî0o^gçna)5Q og^PSObo cjob 553çnr.(3bo Icocciab 3o55
Gg^ociBob 8ogeo ^gobfoob^ : inc. Ço^ oy<^ 65^58b 80:530005 Ô53ç;o6
5:o5çog8gçnoor) 555^)53000... Passion des saints et tout louables
apôtres Pierre et Paul à Rome aux mains de Néron César :
inc. Et il arriva quand Paul vint de l'île de Gado-Melita...
10. (Fol. .51r2-57Vi.) o"' (^bo53eogÔ5Q poçoob5 çcoo^Bo^bobo
9oob3o:i5Qbob5Q coo:58gç;oo ocjoî 86 bo:i3fo5(^obo 8or>535coo 5œg-
6gçï^oo5Q focQ8gç:>^b5 g^c'îÇ(j5 ^5ç;'-'5^o Ôco8g6œ5Q : inc. 55or)bPSo:jÔçp5
(T>53ob5 co5bob5 005b 5gô5coo roo 0:^6 05b 00:5b ç!p5 or)jg5... Vie de
saint Dionysios l'évèque, qui fut le fils de Socrate le prince des
habitants d'Athènes, qu'on appela la ville des sages : inc. Le bien-
heureux Dionysios nous raconte à propos de lui-même et dit...
Édité et traduit dans Analecta BoUandiana, t. XXXIX
(1921), p. 277-313.
11. (Fol. 57v,-64ri.) o5~ gÔob^cQçcj^d rooo:îGo3boo:>abo Ô68g6œ-
8co53foob5Q <;p5 5o:)g6gç^^œ5 3oob30îooîbob5Q oSo38gç^o 803^365
(^o8o3oogb b5cjg5oSgçnb5 OT5bb5 fQ5 aoî^5ç56b5 8o:i85:ogeoob5
553c^6bb5 : inc. Ô030œb53 b5ço86or)0îb5 8oî'p5ç5gb5 Ç05 330Çr)b5
bgç:nogeob5... Épître de Dionysios le chef des sages et évêque
des Athéniens, écrivant à Timothée son bien-aimé et le disciple
de son maître Paul : inc. Je salue le divin disciple et le fils
spirituel...
12. (Fol. 64ri-65v2.) oô^ <p58gÔ5Q ^8orc)ob5 0530:50 80:56^^3-
çoob5 8ob5 'bgogçoGbo ço5 88ob5 00:13563 85b5(i5gôgçr>ob5Q : inc.
3g8rpgoî85oo 5çoço5o:58ob5 go5Çï'ob5 ft3g5ob5 ogbg ^coob(^6b5...
Passion de saint Jacques, fils de Zébédée et frère de saint Jean
l'Évangéliste : inc. Après l'ascension de Notre-Seigneur Jésus-
Christ...
13. (Fol. 65vr70v2.) o^" Ç58aÔ5Q Ç8oçQob5 çq5 33œoçp5çc>
[32]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 321
âdç^ob^ Ô5boç:vio l59gçT> goobjc^Sc^bob^u : inc. 9g(2o:îo^l)5 6c:>8-]-
^o^Bccibob^ ^5ç:!i5^b5 *bgço5 ^G^ocîjo^bb... Passion du saint et
victorieux Basile évêque d'Émèse : inc. Au règne de Numérien
sur la ville d'Antioche...
Édité par K. S. Kékélidze, Monumenta hagiographica geor-
gica, pp. 5-10.
14. (Fol. 70v2-92r.2.) Passion de saint Haboy : a) Lettre de
Samoël le Kat'alikos de la Géorgie à lované Sabinisdze et
réponse du dernier; b) \i-i9oô5Q ^8oçpob5 8o:i^58ob5 l;>Ôcciabo
focQOgç^io 0^585 j5?Sor>çT> 3o6b5 <;^ço^g(^oçT>o^ Ôp5856gÔoor).'>
^oSob^Êb 3ogco b.')8ggç;''> ^^.^coœç^^ob^ j.^oo.^çi^ojc^'bobbQœ.") : inc.
b5y;-].>cogç5;^5(?:i 858ob5 6c^ cp5 8c^5.')5c:i ^coob(^6b 8ob5 çoSôSœob^Bcî
<i^8R'^3 00^^36... Passion du saint martyre Haboy, qui fut
martyrisé en Géorgie, écrit par ordre de Samouel le Kat'alikos
de la Géorgie : inc. 0 bien aimés du père et serviteurs de Christ
fils de Dieu, je vous regarde...
Ce texte est divisé en quatre chapitres, dont chacun porte
un numéro spécial (oço-o'b : 14-17). Éd. Sabinin; b-^^^icoooagç^iccib
b.^8c:ioobo, pp. 333-50; éd. E. K. à Tiflis, 1899; extrait (lettre du
catholicos Samuel) Marr., loc. cit., pp. 52-53.
15. (Fol. 92r2-102v2.) od" gbo^scogo-^a ^8oço5ot5 ^5 6gô5coof)5
85850D5Q fooî8')çri6o Sc^obcoBgb 8or)5b5 Ç8oço5b.^ bo6;)b.^ ço5 fo;>Qor)b
(sic) focri8gçT.o bço^gco^ 'p8oçp5856 58Q5ooîb :inc. 53ç:;^obb8.^ y^3oo
8^505^836350:1 \i8oçpob5 b;>83Ôob56oî... Vie des saints et bienheu-
reux pères qui furent massacrés au mont saint de Sinai et à
Raithu, laquelle fut écrite par saint Ammonios : inc. Com-
prenez, croyants à la sainte Trinité...
Édité par K. S. Kékélidze, Monumenta hagiographica geor-
gica, pp. 25-44.
16. (Fol. 103ri-107r,.) ooo"" Ç^^S^o^q *()8ofpob5 Ô5Ôoçv).^Qbo
<o.'> b58OT.') yôS3.)cr)5 805*^505300:) 8oboo5a : inc. oy<^ b:>3 g'bob b.>6.^-
Ôfogçno ô5ôoç3^5 gôobjoîâo^bo... Passion du saint Babylas et des
trois garçons ses élèves : inc. Ce trois fois saint Babylas fut
Tévêque...
17. (Fol. 107ri-115vi.) 3" gbo^aoSgÔ-^a ço5 ^58gÔ5Q ^8oçoob.^
.;>6(^o56o co^.35bob5Q. coc58gçT>o 050 1805630505 3^gçT>b5 ob85o53ç^i-
[33]
ORIENT CHRÉTIEN. 21
322 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN,
m^hb ÇQb Qq^o'ôq 0^665 ^eool)5gl) 803^583 39000^00005 brob^bcogÔooo^.
Ç05 856ooçnooo5 l)5TO^8g5c3gÔooo5 : inc. S'Q^cn^Q^ç? ^^^ go3''>çî^o
ogbg ^coob^G 50836000 Bg8o fooî8gçT.855 S^g^^j^ 8g ^%ba Q50
j9985oSo^gool)5Q,.. Vie et passion de saint Antoine Ravakli,.
lequel obéissait à la loi des Ismaélites et après devint martyr de
Christ par belle confession et vraie croyance : inc. Béni est Notre-
Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, qui me fit savoir la voie de
la vérité...
Éd. I. Kipsidze,XpiicTiaHCKiHBocTOKT>, 11(1914), pp. 54-104.
18. (Fol. 115vi-121V2.) o^"" ^58gÔ5Q ^8oço5oo5 8o:i'p58gœ5a
I)og3l)oo6bo gçc^.bbooGbo cp.^ Sgçvi^booGbo : inc. bo:içggç[pb5 35Ô5-
çpg3gç;noo5b5 i]bdhb 85b ga^^gçc^f'^aof'^^^^--- Passion des saints
martyrs Speusippos, Elasippos et Melasippos : inc. Au pays des.
Cappadociens au temps de l'impiété...
Éd. H. Mapp-fc. Acta iberica sanctorura tergeminorum
martyrum Speusippi, Eleusippi, Melasippi. 3an. Boct. OTfl,'hjiy
t. XVII (1906), pp. 285-344.
19. (Fol. I2IV2-I28V1.) jo" ^-^SgÔ^Q ^8oçpob5 Ôo8ocioo6bo ço5.
QC':îCi;>ob5 8obob.> 853co5Qbo : inc. çp-") ^Hf^ ;j58oo.^ 8.^oo a:)g36ob.')005
gdogôçogb ycci3^ç;oor)5 ^6ob5g56gœ5... Passion de saint Timothée
et de sa femme Maura: inc. Et il advint pendant la persécution,,
que tous les chrétiens cherchaient.. .
20. (Fol. 128Vi-131Vi.) 35" \^ù8gÔ5a poroob5 (^oac^oog Qci.^6-
o^ohb 8ob ^Sofoobb 553ç;^6 8o:igojgç2r)ob5ûfp5 5oP53gç^ob5 gôob^cci-
5o3bob5 asabgç^ooob g^çrngbo^b^ : inc. ô^ç;'"^ ^"^^ 3y^30f> ÇP5
ôD83^cl^ 3oœ5fo8gf() b^bgBo 8fo535çc76o... Passion de saint
Timothée, disciple de saint Paul l'Apôtre et le premier évêque-
de l'église d'Éphèse : inc. Nous comprîmes et entendîmes que-
beaucoup d'aspects...
21. (Fol. 131 V, -1391%.) o^~ ^.^83050 ^8oro5oo5 8cQ^58goo5a
j^foc^bobo fc);> oc':î356gbo cc).) 8500 00.^65 b58co5 ^8ofo5oo5 ^^ç::;'^^-^
çncnba ço5 çpgçoobi 85ooob.^Q : 5ço^gfo5 ç:^gQ65oo5b bgggb 80:165-
150^6856 : inc. çp^ ocjc<î c6>j.>ab ogo çp^googb^ bo(8)tjg5o... Passion
des saints martyrs Cyrus et Jean et avec eux des trois saintes-
vierges et de leur mère; écrite par Leontios, prêtre et moine :
inc. Et il arriva quand la parole fut semée...
[34]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 323
22. (P^l. 140rrl45v,.) ôa~ ^-^^^qÔ^q Ip8oçool>5 aeî8\i5aob.^
ôcQ^abo ^ggy^S^l)^ ôc^oSgoçpoo^b^ ^^çn^^b.b o^co^ocqçc^ob.^b.^ : inc.
oycî ^Ooç().bQ ^bg 6^5560 ôc'55 ^^{^o 3b(ocr>bçno . . . Passion du saint
martyr Boay au pays des Borgi dans la ville d'Hiérapolis : inc.
Ce saint bienheureux Boa fut un homme juste...
23. (Fol. 145v2-152v2.) 3a~ ^58gÔ5Q Çaoooob^ g3l)056oo:il)ol>o :
inc. ^^^ç^'^o^*^^"^ ;>wôo(^ooî5obl)5 a).^ ç:^->gçr)o566bb.i ac^^gc^o^
^cîbô.^BôoGc'iib ,5gob5eoo... Passion de saint Eusignios: inc.
Pendant le gouvernement d'Arbitio et de Lulianos mourut le
césar Constantin...
24. (Fol. 152vrl59r,.) ^'b" ^-)5agÔ.^a \xlocpob5 o3ç^io;>6g gag^g-
ç[nobi> 83gco6.-)çpob5Q : inc. QJ-^ oyc^ agoip^Ô^b.^ BcQagfoobGoî'bob:)
gçoaeoœQQb.i... Passion de saint Julianos le médecin d'Émèse :
inc. Et il advint sous le règne de Numérien Timpieux...
Éd. Kékélidze, Monumenta hagiographica georgica, pp. 118-
24.
25. (Fol. 139 Vi-161 r,.) ô^^~ ^^è^a^floac?" ^ao^ob.^ çp5 {^^g^Çe^oo)
9gacQboçr)ob.^ of)g3ftio:i6gbo gs^^^Ôa^ï' ^bç^n.bçt) b5fo55ocî55ço
aoîya^bgÔgç^iob.VQ. gbcQ^oSgÔ^û fp,"^ boa^^GG aobo : inc. a.>or» -j.^a(T).^
Qfpgb ac'îo^o.b \xloc().VQ ao:»6ojgç^^() .^bcçôSo.)... Commémoration
du saint et athlophore Théodore d'Euchaïta le conscrit : Sa vie
et ses exploits : inc. Au temps que le saint apôtre André
arriva...
Éd. Khakhanov, /. c, pp. 1-9.
26. (Fol. 161r,-166r,.) ô*^^ ^-^^a^-^" 'paorpob.^ OTg3çoo36bo :
inc. a^jboaccib (^5 a.^Jboao55g... Passion de saint Théodore :
inc. Maximus et Maximianus...
27. (Fol. 166r,-173ri.) C'^" ^-^ô^a^a^ac^^^ ^aoçx)ob;) g^o^ô^cQ-
boGGbo. gbc'53cogÔ5Q cti.^ boa^GG aobo : inc. oyc:^ 306 6g .^c;-'gjb.ir)-
çc.coo^b 3.^30 5T)G5gPSo... Commémoration de sainte Euphrosyne :
Sa vie et ses exploits : inc. Il y avait à Alexandrie un certain
homme noble...
28. (Fol. 173r2-175r2.) ç^^~\i.^ago.:>Q ycoa^oo^ *paoçt)5œ.b coo(^b3ocx)
(3bô55 (Dc^agçj-'Go ocj3Ggb b;^ç;nom.^ aa.bGo G.:)coç:nob çogÔob5 g^^G
gaô^'bob.^ 5fo.iagçp o33Ggb œoœcQgg^iiGo (pgfoob5 §;>G OT5bob5 :
inc. oyccs boîçggç^^o gcoooo... Passion des saints garçons neuf en
[35]
324 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
nombre, qui étaient par l'esprit frères par les fonts baptis-
maux, mais naquirent chacun de sa mère : inc. Il y avait un
pays...
Éd. N. Marr, Tckctli h pasbiCKania no apMHHO-rpy-
3IIHCK0H «î>iiJio.îioriii, t. V, 1903, pp. 53-61.
29. (Fol. 17r)r,-178i%.) ç^"»»' (p-^a-jo^^Q ^3of()ob5 çpbsocoobo
fpgoBb^ dobb : inc. ^^ 3333 Sf^'^yc^o^ ff»-^ Oogoool'jeo^o:)... Passion
de saint Davit' à Dvin : inc. Maintenant nous commencerons
et nous raconterons...
B.II.O., 246.
30. (Fol. 178rrl80v,.) çï>5~ 8^coô5Ç[î^03Ô5q ^Ooçoob:> o3ç^io56ebo :
inc. oD^g-"» c)^f^3o.^B;] o;5ç:jio55,^b rocîilçnob^ O^bOob... Martyre de
saint Julianus : inc. Marcien dit : Julianus lequel j'entends...
31. (Fol. 180vrl86v,.) î^çp" ^^Ogo^û ^8oço5a)5 ccjfoagoîgoi.^a
occiOgçil^Bo bgÔ5b(^o5 ^5çQ>5^b5 3o55 0^58 6gb : bbbgç^gÔo 85000 gb-]
5fob... : inc. ^58œ5 8500 603030b ago^ob^oo^ oc)c>:î çpa3b^ç:'''0Ô''>«
^oçoo... Passion des quarante saints, qui furent martyrisés
dans la ville de Sebastia; leurs noms sont... : inc. Au temps du
roi Nikikis {sic) il y avait une grande persécution...
32. (Fol. 187vrl94v,.) ç^^a" Ha8gçn-.o boô^coob^ abaobb
Bgg6ob5a Ô5boçn^o 80)5356 gÔob3c<:>oo5bob5a 3gb5foo5 ^^o^ÇQ^jg-
ÇT50b5Q ÇaoÇ05œ5 (0,(i5ag(?îgCD5 OO^b j')Ô5Q. ôSc^a^Çn^Go bgÔ5b^05
^5çio5^b5 o^586gb : inc. 856(^55:^1005 ^bg6goo(T)5 306 83 g568çogb...
Sermon de notre bienheureux père Basile l'archevêque de Césarée
en Cappadoce. Louange des quarante qui furent martyrisés
dans la ville de Sebastia : inc. Qui se rassasiera des louanges
des martyrs...
33. (Fol. 194v,-223r,.) ç^3~ <p58go5o \iaof()ob5 o^gçvig^^gacQ-
6obo : inc. ^58005 8500 oog36gçjigôob5oo5 eo5^5ab 998530... Passion
du saint Philektémon : inc. Au temps de la persécution quand
le diable...
34. (Fol. 223r,-231 r.^.) ç:;^^)" \75 836.^0 *()aofoob5 aoj5gçTiobo
foo^agçcoo ocjcQ ç:^i53ô55b5 ^8oçoob5 8;>8ob5 Bgg6ob5 'b5Ô5Gbb5 : inc.
35ooboScQÔço5 5805 ô5boç[no... Passlou de saint Mik ael qui fuit à
la laure de notre saint père Saba: inc. L'amba Basile le prêtre
nous racontait...
[361
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 325
Éd. K. Kékélidze, Monumenta hagiographica georgica,
pp. 165-173.
35. (Fol. 231 Vr-233v,.) ^Ê"" «p^a^o^G <ç)8oçool35 356çc)56obo ço5
(38.^005 801)005 g85g3obo y^il^Gobo b5l53ol>o bc^OglSoo^ o.v^coo3ol)5
fo,^ a^oo 00565 5bc:i3 çp5 (S5ço8g^oo5 ço5 bbg5oo5 6oî8')ç::n6o 8oîobfo-
5gb çooçob5 85b ^yc:iÔ5b5 g'b^55g(oçoob 8og6 g35(,gff:;'05Qb^ 8']03ob5
çp5 (ocQa'-jçjiBo bbg5oo5g5 5a)^oç;"oo5 ÔoS8o5Ç[^ooo5 8o:iobco5(]b
b56'pag5ccigÔob5 005b ojjb^ ^coobôgb5 : ^58gÔ5a 'p8oçj)ob5 -35(0^05-
6obo Ç05 b'bg5oo5 65b5656oo5 ço5 85ç[noo5 bo38bgooob5oo5 ^5b~6 :
inc. çoo^ 5cob boyg56gç[ipo ç58eoooob5Q... Passion de saint
Vardan et de ses frères Umaëk (= Hamaïak) Vahan, de Sahak
(Isaac) patrice (patriarche?) d'Arménie, de leurs 137 compa-
gnons, de ceux qui en outre furent tués dans une grande
bataille par Isdegerde le roi impie, et (de) ceux qui sont tombés
dans des comliats livrés ailleurs encore pour la foi de J.-C
Passion de S. Vardan et des autres nakharars et des forces de
l'Arménie. Kûpis èXei^jov : inc. Grand est l'amour de Dieu...
Éd. Khaklianov, Maxep. iio rpyaiiHCK. ar., pp. 70-72.
36. (Fol. 233Vi-237Vi.) ^o^~ \i58;]Ô.^q ^8oçp()b5 55(':i8()bo rc)5
a30çniob5 8obob5 fo5 8cciy^5boo5 8oboo.^û : inc. a>Ç58("''> a*^fi>^ô8^^,
gcî^3Ç!^^oîQb5... Passion de saint Atom et de son fils et de ses
compagnons : inc. Au temps de Yezdegerd l'impie...
B.H.O., 119.
37. (Fol. 237rj-217v,.) 8~ ^58^05^ ^8oçp5oo5 803^589005
98^33^380^^^ : inc. sOcî^'^^^î'^a*^ 3338 «385603 39000505^...
Passion des saints martyrs de Mesukav : inc. Nous nous sommes
bornés, ô frères...
Voir : Khakhanov, Maxepia.îibi, pp. 10-24 : Sukhias (Hesy-
chius) et ses compagnons...
B.H.O., 709.
38. (Fol. 247vi-249r,.) 85" \i589Ô5q ^8oçoob5 3g956o3obo
'p8oroob5 35éSçp56ob 5bgç[j^ob5 ô5o38gç^o oyo^ 5bgç;;iob \^^3ÇC!^o
^8o^ob5 b5§53obo, gbg 'p8oCo5Q 13^^95603 0^585 ^5cooo^b ^8foob5
556 oo5bob5. ôSo38gçT>o oycQ 56oo5o5(^03bo (jab 'po6588ço-35foo
^5fDooç;oob5 : inc. 'p8ofo56o rc)5 6g(^5fo6o 306 8g... Passion de
sainte Susanik, la fille de saint Vardan, laquelle était la petite
[37]
326 REVUE DE l'orient chrf^tien.
lille de saint Saliak : Cette sainte Susanik fut martyrisée en
K'art'li par son mari, lequel était proconsul et gouverneur de
K'artMi : inc. Quelques-uns des saints et bienheureux...
Éd. Sabinln; éd. Gorgadze, K'ut'ais, 1917.
39. (Fol. 249rr250v2.) Oo~ .^çobeo^ç^gô^a ^iloçiHib.^ b.^l^jobo
55foœg3oboQ âob5 fpofpob5 6;jfobgbo foc^Ogç^o oycci t^og^^bg
b^œgbbgo ^3oçpob.b gcoogo:îÇ5">obo : inc. co.silgfj)^-] oofo3gç:;T '^gbob.^
gôfo 8505oo5ûb.s... Fin du saint Sahak Part'evi, fils du grand
Nerses, lequel fut la sixième génération du grand Grégoire :
inc. Car auparavant selon l'habitude des pères ..
xNerses; cf. B.H.O., 759.
40. (Fol. 250 V2-257r,.) ilg" \i.^9goi^Q 'ç^Oofpob.^ ()'b()ft)ocQ'boo)obo
9g(g(Qû5b5 b35bcoo:iab5b:) dob.^ 353.~>(ï)ob;> Ogu^gcî)^ bo.^cobOT5.<3b5 :
inc. go3fo(':tQb g55ôfo^tjo6çQgÔo3ço.^ ço5 3.^66 çnogcoçpgÔcdçpb b.'ico^'Og-
6o5gÔ5n^foobôg.->Cga).^... Passion du saint Izidbozid au règne de
Khvasroy fils du Kavad les rois des Perses : inc. La foi des
chrétiens brillait plus ei devenait forte...
Éd. Khakhanov, /. c. pp. 57-60; cf. Acta SS. nov., t. IV,
pp. 191-216.
41. (Fol. 257rr259r2.) iki>~ ^p^Ogo^a ^OocpoxD.-) Oçoçt^gçrxD-
(lo3dço^.^foœ5 bc<:i3b')ooob.^or)5 5foob(^5^-5gbo cîfooo^bgbo cctbo^^obo
g^ogccjcoobo çt);>6ogçT.ob() : inc. (^5 gbO.^ 3og(T) 5.^6 Og f^go^gm^
ÔoSço5(;^b... Passion des saints archiprêtres de l'Arménie
Aristakes, Ort ânes, Osik, Grigor, Daniel : inc. Et Trdat enten-
dit de certains rois...
Éd. Khakhanov, Maxepiajibi no rpysnncK. arioji., pp. 51-57.
42. (Fol. 259r,-267v2.) 9o~ ^^Sgô^a ^8ofoob5 fp5 foofogôgç^ob.^
(Jc^'p^Sobb gOQfogobo : inc. 6:>^58b 030 ct).^goy «5 ^gfoâœ-tlb^bgcog-
Ô5b5 g3853ob5b5 yoî3acï^o bcQtggç^o. . . Passion du saint et glorieux
martyr George : inc. Quand l'idolâtrie (hi diable saisit chaque
pay^...
43. (Fol. 267v2-271r,.) 83" b;>3oœb53o o:)^^8gçî^o bg(»)5coob.s
<"8<^ÇQ(^ÇÎ^^ (sic) bg(5ob5Q ^gÔ5a 9gbb8ob5Q *p8ofpob5 goc^^gobo :
inc. 8ccj3gçoocr) b6tjg5CogçT;>6cci ço8foa)ob56aî... Leçon du bienheu-
reux Théodule le prêtre : panégyrique de saint Georges : inc.
Venez, bien-aimés de Dieu...
[38]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS.- 327
44.. (Fol. 271ri-'272\%.) 9"^" 'p^Ogo.^a \i8ofoiol)5 çT)c:j65o6c3'b
^"bobœbsobbû : ine. ^•'> oyc^ çpc^go^^ gtgçs;^"^^ B^gBob^ ogbg
Jp5ob56l)co5... Passion de saint Long'inos le centurion : ine. Et
il advint au temps de Notre-Seigneur Jésus-Christ...
Éd.Kékélidze, Monumenta /lagiographicageorgica, pp. 188-
192.
45. (Fol. 275y2-279v,.) 96" \^.:>0gÔ5Q O^ico^c^'b a.>V)56gÔgç:i^ol)5a
•5çr)g^b56ço6o5 ^5ç^5^b5 dobb : inc ^gç3^1>^ <^6ÇR^ (Ig^oobgooOg^gbb
9g9çQgo385çp 36gÔob5 a53bc':i3^îob5... Passion de saint Marc
Tévangéliste dans la ville d'Alexandrie : inc. En la trente-cin-
quième année après la passion du Seigneur...
46. (Fol. 279v,i-293r,.) Qay~ \i^Ogo.^Q ^Oorpob^ «^8560^%
^^bçniob^^acî^^aob^a. cooîOgç^^o o^;)(35 8gcqcîÔ5b5 g9653or>9b5'bgfoob5
9go]()b:) a^lfoobb.^; focci8gç:no i>ço^gôS;> 6g(^5co9.^r) bôgo5-'>6g
<ço;>9.^b3gçf'86B : coc<39gç^o oyo^ gcoœo 85350055560 çj^53coob5
^8o(pob5 859ob5 li;^gr)ob5 b5Ô5ûbb5 : inc. '^gçî^aD5 3CQb556ôo6g
8g(5ob5 g9^^gç^cQQb5a>5,.. Passion de saint Romanos le néo-
martyr, qui fut martyrisé sous le règne de l'impie roi iMahdi,
laquelle fut écrite par Etienne de Damas, qui fut un des moines
en la laure de notre saint père Saba : inc. Aux années de
l'impie roi Constantin...
Éd. Khakhanov, MaTepiajiLi, pp. 2.5-16; Peeters, Anal.
Boll.,XXX (1911), 393-427.
47. (Fol. 293r,-294v,.) B~ ^58gÔ5G ^8oçoob5 çy^çQo^a^ç^oh^
hb^çQ^hfyoho : inc. ^8oço5a b5o6c^^b5 oyc^ 5bgç^o b565^6g^...
Passion de la sainte reine Sagdukht : inc. La sainte reine
Saindukht (sic) fut la fille de Sanatruk'...
Sainte Sanducht, B.H.O., 1040 : Éd. Ivhakhanov, Maxepiajibi,
pp. 60-62.
48. (Fol. 294v,-302v,.) C>^~ ^^8gÔ5Q *p8oroob5 (]5oçr,gao:!5
"9g5gbô5b5Q : inc. agb58gb5 ^gç;^b5 çooo:i3ÇT>g5o55gbb5... Passion
4e saint Philémon le tlûtiste : inc. En la troisième année de
Dioclétien...
49. (Fol. 302v2-307r,.) 6o~ ^8oço5or>5 ^685005 0:56005 885005
•^530ooobo Ç05 5ofDoj56obo b5jooob530 : jnc. ;;)^8û05 8500 Cîçogb
■^aSO^^*^ ^^^ ^^ay^^"^ 85yfocQÔg"ç^oo5b5... Des saints garçons
[o9]
328 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Jes deux frères Davit' et Tirican. Leçon : inc. Aux temps quand
les rois empereurs...
Éd. Khakhanov, l. c, p. 72-77.
50. (Fol. 307r,-312r2.) ^ô" ^^9aÔ5Q ^8oçc)ol);> or)5çr,.jçm6«.bol)(>
b5^oor)b53o : inc. ^32^0^5 8500 bgcggsob^ 6g8go5o,s6o:ibol>(T)5...
Passion de saint Thaleleos. Leçon : inc. Pendant les années du
règne de Numérien...
51. (Fol. 312v,-321 Vj.) Bço"" gboîseogô^a Çaoço^oo^ 35ocoo556bo
ro.s ogb^oB^bo (sic) 3^o^ cîoSo>5 3g gcoœ^çp : inc. 3<<3ÇÎ"'<^1^^
F>gg6ob5 ogb^ ^ôSob^Gbo "bagooo J33y^65fp ^^OcqBoBqô^q... Vie
des saints Cyprien et Justina : tous deux ensemble : inc.
L'apparition de Notre-Seigneur Jésus-Christ du ciel sur la terre...
52. (Fol. 322ri-332r2.) Gg" ^^SgÔ^n ^cloçpob.s çp;^ ôO^^^^Ç^^ÇQ
3<3çr)ob5 ^TOob^go^oîeogbo ço5 8ccitjg5b(x>5 8obœ5a : inc. \^0S"^'^
Ogtgcîôob^ o3ç»o56gbb5 ^5 çoooî3çmo(8)o566bb5„. Passion du saint
et victorieux Christophe et de ses compagnons : inc. Dans
l'année du règne de Julien et Dioclétien...
53. (Fol. 332r2-334vo.) 63" ^53go5a ^aoçpob^ fp5 çoofpgÔgçî>ob;>
3c:i^58ob5 ^c^BccjBobo : inc. (^aç^9^o(ggÔ5b5 gçoBfooacciiQb^ Bgo^ob^
:>3fogç[^o55gb ôccieoo:i^ob5b5... Passion du saint et glorieux
martyr Conon : inc. Pendant le règne du roi impie Aurélien le
mauvais...
51. (Fol. 334v,-335vi.) B'b'" \75agO5a \iOofi)ob.b 8o:i^58ob:i
ç^gc^B^obo : inc. 8o:ib6^çr> oyoî gçT>5fç^Q0D bo:i(2ç^oa). .. Passion
du saint martyr Léontios : inc. Il vint du pays d'Hellade...
55. (Fol. 335vr342v,.) B6- \i58ao5Q \i8ofC)ob5 aoî^.^8ob:i
8585Qbo : inc. j^Qo 306 8g o<-jo:{ ô^ô^^^^ j^çï^-^^^-^... Passion du
saint martyr Mamas : inc. Il y eut un certain homme dans la
ville de Gagra...
.56. (Fol. 342v2-349r2.) Bœ~ \i;>8aÔ5Q Ip8oçoob5 8o:i^;>8ob;>
cgcîj^abo : inc. 8c<:ibçT)35b5 85b 8;>gbQ3eoob5 Bgg5ob5 ogb^
^PSob^êbb^... Passion du saint martyr Phocas : inc. Quand
Notre-Seigneur Jésus- Christ...
57. (Fol. 349r2-357r2.) q~ boôcjg;>5o ^bagôob^ œ^b ^8oçpob^
Qb^obo çp5 8c<îyg5boD5 8obooù : plus haut, note en rouge ensuite
érasée : gbg [^58gÔ]56o bcci8b^a5oor) ^56 or>56g85oçji 5(^056 : Ces-
[401
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 329
passions furent traduites de l'arménien : inc. 3o5cQ3g l)V)g.bQ(^.>
g^y3Ô5a 3grodeîor)5 oc^Bco^b^.. . Sermons sur la passion du saint
Osik et de ses compagnons : inc. J'ai trouvé une autre histoire
auprès des Grecs...
Éd. Khakhanov, /. c, pp. 63-65.
58. (Fol. 351r2-354vi.) q^~ \^58gÔ5Q ^8ofoob.-i ôgc^PS^obo
'boî65356ob5. oojgclgç^o ^6oçoob5 Ô5boçT)obo : inc. 85b ^h'èhh
poçc)5856 0903^550 a^GgO^f) (^5 b53b3856 b^ç;ioœ5... Passion de
saint Georges le guerrier : Sermon de saint Basile : inc. A ce
temps, saint Georges le valeureux et rempli de l'Esprit (saint)...
59. (Fol. 351vi-358r2.) QÔ~ ^^O^ô^q 'pOoçoob5 BgcobÔ Oœ.^;^^o$-
gÔob^cîSc^bob^ boîObgooobia ro5 b^çoobb gÔob3CQ5o:ibob;)Q c)('5\^5-
(Qohi> Oobob.^Q : inc. ^8?:!^^^ a^b^O-jb (in ras.) Bgo^cqÔob.s .^coO.^-
^obb.^... Passion de saint Nerses, archevêque de l'Arménie et
de Khadi l'évêque, son disciple : inc. En la troisième année
du règne d'Arsak...
60. (Fol. 358rr368r2.) ag" boO^^GG cn^ acciçog^Ô^iQ Baô^coob.^.
ggçT)56çogb5obo bâbfobgoob : inc. gbo^fogÔ^a Q)5 ço^.')^ç^^ob.^
<^ç??a3^û--- Courage et aeXov de la bienheureuse Goulandoukht en
Perse : inc. La vie et la victoire...
B.H.G., 2702.
61. (Fol. 368r2-383r,.) QS>"~ ^80505005 fo5 30œoçîî>5^ 88ç:^ga):>
ac':i'p58aor)5Q ^•^^'^d*^^^ Sfoo^Ôc^b çp5 ^GnoPSc^Bo^gbo \i58go5Q 85000 :
inc. o^cocggçT.cci'b çc)5 85co3ac':i6 cj^gbo.-^ (p5 Ô;>^1or) 0535^0 6... L)es
saints et victorieux martyrs Tarachos, Probos et Andronikos :
leur passion : inc. Parp'eloz et iMarkéon, Lousiaet Bart'okley...
TSAGARELI, n" 57.
W 9
Homélies. Écr.t à Oska en 977. Parchemin blanc magnifique, semblable
a celui du manuscrit 1, mais un peu plus mince et blanc. Encre noire :
en-têtes en vermillon. Ecrit sur deux colonnes de 25 lignes en asomt'avruli
(capitales) grand, fort, carré. Dimensions de la page : 347 X 280">"i; des
colonnes : 260 X 95™™, avec un espace de 19™™ entre elles. Cahiers de
8 feuilles, signés de grandes lettres capitales au milieu de la marge supé-
rieure sur f. 1 r et inférieure sur f. 8v, de 0 = 3 jusqu'à 6 = 50 (dont ii
[41]
330 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
n'y a que 3 feuilles) : ^-ô (1-2) et f. 1 de ô = 3 manquent. 377 feuilles,
reliées en désordre, parfois avec la tète en bas, numérotées au crayon
bleu sur les rectos. Reliure de toile noire semée de points (pointillé) sur
planchettes, avec une pièce de cuir brun vergé au dos. Deux courroies
servant de fermoirs.
Contient : homélies de saint Jean Ciirysostome et d'Éphrem
le Syrien.
1. (Fol. iFi-Gr,.) Acéphalon : "O^O^^S G-^ô-^ôSo .>65 [sic) f^m^^
hbdnQçr ^()G.vab\i.>wa;j(^^ijgjjç;-'ob5a... Mémoriaux: V de ô<^'''^'^'^^y
Timothée, 1756 : 2° Notice en grec du contenu du ms. par la main
•de A. Papadopoulos-Kerameus : 3° 05:05600:10 Ilarion : 1" 'AD^K)-
cQo^()n.b P>y^5Ô Véiiédikton Benoît, 1822.
2. (Fol. 6r,-7ri.) ô~ •^dO'^aCï^o "()clog)ob.^ oo:j;>.>5q C':jjo5(':i5o-
foob.^.o O.^col)3ol).> OT^b : iiic, co^^-j^Ob oSicobsofc);^ 3g5... Sermon
de saint Jean Chrysostome sur le jeûné : inc. Quand tu jeûnes...
3. (Fol. 7r,-25r2.) çq" m^gcîgeoo 'pOoçQob^ 00:53563 c^Joxq^o-
f5()b.~>Q O.^cob3ob5 OT^b çp5 (1:^ôSg^b<;6>gc;-'o:îoob5 œ^h : inc
30(o.bô)Q5 050 cooîOgç^iGo .^bS^oS^'bb^... Sermon de saint Joan
Chrysostome sur le jeûne et contre la rancune {-zp\ oci).Tr,ai-/.T/Sx;) :
inc. Comme ceux qui à l'hippodrome... Après f. 7v les feuilles
sont en désordre : en cet endroit, une note à ce sujet, en
-géorgien, par une main moderne. Cahier ço = 4 relié au revers
et à l'en vers; cahier g = 5 aussi, dont il y manque deux
feuilles.
4. (Fol. 25Vi-29r2.) a~ 'p^Ogô^Q ^pOoçpob^ ocq356') ccj^cooîoocoo-
b5a<^çp5>.Ô5çpgog^ob5 Ç05 ^oG.bQco 3'] (^^BsoGgbgÔgçn^ob^ ^.^gob^
i5gço5 ^BcoOTob^ 3ogco 3gcr)oçT)ob5 506.^ Ôoîfoo:î(^ob.> 3ooa5coOj)ço
.sfo5 co5û 5cob : inc. 3c653.^çT>œ,> 353or)5ô.:)6Go o(^y5gfo,.. Témoi-
gnage de saint Jean Chrysostome sur la création de l'homme
par Dieu. Et que la prédestination de l'homme par Dieu au bien
et au mal, n'existe pas : inc. Beaucoup d'hommes disaient...
Cahier 3 = 6 relié au revers et à l'envers,
5. (Fol. 29iv36ri.) 3~ œj^a^ç^^o ^8ofoob5 00:53563 o:j^foo35o-
■foob5Q bo656gcnob5 œ^b : inc. t5coo5ço 3305005300 (3656oî. . . Sermon
de saint Jean Chyrsostome sur la pénitence : inc. Nous avons
[42]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 331
péché beaucoup, ô frères... Cahier %" = 7 relié au revers et à
l'envers.
6. (Fol. 36r,-42ri.) %~ oo^gOgç^^o ^8oçc)ob5 0033563 cciJcocqÔo-
<ool)5Q l)o5562)Çî^ol)5 oo^b fo5 ç^oîQSobb 6cQg\iyo53ÔgçT.;>(Tp : [yic.
(ItbGcQ BgÔBcî b^yg^cogç^^B'cq... Sermon de saint .lean Chrysos-
tome sur la pénitence et sur la prière ininterrompue : inc. 0 mes
frères bien-aimés... Après f. 39 v (cahier 6 = 8) les feuilles sont
reliées en ordre.
7. (Fol. 42ri-44v2.) 6~ ooj^Ogç^^o ^Oofoob^ 00:1356g o3Jcoo:i5o-
^ob5Q 8o:i^y5çT>gôob5 œ^b çoclfoor)ob5 : inc. ^y5ç^-'o:io5b5 n)5
b5B5coOT5ç^ib5... Sermon de saint Jean Chrysostome sur la misé-
ricorde de Dieu : inc. Pitié et droit...
8. (Fol. 44v,-50v.2.) œ~ œ^gO.^ç^^o \u1oçpob5 oo:.356a o^jcooîâo-
^ob5Q 075658563050 00:53563 85b5ôS303ç^^ob5Q <;p5 o53ç^''3bo : inc.
5803600)556 ao333Ç5^6o 33 3oj8o3çp3a)... Sermon de saint Jean
Chrysostome : commentaire sur Jean Tévangéliste et sur Paul :
inc. Dès lors nous devînmes tous...
9. (Fol. 50v2-59r,.) o" o)J38^çl;;'o <p8oooob5 00:13563 cQJc6o:i5o-
6ob5Q bo656gçT)ob5 oo^b : inc. ô8335R^3^" '^^38'^ 88560:»...
Sermon de saint Jean Chrysostome sur la pénitence : inc. Je
vous implore, ô frères...
10. (Fol. 59ri-66r2.)o5~œ^^8gç>io ^8oçpob5 0033563 o^^oo^âo-
■6ob5Q 8o3^tj5ç[ji3Ôob5 œ^b 8çooço6ob5 80b 005b çq5 çT.;i*b566b
^ç:»5b53ob5 : ^6ob(^3 5000553 0033563 ro5 930^^)60 8ob5o : inc.
b5L)^563Ç[^6o3 b58o3oob3b5 3o65. .. Sermon de saint Jean Chrysos-
tome : sur la compassion; sur le (mauvais) riche et le pauvre
Lazare; que le Christ glorifie Jean et ses fils! : inc. 0 bien-
aimés en Paradis...
11. (Fol. 66r2-74v2.) oô~ or)^g8^çT>o ^8ofpob5 0033563 03^603-
5o6ob5Q bo3(gcoob5 580b ^568535çTiob5 œ^b bo^gçooç:^ob5 oa^b ço5
^^^RaÇÏ'o^'^ : inc. oboçT.3a) b5tjg563ç^6o3... Sermon de saint
Jean Chrysostome sur ce monde passager, sur la mort et sur le
jugement: inc. Vous voyez, ô bien-aimés...
12. (Fol. 74V2-8OV2.) 05" œ^gS^ç^^o ^8oçpob5 0033563 03J603-
5o6ob5Q bo(^y5b5 80b oo^b 8o33o^gçTiob5 6o383çt> œ^^5 300)568300
[431
3o2 REVUE DE LOKIEXT CHRETIEN.
j(6ol)5g356 OS^^rocQÔ^ yo:? g^œb 9o55 fo5 ^ggy555l)5 'bgçQ,^ : jnc.
9ocj3gç]ooœ da^Bccj Bg36c:î rob g^ç^'ol) h'db ayc^oo. .. Sermon de
saint Jean Chrysostome sur cette parole de l'apôtre, savoir
que le Christ mit la paix au ciel et sur terre : inc. Venons, ô mes
frères, et nous comprendrons...
13. (Fol. 81ri-92v2.) ocp" gÔcb^ociç^nô 'paoçooL^ oc^a^Gg ci^Cocx-
oox(oohi>a fociiOgçi^o 6og^gco5 or)<^g>-3ÇC)c:ifogl) (^sic) Oœ.^3.^c5l)5
SrocQ9ol)l)5. fi5o33gç:i;io 8o:i65l3c^6gÔoœ ^^^çj^^ço o^jg^ l^f^S^"^^ ^3 •
inc. 33330^396^ 3gl>^3çn^gogçïn oyo^ Bg3ço5... Lettre de saint
Jean Chrysostome, qu'il écrivit à Théodore le prince des
Romains, qui de la vie monastique retourna dans le monde r
inc. S'il m'était possible...
14. (Fol. 92v2-102Vi.) og"" gÔob(8)05îni6 ^Soçpob:) ocQ35r)g (cj^PSoî-
5oo5oI)5q (j)g3ÇQo:i(o6l) 8o3^fooD .fooî3gçT)g56 8cci65'bcri6gÔ5Q ço5gôg3^
cp-") go3C?^o 3gofoooo3 Cooid^çoo oycd çpol) ^gç^^'o oc^G^^G Ifoo:i3or).^
o^oobiSQ : inc. f'ÔyS^ 3Q"^ç?<^ oofoooo;) 3*^3c5^3Çî^ 'poGbab^^foag-
09335^"^^^- •• Lettre de saint Jean Chrysostome à Théodore qui
abandonna la vie monastique et se maria : c'était le fils de la
sœur de Jonas, pape de Rome : inc. Le Seigneur dit par la
bouche du prophète Ézéchiel...
15. (Fol. 102v,-110r2.)o3~œ^^83çno^3oçoob5 ocQ35Ggc-3JeDcci-
5ofoo'b5QboG56gçnol)5 œ^b : inc. ob3o6gor)b5tjg5(i5gçno6o:i bo^yg^a
çoSfoœob^Q... Sermon de saint Jean Chrysostome sur la péni-
tence: inc. Écoutez, ô bien-aimés, la parole de Dieu...
16. (Fol. 1 10r2-121 Vj.) cd^^Q^qç^o ^Soooob.^ Ô5boçr>obo gôob^oî-
ooîbob;>Q boG56^çjiob5 co^b fp5 bo^gçooçnob^ : inc. ^^^ ^^^
b53o6gço 35j30f)5 do(oôc'x<rocr}^ cn^h... Sermon de saint Basile
l'évêque sur la pénitence et sur la mort : inc. Il n'est pas
redoutable pour les hommes guerriers...
17. (Fol. 121vi-130vi.)or)^333ç?^"'o ^8ocoob5Ô5boçTiobo gôobjoi-
occibob^û 3gf6ob5 oo^b Ç05 b5bG boG^Ggçnobbû Scci^^S^^'^GgoD^
œ^b : inc. 3f>f"^^6^ '^à^ ^^^ oci^ôo bÔg(8)53o... Sermon de saint
Basile l'évêque sur l'envie et le modèle de pénitence pour les
croyants : inc. Comme quand un aigle blanc...
18. (Fol. 130Vi-135Vi.) œ^g3gçT)o ^3oçt)ob5 S^fo^cdlS 3c:iG5'bo:i-
Gob5û 3çpgfo35Q fo5 y3gs>^gÔ5Q gfoor)og6oo;>b or);>3ob5û bgç^^ob^
[44]
CATALOGUE DES ^MANUSCRITS GÉORGIENS. 333
Ç05 3o:i53oob.^n 8boçn->305a : inc. obOoG^ b^ç^^c^ BgOcQ... Sermon
de saint iMarc le moine : Indignation et mécontentement de
l'âme contre elle-même et critique de la raison : inc. Écoute,
ô mon âme...
19. (Fol. 135Vi-154v,.)or>^a9gç^oÇ8oçool)5 85eoô5eoo8c^6^1Se:>-
6ob5a boB^Bgç^iob.) cr>-z,h fp.^ bo8çQ5Ôç];^ob5 : inc. fo^Ogoog o^coo^rp
gb^ôSoG çoOgoœb.^... Sermon du saint Martyrius, le moine, sur
la pénitence et riiumilité : inc. Car Dieu réjouit beaucoup tou-
jours...
20. (Fol. L54vi-155v2.) œ^ga^çj^o ^8oçoob5 bbl^^ Sc^BblSoî-
Gob;>Q : inc. 88:>6o5 ô-'>^g6çc)o6 gbg b5j^;3ô533ç^5ço... Sermon de
saint Sahak le moine : inc. 0 frère, que ceci vous soit comme
une panoplie...
21. (Fol. 155v2-162i%.) ^0560 ôSc^a^ç^o çp5^ao:> oc^b-jo ^«08.^-
cogçT.8;)5 8cQ^5o^g856 gtgç^^ob;) li^-^Gob^ ogbg ^6obô6b855.
œbPSoîÔ5û 5c^366gôob.s 005b O.^çï^aboob.^ 60^8353^0 050 5cob çT>g<;Q05Qb
3o6.i^5çT)5^b5'p8o©ob5 çp;^(ï)o:i03ç;->ob;) 85C0058 çoScoœob 83cîôaç[îio-
b.^b5 : inc. ^gç^î^'-b^ aa^o^jbgooa^^-jb.^... Livre écrit par Joseph
d'Arimathie, disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ : récit de
la construction de l'église à Lvdda, la ville sainte de la sainte
reine Marie la mère du Dieu : inc. En la trente-cinquième
année...
Éd. H. Mappi., C. ITeTepôypri,, 1900.
22. (Fol. 162vi-169Vo.) boB^Bgçnio a(g6a8obo c^çogb 030
bo556gç[^oœ ;>8boç;;ogÔço5 co53b;> œ^bb^ 00530 .^"' : inc. 8: b^:3Ç^-'0î
Pi;)8c':i... La pénitence d'Éphrem, quand il se blâmait lui-même
avec componction, chapitre i : inc. 0 mon âme...
23. (Foi. 170rrl82r,.) b\^53ç;x^Q \^8(x^ob5 açg6a8obo 80:565-
T>cci5OT5 ao85coco C0530 ô~ : inc. bÇ53ço5856 8ob5 ço8coa)ob5 856...
Homélie de saint Éphrem aux moines, chapitre 11 : inc. L'ensei-
gnement du fils du Dieu...
21. (Fol. lS2r,-187Vi.) œj^^gç^o \i8oooob5 gig^aanbo 0^50-
^8563035^^0 8ga^gbob5 (jib5ç:^->8^:36ob5a 85wb3ob5 œ^b (;o5 bo656g-
ç;nob5 0)530 5~ : inc. 9' ô^Oti^c^f^ 8 aîco\K')^ 630)505... Sermon de
saint Éplirem : Commentaire du 6" psaume du jeûne et de la
pénitence : inc. 0 assemblée des croyants...
[45]
334 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
25. (Fol. 187Vi-195v,.) or)^38gc?o ^aoçoob^açgeoaaoboboyg.w
(îSgçmol)5 oo^b ÇQ5 boBbBgçjf ob5 0)630 g" : inc. da^Bc^ BgclBci
l)5c)g5oSQçcc6cî.., Sermon de saint Éphrem sur Tamour et sur la
pénitence, chapitre m: inc. 0 mes frères...
26. (Fol. 195v2-200vo.) œ^gB^çioo Ç8oçoob5 go^6gaobo bor);>-
6gçT.ol>6 oD-b (;o;> o5co5b3g3ob5 co^b rc)5 35foo53ob5 005b : inc.
b5cjg5cogç:n5c5 6c^3gc^cr)5 gGgÔ^^gb... Sermon de saint Éphrem
sur la pénitence et sur le Vendredi Saint et sur le Dimanche :
inc. 0 bien-aimés qui voulez...
27. (Fol. 2OOV2-2O8V2.) o^^a^aç^o \iao^ob5 go^cogOobo bo^g-
çooç^ob5 œ^b ÇQ5 558ccibç[n3ob5 bgçnob.^ ô^go^-^ ô^^ 00630 3^ :
inc. 3^« ^aa^ÇR^ ^a^ aogeo... sermon de saint Éphrem sur la
mort et sur le départ de 1 ame de l'homme, chapitre vi : inc.
Malheur à nous, à cause de toi...
28. (Fol. 209ri-213r2.) œjga^ç^oo 'paoçpobb go^fD^aobo bogo-
ç^ohb co^h Ç05 g^gPîC'îço 566Qb(iSoî8ob5 00530 %~ : inc. 5ofo3gçTio
acQ55'l3cQ6ob5QbgçT.ob5 cci^eogô^^û... Sermon de saint Éphrem sur
le rire et la joie indécentes, chapitre vu : inc. Le premier
pour un moine c'est de saccager l'àme...
29. (Fol. 213vr222vi.)oo^3agç[î^o^aoçoob5gc5foaaobo 8056^03-
foob^ aob 3g(i5oobggç:"ob5Q 00530 G" : inc. ao:ic'îopgbag30fpgb
^8000560 858560... Sermon de saint Éphrem sur le maître béni,
chapitre viii: inc. Quand les saints pères vinrent une fois...
30. (Fol. 222v2-226v,.) œj^a^çn^o \i8oft)ob5 go^ogaobo bo65-
6gçj^ob5 005b 00530 oo~ : inc. ao3C'3çpgb8g3oçp5 gfoooo 306 8g<
8850055560... Sermon de saint Épiirem sur la pénitence,
chapitre ix : inc. Quand un des frères vint une fois...
31. (Fol. 226vi-233ri.) b\i53cn5Q ^aoçpob5 go^cagaobo bo656g-
ç:'^ob5 003b 00530 o~ : inc. ^gfo 56b Bgg6çç>5... Homélie de saint
Éphrem sur la pénitence, chapitre x : inc. Il nous faut...
32. (Fol. 233ri-244r2.) oo^^a^ç^o \iaoroob5 go^^gaobo 8boçmg-
oob5 003b oo53ob5 co3bob5 fp5 5œb5cogÔob5 003b (^050035005
f^f^agçn6o bo8ço5ÔçT'ooo 5Bg865 oo53b5 oo3bb5. 00530 05 : inc.
35a P)g8f95 b5\i<-j5çnocrjô.^çT,ob5... Sermou de saint Éphrem sur la
répréhension de soi-même et sur la confession des péchés que
par humilité il s'attribua à lui-même, chapitre xi : inc. Hélas?
moi le misérable...
[46]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 335-
33. (Fol. 241Vi-255r,.) œ^^S^çr-o ^6of(K)b5 gcgfogOobo 8l3oçr.g_.
Ô5Q 3c:i65*bo:j6a)5 gçQ5ô6o3(j)5l)5 ço5^l)6oç:r.oo:>Q : 00530 og : jnc.
eoo^agçT^o 5o65ç:.^gÔçD3l. l>lSg5(j)5... Sermon de saint Éphrem :
Répréhension des moines du désert dissolus, cliapitre xiii (sic :
par une main postérieure) : inc. Qui blâmera des autres...
34. (Fol. 255r2-267v=.) b^^sçn^ba ^6oçool>5 gçgfog8obo 8c:i65lScî-
6(j)5 OT^b Ç05 bo656gç[nol)5 oço~ : inc. cocîOgçnb^ l6QO.b3b ô^Bbgg-
Bgôob... Homélie de saint Éphrem sur les moines et sur la
pénitence, (chapitre) xiv : inc. Qui veut le repos...
35. (Fol. 267v2-269v2.) b\i53ç^5a \^aoçoob5 QiQ^QSoho bo656g-
ÇT>ob5 oD^b çp5 bo6fp5Ôçnob5 og~ : inc. Gg^5fo 50Sb ^^Qob-S 80b...
Homélie de saint Éphrem sur la pénitence et sur riuimilité,
(chapitre) xv : inc. Béni est cet homme...
36. (Fol. 270rr274r2.) œ^gâ^ç^o ^8oçoob5 go^fogaobo b.^3b6
Qbo:i3cogÔQm5 : 03- : inc. 9- s^B'^'^ ^jS<ro^no2... Sermon de saint
Éphrem plein de salut [fiL vie), (chapitre) xvi : inc. 0 homme
faible...
37. (Fol. 274r2-287v,.) bo(8)Cj^56o 858500.^60 bo5c|5b5 m^b
ço8ô5ooob5 : inc. 3o3o c)8coor)ob5a 8('CioggÔ3ob j^bg6gÔoa)5 boj^-
çc)oçïnob5Qœ5... Paroles des pères de sermone Dei : inc. La peur
de Dieu se forme de la mémoire de la mort...
38. (Fol. 287v.r345r,.) ^85b *po56b5 b5ao:>œb6 a^ccif^aÔob
foc':îagçT>b5 9o65 ^^gôSoçT» 50S056 b5^8g5o ço5 g56ggÔ56o ^80505005
858500560 ço5^pSob(^Gb 8ccitjg5cogoo5 çogço5oo56o, coo:i8gçr)o ^^^ygÔb
yc:i3gçT.oo5 b5co5c^gÔ5oo5 b5(o5gÔgç^5ço 353005 ço5 Ôc:if6o:i(^ob
8o:tj8gopoo5 oo5b35. foo38gç[j^oo5 5co5 g3o6o:ioo5 ço8gfooob5 : 5fo^gfo5
58Ô5 0053563 8Ki8çog5co856 bc:t(3^coc'î5o o6co^b5çT>g8gçTi o5(J^^g5^o-
b5856 : inc. b5tjg5c6gç:n6o3 boç;->35Q b58c<îoobob5Q... Ce livre est
intitulé le Paradis, où sont écrites les actions et la conduite
des saints pères et des femmes aimant le Christ. H enseigne
toutes les vertus, pour l'utilité des hommes et même de ceux
qui font le mal, sans craindre Dieu. Son auteur est Amba Jean,
le maître de Sophrone patriarche de Jérusalem (Johannes-
Moschos, Pratura Spirituale) : inc- 0 bien-aimés, la vue du
Paradis...
MiGNE, P. G., LXXXVn, 3, col. 2852-3112.
[47]
336 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
91 chapitres : puis fol. 3 ISiv, en rouge : okl 00533Ô0 00053.^
^^ÔôSgb 5co30ç^b5 p5o:i33Ç;^b5 IcoJ^^^G 0^30380:10360:1 âoâb^^abgôgcno
b^âoîoobgbb : iilC. S'dba 306 63 8o:i65'bo35856 oj055. (Fol. 345ro-
35-2 1%.) Ces chapitres-ci furent trouvés en Chypre à l'endroit qui
s'appelle T'eomorp'o, semblable au Paradis: inc. Un des
frères-moines devint...
39. (Fol. 352r2-374v,.) 0053300 hb^^cosQÇ!:^i)oi>œ6a : inc. ?iOôS
.soSb BggBço^... Chapitres des merveilles : inc. Il nous faut...
Des. text^ sur fol. 374 v, dans une queue. Dans colonne V2 en
nuskhuri fort carré du type athonite modéré : fooçpô~Q 9g6ço6
b^O^Ô^c:^ ^~CQ 6~6 c^ocob 8^53 ô'^b^^o gbg çq5 00:150305^00
5çob(6gçj'3Ô5ço bb^Sobi» 580b ^3or)oçT>ob5- 5çobcogçn|iço5 çoçogbà
b^-^œa-^Ô^oob^ : (T Gloire à toi, ô Trinité Sainte, qui m'as fait
digne, moi ce misérable et pécheur, d'achever cette bonne œuvre;
elle a été achevée le jeudi. » En asomfavruli fort et carré du
même type que dans le texte, mais plus petit (des deux tiers) :
^ bui 8585605 o5~6o ço58o'ç>3p5o5oo ^ogGbi 585b Sgo^b 3^336000
b:5553ç:^''o:i'bb5 005 33oçt>od5 8obœ5 ^~ci 0033563 oîJcooîoocoo^. ço5
^~'^ SS^O*^ 8303b 0^36300 0033563 35ôS5'b35B3b ro5 33OÇT>005 8obor»5
Ç~3 ^~5 : « *0 saints pères qui copièrent ce livre, faites inter-
cession pour le syncelleet pour ses fils! 0 saint Jean Chrysos-
tome et saint Éphrem, faites intercession pour Jean Varazvacé
et pour ses fils devant Christ! » Ensuite une ligne de caractères
capitaux, la moitié en grandeur des précédents, suivie par
deux lignes de nuskhuri petit du type athonite : ^~<^ 65o->çT.ob
8q8~ç:^03 oo3b3 936 8030S 5or)çr)"~^oçT>b5 o:)~65 8~jç^'» 5ol~ô5Ô 0""^
6303 C5o~b5o3 93<^'{'y^ç^3 b~ç^->o o3~6bo 005 b(^~(3bo co~6 ^~q. ^^
^og6o 5053^363 œg 5053^5^3050 ô55Q oyo3b ço(T)ob5 336~ço33a3 :
-« Saint Baptiste, fais que je fasse partie du baptême de
Michel et d'Abraham! 0 Jésus, lîls de Dieu, aie miséricorde des
âmes de Jean et d'Etienne, lesquels ont copié ce saint livre; si
quelque chose y manque, pardonnez-nous au nom de Dieu ! »
Ligne de caractères capitaux le tiers de la grandeur du texte:
^gç5^b8o3ro5o63Ô5Q ofoo 85^36505 5555\^3ô55a 3bo^35 s^^S^^^SRa
385~rp3on> : « J'ai eu beaucoup de zèle; en copiant j'ai péché
tant, pardonnez-moi ! »
[48]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 337
En bas, mémorial en nuskhuri cursif en trois lignes par une
main qui 'se rencontre aussi dans le ms. n° 1. Écrit à l'encre
brune avec un vœu pieux, mais sans nom (s. xir?) Ensuite,
note du 9c?fp. Oc^Bb'fecQBo oçno5, le moine et prêtre Ilia, qui a
copié ce livre en 1915.
Fol. 375 r, long colophon dans je donne les parties impor-
tantes :
...9'] ocds^B-j oDCQfoBo^ yo5Ç5oçT)9^6 (p^ (38ùO.>6 ^g8056 0053.^63
35co5*b35ftg (3gor»5 l>gç:!;i^gcoor)bggç;^ob5 B<iiforp3.>r)3ÇT>ob5a)5 8oî30ggoD
rp5 Çp53^gfogcr) ^~û j]bg ^o^^Bo fo~"çT)b5 g^cQÇpgôob ^~cn5 85650)5
8ogcob58c^lODb6 : co~ç^b.> 3o6o) o5cQ3gôo56 8c5^)35ç;TO]gco6o 85çoçj'5o
83gfo65ç^5o b^:]çpob56o b5ç];^cciQ3gç!;^5cp çp5 b5cpoçpgÔgçT>5çp 3o~-
f'^sç^çp (3ç^iogcoob.> rp5 'gîSoSœob 8b5bgfSob5 ^gc6555ÇT>5(^ob5
ço53O0)ob Qr)~b...
...005 85or)b5 9g8çogcci85çp b5çncQQ3gç^5fp 0053005 ^^36005.
3ofo3gçn5çp 0053563 cnciCobo^ y(Tic5oçf'ob5 o)~b çc)5 5^ 'p~o)5 830^30)5
8~fo 0CÎ3563 b5533çpo3T)ob5 o>~b «"Hg.^ botjg5cogç]n>ob5 oo~b
{:o8foœob5 fp^3Ô33^ Ç00ÇP3Ô5Q ^^^3yo)6ob5Q fp5 5cq35 'b33ob5a
foc'î8cpob5 803C0 'b355co<;:o58c'î fpofp305b5 do6ô 850)b5 fo5 55(^o3b5
^8ofp5oo5 83033005 8~co 3^co5(gç^ 93f^G3'*^*^ b5(*)o 3coob5 35QcaÔo-
b5a rp5 93o8cqb5 b5b6 83^5050603330050 : ço5 8^bg5 b5b3b5 8065
çooçp5çQ Ç05 3^OT5gç[«3Ôoco l8b5b^^co.> 83ç^b5 Qboî3co3Ôob.^b5 fp5
^8oçp5oo5 83053005 ; co~-jb ogo g58oî^6fp5 ^33y^65b5 b5Ô3co863-
O)ob5b5 5.)Qo ô56ço^c?303Cî'os>^ 9é^<^95fo 5553^055 ^"005 8303300.).
5856 ob^f6.>(25 fo.^ 80:^0^05 8çj)03coob5 Ç05 yoî3Ç[^oo) 33^080? 33
g8ç^333Çî;'ob5 Ç053000 ^gco5â5ç;^5(^ob5. 005 ÔC08563Ô0005 585000005
00558^^^5 556'bPS5b3.ba 8obo : çp5 35658(^^oq6.> ^~6o 8303360 ço~5
ç()50(^33o6 b~çjioco fp5 ^(QcoQoco : çp5 83C083 0033563 35co.>*l335F»6b
oo^b Ç05 83gçoç^ob5 co5bob5 005 93oçjioo5 8oboo5 8o^53ç^ob5 rp5
^03^0035635» 'bo3pS535f6ob5 Ç05 fio3(6o3Ç»03Çpob5 CO^b çp5 0003^6ojob
oo~b 005 880b ^gçj^oo5 ^38005 Bo3cofp3563ç;'> 5ù(^c6o3ob5 co~b : 005
Ô5gf05(^ o5Ç)COOJob5 00"~b Ç05 b5ÇJ'03333Ç:»5Çp bgç^b5 Ô55C05(^
853ob^coo3bob5b5 rp5 8803035^005 ^38005 fto3roçc»3563çnob5 co^b,
005 85coo58ob o)~b. ço5 885005 B38005 Ô53f65(^ob 005b 005 5ro3^35Qb
o)~b 005 5Ôgl5{oôob co^b : çp^ 8.)3ob 885005 5ogl5coÔob co~b 005
[491
ORIENT CHRÉTIEN. 22
338 REA'UE DE l'orient CHRÉTIEN.
.^(iîS^QbQl) (T)~b cp5 ycQ;3gç:»a>5 b;>l3o;'Tol);) Bg8ol)5 9oQ35ç;'''|]Ôgçn-)(T)5
33 (53ç::!^ooo5 9go3o:ib5 ço""6 b^gfocolSgB ^PSo^bo^o^Bb^ otjcci : co : ^"'b
3b;] .sCçpgfiSdo 3g gçoofob3;>6 çp""oo çpob^^çnS^B ço~"œ 9g3(Qboç:;->ob,s
353()b5 OoJ;)gçn Qccjrofogjgç^ob.^ 3.^5 fp.^'3^'g(i5') oog (oi,Q. boggcoor).")
0053^35^0^1) 933o6ço3gœ ço^ob^ co'^b ci)5 ç:^''o:iQ35 ^5300 :...
Moi Jean, ci-devant Thornik, et mon frère Jean Varazvace,
fils du béni Cordvaneli, nous avons acquis et copié ce saint
livre, appelé « le Paradis » par les saints pères, et dans lequel
se trouvent grâces de toutes sortes propres à guérir les âmes,
comme prière et à la louange, tout d'abord, du puissant et pieux
curopalate David...
Et après eux, comme prière pour nous- mêmes: d'abord pour
le ci-devant Jean Thornik, maintenant par (la grâce) des saints
empereurs, Jean le syncelle, qui, pour l'amour de Dieu a quitté
la grandeur terrestre et trouvé celle du ciel, à cause de laquelle,
étant au sommet de leur illustration et de la faveur des saints
empereurs, il s'est empressé d'échanger l'habit militaire pour
l'habit monacal et, sous celui-ci, a grandement et localement
servi l'Arbre de vie et les saints empereurs. (Mais) quand parut
sur la terre des Grecs un homme sans foi ni loi, qui se posa
en adversaire des saints empereurs, le même (Thornik) se
rendit en toute hâte auprès du puissant et invincible sous
tous rapports curopalate David, et par leur ordre anéantit ce
(cod. son) dessein, et raffermit les saints empereurs — que
Dieu les soutienne âme et corps!
Ensuite pour Jean Varazvace, pour sa femme et pour ses fds,
Michel, Cordvanelle généralissime, pour Corolodis, pour Thor-
nik, et pour mes neveux Cordvaneli et Bagrat le patrice; et
comme prière pour l'àme de Bagrat magistros, et de mes
parents, Cordvaneli et Marie, et de mes frères, Bagrat, Arsusay
et Abuharb, de mes oncles paternels Abuharb et Arsusay et de
tous les défunts de ma maison...
Ce saint livre fut écrit à la laure illustre d'Oski, en la rési-
[50]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 339
«dence du saint Baptiste, Sabba étant abbé — le Clirist le bénisse
— par la main du doyen Stephanos et fut relié par la main du
même, Dieu le bénisse. L'an du cycle pascal était 197 (h- 780 =
977). J'ai écrit cette cédule, moi, l'indigne David (ras.), fils de
la sœur du père théophore Michel Modrekeli. Si par ignorance
quelque faute m'a échappé, pardonnez-moi pour Dieu et faites
une prière.
N° 10
Commentaire de saint Chrysostome sur l'évangile selon Matthieu dans
la version de saint Euthyme. S. x tin, sans date certaine. Parchemin fin,
blanc et assez mince. Encre noire; en-têtes en rouge foncé. Ecrit sur
deux colonnes de 30 lignes en nuskhuri grand du type d'iskhan (c'est-à-
dire du manuscrit 95 du Musée ecclésiastique à Tiflis), droit et arrondi,
un peu ligaturé. Dimensions de la page : 360 x287""»; de l'écriture:
290 X 225'""^, avec un espace de 25™™. entre les colonnes. Cahiers de
8 feuilles, signés de petites lettres capitales géorgiennes au milieu de la
marge supérieure sur fol. Ir et inférieure sur fol. 8v; il y a aussi des carac-
tères minuscules grecs dans la marge inférieure, au milieu sur fol. 1 r et au
coin intérieur sur fol. 8v. Les signatures vont de -i = 1 (dont il ne reste
que 5 feuilles) jusqu'à K H = 28 (dont il n'y a que 2 feuilles). 338 feuilles
numérotées au recto en crayon bleu. Le texte se termine au fol. 332r2: là
un mémorial moderne du i3oiro')(ï;o;JcQ66t)('î5o osfio.:^, du moine et prêtre
llia (1917). Ensuite (fol. 332vi-336v2) l'épilogue de saint Jean l'Athonite.
■dont je donne la partie importante :
})~ '^Bbb^ iy'ôbh B'~5b5 ^5cocr)gç;ib5 >>(o6 306 b^ço.") occjsGoç;^"» oycQ
.b^^Oc^Oçpg co~.^Og;> g58c:igl3^5-]b ^~Go gb^ ^0^660 0050^85630,^60
'i^o'~b5 b,^l)5coQÔob56o : 5""ço b5ô(']co(36')OTol)5 gbg 3(5ç^obo56o ajb
l(occi3ol)56o b53l)g ocj36qI) 535or>556o : V)"" b~6ob5 5O0I) jtj"~6ol)56o
55,^C?3C^a3^5 : çp5 5C05 aboîç^gB ^og66o 53ç^ifogb 365b5 Bgg6b5
5'~ço bl3g56o 9co'~3ÇT)6o : 580b œ^b 8g gçni5b5^3o gbg ço5 656^330
yçi^^oDi 8c:565'bc'î6(j)5Q 0053563 8\igb5co3 30^53 580b b5^8ob5
oD^b : fo^çn gbfogœ 653ÇTigçï>g356 0^0:5 ^c)~^-^ ^5(oor)Ç];iob5Q
^056005 ô~6. fp5 ÇQOfoo b5cogÔ5Q fo5 8o:içog5'pgÔ5û 3^fi3g6g g)5
930Ç300 P)g8o gcgo^^ag ô~63b»p53ç^^g b^g3çnioOT5 Ôgç[n8^çT,oOT5
b(^^çT.o5ço : 005 553ccioD5co5856gÔ5çp ^5co3l05cooDg ^og6OT5 ÔgcoJg-
^ob5 556 ^5foOTgçn5ço : ço5 5çoo^go6gb B^g6 8ogôS b5bgçiioor)5
[51]
340 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
858ob5£i(D5 f05 c)ob50(r)5 fp5 b^->~ol>5 '(')ol>5aco5 6çpoQoS^y')oor>>>>
0^~3ff?^ 9yo:i033Ç^^^'^ oj^^bBob^ ^"qoo.) 8gc3bgÔoco5 \^~coob;>
^~ob 83ô~ç[j^obûcr>5 005 y~0D5 ^cr>~QCfyb \iog66o (ïS^CQçogBo gdçn^gcn
\^gco5ro : ;>"" oofo3gçji5fo 0f)5fog356gÔ5Q o—sBgb œ^sob^a \i'~ob;>
bùb5cogÔob5 : Ô~ 8gTO9g b^^sg^bBo 'p~Q)ob5 858ob5 B^Gob^ Ô5bo-
çr)ob6o œ53o Ç05 8obo 3g oD5fog856gÔ5Q o^5~oo-a z^ 30 : g" 8gfo8g
^ogBo ^~ob;> ^çi[ng85^bobo C0530 : ç^~ : ço~ '90560 ^~ob5 8535foobo
b(i5gç[no5ço : g~ 85Jbo8gb b'p53Çj;^56o oSo^b^œ^Bo : 3" ^ogGo'
'9o~b:> ob^^obo (îS"~ç[^b5 d~b 5(^056 bb~or).^Q5 88~or>5 558c3c6Bggç[»Go
b^53Ç^56o : %'~ ^0560 Çob5 roccifogcngbo : (s~ ^b'ÔQOba ççyi> b^b-
^5gç^Go ^"ob^ 8c:j^58ob5 çpo8o^f6obo : cn~ (^b~wÔ5Q ço5 ^58gÔ5Q
^■"ob^ b(^gç555g 5bçîj>ob5Q : o~ (^b'^coèa ro5 ^58gÔ5a ^~ob5 jç:?;'^-
8g6^cqb l(îSo58a)5 S^âobba : o~5 '958305.0 ^o~b5 ^ç>>o8o 6bg^(oQr-
çr>o\)~a : o—Q (^b~c6Ô~Q ^o~b5 Ô5boçTio ^gb5coogç^ob'~Q : o^g
{^bfo-ÔQ '9~ob5 gfoogcdçj'o ço~ob 8g(^ijggç^ob5û : o~ço gbPS"" Ôa
'9'~ob5 Ô5gf55(^obo : o~g ^58gÔ5a ^~œ5 80G5 ofo8c':igg6gor)o : o~3
ô^~ô^ 6o:5bgç[nob5 œJ~8çn6o 9gbb85a d8ob5 8obob5 Ôbç[^i~obo :
fo5 ^ç:n"~^çT^>ôob5 œ~b ro5 ^~ob5 85850Î B6~ob5o:i 0r)fîS~g86o œ'~3o.
Ç05 ^'~0D5 85fob~3œ5 cD~h Ç05 çooçoob5 8o:ibg \^'('y~3gç^ob5 gbfog-
Ôob5 a>P)g~85o b5bgço ço5tjgçogÔob5 ro5 885b5 30b 8g gcr)bcQ,> :
005363 8bfo~Ôçnr)ob5 boç:^i35Q ço5 boç^3ob5. a)Pî~g86o 56^[foo]5
3gb5fDogçnob5û : a)~^8çT)o '9o~b5 oc:i~36g ço585[b]3gç^ob5Q :
cci(iSob5 ôg6gÔo[b]5 œ^b £)g~bob5 : bb~Q ^~ob5 [çojco-ob
83cQÔçnob5 3o:iÔob5 OT~b : gbfo^ÔQ (ioofoob5 5a)565bo : ^58gÔ5a
^~œ5 b58a)5 tjfo85œ5 5ç^c5ooîb O5oçr)5çogçr»o503b ço5 ^5roo6gbo :
goS—QQ ^~ob5 0^5^00^^ 88o:i3fo~ob5û : gbfîS—ÔQ 8fo8 8g5^ô(^gçnoba
btogçr)5çQ : b^53ç;o6o ^~ob5 ['blQbo8gb6o : bÇ53ç^56o \^~ob5
8580b go^fog8ob6o : 00530 b5co'98^6c':j~oob5 or)~b : b365^b5foo
Ôg68^ç[n 6~çT) 56056 3c6gÔ56o çp5 ^gçï^o^5çoob5 ^"5:^^005 fpc;)gor)5
555ggÔ5û 85b 3""5 : 8o8o:jbçT.356o ^5 ^5Q)5ggÔ56o ^~ob5 o~36ga
85b5fogÔgç^ob56o : or)5fog856gÔ5Q ô5ÇT>5(^gç[r>œ5 ço5 œgb5ç^c:î6ojg-
2^^005 005 l6cQ85gç^oo5 gÔob5oîÇT)ob5a ^~ob5 o:i^foc':?<5o(oob5£i :
fQ5bçogÔgç]^6o 85fob35œ56o bci5gçT>5ço 005 b~bœ5 8oS3~gnOT5 ^œ~5
5Ç^Ô~6o : c!^"". ^58gÔ5Q ^o~b5 fo5 y"~ÇQ ^gÔgçniob5 8\i~8ob5
[52]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 341
•Sfooii^oîSobo : "b" 5^ ^50b5 boÔgcoob^ ro5 g(3gçT)gÔob5 BgOob^b^
^5fo3l35coofi)Q 9305^^0 B380 gcgoooOg çp5 3ob5fo36 (o~i> œ^cogQ^Gg-
55aQ5 8^or)gb on)53ob5Q Ç~ob5 b5b5co']Ôob~Q : çc)^^gcoo:ib g65b.>
6~'6b5 eo~çj> 050 bo8co53ç^ob5.., Sfoc^Sob^ 5J50(ri8çog 50S5 Çp^gg-
;g^gpS5 : fo"" 3"~5 bgço530D çooçoo ^ogBo 5fob çp5 g^Oo^bb-
0D563656gogç!:»5^ o-)fo(3gçj'ob5 g^G 5 9g'()Q3558~6 bgç^->ob.^
<8~5 Ç""ço<;5356>. 3bô~0r) '^o^b^ î:o~ob 89nÔçr)ob58~6 ^œ~5
Sq^'^çj^oo^ 005 8çoopgçT)or) 8(3g)~coor)586 ço5 y~or)5 ^oD~586 ycci g5685-
g3gg6og6gb 5cob y~^''o^5 *()o,^Goo5 : c5~ b^sbg 5cob y~oor)5 Sc^dço^-
(ogÔoor)5 b5ç:oor)~Qoo5 fp.^ t.j—ooi5 b\^53çj''oco5 b~'çTiogcooœ5 : cob bcoi>
5pSb 050 3g OToçQ^o b5J8g fo~o 585b d~i> b(ob o3cQgÔob : f5~
^g985(^o55ço bgç:jio ^~Q oyo3 Sg^y^aC? oocoo0)5 ^~ob5 80b c)5
ço^co 9g8o:ibocnob5 00^3563 cî^ôSccjoocoobbQOT^ : b^p 0838^^8^"^
y~"ç^0D5 (o~ç^cr)i> 8oo^oo:ib gbg ^ogGo : co~çT)a)5g5 bçob^gcoc^œ
'fo"~çT)Go35 ojoœbsoçogœ. çc)5 (o^Gogb ob8gGçpgcr) : (^bgGgÔgç^i8Q5
Qb(ocr> ç^"'o:>335or)5 d~b or)J~Gor)5 : 5ÇT)5b53o gbg oc^sGg 33oçnob5
ftg8ob5 goiœoaob o:)"~G5 : (o~b ^(^i^soœb oo^-Goœ^ 9gô5'py-'>ç:p6gb
■(i~G o:î~G : co" 5^gco 8fto6gÔgç:j">o *{)y5ç:;"'o:jÔob5û 5cab : â)~5 œj"~GQ.>
"b^btjoçogç^^o Sooçoc^a) ço~"ob5 5~G : ,^bg6gôob5 œ^b li~6ob5 : 16
5g3gçpfogÔoOT ^^0:^330005 8o:J55^^bgGgGoof) : b~ 3065000556 ^""5 85b
■8~8b5 (^~6b5 oo:i~3Gg o:ij~"cooocob5 gbrogo:) 5J^^Grc)5 figggÇî'gÔ5£î :
co~58q5 ^5fo8o5oo~j5 oo5cog85Ggo5Q b5b5cogÔob~Q 8co535ç:^") ^58 :
Ç)b 8gfo8g 5çob5bf>Sgç^b5 *b~5 b'p53ç^^5b5 ^5co8c:jo(^tjc:ifp5, 580b
(T)~h 85ç^">o ooococriggç^iob5 b\753Ç;;iob5Q 5^5 Çp5g5^gCo5 co~5 fo~ç:jib5Q5
306 gdogÔçpgb 50030^0550 ^crioîb : q~ gbcogœ 5cob ôgco8gçT)0)5Q5
■^056005 3""5 :
Cependant, dans notre langue géorgienne, personne nulle
part ne s'était rencontré jusqu'à présent pour rendre accessibles
■ces saints livres de l'interprétation du saint Évangile : tandis
que les Églises de la Grèce et de Rome en étaient pleines,
•celles de notre pays étaient dans l'indigence. Et non seule-
ment ces livres, mais beaucoup d'autres manquaient en notre
langue. Ce que voyant, moi, le pauvre Jean, le dernier des
moines, je fus affligé d'une telle pénurie de livres dans le pays
jgéorgien. Je m'imposai donc beaucoup de sacrifices (leg. :
[53]
'M-2 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
T).^w5CQÔ5.Q) et d'efforts, et je donnai à mon fils Eutliyme une
éducation grecque complète et le destinai à traduire du grec en
géorgien des livres qui furent copies par nous. Au nom du Père
et du Fils, et du Saint-Esprit, avec le secours de la croix
vénérable, cause de la vie, par l'intercession de la sainte Mère
de Dieu et de tous les saints, nous avons pu écrire un certain,
nombre de livres:
1. Premièrement le commentaire du saint évangile selon
Jean.
2. Ensuite les sermons de notre saint père Basile, — chapi-
tres; et du même, commentaire des psaumes, chapitres — .
3. Ensuite le livre de saint Climaque, 30 chapitres.
4. Livre du saint Macaire — complet.
5. Homélies de Maxime sur les Nombres.
6. Livre de saint Isaac, où sont les doctrines choisies des-
autres pères.
7. Livre de saint Dorothée.
8. Passion et miracles du saint martyr Démétrios.
9. Vie et passion de saint Etienne le Jeune.
10. Vie et passion de saint Clément le pape de Rome.
11. Passion de saint Clément d'Ancyre.
12. Vie de saint Basile de Césarée.
13. Vie de saint Grégoire le Théologien.
14. Vie de saint Bagrat.
15. Passion des saints iVlénas et Hermogène.
16. Sermons de saint Grégoire de Nysse :
Éloge de son frère Basile; et sur la virginité; sur le pater
noster commentaire; et sur le saint carême; et le commentaire
sur la vie du grand prophète Moïse (= le modèle de la vie
apaisée, qu'un frère lui demanda).
17. Vision de Jean l'évangéliste et commentaire de la vision
d'André de Césarée.
18. Sermon de saint Jean Damascène sur les deux natures du
Christ; un autre sur la nativité de la Mère de Dieu.
19. Vie de saint Athanase.
20. Passion des trois saints jeunes gens Alphios, Philadel-
phos et Quirinos.
21. Passion de saint Onuphrios Boscus.
[54]
CATALOllUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 343
■2-2. Passion de Marie régyptienne.
23. Sermons de saint [Zjosimé.
21. Sermons du saint père Éplirem.
25. Chapitre sur la foi.
2(). Synaxaire grec, c'est-à-dire les réunions et le dispositif
pour tous les jours du cycle annuel ;
27. Voyages et prédications de saint Jean l'Évangéliste.
28. Commentaire de saint Chrysostome sur les épîtres aux
Galates, aux Thessaloniciens et aux Romains.
21). Hymnes du carême : strophes et chants pour beaucoup
d'autres saints.
30. Passion du saint et très louable Procopius.
Maintenant donc, au temps de ma vieillesse et de mon infir-
mité, je donnai à mon fils Euthyme charge et mission de rédiger
aussi en notre langue le commentaire sur le saint évangile
selon Matthieu, que nous n'avions pas écrit jusqu'ici à cause de
la quantité du travail. En effet, comme vous voyez, c'est un
grand livre à traduire en entier du grec [en géorgien]. L'aide
de l'esprit saint, l'intercession de la sainte mère de Dieu, des
docteurs et de tous les saints assura le succès et ainsi fut
achevé, sans lacunes, ce saint livre, qui est plus beau que tous
les autres livres, parce qu'il est plein de toute doctrine divine
et de tout enseignement spirituel, et il n'y a point de lielle chose
qui ne s'y trouve, car vraiment l'esprit saint parlait par la
bouche de ce saint et théophore Jean Chrysostome.
Vous donc tous à (jui ira ce livre, qui le copierez, qui le lirez,
et à vous aussi, qui l'entendrez (lire), nous vous demandons
d'être mentionnés dans vos prières, moi le pauvre Jean, con-
jointement avec mon fils Euthyme, afin que par vos prières le
Seigneur ait pitié de nous : car il nous fait un devoir de la misé-
ricorde, en sorte que, vous aussi, pour avoir fait mémoire de
nous, vous receviez de Dieu votre récompense. Oui, nous vous le
demandons, souvenez-vous de nous dans votre prière.
Comme notre saint père Jean Chrysostome avait coutume de
s'étendre longuement sur l'interprétation de l'Évangile, après
quoi, vers la fin, il prononçait une exhortation, nous avons en
conséquence transcrit ici le sujet de chacune de ces exhorta-
tions, en sorte que celui qui les cherchera les puisse trouver
[55]
344 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
facilement. C'est en effet ce qui est usité dans les livres grecs
aussi...
Le colophon du ms. commence sur fol. 332 r : le scribe parle
de Jean TAtlionite et s'associe à lui dans les invocations, mais
ne se nomme pas. Il mentionne aussi le pèrelovane Grdezilsdze
comme l'ayant aidé dans le travail. Nous avons affaire ici sans
doute avec une copie du colophon de saint Euthyme qui se
trouvait dans le brouillon : En bas, mémorial moderne du
moine Ilia (1917). Fol. 332 v, le cédule commence, dont nous
avons cité une partie au-dessus : elle s'étend Jusqu'au fol. 338 v^.
Fol. 338 V : Au milieu de la deuxième colonne, après l'en-
tête d'homélie rj~ =90. çpÔ~q 8.^-6b5 ro.^ (3-)b.s \ï~.bbçT.K^ b^ ço5
ô93aÇQ^aoo y~oo5 ôS~5 .^O^b ^o^Bb.^ b^g^^^^œ gbg ^BçogCodo
ÇQ^g3Ç;"'aoç:^i5fC) a^~6 ço^^gaSgœ : 30635 .S(o5 fî)5*()gcooîb çpo^b.'^
Ô(D5ç:nb5 oo"~53çj)go bCoh :-
Ç05 5çogb5ç:;;>5 {sic) œ5fog856gÔ5ei gbg 5gbb5f() O.^œgb a)53ol)5Q
^"~Ç? 03?^*^"^^ ÔÇÎ"'^"~oob5 go^oooagboœ, 9(T).^b.s ^~b ^oooîBbb
^^cl*^'^S8^^^ *(-)~ob.) ço~œob a3o:jÔ~çnobb.^ <3oB(^.^ 03000^30^030)
Î3ô5o58ob5 œ^b : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit
maintenant et toujours pour l'éternité, Amen ! Je vous implore,
VOUS tous qui copierez ce saint livre, copiez ce testament com-
plètement : Qui ne le copiera sera très blâmable. Et ce com-
mentaire fut achevé en brouillon par la main du misérable
Euthyme sur la sainte montagne de l'Athos, la résidence de la
sainte Mère de Dieu : Qui le lira pour le travail... La page
suivante est perdue. En bas à la marge deux lignes en nuskhuri
irrégulier, un peu incliné, carré, encre noire :
rp^ÔG ço-(job5 5to8o53030or)bgor) \xl0f05B0 gbg ^gfooçT>Bo gc^oo-
3oç;o85B ôOf^^<^-^''>a : Gloire à Dieu, nous avons lu ces saintes
écritures : le pécheur Germain.
TSAGARELI, n" 67.
Aôfot et p(oi pour les grandes fêtes. S. \. Parchemin blanc épais, un peu
jauni. Encre brune à la sépia : en-têtes en rouge terne. Écrit sur deux
colonnes de 30/31 ligne? en nuskhuri droit arrondi du type d'Iskhan, un
m]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 345
peu irrégulier. Dimensions de la page : 315 X 245°""; de l'écriture :
"250 X 177™!", avec un espace de 19 '"'^^ entre les colonnes. Cahiers de
"8 feuilles, signés de lettres capitales au coin extérieur et supérieur sur
fol. Ir et au milieu de la marge inférieure sur fol. 8v; une main posté-
rieure a ajouté des capitales grecques au milieu de la marge inférieure
du fol. 1 V. 292 feuilles numérotées au crayon bleu au milieu de la marge
supérieure. Cahiers d^= 1 jusqu'à è) = 40 (quatre feuilles seulement).
Reliure de cuir noir sur planchettes, ornée de dessins linéaires et de
rosettes, et rapiécée au dos avec une toile grise semblable à de la flanelle.
Deux fermoirs modernes, formés de chevilles et noeuds ouverts de corde.
Contient :
1. (Fol. lr,-3r,.) b.\^ocob53o cojg9gçï>o \u3or^ob5 ôcooôKiçm
6c5bgçT^ol)5Q 5cî...nb5 bcogÔob.^ cn^b 'pOog)ob5 ço8foooob
<33o:iogçnob5 ço5 85co5roob j^çï''p,^;]ç:;''ob5 85coo.>0ob5 : inc. ©c?o^
565gc^o:i'ba)5 g55^cjo:iÔoç:ncr»5 55çt'0îô56o Ôo'^cjoBs^çt.^ o^OByôo^G.. .
Leçon : Sermon de saint Grégoire de Nysse, sur l'Annoncia-
tion de la sainte Mère de Dieu la toujours Vierge Marie :
inc. Aujourd'hui les chœurs des anges rangés deviennent
splendides...
2. (Fol. 3r.,-12v,.) œ^g9gç^o Oobo ag \58ofoob.> ço8coor)ob
<)3o:iÔgçniob5 oo^b : inc. ft>çoab5bÇ5gç^a)5 yccj33Ç?o^^ ÇR-* 55ç^X':io5o).>
^a^ 5ô5b BgaBço.^... Sermon du même sur la sainte Mère de
Dieu : inc. Il nous faut toutes les fêtes et tous les chants...
3. (Fol. 12vrl4Vi.) œ^gSgç^^o S^c^^ç^^g jc^bô^BôoBcîâcQç^aç^
<3a)535PSg5ob3CQ5o:ibob5Q b^coaÔob^ co^b 39 : inc ^•^CÏ'^gC^o^^'
^fogôbo çoçogb 8c'îg^abb gG^b^ ftggGb^^ 88:)6oî... Sermon de
Proclus archevêque de Constantinople sur l'Annonciation aussi :
inc. L'assemblée de vierges invite aujourd'hui, ô frères, notre
langue...
B.H.G., 2 1129.
4. (Fol. I4v,-23V2.) 3o:.Ô5Q gcgçi^ob^ BggBob^ ogbg ^eoobôgbo
b^^oœb^ao. œ^^8gç^io ^8ofoob5 ço5 6aô5foob5 8^8ob5 BgaGob.b
^^o^ciss^ 566o568o:!6a3gç:!^ob5Q gogç[^ob5 3oîôob5 co^b '^ao^ob.^
^^5 ^5çï^^gçj^ob5 : inc. ^"obôa o93aÔob gô^Ç??f^^ÇR"o^'-' Leçon :
Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Sermon de notre
saint et bienheureux père Grégoire de Nazianze sur la nati-
vité du Seigneur par la sainte Vierge : inc. Christ est né,
réjouissez-vous...
[57]
346 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
5. (Fol. 23v2-25v,.) œ^gOgcn^o ^aofpob5 aSoc^^Gg ^^Ôfoogç^-
Oor)5g5co-')Ôol>303ocQl)ob5Q ô^^>o'''6tP"^^'^ "^"5^ ^Qç:?"^^ figgGob.^
^8oçïiol)5 ^^b 85f65Ç]ool) ^^ç^'f'^Çï'obb a56o59ol)5 : inc. ^069(00)0
,^fo5 l>5ço5 30b gboço.-isb... Sermon de saint Épiphane l'arche-
vêque de Chypre sur l'incarnai ion de Noire-Seigneur de la
toujours sainte Vierge Marie : inc. Personne n'a jamais vu
Dieu...
6. (Fol. 25v^-29r,.) ^'8oçools5 Ôi^boç^obo b^^^eosgçj^goobb 005b
cooî8gcno 0^865 80b 8ogôS Go^g-^b 85çr)Ç3>ob5 co^b g^ç^^gbo-^abb :
inc. oo^g^ b5ço8eooocQ856 (^8.^856... De saint Basile, sur le
miracle qui se fit par lui àNicée pour la grâce de l'Église : inc.
La voix divine dit...
7. (Fol. 29r,-36r,.) b^^^coag^gôob^ co^b oxciSgc^^o o^SB-v
^8oçoob5 358ob5 Ô;)boç:jiob 803(0 ocîbgÔob œ^b 83gPS55Ç![nob;>
l^-^foo5QbS : inc. foo:î8aç;o6o bbcooo ^03335^60 805^^5(0360 8585005
330^60... Sur le miracle qui fut fait par le saint Père Basile à
propos de Joseph, le médecin juif: inc. Vous tous qui êtes fils
aimant vos pères...
8. (Fol. 36r^-37v2.) cnJg8gçT)o ^8oçoob5 o(oc':i3çna3c<:ib556(8)o5a-
*5o:iç;»3çn;> 8a)535fo-aoob3C':i5oîbob5Q B5fr)çj^ob ço']Ôob5 œ^b gf5ÇT)ob5
IV;336ob5 : inc Sermon de saint Proclus l'archevêque de Cons-
taatinople sur le baptême de Notre-Seigneur : inc. çQC?a^
^foobôa boî05aç;nb5 558o3gB5ço5... Aujourd'hui Christ parut au
monde...
9. (Fol. 37v2-39v2.) «^^atlgçvio 55OTçni()b i03oob5 œ^b Jcoob(^Êb
go3çr>ob5 5g36ob5 oo:i355gb 803(0 aôob3o:tÔccibob5Q 55005
^5Ç[r)5^ob5Q : inc. yO33QÇT>005 (J0505çoaÔgçnocr>5 gfg5Ç[no ^05ot5{:0
556 858ob5or)5 ac':i3orp5 ^3360^5... Sermou sur le baptême du
Christ Notre-Seigneur par Jean, évêque de la ville de Tabia :
inc. Le Seigneur de toute créature vint à nous des lombes du
Père...
Éd. C. Kékélidze, Keimena, p. 10-15.
10. (Fol. 39V2-4IV2.) 8oggÔgÔ5Q oo^g8gçnio a3b5^o b5eob5
{sic) o6(ogb5ç[i^a8gçoob5Q 3c<îôooo ^55 ^r)C5î^ob5 P)gg6ob5 ogb^
^(oobô6b5 8gc:i(o89C'5Qab5 rotogb5 oîfçgb 8ooy355gb 558(o5ço fp5
8oo^58ofc>5 85b ^8of^5Q b58aKi6 : inc. b5c)g5(oaçn6oî 3(09050 gbg,
[58]
CATALOGUE DES iMANUSCRlTS GÉORGIENS. 317
rpçoobbQ 580b yoîgçr-^içp s^] b^bg^agc;-- 56b... L'ÛTra-jcv-r, : Ser-
mon d'Hésychios prêtre de Jérusalem au quarantième jour après
la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, quand ils l'appor-
tèrent au temple et saint Syméon l'embrassa : inc. 0 bien-aimés,
l'assemblée d'aujourd'hui est entièrement désirable...
11. (Fol. Ilv2-43v,.) OT^g 8^ ÇT.O 50803003 bggob^ oGeogb5çc!;«3-
8gç:3j'ob5Q gojçpob^ BggGob.^ "0^3 ^foob^Êb 9g8çogcQ85fo c^o58gc:i-
(^ob5 y)çoob5 cîçogb ogo 8ooy3.')Ggb 5;>8fi55g) go3C?()b;> 85(0058
çogrp5856 Ç05 ^5ÇTi^gçT)0,sB çç)5 OO^b^Ô 005 5^^gfoo)bg3(5>5 850)
b^S^c'îiC) : inc. 8bo:?ç[î;i(<3a 35^:5005 9ccicoob bfogç:no 35Q0... Sermon
de Timothée le prêtre de Jérusalem sur Notre-Seigneur Jésus-
Christ quand, après quarante jours, Marie sa mère et vierge et
Joseph l'apportèrent au Temple du SeigneuiS et Syméon les
bénit : inc. Le seul homme parfait parmi les hommes...
12. (Fol. 43v,-46v,.) 00^383^^10 35^^oç^g 8o>535co-;]oob3o:i5c':!-
bob5Q 8oggÔgÔob5 oo^b 3i2Ç:!iob5 ft3y6ob5 ogbg jcoob5(3b5 :
inc. ôob5ôSca(pob (jnfoo5çç) 5b3Ç[^cQ boc'î5ob5o:i... Sermon de
l'archevêque Cyrille sur la ù-azavr/; de Notre-Seigneur Jésus-
Christ : inc. Réjouis-toi, ô fdle de Sion...
13. (Fol. 4Gv,-51r,.) Saint Jean Chrysostome, 00^383^^10
35foo58gb Ç05 856oo5Qb œ^b ço5 ç[n5'b5fogb 005b 88ob5 85ooob5.
foo38gç[no 0^0 30]5ç^i856 83350(0300000 5Ç05ÇQ5065 fp5 3ÇT)o5ab
œ^b ^o65ûb\i5fo8g5y3g ç^ob5 : inc. b5cj35PSgçT)5cQ co50îf036ob5
3(2t6o:iQb 5çoçp5c^8ob5 f)(o(yjob<rn o^86gb... Sermon sur Marie,
Marthe et Lazare leur frère que le Seigneur ressuscita d'entre
les morts, et sur Élie le prophète : inc. 0 bien-aimés, combien
plus agréable que la résurrection furent...
14. (Fol. 51 r, -56 v,.) 03^0-^0" 8œ535eo-3Ôob3cci5ccibob5 565003-
^oob5Q çoi5 5ço8b55cogÔgç;^ob5a 00^383^^10 580b 003b o^^gb 050
^ço5 ogb3 bgfob5 85b ço5 çïi5'b5fog 0CJ03 oo5658go65(^gço. foc38gçf'o
ogo 5ço5çogo65 fp5oo5 8oboo5 85foo53gb çp5 85foa)5Qb 003b : inc.
.3^ b5tj35fogçni6o3 co5b5 gbg ç^^œbcoccjôb 33ç^-'gbo5Q ço8coa)ob5Q.. .
D'Eustathios archevêque d'Antioche et confesseur, sermon
quand le Seigneur s'assit au souper et Lazare fut un des con-
vives, qu'il a ressuscité pour ses sœurs Mariamet Martha : inc.
Maintenant, ô bien-aimés, que nous raconte l'Église de Dieu '?....
[59]
348 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
15. (Fol. .jGv,-60v,.) oljo:iô5a : Dimanche des Rameaux.
Saint Jean Clirysostome, aal>ç^^3ob^ 005b go^ç^obb o^^^^gb^çv^Gaço
fo5 l).\^oœl353o T);)J.^eoo5 *po55Qb^.^fo0g5y,^aç:ool)5Q : inc. 5olS5(Dcri-
çooG 03C005Ç0 .ib^-3ÇQK':i boc^Hob^o:?,.. Sur l'entrée du Seigneur a
Jérusalem et la leçon de Zacharie le prophète : inc. Réjouis-
toi beaucoup, ô fille de Sion...
16. (Fol. 6OV2-64V2.) Saint Jean Chrysostome, 3abçm3ob5
oi^h 'Q^Q^ohi, 0')cogb5çT>6arp ço5 SgbbOob.^ m^h yco05oD5Qb.~> :
inc. ^\7 OcQ3arooor) b5yg5eoaçT>5e5... Sur l'entrée du Seigneur à
Jérusalem et sur la commémoration des jeunes hommes : inc.
Maintenant venons, 1') bien-aimés...
17. (Fol. 64v^-69r.^.) Titus l'évêque, 0a^c?3ob5 œ^b gçgçn^ob.^
o6co^^b5ç^-'Q8rp : inc. gnoo^cog.^ b^b-^rp ■v;3f^5gbgçr)o 5c^9c^5bb58b...
Sur l'entrée du Seigneur à Jérusalem : inc. Comment l'innom-
brable jaillit?...
18. (Fol. 69r.,-72v^.) Saint Jean Chrysostome, bb^ooQb^ao :
inc. fo-^ 3oco.bfoOg5 5g^g^y5 liggB O^bfogÔgçroa^r).., Leçon : inc.
Et comme nous raconte l'évangéliste...
19. (Fol. 72v,-7.5v2.) Saint Jean Chrysostome, .^00005 ^5çn-
^gç^(T);> œ^b fo5 ac^Çybç^o^Ôob^ oo^b co.b boG.^G-^çcî^ob.^ fjD^b : inc.
S^a<^ ^a 03^06 3065Q <3>o\ic)o:i ^"ÔHcD^tt! a^a--- Sur les dix
vierges et sur la compassion et sur la pénitence : inc. Je sais
aujourd'hui par où je commencerai à dire ceci... (des. déf. — ).
Lacune.d'un cahier (oi> = ll)j
20. (Fol. 76r^-80v,.) Acéphalon : <^^ yc^aa^?'*^ <ï>-^Ô5çogÔgçr>o
œ^BbaçogÔ 5cob...
21. (Fol. 80v,-82v,.) Saint Athanase d'Alexandrie, Oo^aob^
co^b gc5çr>nb;) P»gQ6ob5 o^^^fp^ab ^bb lg6o5œ5 Oc^a^coBgÔobb
œ^b : inc. 85ebcQ3eoob5 l^^gBob^ 3^305^... Sur la trahison de
Notre-Seigneur par Judas à cause de l'envie des Juifs : inc. La
passion de Notre-Seigneur...
22. (Fol. 82v^-8.JV2.) Mélétios, patriarche d'Antioche, âoga-
8ob5 ^ogçoob^ figgGobb ogbg ^c^^ob^^bb ço5 gbGjoœbsobb œ^b
.^foftj^çnicvîoo.^ aogp5 : inc. ^O^b (pc^a^-^^^^^C!,'^'^ '^t5abo5gç;i5gb
aôboa^^'^f'--- Sur la trahison de Notre-Seigneur Jésus-Christ
[60]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 349'
et sur son interrogatoire par les gens sans loi : inc. En cette
fête s'accomplissent des choses ineffables...
23. (Fol. 85\v89v2.) Du même, ô^G^ooolSsobb cn^h go5ç:!^ol)^
ÇQ5 ^^5foQ58ob5 : inc. 30005C03.) çp.^K^5^[)l) gc5-'>çpo 9çoçpgç[^->or)-
6o:i(3çog;)coœ5 (l^oo... Sur l'interrogatoire du Seigneur et sur la
crucifixion : inc. Quand les princes des prêtres jugèrent le
Seigneur...
24. (Fol. 89v.^-94r,.) Saint Jean Chrysostome, ^ii^^g^coggôob^
cn^h gçgçj^ol)5 : oobcocciô^Q 'bco5l33ob.> Oob oo^b lgô5o5or»5Qb.^ ro5
d^c^o sBgÔob.") Oob oo^b P»gg6ob5 ^^bBob^ ô'^^^'^'*ÇR3^<^3^ç?."'^ •
inc. eo5Q .^(^b ^b^ 363050... Sur la crucifixion du Seigneur : Récit
du conciliabule des Juifs et sur la vertu de la Passion qui opéra
notre salut : inc. Quelle est cette passion...
25. (Fol. 94r,-98r2.) Mélétios l'évêque, ô^^o<^oo^3ob5 œ^b
gçgÇTiob^ fo5 ^^5co3g8ob5 œ^b : inc. 3o6ço5 38.^ yoîo^ob 36gÔ5or),'>
85or) œ5b.,. Sur l'interrogatoire du Seigneur et la crucifixion :
inc. Je veux faire un peu pour la passion...
26. (Fol. 98r2-100v2.) Du même, 8cQçog.^'pgoob5 œ^b 5ço3bg-
Ôob^ : inc. 'pogBGo goco^gç^oo^Bo g58o:ibçT.3.^or)55o \^.^coo^^oor)b6gb...
Sur Vx(iKT,Giq de Pâques : inc. Les livres des Hébreux de l'Exode
furent lus...
27. (Fol. lOOv^-lOTr^.) Saint Épiphane de Chypre, ÇQ^oiçnoaob^
co^b gcgçviob^ BggBobi ogb^ ^coob^Gb^ oo.^ oc^bgoob OD^b
85foa)çnob5 : inc. (oba i>(oh gb^ çpçogb ççgOoçj'o... Sur la sépul-
ture de Notre-Seigneur Jésus-Christ et sur Joseph le juste :
înc. Quel est ce silence aujourd'hui...
Fol. 107 r. A la marge inférieure mémorial de 3of>8ÇP"3Ô8
(sic) Venedikté (Benoît).
28. (Fol. 107v^-115r,.) Mélétios l'évêque, 5çoço§c:j8ob5 œ^h
3^'Q^(oQcno(j) gogçnobb ftggBob^ ogb^ ^éSob(^gb5 : inc. B^oogçoi
oçog BbœgçT. oçog o6cogb5c^ig8.,. Sur la résurrection de Notre-
Seigneur Jésus-Christ d'entre les morts : inc. Baptise-toi,
baptise-toi , Jérusalem ...
29. (Fol. 115r^-123r2.) Cyrille, évèque de Jérusalem, Qjg-
çoPSgœooo 5çDço50î8ob5 co^b ogbg ^P5ob(^gb5 : inc. ol).:)P5gôrp
o663b5çîig8 ^5 3a8o:i3geoÔo(T) ac':i3gçmBo... Sur la résurrection.
[61]
350 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
de Jésus-Christ d'entre les morts : inc. Réjouis-toi, Jérusalem
et assemblez-vous tous...
30. (Fol. 123r2-126r2.) Saint Jean Chrysostome, 5çoçQôccî8ob.^
(D^h ^^iQÇ^ohb Bgg6ob5 ogbg ^foob(^gb5 f^5 ^çosbgÔo'b^ œ^b :
inc. coc<î9^oco^ ag oomocnb SoBdçî^gôgç:^^ soyof'ao^--. Sur la résur-
rection de Notre-Seigneur Jésus-Christ d'entre les morts et sur
la Pâque : inc. Avec quelle bouche pourrons-nous...
31. (Fol. 126r2-129v^.) Du même, 5tob556gôob5 œ^b 000585
9o3(^o^^gçnr.ob5 Ç05 çQçool)5 œ5b bhbço j-foo^^gbb : inc. 80:139^)
5c>or)£)g8ob5 co^b 5gol)eogçTigÔ5fp,.. Sur la confession de Thomas
l'apôtre et sur le jour du dimanche « Nouveau » : inc. Je vins
pour célébrer le testament...
32. (Fol. 129v^-133r2.) Saint Jean Chrysostome, ^bbçm 35605-
3gb5 005I) çp5 000:185 8 0:530^3 ç^iob5 003b : inc. 80:1355^ *bgço5-
65çogôol)5 8o3g85ço 00^^90005... Sur le dimanche « Nouveau » et
sur Thomas l'apôtre : inc. Je viens pour vous donner l'épacte...
33. (Fol. 133r2-135v2.) Saint Jean Chrysostome, 585c)ç;->goob5
cD^b go5Ç[;;^ob5 ^33601)5 ogbg- ^6ol)5gb5 : inc. 8053350000 l)5yg5-
fogç;o6o5 B38603... Sur la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-
Christ : inc. Nous vînmes, ô mes bien-aimés...
34. (Fol. 136r,-V2.) Saint Jean Chrysostome, 585çoîmgÔob5
œ^b go5C:^ol)5 fi^g6ol)5 ogbg ^coob(^6b5 8ooob5 556 'bgooob
'boç:»a)5Ql)5 : inc. cDS*^?^" '^SO'^" ft*-^ *^^ ço8coOTob5 B^g6ob5Q...
Sur l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ du Mont des
•Oliviers : inc. Notre-Seigneur et Fils de notre Dieu...
35. (Fol. 137r,-140v,.) Du même sur le même : inc. obocog-
ôçpooo 3560... Réjouissez-vous, ô cieux...
36. (Fol. 140 V, -144 r,.) Du même sur la Pentecôte : inc.
<^m'^ ^0 0^^*^" 558oScoob5 g55... Parfois les langues de Dieu...
37. (Fol. 144r^-146v2.) Leçon (b53ooob53o) sur la naissance
de saint Jean-Baptiste : inc. ço^ oyoî ogbg Ôgooçmaab... Et Jésus
fut en Bethléem...
38. (Fol. 146v2-151r,.) Saint Jean Chrysostome, sur la Trans-
figuration : inc. Ô6^tjo635çv,g 56b ftg36fp5... Brillant pour
nous...
39. (Fol. 151r,-153v._>.) Du môme sur le même : inc. gl5
[62]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 351
•çpofp^Ô^ÇL'^o ço.^ l>-\55p53;]Çjio ô^Ocîcoj^^^cl^ç^oo... Voilà le glorieux
et miracle renommé...
40. (Fol. Ij3v,-156r^.) Saint Jean Ciiiysostome, 3o^V)6ol>.>
KD^h ^8oçool)5 ÇQQfoc^io^çjoob.s B^jg^oL.^ : inc. l)'^y3->wgç!:ji6o:{ ^^f^sg-
foono ro^ ol)8o6gco... Sur la commémoration de notre sainte
reine... inc. 0 bien-aimés, venez et écoutez...
41. (Fol. ISôr^-lôlr,.) Saint Jean le Théologien, ÇQ.^âoBg-
o5b.i ^Oogoob.> çoOcooDob (IScriÔgçniob^ : inc. y<^3ç^5ço ^3oçp;>a
rpofp;]o^^7]ç:oo çoOfDooob ()(]cQogç:'^o. . . Sur la dormition de la sainte
Mère de Dieu : inc. La toute sainte glorieuse Mère de Dieu...
42. (Fol. lGlr,-164r,.) Du même sur le même : inc. .^\t
<îf'53aç~o"c" ^^yG'^f^^yçi^'Sc:^... Venez donc, ô bien-aimés...
13. (Fol. 164r,-171r,.) b-^^ocob-^so Leçon sur la naissance de
la sainte Mère de Dieu : inc. 5boç:j;>3.^b.^ ihh ,^cooîcoOg(^oi^>
^0^800.^... Au vu des douze tribus...
44. (Fol. 171r,-176r.^.) La Dédicace : Saint Jean Chrysostome :
inc. 0^(30 çpçogb ^^"30^^65 o^66gb... Les cieux aujourd'hui devin-
rent la terre...
45. (Fol. 176r^-178v,.) Du même, ô^^^o^ob-^ œ^b ço5 bb^cgg-
6gÔob.:> co^b ipOoço5or)5 33ÇT)gbo5co5 : inc. Ô5"Ô" 3ço5Ô6cciQb
8(^yg^Pî(^-.. Sur la colombe et sur la consécration des saintes
églises : inc. La colombe aimant le désert...
46. (Fol. 178 V, -182 r,.) coj^agçno 00^3563 Ô(xiç:n6gçni gâob^c^-
5o3bob5a b.'^^o^gcogÔob^ co^b 'pOogoboo^ g3ç:;igbo5or)5 coc:ingçm6o
oa3f>a^ <^0"3^^^^^9^^ • inc. ÇQC^o^ ob^cogôçogB Q55o... Sermon
■de Jean évêque de Bolnisi, sur la consécration des saintes
églises, qui furent en Jérusalem : inc. Qu'aujourd'hui les cieux
se réjouissent...
47. (Fol. 182r^-186v,.) b^30oob53o ^g^coob^a fDCîBgç^io
g58o5B6ço5 ^ccjb^^B^oBg 8gçggb5 8çoo65f6gb:> çooBcQÔbb cocci8ç^ob.^
ooi^b acQodo.^ 8.^5 8ggn6 ^i^5foob5Q aç^^a^ob 8ogoS oGfogb5ç^g8b :
inc. 8g35(pgb5 *^ac^->b5 agcgcciô^b^ 3C'îbô55ôo53b5 cpoçoobb 83050-
b;>b.)... Leçon sur la croix qui apparut au roi Constantin sur le
fleuve Danube, en suite de quoi il fit chercher le bois de la
€roix par Hélène à Jérusalem : inc. En la septième année du
règne du grand roi Constantin...
[63]
352 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
18. (Fol. 186v,-188r,,)o'(î^jaÔ.s.Q ço5 e6cQÔ5Q 300056 050 00530-
Poçt>ob5 ^o5.^0o:ifooj^rpob.^Q -loxcirp^b ^5ç[n5JoOT a9g^açT,OT5 ^5ç:o5^b5
6oîo^o5 : inc. 005651)0.50 Çsic) 306 83 0:^660... Narration et récit
comme quoi la tète du saint Précurseur vint de la ville
d'Hérode à la ville d'Émèse : inc. Deux moines...
49. (Fol. 188r,-190r,.) 03056350 558050^5^0305^ ^3oçoob5
0053563 65OTçpol) 8o333Çir'ol)5Q 005 ^o650o5foÔ3Qool)5 ^aSob^Gb
Î58(ooool)5 Bg36ob5 : inc. oc>5 535 555'bo5ô3Ô5b5 85b 35503^5^1005
Ç8orp5oo5 85eob35oo5b5. . . La deuxième apparition de saint Jean le
Baptiste et précurseur de Notre Dieu Christ : inc. Et voilà dans
la série des semaines du saint Carême...
50. (Fol-. lOOr^lOlro.) Saint Jean Chrysostome, çp^ 05503^^
§o6çp3b ^b363Ô5Q ^80505005 8ço^3çn->co-8o58çog5fooo5Q b53ooob53o :
inc. 306 83 8q5 565 ob5fD3Ôço5.,, Et quand tu voudras commé-
morer les saints prélats : Leçon, inc. Qui ne se réjouirait
pas...
51. (Fol. lOhvlOSv^.) Saint Jean Chrysostome, au jour des
archanges : inc. 3Ç^03Ôo3b ^8oço5b5 8o5go^^^çjib5... Le saint
apôtre a rendu témoignage que...
.52. (Fol. 193v.,-197r,.) Saint Jean Chrysostome, en commé-
moration des martyrs : inc. 0568^36^0056 o.>6o... Les cieux.
s'embellissent...
53. (Fol. 197 r, -198 r^.) Du même sur le même sujet : inc.
^3b 56b 8^>œ5 605835^60 8o53Ç!;'3655... C'est la coutume de ceux
qui viennent...
54. (Fol. 198v^-200v,.) Du même, ^80505005 805^583005 005b
yo533Cî>a>5 333630^5^0 cc)5 *()8ofpob5 bô3Ç5563b35 : inc. 33gfPô3b
8o5\i5836o... De tous les saints martyrs collectivement et aussi
de saint Etienne : inc. Les martyrs suivirent...
55. (Fol. 200v,-202r,.) Du même, sur le même sujet : inc.
boc|g56g5:no 805^5830^5 b5555635T^oo5Q... L'amour des bienheu-
reux martyrs...
56. (Fol. 202ri-203r2.) Du même sur le même sujet : inc.
\73b55p fp5 c^o6b55o Icj53a)... Dignement et comme il convient
vous faites...
57. (Fol. 203r2-204r,.) Du même sur le même sujet : inc
[64]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 353
6.^83003 y(^30e?Co 83630560 gcgci^ob^ 6336013560... Parce que
tous les commandements de Noire-Seigneur...
58. (Fol. 204r^-205r2.) Du même sur le même sujet : inc.
(^5Ôç:n5l).i I>ol35cogç[nob5l>5.,. Sur la table de joie...
59. (Fol. •205r2-206r^.) Du même sur le baptême de Jésus-
Christ par Jean dans le Jourdain : inc. b5b5f)gçT> (^sic) ^"b
6ga6 ycci33ç:nor>5 œ^h... C'est une joie pour nous tous...
60. (Fol. 206r,-207r2.) Du même sur le baptême : inc.
3055^^x156 6336856 oabg jcoobô3856... Notre-Seigneur Jésus-
Christ...
61. (Fol. 207r2-209r2.) Du même sur le baptême : inc.
30005635 33ç;j>6o,.. Comme les champs...
62. (Fol. 209r2-212r2.) Eusèbe, archevêque d'Alexandrie, sur
le baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ : inc. 5aob œ^b
fo583a>3 53306... Parce que hier...
63. (Fol. 212v^-2.15v^.) fQîï?ab5 ^açoQoœb 5ci3Ô5b5 œbCo^db-
63Ô5Û ^8o<T050f)5 35Cob35or)5 b5b5C03Oob5Q. b5b5C03Ô5Q 85OT3b
or)53ob5Q (g5oSob333Ç]^ob5 80b œ^b op5 ço3ço535Qob5 3cciço3oç;^ob5
eocc{83Ç]r.856 bgbc^ 58ç:!?^^6^3^aÇ?" 303^5:^^^ 6336b5 o3b3
^6ob53b5 : 00^383^00 ^8oçoob5 oc:!3563 00^9^635^) 35ob3c:i5cci-
bob5Q : inc. ^^ 80333^00^ ^^ya^^^aç^tîoî... Au jour de l'incarna-
tion : Commentaire sur l'évangile du saint Carême. L'évangile
selon xMatthieu sur le Pharisien et la femme pécheresse, qui
oignit de parfums Notre-Seigneur Jésus-Christ : Sermon de
Jean évêque de Bolnisi : inc. Maintenant nous vînmes, ô bien-
aimés...
64. (Fol. 215v2-218r2.) Du même, b5b5co3Ô5Q 85or>3bo 0056585-
63Ô5Q b5b563Ôob5Q [sic) 33685^0360 ^33Çj?o^ b5^83b5 : inc.
6c:j83çj>o ogo 55650580^(^005 ^o5çoor)5 556 859ob5or>5.,. Évangile
de Matthieu : Commentaire sur l'évangile : Quand vous faites
l'aumône, garde-toi : inc. Celui qui descendait des reins du Père. . .
65. (Fol. 218r2-220r2.) Du même, b.:)b563Ô5Q ç^335Qbo ço5
oc53563b tj(rj33çrT)6o 83'b33636o 505 oo:5ÇQ3oçn6o 00565856305^
^86çoob5 b5b563Ôob5Q : inc. 856b35Q 805^030^... L'évangile de
Luc et de Jean : Tous les publicains et pécheurs : Commen-
taire de l'évangile : inc. Vous attribuez le jeûne...
[65]
ORIENT CHRÉTIEN. • 23
354 REVUE DE l'orient, CHRETIEN.
66. (Fol. 220r2-2*22v.) Du même, bbbbfogô^a çj^g^^abo c^(ocnb
Qbcn âgœ^ 005!) OT:)eo58;>6gÔ5a l)5l35fogÔol)5Q : inc. 3c':i3gçooco
l);itjg56gç:n6oî çq5 ol)8o6gœ... Évangile de Luc sur les deux
fils : Commentaire de Tévangile : inc. Venez, ô bien-aimés et
écoutez...
Fol. 222 r/v écrit en lignes pleines.
67. (Fol. 222v-225v^.) Du même, b5'b5eogÔ5Q çj^g^bûbo :
œ5eo5356gÔ5o ^aoçc>ol)5 l)5lS5f^gôol)5Q : inc. Qccjg^ggooo Bg9fc)5
8<^38ç^<^o^^ ôgç^oor)5... L'évangile de Luc : Commentaire du
saint évangile : inc. Tournez-vous vers moi de tout le cœur...
68. (Fol. 225v^-227vp) Du même, b^b^fogô^a çro^^babo
oo^eogObBgÔbQ. 05530 35Q0 306 Og 5.^^050580:53050^ : inc. bo856or)ÇT.g
85foœç:jiob.^ 80I) iSgço^.,, Évangile de Luc : Commentaire : La
parabole : « Un homme descendit * : inc. La justice sur le
juste...
69. (Fol. 227v^-228v,.) Du même, b^b^oSgô^a ç^gj^obo- 3530
306 8g oyoî açoofo5foo : 0)50058563050 b5b5cogÔob5Q : inc ^ocoo
ycct3gnob5 b5bo3gôob5 3gOToçmob5Q... L'évangile de Luc : Il y eut
un certain liomme riche : Commentaire de l'évangile : inc. La
racine de tout bon espoir...
70. (Fol. 228 V, -233 r^.) Du même, b5b5fogÔ5Q oc':î3.>Ggbo :
œ5fo5856go5Q b5b5cogÔob5Q : inc. ^^ 9o:j3gçooa) b5yg5fogçî|^6cri...
L'évangile de Jean : Commentaire de l'évangile : inc. Mainte-
nant nous vînmes, ô bien-aimés...
7L (Fol. 233r2-239v,.) o5fob5Ô5Q 8œ5356-gôob3o:îocQbob5
og6gb5çn68ob5Q. 85gbcî3coob5 fîgg5ob5 ogbg ^foob^gb oo^b çd5
g3Ç[i^gbo5o)5 oo^b ço5 8çofpgçT.or)_8o:i(3çog5e6œ5 w^h : inc. 505350500
{sic) ^^ 85gnoœ5 ço8foOTob5QO)5... Barçabay l'archevêque de
Jérusalem, sur Notre-Seigneur Jésus-Christ et sur les églises
et les hiérarques : inc. Nous nouâmes (?) maintenant par la
force de Dieu...
72. (Fol. 239v,-240v2.) Saint Éphrem, de l'honorable et
vivifiante Croix : inc. ac^sa^p^o b.:)b^.^gçT)6o gc5ç:î^ob5 BggBo-
b56o... Tous les miracles de Notre-Seigneur...
73. (Fol. 241r^-247rj.) Qbc>3(ogô5Q çp5 8o:jJ5çt)5^o:55n,q \pgoçc)5œ5
Ç05 ÇQoçc»gÔgçno)5 b535eo3gç[no) 8('3^8gçooo5 3C':i'b855ço58o56gOT5û ço5
[66]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 355
ççîgcDol)5 05œob5 œgsçocQ^^gbo : inc. ^cgç^nob^ ço5 95q1do33CooI)5
Bga6ol>5 ogbg ^(ooh()(3h '^^Q(S'()8ocn^... Vie et conduite des saints
et glorieux thaumaturges Cosmas et Damien et de leur mère
Théodûté : inc. Par le royaume de Notre-Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ...
74. (Fol. 247r2-251 r,.) Ç^SgÔ^a ^lOoçp^oo;) 3o:i'b356ço58o56gœ.b
{sic) g^^0D53 0^005 S^gfoBbç^oD^Q : inc. 3g3çogo:»35ço 5580:^(1063-
■Ôol>5 gçgcî'ob^ figg6ol.5 ogb^ ^foo^ôêb.^,.. Passion des saints
Cosmas et Damien les médecins incorruptibles : inc. Après
l'apparition de Notre-Seigneur Jésus-Christ...
75. (Fol. •251r2-275v,.) ^^9oÔ5Q ^8oçoob5 8cQ(^o^<g>ç^io<b5û>
Ggoçjj^oôgbo : inc. 8500 ^58005 3o65 Sgo^QÔ.^b.') (^(ïS.'io^Bc^b... Pas-
sion du saint apôtre Philippe : inc. En ces temps au règne de
Trajan...
76. (Fol. 275v,-288r^.) Saint Hippolyte l'archevêque, b^bÊ
5çoor)^g8ob5a 83gçp5coor>5 5çoçpgoî8ob5 005b : inc. 8.>PSoi.^ç^-> b(ob
bo(8)C);^.^Q... La forme du testament : sur la résurrection des
morts : inc. Juste est la parole...
77. (Fol. 288r,-289r2.) Saint Basile l'archevêque, ^^cr^-iOÇ^a-
Ôob5 cn^h : inc. b(o>> g^^'^çp^çp ox^a 8-) oyo:?... Sur la virginité ;
inc. Pas en vain fut quelque...
78. (Fol. 289r2-290v,.) Du même, sur le même sujet : inc.
aoîPSob 8o553.>çT)or)5 b^ôoS^^goo.^... Parmi maints pièges...
79. (Fol. 290v^-292v2.) Saint Basile, archevêque de Césarée,
85f6b35or)5 OT^b : inc. ^803^^ (sic) çp^aO"*^ oo^gœbb^... Sur le
Carême : inc. Sonnez la trompette au commencement des
mois... Des. déf. —
TSAGARELI, n° 80.
N» 12
rspovTtxôv. Parchemin blanc épais de bonne qualité. Encre noire, par
endroits pâlie jusqu'à la teinte gris; en-têtes et lettres capitales en rouge
foncé. Écrit sur une colonne de 24 lignes en nuskhuri par le même scribe
qui écrivit n° 75. S. x/xi. Dimensions de la page: 332 X250™™; de l'écri-
ture : 280 X 185™'^. Cahiers de 8 feuilles, mais les signatures en sont
découpées. 245 feuilles, numérotées au coin extérieur et supérieur au
crayon bleu. Reliure moderne de toile verte sur carton avec un dos de cuir
[671 .
356 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
brun pâle. 4 courroies qui se nouent. Le manuscrit est mutilé au com-
mencement et à la fin.
Contient : un vspovTiy.bv lequel commence par une série
d'histoires avec les noms des ascètes en ordre alphabétique. Le
texte inc. (— def.) fol. 1 r : ogo agga"^^^ S3^^6<^^ ^oha^^ • fol. 1 r
S^aob.^ b,35ooc':iC)ol>5 or>5b : à propos du père Agathon, et ensuite
jusqu'à fol. 144v, 9.:)8ol)5 c^fool. œ^l) : à propos du père Oré; des.
fol. 1 16v. Ensuite l>^^3Ç?:'^5o ço5 coBe6c^ô56o œoooccibblSgBo 858ol)5
5o3g6ob56o : inc. ^^fo3oço,^ c'îçpgl)8g 858^0 5o8g5... Doctrines et
contes du père Pimen : inc. Le père Pimen s'en alla une fois...
Des. texte fol. 185 r. Ensuite se reprend une autre série de contes
en ordre alphabétique jusqu'à la fin : fol. 220v, note du scribe
l)58gc:i5 Syméon. Des. texte (def. — ) fol. 245v.
Longue analyse dans Marr, op. cit., p. 16.
Probablement Tsagareli, n" 51.
N» 13
Commentaire de saint Jean Chrysostome sur l'évangile selon saint Mat-
thieu dans la version de saint Euthyme. Ecrit au Mont Athos en 1008.
Parchemin blanc, assez épais. Encre grise brunâtre, de mauvaise qualité;
en-têtes en rouge pâle. Écrit sur deux colonnes de 30 lignes en nuskhuri,
grossier, anguleux et incliné. Dimensions da la page: 370 X298™™; de
l'écriture : 295 X 225 •""i, avec un espace entre les colonnes de 18'^™.
Cahiers de 8 feuilles, signés au milieu de la marge supérieure sur fol. Ir
et inférieure sur fol. 8v de lettres capitales, de ^ =: 1 (dont les quatre
premières feuilles sont perdues) jusqu'à sr^^ô = 33. 261 feuilles numé-
rotées au recto, au crayon bleu. Reliure de cuir noir, sur planchettes,
ornée de dessins linéaires et de rosettes. Deux fermoirs faits de bandes
de toile.
Colophon du manuscrit (fol. 260v) :
"b" 0050^9^5 80051)5 ^'~b5 5cf)c>355b 8o:i65l)5ge6b5 ^56cD3gç^a)5
Ç-a)5 88~œ5l)5 oc<î355g ço5 a3a>58gl)l) : ôaf6âgçr.5ço §051)505-
800)5-660 %^^o ocj363b : bo3Ô3 060003000:160 : 3- : 5^5eoQ8-oco
556 : 3^-5 : ^5600^^5^0 005^505800)0-660 ^gç^6o : b-^joÔ
^eoK.6ojo:i6o o<^ux 9ae-^9aÔ3^ ^c^^ea^C?" : ^à~^ : ^"" f^"6 'b-5
^aaSa^^^ ^a^ cQ"ob5 5-6ob5 0-5 ^^a^o : (6-ob5û 56b ço-Ôq
o)~5 88-oco Ç05 b-ç^oOT Çço-oOT geooT) : 5^ ço5 8-b ç^5 33~œo
[68]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 357
Ô53^c6 o^i^foojl)^ : (o'~ço(r)i> 3gôg^<^ob b^^cg^booD^ 58500 'pogBoDi
Ç05 3g^6çp3ç^6 ^""60 ô65çnf)6o çp5 yç^^co^ ^~çt>oo5 SgôS'P^S^
bo(^y5or)5 Ç05 b5^8oœ5 ço5 gcci6gÔoor>5 3gg5fp3g6 ço5 g5coçp5o^5Qog
8~oo œ~i> (p5 or»"~g çpobno (sic) 3(')5~\^o5 ^O^^y-^^O'"' è~^ •
Écrit à la sainte montagne de l'Athos, au monastère des
Géorgiens, des saints pères Jean et Euthyme. Les années de la
création étaient, selon les Grecs, 6516, 6" indiction, depuis le
Crucifiement 993. Selon les Géorgiens, l'an de la création
était 6612; du cycle pascal, la treizième année était en cours
228 (4- 780 =r 1008).
Sur nous régnait Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit
gloire avec le Père et le Saint-Esprit conjointement, maintenant
et pour l'éternité. 0 Christ, bénis et récompense le père Michel
avec le patrice Bakour, qui ont fait pour nous les frais de ces
livres; pardonne-leur toutes (leurs) fautes. Et tous ceux qui
nous ont aidés en paroles, en actes ou en conseils, accorde-leur
le pardon et récompense-les. Et à Théodore qui nous a beau-
coup aidés, que le Christ fasse miséricorde.
TsAGARELi, n" 70.
No 14
Œuvres de saint Grégoire de Nysse, etc. Papier grossier oriental brun,
S. xiv-xvi. Encre noire : en-têtes en rouge. Écrit sur deux colonnes de
37 lignes en nuskhuri arrondi, incliné, un peu irrégulier, de grandeur
moyenne. Dimensions de la page: 310X228'^"'; de l'écriture: 275x175™"^,
avec un espace de 13™™ entre les colonnes. Cahiers de 8 feuilles; les
signatures ont été coupées. 373 feuilles, numérotées au crayon bleu sur
les rectos : les marges des feuilles sont trouées çà et là par des vers.
Reliure de flanelle grise sur carton avec le dos de cuir brun pâle. Deux
nœuds ouverts de ruban et cordes, comme fermoirs. Sur les feuilles de
garde deux dessins de la croix avec des figures d'hommes et quelques
mémoriaux.
Contient : f. 4 v, index du contenu : f. 5r-6r, longue disserta-
tion sans commencement et sans fin.
1. (Fol. 6v,-42v,.) Saint Grégoire de Nysse, bo^yg^a b^^sç^o-
b5û ÇQ5 8oî6g)gcogôob5û : inc. ço86or>ob 8b5bgeogÔ5b5 b.^ofpgS-
çj^cqœô ^o6588çog5foor)5 co^b... Sermon de doctrine et de direc-
[69]
358 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tion (De doctrina et magisterio!) : inc. Pour présider aux
mystères dans le service de Dieu...
2. (Fol. 42v^-60r2.) Du même, (^l3cîcogÔol)5 œ^h çoobb œ^bob^
^3oçool)5 8;)3(^o65qI)oI)5 : inc. hbXr^) ^o^bohba 560b... Sur la vie
de sa sœur, sainte Macrina : inc. Tb elooq tou i3i6/aou...
B.H.G., 21012.
3. (Fol. 60v^-77v2.) Du même, JogÔ^a bgçmob;> œ^bob^ roob5
O^jfooG^ab 00565 : inc. 3065^0)^5633^6 35(5OTo:iÔ6o3ob5 Qbc^Sfog-
Ôob5 556,.. Discussion de son âme avec sa sœur Macrina : inc.
ETCsiof^ Tou àvOpwTti'vou pt'ou...
Migne, p. g., XLVI, col. 12 et seq.
4. (Fol. 78r^-125r^.) Du même, 0^5(^)58569550 8Q8(^b6ob5Q :
69(^56 0^3636 5Ç^5b536o bgç^oœ5 (05830)3 85oto 56b b5b3C5Q3gç[^o
Q5œ5Q : inc. 306835 3336 otjQ 3g8c^3oSgo3çr>oo5 3o:}6ob...
Commentaire de la béatitude : Bienheureux soient les pauvres
d'esprit, parce que leur appartient le royaume des cieux :
inc Tiç à'pa toioOtoç iv tcÏç auvciX£Y[j.£Voiç...
MiGNE, P. G., XLIV, col. 1193 et seq.
5. (Fol. 125r^-130r2.) Du même, aoob(^cciç^g 5eo8o26occ»b
808560) : inc. 300)5(005 050 0^856 85tje6cQÔgçT>o)5 8085(000...
Lettre à Armonios : inc. "O-ep Tuoiouai r.plq xouç -/.pa-oîjvTa^...
Migne, P. G., XLVI, col. 237 et seq.
6. (Fol. 130r2-146r2.) Du même, gôob^^cqçr)^ 5(o8cci6ocicib
3gb5(oooîbgçT)58ooc':ib 892)35^9005 8085(000 : inc. 93g6ob3goooçT>b5
8555b Ç05 c)8coo)ob ao:icj35(ogb5... Lettre aux ascètes Armonios,
Kesarion, Olympios : inc. 11 convient à ce bon et pieux...
7. (Fol. 146v^-157r2.) Du même, 83350(0900000 5g)f^5c:j8ob5
005b 3o^çmob5 l)396ob5 09b3 ^coobô9b5 : inc. (0535096035 85850)-
8o)535(oo)5 33foo)b935G... Sur la résurrection de Notre-Seigneur
d'entre les morts : inc. El' v.q Tuaipiap^wv eùXo^ia...
Migne, P. G., XLVI, col. 1128 et seq.
8. (Fol. 157v^-164r2.) Du même, 39bb85Q ^8oçoob5 85aob5
f)396ob5 89Ç[n9Ôo 8o)535(6-9Ôob3o:.5o:ibob5 56ôoo:jjo<o>b5Q : inc.
5fo8ocQ(odo65 B396 (oogb^ 8 0^30^3 çn,a)5û... Commémoration de
notre saint père Mélétios, archevêque d'Antioche : inc. H'ù^-^ctcv
Y)[;.îvTbv àpiOp.ov... B.H.G., ^1213.
[70]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS. 359
9. (Fol. 164v,-170v,.) Du même, 3abl385û <paoçoob5 ço:>
çoo^3Ô^çnol)5 8oî*p5aol)5 oogsçocîeogbo : inc. Q^^cyx jf^ob^g^Goî...
Commémoration du saint et glorieux martyr Théodore : inc.
Tjj-îî; ; Xp'-7TCu KOibz...
B.H.G., 21760.
10. (Fol. 170v^-177r,.) Du même, sur les miracles de saint
Théodore (long titre) : inc. Ôco^tjo635ç?ia boSb ço5 3gg6og6...
Brillant et beau est...
11. (Fol. 177r,-179r2.) Du même, sur le miracle à Bérytos
(long titre) : inc. ^çooboçnogBoœ co^5ç[r.5o 5o:i6gÔ5a)5 oD^^gBoobBo. . .
Levez les yeux de vos intellectes...
12. (Fol. 179v,-182r2) Du même, 3abb85Q ^Oofo^œ^ 0:1^0630:5-
QOT5Q : inc. foo:i8gçî^œ5 co^b ogo 8oS535çT.or)5 3550:1630,.. Commé-
moration des Quarante saints : inc. OTç àvcà^Gat tojç -koaaojç...
B.H.G., 21206.
13. (Fol. 182v,-189r2.) Du même sur le même sujet: inc.
5g3o6 805^58360... Xeà; 0'. [j.âptupsç...
B.H.G., 2 1207.
U. (Fol. 189v,-199v,.) Du même, 9o3Ôob5 œ5b ^ogçnobb
Bggbobù ogbg jcoob^Qb.^ : inc. ÇQ^Iô^oSgor) 5l3ç[^ob cr»-^ 0053005
6;]bô5(n.>... Sur la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ:
inc. — sX-t-aTc îv Vc:;j/^v{a aâXztYYi. . .
MiGNE, P. G., XLVI, col. 1128 et seq.
15. (Fol. I99V2-2O8V.3.) Du même, 3al>l385Q *p8oçoob5 I^ÔOS^^"
Ggbo ooco3aç;n-8o5*p58ob5Q : inc. fo5Ô58 ^gœoç^ 5f5l)... Commémo-
ration de saint Etienne le protomartyr : inc. 'Oç y.aXï; twv àyaOwv. . .
B.H.G., 2 1654.
16. (Fol. 209r,-222r2.) Du même, aablD85Q ^8oçoob5 858ob5
P.g36ob5 3«3wa8 5bgfoob5û : inc. 5ço88to531) 8g Ço658çoaÔ5eool)5
80b oo6ob5 8085600... Commémoration de notre saint père
Éphrem le Syrien : inc. Kr.vsi \i.t Trpbç -r,v -irapoiicrav...
B.H.G., 2 583.
17. (Fol.222v^-245v2.) Du même, a3bb85Q 5ço\igc'ooçmo t^huxCoQ-
ôob5 OT^b ^5 b5b^5gçî^co5 ^8oçoob5 858ob5 Bga5ob5 ^(0O^CX(S^O
b535co3açT.œ 8o3^8gç]oob5a Baoî33b5c6oaçT. gÔob3o:iocQbob5œ5 : inc.
oocoo 303^ ÇR"^ b^65(25Q go5ooo 56b... Éloge composé sur la vie
360 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
et miracles de notre saint père Grégoire le Thaumaturge,
évêque de Néocésarée : inc. '0 [^iv tao-oç s!? scttu..
B.H.G., 2715.
18. (Fol. 246 r,-316 v^.) Saint Basile de Césarée : a^^boo^
çoçogor)5 oD^b, sur THexaliéméron : inc. eoc^8gçT.b5 gBgÔc^b
fo5Ô5çogÔol)5 oD^b bcîo^ç[r>ob5Q 3oœbcoo3Ô5ço... T\ç>ir.zuax àp^Yj tû
Ttepi Ty;ç tou xifffj-ou...
MiGNE, P. G., XXIX, col. 2 et seq.
19. (Fol. 317r,-364v^.) Saint Grégoire de Nysse, sur la
création de l'homme (long titre) : inc. 33330^3 80^65590005 ço5
b5^o5foor)5... E'. 0£ Taïç Trspi twv /pY)jji,âTa)v xv^.alq...
MiGNE, P. G., XLIV, col. 124 et seq.
20. (Fol. 364v^-373v2.)(des. déf.-)dumême, Ôgô^gb 808560)
88ob5 OT5bob5 55bgbo g^^bœ5 850) çpçogOT5 œ^b : inc. co.^b5 0^8
585b B 35gcQ... Réponse à son frère Pierre sur l'Hexahéméron :
inc. Tajia 'âoieîç, d) àvBpwTTS.
MiGNE, P. G., XLIV, col. 61 et seq.
TSAGARELI, n° 84.
NO 15
Les quatre évangiles dans la version de saint Georges l'Athonite, écrits
par le scribe ol)~ô (fol. I05v, 179r) loseb. S. xii/xiii. Papier lisse du type
oriental, fortement rongé par les vers. Écrit sur deux colonnes de 24 lignes
en nuskhuri grand, coulant, arrondi et régulier. Encre brune grisâtre;
en-tètes et lettres capitales en rouge pâle. Dimensions de la page : 332
X 245™m; de l'écriture : 230 X 152™"», avec un espace de 19™™ entre les
colonnes. Cahiers de 8 feuilles, signés de grandes lettres asomt'avruli au
milieu de la marge supérieure sur fol. 1 v et de la marge inférieure sur
fol. 8v, de 5— =r 1 jusqu'à 6~ = 40. 233 feuilles complètes, non numéro-
tées. Forte reliure de cuir brun sur planchettes, ornée de dessins au trait
et de rosettes. Sur le plat avant au recto, la réprésentation d'une croix.
Traces de fermoirs.
Contient : 1) Matthieu. Fol. Ir^-Vg -/.ssxXaia de Matthieu : inc.
texte ( — déf.) fol. 2r^ paragraphe 5'"= 1 (Mt. 1,20)... 3o6o5
8oc)356gÔ5ço 8.Moo58ob5 go5çtîiob5 9g6ob5; des. texte fol. 62 v;
fol. 63r xccpâXata de Marc; fol. 63 v est laissé en blanc.
2. Marc. Fol. 64r^-105v2; fol. lU6r-v xeçâX^ciade Luc; fol. 107
est laissé en blanc.
«
[72]
CATALOGUE DES MANUSCRITS GEORGIENS. 361
3. Luc. Fol. 108r,-178v, ; fol. 179r y.ssâXaia de Jean; fol. 180
est laissé en blanc.
4. Jean. Fol. 181r,-233v2; des. texte (def. — ) sur fol. 233 v,
dans paragraphe 1>""(^ (= 208; Jean 19, 10) 306 foorogÔgç^T oyQ
93... Après cette feuille, il y a des fragments de deux autres;
l'une avec fragment de paragraphe ^"S^ (221 : Jean, xxr, 9),
l'autre de paragraphe ^"33 (22o : Jean, xxi, 13).
Sur le plat arrière, mémorial en beau mkhedruli de ô0"9^*^3
= Germané.
TSAGARELI, n" 10.
N° 16
Commentaire de saint Chrysostome sur l'évangile selon saint Jean,
probablement dans la version de saint Euthyme. Le manuscrit est mutilé
au commencement et à la fin, et a souffert de l'humidité. Copié à Jérusa-
lem par le scribe 3~daîî^ Michel (fol. 389 v) d'un archétype écrit bc^bb^çQ
(sic) c'est-à-dire, en minuscules, par un certain ;13^Ô'^Ô'^ Evstati (ibid.).
Pas de date, mais le manuscrit paraît être du .\F siècle. Parchemin blanc
grisâtre, assez épais et taché. Encre brune noirâtre, en-tètes en rouge
pâle. Écrit en pages de 32 lignes pleines, en nuskhuri fort, du type
athonite. Dimensions de la page : 332X 230 '"■^; de l'écriture : 278x Ibo""".
Cahiers de 8 feuilles, signés de lettres capitales au milieu de la marge
supérieure sur fol. Ir et inférieure sur fol. 8v, de ^^ = 1 (dont les pre-
mières trois feuilles sont perdues) jusqu'à 6~or) (= 59; inc. fol. 377r);
c'est la dernière signature conservée. 391 feuilles numérotées aux rectos au
crayon bleu. Reliure de cuir noir sur planches, ornée de dessins linéaires
et de rosettes.
TSAGARELI, n° 65.
{A suivre.)
Robert P. Blake.
73]
rORDINÂTION SACERDOTALE
CHEZ LES COPTES UNIS
M^'" R. Graffin avait demandé à la Sacrée Congrégation de
la Propagande le texte de l'ordination sacerdotale copte. En
octobre 1907, Son Éminence le cardinal Gotti, préfet, lui en
faisait expédier un exemplaire manuscrit, exécuté par les soins
du patriarche copte, Macaire. Il était accompagné d'une lettre,
dont voici la teneur :
S. Congregazione de Propaganda Fide
per gli affari di rito orientale
Protocollo n. 23441. Roma, 18 octobre 1907.
Ogetto : Trasmissione délia
parte del pontificale copto
relativa alla Ordinazione sacerdotale.
lUmo e Rmo Signore.
Contemporaneamente alla présente, in piego distinto. Le ho
fatto spedire copia délia parte del pontificale copto, che
riguarda l'Ordinazione sacerdotale, inviatami da Mons.
Macaire.
Intanto Le auguro da Dio ogni bene.
Di V. S. lUma e Rma Devottissimo servo
F. G. M. Gard. Gotti Praef.
Girolamo Rolleri Segrio.
Cette copie officielle avait été d'abord confiée par M^'' Graffin
à Dom Villecourt, qui mourut avant d'avoir terminé son étude.
En la recevant, j'avais d'abord espéré que ce texte avait été
copié sur l'un de ces vieux manuscrits qu'on rencontre parfois
dans les bibliothèques d'Egypte. En réalité, c'est une copie du
l'ordinatiox sacerdotale chez les coptes unis. 363
texte imprimé au xviii'' siècle, 1761, dans l'édition pontificale
de la liturgie copte en trois volumes. L'ordination se trouve au
tome I, pages 28 à 49. En préparant l'édition critique, j'ai pu
étudier à Rome les manuscrits de la Bibliothèque Vaticane qui
possèdent le texte en question. Ils se répartissent en deux
catégories : ceux du fonds Vatican, et ceux du fonds Borgia.
Les premiers sont les plus anciens et s'échelonnent du xvi" au
xviii« siècle. (Mss. XLIV, XL\ , XLVI, XLLX, LXXXVIl). Les
autres sont du xviii' siècle et dus à M^'" Tuki, sauf le manuscrit
99, celui dont se rapprocherait davantage notre texte. Le manus-
crit Borgia 80 reçut l'imprimatur :
Impr. J. Th. Aug. Aicchinius
Ord. Pred. S. P. A. Mgt.
Je n'ai pas trouvé de date. Chose étrange, l'édition imprimée
en trois volumes n'a pas reproduit ce manuscrit revêtu de
l'imprimatur : il existe environ cent dix variantes, dont quel-
ques-unes importantes, au point de vue du texte.
Nous n'avons pas attaché d'importance à la version arabe,
bien plus tardive que le texte copte, et traitée avec une très
grande liberté par les copistes : elle possède la valeur de nos
traductions françaises de prières liturgiques.
Nous donnerons seulement la traduction du texte :
« Quand il s'agit d'ordonner un prêtre, le clergé doit d'abord témoi-
« gner de sa bonne conduite, science de la doctrine, douceur, piéié,
« miséricorde, mariage légitime et canonique. 11 faut qu'il ait été ordonné
« diacre, sinon, qu'il soit fait d'abord anagnostiste et sous-diacre (1) et
« qu'il soit ordonné un autre jour. L'ordinand arrive devant l'autel, vêtu
« comme le diacre avec l'orarion sur son bras gauche. Un prêtre sera
« avec l'évêque. L'ordinand s'agenouille en face de l'autel devant l'évèque.
« 11 dit l'action de grâces, met de l'encens, avec l'oraison de l'encens et
« il récite la prière suivante, tourné vers l'autel :
« Seigneur, Dieu des Puissances, qui nous as conduit à la
« porte de ce ministère, toi qui domines l'esprit de l'homme et
« qui sondes les reins et les cœurs, exauce-nous dans la multi-
(1) Le texte de la rubrique doit être fautif. Le ms. Vat. 49 ajoute « et diacre -,
avec les mss. V. 44 et 87.
[2J
364 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« tude de tes miséricordes et purifie nous de toute faiblesse de
<( la chair et de l'esprit. Chasse la nuée de nos péchés et de nos
« iniquités comme tu chasses les ténèbres. Remplis-nous de ta
« force divine, oe la grâce de ton Fils unique, de la puissance
« de ton Esprit-Saint. Fais que nous devenions capables de ce
« ministère de la nouvelle alliance, de telle sorte que nous
«puissions porter dignement ton saint nom, et que nous
« administrions les choses sacrées de tes divins mystères.
« Préserve-nous d'être complices des péchés d'autrui, mais
« détruis les nôtres. Et donne-nous, Seigneur, de ne pas faire le
v< mal, mais au contraire, donne-nous la science, pour que nous
« sachions dire ce qui convient et que nous montions à ton
« saint autel. Et prends pour loi le sacerdoce entier de ton
« serviteur N. ici présent et qui attend tes faveurs, car tu es
« bon, d'une grande miséricorde pour tous ceux qui te prient,
« et forte est ta puissance, avec ton Fils unique et l'Esprit
« Saint maintenant et toujours dans l'éternité de toutes les
« éternités. Ainsi soit-il.
« L'archidiacre dit :
« Que la grâce de Notre-Seigneur .Jésus-Christ, qui supplée
« à notre insuffisance, vienne, avec la bienveillance de Dieu
« le Père et de l'Esprit-Saint sur N. qui avec respect, crainte
« et humilité de cœur est arrivé à ton saint autel, se proster-
« nant, levant les yeux vers toi qui habites au ciel, attendant
« tes célestes dons, afin de passer de l'ordre du diaconat à
« l'ordre du sacerdoce, dans Féglise de N. et au saint autel.
« Priez tous afin que sur lui descende le don du Saint-Esprit.
« Le peuple dit trois fois : Kyrie eleison ; et (la rubrique s'adresse à
« l'évêque) prie, le visage (tourné) vers l'orient, de cette manière :
« Ah! Seigneur, rends-le digne de la vocation sacerdotale,
« afin qu'il soit digne de ton saint nom, te servant, officiant à
« ton saint autel, et qu'il trouve grâce devant toi, parce que de
« toi, ô Dieu, procèdent toute miséricorde et toute piété, et qu'à
« toi convient toute gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, inain-
« tenant et toujours et dans l'éternité de toutes les éter-
« nités. Ainsi soit-il.
[3J
l'ORDINATIOX SACr-:RDOTALE CHEZ LES COPTES UNIS. 365
« Le peuple dit trois fois : Kyrie eleison. (Puis, la rubrique s'adresse
à l'évêque.) Tourne-toi vers l'occident; « place ta main droite sur ta tête
et prie ainsi : dis :
« Souverain Seigneur, Dieu tout-puissant, qui, par ton
« Verbe coéternel, as tout créé, gouvernant l'univers par toi-
« même selon ta volonté, toi qui veilles toujours sur ta sainte
« Église, en la développant et en multipliant ceux qui y prési-
« dent, et qui leur donnes la force pour travailler par la parole
« et l'action, jette les yeux sur N., ton serviteur, qui est promu
« au sacerdoce par le suffrage et la décision de ceux qui l'ont
« conduit ici, remplis-le de ton Esprit-Saint, (de l'esprit) de
« grâce, de conseil, de crainte de toi, afin qu'il assiste et
« dirige ton peuple avec un cœur pur, de la manière dont tu
« as veillé sur ton peuple choisi et dont tu as ordonné à ton
« serviteur Moïse de se choisir des presbytres, que tu as rem-
« plis de l'Esprit Saint incréé qui procède de toi.
« Le diacre dit : Prosternez- vous. Le peuple : Kyrie eleison.
« Le pontife dit :
« Ah ! Seigneur, exauce-nous, nous t'en prions, (toi qui)
« gardes en nos propres cœurs le Saint-Esprit incréé de ta
« grâce, donne-lui l'esprit de ta sagesse, afin que rempli de !a
« puissance opérative du salut et de la parole de doctrine, il
« enseigne ton peuple avec douceur et qu'il te serve avec
« pureté, avec une pensée chaste et un cœur simple, et qu'il
« achève les œuvres du sacerdoce en ton peuple. Ceux qui
« viennent à lui, qu'il les fasse renaître par la régénération du
« baptême.
« Moi-même, purifie-moi aussi de tous les péchés d'autrui et
« absous-moi des péchés qui me sont propres par la médiation
« de ton Fils unique, Notre-Seigneur et notre Dieu et notre
« Sauveur Jésus-Christ, par qui toute gloire et honneur et
« puissance et adoration te conviennent, ainsi qu'à lui et au
« Saint-Esprit vivifiant, consubstantiel à toi, maintenant et
« toujours et dans l'éternité des éternités. Ainsi soit-il.
« Tourne-toi vers l'autel. Prie ainsi :
. c( Jette les yeux, Seigneur, sur nous et sur notre ministère
« et purifie-nous de toute tache. Envoie du ciel ta grâce sur
[41
366 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« ton serviteur, afin qu'il devienne, grâce à toi, digne d'ac-
« complir son sacerdoce sans reproche, de telle sorte qu'il
« mérite tes miséricordes avec ceux qui te plurent ici-bas, car
« la miséricorde est dans ta complaisance, et tout honneur
« et toute adoration (venant) de tous, te conviennent, Père,
« Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans l'éternité
« de toutes les éternités. Ainsi soit-il.
« Tourne-toi vers l'occident, signe son front de ton pouce en ajoutant :
« Nous te nommons, toi, N., prêtre pour la sainte Église de
« Dieu. Ainsi soit-il.
« L'archidiacre s'écrie :
« N. prêtre pour le saint autel de la sainte, catholique et
« apostolique église de Dieu, (en) la cité amie du Christ.
« N. prêtre de l'Église catholique de Dieu dans la ville amie
« du Christ, N.
« L'évêque s'écrie en disant :
« Nous te nommons, toi, N. prêtre au susdit saint autel des
« orthodoxes, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi
soit-il.
« Il trace sur son front trois croix en nommant les Personnes de la
« Trinité. Il le revêt de la stolè, disant ainsi :
« Gloire et honneur à la très sainte Trinité consubstantielle,
« le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Paix et édification à la
« sainte Église de Dieu. Ainsi soit-il.
« L'évêque se tourne vers l'orient; il priera de cette manière :
« Nous te rendons grâces. Dieu tout-puissant, pour toutes
« choses. Et nous te bénissons et nous glorifions ton saint
« nom, parce que tu as fait parmi nous de grandes choses et
(S que tu as répandu ton don libéral sur ce tien serviteur. Nous
« t'en prions et t'en supplions, Seigneur, exauce-nous dans la
« multitude de tes miséricordes, et complais-toi dans l'ordina-
« tion sacerdotale qui vient d'être faite pour ton serviteur avec
« le concours de l'Esprit-Saint, et dirige l'élu {littéralement la
« vocation) de cet appel dans la pureté et la grâce de ta bonté,
[5]
l'ordination sacerdotale chez les coptes unis. 367
« toi qui nous as choisis avec lui pour faire le bien et accroître
« le gain du talent, de sorte que, en union avec tous ceux qui
u accomplissent ici-bas ta volonté, nous recevions la récom-
« pense de Téconome sage et fidèle, à ravènement de Notre-
« Seigneur et notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, par
« qui te revient gloire et honneur et puissance et adoration,
« ainsi qu'à lui^ïiême et au Saint-Esprit vivifîcateur, con-
« substantiel à toi, maintenant et toujours et dans l'éternité
« de toutes les éternités. Ainsi soit-il.
Monition au prêtre.
« Rends-toi compte, frère, comme est grande la vocation
(( dont tu t'es rendu digne, à savoir celle du sacerdoce, par
« lequel le grand sacrement de la Nouvelle Alliance te fut
« conhé et tu fus établi en vue de l'enseignement. Il faut donc
« que tu agisses et que tu enseignes plus par les bonnes actions
« que par la parole, te souvenant du Coryphée Pierre, qui a dit :
« « Je fais cette prière aux presbytres qui sont parmi vous,
« moi votre compagnon dans le sacerdoce et le témoin des souf-
« frances du Christ, devant prendre part à la gloire qui sera
« manifestée : faites paître le troupeau de Dieu qui est parmi
« vous, veillant sur lui, non par contrainte, mais spontané-
« ment, selon Dieu et avec une àme joyeuse, non comme si
« vous étiez des dominateurs sur le domaine (du Christ), mais
« en étant le modèle du troupeau, afm que, lorsque paraîtra le
« chef des pasteurs, vous receviez la couronne immarcescible
« de la gloire. » (I Petr., v, 1 à 4.)
« Tu mettras donc en œuvre le talent qui t'a été confié, de
« telle sorte que tu le fasses doubler et que tu reçoives la
« récompense du serviteur sage et fidèle, réunissant ton peuple
« par la prédication de la doctrine comme une nourrice qui
« réchauffe ses enfants, afin que tu te sauves, ainsi que ceux
« qui t'écoutent. Va en paix, que le Seigneur soit avec toi.
« Que celui qui est ordonné baise l'autel, l'évêque et ceux qui sont
« présents. On lui donne les saints mystères; on lui impose la main à
« trois reprises et tous à trois reprises s'écrient, disant :
« N. est digne du sacerdoce, dans la sainte, catholique et
m
368 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« apostolique Église de la ville N. qui aime le Christ dans la
« paix de Dieu. Ainsi soit-il.
« Le texte contient, en arabe seulement, une autre monition, relative à
< la confession.
« Rien n'empêche, si quelqu'un vient à toi, confessant son
« péché, que tu reçoives sa confession, si ^u as l'expérience
« pour ce travail, parce qu'un saint canon dit que le prêtre
« qui n'accueille pas un pénitent doit être chassé de l'Église.
(c Et l'apôtre Jacques avertit ensemble pénitent et confesseur,
« et cela est nécessaire et confirme la loi divine, disant au
« pénitent : confessez vos péchés les uns aux autres, et disant
« au confesseur : priez les uns pour les autres, ainsi le prêtre
« (doit prier) pour le troupeau (où se trouvent les pécheurs)
« parce que celui qui aura retiré le pécheur de son péché sauve
« son âme de la mort et couvre de nombreux péchés. Et il est
« nécessaire qu'avant cela (le travail de la confession) tu con-
u suites un père et un vieillard, médecin expert, (médecin des
« âmes) connu pour son succès, qui t'apprenne à appliquer le
« remède et le pansement, là où sont à soigner douleur et
« blessure, de peur que tu ne places le remède qui convient à
« l'œil sur le pied et qu'aucun profit n'en survenant, la maladie
« n'envenime le membre (malade) et qu'il ne périsse. Et inter-
« roge sur l'âge, la coutume, la condition, le temps, le carac-
« tère, le lieu, la disposition, l'état du corps, et la chasteté,
« suivant en cela la pitié et la miséricorde pour tes fils. Et
« chacun de ceux qui ont une maladie à soigner, traite (le)
« doucement, afin que le malade revienne de l'état maladif à
« l'état de santé et d'équilibre.
« Sois le vaisseau spirituel portant les bénédictions au port
« du salut et le docteur spirituel éclairé amenant ses disciples
« aux degrés (de perfection) appropriés, et que par ce minis-
« tère, tu mérites double récompense, et que le Seigneur
« répande abondamment sur toi un bien céleste proportionné,
« par l'intercession de Madame la Vierge immaculée et de
« l'armée des martyrs et des saints. Ainsi sbit-il. »
Comme on le voit, les cérémonies de l'ordination se succè-
dent dans l'ordre suivant : prière de l'ordinand, prière de
[71
l'ordination sacerdotale chez les coptes unis. 369
rarchidiacre. Après une prière du peuple, oraison solennelle du
Pontife, d'abord tourné vers l'orient, puis (après une nouvelle
invocation du peuple) tourné vers l'occident, et cette fois la
main droite placée sur la tête de l'ordinand. Enfin tourné vers
l'autel, après une injonction du diacre et une prière du peuple,
le célébrant marque le front de l'ordinand du signe de la
croix : une première fois d'un seul signe, avec ces paroles :
« Nous te nommons, toi, N. prêtre de la sainte Église de Dieu. »
Une deuxième fois, de trois signes de croix : « Nous te nom-
mons, toi, X. prêtre au susdit autel saint des orthodoxes, au
nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
Puis il le recouvre de la stolè, en prononçant une doxologie.
L'évêque rend grâces, donne ses derniers avis au nouveau
prêtre, et ajoute, d'après le texte arabe seulement, une moni-
tion concernant la confession.
Le dernier grand synode de l'Église copte unie, qui se tint
au Caire en 1898, et dont les canons furent imprimés à Rome
l'année suivante {Sijnoc/KS alexandrina copforum habita Cairi
in Aegypfo anno 1808. Romae, ex Typ. polyglotta S. C. de
Propaganda Fide 1899) s'occupa de l'ordination (pp. 136 à 138).
Je dois à iM^'' Marc Khousam, évèque de Thèbes et administra-
teur du Patriarcat, d'avoir pu consulter ce recueil des décisions
synodales. Voici ce qui y est dit, au canon 9 de l'article Vil, sur
la porrection des instruments :
« In ritu ordinationis apud nos tradentur suscipienti aliquem
ordinem instrumenta vel insignia istius ordinis; sed liaec
traditio nuUo modo apud nos ad validitatem ordinationis
requiritur siquidem fit in fine ordinationis et peractam Deo
gratiarum actionem de ordine collato. Nihilominus nunquam
omittenda est juxta ritus praescriptionem... »
Le canon 10 prescrit les onctions : « Quanquam unctio in
ordinationibus non sit essentialiter requisita ad validitatem
sacramenti ordinis, adhibenda tamen est apud nos in coUa-
tionem ordinum majorum, quoniam ad ritam alexandrinum
pertinet... Insuper in coUatione diaconatus et presbyteratus
pontificale nostrum praescribit ut Episcopus frontem ordinan-
dorum poUice suo signet, episcopos autem in vertice capitis
signandos esse pontificale monet; porro verbum signare
[8]
ORIENT CHRÉTIEN. 24
370 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
rubrica habet lingua graeca expressum (ffçpavi^saOai) significat
unctionem quoties de benedictionibus ritualibus apud nos usi-
tatisagitur; atque prescriptio ipsa ut signatio fiat pollice, clare
indicat ibi significari veram unctionem : simplex eniin bene-
dictio in nostro ritu vel cruce, vel tota manu sine tactu imper-
titur. Denique nihil frequentius est in ecclesia alexandrina
quain usus unctionis in coliatione sacramentorum et conse-
cratione rerum omnium quae cultui divino deputantur. Quare
mirum sane esset ordinum si in coliatione, sacrorum quibus
home ad ministerium altaris deputatur et consecratur, nuilae
essent unctiones.
His motivis innixa, haec nostra synodus praescribit diaconos
oleo catechumenorum in fronte ungendos esse; presbytères
autem et episcopos sacro clirismate, ita tamen ut illi signentur
in fronte, hi vero in vertice capitis. Decernimus etiam ut ordi-
nans eodem chrismate ungat presbyteri qui ordinatur, ambas
manus simul iunctas, producendo duas lineas, videlicet a
pollice dexterae manus usque ad indicem sinistrae, et a pollice
sinistrae usque ad indicem dexterae, ita ut palmae totaliter
ungantur atque dicat ordinans dum hanc unctionem peragit :
« Benedictus Dominus lesus Christus Filius Dei qui hune sanc-
tificat et ungit Spiritu suo sancto. Amen, »
Il est très important de savoir comment ce rite de l'ordination
se rattache à la tradition et aux origines du culte chrétien. Or,
le texte des Constitutions Apostoliques offre une correspon-
dance frappante entre le rite de l'ordination qu'elles exposent
et la partie centrale du rite copte. Le lecteur jugera :
Texte des C. A. (8, 16) Traduction latine du
(traduction Funk). texte copte.
2. Cum presbyterum ordi- Converte te ad occidentem,
nas, episcope, manum super dexteram tuam super caput
caput ejus ipse impone ads- ejus ipse impone, et ora hoc
tante tibi presbytère necnon modo; die :
diaconis et or ans, die :
Z. Domine omnipotens,Deus Dominator Domine Deus
[91
L ORDINATION SACERDOTALE CHEZ LES COPTES UNIS.
371
noster qui per Christum uni-
ver sa condidisti et per ipsum
cunctis provides mnwemQiiXer ;
(in que enim potestas est effi-
ciendi varia, in eo et inest
potestas providendi variis mo-
dis; per eu m enim, Deus, pro-
vides immortalibus quidem
sola conservatione, morlalibus
vero successione, animae cura
legum corpori expletione indi-
gentiae) ipse igitur et nunc
respice in sanctam tuani eccle-
siam, et auge eam; muUipli-
ca eos qui in eapraesunt, vir-
tutemque da ut verbo ac opère
ad aedificationem populi tui
lahorent.
4. Ipse nunc quoque respice
super hune famuluni tuum
qui suffragio acjudicio totius
cleri in presbyteriuni coop-
tatus est, et impie illum spi-
ritu gratiae et consilii, ut
adjuvet ac gubernet populum
tuum in corde mundo, que-
madmodum respexisti in po-
pulum electum tuum et sicut
Mosipraecepisti eligere senio-
res, quos implevisti Spiritu.
5. Et nunc, Domine, praesta,
servans in nobis spiritu)n gra-
tiae tuae non defîcientem, ut
repletus operationibus vim
sanandi habentibusacsermo/ie
ad docendum apto, erudiat
cum mansuetudine populum
tuum ac serviat tibi sincère
omnipotens, qui per Verbum
tuum coaeternum universa
c?^easti, per ipsum cunctis
rébus providens secundum vo-
luntatem tuam, qui in eccle-
siam tuam sanctam semper
respicis, eam augens et eos
qui in ea praesunt multipli-
cans et eis virtutibus dans ut
verbo ac opère laborent, res-
pice super famulum tuum
N. qui suffragio ac jucHcio
eorum qui ipsum in médium
duxerunt in presbyteriuni pro-
motus{e&i), inipleillumSancto
Spiritu, spiritu gratiae, con-
silii et timoris tui, ut adjuvet
et gubernet populum tuum in
corde mundo, quemadmodum
respexisti in populum tuum
electum et servotuo Mosiprae-
cepisti ut seniores sibi elige-
ret quos implevisti Spiritu
tuo Sancto non manufaeto qui
a te procedit.
0 Domine; exaudi nos, te
rogamus, et servans in nobis
sancticm gratiae tuae sp iritum
non manufactum concède ei
spiritum sapientiae tuae ut
plenus operationibus salutis et
sermone doctrinae, populum
tuum inmansuetudinedoceat,
tibique serviat in puritate et
cogitatione munda et anima
candida, perficiatque opéra sa-
cerdotii super populum tuum.
Qui autem etiam ad ipsum
[10]
372 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
mente pura et anima volente, accesserint, eos per regenera-
atque sacra, quae pro populo tionem lavacri renovet... per
celel>rantur inculpate perficiat mediationem Filii tui unige-
per Christum tuum, cum quo niti,Domini nostrietDeinostri
tibi g/oria, honor ac veneratio et Salvatoris nostri Jesu Christi
et Sancto Spiritui in saecu- per quem te gloria et honor et
la. Amen. potestasetyeîieraù'odecetcum
(Édit. et trad. Funk. Patres ipso et Spiritu Sancto vivifi-
Apostolici, t. I, p. 523. cante, tibiconsubstantialinunc
Paderborn, 1905.) et semper et in aeternitatem
aeternitatum omnium. Amen.
Il y a dans le texte copte quelques omissions, quelques gloses
et quelques modifications. Un certain nombre de divergences
peuvent s'expliquer par des préoccupations d'ordre dogma-
tique. Le texte copte garde le souvenir des grandes luttes doc-
trinales des premiers siècles. Il spécifie en chaque occasion sa
foi catholique contre l'hérésie arienne ou pneumatomaque. Ici,
par exemple, le « per Christum « des Constitutions Apostoliques
s'est transformé en « per Verbum tuum coaeternum ». « Spiri-
tum gratiae tuae » est devenu « Spiritum non manufactum ». La
doxologie finale s'est considérablement simplifiée. La question
se poserait naturellement de savoir si le texte copte représente
un état du texte plus ancien et meilleur que celui qui se trouve
dans les Constitutions. Si, d'une part, la leçon la plus courte
paraît souvent la meilleure (auquel cas le texte copte devrait
avoir nos préférences), d'autre part, à cause des modifications
venant des préoccupations théologiques dans plusieurs de ses
parties, le texte copte semble moins sûr que celui des Cons-
titutions.
[11]
l'ordination sacerdotale chez les coptes unis. 373
VOCABULAIRE GREC DU TEXTE COPTE
oi'[aBbq. à^(ioq. àsr/a'a. oC/'kx. àvaYVwaT'/;ç. ipyi^iTAM^.
Y^i^cç. yvôsoç. •'{wîùaiç.
M. §ia6v^x-/j. oiay.ovia. ciàxovoç.
zip-qvq. kxY.Kqaix. hipy-ix. k-ia'/.or.zq. âxojpâvioç. ôj/y;-
OaATTcïv. 6sbç. G'j(juo-:r,picv.
Ispsùç. r/.av6ç. l'va.
y.aGapôç. 7.aO:Xi/,i;. y.al yShiùç. -/.avwv. /.a-i. y.a-rrjy.r^aiç.
y.X^psç. y.opuçaïoç. y.'jpio; (xûp'.s Iaéyjtcv).
Xa6ç. Ae^civ.
[j-îffiTsia. [J.ivoç. [;.ovoY£v<-ç, [j.uo---/;pov.
VCÎJ.ÔÇ.
6. oly.ivô;j-o;. 5[v.coû(jioç. ôvofj-aaia. ottwç. spOiccçc;. ots. oùv.
7:avaYr,ç. TravTOxpxTwp. Trapsuaù. Triatiç. TrvsujJ-a. TriXtç. Trpx;^^.
•jrps-îïv. TrpsffOJTspcç. 7;p2iaTavai. Tcpcvoôïv. T:p0(jzuy^ea^ixi.
axp^. (josi'a. o-taupiç. (t-tÔXy;. auvaiBioç. awirip.
TC^Yf;.*. râçiç. -rpiaç. tu-oç -
ÛTCoBtây.ovoç.
ÇlXo/piGTCU. SOpcfv.
"/apîî^S'jTat. '/îipo-rovta. ^^pr^axoç.
wpâpiov. (bg.
Mots grecs communs aux Constitutions Apostoliques et au
copte, dans la prière solennelle que nous allons citer :
'Ey,y.AY;ffia. y.a6apiç. Xaiç. -jrav-oxpâ-rwp. r.pzaèù-.zpzq. Tipoia-avau
[l'i]
374
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
Texte de la prière solennelle
de l'ordinal copte.
(l) c|)iiHB noc c|)iioTf^ ni
nAHTOKpcVTtOp ■/• 4>H GTAqOA-
UIO IIHIIX'AI IIIBeil */. eiiOA
2iTew neqAoroc ijctmaiaioc
*/• eqepripoiioiii un'rnpq eBOA
2iTOTC| \ATA neqoTto^ ./.
<\)n ercouc iichot ijib6m ea:6ii
Te(|eKKAHCiA eeoTAB '/«eqepo
LIUOC eAlAI 7- 0V02 IIH GTOI
unpoeoTtoc iiI)htc eqopo
ULItOOT (îA^AI ' 1 . 0'i^0ZeA\fX0U-
iKoov eopov^yen J3ici beii
ncA:xi lieu necoB '/• colic ojipm
e^Cfill flGKBtOK nAIIIU<)>H fiTAT-
THiq (^oTueTnpecBTTepoc '/.
eiTeiJ OTS/Hct)oo 7- "eu oT?An
iiTe IIH eTAVKiiq eeun-f iiAeq
CBOA jîeiio'rniieTUA eqoTAB
II6U OreuOT 116 u OTCOCnil
eqepeo-f j)ATeKeH 7- eepeq-f
TOTq 0T02 iiTeqepeeui uneK
AAOC J36linT2HT HqTOTBHOVT
UcJ)pil'h BTAKCOUC eepHI 6X611
n6KAA06 eTAKCOTfiq /. 0T02
AKOTA? CAeili liri6KBtUK U(0-
TCHC 6opeqGcoTn luvq iieAii-
rip60B'i"r6pOC 7- "'M 6TAKUA-
20T eBOA J36II n6Knil6TUA
eqoTAB iiABLioiiK ii:xi:x ee-
II MOT 6 BOA ll'îHTK '/.
(o AiAKUJM Aerei : npocev
Ï.AC06.0AA0C A6r6i : Kvpie
Texte des Constitutions
Apostoliques.
Rùpie TTaVTO/.psCTOp, 0 0£OÇ
•/îtXÔiv ô OlOC X.pt(7T0li Ta Tuxvxa
oy\jjAOuo'^'/]aoiç, xal ol «ùtoO
TÙ)V ôXwv Tupovowv y.OiTixXk'^-
"kidÇ' ùi ydi^ Suva.p!.i; ^là^popa
Tvoi^aai,, TO'JTO) ojvaatç x,al
^laipdpwç TCpovovicrai' ^li. yàp
auTOu ô Geoç, TZ^OSOSX^ TOÎV [/.SV
àôavscTWv <pu);a,/cf, (xo'vt), twv
oà Gv/iToiv 5ia^o)(^'^ TTÎç 4'''y^ç
cppovTt'^t vofAcov, TOu ccôaaTOç
àva7r>^r,pa)(7£i Tviç svSei'a;-
aÙTOÇ OÔV Xal VUV £7Utpl£l|/0V
£tcI TYiV àyiav coS £)tx,'Xv)(jiocv
xal a'j^viaov aOTY)v, xal -Xvf-
6uV0V TOÙ; £V aUTTi TcposcTcoxaç
xal oôç oùva[/,iv Tupôç to xoTiiàv
aÙTOÙç "koyoi xal Ipyw £Îç otxo-
ooM-yiv Toû laoO cou. aÙTOÇ
xal VUV £TCt^£ Èrrl tov ^oOXov
GO'j tqOtov tov ^j^TÔcpo) xal xpl-
C£l TO'ji x'XT^pOl» T^aVTOÇ tlç
7rp£<7[i;UT£piov STTi^oÔsvTa xal
(1) 1. A. VIII, XVI, 3.5. — Texte, p. 322.
[13]
l'ordination sacerdotale chez les coptes unis. 375
GACHCOii o lepevc Aerei) ep^rV/iGov aù-rov Trv£ijifjt.aj^àp'.To;
A-ZA noc ctoTeu epoii Ten- )cal(7upt.pouViaçToùàvTi)tau,pà-
'f'20 èpoK ovov: AKtvpe? iibpHi f. , n ~
ve<7yatxaixop£ûvavT6v>.aov<70u
ll])HT6ll etOII llllirillA eeT IJTB
./ sv xaGapa x,apota ôv tootuov
K2LIOT6(|OI IIABUOIIK IJ2CIX /. Ll ^ • ^^^>^^''
uoi iiA() LinmiiA UT6 reKco- émiSeç ItzI T^aov exXoyviç aoj
(bra ■/. eoncoc èAquoe gbo.v xai TrpoasTa^aç Mco-Jasi alpvi-
1)611 2AII6IIHpriA IITAA(rO II6U a n / .^
•^ , (jCLQ^cLi irpecpuTspou; , ouç
ca:\:i uuGTpec|TCBa) uneK- — — ■ ■
AAOC Ijf^llOVUeTpeUpAT^ */. £V£7rXY(J(XÇ ItVÊU^XTOÇ. xxî
oro2 iiTH(|opBtoK iiAK heiiov- ^^v ^pi£, xapac/ou, àv£:);)vi-
TOVBO IHiLI OVUeVI NKABApOC
•/. I16L. ovyrxH ecovA^ 7- ""'' ^''^^' '' ^'"''' tÔ ^rv£U(i^
IJT6C|2eaiK eBOA III1H2BHOVI '^^Ç ^apl'Ôç CTOU, OTTWÇ, xIyKJ-
neKAAOC '/. IIH A(3 ou 60IIAT-
iiriovovoi epoq iiTCiqAiroT ^oyo'> ^'Wt^oO, £v ^rpaoT/ixt
LIBepi •/. 2IT6II niOVA2f;UUICI xxi^£UVl (70U TOV )^C(ÔV xal
IIT6 ni^'OKeU 7- AIJOK Ae 210 ^ '
LIATOVBOI GBOA 2AIIOBI IIIBeil '^'o-'^S'^Vl COI £lXty,ptV(ï); £V
ij^euiio-/. 0V02 ApiT iipeiiee .^. ^ ^^^^^,^ ^^> ,
6BOA 2AIIH eTeiJOTI UUIIIUUOI '- ' — ^^
7- eiTGU -fueTueciTiA UTG neK- Ô£)vouGYi, xal Taç ÛTuip toO
LiONorHiiMO II -J H pi neiloo -^^^^ ^q.^ [epoopyiaç âjxwpuç
0V02 nfillllOV+ 0V02 11611- , ^_. (j. V ^
£X.T£ÀTj. Ota TOU /.ptCTOO COU,
GtOTHp IHC n\0 c|)AI 6T6 6BOA
,a£y ou «TOI oo^a til///) /.ai
eiTOTtj 6p6 nitOOV II6U ni- ' '^
TAio II6U niALiAei 116 u -f iipoc;- G£,Saç xai tw âytto irveufxari
KVIIHCIC 6pnp6ni IIAK ll6UAq
£iç TOjç ociwvx;' apiviv.
ueu nmiiA eov iip6qTAiii)o
liOUOOVCIOC II6UAK 1" IIOT II6U
IICHOV IIIB6II II6U ^A6II62 IJT6
1116116e THpOT AUHII-
Rome, juin 1930.
[14]
Paul Antoine.
LE TOMBEAU DE LÀ SAINTE VIERGE
Le quinzième centenaire du Concile d'Éphèse, célébré durant
l'été de 1931, a remis en honneur les souvenirs chrétiens de
cette ville, autrefois Tune des plus brillantes de l'Orient.
Ville aujourd'hui bien déchue. Les ports qui faisaient sa
gloire ont disparu successivement, sous l'épais linceul des
alluvions déversées par le Caystre. Les Arabes au vii^ siècle, les
Turcs au xi% les Mongols au xiv'' sont venus pillant, brûlant,
massacrant. L'Éphèse chrétienne n'existe plus. Quant à l'Éphèse
païenne, que les premiers Apôtres du Christ avaient trouvée en
pleine splendeur, leurs écrits nous permettent encore de l'en-
trevoir. Saint Paul adressera une épître à la jeune Église qu'il
a visitée. Saint Luc, dans les Actes, trace de la prédication de
l'Apôtre un tableau très vivant (1). Déjà la semence évangé-
lique avait été jetée par Apollos, traversant Éphèse; et l*aul
trouva des disciples, bien disposés, mais évidemment peu ins-
trui s. Il leur demanda s'ils avaient reçu le Saint-Esprit. Ces
gens lui répondirent qu'on ne leur avait jamais parlé du Saint-
Esprit. — « Mais quel baptême avez-vous donc reçu? — Le
baptême de Jean. » 11 fallut leur expliquer que Jean avait
inauguré dans le Jourdain un baptême de pénitence, mais que
son ambition se bornait à préparer les âmes pour la foi en Jésus.
Dûment instruits et baptisés au nom du Seigneur Jésus, les
néophytes reçurent le Saint-Esprit par l'imposition des mains
de Paul, et l'efficacité du sacrement se manifesta par le miracle
des langues. Paul entra dans la synagogue et y prêcha le
Christ pendant trois mois. Une partie des auditeurs se convertit;
d'autres s'endurcirent. Paul transporta son enseignement dans
l'école d'un certain Tyrannos; des hommes de bonne volonté
l'y suivirent. Cependant la vertu divine éclatait autour de lui :
(1) AcL, XIX.
Ll]
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 377
les linges qu'il avait portés, appliqués à des malades et à des
possédés, guérissaient les maladies et chassaient les démons.
L'efficacité des exorcismes chrétiens apparaissait à tout le
monde, et des Juifs voulurent en faire Tessai; les fils de Scéva,
grand-prêtre juif, s'avisèrent de commander aux démons « au
nom de Jésus, que prêche Paul ». Mal leur en prit : le démon
répondit, par la bouche du possédé : « Je connais Jésus, et je
connais Paul, mais vous, qui êtes- vous"? » Et se précipitant sur
les exorcistes indiscrets, l'énergumène les roua de coups. Ce
jour fut un triomphe pour la prédication de l'Évangile. Des
auditeurs adonnés à la magie apportèrent leurs livres supersti-
tieux, les brûlèrent publiquement; il y en avait pour cinquante
mille deniers.
Bravant les réactions assez vives d'une population [)aïenne
prompte à se soulever au nom de la déesse Artémis, Paul passa
deux années entières à Éphèse, de 53 à 56. Il lui donna même
un évêque, en la personne de son disciple Timothée. Mais par-
dessus Timothée; une autre inlluence plus durable rayonna
sur Éphèse et les autres chrétientés d'Asie : celle de l'apôtre
Jean, véritable fondateur et chef de toutes ces Églises. Non pas
apôtre des Gentils, au même titre que Paul, mais plutôt apôtre
de la circoncision, Jean s'adressait de préférence aux commu-
nautés juives pour y implanter la foi chrétienne; et toutes les
recrues de l'Évangile s'unissaient, se fondaient sous sa douce
main. Nous le voyons en face de son œuvre dans l'Apocalypse,
et nous l'entendons (1) adresser le message de l'Esprit divin
« aux sept Églises qui sont en Asie », à commencer par celle
d'Éphèse. Éphèse fut réellement la ville de Jean. Durant un
demi siècle peut-être, elle entendit sa parole; elle garda son
tombeau (2). Les évoques des grandes Églises d'Asie au ii" siècle,
Polycarpe de Smyrne, Polycrate d'Éphèse, se réclamaient de
l'apôtre Jean ; et l'on sait qu'une controverse retentissante,
touchant la date de la Pâque, mit aux prises ces évêques avec
les papes de Rome, Anicet et Victor, les Églises d'Asie demeu-
(1) Ap., I, 4.
(2) Au 11° siècle, Polycrate d'Éphèse écrit au Pape Victor : « Jean, qui reposa
sur la poitrine du Seigneur, est enseveli à Éphèse. » 'IwàwYi; 6 iid t6 (7tt,6o;
ToO Kupîou àvaTita'jiv... Èv 'E:pé(Ttp y.£xoi[i.r|Tai. Eusèbe, Hisl. Eccl., ni, 31 : v, 23.
[2]
378 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
rant attachées à l'observance quartodécimane, qu'elles tenaient
de l'apôtre Jean, à rencontre de l'observance romaine, héritée
des apôtres Pierre et Paul.
Si vénéré que lût dans Éphèse le nom de l'apôtre Jean, il ne
pouvait cependant pas l'être à l'égal du nom de la Vierge Mère
de Dieu, à qui le troisième concile œcuménique devait rendre un
homuiage incomparable. D'ailleurs, ces deux noms étaient unis
par un lien étroit, dont témoigne la lettre adressée le 23 juin 431
à l'Église de Constantinople par le concile que présidait saint
Cyrille d'Alexandrie. Les Pères s'étonnent et s'indignent de
l'audace qui a poussé l'impie Nestorius à venir soutenir son
hérésie dans cette ville (I) d'« Éphèse, où (vit le souvenir de)
Jean le Théologien et de la Vierge Mère de Dieu, sainte Marie ».
La phrase est elliptique, et peut-être ne nous a-t-elle pas été
transmise intégralement : les mots que nous avons cru devoir
suppléer en vue de la correction grammaticale, représentent le
minimum du sens qui se dégage clairement du contexte. Car
en prononçant les deux noms vénérés, les Pères font claire-
ment appel au souvenir de Jean et de Marie, particulièrement
vivant dans Éphèse.
Pourquoi ces deux noms sont-ils ainsi rapprochés? On a
souvent répondu : parce que Éphèse possédait deux sanctuaires,
dédié l'un à l'apôtre Jean, l'autre à la Vierge Mère de Dieu. Le
fait n'est pas contestable; mais il appelle une explication. Les
documents du concile distinguent nettement la grande église
Sainte-Marie, où les Pères s'assemblaient, et rà-ojxi/acv, dédié
à l'apôtre saint Jean : écrivant le même jour à l'empereur
Théodose II, le parti Nestorien se plaint d'avoir été exclu de
l'un et de l'autre par Memnon évêque d'Éphèse (2). Mais encore,
pourquoi ces deux sanctuaires? En ce qui touche l'apôtre saint
Jean, l'explication est toute simple : l'apôtre était honoré au
lieu-mème où reposait son corps : ainsi en fut-il constamment
dans l'Église primitive, où nous VDyons les premiers sanc-
(1) Mansi, Conciiiorvm amplissima CoUecUo, IV, 1241 B : cpôdiCTa; èv 'Ecpéaw,
£v6a ô ÔcoXovoç *l(«)âvvv)ç xal r, Ôeotôxo; 7ta>6évoç ïj àyîa Mapîa.
(2) Mansi, IV, 1233 E : MÉjavovo; toû iniav.6no-j xà; [aÈv àyia; èxxXriTiai; xal xà
àyoi [AapTÛpia xai tô aytov àTtoaxôXtov yi(iïv à7tox),ei<javio;..., èxsivoi; ôè Tr|V (xsyâXriv
£xx),ïi'ïiav àvoiÇavToç...
[31
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 379
tuaires chrétiens s'élever sur la tombe des martyrs et des
grands évèques. Les exemples abondent, inutile d'en citer. En
ce qui touche la Vierge Marie, l'usage met aisément sur la
trace d'une explication semblable : l'église Sainte-Marie se
serait élevée au lieu où avait reposé le corps de la Vierge; si
la conjecture reste dépourvue d'attestation positive, on se
saurait lui dénier une haute convenance.
D'autant qu'assez de raisons suggèrent l'association de la
Vierge à l'apôtre saint Jean, jamais rompue depuis la passion
du Seigneur. Le Christ en croix avait dit à sa Mère ( 1 ) : « Femme,
voilà votre fils ». Et au disciple bien-aimé : « Voilà ta mère ».
A dater de cette heure, ajoute l'évangile, le disciple prit Marie
à sa charge. On ne voit pas qu'il se soit jamais cru relevé
de ce devoir sacré. Pourquoi Marie ne l'aurait-elle pas suivi à
Éphèse? Pourquoi n'y aurait-elle pas eu son tombeau? Pourquoi
l'église Sainte-Marie ne se serait-elle pas élevée sur le tombeau
de la Vierge, et plus tard VàizoccoXiov sur le tombeau de l'Apôtre,
ainsi que les divers ;j.apTupia qui, d'après nos documents, per-
pétuaient dans Éphèse la mémoire d'autres saints personnages?
Le seul recours à une loi très fondée en histoire suffit à rendre
compte de tout; il rend compte notamment de cette insigne
dévotion à Marie, par laquelle Éphèse était distinguée entre
toutes les villes du monde, et qui cesse d'être' une énigme, si
l'on admet qu'elle avait fleuri sur un tombeau.
La simplicité du système est faite pour séduire. Mais elle ne
nous dispense pas d'entendre ce qu'on peut lui opposer. Le
fait est qu'une tradition accréditée depuis quatorze siècles place
le tombeau de la Vierge non point à Éphèse, mais à Gethsémani.
Ce point d'histoire mérite examen.
Constatons d'abord le silence des premiers siècles chrétiens,
touchant les dernières années de la Vierge. Silence que ne
rompt aucune voix de récit ni de légende. Les Apôtres, qui
avaient porté au bout du monde la parole du Fils de Dieu, ne
s'étaient pas donné mission de poursuivre, après la descente
du Saint-Esprit, les destinées de la Vierge Mère. Les Pères
(1) loan., XIX, 26-27.
[4]
380 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
n'entreprirent pas de les suppléer. S'ils effleurent quelquefois
le sujet, c'est pour avouer leur ignorance. Nous pourrions
interroger saint Cyrille de Jérusalem, témoin hors pair quant
aux souvenirs de son Église : ses admirables Catéchèses nous
laissent ignorer la fm de Marie. Arrêtons-nous plutôt à deux
Pères très représentatifs, l'un de l'Orient, l'autre de l'Occident
et de l'Orient à la fois : saint Épiphane de Salamine à Chypre,
et saint Jérôme. Saint Épiphane, « l'homme des trois langues »,
versé dans l'antiquité grecque, dans lantiquité sémitique,
dans l'antiquité latine; plus érudit que judicieux, mais doué
d'une curiosité toujours en éveil, ardent à dépister les rumeurs
locales et à colliger les documents inédits. Saint Jérôme, très
informé des premiers souvenirs chrétiens, par un séjour pro-
longé en Terre Sainte et par ses travaux sur les Écritures. Les
réponses de ces deux Pères sont éminemment propres à nous
découvrir le sentiment commun de l'Église à la fm du iv"' siècle.
Sur les dernières années de la sainte Vierge, Épiphane avoue
candidement son ignorance. Il vient de rappeler les paroles du
Christ confiant sa Mère à saint Jean (1) :
Alors Jean prit Marie sous sa garde. Mais elle n'y demeura point. Si
quelques-uns pensent que je me trompe, qu'ils suivent la trace des Écri-
tures : ils n'y trouveront pas la mort de Marie : ni qu'elle soit morte, ni
qu'elle ne soit pas morte; ni qu'elle ait été mise au tombeau, ni qu'elle
n'ait pas été mise au tombeau. Entre temps, Jean prit la route d'Asie;
mais nulle part il ne dit qu'il ait amené avec lui la sainte Vierge : l'Écri-
ture a simplement gardé le silence, à cause d'une si grande merveille,
pour ne pas confondre la pensée des hommes. Pour moi, je n'ose parler :
je réfléchis et me tais. D'aventure nous avons pu raconter la trace de
cette Vierge sainte et bienheureuse, à défaut du secret de sa mort. D'une
part, Siméon dit d'elle : Un glaive percera ton âme, afin que soient révélées
les pensées de bien des cœurs (Luc, ii, 35). D'autre part, l'Apocalypse de
Jean dit (.\ii) que le dragon se jeta sur la femme qui avait mis au jour un
enfant màle, qu'elle, reçut des ailes d'aigle et s'enleva vers le désert pour
échapper au dragon. Ceci pourrait s'accomplir en elle : je n'ose l'affirmer
absolument, ni dire qu'elle a échappé îi la mort, ni affirmer qu'elle
mourut...
Et plus loin (2) :
(1] S. Épiphane, Haer. LXXVIII, \l;P.G., XLII, 710 BC.
(2j Ibid., 24, 737 A.
[5]
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 381
Que la Vierge soit morte et ait été mise au tombeau : glorieux est son
repos, sainte sa fin, virginale sa couronne. Qu'elle ait péri de maie mort,
selon l'Écriture : Un glaive percera son âme : avec les martyrs est sa
gloire, dans les béatitudes le corps saint de celle par qui la lumière se
leva sur le monde. Qu'elle ait survécu : rien d'impossible à Dieu, qui fait
tout ce qu'il veut: nul ne connaît sa fin. Il ne faut pas honorer les saints
outre mesure, mais honorer le Seigneur des Saints. Trêve donc à l'erreur.
Épiphane a commencé par écarter l'idée que Marie ait suivi
saint Jean sur la route d'Asie. En quoi il exprime un sentiment
personnel. Mais il n'y met point d'opiniâtreté. Là où l'Écriture
se tait, il ne demande qu'à ignorer. Par ailleurs, chacun est
libre d'interroger l'Écriture et d'y soupçonner des miracles,
car la puissance de Dieu est sans bornes. On ignore comment
mourut la sainte Vierge, et même si elle mourut. Épiphane ne
veut pas en savoir plus long.
Un peu plus jeune qu'Épiphane, saint Jérôme n'est pas moins
discret. S'il rappelle, lui aussi, à diverses reprises, les paroles
adressées à Marie et à saint Jean par le Christ en croix (1), ce
n'est pas pour en tirer des conclusions hasardeuses; mais il se
plaît à souligner la prédilection du Seigneur pour l'apôtre
vierge, et la convenance particulière du don qu'il lui fit de sa
Mère Vierge. Traduisant la Chronique d'Eusèbe, il note qu'après
la mort de Domitien, Jean quitta l'exil de Patmos et revint à
Éphèse, où il possédait une petite maison et des amis tout
dévoués (2). Dans son livre sur Les noms hébraïques, il men-
tionne Gethsémani comme le site consacré par la prière du
Seigneur, où l'on a élevé une église; mais il n'indique aucun
lien avec le souvenir de la Sainte Vierge (3). Sur la thèse géné-
rale de la résurrection corporelle, il marque beaucoup d'éloi-
gnement pour le sentiment d'Origène, qui lui parait mécon-
naître l'identité du corps ressuscité (4). Il ne lui vient pas à
(1) Epp., cxvii, i; cxxv, 4; P. L., XXII, 954; 1090; Adv. lovinianum, i, 26;
P. Z,., XXIII, 246-8.
(2) Chron., ad ann. 99, P.L., XXVII, 603.
(o) De situ et nominibus, Evangel., P. Z,.,XXVI, 903 B : Gethsémani, locus ubi
Salvator ante Passionem oravit. Est autem ad radiées mentis Oliveti nunc
ecclesia desuper aedificata.
(4) Ep., Lxx, 2; P.L., XXII, 687.
;382 REVUE DE l'orient chrétien.
l'esprit de désigner la Sainte Vierge comme type d'une résur-
rection anticipée.
Épipliane et Jérôme, les deux grandes autorités pour les
souvenirs palestiniens, en cette fin du iv' siècle, n'ont rien à
nous apprendre touciiant la mort de la Vierge. Aucun autre
Père, à cette même date, n'en sait plus long. Et l'on a pu
observer que l'idée d'un miracle tel que l'Assomption corpo-
relle ne paraît pas avoir traversé la pensée de saint Jérôme.
Si elle a traversé la pensée de saint Épipliane, c'est comme
une pure possibilité, à laquelle l'evéque de Salamine ne s'arrête
pas. Il n'a évidemment aucune donnée positive à cet égard.
Et tous les Pères du même temps en étaient là. Sur l'Assomp-
tion corporelle de la Sainte Vierge, la tradition historique des
quatre premiers siècles chrétiens est entièrement muette. Et
non seulement la tradition historique, mais les apocryphes
eux-mêmes. Plus tard, on s'occupera de combler cette lacune,
et le viif siècle verra naître une prétendue lettre de saint Jérôme
à Paule et Eustochium, qui trouvera quelque temps une trop
bénévole hospitalité au Bréviaire Romain, mais sera dénoncée
comme un faux par Érasme, éditeur de saint Jérôme, et dis-
paraîtra, pour l'honneur de la prière catholique (1).
La carence, prolongée durant des siècles, de la tradition lit-
téraire touchant un point destiné à entrer dans la croyance
commune de l'Église, ne surprendra pas outre mesure si l'on
réfléchit que cette Croyance repose sur un tout autre fondement,
sur le fondement d'une tradition proprement dogmatique. Le
raisonnement théologique, où s'appuie la croyance, aujourd'hui
commune, à l'Assomption corporelle de Marie, peut se formuler
en peu de mots. Marie est entrée dans ce monde par le miracle,
au jour de sa Conception immaculée. Le rang qu'elle occupe
entre les créatures, comme Mère de Dieu, est incomparable :
elle le doit au miracle de l'Incarnation. Elle ne pouvait déchoir
de ce rang, et donc ne pouvait sortir de ce monde sans un
nouveau miracle, le miracle de l'Assomption corporelle confir-
mant rélectioo divine et la réunissant pour jamais au Dieu qui
a voulu devenir son Fils. Voilà pourquoi la Résurrection et
(1) Ps. Jérôme, Ep.w; P. L., XXX, 121-142.
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 383
l'Ascension glorieuse de Jésus appellent comme corollaire la
résurrection et l'Assomption corporelle de Marie. La pensée
chrétienne s'est affermie peu à peu dans cette croyance, comme
dans une exigence de la doctrine révélée. L'exigence avait
échappé à saint Jérôme, comme à saint Épiphane, comme à
tous les anciens Pères. Néanmoins des prémisses étaient posées,
d'où l'Église, assistée par l'Esprit-Saint, la ferait sortir. Mais
ne nous détournons pas de l'enquête historique où nous sommes
engagés.
Auvi^ siècle, apparaît, dans les Itinéraires de Terre Sainte(l),
une église dédiée distinctement à Marie Mère de Dieu, à Getli-
sémani. Elle est signalée vers l'année 530 par le guide de Théo-
dosius, De situterrae sanctae{2); vers l'année 570 par le guide
d'Antonin de Plaisance, comme un sanctuaire privilégié où se
font beaucoup de miracles (3). Au vir siècle, Adamnanus,
abbé d'iona, d'après les récits de l'évêque fraiic Arculfe,
apporte des précisions que les anciens n'ont pas connues : il
parle d'une église dédiée à la Sainte Vierge dans la vallée de
Josaphat; d'un tombeau vide, que l'on voit dans cette église,
et où l'on dit que le corps de Marie aurait reposé (4). Au
viii' siècle, Bède fait siennes les données d'Arculfe (5). Au
xii" siècle, Pierre Diacre désigne sur le mont Sion le lieu où
serait morte la Vierge (G).
Entre la tradition qui attache à Jérusalem la sépulture de la
Vierge, et celle qui l'attache à Éphèse, la raison théologique
n'a point à se prononcer; le choix ne saurait être guidé que
par des vraisemblances historiques, et l'absence de témoignages
positifs sur le séjour de la Vierge, après la descente de l'Esprit-
Saint sur les Apôtres, nous laisse indécis.
Pourtant la parole du Christ demeure. Il a confié sa Mère à
l'apôtre vierge; cette parole est grave, et l'on s'étonne d'en-
tendre saint Épiphane en disposer si librement. En consignant
(1) Ilinera hierosolymilana saec. iv-viii, ex rec. P. Geyer; Corpus Scriptorum
ecclesiasiicorum lalinorum Vindobonense, vol. XXXI X.
(-1) Theodosiiis, De silu Terrae sanclae, 10, p. 142, 16.
(3} Antoninus, Ilinerarium, 27, p. 177, 16.
(4) Adamnanus, De locis .sanctis, l, 12, p. 240, 14.
(5) Beda, De locis sanctis, 5, p. 309, 18.
(6) Petrus Diaconus, De locis sanctis, p. 111,8.
' [8]
384 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
cette parole dans son évangile, bien des années après la mort
de la Vierge, saint Jean a montré qu'il en sentait toute la force,
et sans doute il l'a prise à la lettre. Ainsi l'entendent la plupart
des chrétiens qui lisent le quatrième évangile.
La carrière de l'apôtre saint Jean après la Pentecôte n'est
jalonnée que par un petit nombre de dates fermes. Au len-
demain de la Pentecôte, nous le voyons monter au temple avec
Pierre (1), qui guérit un boiteux; avec lui, comparaître devant
le Sanhédrin (2), souffrir la prison et les verges; un peu plus
tard, missionner en Samarie (3) à la suite du diacre Philippe.
Après l'ordination des premiers diacres et la persécution
menée par Saul, Jean disparaît. Quand SauU. converti et affermi
dans la foi, vient à Jérusalem trois ans plus tard, en 39 proba-
blement, il n'y trouve que deux apôtres (4) : Pierre et Jacques,
frère du Seigneur. Après quatre ou cinq années encore, en 42,
Pierre, emprisonné par Hérode Agrippa et délivré par un ange,
vient de nuit frapper à la porte de la maison qu'habite la mère
de Jean Marc, et dit (5) : « Prévenez Jacques et les frères ». De
plus en plus, l'Église de Jérusalem se resserre autour de
Jacques frère du Seigneur. Jean n'est plus en vue. Cependant
Paul, reparaissant à Jérusalem après un intervalle de quatorze
ans, vers l'an 50, y retrouve Jean (6) : avec Pierre et Jacques,
Jean est de ceux qu'on nomme les colonnes de l'Église; et il
donne la main, en signe d'alliance fraternelle, à Paul et à
Barnabe. Depuis la mort du Seigneur, vingt ans s'étaient
écoulés. On ne relève nulle part la trace d'un apostolat pro-
longé durant tout ce temps par Jean, soit en Judée, soit en
Samarie; et l'on aura beaucoup de peine à se persuader que
Jean ait attendu jusque-là pour prendre à son compte la parole
du Seigneur (7) : « Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités
du monde. » Par ailleurs, aucune hésitation n'est possible
quant à la direction prise pai; son apostolat. Au ii* siècle,
(1) Act., III, 1.
(2) AcL, IV, 19-v, 40.
(3) Ad., viii, 14-17.
(4) Gai., 1, 18-19.
(5) AcL, XII, 17.
(6) Gai., II, 9.
(7) Act., 1,8.
[91
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 385
Polycrate d'Éphèse atteste (1) que sa ville épiscopale garde le
tombeau de Tapôtre; saint Irénée de Lyon (2) et Clément
d'Alexandrie (3) confirment que Jean, après l'exil de Patmos,
fixa son séjour à Éphèse. Au m'' siècle, Tertullien (4) connaît
des Églises par lui formées; on ne les cherchera point hors
d'Asie. Origène (5) et Denys d'Alexandrie (6) savent qu'il mourut
à Éphèse. Au iv" siècle, pour saint Jérôme, Jean est le fonda-
teur et le chef de toutes les Églises d'Asie (7). Pour cette
ardeur d'apostolat dont il était consumé, on trouve beaucoup de
temps entre les années 40 et 50. Il a pu prendre dès lors la
route d'Asie.
Quant à Marie, on perd sa trace dès le jour de la Pentecôte (8).
Les écrits apostoliques ne suggèrent pas qu'elle ait continué de
tenir dans l'Église de Jérusalem le rôle de centre vivant qui
avait été le sien dès la première heure, après la Passîon. A vrai
dire, le séjour de Jérusalem ne semblait pas particulièrement
indiqué pour les femmes chrétiennes, en ce jour où Saul dévas-
tait l'Église, traînant hommes et femmes en captivité '^9). Il
apparaît croyable que saint Jean, lui-même étranger à Jéru-
salem, a cru remplir la mission reçue du Seigneur en conduisant
sa Mère dans un abri sur. Éphèse aurait été cet abri; là Marie
aurait vécu jusqu'à sa bienheureuse mort. D'ailleurs, Jean
devait revenir plus d'une fois dans cette ville; après l'exil de
Patmos, il y levint encore et y mourut.
Conjectures sans doute, et, avouons-le, plus pauvres d'appui
dans la tradition littéraire que les conjectures désignant le
mont Sion comme dernier séjour de'la Vierge. Mais on a vu par
ce qui précède combien, en l'absence d'attestations positives,
la fantaisie avait le champ libre pour reconstituer, à cinq ou
six siècles d'intervalle, une histoire devenue indéchiffrable. Que
(1) Voir Eusèbe, //■.£"., m, 31.
(2) Adv. Haer., ii, 22, 5 ; in, 3, 4.
(3) Quis dïves salvelur, 42.
(4) IV Adv. Marcionem, 5 : Habemus et loannis alumnas Ecclesias.
(5) Eusèbe,' //. E., m, 1.
(6) Eusèbe, H, E., vu, 25.
(7) De vir. iUustr,, 9 : Totas Asiae fundavit rexitque Ecclesias.
(8) AcL, I, 14.
<9) Act.. VIII, 3; IX, 2.
[10]
ORIENT CHIŒTIEX. 25
386 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
latraclition de Jérusalem ait pris le pas sur la tradition d'Éphèse,
cela s'explique aisément par les titres imprescriptibles de
Jérusalem, point d'attache de tous les souvenirs chrétiens. La
décadence d'Éphèse, couverte dès le vii^ siècle par le flot arabe
et progressivement déchristianisée, la condamnait à l'oubli^
dès lors que les pèlerins n'y allaient plus retremper leur
dévotion.
D'ailleurs oubli moins total qu'on ne pourrait le croire. Les
chroniqueurs jacobites du xiT et du xiii" siècle, Denys Bar
Salibi, Michel le Syrien, Abulfarage, attestent la persistance
d'une tradition locale affirmant le séjour de la Vierge et sa
mort à Éphèse. Cette tradition a été recueillie en Occident et
défendue par des historiens tels que ïillemont et Ruinart, par
le pape Benoît XIV. Elle a obtenu de nos jours un regain de
faveur.
Au risque de discréditer complètement la thèse éphésienne,
nous noterons que ses progrès dans l'opinion commune, depuis
une quarantaine d'années, sont, dans une certaine mesure,
liés à la diffusion des révélations de Catherine Emmerich, la
voyante de Diilmen en Westphalie.
Nul ne s'avisera de consulter les récits de voyantes comme
documents d'histoire. Et ici, la circonspection s'impose d'autant
plus que la vision s'oppose à la vision. Si Catherine Emmerich
(f 1824) est invoquée pour la tradition d'Éphèse, Marie de
Jésus, abbesse d'Agrédaen Espagne (f 1665), est invoquée pour
la tradition de Jérusalem. Néanmoins nous n'imiterons pas les
esprits fermés qui congédient sommairement ce genre de con-
sidérations, comme rêveries de femmes hystériques ou jeux de
simulatrices. Nous y voyons un cas de psychologie religieuse,
non indigne de retenir l'attention.
La Cité mystique de Dieu, composée d'abord par l'abbesse
d'Agréda sous l'impression fraîche de ses communications sur-
naturelles et sur l'ordre d'un confesseur, brûlée par obéissance
à un second confesseur, récrite plus tard sur l'ordre du premier,
déconcerte d'abord le lecteur par une forme littéraire très
artificielle. Les anges, les apôtres, la Sainte Vierge elle-même,
y parlent comme des héros de Tite-Live. La piété est profonde,
mais elle perd quelque chose à venir jusqu'à nous par ces
[11]
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 387
harangues apprêtées. Si Ton surmonte cette impression de
surface, on se lieurte, quant au fond, à une profusion de mer-
veilleux qui excite la défiance. Avant de se rendre en Asie
Mneure avec saint Jean, la Sainte Vierge a été transportée
par les anges, en Espagne, à Saragosse, pour y visiter Tapôtre
saint Jacques. Au retour de ce voyage, elle part de Jérusalem
avec saint Jean et se rend à Éphèse par voie de mer. Elle y
reverra saint Jacques, revenant d'Espagne à Jérusalem, où il
subira le martyre. Elle-même reviendra visiter la ville sainte,
à rappel de saint Pierre, et y mourra, entourée de tous les
Apôtres; elle sera ensevelie dans la vallée de Josaphat (1).
Tout autre est l'impression produite par la voyante de
Dïilmen. Récits d'une femme très simple, à qui Dieu a fait
revivre en imagination les scènes de la vie du Christ et de la
vie de sa Mère; elle réveille ses souvenirs déjà en partie effacés;
sans s'inquiéter beaucoup des contradictions de détail où elle
pourra tornber, elle livre ces souvenirs au secrétaire qui nous
les a transmis pieusement. Nous ne saurions dire ce que Clément
Brentano a pu mêler du sien aux données qu'il recueillait sous
la dictée de la voyante; mais il a dû travailler sur une riche
matière, car sa rédaction nous livre abondamment de ces traits
qu'on n'invente pas. En particulier, sa topographie de la
région éphésienne donne l'impression d'une chose vue, et pose
d'étranges problèmes à qui veut écarter l'hypothèse d'une
réalité contemplée en imagination. Nous savons tels voyageurs
qui, ayant gravi la colline de Bulbul-Dagh résolus à prendre
en défaut la voyante ou le secrétaire, ont dû s'avouer vaincus.
Catherine Emmerich assure que Marie, après l'Ascension
du Seigneur, passa trois ans sur la montagne de Sion, puis
trois ans à Béthanie, enfin neuf ans près d'Éphèse, où l'avait
précédée une petite colonie chrétienne et où saint Jean la
conduisit.
(Quelques lignes donneront une idée du document, très
remarquable par son caractère visuel (2).
( i) La Cité mystique de Dieu, par la vénérable mère Marie de .Jésus d'Agréda,
traduite de l'espagnol par le R. P. Croset, franciscain; tome VI. Paris, 1857.
(-2) ]'ie de la Sainte Vierge, d'après les visions de Catherine Emmerich.
Traduction nouvelle, p. 461-:.'. Paris-Tournai, 1860.
[12]
388 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
Quand Jean amena la Vierge dans ce pays, après avoir eu soin de lui
faire bâtir une maison à l'avance, il s'y trouvait déjà un certain nombre
de familles chrétiennes, et de saintes femmes, établies dans des grottes ou
des cavernes qu'on avait rendues habitables par quelques travaux légers,
ou dans des cabanes mobiles; une violente persécution les avait con-
traintes à fuir leur patrie. Comme on avait pris, suivant qu'ils se présen-
taient, les abris disposés par la main de la nature, les habitations étaient
isolées et souvent à un quart de lieue l'une de l'autre, et la colonie tout
entière faisait à peu près l'effet d'une bourgade non agglomérée. Seule la
maison de la Vierge était bâtie en pierres. Derrière cette maison, à une
distance peu considérable, des rochers élevés formaient le sommet de la
montagne, duquel on apercevait, par delà les collines et les arbres, la
ville d'Éphèse et la mer avec ses îles innombrables (1). Cet endroit est
moins éloigné de la mer que d'Éphèse même, qui peut en être à quelques
lieues. Le pays est solitaire et rarement visité par les voyageurs. On
trouve dans le voisinage un château habité par un roi, un prince détrôné.
Jean lui a souvent fait visite, et l'a même converti à la foi chrétienne ;
plus tard cette localité est devenue la résidence d'un évêque. J'ai remar-
qué entre la petite colonie et la ville d'Éphèse un cours d'eau singulière-
ment sinueux.
Au cours des neuf années passées à Éphèse par la Sainte
Vierge, selon la voyante de Dulmen, elle voulut, par deux fois,
revoir Jérusalem et les lieux sanctifiés par la passion du Christ;
mais elle revint mourir à Éphèse. Nous retrouvons les Apôtres,
appelés, par une disposition particulière de la Providence,
autour de son lit de mort; nous assistons aux honneurs qui lui
furent rendus quand on déposa son corps sur une colline voisine
d'Éphèse, près du lieu encore désigné par la tradition locale
comme « la maison de la Vierge », Panagia Kapuli. La véné-
ration publique s'est attachée à ce lieu; les Turcs même vien-
nent encore plonger leurs enfants malades dans la fontaine de
la Panagia. Les fouilles amorcées par les Lazaristes français,
interrompues par la guerre, ont déjà donné des résultats
heureux et nous réservent peut-être des découvertes du plus
haut prix, sur la colonie chrétienne établie au i*"" siècle à Bulbul-
Dagh (2).
(1) Ce trait est fort suggestif. Il n'y a pas d'" îles innombrables » à l'horizon
de Bulbul-Dagh, mais une seule grande île, Samos, dont les multiples affleure-
ments sur la mer, à l'opposé des méandres du Caystre, donnent l'illusion d'un
archipel. (D'après les souvenirs d'un voyageur.)
(2) L'auteur qui a écrit avec le plus de soin sur cette question est le
[13]
LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE. 389
Ue cette excursion au pays mystique, nous ne retiendrons
aucune conclusion ferme. Les deux voyantes sont en désaccord
quant au lieu où mourut la Sainte Merge, la première situant
cette mort à Jérusalem, la seconde en Asie Mineure. D'autre
part, elles s'accordent pour la faire séjourner à Éphèse, et cet
accord n'est pas négligeable. On ne peut se dispenser d'en tenir
compte, pour mesurer l'aire de diffusion de la thèse éphésienne.
Les dernières années de la Sainte Vierge échappent aux
prises de l'histoire. Espérer ressaisir, par delà une transmis-
sion littéraire, la parole de témoins directs, serait chimère.
Mais là oi^i l'histoire s'arrête interdite, l'instinct de la piété
chrétienne peut oser encore. Les exigences de la parole du
Seigneur, liant l'avenir de sa Mère à celui de l'apôtre Jean, puis
la grande lumière qui brille sur l'Éphèse du v'' siècle, enfin la
persévérance des mystiques à tourner leurs regards vers les
rives d'Asie Mineure pour y chercher la demeure de la Vierge
ou son tombeau, ne paraîtront pas des indices négligeables.
En l'absence de toute clarté supérieure venue de Jérusalem,
beaucoup de croyants préféreront tenir Éphèse pour le lieu où
la Vierge finit sa course terrestre et d'où elle monta au ciel.
Adhémar d'Alès.
!)'• Johannes Niessen, Panagia Kapuli, Di'ilmen i. V^., 1906 (400 pages in-8, avec
cartes et photographies). — Du même auteur, Ephesus. Die lelzte Wohnslâlle
der hl. Jungfrau Maria, Jlunster i. W., 1931, in-8, 62 pages. — M. Parrang,
prêti'e de la Mission, qui a vécu de longues années à Éphèse, a bien voulu en
évoquer pour rn'oi la vision. Je l'en i emercie vivement.
[14]
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS
IBN ÂR-RÂHIB
ET L'HISTOIRE DE GIRGIS EL-MÀKIM
C'est par la simple épithète de « Fils du moine * que fut tout
d'abord désigné l'auteur du Chronicon orientale dont la tra-
duction parut a Paris, en 1651, publiée pour la première fois par
le syrien Abraham Ecchelensis. Celui-ci avait relevé cette appel-
lation dans la chronique de Girgis el-Makim qui, disait-il, avait
utilisé et souvent même reproduit textuellement le chroni-
con (l). Quelques années plus tard, en 16C1, dans son ouvrage
sur Eutychius, Abraham Ecchelensis identifiait le « Fils du
moine » et, sans nous donner les motifs de cette identification,
il l'appelait Butros ibn ar-Rahib de nationalité égyptienne et de
religion copte (2). En 1729, Joseph Simon Assémani révisa la
traduction de son compatriote, il la fit paraître dans le recueil
des Historiens de Byzance et, comme son devancier, il attribua
la paternité du Chronicon orientale à Butros ibn ar-Rahib,
dont il fit aussi le tributaire de Girgis el-Makim (3). Cette attri-
(1) Il écrit dans sa préface : « Nostrum exemplar anonymum est at eius
authorem fuisse quemdam nomine Filium Monachi, ex prima parte Chronici
Georgii Homaidi plane coUigitur. Quoties enim, quod passim facit, hune laudat,
non solum sententia semper eadeni est, sed numerata quoque verba. »
(2) « Abnarahibus seu Ben Rahibus, hoc est FiHus Monachi, patria Aegyptius,
religione christianus, secta coptita, auctor Chronici orientalis, quod latinitate
a nobis donatum, editum fuit Parisiis in Typographia regia anno 1G51. >■ Cf.
Eulychius Palriarcha alexandrinus vindicatus et suis restilutus orientaiibus.
Romae, 1661.
(3) Dans la dédicace adressée à Clément XII, Assémani écrit : <■ Verum sine
consilii mei quas ante dixi, rationes spectentur, sine tua, quam dignitati
egregie coniunctam prae te fers, summa humanitas ac benignitas, in conspec-
tuni tuum auctor iste Aeg}'pnus, qui olim sine nomine in Latium jK-rvaserat,
nunc proprio, licet barbai'o, cultu ornatus venire audet. Nec audet tantum, sed
alacris eliam ae fiducia plenus, Tibi tanquam litterarum patrono atque mae-
cenate optimo se sistit», etc., etc. Cf. Corpus Byzanlinae historiae, t. XVII.
[1]
LE CHRONICOX ORIENTAUX DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 391
bution n'a pas été contredite depuis; la dépendance de Girgis
el-Makim par rapport au C/ironicon orientale n'a pas été con-
testée. L'appréciation d'Eusèbe Renaudot. l'un des fondateurs
de l'histoire ecclésiastique orientale, sur l'œuvre de Girgis el-
Makim semble en avoir été la cause. 11 porte sur cet auteur, que
Thomas van Erpen nous a fait connaître en partie dans son
Historia Saracenica, ce jugement aussi sévère qu'il est surpre-
nant de sa part : « Elmacinus homo nullius in historia
iudicii » a-t-il écrit, dans son Histoire des Patriarches jaco-
bistes d' Alexandrie (1). Le texte arabe que n'avait point publié
Abraham Ecchelensis ni Assémani étant accessible aujour-
d'hui (2), le contrôle de l'examen fait par ces derniers ainsi
que celui de leurs conclusions nous est loisible; il est requis
«n outre par l'importance qu'on a attribuée au Chronicon orien-
tale et que la publication de son texte semble avoir voulu con-
sacrer.
Nous possédons deux ouvrages de celui qu'Abraham Ecche-
lensis et Assémani nous ont fait connaître, dans lesquels cet
auteur est désigné avec toutes ses caractéristiques patrony-
miques : Abou shaker ibn Abu'l Karam Butros ibn ar-Rahib
ibn al-Mohaddab. L'un est un traité sur diverses questions de
théologie intitulé : « Le livre de la démonstration », dont
l'autographe daté de Tan 998 de l'ère des Martyrs nous est
parvenu. L'autre est un opuscule sur les sept grands conciles (3).
Nous possédons aussi, traduits en éthiopien, une autre com-
position placée sous son nom. Elle porte le titre suivant :
^y*> ! nn,-/- •• ïicn±n •• h'^ôa^ ■•• h'm ■■ ^>*7c •- aht
■f" ' (h^tX '• 0^9" î etc. « Ceci est le Livre béni rédigé par
l'illustre, habile dans les Écritures, Abou shaker ibn Abu'l
(1) Cf. Historia P air iar char uni Alexandrinorum, p. 10.
(2) Ci.C.S.C.O., n°45.
(3) Cf. J. Assémani, Bibliolheca orientalis, t. I, p. 574, ms. 8; p. 626, ms. 31;
t. II, p. 510, ms. 42.
12]
392 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Karam Butros le moine ibii al-Mohaddab, qui signifie le fils
du cultivé, ou plutôt de férudit, connu sous le nom de Barish»
diacre de leglise de Mohallaqah. Il traite du comput des
temps, il fait l'exposé de l'histoire depuis la création d'Adam,
que la paix soit avec lui! jusqu'à Tan du monde 6750 selon le
comput égyptien, concordant avec l'an 1569 d'Alexandre et
aussi l'an 655 de l'Hégire. Il a réuni le tout en chapitres dont
nous donnons les titres et il a apporté une grande application
à son travail. Que le Très-Haut lui fasse miséricorde et lui soit
propice. Le nombre de chapitres est de 59 (l). »
Cet ouvrage existe aussi en arabe, comprenant comme la
version éthiopienne une partie qui traite de la computation des
temps et une partie qui concerne l'histoire. Il débute comme
il suit :
Jl_5 /»^l 'y» ^c_>jly"l t^llS 'Tc^i *^£^y /^.^..^S»-} <»^Ul (j *•«> (^-^
Aj L«..kw«.^-3 I- ^1 A^-L~>_J (♦ilai/U -lo-fl" -rc_>jLJ 't,.^>.,»,-s>J' AjL<k.Ju,«-J »«_ÀJl
U *>* J V*29 )iXf^ JyS' ^J-jolLi J^_5 jy^Vi lAj,.iJj Aj.Uji*Jj 'yjtj.^J.
Comme on le voit par ce titre, le récit historique du texte
arabe s'étend jusqu'à la même date que celle donnée dans la
version éthiopienne; cette date est même confirmée par la
computation selon l'ère ces Martyrs : 973 A. M. L'ensemble de
fouvrage toutefois ne compte, pas le même nombre de cha-
pitres que celui du texte éthiopien. Les deux textes qui repré-
(1) Cf. DiLLMANN, Calalogus codicum manuscriplorum orienlatium qui in Museo
Brilannico asservantur. Pars III, Londini, 1847, ms. 36. — Whi'ght, Catalogue of
the Ethiopie manuscripts in the B. M. acquired since the year 18i7. London,
1877, ms. 383 à 387. — Chaîne, Catalogue des manuscrits éthiopiens de la collection
Antoine cl' A bbadie. Paris, 1912, ms. 140.
(2) Ch. Rieu, Supplément of the Catalogue of the Arabie manuseripls in the-
British Muséum. London, 1899, ms. 34.
[3]
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IB\ AR-RAHIB. 393.
sentent un même ouvrage ne se ressemblent point, en efïet,
d'une façon littérale et intégrale. Chacun d'eux contient certains
sujets traités qui lui sont propres et maintes fois, dans leurs
parties communes, la rédaction elle-même diffère. Tous deux
comportent des additions se rapportant à des faits postérieurs à la
date du début; mais c'est là une fréquente particularité pour
nombre de compositions se rapportant à l'histoire: nous ne fai-
sons que la signaler, elle est sans importance pour notre étude. Le
texte arabe ne nous donne pas le nom de l'auteur de cet ouvrage;
il se borne, dans une des tables chronologiques qu'il renferme,,
à nous signaler le nom des principaux historiens qui ont été
consultés pour sa rédaction et parmi eux, à côté de Saïd ibn
ai-Batrik, nous relevons le nom d'Ibn ar-Rahib. Les chapitres
de la deuxième partie de cet ouvrage, qui sont consacrés à
l'histoire et qui nous intéressent ici, sont les suivants d'après
la version éthiopienne et d'après le texte arabe.
Chapitre xlviii. Histoire du monde depuis Adam jusqu'à-
l'empereur Héraclius (se trouve dans le texte arabe).
Chapitre xllx. Histoire musulmane depuis Mahomet jusqu'au
temps on écrivait l'auteur, 1257 A. D. (se trouve dans le texte
arabe).
Chapitre l. Liste des Patriarches coptes d'Alexandrie depuis
saint Marc (se trouve dans le texte arabe).
Chapitre li. Liste des Patriarches Melkites d'Alexandrie, des-
Patriarches d'Antioche, de Constantinople.
Chapitre lu. Chronologie depuis Adam jusqu'à Moïse selon
l'ère du monde d'Abu'l Fahr al-Moutannassar.
Chapitre lui. Histoire des sept conciles (se trouve dans le
texte arabe).
Chapitre liv-ll\. Études sur diverses questions de chrono-
logie.
De Girgis el-Makim, dont Butros ibn ar-Rahib fut le tribu-
taire d'après le sentiment de ses éditeurs, nous ne possédons-
qu'un seul ouvrage. Le Hollandais Thomas van Erpen en a
traduit une partie qui a été publiée après sa mort sous le titre,
de Historia Saracenica; il porte le titre suivant :
iy'^j>' ^^^^ (_X><susJl r&-»-iJi b^A^Ii>- [5 A».».»- 0,Lo C- ^j<k->cM ^..ZS
[4]
394 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« Le livre du Recueil béni réuni et mis en ordre par l'émi-
nent docteur Girgis ibn Abu'l laser ibn abu'l Makaram ibn el-
Taïb connu sous le nom de el-Amid. » Il se divise en quatre
parties :
I. Histoire des Patriarches, des rois d'Israël et de Juda, des
empereurs romains jusqu'à l'an II d'Héraclius.
II. Histoire des califes jusqu'à Bibars el-Moaz el-Zaher
Rokn ed-Din (1260 A.D.).
III. Liste des Patriarches coptes jacobites d'Alexandrie avec
les noms des califes et des empereurs leurs contemporains et
l'indication de la durée de leur règne.
Cette liste s'arrête avec le nom d'Athanase (1259-1261 A. D.).
IV. Liste des patriarches melkites d'Alexandrie, des patriar-
ches d'Ethiopie de Nubie, de la Pentapole.
II existe une traduction de cet ouvrage en éthiopien, mais
les manuscrits les plus complets ne comprennent que les trois
premières parties auxquelles est toujours annexée l'histoire
des sept premiers conciles signalée parmi les œuvres de
Boutros ibn ar Rahib (2).
(1) Cf. Alex Nicoll, Bibliothecae Bodleianae codicum manuscriptorum orien-
■lalium catalogi, partis secundae volumen primum arabicas complectens. Oxonii,
1821, ms. 47. L'ouvrage de van Erpen porte le titre suivant : Historia Sarace-
nica... arabice olim exarata a Georgio Elmacino et latine reddita opéra ac
studio Tliom. Erpenil. Lugduni Batavorum, 1625. Cette même partie de la Chro-
nique de Girgis el-Makim a été traduite en français par P. Vattier, L'histoire
.mahomélane ou les quarante-neuf chalifes du Macine. Paris, 1657. La suite a été
aussi traduite en français, mais n'a pas été éditée. Le manuscrit se trouve
aujourd'hui à la Bibliotlièque Bodléienne; il a pour auteur l'ancien génovéfain
Gagnier (1670-1740). Cf. Nicoll, op. cit., ms. 47.
(2) Cf. L. GoLDSCHMiDT, Dic Abssinischen Handschriften der Stadtbibliothek zu
Frankfurt am Main. Berlin, 1897, ms. 21. — Wright, op. cit., ms. 388. — Chaîne,
•op. cit., ms. 68.
[5]
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 395
La comparaison du grand ouvrage intitulé Le livre béni et
attribué à Butros ibn ar-Raliib dans la version éthiopienne,
avec le Chronicon orientale et le Recueil béni de Girgis el-
Makim, nous fournit le tableau suivant :
Le live béni.
Chapitre i-xlvii. Questions diverses
de chronologie, de calendrier et de
comput.
Chapitre xlviii. Histoire du monde
depuis Adam jusqu'à Tempereur
Héraclius. adest
Chapitre xllx. Histoire musulmane
depuis Mahomet jusqu'au temps où
écrivait l'auteur (1267 A. D.). ' adest
Chapitre l. Liste des patriarches
coptes d'Alexandrie depuis S. Marc. adest
Chapitre ll Liste des Patriarches
melkites d'Alexandrie, des Patriar-
ches d'Antioche, de Constantinople. adest
Chapitre lu. Chronologie depuis
Adam jusqu'à Moïse selon l'ère du
monde d' Abu'l Fahr al-Moutannassar. adest
Chapitre lui. Histoire des sept con-
ciles.
Chapitre liv-lix. Études sur di-
verses questions de chronologie.
CJironicnn orient. Recueil béni.
adest
adest
adest
adest
Cette comparaison du Chronicon orientale avec l'ouvrage
représenté par notre texte arabe et la version éthiopienne,
nous met, comme on le voit, en face d'une alternative dans
l'appréciation de leurs rapports. Ou bien, en effet, le Chronicon
et l'Opuscule sur les sept conciles ne sont que des extraits d'un
même ouvrage que nous possédons en arabe et en éthiopien et
qui traite à la fois de chronologie et d'histoire; ou bien l'un et
l'autre de ces deux travaux ont été adjoints par un compilateur
à ce qui constitue aujourd'hui la première partie de ce même
[6]
396 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ouvrage et qui ne fut jadis qu'une composition de pure chro-
nologie.
Mais nous ne retiendrons tout d'abord de cette comparaison
que le fait de la ressemblance qui existe entre le Chronicon
et le Recueil béni. C'est cette ressemblance même qui a attiré
l'attention des éditeurs du Chronicon. Dans ces deux travaux,
dont l'un est attribué à Butros ibn ar-Rahib et l'autre appar-
tient à Girgis el-Makim, c'est la même matière qui est traitée,
la même histoire qui est racontée se rapportant aux mêmes
lieux et aux mêmes temps et, si l'on ajoute que la méthode des
deux auteurs offre une grande analogie, qu'ils vécurent tous
deux dans le même pays, à la même époque, on s'explique que
la question de priorité se soit posée.
Pour la résoudre, les éditeurs du Chronicon, après avoir
comparé les deux compositions dans leur ensemble, ont com-
paré les textes; nous suivrons leiir méthode.
Nous ferons toutefois au préalable une remarque sur la nota-
tion de la chronologie dans le Chronicon; elle n'est pas pure
digression. On est surpris, en effet, en étudiant cette dernière,
du nombre d'erreurs dont elle est remplie, en particulier dans
la notation des synchronismes. Nous citerons quelques exeui-
ples. Après avoir établi d'une part la liste des empereurs
romains avec les dates marquant la durée de leur règne et
dressant ensuite celle des Patriarches jacobites d'Alexandrie en
notant aussi la durée de leur pontificat, l'auteur du Chronico7i
nous donne les svnchronismes suivants.
lll" Patriarche, Milius 87-l(X) sous l'empereur Titus (81-85).
V» — Primus 110-125 — Aurélius (162-182).
VI« • — Justus 125-136 — Commode (182-194).
VIP — Marcianus 147-156 — Sévère (194-207).
IX" — Claudianus 156-170 — Nacrin (213-214).
X« — Agrippinus 170-182 — Alexandre (217-230).
XIP — Démétrius 192-225 — Philippe (237-244).
XIP -- Théoclas 225-241 — Valérien (247-261)..
XXI« — Pierre 365-371 — Julien (354-356)..
XXVP — Timothée 451-473 — Marcien (444-450).
XXVIP — Pierre 473-482 — Léon le Grand (450-466).
XXVIIP — Atlianase 482-489 — Léon (466-467)..
etc., etc.
171
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 397
Nous relevons les mêmes erreurs pour les synchronismes
établis avec les califes.
XLP Patriarche Isaac 6182-6185 sous le califo Abdallah 6176.
XLVIl" —
Menas 6259-6268
L'' —
Jacob 6322-6332
LUI"
iMichel 6342-6344
L1V° -
Cosmas 6343-6351
LYI« —
IMichel 6362-6387
LVIIl' —
Cosmas 6112-6424
etc., etc.
!\Ier\van 6177.
Saffah 6242-6246.
Mohammed Amin 6301-6306.
Mohammed Montamir 6353.
Mohammed Mottazen 6357-6361-
Ali Moktafi 6394-6400.
Giaffar Moktadir 6400-6424.
Aiimad Rahdi 6426-6433.
Et si nous contrôlons le calcul de la notation des mois et des
jours du mois des dates données, ainsi que les jours de semaine
indiqués dans les différentes notices, il nous faut enregistrer
d'après les calculs propres à chaque ère, à chaque calendrier,
une foule d'erreurs plus nombreuses encore que celles que
nous venons de signaler. Un tiers environ de ces données est
à corriger. Cette méconnaissance de la chronologie et du calen-
drier dans un ouvrage qui ne se propose que la détermination
dans le temps des faits ou des personnages dont il parle, n'est
point de nature, on en conviendra, à établir pour lui une
autorité qui le recommande comme témoignage à ceux qui
s'occupent ensuite de ces faits ou de ces personnages. On s'ex-
plique mal d'autre part pareil déficit, vu la nature de l'ouvrage,
et la négligence d'un copiste apportée comme raison pour l'ex-
pliquer ne saurait être tenue pour autre que gratuite.
De plus, la surprise n'est pas moindre, lorsqu'on étudie la
chronologie de celui qui nous est signalé comme ayant utilisé
le Chronicon jusqu'à le reproduire textuellement et qu'on
constate chez lui une chronologie correcte, concordante,
cohérente. Cette chronologie est en effet chez Girgis el-Makim
celle-là même des principales sources auxquelles il a puisé et
qu'il signale lui-même au début de son ouvrage. Elle est celle
de l'histoire du célèbre Abu Djafar ibn Djarir al-Tabari et plus
particulièrement celle des extraits ^_^s;s-^J| du Cheikh Kamul
ed-Din el-Armuni dont le travail s'arrête où Girgis lui-même
s'est arrêté, au règne du sultan Al-Melek al-Zahr Rokn ed-Din
[8]
398 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Bibars (1). Elle nous représente la chronologie traditionnelle
acceptée par tous les historiens qui l'ont précédé. Ce contraste
entre le Recueil béni et le Chronicon ne peut que rendre per-
plexe un examinateur impartial et ce sentiment chez lui ne
peut recevoir que confirmation en face du silence ou de Foubli
des éditeurs du Chronicon touchant ce point d'importance capi-
tale. Les éditeurs du Chro7iicon ont, en effet, malheureuse-
ment négligé d'examiner la chronologie des deux ouvrages, ou
tout au moins malencontreusement omis de nous donner leur
sentiment à son sujet. Le nom vague et générique d'Ibn ar-
Rahib a seul attiré leur attention et ce nom même les a absorbés
au point de les faire se méprendre dans la comparaison des
textes.
Il faut, en effet, intervertir les rôles dans le rapport qu'ils
ont établi entre l'auteur du Chronicon et Girgis el-Makim.
Nous laisserons parler les textes à ce sujet : ils se suffisent à
eux-mêmes (2).
ABOU BEKER, SECOND CALIFE
Récit de Girgis.
v_.«Iai>ia •^*>tf>jUJl (^_Â*i_>- \sls>Ù ^_j^2--jI iS^3 f-^^ '% y» JO Jl?
A*„:>Mj <ùia9 \^Ji lilj O^làlS jj.o<kLwJl ^J^ <^i^ ^Vl IÂa LJj
Jls j^>£- ^\ J^^l dUÂ> $>U>. Lis j*Ab>^ <*-.«i^ f>^..^\ kJs
(1) Voir sa Chronique dans le catalogue des manuscrits de Vienne, par
Fliigel, t. II, ms. 884.
(2) Les textes et les tra luctions qui sont donnés ici sont empruntés aux édi-
tions de ces deux auteurs.
[9]
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 399*
Ghronicon.
juJl V à-jLi>- \Ju:>v J^^l> (j^J (J'-Jl o^-»^ lS^^J A/>.>=^ "^
Récit de Girgis.
Fuit autem procerus, fuscus, secundum non nullos candi-
dus, macUentus, rara barba, tingebat se hinna et ketemo
eratque abstinens et devotus ac fugiens bona mundana.
Dicitur ex aerario accepisse très stateres in mercedem et
dixisse Ajisjae felicis memoriae : vide, o prophetissa, quid
accesserit opibus Abubecri e\' quo huic imperio praefui idque
redde muslimis. Atque ipsa vidit et cura omnera eius subs-
tantiam computassent valor omnium erat quinque staterum.
Quod cum annunciatum esset Omari dixit : Misereatur Deus
Abubecri!...
Ghronicon.
Abubacr lustus lîlius Abukuhapha creatus est calipha feria
secunda, qua Mahometus obiit : mortuus est autem ex phtisi.
Erat procerus, macilentus, levis ac rarae barbae, contemp-
tor rerum huinanarum, plus, abstinens a mundanls deliciis :
quippe qui ex publico aerario très dumtaxat denarios sin-
gulis diebus accipiebat.Estque primus omnium qui Alcora-
num coUigit.
ABDALLA SAFFAH, VINGT-DEUXIÈME CALIFE
Récit de Girgis.
[10]
400 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Ail J.J ^a\ ^'» ^JA AcUs- JlSJ JAjVl _^^ aD -L£i Jjis
<^ A*» jl5C^ v« (jliilU V ll^J jJb_5 d)^_l j*-^ -^-^ ^^
,jV* vl)Ujb AWI A*£' Jliis ,Ll (5-<k— >» (^[5 A^>.C Aj'V Oyi ^».^ -Le
(♦Aa-AIûS ^4_«j«J \> A) (_J34^1 A*>-L><s jya5>c-.2 (_^j 1^ -<îa9 A> -L_> t^^^-^
^Jo-^ l)g..,.i ■)?..,.' j \^iu^^ li.j>c^ AAJI -\>*£' |W ^1 (V (♦^Vr^' (V'
.^i»^! jjjjiA-M> (^_3 uASls /»l3tkiJl ^£— Cwlj Jg...Jl (û^ A}l?t.oij tft
jl$_5 .ij^ Vj j^-.-.^.*=»Ji ^_^ aXSi a*£. (JiJ \y\j, ^Z:>- ia-*JI k::..3>cr
,jjjt«^ A^l l^j a)J| AxC aIAs \j»^\ ^Jslh A±jl -*i vilJi Jli
lyjj » « jUI ïlcji j^ A^l lyjj ^ l^ jli^^Jl ^1 Sb-01 u »
J^ J" Jli» ^^ jllaj .>j£. A>tJl J ^ Uj ÂijjtLi As-ji A^l
(3-^-^ ^ic- ^j-LjJi ^ aUi xs- \j ^It -^ ^L? -ux- j>-LlJ1
•Ir^*^ l/f==^ Lfejj^ (J^ïaJj /iU A;''>i)'' (3^^ ^_5 jjyi JCL93
Chronicon.
<-^ . (3i i^A^, J^l -U»c^ ^ 4JJI A^ ^liJl ^LJl _^l .
JjVl ^j ^ .iii- aAJ S^±ii jub A«^l AU Âsj^ll aJ ~_^
ô^^ *-«=J3 Ai^ j_^j j^*l ^r*^j "^^^ y ^ (5J-^ ^ K^yb
[11]
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 401
l_^oj ^1 ^^ «.«js- J .J>U-V1 ç,ij$ ^-i^jf- "^j^^ Cr-*" (j^-^J
J^ ^y^J ^ Sj Ail dllij (^^^ ^ p-jAlIi >U-j J^'l<"j ^:'
Ait /««^^ o^>:^ -r-UiaS -V-ojJl -^AjLj 4jL»îi*i?l V« Uiain^ (♦t^ A2>-l5
UsLmJ (^y^ Ja-«)J Ui-L^J l»,.5>tu«9 A.AJ! -L£. ^ ,^1 J)' . ^A4,,vLiL9
•••Lr''^ Lr?"^ Ujj-w t^/aûJj (XX cl;'" 1^9 ^_vi^^ ^3
Récit de Girgis.
Ahdalla Saffahus Abulabbas filius Muhammedis, filii
Alis, filii Abdallae, filii Abbasi, filii Abdulmutalibis, filii
Hasjemi, matrem habuit Rabtam filiam Abdallae, filiae Abidi
Maidani Haritaei... Creafus est chalifa die Veneris deciom
tertio Rabi prioris huius anni. Inauguratus autem ascendit
suggestum, vestibus indutus nigris et orationem habuit ad
populum. Deinde egressus... in lardana castra posuit et
muftos de filiis Ommiae necavit. Dicitur eos convocasse et
simulavisse exacturum se ab iis esse iuramentum fidelitatis.
Cumque iam plures quaiii octoginta convenissent, singulis
eoriim singutos e militibus suis manu clavam tenentes iussit
assistere. Illorum autem quidam alta voce ait :
Abdujamsus pater tuus est et idem pater quoque est
noster invocamus te e tonginquo.
■ Propiiiquitas inter nos est firma et stabilis, fortis forti est
vinculo.
— Dixit Abdujamsus est pater tuus, quia patruus eius erat,
nam et hic pater nominatur. — Respondit autem Abdalla : id
longe petitum est. Deinde simul atque manus suas complosit,
singuti sibi commissum ctava percusserunt et omnes a tergo
interfecerunt. Hiiic trahi eos et ordine disponi iussit, et
expanso tapeto, cum suis ei insedit atque ita cibum afferi
[12J
ORIENT CHRÉTIEN. , 26
402 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
iussit, commederunt gemitus etiam eorum sub tapeto audien-
tes dotiec expirarent. Dicitur autem et antea poeta quidam
coram Abdalla, audientibus filiis Ommiae versum liunc reci-
tasse :
« Hasjemidae in hortum vocantur, filii autem Ommiae vocan-
tur in ignem.
« Filii Ommiae sunt gradus reiectus, Hasjemus autem ad
^loriam revertitur ».
Deinde misit Saffahus patr^uvm sutim Salihum filium Alis,
filii Abdallae, filii Abbasi oppugnatum Damascum, cui nomine
Merwantis praeerat Walid filius Muaviae, filii Merwanis, filii
Hakemi; atque is eam vi cepit, Walidem interfecit, urbem
très (lies diripint et inyrum eius minutim diruit Merwan
autem filius Mahummedis fugit in Aegyptum...
Ghronicon.
Abdalla Saffah Abulabbas filius Mahomet, filii Ali, filii
Abbas inauguratus est calipha Kupliae, ferla seocta, tertia
décima Rabii prioris; obiit morbo varorum in urbe Hachi-
mia, annum aetatis agens trigesimum secundum cum dimidio.
Erat candidus, venusta facie, liberalis et indole egregia. Hic
convocavit Iwmines familiae Omiadaru7n, qui erant plus
quam, octoginta viri, interfecitque eos usque ad ullimum.
Nam singulis eorum singulos e militibus suis manu clavam
teîientes iussit assistere; cumque eorum quidam di.risset :
« Abdochiams, pater tuus idem quoque pater noster est,
nec sumus a te alieni » : simul atque manus suas complosit
Abdalla, singuli sibi commissum clava percifsserunt. Tum
py^aecepit Abdalla, ut eos traherent et ordine disponerent,
et expanso super cadavera tapeto, cum suis eis insedit, atque
ita cibum afferri iussit; cumque comederent, gemitus eorum,
audiebantur, donec expirarunt. Tum misit Abulabbas
patruum suum Damascum, qui eam vicepit et Walid inter-
fecto, urbem tinduo diripuit eiusque muros minutim diruit...
[13]
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 403
ABDALLA ABU DJIAFAR, VINGT-TROISIÈME CALIFE
Récit de Girgis.
j-VJl jc-o-^ j^3 -^^l t_5^^ !>^ jl^J ^^ J^J lllàil S}>.[,
i^lii >il>Ul vii-.k^ j4-«alJl JLoJ ^r^=^ ^1 ^!>LJl dXAc- ''^^^l^
(^. U îs-y ^_^ l/^Vl JUi ^'%J\ aJ^ <.01 J^^j <iUi jj^lJl
(J-\j ^> U" isÂAiJ j^^.al^\ JLûS r^^ tV*-^ (5*^^ "^-5 ^.^^^^^' -^
isjl^jj ^JJi}\ wJ^l *-^J-*i. -*^ ^^ "Hir* ô'- 4?^ ^■^:^*-*-~' ^^ lSîI/^"^^
...jUo (_À)1 V flJl *4.jJLc-_5 '^jij
Chronicon.
(V (Ç'-'^^'J (.g^'J-^^'^ lS^"^» "^m^' (/' >^-^ j^J "U^l (JjLiLj
Récit de Girgis.
Quod ad naturam, tanta fuit bonitate indolis, prudentia,
rectitudine consilii et suavitate conversationis, ut dici non
possit, magnanimus quoque multo rerum usu exercitatus,
terribilis, sola suspicione prehendens et cum aviditate
[14]
404 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
quadam interfîciens. Caeterum summe avarus, unde obolarii
cognomen accepit. Inter alia eius avaritiae exempla et hoc est.
Ingresso ad eiim Arabie atque dicente, cuin eum convenio dico :
Salve Abugjafar, respondit Almansor : Salve et lu. Aitque
Arabius : Tu muhdis es — id est largitor — filius Hasjemi,
largire divitias, de iis inquam quod cominemoretur. Respondit
Almansor : non ego is sum sed Apostolus Dei felicis memoriae.
At Arabius : vestimenta haec mea attrita sunt et temporis
iniura impotentem me reddidit. Ad quod Almansor : accipe
haec vestimenta mea pro vestimentis tuis; eaque exuit et illi
tradidit. Erat autem indusium Almansoris sarcinatum, dixit-
que Arabius : an non audivisti dictum filii Harimae :
« Interdum assequitur interitus divitem cuius vestis est
attrita cuiusque indusii coUare est sarcinatum. »
Quin et coquos suos ita conduxisse dicitur, ut eorum essent
capita et crura animalium ipsique ligna et ollas suppeditarent.
Reliquit autem in aerario sèxcenties millies stateres et
quater vicies inillies mille aureos...
Chronicon.
Tanta fuit morum probitate, prudentia, rectitudine con-
silii et suavîtate administrationis ut dici non possit, magna-
nimus quoque et m,ulto i^erum usu exercitatus, terribilis,
sola suspicione homines prehendens et ex sola calumnia
interfîciens. Caeterum summe avarus unde obolarii cogno-
men accepit. Nunierus eorum quos interfecit fuit sexcen-
iorum millium.
La façon dont l'auteur du Chronicon a compris le désinté-
ressement d'Abou Beker, son récit du meurtre des Ommiades,
dans lequel celui qui l'a utilisé, d'après ses éditeurs, met en
vers les paroles des meurtriers, et les six cent mille victimes
qu'il attribue à Abou Djafar montrent suffisamment de quel
côté se trouve le compositeur original et de quel côté se trouve
le copiste malhabile et maladroit. Les passages semblables à
ceux que nous venons de citer pourraient être multipliés, mais,
semble-t-il, ceux-ci suffisent pour permettre d'apprécier l'en-
semble de l'œuvre. Comme nous l'avons dit plus haut, les rôles
doivent être intervertis dans le rapport établi entre l'auteur du
[151
LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-RAHIB. 405
Chronicon et celui du Recueil béni : le tributaire est Girgis
el-Makim; le débiteur, le plagiaire est l'auteur du Chronicon.
Et Ton se prend à douter, à la suite de cette constatation, du
bien-fondé de l'attribution même du Chronicon faite à Butros
ibn ar-Rahib. La physionomie qui ressort de l'incapacité
notoire étalée dans les passages du Chronicon que nous venons
de rapporter, ainsi que l'ignorance qu'atteste la chronologie de
ce travail ne rappelle point, en effet, celle du théologien qui a
rédigé le Livre de la clémonstration ainsi que la notice sur
les sept conciles. Elle s'acommoderait plus mal encore avec
celle de l'auteur du traité de chronologie et de comput qu'une
version éthiopienne place sous le nom de Butros ibn ar-Rahib,
si nDus pouvions faire fond sûr cette attribution. Le texte
arabe de cette composition que nous possédons ne le nomme
point comme auteur; il ne le cite que comme une des sources
consultées et le texte éthiopien qui est ici le seul argument
que l'on puisse invoquer en faveur de cette attribution, est loin
de posséder un titre qui puisse nous y faire adhérer. Il contient
en lui-même la réfutation de cette attribution. On ne saurait
admettre, en effet, que le même auteur qui montre tant de
souci de l'exactitude et tant de science chronologique dans le
traité de la première partie de cet ouvrage, ait pu en même
temps rédiger une chronique qui occupe la seconde partie et qui
n'est qu'un tissu d'inexactitudes et d'erreurs de chronologie.
Le traité de \à computation des temps appartient certaine-
ment à un auteur différent de celui qui a rédigé le Chronicon.
De ce dernier, résumé malhabile de Girgis el-Makim, rien ne
prouve positivement aussi qu'il faille l'attribuer à Butros ibn
ar-Rahib, tout ce que nous connaissons de lui répugne à cette
attribution. La notice sur les sept conciles est seule du diacre
de la Mohallaqah et dans le titre, sous lequel ces trois compo-
sitions sont placées en éthiopien, il faut, nous semble-t-il, ne
voir qu'une supercherie du compilateur qui les a réunies, peut-
être l'auteur du Chronicon, qui n'a fait qu'user d'un procédé
souvent utilisé par ses devanciers parmi les scribes coptes,
pour donner plus d'importance à son travail.
M. Chaîne.
(Juillet 1931.)
[16]
LE NOM DES TURKS DANS LE CHAPITRE X
DE LA GENÈSE
{Fin)
Le nom du troisième fils de Gomer se présente dans les
textes bibliques sous des formes diverses: les plus courantes,
les leçons reçues, sont manifestement erronées; elles consti-
tuent des fautes de copistes, qui ont égaré les interprétations
de tous les exégètes (1). Il paraît dans la. Genèse sous la forme
Thôgarmah naiin, dans les Paralipomènes (i, 6) et Ézéchiel
(xxvii, 11) sous celle, rigoureusement équivalente, de Thô-
garmah nniam (2). Ces leçons sont des erreurs relativement
modernes pour Thurgamah naain ou Thôrgamah nnann, car
Tune de ces formes, la seconde, se trouve conservée par l'un
des manuscrits de V Ancien Testament, dans le texte d'Ézéchiel,
et surtout parce que les Septante, au ni'' siècle avant notre ère,
donnent au nom de ce fils de Gomer les formes équivalentes
0opYa[xâ, ©opY^l-'-^j 6£pYa;j.â, en accord absolu avec celle qui se
Il est inutile de dire que Thôgarmah n'est nullement l'Arménie, comme
on l'a affirmé, sous le fallacieux prétexte que la tradition arménienne veut que
Haïk, l'ancêtre de la nation, soit le fils de Thorgom, fils de Tiras, fils de Gomer,
(lis de Japhet; il est par trop visible que cette prétendue tradition arménienne
est absolument inexistante, et que les historiens qui la rapportent sont allés
chercher toute cette onomastique dans le dixième chapitre de la Genèse. Le seul
fait à retenir dans cette assertion est qu'à la fin du iv° siècle, les disciples de
Mesrob travaillèrent sur un manuscrit de la Bible, où se lisait une forme Thor-
gom(ah). Thogarm-ah, d'ailleurs, si cette forme était prouvée dans le texte
biblique, pourrait parfaitement, avec la métathèse de l'-r-, représenter le mot
Turk; le nom des Tokhares, des Toukhàra, est vraisemblablement Turk, avec le
retournement du mot autour de l'-r-, ce qui est un phénomène connu {Rendi-
conti délia reale Accademia dei Lincei. 1925, page 3^0).
(2j La graphie, ou la non-graphie de la voyelle, n'ont, comme on le sait, aucune
autre importance que d'indiquer la nuance de la prononciation.
[?■]
LE NOM DES TURKS DANS GEN. CH. X. 407
lit, au premier siècle, dans les Antiquités judaïques de Fla-
vius Josèphe, ©opY^ji-r^ç, avec celle que Mesrob, vers 390,
trouva dans la Bible qu'il translata en arménien, et qu'il ren-
dit par Thorgom.
Toutes ces leçons montrent que les manuscrits anciens de
la Mft/é' connaissaient une forme Thorgam-ah, avec la suffixa-
tion de -ah, comme dans Élis-ah n^''SN, fils de Japhet, où
Flavius Josèphe reconnaît les Éoliens (1), mais qui est plutôt
le symbole du pays de Hélis, 'IlX^, de l'Élide.
Thorg-am, Tork-am n'est autre que le nom des Turks, Turk,
dans la prononciation d'un de leurs clans, qui s'est conservée
en Russie et en Perse (2), avec l'un des affixes pluraux de
TAltaïsme, -n, que les Sémites de l'Asie antérieure ont entendu
-m, avec une équivalence phonétique évidente; cet affixe est
l'une des formes les plus vétustés du pluriel altaïque; il ne
se rencontre plus que dans le nom de quelques-unes des plus
anciennes tribus mongoles, dans un très petit nombre d'adver-
bes de leur idiome, dans une très vieille forme augmentative
du turc-osmanli, doat l'origine est inexplicable par la gram-
maire de cette langue (3).
(1) I, VI, 1.
(2) Les Torques des historiens russes, les Tork des Persans, au moins dans
une prononciation vulgaire, traditionnelle, et partant ancienne, de v,.fCj', la
véritable forme originelle étant Tïirlv, dont la graphie correcte est i^j/o', aussi
bien en Occident qu'en Orient, bien qu'il ne soit pas rare de trouver .ij". ^
dans les manuscrits turcs osmanlis.
(3) Introduction à i'hisloire des Mongols. Leyde, 1910, page 304; Djami el-
tévarikh. Leyde, 1911, tome II, Appendice, page 5. Cette formative plurale
altaïque -n, -l, jointe à la formative plurale -r, a donné le suffixe plural -nar
du mongol, -lar du turk; le pluriel en -nar, -lar est une formation très posté-
rieure à l'existence du pluriel en -r, -n, -l; il existait déjà au vur siècle avant
l'ère chrétienne, puisqu'il se trouve dans le nom d'Ashkanaz. Les noms des tribus
mongoles et turkes sont en général des formes plurales du nom d'un ancêtre
éponyme; les Indo-Scythes, les Ghotz, Ghotch, Ghouzz, sont nommés Gatchi-n
par les historiens mongols; Rashid ad-Din, dans son histoire des clans turks,
nous apprend que la sous-tribu Nara-yit des Tatars, avec le pluriel en -t, descend
d'un individu appelé Nara; la tribu mongole des Kataghi-n a pour auteur un
certain Kataghi; le clan des Baroula-s, auquel Timour prétendait appartenir, un
nommé Baroula; les Saltchigh-od, un guerrier nommé Saltchigh ; c'est ainsi que
les Mongols donnent à la Chine du Sud le nom de Nankiya-s, lequel est un
pluriel en -s d'un thème Nan-kiya, formé des deux mots chinois nan « sud » et
kya « famille, race », avec la signification totale de « les familles méridionales »,
[8]
408 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Thorg-am est un pluriel ethnique désignant la nation des
Turks, d'oili il suit que Thorgamah et Ashkanaz représentent
deux aspects de la même race altaique qui, au vu" siècle, écrasa
Cyaxare, roi des Mèdes : la première forme, sous les espèces du
nom collectif de la race turke; la seconde, sous celle du pluriel
du nom individuel des hommes d'un de ses clans les plus
redoutables (1).
et il serait aussi facile qu'oiseux d'en citer de nombreux exemples. En thèse
générale, les noms des tribus dont celui de l'ancêtre se terminait par une
voyelle sont des formes plurales en -r, -l, -n, -s; ceux dont le nom de l'auteur
finissait par une consonne sont des pluriels en -t. Une même tribu peut, au
cours des siècles, porter deux noms différents, qui sont deux formes plurales
du même thème, comme le clan des Mongols, dont le nom est un pluriel Mong-
gho-1 d'un thème Mongghou, alors que les historiens du Céleste Empire, à
l'époque du moyen âge, sous les espèces de la transcription Mong-kou-seu, nous
ont conservé le souvenir d'un pluriel plus ancien Mongghou-s; comme la ti'ibu
des Tchalaï-r, ainsi nommée au xiii° et au xiv° siècles, qui est appelée Tchalaï-d
aux époques antérieures; comme la tribu des Khor!a-r ou Khorla-s {Inlroduc-
tion à l'histoire des Mongols, page 179); l'existence du thème Mongghou, au
singulier, est attestée par l'histoire chinoise, qui parle du « grand empire
Mongghou », proclamé au xii" siècle, par un prédécesseur de Tchiiikkiz, dont
la tradition mongole se garde bien de parler (ibid.). Des formes identiques
existent chez les Turks, Gatchi-n, le royaume des Gatchi, des Ghotch, en sanskrit
Koushana; Sir-tardou-sh, où Tardou-sh est le pluriel du nom du khaghan
Tardou, et signifie les hommes de Tardou; Turgii-sh, pluriel de Tiir-gâ, qui est
vraisemblablement le nom originel dos Turks; Tolo-s, pluriel du thème que
VAvesla a transcrit Tura.
(1) Ashkanaz = Shaka-nas, pour Shaka-nar, par rhotacisme, n'est pas, et ne
peut être le nom d'une tribu altaique; il n'existe pas un seul exemple du nom
d'une seule tribu mongole ou turke formé avec le suffixe mongol -nar, lar en
tui'k, la formation du nom des tribus étant beaucoup plus ancienne que la créa-
tion de l'affixe plural -nar, -lar; Shaka-nas = Shaka-nar signifie - les indivi-
dus Shaka considérés dans leur multiplicité », Torka-m, la « nation turke »; il
y a une nuance fort importante; en tout cas, les procédés sémantiques qui ont
formé Shaka-nas et Tork-am sont inverses. Le nom des Turks apparaît pour la
première fois dans les historiens de la Chine au cours de la première moitié du
vi" siècle. Ma Touan-lin parle des Turks en 528; les chroniques du.Céleste Empire
les signalent en 545, à propos d'une ambassade que leur envoya le souverain
chinois. Les Célestes n'ont jamais dit que le nom Turk fut ■• inventé » à ces dates;
les Turks s'appelaient Huns dans l'Antiquité, disent-ils, puis ils se nommèrent
de beaucoup de noms, Tatars, Mongols, Taïtchighod, Khitan, ce qui, comme on
le voit, confond les Altaïques turks de l'Occident de l'Asie Centrale avec les
Tonghouzes, Mandchous et Mongols de son Orient. C'est là une exagération,
tout au moins une extension manifeste du concept de » Turk »; elle se retrouve
au xiv° siècle sous la plume de Rashid ad-Din, qui soutient cette thèse que les
tribus mongoles les mieux caractérisées sont des entités turkes; c'est manifes-
tement à la science du Céleste Empire que l'auteur persan a emprunté cette
L9]
LE NOM DES TURKS DANS GEN. CH. X. 409
Si l'on en croit le rédacteur du chapitre x de la Genèse,
Japhet fut le père de Gomer ia:i, des Cimmt'riens, des Ki\).[j.i-
théorie, directement, par l'intermédiaire des savants chinois qui étaient venus
de Pékin à Tabriz, et auprès desquels il se documenta sur l'histoire, la géogra-
phie, les races de l'Empire du Milieu ; il est plus que douteux qu'il ait trouvé
ces doctrines dans les rouleaux mongols et turks qu'il fit traduire en persan,
dans lesquels se trouvaient l'histoire, ou plutôt des généalogies souvent suspectes,
mêlées à des légendes, des grands personnages de l'Altaïsme ; et cela pour deux
raisons qui ont une valeur égale : la première, parce qu'il est fort douteux que
les Mongols ou les Turks se soient jamais inquiétés de ces problèmes ethniques,
qui dépassaient sensiblement leurs moj'ens; la seconde, parce (jue l'on ne voit
pas quel intérêt, au xur- et au xiv siècles, les Mongols avaient à chercher à se
faire passer pour des Turks, alors qu'ils avaient écrasé toutes les nationalités
turkes. Il est vrai qu'au xv siècle, par un phénomène inverse, les panégyristes
de Tamerlan soutinrent la thèse opposée, et voulurent à toute force faire du
Conquérant un Mongol de pure race, en le rattachant par une soudure trop
visible à la lignée de Tchinkkiz Khaghan; mai?, à cela, il y avait des raisons
politiques impérieuses, qui expliquent cette violation de la vérité historique;
les ancêtres de Timour, en Asie Centrale, avaient été les sujets des itrinces de
Tchaghataï. (ils de Tchinkkiz Khaghan, qui régnaient des frontières de la
Chine à celles de l'Iran. Bien que la dynastie issue de Tchaghataï se fût écroulée
dans la pire médiocrité, le souvenir du grand Ancêtre qui avait conquis l'uni-
vers n'en dominait pas moins l'esprit de ces nomades, même quand l'empire
qu'il avait fondé eut été balayé de la surface de la terre; il n'y avait point dans
le Tchaghataï, comme chez les Mongols, d'autorité qui ne fût une émanation de
celle de Tcliinkkiz, exactement comme toutes les dynasties musulmanes, jusqu'à
celle des Osmanlis, rattachaient leur autorité à celle des Saldjoukides, qui avaient
reçu le pouvoir spirituel des mains du khalife de Baghdad. Le Tchaghataï était
à ce point mongol que les historiens et les géographes persans le connaissent
sous le nom de Mogholistan, » le pays des Mongols ». Ce fut pour légitimer son
usurpation, ou mieux son accession à la souveraineté de cette vaste contrée,
laquelle, depuis l'écroulement des empires mongols de la Chine et de la Perse,
était véritablement la seule terre mongole, que Tamerlan fit inventer par ses
panégyristes cette légende de son origine mongole, alors qu'il était manifeste-
ment un Turk, comme le montre la langue que parlaient les Timourides, le
mongol étant l'idiome de la dynastie issue de Tchinkkiz.
En fait, les Indo-Scythes, sous les premiers Han, au second et au premier
siècle avant Jésus-Christ, ont porté ce nom de Turk, que les Hindous ont entendu
Tour^Mv, et qu'ils ont rendu par Touroushka, pour pouvoir le faire entrer dans
leur déclinaison [Rendiconli délia reale Accademia dei Lincei, 1925, page 340).
Ce nom de Turk est dans un rapport évideijt avec Tura, qui est le qualificatif
d'Afràsyàb, souverain des Turks Saka, dans VAvesta, avec les formes grecques
0up-oç, 0Tjp-oi (/ournaY of the Royal Asialic Society, 1915, page 305; Revue de
l'Orienl chrétien, 1928, page 201). Les Chinois prétendent que cette nation tira
son nom de cette circonstance qu'au début du vi= siècle, elle s'en vint camper
près d'une montagne qui avait la forme d'un casque; j'ai essayé d'expliquer
dans la Revue de l'Orient chrétien de 1928, ce qu'il convient d'entendre par cette
assertion; il n'en faut point déduire absolument que Turk signifie " casque»,
[10]
410 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pioi d'Homère, des Gimirri des textes cunéiformes, qui ont donné
leur nom à la Crimée et à la Chei'sonèse cimbrique, qui étaient
des Aryens, comme le montrent le nom d'un de leurs rois
Tioushpa = déva-aspa « celui qui possède des chevaux
divins » ; de Mrigog aiaa, dont le roi Gog aia est le Gougou des
inscriptions assyriennes, le Tùy-r,:; d'Hérodote, d'où il suit que
Magog personnifie la monarchie des Lydiens, qui étaient beau-
coup plus voisins des Hellènes que du Sémitisme (1); de
ou soit le nom d'un homme qui s'appelait « casque », et imposa son nom à un
clan des Huns; le fait n'est point impossible; il demeure fort douteux. L'étymo-
logie deTurk est des plus obscures; ce mot n'est pas un pluriel deTur, qu'enten-
dirent prononcer les Iraniens vers 150 avant J.-C, il doit donc être un adjectif
apocope, comme kUprilk « pont ■■ est une forme apocopée de l'altaïque kubii-
giir-ga - chose qui a la forme cintrée », comme bil-gii » qui sait », de bil-mek
« savoir » (Revue de l'Orient chrétien, 1928, jiage 201). Turk, dans la langue du
Tchaghataï, a très manifestement le sens de « guerrier intrépide •, turk-iik
,,_*XJ >L5V " ^"<i^'^6 " {Ghazàt-i Tchin, page 6); c'est même le seul qu'il y
possède, alors que, dans la langue des Osmanlis, il avait perdu cette significa-
tion pour ne garder que celle, secondaire, de « brutal, grossier ». Turkan .ji^J,
en tchaghataï, qui entre dans le nom d'une princesse, Turkan Khatoun ^ 'S
«<^jià., désigne une jolie femme, par suite d'une évolution sémantique assez
évidente, la bravoure, chez les Turks, étant l'élégance suprême pour un homme;
il est inutile de dire que cette forme turkan n'est nullement le pluriel de Turk,
comme l'affirment les lexiques; par la chute de son -n final, elle est devenue
lurka, qui est passé en persan, avec le sens péjoratif de « matrone », sans être
en quoi que ce soit un mot iranien; il faut probablement, malgré l'opinion des
Chinois, voir dans Tur-k une forme en -gâ, -ku, apocopée comme kïipruk d'un
mot altaïque, toghar en mongol ■< avant, auparavant ., en turk tor J „ ^e qui
se trouve' placé en première ligne, en avant », d'où « place d'honneur », dans
une relation visible avec lor-mak « se tenir debout, inébranlablement », Hir-mek,
•• disposer, stabiliser » (Roubghouzi, page 167), avec les formes tour, tour-our,
osmanli dur, dur-ur « il est, il existe », d'où <■ rapport, relation, connexité »;
lour-oush •' stabilité, droiture », puis « en vérité absolue », touroush yilzlik
•< visage impassible » (Roubghouzi, page 291); avec le mongol tourou, le mand-
chou dora ■< loi », en turk oriental toro, dora, en osmanli deuré^ \ y ^ 5, J, ^.y
« lieu ou l'on s'arrête, cantonnement, maison », puis, ce qu'il y a de plus
immuable, la race domiciliée, puis la loi inflexible, puis l'autorité qu'elle confère,
enfin ceux qui l'exercent, les princes;-d'où il faut conclure que les Turks,
comme beaucoup de peuples, se sont attribué un nom qui est une épithète lau-
dative.
(1) Les Musulmans ont dédoublé Magog en Màgôg ^a:>,.U (Màdjoùdj) et
I ^""
Yàgôg a=s.o (Yàdjoûdj); ils en ont fait (\akout sd-Ham-àwi , Mo^djam al-boul-
dan, III, 53) les tribus innombrables d'Altaïques qui vivent derrière les Slaves
aux cheveux blonds et aux yeux bleus; les faits sont confus dans la légende
[11]
LE NOM DES TURKS DANS GEN. CH. X. 411
Smet ptt's, dont Ja Massore lit les noms Tubal et Meshek, les
Septante ©o^sX et Msai-/, Flavius Josèphe ©ÔiSyjaoç et Wo<^oyzq, les
Tabal et les Moushki des inscriptions cunéiformes, les Ti5apsvs(,
Tibareni, Môa'/oide la littérature classique, les premiers habitant
le bassin de Flris jusqu'aux rives de la mer Noire, les seconds,
le long du haut Euphrate.
D'après Ézéchiel (xxxviii, 1; xxxix, 2), Gog fut le roi des
Tubal et des Meshek, ce qui signifie que ces peuples habitaient
qu'ils racontent : Alexandre arrive dans le pays de Yadjoudj et Madjoudj,
où habitent les Slaves; les Slaves lui disent que, derrière une montagne qu'ils
lui montrent, l'Oural mélangé au Caucase, sont les tribus de Yadjoudj, Mad-
joudj, Tâwîl, Tàrîs, Mansak, Koumàri (les Khmers), et d'autres beaucoup plus
lointaines, dont ils ne connaissent pas les noms; les hommes aux cheveux
blonds et aux yeux bleus lui demandent de construire une muraille qui les mette
à l'abri des incursions de ces sauvages, ce qui est un syncrétisme manifeste de
la muraille de Darband et la grande Muraille de la Chine [Revue de l'Orient
chrétien, 193(1, page 63). Ces concepts sont vagues chez les Musulmans, autant
qu'ils le restèrent chez les Mazdéens, ce que l'on voit assez par ce que raconte
le Grand Boundahishn, qui a été terminé en 880 [ibid., page 85), dans une énu-
mération assez aride, où l'on trouve les éléments des fantaisies des bestiaires,
et où les Slaves eux-mêmes sont représentés comme une création démoniaque
(pages 118, 1-22 et 123 de mon manuscrit). Il est dit dans r.4ws<a que l'homme
a été créé sous les espèces de dix races; la première est celle même de l'homme
brillant, au regard éclatant, d'où naquirent Gayoma'^t et les neuf premières
races qui sortirent de lui; la dixième, celle des singes, comme on appelle
l'espèce inférieure des hommes. Quand la maladie fondit sur Gayomart, il tomba
sur le côté gauche; de sa tête sortit le plomb; de son sang, l'étain; de sa
moelle, l'argent; de sa jambe, le fer; de ses os, l'airain: de son cœur, le cris-
tal de roche; de son bras, l'acier; de son àme qui s'exhala naquit l'or pour
lequel, à présent, à cause de sa valeur, les hommes donnent leur vie; de la
quantité de mort qui existait dans le corps de Gayomart, vint la mort pour
toutes les créatures jusqu'à la résurrection. Toutes les races humaines sont au
nombre de vingt, qui sont nées de la semence de Gayomart, les unes directe-
ment, les autres par l'intermédiaire de Parvàk, dix pour les premières et autant
pour les secondes; il y a les races qui vivent sur la terre zaminik, celles qui
vivent sur l'eau àpik, les Oreille-poitrine Var-gôsh (celles qui ont les oreilles
sur la poitrine), les Œil-poitrine Var-tchashm, celles qui ont des ailes, les
hommes des bois, les hommes à queue, ceux qui ont des poils sur le corps
comme les animaux, et que l'on nomme les ours, de grands singes, dont la
taille mesure six fois le tour de la ceinture, les Pygmées, dont la taille mesure
le sixième de la ceinture, les Roumis (les Byzantins), les Turks, les Chinois, les
Dàsak("?), les Arabes, les Sindhiens, les Hindous, les Iraniens [sic, avec l'omis-
sion de deux races); de ces races en sont nées de nouvelles, sous l'action du
démon, pendant la Confusion, qui suivit l'irruption d'Ahriman dans la créa-
tion du bon Principe, comme les Zang, qui sont nés de la terre et de l'eau, les
Slaves Sagldbik, qui vivent sur la terre et sur l'eau, et d'autres de cette espèce.
[12]
412 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN'.
le pays de Ma-gog, lequel est un nom de lieu, formé de Gog,
comme ma-kom « endroit où l'on se tient » est le nom de lieu
du verbe koiim « se tenir debout ». Il faut en conclure à l'iden-
tité de Magog, Tubal et Meshelc, et voir des Lydiens dans tous
ces peuples.
Quoique le récit d'Ézéchiel soit tout littéraire et refait autour
du chapitre x de la Genèse, le nébi pouvait être bien renseigné
sur ces contingences, puisque, en 597, date à laquelle il fut
emmené en captivité à Babylone, trois quarts de siècle seule-
ment s'étaient écoulés depuis que le roi Gygès avait péri au
cours d'une bataille contre les Cimmériens (1).
Ce n'est pas par suite d'une fantaisie que la Genèse fait
descendre les Altaiques de Gomer, c'est-à-dire qu'elle en fait
des Celtes; l'histoire des Cimmériens est intimement liée à celle
des Turks Sakas, qui les bousculèrent en 750, qui les rejetèrent
en Crimée et dans l'Asie antérieure; c'est pour la même raison
qu'elle en fit les neveux des Tubal et des Meshek, lesquels
furent anéantis par les Sakas, en même temps que le royaume
d'Ourartou. Les rédacteurs du chapitre x de la Genèse, comme
vraisemblablement tous les habitants de la Syrie et de la Méso-
potamie, confondirent en une même unité ethnique tous ces
peuples qui étaient apparus à la même date, à l'horizon septen-
trional de leurs domaines, en une chevauchée confuse de bar-
» bares qui se ruaient sur la Civilisation, et dont ils étaient inca-
pables de discriminer les éléments.
La forme Tork, pour Ttirk, se retrouve encore aujourd'hui,
comme en Perse, dans la régence de Tunis, où SyJ], pour
noter une origine ethnique lointaine, se prononce et-Torki. Le
nom des Turks, ou plutôt des Tork, existait en Europe, en 473,
comme le montrent deux passages des Gefica de Jornandes :
sed mox Odoacer génère Rogus Thorcilingorum Scirorum
Herulorumque turbas munitus Italiam invasit (éd. Mommsen,
(1) A ces descendants de Japhet, le dixième chapitre de la Genèse ajoute,
comme l'on sait, les Iraniens, les Mèdes, les peuples grecs, les Étrusques DIT
et les colonies espagnoles ïJ'tUJ'iri, qui est Tâprviaa-oç.
[13]
LE NOM DES TURKS DANS GEN. CH. X. 413
p. 44), et ... Odoacer Torcilingoram rex habens secuni Sciros
et Herulos ... Italiatn occupavit {ibkf., p. 120). Deux des
manuscrits des Getica, du x" et du \f siècle, dans le second
passage, donnent la leçon Torciligorum, que je n'hésite pas à
substituer à celle qui a été adoptée par le savant éditeur des
Monumenta Germaniae; le copiste de l'un des manuscrits
qui dérivent de l'archétype des Getica s'est trouvé en face
d'une forme torciligorum, qu'il n'a pas comprise, et dans le
second élément de laquelle il a voulu reconnaître le mot latin
lingua, qu'il ait écrit torcilingorum, ou torciligorum, l'abré-
viation de la nasale étant la plus ancienne de la paléographie
latine, et remontant à l'épigraphie. Torci-lîg-us est tork-lik,
adjectif dérivé du nom des Turks par la suffixation de -lik^
comme, à une date bien antérieure, les ISaxapayXoi, pour Haxà-
pauxst, dans un manuscrit en capitales, sont les Saka-lik, avec
l'équivalence r=: /, littéralement les Sacéens, comme Tork-lik
signifie les Turkiens, les Torques, comme je l'ai expliqué, il y
a quelques années, dans cette Revue. Le nom de Rogus, nom
d'un peuple dont Odoacre serait originaire, d'après Jornandes,
ne figure pas dans l'index des Getica, non qu'il y faille voir
une omission, car ce travail est fait d'une manière remar-
quable, mais simplement parce que l'auteur s'est trouvé en
présence d'une difficulté insolite, qu'il n'avait pas les moyens
de résoudre, celte histoire étant fort obscure; le nom de Rogas
figure en effet dans une liste de peuplades sur lesquelles régnait
Hermanaric, souverain des Goths, les « Gothescytha (éd. Golthes-
€ytha), Thiudos, Inaunxis, Vasinabroncas... Rogas, Tadzans,
Athaul ') (page 88), les Goths-Scythes, une tribu, dont le nom
* Tew-ta est le thème d'où est sorti Deutsch, et des entités
inconnues, dont la forme du nom est douteuse, et la situa-
tion géographique indéterminable, parmi lesquelles il semble
qu'il y ait des noms d'hommes, si Athaul est bien celui qui
fut porté par Attila. Mais rien ne dit que, dans l'esprit de
Jornandes, le peuple des Rogus, dont Odoacre tirait son ori-
gine, fût le même que ces Rogas soumis à Hermanaric, et il se
peut qu'il n'y ait dans cette similitude que l'effet du hasard,
une erreur de scribe, une faute de copiste. Il est assez tentant
de corriger le texte des Getica en : sed mox Odoacer ex génère
[14]
414 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Rogas... « Odoacre, de la lignée de Rogas », ce Rogas, le
Pouvaç, 'Pouaç des Byzantins, étant l'oncle d'Attila (voir cette
Revue, 1930, p. 44), que Jornandès (page 105) nomme Roas,
en conformité absolue avec le second aspect grec de ce nom.
Odoacre était le fils d'un certain Édécon, dont le nom est le
turk edgû « excellent », en osmanli éyu^\, en mongol idégu,
avec l'adjonction de V-n paragogique sur laquelle je me
suis assez longuement expliqué autre part. Cet Édécon =
Edgu-n est très vraisemblablement le personnage qui fut
l'homme de confiance d'Attila, le 'Eséxwv, dont parle Priscus,
dans ses Ambassades des Romains aux nations (Migne,
P. G., t. CXIII, col. 708), que le roi des Huns envoya en mission
à Constantinople. Ce n'est point une hypothèse déraisonnable
d'admettre que ce personnage n'était point le premier venu à
la cour; il était, comme son collègue Oreste (ibid.), l'un des
dignitaires de la monarchie des Scythes, c'est-à-dire qu'il est
fort possible qu'il appartenait à la famille royale des Huns,
dont il est assez tentant de rétablir ainsi le pedigree, en
supposant que Édécon, père d'Odoacre, est le fils de Rogas,
partant le cousin d'Attila :
X
Rogas Mundzuco Otcar
[Mowoiouyoz) (Odoacre)
I I
Edécon
Odoacre Bléda Attila
Que les deux formes * Rogas et Roas de Jornandès soient
identiques, c'est ce que montrent assez celles que les historiens
byzantins ont données au nom de l'oncle d'Attila; et ces hypo-
thèses sont justifiées jusqu'à un certain point par ce fait que,
visiblement, Odoacre, Ottokar, répète le nom de Octar, son
grand-oncle. H est tout-à-fait dans la coutume traditionnelle
des Altaïques, comme j'ai eu l'occasion de le signaler à maintes
reprises, qu'un homme répète le nom de son grand-père, dans
certaines circonstances, celui de son grand-oncle, sans doute
si celui-ci est mort sans laisser de postérité. Otcar, que je
[15]
LE NOM DES TURKS DANS OEN. CH. X. 415
substitue pour des raisons paléographiques évidentes à Octar,
qui se lit dans Jornandes (page 105), est l'ordinal * ot-toghar
« troisième », de ot « trois », dans une formation analogue à
celle du mongol ghorban-da « troisième », qui se trouve dans
le nom d'un souverain persan du début du xiV siècle, ce
sémantisme étant un emprunt au chinois. "Oi se retrouve dans
ot-ouz « trente », pluriel de ^ ot, qui est devenu utch, par le
changement de registre du vocalisme et l'alternance tch = t,
dont il serait facile de citer de nombreux exemples, mais dont
un seul suffira, celui du doublet ot-agli, otch-ak, oclj-ak
« foyer, maison », par ce qu'il présente la même alternance,
avec l'homonyme ot « feu » de * ot « 3 ». Le suffixe numéral
-toghar est mongol; il est le pluriel en -r de togha « nombre » ;
ghoi^ban-toghar, en mongol « troisième », signifie littérale-
ment « les nombres trois, trois pluriel », dans un sémantisme
étrange; cette formation a disparu dans le turk, qui l'a
remplacée par une toute différente; on ne laisse point toute-
fois de trouver des traces d'une formation identique, à cela
près que le turk affixait directement l'indice plural -r au
•nom de nombre : utch-er « trois par trois », littéralement « les
trois, trois au pluriel ». J'ai montré dans la Patrologia orien-
talis, XX, 219, que des formations tonghouzes peuvent spora-
diquement exister dans l'Altaïsme, des formations turkes,
c'est-à-dire altaïques dans un idiome de la famille mandchoue,
c'est-à-dire tonghouze {Bulletin of the school of oriental
studies, 1926, 265). Le scribe qui écrivit le manuscrit dont
dérivent nos exemplaires des Getica ne se rendit point compte
que Rogas est un nom indéclinable, comme le sont ceux des
tribus des Inaunxis, Tadzans, citées à la page 88; dans son
esprit « ex génère Rogas » ne pouvait être que * ex génère
Rogae », une forme d'accusatif pluriel ne pouvant jouer le
rôle d'un génitif; il pensa que a était peut-être une faute pour
un u, à moins qu'il ne se soit trouvé en présence d'un texte où
l'on lisait, ou dans lequel on pouvait lire Rogus, d'où il
induisit, non sans quelque logique, que cette monstruosité
provenait de l'introduction dans son texte de ex qu'il en
expulsa, de manière à entendre « Odoacre, Rogus par la race »,
ce qui est d'ailleurs un sens assez médiocre, mais ce qui ne
[16]
416 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
l'arrêta point. Mundzuco, MouvStouxoç est avec l'équivalence t =
tch, le turk-oriental v^J-ij^ munduk, qui désigne le trou
circulaire de la tente, par lequel s'échappe la fumée du foyer,
le mongol montsok, qui signifie une boule, et, par extension,
le poitrail bombé d'un cheval, ces deux sens étant des spéciali-
sations d'une signification plus générale qui indique la roton-
dité d'un objet, ou d'une personne.
E. Blochet»
[17J
UN FRA&MENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN
(Fin) (1)
TEXTE
III. — Le mois de Hedar.
h<w» ! 6AM.;^ ! f\h1iih^^ .(2) ^înrt.m ' «wi^çp-ft î (3)
d.^(nC ' <tAAft •• A : ^'^•fefPft •• ^fii^tl • (4)
^ ■ M ' A.nTft î ^'IhT'tîPft ' A^ifPft • rt '-
hao : riu^ïiA • M^'\i9*t\ • àtaj^r : vn.j& • (6) ^,^
hoo : o^d^-n ! p-rh^A • h.K • *^ • ^ • (8) ni^ch ! -f
(1) Cf. R.O.C., 1914, p. 199; 1915-1917, p. 201.
(2) Espace blanc laissé pour l'insertion à l'encre rouge du nom de '^Cf9^^
Marie.
(3) Le Synaxaire éthiopien porte oDÇTrf-fl [^^^^-^'y).
(4) Ms.
: <&An.
(5) l\Is.
. HîiïlTrjÇrC^.
(6) JIs.
: >»,fl„e (primitivement)
(7) Ms.
: ooCrh ! ÏUCn-Pfl.
(8) Ms.
: h,A. ! *^ ! ^.
(9) Ms.
K^:^.
ORIENT CHRÉTIEN.
[1]
27
418 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
hoo î ï<f,Aiift • (3) A.«i> : i^i\ : na*^ : 0^-1.' .' '^^hn j
YlCMtn '• Ht^ftîti^ « ^JP^A-A • *6CA-ft [•] hn.4.'>P-A • (4)
hiO-^Ctl • h'i^'i?*h • )Z.ftmA ! «^C^CTA •• A-h(?A : A •'
fl^î^TA • A
Fol. 121 r°
n'>^.*C?A • h-AAPA : ^CJiA.îPA • A^'l- : îCTÎn • fl)Aft ■
K<wi : 7;^p■c^A • (o) a • }tAyl7J^^'e •■ ko .• 4^^ ■ h
0 : '^VA ■ ^A. • * •• (6) tt'iù^.im s ^.j^rt. î (U'I- • yiC
A^P•C^A • A • WCiD- ■ A •• H.Tn-A • (Dho^ • «.T-niP ! A
;*• •• ffoCJ^^^ti : ^^.A : Pvh'>A •■ Mo- • (oan-l: : >*7l*'
'feAm^m.TA • (7) «da^ ■ XA.5: ?
n : 4»T.C^ ! (8) n-fc • ^Ai-C>if ■ 'wift*|.A •' A*feAni^m.S"A «
rgïfliS • i\hafnu ' hC?-h • ^Ah • A.* ■ A •
(1) La lettre f* est en surcharge.
(2) Ms. : MCtMi.
(3) Ms. : hao : %AAλft.
(4) La lettre f* est en surcharge.
(5) Le chiffre % est en surcharge.
(6) Ms. : h,A. : *.
(7) La lettre f est en surcharge.
(8) Ms. : *c^.
m
UN FRAGMENT UE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 419
* î (1) rt'^d;»"^ • (2) +;i'nh. '- ^^A-} 'hiiim : hcft-t^
P-A.Ç î n-t • JÇ-'f"fî .(5) A^.^'flA-ft i a}aof[M}±ih «
h/w .• ïflie'^h^A • 'wAWn : 'JT'/^'V •' ïiCM^fiV, * (6)
^iw» .. iœrhùfi^ ■ oBfih'hl' • m,T'l:9*ti • K^. ■ *A • (8)
Hh'JXT •• nhc^d • A.+ • A • nhiiYi'i^'C.if ■ hfthvçc • toi
^/H»[..] ïfDônC-tT/l • A.4» •■ A • ïfm^Vl^ ■ ^7^A • A"
hao î lœh'X^ti •' (9) A.'t' • A • nhftîn^.Ç'C.e : t^-i- : ji
<w» : A'nh'> «
K<w» : ïaI^ÇArt'^ • ^^PU^ ■ APvh^ft : h<<. • (10) mc^ .-
h-ncvr* •■ tD-nhi^-ir * rh<5îfi • fio^K^ •• A»n ■ ^Ah. : ^^ ••
rir/"J ■ 9,^fl"V •' hti • OIX,^, : M ' A.T^ «
(1) Avant le cliiffre g se trouvait un autre chiffre qui a été gratté.
(2) Ms. : ù'^ù;}'.
(3) Ms. : \iCflfc^>.
(4) Dittologie.
(5) Ms. : £+1:.
(6) La lettre .p est en surcharge.
(7) Espace blanc laissé pour l'insertion de "^C/îf", le second élément du nom
propre nihR : '^C^T'.
(8) Ms. : h.A, i *A.
(9) Dittologie.
(10) Ms. : hé,(D.
m
420 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
A •• A • hn •• AA*^ 1
h#w» : KaïAh'7'Hîi^* ' '^[••] (3) 'ï'A'^ • A,* • ^^ • nJidïl
-i^C^ • îtAÇP-A • HïfcfA ■ (T'^TA • P-rh-^A • -J^'^A • ^*
h#w : xflïë*'H*rA • Jt9"^TA ! M'fc'Î^A • A"'>je^p-A • K
'fl^'îP-A ! (DhH^o^ '• -tfl^^^ • 'wiA'ï'A • h-n^ î r^^^s^A ••
tiUff'îl ' A.<w»'|' : A'ecTA • A.4» ! A : n*ï»ArnA ■ ^TiTA «
A « ëg:A"fl»ë •• (^0 o*Mt\^ ' ^(oèh'i^H^ii • A'JJ^P-A «
^#/D î Kl»r^<:Ç'^ î *CiA.A ■ A,*!» : Ih-fï^î- •- >n.j& • h
liCA-i: ■ naod^ ••
^P-A*C?A ! JiAd î -^P-A-PC^A • A •- P«rt.^ ' H'J^-n.'J ■ 01^ «
K<wi : KaïïnA'>^TA : M-P • ;^^n-A î ^l'^f«l^ • n^n^p-A •
A • ;^ • 5?ë?.vr : H'."?^^ • '>.^^ •• •ÏC'3'<{.?'A • h.A. * * ■
H^A.A • M '• AuPA-A ' T»^/ ' lAP-A : '^JK-'î • î^h'PA î '^
c^AA ï -^-ni-CO '^c^9" ' '^c^A î dti^ ï ncnc^TA «
(1) Les lettres «^jp sont ea surcharge.
(2) La lettre T est en surcharge.
(3) Espace blanc laissé pour l'insertion en caractères rouges du nom propre
'^C.P?", Marie.
(4) Ms. : ëjPSflië.
[4]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 421
A : <i.A^A î ^d-P-n î
h*^ ! KflïSA<:nT'7 : h.A. ■ *^ ' Hï4»P-A ' h(\ • A,.*TA •■
htm : KflJBA^iî : Aîi*1lUï : A^TCTA • A î A.+ : A ! HîiAîn
-ÎJ^C^ • ^(D%hà^^ • A • 'ï'A.r^rnA • A.* ■ ^ • WCn, •••
>i<w : tnhhhe-A ■ A.* • ^^ • nltxlÙM^C^ • <w».^cp-A î
h^'Td •' H'jrjç- • A.T(rA • ^tfPA «
IV. — Le mois de Tahsas.
* : (1) i^atl '. nPH • ^,A. • * : (2) P-rh^A ' (3) A.4» •
i^ î HîtAïi^.^C^ : K^V'frfPA • A.+ : ^ • n?iAîn^J^-c[j?] : ^
OHA-A • aiA.^ • *A.A • emUiLr* • Â.Tt^A • th^M - M ■ ^à
-P-n •- h.A^A : oD-,\i{i : ^n : nj^*^^ • n.cAn,u •• h*»"- ■ aa
A-r-j • 4»^ ï ^.-^ • înc ' AKn • a.t^ ::=
K<w> : ëM'i^ • KHC^ ■ '^A^.A • ^"J^A • ffgyîrXA ••
ïîV- • A'^dl- • rAA : 4'A.A^A •■ M • à^C • h-nh^^l • A ••
^-înA î ^n : Ç^Ç>bA • H.V î '^C^A «
hao : ^n'J;^ ! at-ii-t- : <w>4»^A • A?%*TH?»'lï •• 4-V-^A ••
«wïAhîri •■ ^fl>-AJ^rnA î hn •• <n>-rt. ■•••
^^ : oh-JJ^C^A •■ di9 • M • Pf^ • (D^Ç*7A • at^àJ^-n '
Fol. 121V''
C^A : Ar/"> • ;^Jt^A ! ;^flï<i^T «
hoD î ÊçifîT» : vn.ie. • /bAJ^CTA • A •• ih'i'iy ' <i.A'}rnA s
(1) Ms. : h.A. ! *.
(2) Ms. : h,A. s *.
(3) La lettre f* est en surcharge.
[5]
422 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
P-A^m-rt : rnA9"e-ft • -Ï'OïAA • oof^-^-} .- ^-j^nA-ft ■ +A,
A :•• >i'nC'/i^ • Ac^*e «
'nb?*{i ' A.*!» • r^'1' '•
hoo : x^c'n^ î A.+ • A ■ xùxiùM^c^ • ncn^ • pa^t
îi^niP'<Î.V ï A • ;^ « M : Atf» -^.A î H+A'T»^ "• ^n • h.A.
?i'ï'ï: • •\Ù\^ • fl)îP*AA.irtf»>- • Xl'Wà • ?'th'iil • H^'^A*
)2.C*A : ?tA4iA-îrrnA ' >»a>-X^P-A -- (i) -MnA ■ ^A4. : H^
'^ î KAÎL*A • 'tP^, «
h/wi : ï^,AA'|- '- ^PO- •' AA'ECTA : A.+ ■ ^ • Hh'J}iïU
^ •• ;I->»T.^P-A ■ A.*!» : A •• H?iAh'>.^CJP : Jr^APA • î\.^4» •
'^AAA • ^A^MC : 4».^'A'> • A-CAV • ^n • T'PTî • 'ïôto- :
K/wi : ïaiAnh.'rA : H.^'4» : nf:ïA"''XîPA • ;i.A. ' * ■ (2) n
TA'> • A « ?i*7ll.?» ■ yj-n/.. : ?%tf«>. .. AHCh • ^(ï^-n : 'J7-/*' «
hero : ïfllë''ï.ïl^.A • ^AWfl ■ T-A^i. •• «V^iflC : Ahi»-'^
H ■ -nVTA • "/A'e • Atf» -^hA • H'PAJ^n : /hJ^Y- * P-rh'JA •
i-^'^î^ • VJ4»mA : A î hn ! hahfiM ■ A • ataoràxC •(3)
htn* : ïfl)rfl5\ï'hCPA ' A ' h-iK^ïiah : «.^'^ : '^A^A •
Ifi*^^ • Kn ! tro4'cll ' h'ûà'i.J^il ' A • rhCAC".7 ■ }^ "JCA];!- :
ArhÇ : ît^w» : hlHh^^ - (4) *C5iA.?'A : f^h^'i'i ' ©C^TA
A : hC^Ô. l
(1) Ms. : T.tD-l'Vfîl.
(2) Ms. : h.A. ! *.
(3) Ms. : atthaoC.
(4) Espace blanc laissé pour l'insertion en caractères rouges du nom de
*^C/?", Marie.
[61
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 423
\yao : im^C^r ' h^i- • hCl ' (3) (Dtfo-A. : (D%^9*
YxOD r ÏCDï'bArtl- • ^PO- ' AA-*A ■ H'Ji^.Ç- :: 'hAA'f- ï
^r* -• «?C*A ! 'wiCTA/bA : A • hn • V'IVh.A = lAfl>-^
JPA ••••
^/w .. yoi^^CSf ! «^^A'T'i' ■ 'hAAl- ■ r'PV- ■ M:^ ■ ù
9:h • ^at'n»(\ : M • AA*^ • h'^-b • -nCVi -. ^C4»A : 4-AP-
^ ■ A.înP'j • '}^^,'i(l • h(0'^î\ • œh-n^f^ira^ -. a ■ ;i- •■ ç
AA'f- : /^'Pifoï»- : A>%f:A.A : (D^tl^ ' flJ^.TA • 'bAA'/- • /^'
;iii. : A-f^VA ' r/i*PCJ? • AuAjPA • ^0 : AA«7 • +^1'^ s i\ :
^£W> : (flïg'I-nC^.A • ^A^în • P-[rh]'îA : Hn'CAA • (DÇ[
H-t : AA^ ■ ai^^îPoi»- î fl>-A'^ : ?»A-ll' • A^Ç'^^ * a)hnc9 •
hoo : 7;Axl • Vn.^ • f-rh-JA ' ihKC ■ ^'J^hA ! ïn..e. : ;^
«O-^V : l^n^^ ' hfl>-P'}P-A : '^C.^PA •• hn : A-C*^'} • h
n ! ''VC^A • '^CTh.A ::
^rw» : KflJ6h*7ftM • (4) nCTOA •• hrGhC9:}x'{' • V'K
A.A :••
(1) Ms. : K.A. ! *A.
(2) La lettre C est en surcharge.
(3) En surcharge.
(4) Ms. : txl'U'hy ; espace blanc laissé pour l'insertion en caractères rouges
du nom de h.frt-îl : YiCrt-Pfl, Jésus-Christ.
[7]
424 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
^ • 3>irt.J& î iiao'h.^ : 1-nC/i.A : ftiP'/"^ ï 'Wï^Cft •■ K^^J^
Ctl ï <i:.AAft : K-n^lfift : h^^A^ft • +JiA.îPA ■ (3) /w>c*<S.
^#wi : ^œo^^^-i r KA ï MJ^ : M^ai?*{i • A.*!» .• ^ .'
Vd. • ^ft'i'A •' hù'b ■ in..e.^ ! A^* • Ahn-> : ïhA : y^
K<wi : 'RiDihnti^li^ : p-A^Ç •' (4) A î ;^ «
A • ;!• ! Hîi-îAV «
Ai<w> : ïToien^A •• A^* • hn-c « ©a^* j A^,.eA- •• t^
lï^'l ' ^d^-n • <?.A.A : -tJPJÎ-CA : A ■ h.*Cf-A ■ l'hu' -.
K»» .• çnP-rh^A î Kn[î] ri^ • HhA'&TA s P-rh^A • HA.
r/i^' : A ■ ;>• • ^yi^^î^ • ïlCP-'> : <tArÇ î ?tA : ir»AA.(^
SA î ;^ ! nn-l: ^ [dAîh •] lD^îP<m- î A^^h^ ■ m-A-i- ' M^
<»nnj&>^^ .• HCK .• hcA-f^A : M^'i' '• H+'^A-<^». : %c:k'Iî
(1) Espace blanc laissé pour l'insertion en caractères rouges du nom de
'^Cf9°^ Marie.
(2) Ms. : A.T-feJPf».
(3) Ms. : 4'A.iJPn.
(4) La lettre f est en surcharge.
(5) Ms. : h.A. : *.
[8]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 425
V. — Le mois de Ter.
h<w» î g^n.A ! nwv: ■ <"'•;^^ « ka5:*a ^ ^â.a = *^ • (2)
'tJP'.Tl ■ A.* • ^ : nhtiïi'O^cy ■ 3?%?λA • ïiV- ! (3) A'^d
'^ • rAA ■ <<.A;^îPA •• AH.
Fol. 122^"
9*t\ ' tVid-t- ■ n.^- î h • Ah'Tîï^-ihi • n^-n^ • hn ■ a.t^ «
ht^ • à?'ihlt\ • fh*PC^ • XP-CXA : «^-fïV ! A.* ■ AA
;I-^J^^ • A ■ M • A.^S°A -■ H'P'ÎX't ■ ^n • VC^-A • «n.»-} :
K<w» : fc^A-Z-JP-A î A • *^-fcfPA • A.+ • A • mxiiWi^'C^
hAîn-JJ^C^ • *J^A^ «
li- • (4) ^.AJPA : ïn.J& ■ tmclnyi- ■ A.'ï' î A • HîtAVl^J^C^ •
nAAP-A • (5) A. ! A ! H*fcAC^ « ÂQ : <">-A, • liïi't ■ IK- ' ÇA
oo : i-OïA.^l î «wJEl'Ii'J ; AÇ^ : ÇAA'^ • ^PU- ' Ah'i^C^
A ■ f^rvC • K^d»9" î ?ifl>-'^CP-A • A^* • Ah-ilCVr* '
<DA^ •• :i'à' «
(1) La lettre T est en surcharge.
(2) Ms. : h.A.n : *A.
(3) Le verbe yiy- est en surcharge.
(4) Ms. : ôCIt.
(5) Ms. : AnflAf-n.
[9]
426 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
hoo : gn.'f- s hC : hM ! <wi.^CA ! (1) H^ft*Tft ■■•• îi^J^
<5.5:*ft ■ A.*!» • A ! H^ifth-JJ^C^ •• ^0 ■ 'in^'X ' A.* : A '
Ma}- : 4'-S.«^^ «
A.4» ■ A • ilhnin'y^'C.? • PAri^A : 4.JP.PA ■•:
ëVff'iffA • {sic) JS7^bA ■ ^>ïiA • n'}3nc?A ■ Afl>-A^.^P-A * A ■
;^ • AA-f- •■ ^d^-n .■ OJA.P. • jP-Arh4» • l'A^TA • A •'
^iCAA.^A : SK'T.^A ! htD-Pid : J^-^ZTCPA ' (2) -nC'T
P-A ■ ?iAm.4.TA ■ h.^ïiA • î^.p.-.'*"J "• A..^S"A ■ A : '^.VA •■
H^i'^^'l- ! M • >hr? •• ï^'fe^' • HViï- • A^'Vd'ï- •
htm ■ ïtf»o>»AA.^-A : <w3r)rt/PA : Îiîr/,.^,A • î^/5.AbA • -fl
dd'> • hn ■ hCîlA.J^A ■■ ïDîitf»- : tP-flA-V ■ ogflïo'^'în^
V ■ «feC^A • M ■• rhC : A-1n,P'rA ■•••
A.TCA • AT'^ • ^^9"/S. • j?«Af/i4» î *fef:*A ! A •' Pvh'JA ■
)\(n* i ïflJ'Z^A;J-?'A -• A ! fl»i^'AA.ii- ■• ff/ipA<{.*e^ s f/^y\
l'i^^ ■• ÂA'JJ^PA ■ aoMPK'è^ : AuPA-'H • (ortxM '• m">
-> : A ■ ffli^'AA • <DA>Î • çfX^fl'oA*^ ! JCrnA • wA** j hn ••
Mi*^ • ?iî^e4'S.«^'J : P-Ji^A : A.+ ! A • H?iAîn^.e.C^ : ^-^
h.A : ^CjP'e ■••
^#wi : ioitaoiiii^'Ph • (DS/^'t?'A • hin»cj^-A • A : Knh^
(1) Ms. : <n>OD4.cn.
(2) Ms. : .^■'^TCP-fl.
[10]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 427
htm • s^-ncriic^ft • hrëœe^^h -■ p-rh^ft • Kn ■ T'ï
-n^u^p • >i'nA*PS"ft : rt • 4»^ •• a^i- • Yic • am • p-rh'jft
ai-j^rt- • HflïC4» ■ -nrlhV- ■ rt ï KnyiA-Tl • rt ' flJî'"ftA.y- ■ 5?
h/w : K(D6K*TH?i-H • (2) <wi<PdA.y : XOte'iaD'l' : ^,AC
^ ! ©Ai- • HJ&y-'> • JT-/*' ■ -ÏC-î^î^ft • A.* ! A : KCrytl •
Afl>-A"ft •■ A : ÎL^Aî^A : A :•• li^'fnc • h.^, •• ^A • {'^) fiAtl •
'^fiM ■ Pvh^A •■ U^n : 'l'flJ-AniA "•
^£w» : Kfflëhn • (4) h'}rn['>]A ■ '^'H^ï<: • Vf-A-tf»- • 4»^^
•> • fli'^ÇA : ^.Â. î *A • (o) H<^q:^ «
Krw .- ?^flirm.r't?'A • d^h • AflJ«A«A • KIÇ-tî^A •- (())
ÏCA-A « tP^AP-A : ^7-/^ ■•.
^ • ?iA • ftiOt-ïW} • h(\ • ao^Cîl '- lihtlln'i^C,^ ■ fi.4. • A î
ooCth ■ IriLA-J^A • <w';»uc •••
h<wi : KfliëA.TCA • ô<^-.^' • A-nA-l-^TA • A • hAluA •
A î ^d^-fl • Chù •' ^ïViA^- "
A-> î AOA •• A : P-rt.ç •• *wÇ4»a. • ^IR^ - (D'i^n • -ï'^lA :
(1) Ms. : A.A. : *.
(2) Espace blanc laissé pour l'insertioa en caractères rouges du nom de
'^n^î'", Marie.
(3) Ms. : h. A. ■ AfI.
(4) Ms. : K(Ob (primitivement).
(5) Ms. : h.^ : *A.
(6) Ms. : hH'ttt.f'il.
(7) Ms. : ft-^ôt.
[11]
428 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ht^ • ^(Ditn • irije. • rt^-np-^ •- (i) rt •• çArti- • /^;ï
^#wi î Kfl»5ç4»A.9"^rnft : rt -• Kn •• hhah;h •• (D9"tià»ih •• S
grt î ;^ : P-rt.'h : <DA^ ■■ "^^a}- -. 'hn,A ■ oir^'fe^' •• n^lïi :
>i/wï : mfn.4'A • (4) nC^ ' *nC^- '• h'i\^ • fli"/^;!- • ^Ç
*7A • '^Vft • A.4» ! ^ • Hhfth'ÏJ^-C^ -• A,rt.m.ri • hfi^il • (D
VI. — Le mois de Yakatit.
P-A « KftïiÇÇC • fli-nîiA.iî • A • flJl^A • A<^d^ ■
[Desinit ex abrupto.]
(1) Ms. : ft^ ! -nf-Tr.
(2) Ms. : fli'V^T.
(3) Ms. : TTI^^^.
(4) Ms. : gi.
(5) Ms. : K.A. : *A.
(6) Ms. : W^Oi-nït.
[12]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 429
TRADUCTION
III. — Le mois de Hedar.
Hedâr.
Le r". — Naissance de Notre-Dame; Maxime (Maksimos) ;
Manfyos; Victor (Fiqtor) et Philippe (Filpos), martyrs;
Domiiius (Dêmâtêwos) ; Philippe (Filpos).
Le 2. — Pierre (Pêtros), patriarche d'Alexandrie ('Esken-
dryà); Sanutius (Sentouyou), patriarche d'Alexandrie ('Es-
kendryà); Sêtênêwà la sainte; Anastasie ('Anestàsyâ) la
sainte; Ahba Libânos; Athanase ('Atnàtèwos) et Ledânéwos,
martyrs.
Le 3. — Cyriaque (Kiràkos); Athanase ('Atnàtèwos);
Habacuc ('Enbàqom) le prophète; Irène ('Irà'i), sœur
{d' Athanase) ; 'Amda-Mikâ'èl, Samuel (Sàmou el), 'Amna-
Ba-'IyasoHS, Marha-Krestos, Ferê-Krestos, Sarda-Haivâ-
ryût, Zar'a-Seyon, Menas (Minas), 'Agoumis.
Le 4. — Jacques (Yà'qob) et Jean (Yohannès), évêques de
Per.se (F àrès); Thomas (Tomâs), évêque de Damas (Damàs-
qo); Épimachus ('Abimàkos) et Azarianus ('Azàryànos),
martyrs; 'Abayd, moine; Abba Jean (Yohanni); Zacharie
(Zakàreysà); assemblée des martyrs; Pierre (Pêtros), pa-
triarche d'Alexandrie ('Eskendryà).
Le 5. — Apparition du chef de Longin (Langinos); Timo-
thée (Timotêwos) ; translation du corps de Théodore (Têwo-
deros); Jacques (Yâ qob); Jean (Yohannès); Thomas (Tomks);
Jacques (Yà'qob), prêtre; Abba Jean (Yohanni); Nagada-
Krestos.
Le 6. — Félix (Filkos), patriarche de Rome (Rome); en ce
(iour) Notre-Seigneur s'est rencontré avec ses disciples dans
Qouesqoudm : dédicace de l'église de Qouesqouâm ; Théo-
phile (Tiwofelos); Cyrille (Qêrlos); Épiphane ('Abifânyos);
'Awféros, 'Andinewos, Vesios, Mârteros et Loukaros,
marty rs ; W eninos ;
[13]
430 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Fol. 1211'°
Lebdndiqoros ; 'Oulasyos; Corneille (Qornêlêwos) ; nais-
sance (VHénoch (Hènok), fils de Jared (Yârêd).
Le 7. — Georges (Giyorgis), martyr, V Alexandrin; Abba
Fâyoïun (1); Abba Menas (Minas), qifi a été institué évèque;
dédicace de l'église de Georges (Giyorgis), martyr; Xàhrew,
martyr; Zénobe (Zênobous) et sa mère Zénobie (Zênobyâ),
martyrs; Mercure (Marqorêwos) le nouveau et Jean (Yohan-
nès),son frère; en ce (jour) régna Constantin (Qouastantinos),
fis d'Hélène ('Elêni).
Le 8. — Les quatre Animaux; 'Afnin, ange; Jean (Yohan-
nès), patriarche; Abba Coprès (Qefryâ); en ce (jour) la croix
apparut à Constantin (Qouastanl.inos).
Le 9. — Abba Lsaac (Yesliaq), patriarche d'Alexandj-ie
('Eskendryâ); concile des trois cent dix-huit pour excommu-
nier A rius ('Aryos); Yesâk, patriarche.
Le 10. — Les cinquante-cinq vierges martyres et Sophie
(Sofyâ); Ammon ('Amon); Paul (Pâwlos) et les trois martyrs;
les saints [Pères) se réunirent {en concile), car les chrétiens
étaient rebaptisés constamment.
Le 11. — Anne (Hannà), mère de Notre-Dame; Archélaiis
('Arkâlàwos), martyr; Elisée {'Èhk'e) le Juste; 'Akâminyos et
'Arsâwos, martyrs; Bârgewà et les trois martyrs qui furent
avec lui; 'Entâyès; Mâlyès; Fâsyâ; 'Arles; Élie ('Èiyàs);
Joseph (Yosêf); en ce {jour) chute du diable et de ses anges.
Le 12. — Michel (Mikà'êl), ange; notre roi chrétien \Anes-
tos (2), fils d' lsaac (Yesliaq); le roi Ba eda-{Màryà m) , fils de
Zara-Yaqob; les disciples de Bizan.
Le 13. — Myriades d'anges; Timothée (Timotêwos), évéque
de 'Eîisenâ; Zacliarie (Zakâryàs), patriarche d'Alexandrie
('Eskendryâ); 'Askanâfer et les douze brigands; 'Atlyâ;
Meronâ; Mayonâ; Félbâter; 'Abrâni; Honorius ( 'Ancre wos)
le roi; Jean (Yoiiannès) de Bizan.
(1) Ici le ms. confond un nom de ville avec un nom de personne : il s'agit
d'Abba Nâhrew (Lucius) de Phiom (Fàyoum), mentionné d'ailleurs plus bas.
(2) Au lieu de ^Aneslos, il faudrait lire >lnrfrel(>iTr^C^n, 'Endryâs), fils d'Isaac.
[14]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 431
Le 14. — Martin (Bartinos), patriarche de Tours (Tarâ-
kyà) (1); Daniel (Dàn'êl); Loràstos; André ('Endràwos);
dédicace de l'église de Qalmon; Mabrinos; Tarâtinà; 'lyes-
tenà; Gàrsis et Bcdàten, justes.
Le 15. — Menas (Minas), patriarche d'Alexandrie ('Esken-
clryâ); commencement du jeûne de l'Avent.
Le 16. — Dédicace de l'église d'Onuphre ('Abànàfer);
Tatous, martyr; Daniel (Dàn'êl), ermile; Honorius ('Anorê-
wos) le roi; Jean (Yoliannès), patriarche d'Alexandrie
('Eskendryâ); Xyste (Kistos), évéque; Jean {Y oXydiimè^) Kâmâ.
Le 17. — Translation du corps de Jean (Yohannès) Chry-
sostome; Abraham ('Abrehàm) et sa femme Harik; Samuel
(Sàmou'êl); Abba Malaki, Abba Simon (Sem'on), justes de
Wasif; Abba Sinodâ.
Le 18. — Atrasie ('Atràsis) et Junie (Yonâ), vierges et
martyres ; Éleuthère ('Êlâwteros) et sa mère Anthie ('Entyà),
martyrs; Philippe (Filpos), apôtre.
Le 19. — Dédicace de l'église de Bacchus (Bàkos) et Serge
(Sargis); combat et martyre de Bart/iélemy (Bartalomêwos),
apôtre; Théodora (Tà'odrà); Georges (Giyorgis) le nouveau;
Gabriel (Gabr'èl), ange; Théophile (Têwofelos), sa femme
Patricia (Patriqà) et Dàmâlis, leur fils, martyrs.
Le 20. — Anianus ('Anyànou), patriarche d'Alexandrie
('Eskendryâ); Théodore (Têwoderos), martyr; Abba Jean
(Yohannès) de Siout ('Asyout); dédicace de l'église de Théo-
dore (Têwoderos), martyr; Abba Salàmà.
Le 21. — Notre-Dame Marie; Côme (Qasmà), patriarche
d'Alexandrie ('Eskendryâ); Alphée ('Elfyos); Zachée (Zakê-
wos); Romain [Romkwo^) ; Jean (Yohannès); Thomas (Tomàs);
Victor (Fiqtor); Isaac (Yeshaq).
Le 22. — Côme (Qozmos), Damien (Demyànos), Anthime
('Antimos), Léonce (Londyos), Euprèpe ('Abrànyos) et leur
mère Théodota (Tewdàdà); Masqal-Kebrà; Romain (Romà-
nos); Zachée (Zakêwos); intronisation de Sévère (Sàwiros),
(1) Le Synaxaire éthiopien porte . <n»C^'^î"n •■ h.A,n«PAn •• )Wld, •• (fKi-h'fi
(Lo Lis i^jJ-* s à£wi , ^J^jj..']. Cf. ZoTENBERG, Cal. des Mss. élh. de la Bibl.
Xal., p. 163.
[15]
432 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
patriarche, à Qaltos; Côme (Qozmos), martyr avec deux cent
soixante-deux (hommes) et quarante-deux femmes ; Anthime
('Antimos); Léonce (Lendyos).
Le 23. — Mort de Corneille (Qornêlis) le centurion; Oba-
dias ('Abdyou) le prophète, de la tribu d' Éphraim ('Èfrêm) :
le nom de son père est Kokabâ et de sa mère Sâftâ; mort de
Geoy^ges (Giyorgis); Grégoire (Gorgorêwos) ; Bélên; Côme
(Qasmâ); dédicace de l'église de Marine (Marina).
Le 24. — Les 24 prêtres du ciel; 'Azqir qui enseigna
autrefois à Nàgrmi et les trente-huit martyrs qui furent
avec lui; Qâltaw; Caïus (Gâyyos); Atrius ('Atryos); Dioscore
(Diyosqoros) le second; Dioscore (Diyosqoros), martyr;
Joseph (Vosèf) de la ville de Nesbin.
Le 25. — Mercure (Marqorêwos) ; Acharius ('Aqàlos);
Romain (Romànos).
Le 26. — Valérien (Bàlàtyànos), sa sœur Tâtbous et son
frère Bânbâny os, martyrs; quatre mille deux cent cinquante-
trois [martyrs) de Nâgrân; Aréthas (Hirat); Grégoire (Gorg-o-
rêwos), évêque de Nysse (Nesis); Abba 'lyasous-Mo'à;
Gêlyos; Mâyen; Mekwàs; Mâryàlès; Habta-Mdryâm; Marc
(Mârqos); Esdras ('Ezrâ); Bârbâryânos.
Le 27. — Jacques (Yâ'qob) Vintercis; Philémon (Filmonà),
disciple de Timothée (Timotêwos), martyr; 'Ardre; Abba
Takla-Hawâryât de Gabarmâ; Clément (Qalêiiientos) ; I^hi-
lippe (Filpos); Jacques (Yâ'qob).
Le 28. — Sarapamon (Sarabàmon), évêque de Nikios
(Naqyos); Abba Liqânos,un des neuf saints; PsatéÇ Ah^MÏ);
invention des ossements de Suzanne (Sosennâ).
Le 29. — Nativité de Notre-Seigneur; Pierre (Pêtros),
martyr, patriarche d'Alexandrie ('Eskendryâ) ; quarante^
sept mille martyrs; Clément (Qalêmentos), patriarche de
Rome (Rome).
Le 30. — Acacius ('Akâkyos), patriarche d'Alexandrie
('Eskendryâ); Macaire (Maqâryos), martyr; Gabra-Masqal
le roi éthiopien; Piphamon (Bifâmon), martyr; Abba Ana-
nias ('Ayànos) le stylite; Pien^e (Pêtros); Côme (Qozmos).
[16]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 433
IV. — Le mois de Tahsas.
Tclhsâs.
Le J"'. — Élie ('Èlyâs) le prophète; Nabot (Nàbouti) le
Jezraélite ('Esrà'êlàwi); Wahabi, évêque; Pierre (Pêtros) de
Gaza (Gâzà), évêque; Jean (Yoliannès), patriarche d'Alexan-
drie {'Eskendryâ); Athanase ('Atnàtêwos) , patriarche
d'Alexandrie ('Eskendryâ); Paul (Pâwlos), fils du prêtre
Makâram; Pierre (Pêtros) le nouveau; Abba Jacques
(Yà'qob) ; Élie ('Èlyàs), moine; Abba Bàymân; Bethsabée
(Bêrsàbêh), mère de Salomon; dédicace de l'église d'Abba
Sinodâ.
Le 2. — Ananias ('Anànyâ), Azarias ('Azâryâ), Misaël
(Misà'él) et Daniel (Dàn'êl); les sept mille trente-trois qui
furent martyrs avec Basilidès (Fàsiladas); AbbaHor; 'Abset-
fen, martyr; -Anbas; Abba Nathanaël (Nâtnâ'êl); Zênâ-
Marqos.
Le 3. — Présentation au temple de Sotre-Dame; Phanuel
(Fànouel), ange; Théodote (Tewesdetos) ; Abba Moise (Mousê).
Le 4, — ^>irfre ('Endryâs), apôtre; Abba 'Os; des vierges;
Jacques (Yà'qob) ; Zacharie (Zakàryâs) ;
Fol. 121 V
Simon (Sem'on); l'/iéodora (T-àderks); T héop hanie {Tkwa.finà).
Le 5. — Nahum (Nàhom) le prophète; Isidore ('Êsderos),
martyr; Ananie (Hanânyâ); Filentos; Jean (Yoliannès);
Barachie (Bàrekyos); Victor (Fiqtor), inartyr de Sdiv; Eugé-
nie ('Awgânyà) et son père Philippe (Filpos).
Le 6. — Ripsime ('Arsimâ), martyre; les vingt-sept mar-
tyrs; Batelsis, prêtre; Abraham ('Abrehâm), patriarche
d'Alexandrie ('Eskendryâ); Sourfito; Mary an; Michel
(Alikà'êl); Yolsûwès; Talmyos; Tawalda-Madhen; Anatole
('Antolos), prêtre; Abraham ('Abrehâm) le Syrien.
Le 7. — Matthieu (Màtêwos), moine; Abba Daniel {\)k\\' (A) ;
Dêwonterès; Abba Matthieu (Màtêwos), supérieur de monas-
tère.
[17] ■
ORIENT CHRÉTIENi 28
434 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Le 8. — Hiéroclès (Yàroklà), patriarche d'Alexandrie
('Eskendryà); Barbe (Barbara) et Julienne (Yolyânâ), 'Enbâm-
rênâ, martyres; Abba Samuel {Skmou'èl) de Qalmon; Abba
Paési ('Èsi), sa sœur Thècle (ïêklâ) et avec eupc huit cent
quatre-vingt-cinq {martyrs); Jean (Yohannès) Daniascène
(Za-Damâsqo) ; Yereqlà; 'Elqolonitos; Eugène ('Awginyos);
Takla-'Alfâ de Dimâ; ' Alâniqos, pèlerin.
Le 9. — Abba Ba'amini martyr; Badalâm; 'Armyâ;
Abba Zacharie (Zakàryàs).
Le 10. — Translation du corps de Sévère (Sàwiros),
patriarche cVAntioche ('Ansokiyâ); Théophane (Tà'bfeiiyos),
patriarche d'Alexandrie ('Eskendryà); Nicolas (Niqolâwos)
le juste; Tha lasse (Talâsès) et Lazare ('Al'azâr) ; sainte Sour-
set; Abba Teivâs, eunuque; Milànyos; Théophanie (Tàw-
fenyà); Seth (Sèt), fils d'Adam ('Adam).
Le 11. — Bakimos le juste; Barthélémy (Bartalomêwos),
evêque; Batlân, martyr; 'Egzi'e-Kebrâ, mère de Zar'a-
Yaqob le roi.
Le 12. — Michel (Mikà'êl), ange; réunion du concile pour
excommunier Benâtès l'/iérétique; Samuel (Sàmou'êl) de
Wâldebbâ; Hedrâ; Jean (Yohannès), confesseur; Anicet
('Anqetos), martyr; Abba 'Awsés, martyr et docteur de
Rome (Rome); Jean (Yohannès).
Le 13. — Barsanuphius (Basnoufryos), martyr; Prochore
('Abrokoros) le juste; Misaël (Misà'èl), ermite; Abba Macaire
(Maqàrès) ; 'Abrâniqos, martyr; Jlaresfon; conception d'Anne
(Hannà), mère de Notre-Dame; Corneille (Qornêlêwos),
magistrat; Warqetsâs; 'Arferê.
Le 14. — Simon (Sem'on) de Mânouf; Abba Hor et Abba
Menas (Minas), martyrs; Marhem'im, sa sœur Sara (Sârà),
ses quarante serviteurs et les dix-sept mille qui furent
(martyrs) avec lui; Christodule (Gabra-Krestos), patriarche
d'Alexandrie ('Eskendryà); Amnionius, éveque de 'Esnâ; la
bienheureuse Nasâhit; Josué ('lyâsou).
Le 15. — Le patriarche Grégoire (Gorgoryos) d'Arménie
('Armànyà); Luc (Louqàs) fe stylite ; Yemsàh, martyr; Basa-
lota-Mikâ'êl.
Le 46. — Marie (Màryàm), samr d'Aaron ('Aron) et de
■ [18.
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 435
Moïse (Mousê); Gédéon (Gêdêwon) le juge; Herwâg; Abba
Herivos; Ananias (Hanànyà); Kozi; Sanserâdên; Ananius
('Anànyos); 'Awnyâ; Gouzê; Krestos-Madhen; Macaire
(Maqàrès); Jean (Yohannès).
Le 17. — Translation du corps de Luc (Louqàs) le stylite:
translation du corps de Simon (Sem'on) le stylite; Aivser-
yâyos; 'Aivkâtyos; Souryàni; Marc (Mârqos); Martel' êl,
martyr; Abba Nathanaël (Nâtnà'êl); Claude (Galàwdêwos).
Le 18. — Vâryà; Pliilémon (Filmonà); translation du
corps de Tite (Tito), disciple de Paul (Pàwlos); Abba Salàmâ
le révélateur de la lumière; Archélaïis ('Arqelà), Fâsyon,
Likyon, Nelinigos, 'Awnâs et leurs compagnons martyrs;
translation des corps de 'Arsis, Dâsyà et Dinios; trans-
lation du corps de Thomas (Tomàs), apôtre; Élie ('Èlyâs);
Abba Salâmà, premier métropolite d'Ethiopie ('Ityopyà).
Le 19. — Gabriel (Gabr el), ange; Jean (Yohannès) de
Mourlès; en ce jour on jeta dans le feu Ananias ('Anànyà),
Azarias ('Azàryà) et Misaël (Misà'êl).
Le 20. — Aggée (I.Iagê) le prophète; Jean (Yohannès) le
petit; Daniel (Dàn el) le prophète; Théophanie (Tàwfinà) la
reine; Eugène ('Awgânyos); Mârdyos; Abba Sourmân; Abba
Marc (Mârqos); .]iàrt'èl.
Le 21. — Notre-Seigneur; Barnabe (Barnàbâs), (un) des
soixante-dix disciples; Nathanaël (Nàlnà el).
Le 22. — Dédicace de Véglise de Gabriel (Gabr'êl), ange;
Antoine ('Entonyos), patriarche d'Alexandrie ('Eskendryà);
en ce jour Ildefonse (Daqsyos) fit la fête de Notre-Dame.
Le 23. — Timothée (Timotêwos), ermite; David (Dâwit) le
roi, fils de Jessé ('Esêy) ; Samuel (Sâinou'êl) ; Gabriel (Gabr 'él) ;
Simon (Sem'on); Macaire (Maqàrès); ^?irfre('Antedrès); Phi-
lippe (Filpos); Apraxius ('Abràkos); 'Ayetlâtès; Corneille
(Qanêlèwos); Mercure (Marqorêwos).
Le 24. — Les justes de Kadili; Ignace ('Agnàtéwos),
patriarche d'Alexandrie ('Eskendryà); Philogène (Filsàsyos),
patriarche d'Antioche ('Ansokiyà) ; Abba Paul (Pàwli);
Ferê-Masqal; Esther ('Asotè) la prophétesse; naissance de
notre Père Takla-Hàymânot.
Le2o. ~ Les cinq Macchabées [Màqàbykn), martyrs; Jean
[19]
436 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
(Yohannès) ; Nicolas (Niqolâwos) le magistrat et sa femme :
Daniel (Dân'êl) le juste.
Le 26. — Anastasie ('Anestàsyà) et Julienne (Yolyânà),
martyi^es.
Le 27.. — AbbaPsaté ('Absàdi), évèque, et Callinicus ('Alà-
niqos), martyrs; Abba Bag'ou.
Le 28. — Nativité de Notre-Seigneur ; cent cinquante
hommes et vingt-quatre femmes martyrs de 'Ensenâ.
Le 29. — Fête de la Nativité glorieuse; naissance de
Josué ('lynsou) le juge; Jacques (Yàqob); Philippe (Falis);
Théodore (Têwoderos), martyr; Abgar ('Aqàryos), roi
d'Édesse (Rohâ).
Le 30. — Jean (Yohannès), supérieur du monastère de
Scété ('Asqêtès); Jean (Yohannès) de Sihat; les martyrs de
'Akmim; Gorion (Koryon) ; Philémon (Filmonà) et les soixante
martyrs qui furent avec lui; en ce jour on jeta les quarante
soldats dans le feu; Babaynadên ; Zar a-Krestos ; les enfants
qu'Hérode (Hêrodès) a tués; Abba Zacharie (Zakâryàs); beau-
coup de justes.
V. — Le jMois de Ter.
Ter.
Le r'^. — Lnvention des ossements d'Etienne ('Estifànos),.
martyr; les huit mille cent quarante martyrs de 'Akmim;
Abba Dioscore (Diyosqoros); Léonce (Làwendyos), martyr;
Macaire (Maqàrès), patriarche d'Alexandrie ('Eskendryà);
Sakabâlsyos et son frère Ledâyànos; Théodore (Tàderès);
Paul (Pâwlos); Etienne ('Estifànos).
Le 2. — Abel ('Abêl), premier-né des morts; Callinicus
('Alâniqos), évèque; Théonas {Tèwonàn), patriarche d'Alexan-
drie ( 'Eskendryà) ; les neuf mille sept cents qui furent martyrs
avec Philothée (Filàtâwos); Sibylle (Sàbèlà),
Fol. 122r°
fdle d'Hercule (Herqâlès), interprète de songes; Macaire
(Maqàrès); Abba Matthieu (Màtêwos); construction de l'église
de Notre-Dame au monastère d'Abba Sinodâ.
[20]
UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN. 437
Le 3. — Les cent quarante-quatre mitle enfants; Abba
Libânos; Abba Jacques (Yà'qob); Jean (Yohannès).
Le 4. — Jean (Yohannès), apôtre; Georges (Giyorgis);
Mâtounâ, patriarche; Théodora (Tà'oderâ), martyre; Abba
Liqânos de Fensatê; Abba Nârdos de Bizan.
Le 5. — Eusigne ('Asegnyos), martyr; Matthieu (Màtêwos),
patriarche d' Alexandrie ('Eskendry;i); } drèwnyos et beau-
coup d'hommes et de femïnes; Longin (Langinos) de Rome
(Rome); une sainte d'Alexandrie ('Eskendryà).
Le 6. — Circoncision de Xotre-Seigneur; Noé (Noh), qui fut
sauvé du déluge; ascension d^Élie ('Êlyàs) le prophète; Mar-
cien (iMarkayànou), pat)-iarche d'Alexandrie ('Eskendryà);
Basile (Bàselyos), patriarche de Césarée (Qisàryà); Abba
Moise (Mousê), dont le visage devint un charbon; Tawalda-
Madlien; Sophie (Sofyà); translation du corps cV André
('Endryàs); le docteur Ephreni ('Èfrêm); 'Atvmâryos; nais-
sance d'Abraham ('Abrehàm), fils de Tard.
Le 7. — Pierre (Pètros), pcdriarche de Rome (Rome);
Salomon ; Grégoire (Gorgorêwos) ; Marc (Màrqos) ; 'Antyànos;
Louyà; Marilen; Sisinne (Sousenyos); Màrqey.
Le 8. — Dédicace de l'église d'Abba Macaire (Maqârès)
de Scété ('Asqêtès); Andronicus ('Endràniqos), patriarche
d'Alexandrie ('Eskendryà); Abba, Benjamin (Benyâmi),
patriarche d'Alexandrie ('Eskendryà); Malachie (Milkyàs)
le prophète.
Le 9. — Abba Abraham ('x\brehàm); Georges (Giyorgis);
Nosâmès ; Désqerès ; les saints Pères.
Le 10. — Jeûne de l'Epiphanie; Abba Kinâryà; Patricia
(Patriqà); Meyàni.
Le IL — Baptême de Notre-Seigneur; Anatole ('Entolyos),
martyr; Jean (Yohannès), patriarche d'Alexandrie ('Esken-
dryà) ; Juste (Yostos) ; Ca'ius (Fàyyos).
Le 12. — Michel (Mikà'êl), ange; Théodore (Têwoderos),
martyr, et avec lui deux cent cinquante mille martyrs; Daniel
(Dàn'êl), moine; Bankeros et Léonce (Lawlendyos), martyrs;
naissance de Jacob (Yà'qob), fils d'Isaac {\es,hdiq); Julien
.(Yolyànos), martyr.
Le 13. — {Notre-Seigneur) fit un miracle à Cana (Qànà)
[21]
438 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
de Galilée (Galilâ) : il changea Veau en vin; Archélidès
('Areslidâs), Diomède (Dou'araidos), Eugène ('Awgànès),
i)eme/rzMs(Demêtryos), Probatius {Bernktyo^), Etienne ('Esti-
fànos) et Cijriaque (Kiràkos), justes; Liqànos, martgr ;
Menas (Minas) le reclus; Ahba Nakaro; les sept enfants qui
furent martyrs.
Le M. — 'Aslidos; Maxime (Maksimos); 'Enirûgès;
Merâ'êl la bienheureuse ; Abba Archélidès ('Arkaliclès) et sa
mère Théopiste (Têyobestyà); les quatre cent quatre corn-
pagnoîis de Cyriaque (Qirqos); Abba Hor; Loiikyânos.
Le 15. — Obadias ('Oubid) le prophète, fils d'Ananie
(Haiicànyâ); Grégoire (Gorgorêwos) ; Pierre (Pètros); Sophie
(Sofyà); 'Adomerâ; Isaac (Yeshaq); Cyriaque (Qirqos),.
martyr; Jean (Yohannès) Kàrnâ.
Le 16. — Philothée (Filàtàwos), martyr, et avec lui di.r mille
cinq cents soldats et cent officiers; Palladius (Palàndyos),
ascète; Julitte ('lyaloutâ), avec elle beaucoup de martyrs et
avec son fils onze mille quatre martyrs; Nerlos et ses fils;
Abbà Sehmà, {un)des neuf saints; Jean (Yohannès), patriarche
d'Alexandrie ('p]sl<:endryà) ; Daniel (Dàn'êl) le Syrien.
Le 17. — Maxime (Maksimos) et Domitius (Doumàtêwos);.
'Emredès, martyr; Abakarazoun.
Le 18. — Crémation des ossements de Georges (Giyorgis),
martyr; Jacques (Yà/qob), évêque de i\isibe (Nesbin); Marie
(Màryà); Marthe (Màrtà), sœur de Lazare ('Al azàr).
Le 19. — Lnvention des corps d'Abba Hor, de sa sœur
'Enourà et de leur mère; Gabriel {Gâbr'èl), ange; Batersinâ;
Abba 'Afqarana-' Egzi'e de Gougoubén.
Le 20. — Prochore ('Abrokoros), [un) des soixante-douze
disciples; Jean (Yohannès); Abba Noé (Noh); dédicace de
l'église de Marhenâm, martyr; Ecloge ('Akàlog); Abba
Benhewâ; 'Ableivânos, martyr; dédicace de l'église d'Abba
Jean (Yohannès) à l'évangile d'or;Behnou, martyr; 'Aba-
klouz, martyr, et avec lui quatre mille cent soixante martyrs ;
Abba Nabyoud de Sihat.
Le 21. — Notre-Dame : ses jours ont été de soixante-deux
ans; Hilaria ('Ilàryà), fille de Zenon [Zd^ynonn] l'empereur;:
Grégoire (Gorgorêwos), patriarche ; Jérémie ('Èrmyàs); Paul
[2-2]
UN FRAGMENT DE Mf:NOLO(iE ÉTHIOPIEN. 439
(Pàwlos), martyr; Nicolas (Niqolàwos), martyr; Victor
(Fiqtor), évêque; Silas (Silâs), prêtre; Jean (Yohannès)
Kâmâ; Faust us (Qawstos).
Le 22. — Abba Antoine ('Entonès); mémoire de tous les
saints; Menas (Minas), évêque de Mâfen.
Le 23. — Timothée (Timotêwos), disciple de Paul (Pàwlos);
Athanase ('Atnâtêwos) ; Cyrille (Gêrlos); Théodose (Tèwodo-
syos) Vempereur.
Le 24. — Marie (Màryàm), ascète; Abba Psaté ('Absàdi);
tes justes de llawzên; Abba. Macaire (Maqàrès) d'Alexandrie
('Eskendryà); Bifâ, martyr ; Marha-Krestos, docteur.
Le 25. — Pierre (Pêtros) te dévot; Sébastien (Sebestyânos),
martyr; 'Askitâ, martyr; Jacques (Yâ'qob), supérieur de
moines.
Le 26. — Les quarante-neuf moines martyrs; sainte Anas-
tasie ('Anestasyà); Sernès, înartyr; Joseph (Yosêr), ami des
pèlerins et des pauvres; Takla-Hawàryàt.
Le 27. — Hénoch {Yiènok) le prophète; S érapio n {Ssirkby on),
martyr; translation du corps de Timothée (Timotêwos) ;
Suriel (Souryâl), ange; Abba Piphamon (Bifàmon), martyr;
Tàf'enton, martyr; Sernês, martyr.
Le 28. — Clément (Qalêmentos), martyr; Abba 'Akaweh
et avec lui huit cents martyrs; Joseph (Yosèf), fils de Màhew ;
Babylas (Tabêlà) et les trois enfants; Notre-Seigneur bénit
des pains et quelques poissons.
Le 29. — Nativité de Notre-Seigneur; sainte Xène ('Akas-
ni); Cyriaque {Serykkos), martyr; Abba, Yebàrkana-Krestos
de Bizan; Abba Gabra-Nàzràwi de Qàwt; Philomène (Fil-
mounmà) ; Hélène ('lylent') ; Sarapamon (Sarabâmon), martyr;
Etienne {'Esi'iùinos), pèlerin ; 'Asnét.
Le 30. — Thècle (Tèqalà), MaiHe (Mâryà), Marthe (Màrtà),
'Abyâ et sa servante, vierges; Menas (Minas), patriarche
d'Alexandrie ('Esi^endryâ) ; Pistis (Pisitis), Alapis ('Alàpis),
Agapis ('Agâpis), vierges, et leur mère Sophie (Sofyà);
Grégoire (Gorgorêwos) le théologien; Christophe ( 'Akresteros) ;
sainte Irène ('Orini) et avec elle cent trente mille martyrs.
440 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
VI. — Le mois DE Yakatit.
Yakâiit.
Le r''. — Concile des cent cinquante évêques au sujet de
Macédonius (Maqdonyos) l'hérétique; dédicace de l'église de
Pierre (Pètros), patriarche, qui excommunia Arius ('Aryos);
'Askanâfer et sa femme, marlt/rs; 'Ould, martyr.
Le 2. — Paul {Fkwh).
IDesinit ex abrupto.]
Sylvain Grébaut.
[i>4J
MÉLANGE
UNE DIFFICULTÉ DU TEXTE DE S. IRÉNÉE
{Adv. haer., iv, 1 1).
Dans ses Origines du Dogme de la Trinité, t. II, Paris, 1926,
p. 580, note, le R, P. Lebreton signale une contradition (|Ui
oppose les deux versions latine et arménienne de saint Irénée.
A propos de la création, l'auteur expose que le Père n'a pas
besoin des Anges et il ajoute : « Ministrat enim ei ad omnia
progenies et figura sua, id est Filius et S pi rit us Sanctus,
Verbiim et Sapienlia; quibus serviunt et subjectl sunt omnes
angeli. » Telle est la traduction latine (Édition Harvey, iv, 14,
Édition Massuet, iv, 7, 4; reproduite par Migne, Patrologie
Grecque, VII, 993); la version arménienne (folio 48'' du manus-
crit publié par Ter-Minassiantz dans la collection Texte und
Untersuchungen, t. XXXV, fasc. 2, Leipzig, I9I0) offre exacte-
ment le même sens, sauf qu'au latin figuratio swa correspond
l'arménien Ibn.p'ît, jerk'n, ses mains, manus suae. Il y a là une
variante intéressante au double point de vue critique et théolo-
gique : l'objet de la présente note est d'en proposer une
explication.
L'élude comparée des versions et des fragments grecs qui
nous ont été conservés montre que la version latine utilisée en
Occident est, dans l'ensemble, plus soignée et plus littérale que
la version arménienne telle qu'elle nous est parvenue en son
exemplaire unique de la bibliothèque d'Erivan : c'est donc a
priori cette dernière que nous sommes tentés d'incriminer.
Celte hypothèse est d'autant plus plausible que le mot Afeuïr,
jern, dont nous trouvons ici le pluriel, est un de ceux qui
442 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
figurent le plus souvent dans notre texte. La locution ^ Àiml,
i jern, littéralement par la main de, y traduit très fréquem-
ment le grec Sia, per (Harvey, iv, 34, 6; iv, 34, 12; iv, 40, 1;
IV, 48, 1; IV, 53, 1; iv, 58, 9; iv, 60, 1; v, 1, 2; v, 2, 2; v, 2, 3;
V, 5, 1; V, 30, 3); on trouve même l'expression ji aWL npn[^
Ihn-iu^, littéralement par la main de ses mains, per ejus
manus, pour rendre le grec li (ov yiiçiiù'^f (que le latin traduit
plus exactement per illas manus; Harvey et Massuet, v, 5, 1).
Dans les livres IV et V de VAdveisus Haereses, pour lesquels
nous disposons des deux traductions latine et arménienne,
saint Irénée cite trois fois un texte de saint Paul, 1 Cor., vu, 31 :
Tiapaysi yàp ~o ay/^iJ.a tcu y.b^ij.b'j toutou (vulg. lat. : prœterit enini
figura huius niundi); dans deux de ces passages (Harvey, iv, 4,
3 et V, 36, 1 ; Massuet, iv, 3 et v, 36, 1 ; le second a été conservé
en grec par saint Jean Damascène; IIoU, Fragmenta Vorni-
canischer Kirchenvater ans den Sacra Paralla, Texte und
Untersuc/mngen,t.XX, fasc. 2. Leipzig, 1899, fragment n° 174),
le latin traduit crx-^ [/a p3iV figura ; dans le troisième (Harvey et
Massuet, v, 35, 2), il le traduit pâv habitas; partout, l'arménien
emploie le mot IL, jew, orthographié aIïlu, jéws, avec sépara-
tion de r fe et du L quand il est accompagné d'une postposition.
Dans le passage que nous cherchons à expliquer, XbJi corres-
pondrait exactement à figura sua, donc approximativement à
figuratio sua. De ce mot assez rare (il ne figure dans la Vulgate
arménienne ni en I Cor., vu, 31, ni, semble-t-il, nulle part
aillem^s) à àfcn_L, terme très fréquent, il n'y a que la différence
d'un jambage; Xhnit aura été ensuite mis tout naturellement
au pluriel ^fen-^î/, jerk'n, manus suae, et nous avons ainsi la
forme actuelle du texte arménien. On peut encore à la rigueur
supposer que les copistes sont passés de ^fei-îj, figura sua,
d'abord au pluriel a/îL^ii, figurae suae, puis à AfefLgî/, manus
suae. Quel que soit le détail de l'hypothèse, un fait est certain :
la facilité extrême avec laquelle l'arménien a pu passer d'une
forme rare à une forme voisine très fréquente. Nous sommes
donc fondés à conclure que le mot grec primitif était traduit
correctement par ÀL en arménien et par fguratio en latin.
Si nous cherchons à préciser ce dernier, nous nous trouvons-
MÉLANGE. 143'
en face de deux réponses possibles : a/'^iJ-a et ijipçtocnç. Mip^wn-
figure au livre I (Harvey, i, 8, 11; Massuet, i, 15, 3), où il est
traduit par le \^im fi g uratio, la version arménienne manquant;
mais saint Irénée .semble remprunter au vocabulaire des gnos-
tiques marcosiens dont il expose alors le système; en tous cas,
on ne le retrouve pas dans les fragments grecs assez étendus qui
nous ont été conservés des livres suivants. Au contraire, a/^iJ-a
est exactement traduit par l'arménien ^L dans les trois passages
que nous avons indiqués plus haut; en aucun d'entre eux, il
est vrai, le traducteur latin ne le rend par figuratio, mais par
figura et par hahitus : ainsi fait d'ailleurs celui de la Vulgate
(I Co)\, VII, 31 : figura; Philip., ii, 8 : habitas). Il n'y a pas là
difficulté véritable, car l'emploi de deux termes aussi différents
prouve précisément que ay^iJ.x a un sens très général et figura-
tio est en somme très voisin de figura utilisé dans deux passages
sur trois par le traducteur latin. En conséquence, de l'emploi
très vraisemblable du mot arménien IL on peut déduire celui
du mot grec <^yr,\j.y. ; la servilité relative dont la traduction armé-
nienne de VAdversus Haereses fait preuve toutes les fois qu'on
la peut comparer avec l'original grec, permet de considérer
cette conclusion comme probable; on ne saurait pourtant aller
plus loin, étant donné le caractère toujours vague et changeant
du sens des mots dans cette langue orientale.
Léon Frûidevaux.
loi
BIBLIOGRAPHIE
N. Marr et M. Brière. La Langue géorgienne. Librairie de Paris. Firmin-
Didot et C''', 56, rue Jacob, 1031, in-S", 8j8 pp. et deux cartes.
L'ouvrage présenté au public .«ous ce titre a tout d'abord pour but de
faciliter l'étude du géorgien, tel qu'on le trouve dans les écrits de la
période primitive: ce n'est que d'une façon secondaire qu'il fait connaître
la langue populaire. 11 comprend trois parties : une grammaire, une chres-
tomathie, un glossaire. La grammaire est elle-même suivie de paradigmes
très nonnbreux, on en compte cent six : ils reproduisent, d'une façon plus
maniable, Les tableaux fondamentaux d'après la grammaire de l'ancienne
langu-^ géorgienne de M. Nicolas Marr, parus à Saint-Pétersbourg, en 1908.
La grammaire elle-même a été rédigée à la suite des leçons que
M. Nicolas Marr, président de l'Académie d'État de l'histoire de la culture
matérielle à Leningrad, avait données à l'École Nationale des Langues
orientales vivantes de Paris, pendant l'hiver 1926-1927 et pendant le
printemps 1928. La rédaction en a été faite par M. le professeur M. Brière
sur le modèle des grammaires employées en Occident pour l'étuiie des
langues classiques : elle en reproduit la terminologie générale et com-
prend, par suite, la phonétique, la formation des mots, la morphologie,
la syntaxe.
La chrestomathie comprend deux parties imprimées Lune en caractères
civils, l'autre en caractères religieux : chacune d'elles est suivie d'un
glossaire qui est spécialement l'œuvre de M. Nicolas Marr. A l'exception
des strophes empruntées au Chevalier à la peau de léopard et de quelques
proverbes populaires, tous les textes de la première partie ont été pris à
la chrestomathie de l'ancien géorgien littéraire de Joseph Kipchidzé,
publié en russe à Pétrograd, en 1918. La seconde partie delà chrestomathie,
destinée à familiariser le lecteur avec les formes soit majuscules, soit
minuscules de l'alphabet sacerdotal, reproduit deux textes de l'Evangile :
le premier est l'histoire des rois mages et le second la parabole de l'enfant
prodigue.
Des tables considérables se trouvent à la fin du volume : tout entières,
elles sont l'œuvre de M. Brière. Ce sont d'abord deux tables analytiques
des termes : l'une pour les termes géorgiens, l'autre pour les termes
français. Des exemples sont donnés en grand nombre, tous sont enr
pruntés à la chrestomathie, il n'y en a pas moins de quatorze cents. La
table qui porte le numéro III indique la page et la ligne du texte où se
[1]
BIBLIOGRAPHIE. 415
trouve cet exemple. Enfin, pour terminer, une table méthodique des ma-
tières donne un aperçu complet de ce volume dont la publication a déjà
été regardée parmi les géorgisants comme un événement.
\ous ne pouvons évidemment entrer ici dans les détails qui auraient
montré avec quelle ampleur sont expliqués successivement, dans les
différentes parties de cette grammaire, la déclinaison, la conjugaison et
tout ce qui s'y rapporte. Nous n'en sommes pas moins heureux de signaler
aux lecteurs de la Revue de l'Orient chrétien im livre de cette valeur
destiné à faire progresser l'étude des littératures chrétiennes de l'Orient.
R. Graffin.
Ferdinand Brunot, Observations sur la Grammaire de l'Académie fran-
çaise. Paris, librairie E. Droz, 1932, in-8", 127 pages.
La Bévue de l'Orient Chrétien ne rend compte ordinairement que d'ou-
vrages traitant de langues et de littératures orientales. Si, par exception,,
elle s'écarte de son objet propre et signale les Observations sur la Gram-
maire de V Académie française, c'est pour répondre aux questions posées
par des orientalistes étrangers, venus à Paris pendant les vacances :
« Quel crédit faut-il accorder à votre Grammaire de l'Académie ? A quel
public déterminé s'adresse-t-elle? Peut-elle être pour nous un guide pra-
tique et sur, lorsque nous devons faire quelque communication en langue
française? » Questions embarrassantes à divers titres. Un sémitisant n'a
pas spécialement qualité pour apprécier une grammaire française. Sans
doute, un simple examen du livre avait bien révélé de lourdes erreurs,
des lacunes, une inconcevable légèreté d'observation, un défaut sensible
de méthode, une rédaction imprécise et un emploi trop souvent obscur
de la langue réputée la plus claire du monde. Fallait-il l'avouer? C'était
humiliant. Le cacher? C'était difficile. Fort heureusement, le savant le
plus compétent en la matière, le spécialiste désigné a répondu sans équi-
voque. Lui a pu dire la vérité. Tout le monde alors a approuvé le réquisi-
toire de l'historien de la Langue française, même et surtout ceux-là qui
avaient d'abord proclamé — sans l'avoir bien regardé évidemment — le
traité de l'Académie chef-d'œuvre de bon sens, de mesure et de goût.
Ce que nous voulons ici, c'est élever le débat *pour en tirer la meilleure
leçon. Après avoir pris connaissance des judicieuses critiques de M. F. Bru-
not et apprécié, une fois de plus, la pén^^trante acuité de son analyse et
la sûreté de son information linguistique (tout en admirant l'inlassable
patience du maître qui s'astreint à cette fastidieuse correction de devoir
de mauvais élève, non sans quelques annotations ironiques), on arrive
nécessairement aux conclusions du savant professeur. Les dernières pages
des Observations [pp. 121-127) expriment excellemment ce qu'avait
suggéré cette lecture. Nous ne saurions mieux faire que de les résumer :
la Grammaire de r Académie repose tout entière sur une erreur de doc-
trine. Il était légitime que l'Académie rappe'àt son rôle de « greffier de
446 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
l'usage » ; encore fallait-il que ce ne fût pas simple formule. Une gram-
maire qui, d'une part, ne tient pas compte des textes delà littérature (les
•exemples, au lieu d'être empruntés à nos écrivains, ont été forgés pour
confirmer la règle énoncée) et qui, d'autre part, ne craint pas de condamner
ce que la vie et l'usage ont consacré, fait une œuvre « en l'air ». Elle
est moins une étude de la langue qu'un sec petit traité de logique-
puisqu'à l'examen critique des faits elle veut substituer d'arbitraires déduc-
tions. C'est du pédantisme — M. Brunot dit « appétit de restauration » —
de décréter vivants des sens et des formes morts depuis longtemps. A qui
fera-t-on entendre aujourd'hui que rien et aucun employés sans négation
n'ont de valeur négative « qu'en vertu d'une ellipse » et que ne pas...
que ne saurait être le contraire de ne. ..que? Comme si l'évolution vitale
d'une langue n'était pas autrement forte que tout mouvement de réaction !
Comment, par ailleurs, prétendre exercer un droit de regard sur la langue
et en ignorer l'histoire? Or cette ignorance éclate : trop de faits sont ou
méconnus ou dénaturés. Même ignorance de la psychologie du langage :
nulle part on ne trouve trace d'une des plus puissantes lois du développe-
ment des langues : l'analogie, i A l'histoire et à la psychologie, qui
-expliquent tout ou à peu près, on substitue la logique, qui n'explique
presque jamais rien... Une mécanique formelle, décorée du nom d'ana-
lyse, empêche de suivre la démarche réelle de la pensée, ankylosée dans
une attitude hiératique » (p. 126).
Aux conclusions de M. Brunot nous ajouterons ces quelques remarques.
L'Académie, somme toute, s'est mis un bandeau sur les yeux : comme
elle ne veut pas voir qu'une langue est avant tout réalité sociale, en fait,
elle lui assigne au nom du « bon usage » des limites de caste, encore
qu'elle s'en défende. Elle tend ainsi à établir un écart théorique entre
la langue écrite et la bonne langue parlée, écart qui n'existe guère
aujourd'hui et qui ne serait, à aucun point de vue, désirable. Elle semble,
par ailleurs, laire systématiquement table rase des résultats de la linguis-
tique moderne. Elle qui aime à exprimer d'officiels sentiments de patrio-
lisine, méconnaîtrait-elle les travaux de l'école française, entre autres cette
véritable somme de notre langue qu'est La Pennée et la LaïKjue (I)? Que ne
l'a-t-elle consultée et méditée! Elle eût été capable de rendre un compte
moins parcimonieux de nos richesses : variété de nos moyens d'expres-
sion, souplesse et finesse de notre modalité, etc. Elle eût évité de con-
fondre automatisme et règles, de demeurer esclave d'une nomenclature
•désuète aussi trompeuse qu'inapte à contenir les faits qui la débordent,
(1) Nous avons dit ailleurs [Annales de l'Universilé de Grenoble, 1925, t. II,
11" 2, pp. 95-119 : S. Grébaut, Comment un grammairien français a rénové la
grammaire) que le magistral ouvrage de F. Brunot, La Pensée et la Langue,
méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au fran-
çais, n'a pas menti aux pi-omesses de son sous-titre : il a vraiment créé l'enseigne-
ment scientifique du français et, en des langues différentes, spécialement dans
le groupe sémitique, il a éclairé un grand nombre de faits.
[31
BIBLIOGRAPHIE. 447
bref, de faire, elle, une r/rammaire sans pensée. Par une surprenante
méprise l'Académie a oublié qu'on ne peut s'improviser grammairien sans
préparation appropriée. Si « c'est un métier que de faire un livre comme
de faire une pendule », certes faire un livre de grammaire est besogne
toute technique, m 11 faut plus que de l'esprit — on le notait déjà au
déclin du grand siècle — pour être auteur », même auteur de gram-
maire. Les philologues n'en doutent pas, car ils savent ce que la moindre
ol)servaiion linguistique exige de méthode, d'analyse rigoureuse, comme
aussi d'humble soumission aux faits et aux témoignages des textes. Aussi
sont-ils reconnaissants à M. Brunot d'avoir parlé net et rappelé très
opportunément aux étrangers que la délicience d'une grammaire se disant
officielle — regrettable mais minime accident — ne saurait discréditer les
spécialistes français voués à la seule recherche de la vérité philologique
et linguistique. Le service rendu est d'importance.
Sylvain Grébaut.
31"^ Marie Galland, La vie du Bouddha et les doctrines bouddhiques,
in-8°, 220 pages, vingt-quatre photogravures hors-texte. Paris, Maison-
neuve, 3, rue du Sabot.
« De nos jours, on sait à peu près ce que sont les très divers bouddhismes
actuels et ce que furent certains de ceux du passé. Mais, malgré les efforts
des exégètes, des commentateurs, des philosophes bouddhistes, le boud-
dhisme du Bouddha demeure, touchant les points capitaux, la doctrine
flottante, fuyante, insaisissable..., celle qui a fourni des athées, des pan-
théistes, des monothéistes, des polythéistes, etc.. » Ce sont là les der-
niers mots sur lesquels s'achève cet ouvrage. En fait, après avoir lu
l'exposé de l'auteur, c'est la conclusion qui s'impose et comme le dit
encore cet auteur « les cinq cent millions d'êtres communiant en une
même foi, adhérant aux mêmes règles d'après l'article Bouddhisme des
dictionnaires, ne sont qu'un trompe l'œil et l'esprit ».
Maurice Fouchet, Notes sur l' Afghanistan. OEuvre posthume, petit in-8°,
228 pp. Paris, Maisonneuve, 3, rue du Sabot.
Quiconque veut connaître la physionomie vraie de ce pays, qui, il y a peu
■de temps encore, attirait l'attention de l'Europe par les luttes dont il
était le théâtre, lira ces notes avec fruit et aussi avec un réel plaisir
littéraire. La géographie de cette contrée, la vie religieuse et morale de ses
habitants, ses conditions politiques et économiques, les ressources qu'il
renferme pour l'histoire, pour l'archéologie, sont décrites en cet ouvrage
avec la plume d'un fin lettré, celle d'un politique et d'un économiste
averti, celle d'un philosophe et aussi d'un poète délicat.
M. Chaîne.
14]
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS CE VOLUME
Pages.-
I. — LES MONGOLS ET LA PAPAUTÉ. Chapitre ii {sitilc), par P. Pelliot. 3
•IL — LE TRAITÉ SUR LES CONSTELLATIONS, écrit en 660, par Sévère
Sehokt, évêque de Qennesrim, par F. Nau 85
liL — LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISxME ORIENTAL, par
E. Blochet {suile) 101, 225
IV. — RÉPERTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES
CONTENANT DES MANUSCRITS ÉTHIOPIENS, par J. Simon 178
V. — UN FRAGMENT SYRIAQUE DE L'OUVRAGE ASTROLOGIQUE DE
CLAUDE PTOLÉMÉE INTITULÉ LE LIVRE DU FRUIT, par F. Nau 107
VI. — LE NOM DES TURKS DANS LE CHAPITRE X DE LA GENÈSE, par
E. Blochet , 20o, 406
VIL — CATALOGUE DES MANUSCRITS GÉORGIENS DE LA BIBLIO-
THÈQUE DE LA LAURE DTVIRON AU MONT ATHOS. par R. P. Blake. 289
VIII. — L'ORDINATION SACERDOTALE CHEZ LES COPTES UNIS, par
P. Antoine 362
IX. — LE TOMBEAU DE LA SAINTE VIERGE, par A. d'Alès 376
X. — LE CHRONICON ORIENTALE DE BUTROS IBN AR-HAHIB et
L'HISTOIRE DE GIRGIS EL-ftlAKlM, par M. Chaîne 390
XL — UN FRAGMENT DE MÉNOLOGE ÉTHIOPIEN, par S. Grébaut. . . . 417
MÉLANGES
I. — UN VOYAGE INÉDIT DU PÈRE SICARD A LA MECQUE EN 1721, par
M. Chaine 209
II. — UNE DIFFICULTÉ DU TEXTE DE S. IRÉNÉE (Adv. Haer., iv, 14), par
L. Frbidevaux 441
BIBLIOGRAPHIE
I- — Miguel AsiN Palacios, El Islam Chrislianizado (F. Nau) 222
II. — N. Marr et M. Bhière, La Langue géorgienne (R. Graffin) 444
III. — Ferdinand Brunot, Observations sur la grammaire de l'Académie
française (S. Grébaut) 445
IV. — M"° Marie Galland, La vie du Bouddha et les doctrines bouddhiques
(M. Chaîne) ! 447
V. — Maurice Fouchet, Notes sur l'Afghanistan (M. Chaîne) 44T
Le Directeur-Gérant :
R. Graffin.
T-iPOGRAPHIE FIRMIiVDIDOT ET C'«. — MESML iElRE). — 1932.
Ikr lue tu Ubrwy «ri|)r